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  • Hystérie collective : comment Trump, Israël et l’Ukraine fracturent la droite...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 20 avril 2026 et consacrée à la montée des crispations hystériques sur des sujets clivants sur lesquels les Européens n'ont aucune prise...

    Historien, essayiste, enseignant chercheur à l'Instytut Zachodni à Poznan, à l'Institut Catholique de Vendée ainsi qu'au Mathias Corvinus Collegium de Bruxelles, David Engels est l'auteur de trois essais traduits en français, Le Déclin - La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013), Que faire ? - Vivre avec le déclin de l'Europe (La Nouvelle Librairie, 2024), Défendre l'Europe civilisationnelle - Petit traité d'hespérialisme (Salvator, 2024) et, dernièrement, d'un roman, Le retour du roi (Le Verbe-Haut, 2026). Il a  également dirigé deux ouvrages collectifs, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020) et Aurë entuluva! (Renovamen-Verlag, 2023), en allemand, consacré à l’œuvre de Tolkien.

     

                                                 

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  • Orban, Trump, Poutine et tous les autres... L’idolâtrie politique : ce vice qui ronge et tue de l’intérieur...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Yann Vallerie cueilli sur Breizh-Info et consacré à la confortable idolâtrie de sauveurs aussi lointains qu'illusoires...

     

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    Orban, Trump, Poutine…et tous les autres : L’idolâtrie politique : ce vice qui ronge et tue de l’intérieur

    Alors comme ça, Orbán a perdu. Les groupes Telegram ou  Facebook s’affolent. Les commentaires s’enchaînent. Les analyses tombent en cascade. « C’est la fin de l’Europe souverainiste. » « Bruxelles a gagné. » « On est foutus. » Certains pleurent presque. D’autres ragent. Tous commentent, partagent, réagissent, s’indignent.

    Et pendant ce temps — pendant que vous passez votre soirée à scruter les résultats d’une élection dans un pays dont vous ne parlez pas la langue, dont vous ne connaissez pas un seul habitant, et sur lequel vous n’avez strictement aucune prise — vos enfants grandissent dans une école qui les formate. Votre commune perd ses derniers commerces. Votre voisin agriculteur est à deux doigts de craquer. Votre langue, votre culture, votre territoire se vident lentement de leur substance.

    Mais Orbán. Parlons d’Orbán.

    Vous êtes devenus des groupies du politique mondial

    Soyons honnêtes. Disons ce que personne ne veut dire.

    Une large partie de la droite identitaire française — et bretonne — s’est transformée en fan-club international. Orbán était l’idole. Avant lui, c’était Trump. Demain ce sera quelqu’un d’autre. Modi peut-être. Ou Milei. Ou le prochain homme providentiel que les chaînes Bolloré et les algorithmes de Twitter vous présenteront comme le sauveur de la civilisation occidentale.

    Vous suivez ces hommes comme des adolescents suivent leurs influenceurs. Vous partagez leurs discours. Vous achetez leurs livres. Vous lisez leurs citations sur fond de coucher de soleil. Vous débattez pendant des heures de ce qui se passe à Budapest, à Washington, à Kiev, à Gaza — comme si votre opinion là-dessus allait changer quoi que ce soit à quoi que ce soit.

    Elle ne change rien. Strictement rien.

    Orbán gouvernait la Hongrie. Pas votre commune. Pas votre région. Pas votre pays. Il défendait les Hongrois — ce qui était son rôle, et c’était bien. Mais il ne vous défendait pas. Il ne pouvait pas vous défendre. Personne ne peut vous défendre à votre place. C’est ça, le secret que personne ne vous dit.

    Le confort de la lutte par procuration

    Il y a quelque chose de profondément confortable dans les luttes par procuration. Quelque chose de douillet, même.

    Soutenir Trump depuis votre canapé de Rennes ou de Quimper, ça ne coûte rien. Ça ne demande aucun effort. Aucun sacrifice. Aucune prise de risque. Vous gagnez en revanche le sentiment délicieux d’appartenir à un camp, d’avoir un ennemi clairement identifié, de faire partie d’une guerre globale et épique entre le Bien et le Mal — entre les patriotes et le mondialisme, entre la civilisation et le chaos.

    C’est du cinéma. Du très bon cinéma, parfois. Mais du cinéma.

    Pendant que vous regardez ce film, votre vie réelle se déroule ailleurs. Et dans cette vie réelle, personne ne viendra vous sauver. Ni Trump depuis Washington. Ni Orbán depuis Budapest. Ni Poutine depuis Moscou — et si vous comptez sur lui, vous avez un problème de jugement plus sérieux encore.

    Les chaînes d’info en continu, les plateaux de CNews, les fils Twitter de droite, les groupes Telegram souverainistes — tout cet écosystème fonctionne sur un modèle simple : vous maintenir dans un état permanent d’agitation émotionnelle qui vous donne l’impression de combattre sans jamais rien faire. La colère est entretenue. L’indignation est renouvelée quotidiennement. Et vous restez assis, bien chauds, parfaitement immobiles.

    C’est exactement ce que vos adversaires souhaitent.

    Ce qui se passe chez vous

    Laissez-moi vous poser quelques questions concrètes.

    Savez-vous combien d’exploitations agricoles ont disparu dans votre département l’année dernière ? Connaissez-vous le nom du président de votre communauté de communes ? Avez-vous participé à la dernière réunion publique de votre municipalité ? Avez-vous soutenu financièrement un média local indépendant, une association culturelle bretonne, un éleveur en difficulté près de chez vous ? Avez-vous eu une vraie conversation — pas un débat Twitter, une vraie conversation — avec des gens de votre quartier, de votre village, de votre canton, sur ce que vous voulez pour vos enfants ?

    Si la réponse est non à la plupart de ces questions, alors votre engagement politique est une illusion. Un théâtre d’ombres. Vous êtes spectateur de l’histoire du monde pendant que l’histoire de votre peuple, de votre territoire, de vos proches, s’écrit sans vous.

    La Bretagne se vide de ses paysans. Le trafic et la consommation de drogues explosent. L’insécurité aussi, partout, en Bretagne comme en France. La langue bretonne agonise doucement malgré quelques sursauts courageux. Les centres-bourgs meurent commerce après commerce. Les jeunes partent. D’autres populations viennent les remplacer progressivement. Les anciens s’éteignent avec leurs mémoires. La mer monte. Les terres sont rachetées par des fonds d’investissement qui ne mettront jamais les pieds ici.

    Rien de tout cela ne sera résolu par le résultat d’une élection hongroise.

    Le syndrome de l’armchair warrior

    Il y a un mot en anglais — armchair warrior — qui désigne celui qui combat assis dans son fauteuil. Qui a une opinion tranchée sur tout, une analyse définitive sur chaque conflit, une certitude absolue sur qui a tort et qui a raison à dix mille kilomètres de chez lui — et qui ne fait absolument rien de concret à portée de main.

    La droite identitaire et patriote française en est truffée. Et c’est sa faiblesse principale — bien plus que ses adversaires, bien plus que les médias, bien plus que le « système ».

    Vous avez raison sur beaucoup de choses. Votre diagnostic sur la dissolution culturelle, sur l’immigration de masse, sur le nivellement identitaire, sur la désintégration du tissu social — ce diagnostic est souvent juste. Mais avoir raison ne sert à rien si vous ne faites rien de cette raison. La lucidité sans action n’est qu’une forme sophistiquée de confort intellectuel.

    Ce qu’il reste à faire — ici, maintenant

    Alors voilà ce que je vous dis. Éteignez. Éteignez la télé. Éteignez les chaînes d’info. Sortez des boucles Telegram. Déconnectez-vous de Twitter une semaine — juste une semaine — et regardez autour de vous ce qui existe, ce qui manque, ce qui appelle.

    Rejoignez une association de défense du foncier agricole. Oeuvrez pour la sécurité de votre quartier. Empêchez les dealers de nuire autour de vous. Traquez les subventions publiques délirantes. Interpellez vos élus sur ce qui nous vous convient pas. Aidez un producteur local à tenir. Inscrivez vos enfants dans une filière d’enseignement bilingue breton. Participez à une réunion de conseil municipal. Créez quelque chose — une association, un collectif, un réseau, un espace de rencontre, une caisse de solidarité locale. Parlez à vos voisins. Pas à vos followers. À vos voisins.

    Construisez des choses réelles avec des gens réels dans des lieux réels. Des choses qui existeront encore demain, quelle que soit la couleur du gouvernement à Budapest, à Washington ou à Paris.

    La politique électorale compte. Les idées comptent. Mais elles ne comptent que si elles s’incarnent dans des actes, des structures, des communautés. Une idée qui ne produit que des commentaires est une idée morte qui se prend pour vivante.

    Orbán est parti. Trump peut décevoir. Le prochain sauveur décevra lui aussi — parce qu’aucun sauveur ne peut vous sauver de votre propre passivité.

    Le seul endroit où vous pouvez gagner, c’est ici. Le seul moment où vous pouvez commencer, c’est maintenant. Le seul peuple que vous pouvez défendre, c’est le vôtre — celui qui vous entoure, celui que vous regardez dans les yeux, celui à qui vous devez quelque chose de concret.

    Tout le reste est du bruit.

    Yann Vallerie (Breizh-Info, 14 avril 2026)

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  • Guerres à répétition : peut-on isoler Israël ?...

    Le 7 avril 2026, Edouard Chanot recevait, sur TV libertés, Laurent Ozon pour évoquer avec lui les hypothèses de sortie du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran.

    Essayiste et analyste politique, tenant d'une écologie localiste et identitaire, premier promoteur de l'idée de remigration, Laurent Ozon est l'auteur de l'excellent essai intitulé France, années décisives (Bios, 2015) et tout récemment de Les néoconservateurs - Une élite impériale (Géopolitique profonde, 2025).

     

                                                

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  • Feu sur la désinformation... (556) : L’enquête qui dérange !

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés consacrée au décryptage des médias et animée par Jean-Yves Le Gallou et Floriane Jeannin.

     

                                               

    Au sommaire cette semaine :

    L’image de la semaine : Charles Alloncle et la fin de la commission d’enquête parlementaire

    Après près de six mois d’auditions et plus de 200 personnes interrogées, la commission d’enquête parlementaire présidée par Charles Alloncle s’est achevée le 8 avril. Mais son rapport sera-t-il voté ? L’enjeu est colossal : soit le rapport est publié, avec l’intégralité des vidéos des auditions, soit il est détruit, plongeant dans l’oubli des mois de travail et des témoignages clés. Une bataille qui se joue dans l’ombre des institutions et dans une virulence médiatique hors norme.

    Le dossier du jour : CNews dépassée par BFMTV... Le poids de l’actualité internationale et des lignes éditoriales

    Phénomène que l’on sous-estime parfois, les guerres et le positionnement des médias sur ces sujets brûlants ont un impact direct sur les audiences. Et quand les oligarques médiatiques poussent leur rédaction à orienter le narratif vers l’un des camps… le public ne suit pas toujours !

    Les pastilles de l’info :

    • Trump est-il fou ? Les médias commencent à se poser la question
    • Rima Hassan en garde à vue, drogue de synthèse, apologie du terrorisme : la méthode LFI
    • Bagayoko invité sur M6 par Lapix : "Etes-vous un Obama français ?"
    • Tensions internes, ça secoue chez Libération
    • Ultia, la streameuse qui a cassé le CNC !
    • Immigration en Inde et émigration en France…
    • "Les rayons et les ombres" : le film à voir sur la collaboration

    Portrait piquant : Daniel Kretinsky, le médiatique milliardaire tchèque

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  • Iran : Trump face à l'hypothèse de la défaite...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Régis Le Sommier sur Omerta dans lequel il évoque l'impasse dans laquelle se trouvent les Etats-Unis dans la guerre contre l'Iran...

     

                                             

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  • Guerre en Iran, saison 1 : Trump 0 – Iran 1...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Benoist sur la guerre israélo-américaine contre l'Iran.

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022), Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023), Martin Buber, théoricien de la réciprocité (Via Romana, 2023), Un autre Rousseau - Lumières et contre-Lumières ( Fayard, 2025)  et, dernièrement, Souveraineté nationale et souveraineté populaire (Krisis, 2026).

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    Guerre en Iran, saison 1 : Trump 0 – Iran 1

    Plus familier des terrains de golf que du golfe Persique, Donald Trump avait commencé par présenter la guerre contre l’Iran comme une « petite excursion ». Peu connu pour sa patience stratégique, il voulait faire vite. Les objectifs de départ étaient la chute du régime islamique et la destruction totale de ses capacités militaires. Quatre semaines après le début des hostilités, rien de tout cela n’est arrivé.

    Les Iraniens ont pris le contrôle du détroit d’Ormuz, et leurs côtes, longues de 1 600 kilomètres, sont truffées de missiles, de drones et d’embarcation rapides. Les Houthis du Yémen menacent de fermer à leur tour le détroit de Bab-el-Mandeb, qui verrouille l’accès à la mer Rouge. Au Liban, où l’on compte un million de déplacés (un habitant sur dix), les Israéliens ne dissimulent pas leur intention d’occuper militairement le sud du pays jusqu’au fleuve Litani.

    Le prix du brut a dépassé les 100 dollars le baril, un renchérissement dont le principal bénéficiaire est Vladimir Poutine. Les pays européens, que la Commission européenne a obligé à se couper des hydrocarbures russes, font face à des pénuries de gaz et de pétrole qui entraînent une flambée du prix de l’essence à la pompe.

    Quoique fortement et durablement affaiblis par les bombardements massifs qu’ils ont subis, les Iraniens n’ont pas cédé, bien au contraire. On a assisté à une escalade ressemblant fort à une fuite en avant. Les mouvements militaires américano-israéliens, les déclarations contradictoires de la Maison Blanche, la poursuite des frappes iraniennes, la déstabilisation des marchés de l’énergie, l’annonce d’une invasion au sol (forces spéciales ?), dessinent un scénario dont personne ne peut prévoir les conséquences, mais qui évoque les « chocs pétroliers » de 1974 et de 1979 : crise économique et financière, récession mondiale.

    Les États-Unis, qui espéraient une victoire-éclair, ne savent plus comment se tirer de ce guêpier. Les Iraniens, censés s’effondrer en quelques jours, sont à l’initiative dans tous les domaines. Le bilan de l’opération « Epic Fury » est un désastre.

    Comment en est-on arrivé là ?

    Et d’abord, pourquoi cette guerre ? Une « menace imminente » justifiant une guerre préventive ?  Laquelle ? La menace nucléaire ? Il y aura bientôt quarante ans qu’Israël annonce tous les ans que l’Iran disposera de la bombe atomique « dans quelques mois », ce qui a fini par susciter le même scepticisme que les « armes de destruction massives » attribuées au régime de Saddam Hussein. Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national, a fait savoir le 18 mars que l’Iran n’a pas relancé ses activités d’enrichissement nucléaires détruites en juin 2025. Trump avait alors lui-même claironné que le programme nucléaire iranien avait été « totalement oblitéré ». Rafael Grossi, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé de son côté qu’il n’y avait en ce domaine aucune menace iranienne immédiate.

    Pourquoi Trump s’est-il lancé dans cette aventure, que l’actualité du moment ne justifiait pas, en faisant preuve d’une impréparation qui a laissé stupéfaits tous les observateurs militaires sérieux ? Pourquoi a-t-il choisi, à quelques mois des élections de mi-mandat (midterms), de prendre le risque de mécontenter sa base électorale qui ne veut pas d’une telle guerre, que l’immense majorité des Américains condamne également ? Marco Rubio a sans doute fourni la réponse en laissant entendre que Trump a cédé aux pressions israéliennes exercées sur lui par Benjamin Néthanyahou le 11 février à Washington. Mais cela ne fait que déplacer le problème : pourquoi y a-t-il cédé ?

         Le 17 mars, la démission inattendue de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Dans sa lettre de démission adressée à Trump, il écrivait : « Je ne peux, en conscience, soutenir la guerre en cours contre l’Iran. L’Iran ne représentait pas une menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ».

    La guerre a donc commencé le 28 février, avant-veille de la fête de Pourim (qui commémore la façon, racontée dans le livre d’Esther, dont les Hébreux ont échappé à un massacre projeté par les Perses), avec un assassinat ciblé (le Guide suprême Ali Khamenei) et la mort sous les bombes de 165 écolières de 7 à 12 ans (des filles de Gardiens de la Révolution), alors même qu’étaient engagées entre les Iraniens et les Américains des négociations qui, selon le sultanat d’Oman, étaient en passe de réussir (« un accord était à portée de main »).

    Mark Twain disait que « Dieu a créé la guerre pour que les Américains apprennent la géographie ». Apparemment, ils ne l’ont pas encore apprise. Trump a gravement sous-estimé ses adversaires. Il a sous-estimé la puissance et la résilience du nationalisme iranien. Il a sous-estimé la puissance militaire de l’Iran, sa solidité organisationnelle, ses orientations stratégiques.

    L’Iran n’est pas le Venezuela ni la principauté de Monaco. Ce n’est pas non plus un pays arabe : les Iraniens sont plus proches ethniquement des Européens que des Arabes, des Turcs ou des Palestiniens. L’Iran est un pays de 90 millions d’habitants, trois fois plus grand que la France, doté d’une triple identité (indo-iranienne depuis l’Antiquité, musulmane depuis le VIIe siècle, moderne depuis le XIXe siècle),  avec une société complexe, une classe universitaire de haut niveau (Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, tué le 17 mars par Israël, était un spécialiste de Kant et de Descartes), une vaste population d’ingénieurs (l’Iran en forme 230 000 chaque année), une histoire trimillénaire et des dynamiques internes qui échappent à la compréhension de la plupart des Occidentaux. C’est au Proche-Orient, avec l’Égypte et la Turquie, le pays qui, possède le patrimoine culturel le plus riche. C’est aussi la 3e réserve mondiale prouvée de pétrole et la 2e réserve mondiale prouvée de gaz. En géopolitique enfin, le plateau iranien constitue le territoire-pivot essentiel de la masse continentale eurasienne.

    Une guerre existentielle

    Ayant une vision purement transactionnelle des rapports de force, Trump ne comprend pas que les Iraniens mènent contre lui une guerre existentielle (ce qui n’est pas le cas des Américains). Il ne comprend pas leur refus « irrationnel » de capituler.  Il ne comprend pas qu’il y a des situations dans lesquelles tout deal est impossible. Il ne sait pas que la doctrine du martyre est au cœur de l’islam chiite (200 millions de croyants) depuis le massacre de Kerbala en 680 et la mort de l’imam Hussein et de ses compagnons, et qu’aux yeux des Iraniens, Ali Khamenei pèse beaucoup plus lourd mort que vivant.

    Les seuls bombardements ne peuvent permettre aux Américains et aux Israéliens de l’emporter. Des troupes au sol sont nécessaires, même lorsqu’il existe dans le régime visé une opposition solidement structurée, ce qui n’est pas le cas en Iran (ne parlons même pas de Reza Pahlavi, le fils de l’ancien dictateur, véritable marionnette du Mossad et de la CIA, qui n’a de soutiens qu’au sein de la Diaspora).

    Les Iraniens, de leur côté, ont très bien compris qu’ils n’ont pas les moyens d’affronter directement la puissance militaire des États-Unis, même s’ils ont porté des coups dévastateurs aux bases américaines de la région. Ils ont donc adopté d’emblée une stratégie asymétrique consistant à attaquer les points faibles de l’économie et de la production énergétique, avec des frappes ciblées sur les infrastructures de production et de stockage de pétrole et de gaz des pays du Golfe. S’y est ajoutée la prise de contrôle du détroit d’Ormuz reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, passage stratégique par lequel transitent chaque jour 20 millions de barils, soit 20 % du pétrole mondial, ainsi que 20 % du gaz liquéfié.

    En guerre sans l’avoir voulu, les monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Koweit, Emirats arabes unis, dont Dubai), qui avaient bâti leur modèle de prospérité en s’en remettant à la protection des Américains se retrouvent désemparés. Leur garant de sécurité est devenu une source d’insécurité, puisque la guerre menace aussi leur modèle économique. Ils constatent avec amertume que les Américains n’ont rien fait pour les protéger des frappes iraniennes, que celles-ci visent une infrastructure pétrolière qui est leur seule vraie richesse, et que leur image de paradis touristiques et financiers est fortement écornée. Si l’escalade se poursuit et que les usines de dessalement dont dépendent leurs populations sont détruites, ces pays pourraient même devenir inhabitables.

    La disparition de fait du droit international a entraîné celle des lois de la guerre. L’assassinat ciblé de l’ensemble des membres de l’appareil dirigeant d’un État souverain membre des Nations Unies, au début d’une guerre qui n’a pas été déclarée, dont aucun pays allié n’a été informé et qui n’a même pas reçu l’approbation du Congrès (ce qui la rend anticonstitutionnelle), est sans précédent. C’est aussi une violation flagrante des Conventions de Genève de 1949, qui disposent qu’« il est interdit de tuer, blesser ou capturer un adversaire en recourant à la perfidie » (art. 39). L’élimination de près d’une centaine de dirigeants militaires et politiques iraniens, réalisée par les Israéliens grâce aux renseignements fournis par le Mossad, a été spectaculaire, mais n’a pas eu l’effet escompté. Dès le lendemain, ils étaient déjà remplacés, et pour chacun de ces remplaçants, les noms des deux successeurs suivants étaient fixés

    La seule conséquence perceptible est que la direction effective du régime iranien est passée des mains des mollahs et des ayatollahs à celles des Gardiens de la Révolution, qui disposent de leur propre armée et de leur propre économie et qui campent sur une ligne dure, puisqu’ils se disent prêts à poursuivre la guerre aussi longtemps qu’il le faudra. La non-reddition équivaut pour eux à une victoire.

    Les Iraniens se préparaient en fait à une attaque de ce genre depuis vingt ans. C’est ce qui leur a permis de mettre en place une « défense mosaïque décentralisée », principe stratégique élaboré par Téhéran après les échecs américains en Irak et en Afghanistan : les 31 centres de commandement (un par province) ont été dotés d’une capacité d’armement et d’autonomie stratégique. En cas de première frappe décapitant le commandement central, tous les centres de commandement passent en mode autonome et continuent à se battre. Dans le même temps, les capacités militaires iraniennes se sont considérablement renforcées, grâce notamment à des missiles balistiques de précision et des drones perfectionnés.

    Stratégie et tactique

    Mao Zedong, dans son livre sur la guerre révolutionnaire, écrivait fort justement que « la conception selon laquelle une victoire stratégique ne s’obtient que par des victoires tactiques est erronée ». Les États-Unis ont de tous temps confondu stratégie et tactique. Ils ont une tactique, qui consiste en une liste d’objectifs à frapper, mais ils n’ont aucune stratégie, car ils n’ont pas la moindre idée du « jour d’après », c’est-à-dire du type de paix qu’ils veulent instaurer. « Nous ne savons pas traduire nos gains militaires en accord politique », déclarait ces jours-ci Ami Ayalon, ancien chef du renseignement intérieur israélien. C’est la raison pour laquelle, depuis 1945, les Américains n’ont gagné aucune guerre. Et c’est aussi la raison pour laquelle leurs interventions en Afghanistan, en Syrie, en Irak et en Libye n’ont pas apporté la « démocratie » et la « liberté », mais la guerre civile et le chaos.

    Un autre défaut traditionnel des Américains est de croire que la supériorité militaire et technologique confère automatiquement la victoire. C’est tout simplement faux. Au plus fort de la guerre du Vietnam, le nombre des soldats américains déployés sur place atteignait le demi-million, ce qui n’a pas empêché leur défaite.

    Le coût de la guerre avec l’Iran est énorme. La puissance aérienne américaine excelle contre les grandes cibles fixes, mais peine à neutraliser les petites unités mobiles. Abattre des drones Shaheh à 20 000 dollars avec des missiles à 4 millions de dollars n’est pas le meilleur moyen de faire des économies ! Les États-Unis ont utilisé plus d’intercepteurs Patriot au cours des trois premiers jours de la guerre qu’ils n’en ont fourni à l’Ukraine en quatre ans de conflit. Les deux premières semaines de la guerre leur ont à elles seules coûté 12 milliards de dollars. La Maison Blanche veut maintenant faire débloquer 200 milliards de dollars supplémentaires pour soutenir son offensive. Tandis que les Israéliens manquent de soldats, les États-Unis manquent de munitions, de missiles guidés et de systèmes de défense aérienne (ils ont déjà fait revenir des systèmes déployés en Asie orientale et détourné des armements destinés à l’Ukraine).

    Naissance d’un axe anti-occidental

    En se lançant dans une guerre sans justification juridique, sans coalition solide et sans objectifs atteignables, Israël et les États-Unis ont ouvert la boîte de Pandore. Leur décision va accentuer la multipolarisation du monde et favoriser la formation d’un axe anti-occidental orienté vers la Chine et la Russie. De deux choses l’une : soit Donald Trump trouve une porte de sortie honorable lui permettant de maquiller sa défaite en « grande victoire militaire », mais il est vraisemblable qu’en pareil cas Israël voudra poursuivre la guerre, sinon en Iran, du moins au Liban. Soit il cherche à anéantir un pays héritier d’une civilisation trois fois millénaire, avec tous les risques d’escalade et d’enlisement que cela comporte. Dans les deux cas, le risque est grand de voir le chaos s’étendre à tout le Proche-Orient.

    N’oublions pas enfin que, dans cette affaire, si l’attaque de l’Iran a été menée conjointement par Israël et les États-Unis, leurs objectifs depuis le début ne sont pas les mêmes. Le plan initial de Donald Trump était de détruire la puissance militaire iranienne, afin de conclure ensuite un accord de paix, tandis que Néthanyahou recherche à la fois un changement de régime et le démembrement de l’Iran, afin de s’assurer d’une hégémonie sans partage au Proche-Orient. En d’autres termes : Trump n’exclut pas la paix, Néthanyahou n’en veut pas. Il veut seulement continuer à bombarder et à tuer. Dans l’immédiat, l’État d’Israël – qui vient de rétablir la peine de mort pour les seuls Palestiniens – s’inquiète de la mise en place d’un axe Arabie saoudite-Turquie-Pakistan-Egypte qui lui serait hostile. Le 1er avril, Donald Trump a menacé de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre ». Le calme n’est pas près de revenir dans la région.

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