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armée française

  • Communautarisme, radicalisme: l’armée française est-elle aussi vulnérable que la police ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un article d'Edouard Chanot, cueilli sur Sputnik et consacré à la question du communautarisme au sein des armées françaises.

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    Communautarisme, radicalisme: l’armée française est-elle aussi vulnérable que la police ?

    Devant lui, une vingtaine de candidats à la réserve se tiennent au garde-à-vous. Treillis impeccables, rangers cirées, ils sont prêts à recevoir leur première instruction au tir au fusil d’assaut. Pourtant, dans ce régiment du génie, l’un d’entre eux détonne. Sa barbe islamique et des propos prosélytes tenus les derniers jours font craindre le pire au sous-officier instructeur. Dans quelques minutes, l’individu aura dans ses mains un Famas chargé de 27 cartouches de 5,56 mm. Dans l’esprit du sous-off’, le scénario du pire. Il tranche alors: le candidat tirera seul et les 19 autres candidats devront reculer derrière un blindé!

    Aujourd’hui, l’ancien sous-off raconte cette anecdote en riant, ajoutant avoir gardé «sa main sur la crosse de son pistolet pendant tout l’exercice». Mais quand on lui demande s’il regrette d’avoir succombé à la paranoïa, son rire s’interrompt: «non, je ne regretterai jamais d’avoir pris une telle décision!», avant d’expliquer: «c’était en 2013. Aujourd’hui [après Charlie Hebdo ou le Bataclan, ndlr], un type pareil ne passerait sans doute pas la sélection».

    Il est vrai, l’armée française a serré la vis et n’a pas attendu d’attentat en son sein. Alors que la Police subissait une attaque dans son Saint des Saints le 3 octobre dernier, la question de la vulnérabilité de l’armée française semblait déjà réglée. La Grande muette, déployée à la fois en OPEX (opération extérieure) contre des mouvements djihadistes et dans l’Hexagone pour protéger les civils et les lieux à risque, aurait d’ores et déjà maîtrisé la radicalisation, avec une efficacité toute militaire. Vraiment?

    Des soldats musulmans refusent de combattre «leurs frères»

    Cet l’été 2019, les députés Éric Poulliat (LREM) et Éric Diard (LR) se sont voulus rassurants dans leur rapport sur la radicalisation au sein des services publics. Malgré le contexte, les forces armées seraient «globalement étanches» à la menace: «par essence, l’institution militaire est peu permissive, ne laissant ainsi que peu de place à des comportements incompatibles avec le service de la Nation et les valeurs républicaines», écrivaient-ils. La Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) suivrait ainsi une cinquantaine de cas, et tiendrait donc la baraque. «La proportion de suspicion de radicalisation est évaluée à 0,05%», indique le rapport, pour près de 115.000 militaires et 24.000 réservistes. Ainsi les dossiers seraient-ils donc «en nombre très limité» et ne présenteraient que «des signaux faibles»: «comportement vestimentaire, mode de vie, pratique religieuse, relations, prosélytisme ou fréquentation de certaines mosquées».

    Le problème est que ce rapport indiquait par ailleurs que la Police et la Gendarmerie étaient aussi, de leur côté, «préservées dans l’ensemble de toute radicalisation significative». Une affirmation qu’est venue contredire Mickaël Harpon. Certes, l’Armée de terre a mis en place une chaîne des officiers de protection du personnel, triant les informations concernant d’éventuelles radicalisations, qui informent la DRSD. En amont, lors du recrutement, une enquête de sécurité est systématiquement réalisée en vue «d’écarter tout candidat présentant des signaux, même faibles, de radicalisation».

    L’armée, «globalement étanche» à l’infiltration djihadiste?

    Le Centre National des Habilitations défense, dépendant de la DRSD est chargé de ce premier contrôle. En aval et depuis mars 2018, l’armée est mesure de radier les soldats en voie de radicalisation après une enquête administrative présidée par un membre du Conseil d’État. Mais ces filtres sont analogues à ceux de la Police nationale. Ils restent imparfaits face à la dissimulation et face à la radicalisation ou à la conversion postérieure à l’entrée dans la police ou l’armée.

    Force est de constater que des précédents existent. En 2008, un fantassin du 1er régiment d’infanterie refusait de partir en Afghanistan pour ne pas combattre «ses frères musulmans». Deux autres du 501e régiment de chars de combat de Mourmelon déclinaient de même. L’un d’entre eux sera puni par 40 jours d’arrêt et la résiliation de son contrat d’engagé volontaire. «On choisit de s’engager, on ne choisit pas sa mission», dit-on dans l’Armée. «Moins de cinq cas par an», avait-on dit à l’époque. Mais quelques années plus tard, un ancien membre des forces spéciales, passé par le très prestigieux 1er RPIMa de Bayonne, rejoignait les rangs de Daesh, en 2015. Une dizaine d’anciens militaires français, dont les unités n'ont pas été dévoilées, auraient fait de même.

    Les parachutistes du prestigieux 1er Régiment Parachutiste d"Infanterie de Marine (RPIMa): l"élite de l"élite. Un ancien de cette unité des forces spéciales a pourtant rejoint Daesh en 2015.

    Ces cas sont-ils isolés ou la face immergée de l’iceberg? Du côté de l’état-major, on se veut rassurant. Mais le précédent historique existe: durant la guerre d’Algérie, de nombreux rebelles avaient été formés au sein de l’armée, de même durant celle d’Indochine. La menace ne peut être sous-estimée: l’armée de Terre reste l’endroit parfait pour que des djihadistes en puissance y apprennent à tuer.

    L’armée, creuset d’assimilation ou de tensions intercommunautaires?

    Impossible de connaître le nombre de soldats de confession musulmane. Mais une chose est sûre: leur situation a évolué et les Français issus de l’immigration sont une part grandissante des soldats du rang et des sous-officiers. S’il y a deux décennies, les musulmans pouvaient ne pas se sentir à leur place dans l’armée de Terre, les rations hallal depuis 2011 et la présence d’aumôniers musulmans depuis 2005, dans la foulée de la création du Conseil français du culte musulman, ont changé leur situation.

    Alors l’armée est-elle le creuset de l’assimilation ou est-elle traversée de tensions, comme le reste de la société française?

    Face aux polémiques, les militaires ont tendance à serrer les rangs et à protéger l’institution. Ces arguments apaisants se fondent en effet sur certains exemples criants: les Français de confession musulmane qui servent sous les drapeaux sont des cibles pour les terroristes, comme Mohammed Merah en mars 2012. Celui qui avait déclaré aux négociateurs du RAID «aimer la mort autant que vous aimez la vie» avait en effet ciblé délibérément et exécuté trois militaires français d’origine maghrébine avant d’assassiner trois enfants juifs. Et les cas de soldats musulmans au comportement remarquable au feu, en Afghanistan comme au Mali, sont nombreux. 

    Des unités plus exposées que d'autres

    Pourtant, certains témoignages remontent. Plutôt qu’un exemple d’assimilation, et malgré la discipline qui en fait un cas à part, l’armée française semble refléter les tensions de la société française contemporaine. Ainsi, un ancien sous-officier parachutiste nous a-t-il rapporté sa gêne, à la vue du coran sur le bureau de son supérieur: «si cela avait été une bible, qu’aurait-on dit?», souffle-t-il avant d’ajouter que le vin et la viande de porc avaient, la plupart du temps, disparu des pots de départ, au grand regret de certains. Les soldats auraient aussi tendance à se regrouper selon leurs communautés d’origine, au risque de fracturer l’esprit de corps. Un officier commando-parachutiste d’une autre unité, qui a accepté de nous répondre sous anonymat, précise la situation:

    Une distinction entre régiments de soutien peu attractifs et de mêlée plus prestigieux qui semble probante, à en croire un officier chasseur alpin qui nous a commenté, lapidaire: «Ah oui, c’est la soupe là-bas… une annexe de Pôle emploi!» En cause donc, le recrutement, comme le sous-entend aussi l’officier commando parachutiste: 


    En effet, l’armée entend développer son recrutement dans les zones dites sensibles. «Un vivier très intéressant qui reste à conquérir», selon le Lieutenant-colonel Olivier Destefanis, cité dans Le Parisien en juin 2019 à l’occasion de l’ouverture d’un centre de recrutement à Saint-Denis. À n’en pas douter, et ce depuis la fin de la conscription annoncée par Jacques Chirac en 1996, l’armée peine à atteindre ses objectifs de recrutement. Elle n’arrive notamment pas à compenser les départs à la retraite des sous-officiers, des cadres indispensables comme le savent les militaires. L’objectif de recrutement annuel est de l’ordre de 15.000 soldats. Paradoxalement, la fin de la conscription avait pour ambition une armée professionnelle, mais la réalité fait craindre un recrutement au rabais, des volontaires choisissant l’armée moins par vocation que pour y trouver un simple emploi.

    La «déculturation» des «petits blancs»

    En 2017, le plafond d’emplois avait été fixé à 273.280 et seuls 267.263 postes ont été pourvus. En 2018, la Seine-Saint-Denis 93 fournissait 310 recrues, contre 341 pour Paris ou 161 pour les Yvelines. Si les campagnes d’affichage se veulent multiculturelles, l’armée de terre n’a pas encore suivi le «modèle» britannique. En 2018, un clip de recrutement avait fait grand bruit: on y voit un soldat musulman ôter son casque et ses bottes pour prier durant une mission.

    L’herbe ne serait donc pas forcément plus verte ailleurs et en définitive, «la hiérarchie militaire, sa rigueur nécessaire et ses valeurs traditionnelles fortes font que [l’armée] est l’institution française qui intègre le mieux... sans faire de miracle», vient tempérer l’officier commando-parachutiste.

    À l’écouter, le problème majeur ne serait justement pas les revendications communautaires des Français d’origine étrangère, mais «la déculturation des “petits blancs”»: «Un phénomène plus inquiétant encore, nous dit-il avant de le décrire: fainéantise, absence de volonté de bien faire et d’attache au pays et à ses symboles et traditions.» Si les cas d’insubordination sont minimes, le problème des «cas sociaux en arrêt de travail» s’accompagnent «d’analphabétisme et de musique rap». Et là encore, faudrait-il un miracle?

    Edouard Chanot (Sputnik, 14 novembre 2019)

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  • Regard sur la crise militaire française...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une courte conférence donnée par le colonel Goya, à l'Assemblée nationale, dans le cadre d'un colloque organisé par la revue Défense nationale et le Parti de Gauche (et oui...), sur le thème de la crise militaire française. Expert lucide et praticien des questions militaires, le colonel goya a publié plusieurs ouvrages intéressants et importants, comme La chair et l'acier (Tallandier, 2004), Res militaris  (Economica, 2010), ou Sous le feu (Tallandier, 2014).

     

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  • Lettre aux Français qui croient encore être défendus...

    Les éditions Gallimard viennent de publier un essai du général Vincent Desportes intitulé La dernière bataille de France - Lettre aux Français qui croient encore être défendus. Si le général Desportes s'est fait connaître du grand public en exprimant son hostilité à l'engagement militaire français en Afghanistan et en étant sanctionné pour ses propos, il est surtout l'auteur de plusieurs ouvrages de réflexion sur la guerre et la stratégie, tels que Comprendre la stratégie (Economica, 2001), Décider dans l'incertitude (Economica, 2004), La guerre probable (Economica, 2008) ou Le piège américain (Economica, 2011).

     

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    " Jamais l'armée française n'a été mobilisée simultanément sur autant de théâtres d'intervention, et cela alors que les moyens budgétaires qui lui sont alloués n'ont cessé de diminuer depuis un quart de siècle. C'est cette contradiction, avec des armées aujourd'hui proches du point de rupture, qui justifie le cri d'alarme du général Vincent Desportes.
    Tandis que les menaces de toute nature se multiplient à l'échelle internationale et que le territoire national est désormais directement menacé, la France peut-elle se permettre de ne plus compter que sur des armées aux capacités très fortement dégradées à cause d'une politique d'économies à courte vue? L'effort budgétaire est nécessaire, mais il ne suffit pas de réclamer des moyens ; il faut en redéfinir la nature et l'emploi. De quelle armée la Nation a-t-elle aujourd'hui besoin? C'est à un profond renouveau de la réflexion stratégique française qu'en appelle l'ouvrage."

     

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  • Que reste-t-il de l'armée française ?...

    La revue Réfléchir et agir publie dans son dernier numéro (n°49 - hiver 2015), disponible en kiosque, un dossier sur l'armée française...

     

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    Au sommaire du dossier :

    De livres blancs en lois de programmation

    Une armée au format stade de France ?

    Harkis des Yankees ? Merci Sarkozy !

    Entretien avec Magnus Martel

    Messieurs les généraux, vous devez parler maintenant !

    Quels ennemis ?

    Entretien avec le colonel Jacques Hogard

    Mourir pour ça ?

    L'armée dernière société féodale

    On trouvera aussi un entretien avec Farida Belghoul, , des articles sur la répression antinationaliste aux Etats-Unis, sur Claude Seignolle, sur les précurseurs de l'écologie politique, sur la folk irlandaise ou sur John Ford, ainsi que de nombreuses notes de lectures et une rubrique musique

     

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  • Destruction de l'Armée française et sacrifice de la Défense...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Guillaume Faye, cueilli sur son blog J'ai tout compris et consacré à la politique de défense désastreuse poursuivie par les gouvernements successifs de notre pays depuis trente ans...

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    Destruction de l'Armée française et sacrifice de la Défense

    Depuis maintenant près de trente ans, sous les gouvernements de droite de gauche, l’Armée française est sacrifiée. Dans ses effectifs, ses équipements, son budget. Analysons ce drame, le sacrifice de la Défense, son ampleur, ses causes, ses conséquences et ce qu’il faudrait faire pour y remédier. Bien entendu, les autres pays européens suivent la même voie funeste de diminution drastique des budgets de Défense. Ce qui donne l’impression que l’Europe, aux frontières ouvertes, baisse la garde.  Au moment même où les menaces intérieures et extérieures s’accroissent.

     

    Sacrifier la Défense : une constante politique droite/gauche.

    Chirac a été le premier à restreindre le budget militaire et a entamer la réduction du format des armées et même, à réduire les vecteurs de la dissuasion nucléaire aux composantes sous marines et aériennes en supprimant  les composantes  fixes et mobiles terrestres. Chirac, le pseudo-gaulliste, a entamé la démolition de l’armée française. Non pas tant en supprimant le service militaire qu’en inaugurant une diminution des effectifs et des budgets des armées professionnelles.

    Aucune des LPM (lois de programmation militaire) n’a vraiment été respectée depuis trente ans. Non seulement on baisse régulièrement les crédits de l’armée française, mais les promesses de ”sanctuarisation” du budget de la défense n’ont jamais été tenues. Tous les gouvernements, adeptes du mensonge élastique,  se sont assis sur les besoins des armées. Avec à peine 1,9% du PIB, leur budget est ridiculement insuffisant.  

     Moins naïfs que les Européens et pas si bêtes, les Américains maintiennent leurs capacités militaires. Le budget du Pentagone représente 50% de tous les autres budgets militaires internationaux. Partout dans le monde, on réarme, sauf en l’Europe où l’on désarme. Depuis 30 ans,  l’armée ne cesse de fondre comme peau de chagrin ; un tiers des départements n’a plus de garnison ; cette désertification militaire provoque à la fois un délitement du tissu social et un recul de l’activité économique locale. Entre 2009 et 2019, au terme de la loi de programmation militaire en cours, l’armée professionnelle aura perdu 80.000 hommes, soit un quart des effectifs.  Beau suicide, accompli au nom de la ”rationalisation”. La loi de programmation militaire 2008-2014, votée par l’UMP et le PS, a sabré 54.000 postes. Les socialistes prévoient encore 23.500 suppressions d’ici 2019. Dissoudre des régiments, couper dans les budgets d’équipement ou les reporter, voici les principales missions des ministres de la Défense successifs. Aucun(e) n’a osé protesté, droite et gauche confondues, puisque leur carrière politicienne passe avant tout.

    À la paupérisation des unités s’ajoute l’obsolescence des matériels. L’armée accomplit ses opérations dans des conditions acrobatiques. Les réformes successives de réduction du format des armées les ont affaiblies dans leurs capacités et minées dans leur solidité psychologique. On se dirige vers une situation de rupture, de la troupe comme de l’encadrement. L’armée est employée à 120% de ses capacités. Chaque année, la liste des régiments dissous s’accroit.. On s’attaque même maintenant à l’hôpital militaire du Val de Grâce ! Cette réduction globale des moyens et du format des trois armées avait commencé avec Chirac, preuve qu’il s’agit bien d’une politique (suicidaire) consensuelle partagée par la classe politicienne de droite comme de gauche.

    Nos voisins et amis européens belges, néerlandais, italiens, espagnols, allemands,  scandinaves, portugais, etc. suivent la même politique de baisse des budgets de la Défense, négligeant leurs capacités militaires. La situation des armées allemandes, Bundeswehr, Luftwaffe et Bundesmarine, (seulement 1,4% du PIB ) est dramatique : plus de 50% des matériels des trois armes, déjà très réduits, sont hors d’usage, faute de crédits de renouvellement et de maintenance. Bien sûr, en tout, les Européens entretiennent 1,5 millions de militaires. Mais ces chiffres sont fallacieux et cachent une autre réalité : de moins en moins de soldats capables de se battre, des matériels hors d’usage, des moyens de transports déficients.  

     

    Sacrifier la Défense : une ineptie économique.

     Sacrifier les dépenses et investissements de la Défense, en les considérant comme variables d’ajustement budgétaire est d’une stupidité économique totale à notre époque. Car le secteur de la Défense, porteur de hautes technologies aux retombées importantes multisectorielles, est capital pour les exportations et l’emploi. Restreindre les crédits d’achats et d’équipements pour l’Armée française induit une baisse des exportations de notre industrie de Défense, aéronautique, maritime,  terrestre, électronique, équipementière, etc. L’industrie de la Défense assure, de manière directe ou indirecte, par sous-traitance et retombées technologiques civiles, environ un million d’emplois. Et pas n’importe lesquels : des emplois hautement qualifiés, pas des balayeur ou des livreurs de pizzas. Sacrifier le budget de la Défense, c’est torpiller un peu plus l’industrie et la recherche françaises. Comme politique ”anti-croissance”, il n’y a pas plus efficace que de sabrer dans le budget de la Défense. Le programme spatial européen Ariane est la retombée directe de budgets militaires français sur les missiles.

    Internet (dont la domination mondiale est américaine) est né grâce aux budgets de la défense du Pentagone. Les commandes du complexe militaro-industriel américain alimentent toujours le dynamisme des grands groupes américains, notamment informatiques et numériques. Idem en Chine. Le budget d’équipement de nos armées est le seul budget d’État qui soit  créateur, en termes de retombées technologiques dans tous les secteurs innovants. Et c’est le seul que l’on sacrifie. Cherchez l’erreur. Elle est le fruit de la bêtise idéologique.

     

    Sacrifier la Défense : un ineptie idéologique et stratégique

    Derrière cette diminution constante du budget de la Défense et de la réduction de la taille de l’outil militaire se cachent des relents d’idéologie antimilitariste et antipatriotique. Ainsi qu’une vision  pacifiste et irénique du monde, naïve et irréaliste. Mais il faut mentionner aussi une inconscience géopolitique : on s’imagine que le XXIe siècle sera pacifique, dominé par les négociations, les petites crises gérables, les interventions humanitaires des armées. Après l’effondrement de l’URSS, on s’est dit que toutes les guerres étaient finies et que seules ne compteraient plus sur une planète globalisée que les opérations de police ponctuelles. Or les conflits majeurs, les guerres de haute intensité ont autant de chance  de disparaître que le soleil de cesser de se lever chaque matin. 

    Au moment où le monde s’arme, la France et l’Europe désarment. Très intelligent ! La Russie est le seul pays européen à accomplir un effort de défense et à essayer d’augmenter ses capacités. Mais on présente la Russie de Poutine comme agressive, comme un danger, un contre-exemple. C’est au contraire un exemple

    Pour s’amuser, les chefs d’État (Sarkozy, puis Hollande) lancent des OPEX (Opérations extérieures), mini-guerres inefficaces, improvisées, en Afrique ou au Proche-Orient, avec de moins en moins de moyens, puisqu’ils coupent eux mêmes dans les budgets.  Pour ces OPEX, l’armée est à bout de souffle, en capacités ou en moral.  Moins on lui donne de moyens, plus on la sollicite sur des terrains extérieurs, et souvent pour des missions stupides et contre productives, lancées par des présidents de la République avides de se poser, de manière immature, en ”chefs de guerre”. Ces opérations inutiles et précipitées réduisent d’autant plus les budgets. 

     

    Prendre le budget militaire comme variable d’ajustement sacrificielle constitue une quadruple faute : sur le plan de la cohésion nationale, du rang international de la France (et de l’Europe), de la croissance économique et de la sécurité face aux menaces prévisibles et imprévisibles. Quand le ministre de la Défense, Le Drian, raconte qu’ « il faut faire porter aux armées leur part dans l’effort budgétaires du pays », il se moque du monde. Car, en réalité, seules les armées sont appelées à faire des efforts.

    Où sont les efforts sérieux d’économie dans l’Éducation nationale pachydermique et impotente, les dépenses sociales délirantes de l’État Providence, les aides et allocations aux migrants clandestins, etc. ? En réalité, deux catégories ont été sacrifiées : les familles des classes moyennes (par hausses fiscales et coupes dans les allocations familiales) et les armées. Tout un symbole : la famille et l’armée. Tout ce que déteste sans l’avouer vraiment une oligarchie formatée selon certains dogmes idéologiques officialisés depuis Mai 68.

    Les deux seuls secteurs qui ne devraient pas ”faire d’effort” dans la rigueur budgétaire mais au contraire bénéficier de crédits accrus sont précisément la politique familiale et la Défense ! Et c’est sur eux qu’on s’acharne ! Toujours ce suicide français. Les bla-blas politiciens flatteurs sur l’ ”armée, symbole de la République et de la Nation” ne doivent tromper personne.  Ils sont destinés à prévenir une possible révolte (sous forme de démissions d’officiers et de rébellion gréviste ?) des forces armées.

     

    Questions polémologiques prédictives et inquiétantes

    Il est facile de sacrifier le budget de la Défense, puisqu’on s’est habitué à ce les militaires (de tout rang) se taisent, obéissent, se sacrifient. Mais à un moment, trop c’est trop. La corde casse à partir d’un certain seuil de tension. Un risque d’implosion des armées existe, ce qui, depuis que nous connaissons ce qui s’est produit dans les légions romaines au IVe siècle, se nomme d’un terme dévastateur : la désobéissance. Les chefs militaires sont souvent tentés de créer un clash et de dire les choses clairement. Mais les dirigeants de la ”grande muette” renoncent et, en bons fonctionnaires obéissants, pratiquent la langue de bois ou se taisent. Pour combien de temps ?

    L’armée est la colonne vertébrale de la Nation – de toute Nation pourvue d’une ambition de rang et de rayonnement, d’indépendance et de souveraineté –  parce qu’elle représente, d’un point de vue pratique et moral, l’organe de sa sécurité et de sa crédibilité. De plus, répétons-le, au XXIe siècle, les budgets de défense sont devenus des facteurs  centraux de cristallisation et de retombées technologiques et économiques de pointe dans la recherche et innovation (R&D) et les exportations. Les grandes et moyennes puissances mondiales l’ont parfaitement intégré.  Apparemment pas les gouvernements européens, ni les opinions publiques. Ce genre d’indifférence peut devenir dramatique. 

    Au XXIe siècle, nous sommes entrés dans un monde ”plurimenaçant”. Les menaces sont polymorphes et viennent de partout.  La chute de l’URSS en 1991 a joué comme une gigantesque illusion pour les Européens. Qui peut savoir  – au delà de la ”menace terroriste” et de la ”cyberguerre” souvent exagérées – si l’Europe au XXIe siècle ne risque pas une guerre civile ethnique, une ”attaque intérieure” armée sur son propre territoire ? Voire même une agression extérieure sous une forme classique, voire nucléaire ? Les armées européennes seront-elles capables d’assurer la défense du territoire ? Au rythme actuel d’embâcle et de fonte des moyens, certainement pas. Et inutile de faire un dessin : la menace physique ne vient plus du tout de l’Est européen slavo-russe, mais du Sud et du Moyen-Orient. 

    Et ce ne sont pas les Etats-Unis qui nous défendront. Notre seul véritable allié serait la Russie.

    Faute d’une armée robuste et disciplinée, suffisamment nombreuse et équipée, la France ajoute encore un handicap aux autres. Pour l’instant, elle n’a pas encore, comme la Grande Bretagne, sacrifié sa dissuasion nucléaire, mais qui sait si nos politiciens pusillanimes ne vont pas être tentés de le faire ? La logique suicidaire est une pente savonneuse. D’autre part, un autre problème lourd se pose : le recrutement très important dans l’armée de personnels issus de l’immigration, notamment musulmane. Cette question, c’est le tabou absolu. Je n’aborderai pas ce point ici mais un parallèle éclairant doit être fait avec les légions romaines du Bas-Empire qui engageaient pour défendre Rome les frères de ceux qui l’assaillaient. On sait  comment la tragédie s’est terminée.  

    La constitution d’une armée européenne, serpent de mer récurrent depuis la CED des années 50,  faussement revigorée depuis vingt ans par toutes les tentatives d’”euroforces”, franco-allemandes ou autres, est une impossibilité, qui s’appuie sur des gadgets. L’Europe n’a aucune politique étrangère commune, mis à part la blague des Droits de l’homme et la soumission volontaire à Washington et à l’OTAN.

    Le Front National  a raison de protester contre le sacrifice du budget des armées. Il demande un minimum de 2% du PIB consacré à la Défense – ce qui est d’ailleurs encore insuffisant, il faudrait 3%. C’est un point positif dans son programme, par rapport à ses positions erronées socialo-étatistes dans l’économie. Mais il se méprend quand il affirme que c’est ”Bruxelles” qui oblige les pays européens à tailler dans leurs dépenses militaires ; même l’Otan incite au contraire à les augmenter !  Ce qui  pousse la classe politicienne française à tailler dans les budgets de Défense, c’est un mélange d’indifférence, de solutions de facilités à court terme et d’ignorance des enjeux stratégiques et économiques.  Il est tellement plus facile de sacrifier des régiments ou des commandes d’équipement que de s’attaquer à la gabegie de l’ État Providence.   

     

    Les sept pistes à suivre

    Examinons maintenant ce qu’il faudrait faire, dans l’absolu :

    1) Rétablir le budget de la Défense à 3% du PIB minimum.

    2) Honorer et augmenter les commandes de l’armée à l’industrie nationale de défense, dans les domaines terrestres, aéronautiques/spatiaux et  maritimes, mais aussi dans les budgets R&D.

    3) Mettre en chantier un second porte-avion à propulsion nucléaire.

    4) Rétablir les régiments dissous et durcir les conditions de recrutement.

    5) Effectuer les commandes promises à la Russie de navires BPC.

    6) Construire un ensemble techno-industriel européen de défense indépendant, avec obligation pour chaque pays de l’UE de pratiquer la préférence de commandes à l’industrie européenne et non plus américaine.

    7) Travailler  intelligemment à moyen terme, avec pragmatisme et  avec diplomatie à une dissolution de l’OTAN au profit d’une organisation militaire intra-européenne puis euro-russe. Sans que, bien entendu, les USA n’aient rien à craindre et ne soient désignés comme ennemis. Au contraire, ils pourraient être des alliés s’ils ont l’intelligence de comprendre qui sont les véritables ennemis communs.

    Guillaume Faye (J'ai tout compris, 24 octobre 2014)

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  • L'avenir de la guerre...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une conférence donnée le 2 juin 2014 par le général Vincent Desportes devant le Cercle Aristote, sur le thème « L'avenir de la guerre ».Sanctionné en 2010 pour une prise de position hostile à l'engagement français en Afghanistan, le général Desportes est l'auteur de plusieurs ouvrages de réflexion sur la guerre et la stratégie, tels que Comprendre la stratégie (Economica, 2001), Décider dans l'incertitude (Economica, 2004), La guerre probable (Economica, 2008) et dernièrement Le piège américain (Economica,2011).

     


    Le général Desportes sur l'avenir de la Guerre par webtele-libre

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