Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Métapo infos - Page 553

  • Gilets jaunes et blouses blanches : des «métiers de merde» ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François Bousquet, cueilli sur le site de la revue Eléments et consacré à la remise en lumière, provoquée par la crise sanitaire, des métiers essentiels à la survie de la société. Journaliste et essayiste, rédacteur en chef de la revue Éléments, François Bousquet a notamment publié Putain de saint Foucauld - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015), La droite buissonnière (Rocher, 2017) et Courage ! - Manuel de guérilla culturelle (La Nouvelle Librairie, 2019).

    Travailleurs.jpg

    Biopolitique du coronavirus (7). Gilets jaunes et blouses blanches : des «métiers de merde» ?

    Est-ce que je fais un « bullshit job », un boulot à la con, ou pas ? That is the question. De ce point de vue, le confinement a agi un peu comme un sérum de vérité : si je suis confiné, si je télétravaille, ne serait-ce pas parce que j’exerce un de ces boulots à la con ? Aïe, aïe, aïe ! Cette question a été posée pour la première fois par David Graeber dans un article qui a défrayé la chronique altermondialiste en 2013, avant de devenir cinq ans plus tard un livre à succès, passionnant et foutraque, au ton joyeusement persifleur, Bullshit jobs (2018). Lisez-le. Le coronavirus lui a donné une actualité nouvelle et brûlante (merci à Dominique Méda de nous avoir récemment rappelé son existence).

    David Graeber ressemble à son livre : il est aussi anarchiste que son bouquin est anarchique. Méthodologiquement parlant, il a même un côté professeur Didier Raoult. Ses sources sont parfois fantaisistes, il glane ses exemples au fil des discussions sur les réseaux sociaux. Bref, il est contre les échantillons représentatifs là où il n’y a pas de raison de les convoquer. C’est ce qui rend ses intuitions si stimulantes. Même s’il ne l’avouera pas, le slogan d’Occupy Wall Street : « Nous sommes les 99 % », c’est lui. Il faut dire qu’il les connaît bien, ces 1 % restants puisque dans son domaine d’élection, l’enseignement de l’anthropologie à la London School of Economics, l’une des écoles les plus sélectes au monde, il appartient à cette élite, académique en l’occurrence, et que partout ailleurs son gauchisme débraillé lui confère le capital culturel légitime pour faire l’intéressant sur les ondes de la BBC et de Radio France. À part cela, c’est un type très attachant.

    Nomenclature des jobs à la con

    Marx distinguait deux classes sociales antagonistes, Graeber s’en tient à deux types de boulots qui recoupent sur un mode désopilant la vieille rivalité marxiste : les « bullshit jobs », les boulots à la con, qui n’apportent rien à la communauté, mais rapportent beaucoup d’argent à ceux qui les exercent ; et les « shit jobs », les métiers de merde, qui apportent beaucoup à la communauté, mais qui ne rapportent rien à ceux qui les exercent.

    À dire vrai, Graeber est surtout intarissable sur les « bullshit jobs », peut-être parce que, comme activiste d’extrême gauche, il n’a jamais eu accès qu’à des gars qui en faisaient partie. Mais je l’ai dit, c’est un garçon sympathique et drôle. De toutes les catégories de jobs à la con qu’il recense, ma préférée demeure « cocheur de cases », qui rappelle ce chef-d’œuvre absolu de critique sociale (et métaphysique) qu’est « Le journal d’un fou » de Nicolas Gogol dans ses Nouvelles pétersbourgeoises, avec son petit fonctionnaire qui taille des crayons et consigne dans son journal une folie grandissante de plus en plus inaccessible.

    À part ça, Graeber passe en revue tout ce que les « bullshit jobs » comptent d’analystes financiers, d’agents immobiliers, de personnel administratif (il y a autant de « bullshit jobs » dans le privé que le public, mais ce dernier a déjà donné lieu à une littérature surabondante, inutile de s’y attarder), d’avocats d’affaires, de forçats du télémarketing qui vous appellent depuis Madagascar, de responsables des ressources humaines, de vendeurs de joujoux connectés débiles, d’organisateurs de séminaire, d’utilisateurs de Power Point, de coiffeurs pour chien, d’animateurs de réunion et, last but not least, tous ces types qui pondent des rapports d’activité aussi volumétriques que des piles de containers métalliques, le « reporting », comme disent les néomongoliens quand ils sont en mode « corporate » – la maladie verbomotrice du capitalisme terminal.

    La soviétisation du néolibéralisme

    C’est ce qui pousse Graeber à comparer le néolibéralisme à la bureaucratie soviétique, deux armées de parasites en miroir. En régime capitaliste avancé, le travail inutile gagne du terrain partout. Ainsi selon Graeber, jusqu’à la moitié du travail utile – les métiers socialement utiles donc – est perdue en travail inutile (rédaction de rapports chronophage, perte de temps en réunions interminables et autres stages de formation superflus, etc.).

    Mais le problème est plus vaste. Songez au temps fou gâché à remplir des formulaires, à renseigner des demandes d’inscription numériques, à noter des identifiants qu’on perd et des mots de passe qu’on ne retrouve pas. Ou encore à télécharger des séries addictives au lieu de bosser, à se gratter le nez au lieu de réfléchir à ce qu’on fera à Macron après le déconfinement ou à faire défiler des applications sur son smartphone pour écrire des informations aussi capitales que : « Tu as bien fermé la porte du frigo ? » ou « Qu’est-ce qu’elle est cruche, Cindy ! Non, mais allô quoi ! »

    Où sont passés les analystes financiers ?

    En résumé, le néocapitalisme est un mélange de productivisme et de parasitisme. Comment est-ce possible ? Il suffit de lire les travaux d’Ivan Illich sur la contreproductivité. Passé un certain stade, tout gain se transforme en perte. Les cercles vertueux dégénèrent en cercles vicieux. C’est vrai plus encore des institutions en situation de monopole, sans autre prédateur qu’elles-mêmes, ce qu’est le système capitaliste, qui multiplient les activités inutiles chargées d’encadrer d’autres activités qui finissent par devenir à leur tour inutiles. Si inutiles qu’elles pourraient disparaître sans que personne ne s’en aperçoive. La preuve par le Covid-19. Qui a remarqué la disparition des promoteurs immobiliers et des analystes financiers ?

    On en arrive ainsi, de job foireux en boulot oiseux, à un tiers de personnes, aux États-Unis, au Royaume-Uni et sûrement en France, qui pensent que leur boulot n’a pas plus de sens qu’il n’a d’utilité sociale. Cela a même donné lieu à un nouveau syndrome : le « brown-out », littéralement la baisse de courant ou chute de tension. Une sorte de neurasthénie molle et ouateuse, sensation plus houllebecquienne que kafkaïenne, qui s’incarne ou se désincarne dans la figure du déprimé déprimant.

    Les nouveaux galériens

    Voilà pour les « bullshit jobs », venons-en aux « shit jobs », les métiers de merde, socialement dévalorisés, mais indiscutablement utiles. Si jamais ils venaient à disparaître, la société s’effondrerait sur elle-même. Sans eux, pas de pain, pas de soins dentaires, pas de pâtes alphabet pour les enfants, pas d’enlèvement des poubelles. Ceux qui les exercent sont les soutiers de la société de consommation et les galériens de la société de service : ils en assurent le « back office », selon les termes de Denis Maillard dans Une colère française (2019). On admettra volontiers qu’aucun d’entre eux ne peut bosser en télétravail.

    Macron les a gazés, éborgnés, matraqués, poursuivis. Sans pitié. Aujourd’hui, il les félicite. Subitement, les zéros sont devenus des héros, les derniers de cordée des premiers de tranchée et les Gilets jaunes sont passés sans transition des gardes à vue aux nuits de garde. Ça ne les a pas beaucoup changés, me direz-vous. Le gouvernement qui n’a jamais été avare en LBD et grenades lacrymogène (la notion de stock stratégique trouve ici tout son sens) n’a pas cru bon de leur fournir des masques !

    Jérôme Fourquet et Chloé Morin ont comparé la sociologie des professions jugées de première nécessité, sinon vitales, en période de pandémie, et celle des Gilets jaunes : le moins qu’on puisse est qu’elles présentent nombre de points communs. On y trouve pêle-mêle des caissières, des chauffeurs routiers, des aides-soignantes, des livreurs, des facteurs, des éboueurs, des magasiniers, les fameux « caristes ». C’est un prolétariat sans gloire et sans mythe mobilisateur. La maison du peuple, c’est désormais l’entrepôt. Chez les hommes, l’entrepôt a désavantageusement remplacé l’usine. Chez les femmes, c’est l’aide à la personne – et elle n’a pas avantageusement remplacé le personnel des maisons bourgeoises d’antan.

    L’inégalité devant le risque

    Une des thèses centrales d’Ulrich Beck, l’auteur de La Société du risque (1986), livre central pour comprendre notre temps, c’est que, à l’heure de la globalisation, les risques sont de plus en plus indiscriminés, singulièrement dans les sociétés dominées par ce qu’il appelle la « subpolitique technologique » : plus le risque se mondialise, plus il est socialement indifférencié – bref il se « démocratise ». Ainsi les particules fines ou le réchauffement ne font-elles pas le tri entre le cadre supérieur et l’ouvrier. C’est vrai. Mais il faut néanmoins des décontamineurs à Fukushima ou à Tchernobyl, et, sauf erreur, ce ne sont pas des militantes d’Osez le féminisme qui sont les premières à se porter volontaires. Pas plus que ce ne sont des suffragettes ou des cadres supérieurs qui achètent des pavillons pourris avec vue sur la centrale de Flamanville ou de Fessenheim en espérant faire une plus-value immobilière avant leur cancer de la thyroïde. Aussi convient-il de nuancer cette sociorépartition du risque et son exposition, hier aux coups de grisou, aujourd’hui aux virus ou autres.

    Cette inégalité devant la mort s’observe plus chez les hommes. Les ouvriers vivent six ans de moins que les cadres (pas les ouvrières), chiffre jusqu’ici incompressible. Une réserve, mais de taille, dans ce tableau aussi implacable qu’une tragédie grecque : l’inégalité par temps de guerre. Si de tout temps c’est l’infanterie qui a été l’arme la plus exposée, la plus sacrifiée, celle où on dénombre le plus de morts, il est faux d’imaginer que cette saignée n’affecte que le prolétariat troupier. Aujourd’hui, les médecins sont en première ligne, les pharmaciens aussi, sans parler des élus locaux, des commerçants-artisans et dans une moindre mesure des enseignants. Et pour mémoire, ce furent les officiers inférieurs, en 1914-1918, qui subirent les plus lourdes pertes. Pour un fantassin sur quatre massacré dans les tranchées, un officier d’infanterie sur trois, dont son lot de saint-cyriens certes, mais aussi de profs – depuis le normalien jusqu’à l’instit (au statut autrement supérieur qu’aujourd’hui), la profession proportionnellement la plus touchée.

    Compter les sous ou compter les morts

    Le gouvernement français n’est pas pressé de donner le bilan des personnels de santé infectés par le Covid-19. En Italie, on sait qu’il y a déjà eu une centaine de médecins décédés. En France ? Circulez, y’a rien à voir. Il serait pourtant très simple de réunir les données des agences régionales de santé. Mais Macron en a peur, Olivier Véran ne sait pas qu’elles existent et Jérôme Solomon s’embrouille tout le temps dans ses tables de multiplication. Ces Messieurs savent pourtant compter, mais les sous, pas les morts (le prémonitoire « Vous comptez les sous, on comptera les morts ! » scandé à l’automne dernier par des blouses blanches en grève).

    Alors bien sûr, on ne va pas ajouter sa voix au concert de louanges quotidiennes douteuses adressées aux soignants – trop attendues et trop entendues pour être crues sur parole. Mais une fois de plus on vérifie que la société abrite des trésors de dévouement en dépit du laminage constant de la philosophie utilitariste qui postule la recherche de l’intérêt individuel, seule unité de mesure des peines et des plaisirs. Cette philosophie, qui au cœur du néolibéralisme, ne résiste pas un instant à l’analyse. Son contraire non plus du reste. Nous sommes ainsi faits que nous recherchons le gain et la sympathie, nous nous débattant en permanence entre la sociabilité naturelle de notre espèce et un quant à soi non moins naturel, la recherche de l’intérêt et le désintéressement, la confiance et la défiance, l’ami et l’ennemi. Ni ange ni bête, comme dit Pascal, qui, pourtant en bon janséniste, voyait le mal partout.

    Rendons grâce au virus. Il a rappelé à une certaine médecine dorée et dévoyée ses missions hippocratiques essentielles, qu’elle avait eu parfois tendance à négliger. Un peu comme dans le sketch que les Inconnus avaient consacré aux hôpitaux publics, avec un chef de service aussi crâneur que branleur qui arrive en retard, traverse négligemment les couloirs, visite en dilettante les malades, avant de s’éclipser prématurément en confiant à son assistant : « Bon, je file, j’ai un cours. »

    – À la Sorbonne ?

    – Non, à Roland-Garros !

    De toute évidence, on n’en est plus là.

    L’hôpital ne se fout plus de la charité

    Sans le coronavirus, l’hôpital public français était programmé pour finir à l’institut médico-légal. Vingt ans qu’on le démolit, lit après lit, bâtiment après bâtiment, service d’urgence après maternité. Vingt ans de coupes budgétaires avec pour conséquence une centaine de milliers de lits perdus. En dix ans, près de 12 milliards d’économie (tout cumulé). Dès avant 2008, on a choisi de sauver « nos » banques, pas notre hôpital. Pour un banquier sauvé, combien de lits sacrifiés ? Ici comme ailleurs, le service de la dette est devenu une servitude insupportable. Avec la tarification à l’activité, qui a généralisé l’abattage médical et son illusoire culture du résultat, on a instauré un hôpital d’entreprise mis au régime forcé du management automobile, suivant la logique du « lean management » (to lean, « dégraisser, mincir »). L’administration hospitalière cherche partout des gains de productivité.

    Enfin pas partout ni pour tout le monde : ce régime décharné ne vaut que pour le patient français, pas pour l’immigré clandestin. Car étonnamment, les syndicats qui braillent à raison leur mécontentement ne pointent jamais le coût délirant de l’AME, l’Aide médicale de l’État, près d’1 milliard par an, pour des pseudo-migrants qui viennent faire soigner gratuitement – tant qu’à faire – de lourdes et très coûteuses pathologies. Savez-vous que la Sécurité sociale engage en moyenne chaque année plus de dépenses de soin pour un « sans-papiers », qui n’a jamais cotisé, que pour un Français, qui a cotisé toute sa vie ?

    Ni bonnes ni nonnes

    L’hôpital, c’est aujourd’hui trente infirmiers agressés chaque jour, une douzaine d’infirmiers depuis 2016 suicidés sur leur lieu de travail, des patients de moins en moins patients, 30 % d’infirmiers qui abandonnent leur métier dans les cinq ans qui suivent l’obtention du diplôme d’infirmier et plus des deux tiers des effectifs qui travaillent en horaires décalés. Eh bien, nonobstant cela, nonobstant ce gâchis, nonobstant ces cadences infernales, l’hôpital a tenu, singulièrement les femmes surreprésentées. Ni bonnes ni nonnes, hurlaient hystériquement les féministes dans les convulsions de 1968. Oui-da, Mesdames ! Mais enfin, il n’y a rien de déshonorant à servir les malades. Il suffit de relire un des plus grands témoignages sur que soigner veut dire pour s’en assurer, je veux parler du prodigieux Un Souvenir de Solferino (1862) du futur fondateur de la Croix rouge, Henry Dunant. À lire et à relire. Avec les vieilles chroniques par temps de peste où les plus beaux témoignages, les plus déchirants, à tous les coups, sont ceux adressés aux religieuses – vos ancêtres. On naît femme, on ne le devient pas.

    François Bousquet (Éléments, 28 avril 2020)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Confinez-vous avec : ... Les Antigones, de George Steiner !

    Avec la crise du coronavirus, les maisons d'édition reportent la publication de leurs nouveautés à des jours meilleurs. Cette période sera donc l'occasion de vous signaler, au gré de l'inspiration du moment, des ouvrages, disponibles sur les sites de librairie en ligne (ceux dont l'activité se poursuit...), qui méritent d'être découverts ou "redécouverts".

    On peut trouver publié aux éditions Gallimard, un essai de George Steiner intitulé Les Antigones. Linguiste, spécialiste de littérature comparée, polyglotte, George Steiner (1929-2020) a enseigné à Cambridge et à Princeton. Cet intellectuel hors-norme, admirateur des Deux Étendards de Lucien Rebatet, a publié de nombreux essais, comme Dans le château de Barbe-bleue, ainsi que trois romans, dont Le Transport de A. H.

     

    Steiner_Les Antigones.jpg

    " Née des oeuvres incestueuses d'Oedipe et de Jocaste, Antigone bravera les ordres de Créon pour inhumer son frère, Polynice. Elle sera enterrée vive. Pamphlet contre la loi humaine et pour la loi divine ou, au contraire, apologie de la raison d'Etat : les générations se sont succédé, incapables de trancher. Au fil des pages, l'on découvre, cependant, que la loi divine invoquée par Antigone - enterrer les morts - n'est pas moins humaine, et que défendre l'Etat est aussi une loi divine, tandis que la pièce met en scène l'affrontement de deux amours : celui d'une soeur pour son frère et celui d'un homme pour la cité et son pouvoir. Les hésitations du choeur sont là pour souligner les incertitudes ou les ambiguïtés du devoir que dictent et l'amour et le droit. Cette pluralité des sens et cette irréductibilité des interprétations - d'Eschyle et Sophocle à Anouilh et Cocteau, en passant par Garnier, Racine, Alfieri, Marmontel, Hegel, Hölderlin - sont partie intégrante de la culture occidentale. Le conflit Antigone-Créon est désormais, semble-t-il, une dimension a priori de la conscience intellectuelle et politique de nos démocraties. Comment expliquer autrement que ces légendes grecques antiques continuent à inspirer et à déterminer tant de nos réflexes culturels les plus fondamentaux ? "

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!
  • Quartiers sensibles et pouvoir criminel...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Xavier Raufer à Sputnik, dans lequel il évoque la criminalité et la situation dans les cités à l'heure de la crise sanitaire.

    Criminologue et auteurs de nombreux essais, Xavier Raufer a publié ces dernières années Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014) et, tout récemment, Le crime mondialisé (Cerf, 2019).

     

                                           

    Lien permanent Catégories : Entretiens, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • Confinez-vous avec : ... La Prison maritime, de Michel Mohrt !

    Avec la crise du coronavirus, les maisons d'édition reportent la publication de leurs nouveautés à des jours meilleurs. Cette période sera donc l'occasion de vous signaler, au gré de l'inspiration du moment, des ouvrages, disponibles sur les sites de librairie en ligne (ceux dont l'activité se poursuit...), qui méritent d'être découverts ou "redécouverts".

    On peut trouver publié aux éditions Le livre de poche (mais aussi dans la collection Folio), un roman de Michel Mohrt intitulé La Prison maritime. Avocat, éditeur et romancier, Michel Mohrt (1914-2011) est un représentant de la droite littéraire de la deuxième moitié du XXe siècle.

     

    Mohrt_La prison maritime.jpg

    " Au mois de juillet 1923, quand le Roi-Arthur entre dans le port de Lesguivy, le bruit court que son capitaine, Olivier de Kersangar, cherche un matelot, Aussitôt Hervé, le narrateur de cette histoire, alors âgé de 19 ans, va lui rendre visite avec le secret espoir d’être choisi. On lui fait bon accueil, on l'enrôle dans l'équipage, on l'emmène à Saint-Yvinec pour finir de préparer la croisière. Et voilà comment Hervé se trouve mêlé à l'escarmouche de l'île Couëron où Kersangar à la tête d'une flottille de marins bretons chasse les Anglais, usurpateurs de ces rivages. L'escale suivante, c'est l'Irlande où Hervé se laisse ensorceler par son hôtesse. Londres l'appelle ensuite pour une mission mystérieuse. Puis C'est le retour, la tempête et la fin cruelle d'un beau voyage, initiation à la vie et à l’'aventure que narre un maître conteur avec verve, humour et un soupçon de nostalgie."

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!
  • Qui payera la crise ? Les classes populaires ou la finance mondiale ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Thibault Isabel cueilli sur le site de L'Inactuelle et consacré aux conséquences économiques et sociales de la crise. Docteur ès lettres, rédacteur en chef pendant plusieurs années de la revue Krisis, Thibault Isabel a publié plusieurs essais ou recueils d'articles comme Le champ des possibles (La Méduse, 2005), La fin de siècle du cinéma américain (La Méduse, 2006) , Le paradoxe de la civilisation (La Méduse, 2010), Pierre-Joseph Proudhon, l'anarchie sans le désordre (Autrement, 2017) et dernièrement Manuel de sagesse païenne (Le Passeur, 2020).

     

    Crise_Coronavirus_Dette.jpg

    Thibault Isabel: “ Qui payera la crise? Les classes populaires ou la finance mondiale ? ”

    Le choc causé à l’économie mon­diale par la pandémie de Covid-19 a été à la fois plus rapide et plus grave que la crise finan­cière de 2008 ou même que la Grande Dépression de 1929. Au cours de ces deux épisodes, les mar­chés bour­siers se sont effon­drés d’au moins 50%, les mar­chés du crédit ont été paralysés avec des failli­tes en cascade, les taux de chô­mage ont franchi la barre de 10% et le PIB s’est contracté à un taux annua­lisé de 10% ou plus. Ce processus s’est étalé sur une durée de trois ans environ. En mars 2020, il n’a fallu que trois semaines pour laisser présager un bilan tout aussi désastreux.

    La crise du système.

    Ce serait mal analyser la situation de penser que cette crise est la conséquence exclusive de la pandémie de coronavirus. La pandémie n’a été qu’un élément déclencheur, venu enrayer la machine déjà bien grippée du système économique mondial. De nombreux experts nous alertaient depuis longtemps contre les risques d’éclatement des bulles financières, et les aberrations des marchés sont devenues patentes lorsqu’après une survalorisation délirante des actifs en janvier, ils ont été pris d’un mouvement de panique inouï face à l’annonce des premières mesures de confinement, ne connaissant un timide regain qu’à l’annonce de nouvelles interventions publiques, comme si le secteur privé attendait désormais tout des États pour le sauver.

    Le contexte est d’autant plus dramatique qu’au coût intrinsèque de la crise économique et financière va s’ajouter le coût de gestion de la crise sanitaire. Relancer une économie planétaire mise à l’arrêt pendant des mois représentera un effort titanesque, tandis que la plupart des États sont déjà lourdement endettés par la crise de 2008, qui n’a toujours pas été digérée par les comptes publics (alors que les marchés financiers engrangeaient à nouveau des bénéfices mirobolants depuis déjà plusieurs années). Selon les estimations actuelles, l’endettement des grands États occidentaux sera accru de l’ordre de 25% dans les trois prochaines années.

    Réformer la finance mondiale.

    Plusieurs observations en découlent.

    1/ Il ne saurait être question de relancer les économies nationales après la crise sans réformer radicalement le système, qui a largement démontré ses méfaits en accroissant les inégalités sociales d’une manière exponentielle et en témoignant d’une fragilité coupable qui pénalise l’économie réelle, les petites et moyennes entreprises, ainsi que les épargnes familiales.

    2/ Dans le contexte d’une mondialisation galopante, l’interconnexion des économies est devenue trop forte, ce qui rend incontrôlables les crises de toute nature – qu’elles soient sanitaires, financières, etc.

    3/ La perte de notre souveraineté industrielle, consentie au nom du libre-marché international, n’a pas apporté les opportunités économiques promises aux plus modestes et nous a affaiblis pour résister aux cataclysmes, comme en témoigne notre incapacité présente à produire des médicaments, des masques, des respirateurs en nombre suffisant.

    4/ Le système économique autorise des profits privés gargantuesques pour les grandes fortunes planétaires, mais, lorsque la situation se dégrade, il sollicite l’intervention publique des États, donc les contribuables, pour payer les erreurs du passé.

    5/ Tout cela amène aussi une considération d’ordre plus philosophique : la course à la consommation et au productivisme se conjugue avec la spéculation pour déboucher sur un mode de vie que chacun s’accorde de plus en plus volontiers à trouver dangereux et contre-productif, puisque le miroir aux alouettes de la « croissance » et des « bons chiffres de l’économie » ne sert que les classes fortunées, tandis que les classes populaires voient leurs conditions d’existence se dégrader à vue d’œil (baisse du pouvoir d’achat pour les produits de première nécessité, précarisation du travail, isolement de la France périphérique, etc.).

    Nous devrons oublier les vieilles recettes.

    Il va bien falloir rebâtir, et nous ne pourrons le faire à l’identique. De toute façon, les vieilles solutions ne fonctionneront plus, au vu des faibles marges de manœuvre qui nous restent. Emmanuel Macron lui-même avait déclaré le 16 mars : « Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause ». Dominique Strauss-Kahn faisait lui aussi son mea culpa, le 7 avril, dans les colonnes de Slate, en affirmant que les opposants de longue date à la mondialisation, jusqu’alors considérés comme « idéalistes », « doctrinaires » ou « pessimistes », avaient en fait « partiellement raison », car « il est fort probable que la crise conduise à des formes de relocalisation de la production, régionale sinon nationale ».

    L’aveu d’échec est courageux, mais on peut tout de même se demander s’il faut faire confiance à ceux qui nous ont conduit dans le mur pour nous indiquer désormais le bon chemin. En tout état de cause, les partisans du vieux monde vont surtout s’efforcer de sauver les meubles face à la faillite évidente du système qu’ils ont instauré.

    La pandémie nous donne une occasion unique d’envisager un réaménagement profond de notre tissu économique et social. Plus encore, elle nous l’impose. Il n’y aura pas de sortie confortable, et nous n’éviterons le pire qu’en préparant dès maintenant le changement de cap, en vue de réorienter l’épargne des ménages vers des dépenses permettant de construire une économie utile et soutenable. Reste à savoir comment et, surtout, qui va régler la facture.

    Qui va financer le plan de relance de l’économie ?

    C’est là que le bât blesse, en effet. Les belles déclarations d’intention des mondialistes néolibéraux de gauche comme de droite auront bientôt pour but de faire avaler des pilules très amères aux citoyens, à qui on demandera de se serrer la ceinture pour « réformer ».

    La crise que nous traversons constitue à la fois un choc de demande (les ménages consomment moins) et un choc d’offre (les entreprises produisent moins). Pour y faire face, les mesures mises en place par le gouvernement français sont essentiellement keynésiennes. Il s’agit donc d’investir des fonds publics pour soutenir la consommation et maintenir la production à flot. Ces mesures sont peu ou prou partagées par l’ensemble des pays européens et cautionnées par un relâchement des contraintes budgétaires du traité de Maastricht.

    Mais les politiques keynésiennes, sous couvert d’enracinement historique à gauche, contribuent en fait trop souvent à transformer la dette privée en dette publique, c’est-à-dire en dette des citoyens. Il n’est pas surprenant de ce point de vue que Nicolas Sarkozy, pourtant estampillé à droite, y ait eu massivement recours lors de la crise de 2008. Voilà où nous en sommes : les marchés s’engouffrent dans la spéculation et, en cas de fiasco généralisé, attendent benoîtement que les États payent la note en transférant la dette privée des secteurs financiers vers le secteur public pour éviter la faillite du système. Lors de l’éclatement de la crise des subprimes, les autorités en place n’ont pu empêcher la banqueroute générale qu’en endettant massivement leurs pays, après quoi les gouvernements ont dû appliquer les uns après les autres des mesures sévères d’austérité, pendant que la spéculation reprenait à plein régime.

    Soutenir les classes populaires et moyennes.

    Il est évident que l’État se doit aujourd’hui d’organiser un plan de relance ; mais, s’il le fait avec les méthodes habituelles de l’establishment, ces mesures se solderont en dernière instance soit par la diminution drastique des services publics (c’est-à-dire par la réduction des dépenses), soit par le renforcement des impôts (c’est-à-dire par l’augmentation des recettes), soit par l’inflation (dans l’hypothèse notamment où l’on ferait tourner la planche à billets pour limiter le coût de la dette). Aucun de ces scénarios n’est souhaitable. Si l’on décide de limiter les dépenses de l’État, ce sont les classes populaires qui en feront prioritairement les frais, puisqu’ils sont les principaux bénéficiaires de la dépense publique ; et, si l’on recourt à l’impôt ou à l’inflation, ce sont plutôt les classes moyennes qui paieront la facture, puisqu’elles assument l’essentiel de l’effort fiscal et s’appuient sur leur épargne familiale pour éviter la paupérisation – or, l’épargne des Français serait très fortement rognée par une politique inflationniste.

    Monter les classes populaires et les classes moyennes les unes contre les autres a été la stratégie du parti maastrichtien pendant des décennies : on voulait ainsi faire oublier que les seuls à ne jamais payer les crises, dans la durée, sont ceux qui les provoquent en profitant des déséquilibres du système, à savoir les acteurs du monde de la finance et les très grandes entreprises. Souvenons-nous que l’inflation galopante des années 1930, après la crise de 1929, a été pour beaucoup dans la ruine des classes moyennes en Europe, notamment en Allemagne, et que cette situation traumatisante a conduit aux calamités politiques que l’on connaît : fascisme, rivalités entre nations et Seconde Guerre mondiale. L’unité du pays ne pourra donc être obtenue que si les classes populaires et les classes moyennes sont-elles mêmes solidaires face à l’épreuve, et comprennent qu’elles ont un adversaire commun : le système bicéphale des marchés dérégulés et des monstres de la mondialisation, qui risquent de devenir tout puissant après la crise, quand nombre de TPE/PME et de commerces auront dû fermer leurs portes. C’est alors Amazon qui raflera la mise ; et c’est cela qu’il faut empêcher.

    Le principe « pollueur-payeur » en économie.

    Pour y parvenir, néanmoins, on ne pourra se contenter de quelques rustines sur un navire qui prend l’eau de toute part. Il va falloir restructurer la coque de fond en comble. De même qu’en matière d’écologie, on applique le principe « pollueur-payeur », il faudra faire payer ceux qui ont provoqué les déséquilibres du système néolibéral mondialisé. Cela veut dire notamment : taxer les transactions financières et les revenus du capital, mettre en place un impôt universel pour lutter contre l’expatriation fiscale, taxer l’automatisation du travail, augmenter le montant de la taxe Gafam sur les services numériques ou encore taxer les grandes entreprises pour les coûts écologiques induits par leurs activités, non seulement pour renflouer les caisses de l’État, mais aussi pour réorienter le système de production et de consommation dans un sens conforme à l’équité et au bien commun. Au lieu de soigner simplement les symptômes, il est temps de s’en prendre aux vraies racines du mal.

    L’autre question à poser est celle de la dette, qui va exploser. Une politique d’endettement public s’avère inévitable dans l’immédiat, mais intenable à plus longue échéance. Plus les États s’endetteront, plus les taux d’intérêt de la dette s’envoleront, plus les acteurs économiques perdront confiance en l’avenir et limiteront leurs dépenses et leurs investissements. Les mesures de relance ne peuvent être que conjoncturelles : l’austérité va revenir très rapidement sur le devant de la scène, obligeant les gouvernements européens à fermer les cordons de la bourse.

    La meilleure option consistera donc à mutualiser la dette des États européens, afin de réduire les taux d’intérêt. Mais les tensions apparues dès mars autour des Eurobonds révèlent des désaccords profonds entre les pays du sud (France, Italie, Espagne), qui y étaient dès l’abord favorables, et les pays du nord (Allemagne, Pays-Bas), qui refusaient d’en entendre parler. Ces derniers profitent en effet de la différence des taux d’intérêt entre nations. Le méca­nisme d’exploi­ta­tion des pays les plus pau­vres par les Allemands et les Néerlandais se trouve au fon­de­ment de la poli­ti­que d’aus­té­rité bud­gé­taire, dont les bases ont été mises en place avec le « grand marché unique », à la fin des années 1980. L’Allemagne profite en outre de la politique monétaire européenne pour favoriser ses exportations et les Pays-Bas doivent leur prospérité à leur politique de paradis fiscal. En l’état actuel des choses, par conséquent, l’ordre maastrichtien met les pays européens sous tutelle de l’Allemagne et de ses alliés privilégiés.

    Le point de vue de la France profonde.

    Certes, il est inévitable de recourir provisoirement à la dette publique afin de financer le plan de relance, dès lors qu’il n’existe pas de remède miracle ni d’argent gratuit. Mais il faudra surtout se saisir de cette occasion pour engager une réforme du système à l’issue de laquelle le choc social de la mondialisation sera mieux amorti. La révolte des Gilets jaunes et de la France périphérique, très largement soutenue par l’opinion, a montré que le pays ne voulait plus des recettes politiques appliquées depuis des décennies par tous les partis qui se sont partagé le pouvoir. La France profonde, sans laquelle on ne pourra rien rebâtir, ne veut plus d’une politique néolibérale qui accorde toujours plus de souplesse aux grandes entreprises multinationales ; et elle ne veut plus davantage d’une simple politique d’assistanat à court terme, qui conduit à l’endettement de l’État sans empêcher le démantèlement de nos services publics fondamentaux.

    La France profonde souhaite qu’on laisse à chacun d’entre nous la possibilité de travailler dignement, dans des conditions décentes, pour un salaire honorable. C’était d’ailleurs très clairement le message porté sur les ronds-points, à l’hiver 2018-2019. Ni la droite ni la gauche de ces trente dernières années n’ont pris cette demande au sérieux. Et pour cause : rompre avec la logique de l’hypertrophie des marchés – dont on ne peut que colmater péniblement les failles avec l’hypertrophie sans fin des aides sociales – imposerait en même temps de réformer radicalement le système économique qui nous est imposé depuis les accords de Maastricht.

    Autrement dit, la réhabilitation de notre tissu économique de proximité n’est possible qu’à travers une prise de distance avec l’Union européenne, pour établir une coopération stratégique continentale à géométrie variable. C’est par ce moyen, et par ce moyen seulement, qu’il sera envisageable de renouer avec une politique protectionniste de plein emploi. Cette prise de distance rendra le recours à des systèmes de mutualisation des dettes beaucoup plus aisé – à défaut il est vrai de pouvoir compter sur le soutien de l’économie allemande –, mais elle marquera plus encore la fin des dogmes néolibéraux qui paralysent toute refonte de notre économie.

    Reconquérir notre indépendance politique et économique.

    La sortie de pandémie ne sera en effet salutaire que si nous profitons de l’immense chantier en cours pour apporter les réformes indispensables à une reprise en main souveraine de nos capacités industrielles et de notre système financier. Parmi les mesures les plus pressantes, le gouvernement devra bien sûr panser les plaies ouvertes par la crise, en nationalisant certaines entreprises industrielles pour relocaliser la production de nombreux secteurs. Il sera sans doute nécessaire aussi de nationaliser les banques en difficulté, sans oublier plus tard de séparer les banques de dépôt et les banques d’affaire, pour éviter le gonflement de nouvelles bulles spéculatives et protéger davantage les épargnes. Au vu des efforts admirables fournis par les personnels soignants, il deviendra enfin indispensable de réhabiliter l’hôpital public, tout comme il deviendra indispensable de réhabiliter les services publics de proximité et les transports, laissés trop longtemps à l’abandon.

    À plus long terme, le nerf de la guerre économique, pour financer les réformes, sera de taxer ceux qui tirent le plus grand profit du système tout en payant le moins d’impôts : les grands groupes multinationaux. Sinon, quoi qu’on fasse, quelles que soient les méthodes qu’on appliquera, ce sont toujours d’abord les classes populaires ou les classes moyennes qui en feront les frais. Or, il est impossible de lutter contre des entreprises en situation de quasi-monopole qui peuvent à tout instant délocaliser l’essentiel de leur production, et qui choisissent qui plus est de payer leurs impôts aux Pays-Bas ou en Irlande plutôt que sur les territoires où elles vendent leurs produits.

    La seule arme des États est de recourir aux circuits courts et au protectionnisme. Non pas un protectionnisme nationaliste agressif visant à écraser les pays rivaux, comme le pratiquent allègrement les États-Unis et la Chine, mais un protectionnisme concerté avec d’éventuels alliés européens. Plus ce protectionnisme global trouvera de soutien chez nos partenaires, plus il sera efficace face aux assauts économiques extérieurs, permettant aussi des collaborations fructueuses pour de grands projets communs. Paradoxalement, cette politique pourrait même donner un nouveau souffle à une certaine idée de l’Europe, en marge des institutions en place.

    L’objectif ultime consistera à dégager l’économie locale de la concurrence exercée par les grandes entreprises internationales. Le capitalisme mondialisé a pris une forme si tentaculaire qu’il en vient à broyer les idéaux de liberté qui lui avaient initialement servi de légitimation : au fond, qui peut croire désormais au mythe du self-made man, parti de rien, qui parvient à gravir les échelons de la réussite jusqu’à gagner très correctement sa vie ? Pour chacun d’entre nous, au contraire, il est devenu extraordinairement difficile de s’arracher à sa condition d’origine, précisément parce que les richesses sont de plus en plus concentrées entre les mains d’une infime minorité de grandes fortunes et que le système de marché est devenu une vaste structure technocratique, dont nous finissons par être les séides, et auxquelles les politiques n’osent même plus s’opposer. Espérons qu’avec la sortie de crise sanitaire nous sortirons également de la crise démocratico-économique du monde néolibéral. Cela ne tient en définitive qu’à nous.

    Thibault Isabel (L'Inactuelle, 29 avril 2020)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Les snipers de la semaine... (199)

    Mauser.jpg

    Au sommaire cette semaine :

    - sur Bonnet d'âne, Jean-Paul Brighelli flingue l'esprit moutonnier qui règne depuis le début de la crise sanitaire...

    L'instant mouton

    moutons.jpg

     

    - sur Polémia, Michel Geoffroy n'est pas en reste en opposant la France cocue  et contente à celle qui se révolte...

    La France confinée contre la France en gilet jaune

    Confinement_Soumission.png

    - sur son site, Michel Onfray dézingue la meute qui attaque le docteur Raoult et son traitement contre le coronavirus...

    Le loup et les chiens

    jean-paul brighelli,michel geoffroy,confinement,coronavirus,soumission,moutons,gilets jaunes

    Lien permanent Catégories : Snipers 0 commentaire Pin it!