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politiquement correct - Page 5

  • A propos du politiquement correct...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son site personnel et consacré au "politiquement correct".

    Spécialiste de l'information et de la communication, François-Bernard Huyghe est l'auteur de nombreux essais et a publié dernièrement La désinformation - Les armes du faux (Armand Colin, 2016).

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    Politiquement correct

    Personne en France ne se dit politiquement correct par plaisir. De même, il est rare qu'un éditorialiste (et je ne parle pas d'un ministre !) avoue diffuser l'idéologie dominante. Il préférera se parer des prestiges sinon de la révolte, du moins d'une pensée dérangeante, sans doute minoritaire, même s'il est quotidiennement en mesure de l'asséner à des millions de gens. Exception, on a vu assumer d'être bien-pensant "et alors ?", comme L. Joffrin. Il réussissait ainsi à cumuler les apparences du courage (Dieu sait s'il en faut pour se dire anti-raciste, pro vivre-ensemble, pour l'Europe et les droits de l'homme dans un quotidien sur un plateau de télévision) et la jouissance de la dénonciation du complot néo-réac.

    Initialement conçu dès les années 80 comme un refus des termes insultants envers des catégories présumées minoritaires, né d'une forme de compassion (ce qui, soit dit en passant, permet au "correct" de se sentir supérieur à la fois à celui dont il défend la dignité et à celui qu'il dénonce) le PC ( Political Corectness' made in Usa) fut d'abord une tactique d'évitement sémantique du mot blessant, mais va se transformer en programme pénal. Soit la loi tend à réprimer non plus des incitations publiques mais sentiments privés - or comment prohiber la crainte (phobie) et rendre l'amour de l'autre obligatoire ?-. Soit par l'exclusion sociale et morale de l'excluant présumé. Ce processus ne se traduit pas forcément par la perte d'un travail ou d'une tribune médiatique (encore que...) mais surtout par l'impossibilité de s'exprimer sans se justifier et rappeler quelles valeurs l'on n'entend pas remettre en cause. Donc de dire d'où l'on parle ou où l'on tend, plutôt que d'énoncer une thèse qui se révélera ou bien vraie ou bien fausse. Grâce au PC chacun peut redécouvrir les joies du Surmoi, du péché et de l'auto-répression. Mais attention : la critique du politiquement correct, ou des élites sont devenus de forts marqueurs du populisme, comme la critique des médias de masse (après avoir pendant des décennies représenté le comble du radicalisme de gauche).

    Parallèlement, on glisse du politiquement correct comme "index" (liste d'expressions et comportements qui blessent) au politiquement correct comme "logiciel" au sens d'un programme destiné à produire des énoncés conformes, mais aussi à repérer les virus de la pensée (virus dont on craint qu'il ne se répande chez les classes inférieures peu humanistes et susceptibles de se laisser contaminer par des peurs, des nostalgies ou des rigidités). Bénéfice collatéral : même l'ancipenseur celui qui pense comme avant Big Brother) est contraint de pratiquer l'arrêtpensée (autre expression d'Orwell : la faculté intériorisée d'interrompre son raisonnement et a fortiori son expression au moment où il va mener vers des conclusions prohibées).

    Le PC instaure donc une censure, mais en faisant croire que tout est affaire de mentalités (de tolérance) et non d’intérêts et de domination, donc qu’il suffirait de bons sentiments pour passer dans le bon camp. À la lutte des classes ou des idéologies se substitue celle des ouvertures et des cultures. Ou des bons ouverts contre les archaïques crispés sur leur refus du monde qui vient, de ses valeurs et de ses impératifs. Les libéraux contre les coincés, les héroïques contre les bloqués. Un adversaire politique n'est plus quelqu'un qui a des intérêts opposés à ceux de votre camp ou une doctrine aux conséquences négatives. C'est un individu, soit abusé (cet ignare a été se faire désinformer sur les réseaux sociaux complotistes, par exemple), soit qui souffre de problèmes psychiques (il a des fantasmes, il cherche des boucs émissaires à son propre sentiment d'infériorité ou de déclin), mais dans tous les cas, il n'émet pas une pensée discutable. Seulement qualifiable d'inqualifiable.

    Le P.C. est aussi Puritainement Correct ; ce n’est plus la lubricité qui est condamnée mais l’orgueil des dominants, avec les mêmes hypocrisies et des mêmes indignations que l’on maudissait autrefois la fornication. Il y a sans doute de la volupté à se proclamer si respectueux de toutes les différences et en même temps tant menacé de pécher d’un mot. Le Politiquement Correct joue de la culpabilité : la faute consistant à employer des mots discriminants, donc à exclure de son cœur. Et comme de désigner ou de qualifier (ce qui, on l’admettra, reste une des fonctions normales des mots) on passe à classer, voire à évaluer, tout locuteur vit entre faute et rédemption, toujours en situation d’avoir à s’excuser d’avoir pu penser ce qu’il n’ose énoncer. Le crime est dans l'esprit il faut se rééduquer.

    Le pire dans le politiquement correct est qu'il arrive à gâcher même les meilleures causes ou les sentiments les plus évidents. Soit l'affaire Baupin. La réaction la plus spontanée serait de dire qu'il est mal de forcer une femme qui vous repousse ou de l'humilier, que si le Tartuffe écologiste l'a fait, il doit être puni même s'il jouit entre temps de la présomption d'innocence. Décence commune, en somme. Mais voici qu'à la norme de la honte se substitue la dialectique du sentiment impur et de la bonne répression (un exemple) : le crime des tireurs d'élastique et autres frotteurs, serait le sentiment de puissance et d'impunité que leur confère la tradition. Il faudrait donc en faire plus : plus d'avancées, plus de contrôle de la société, moins de zones de non droit.

    Ainsi, le logiciel PC oblige le locuteur à évoquer la libération de la parole et les tabous qui nous oppressent encore, à faire planer le soupçon sur les mâles en général et les structures archaïques en particulier. Et à dissimuler en combat de libération une envie de pénal : plus de lois, plus de dénonciations. Un peu d'auto-critique (il y a eu omerta, nous n'avions pas assez pris conscience), quelques exemples cités (le courage de ces femmes d'oser témoigner) et la culpabilisation de ceux qui laissent faire, de ceux qui ricanent, de ceux qui ne sont pas assez ardents au combat et au lynchage.

    Le constat de la faute individuelle donne une occasion de rappeler qu'il y a encore des droits à affirmer et des prises de conscience à encourager, que le monde se divise en coupables et victimes, mais que l'air du temps, pourvu que l'on renonce à ses blocages et préjugés, balaiera ces miasmes.
    Le politiquement correct politise dans un premier temps (tout est affaire de rapports de force et de dominations établies) mais pour dépolitiser dans un second temps : tout est dans la tête, ouvrez vous à la modernité. C'est là sa pire contradiction.
     
    François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 13 mai 2016)
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  • Les snipers de la semaine... (126)

     

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    Au sommaire cette semaine :

    - sur le Figaro Vox, Laurent Cantamessi dézingue la frénésie politiquement correcte qui s'est emparée de Sciences Po...

    Hijab Day : quand Sciences-Po hisse les voiles du politiquement correct

     

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    - sur le Blog de la revue Eléments, Paul Matilion exécute posément Nuit Debout et son déni de la réalité...

    Nuit debout ou le royaume de l'illusion

     

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  • Quand on sonne les cloches à Richard Millet...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Paul Brighelli, cueilli sur son blog Bonnet d'âne et consacré au dernier épisode en date de la chasse à l'homme lancée par la bien-pensance contre l'écrivain Richard Millet...

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    Quand on sonne les cloches à Richard Millet, ce n’est pas l’angélus !

    De Richard Millet, je ne sais pas grand-chose. Nous fîmes une émission ensemble chez Ardisson en 2005, je venais de sortir la Fabrique du crétin, et lui le Goût des femmes laides — un joli roman fort bien écrit sur un sujet somme toute assez peu labouré, sinon par Brassens dans une chanson moins connue que d’autres.
    Puis il a disparu de mon radar jusqu’en 2012. Cette année-là, il publiait Langue fantôme, un pamphlet sur l’état assez peu littéraire de la langue littéraire actuellement en usage en France, suivi d’un (très court) Eloge d’Anders Breivik, éloge paradoxal qui lui servait de prétexte à fustiger cette Europe ouverte à toutes les migrations. Et non, comme ont voulu le croire tous ceux qui ne l’avaient pas lu, à célébrer le tueur norvégien.
    Emoi dans Boboland ! Annie Ernaux se fendit aussitôt dans le Monde d’une tribune-pétition, co-signée par une foule d’écrivains connus (Le Clézio, dont Millet cultive une sainte horreur depuis vilaine lurette) et inconnus (tous les autres) réclamant la tête de l’imprécateur de ce vivre-ensemble que la rue de Grenelle, à la même époque, érigeait opportunément en totem de l’Education. Millet, qui vivait essentiellement d’un poste de lecteur chez Gallimard (à qui il a tout de même permis d’obtenir le Goncourt au moins en deux occasions, pour les Bienveillantes et pour l’Art français de la guerre) se trouva fragilisé, marginalisé, et confiné dans une léproserie. En attendant le prochain faux-pas qui permettrait de lui coller douze balles dans la peau et la tête dans la lunette de la Veuve.
    Du coup, je m’étais intéressé aux écrits polémiques de ce garçon un peu trop chrétien pour moi, qui se la joue « hanté pénultième » selon le joli mot d’un critique, mais qui dit des choses justes sur l’état actuel de la littérature française (pas très loin de ce qu’avaient asséné en leur temps Pierre Jourde dans la Littérature sans estomac et Jourde & Naulleau dans leur Précis de littérature du XXIème siècle) et l’apocalypse molle dans laquelle on engloutit la langue, littéraire ou non — dans une déconstruction dont j’ai moi-même analysé la chronologie, les intentions et les effets dans Voltaire ou le jihad.
    Sur ce, Millet, briguant manifestement la palme du martyre, a accumulé aux éditions Pierre-Guillaume de Roux ou Fata Morgana les petits essais assassins. Evidemment, la Bien-pensance Unique ne l’avait pas lâché, et il ne l’a pas lâchée. Ainsi, quand notre homme, dans un article publié dans la Revue littéraire et intitulé « Pourquoi la littérature française est nulle », a récemment tiré à vue le dernier livre de Maylis de Kerangal (qui ça ?), ex-signataire de la pétition Ernaud — une dame très bien du tout-Paris qui compte —, le petit peuple des écrivains en cour a supplié Antoine Gallimard de se débarrasser enfin du trublion… Tous (BHL en tête, qui ne s’en serait douté ?) ou presque tous — Sollers par exemple a intelligemment continué à dialoguer avec Millet, expliquant que « Richard Millet a eu un tort, celui de mêler à ses considérations sur la littérature des idées politiques, et des idées politiquement incorrectes. Elles ont permis à l’opinion, surtout l’opinion militante, se voulant extrêmement engagée, de l’accuser, avec des mots injurieux, d’être révisionniste et d’avoir écrit une immondice ; allant jusqu’à s’en prendre aux éditions Gallimard en s’exclamant : « Comment avez-vous pu publier une chose pareille ?! » Cette immédiateté de la réaction inquisitoriale, et je dirais même stalinienne, m’amène à dire que désormais, n’importe quelle interprétation peut avoir lieu sur des motifs « politiques » – je mets des guillemets – où on accuse d’emblée l’autre de racisme, d’ antisémitisme, etc., et je trouve que ça commence à bien faire. Pas vraiment parce que ça m’indigne « personne ne ment davantage qu’un homme indigné », a dit Nietzsche – mais parce qu’il y a une volonté d’éviter le débat de fond, c’est-à-dire ce que Richard Millet voit comme un désenchantement, un effondrement, une dévastation de la littérature, et sur quoi je suis en partie d’accord.»Pour avoir écrit ces lignes, il sera beaucoup pardonné à Sollers.
    Comme nous l’avons vu avec Kamel Daoud, la pétition-indignée-fatwa est l’actuel substitut du couteau de boucher dans le Nouveau Totalitarisme de l’Impensée-Unique. Antoine Gallimard, qui a un côté anarchiste bourgeois, avait longtemps fait le gros dos devant les hurlements des pintades. Mais bon, Mme de Kerangal est un auteur-maison, il y avait comme une déloyauté à pointer sa vacuité tout en travaillant pour la rue Sébastien-Bottin — désormais rue Gaston Gallimard…
    Aux dernières nouvelles, rapportées par Jérôme Béglé dans le Point, Millet prend la porte. Pas content, le bougre.

    Qu’on me comprenne bien.
    Comme Pierre Jourde qui a écrit sur le sujet des choses sensibles et définitives, je suis très loin de co-signer toutes les déclarations de Millet. Mais qu’un quarteron de littérateurs s’arroge le droit de demander sa tête me révulse. Que le trio infernal Louis / Lagasnerie / Eribon pense avoir le droit de dire qui doit vivre (les homos de gauche ?) et qui doit mourir (les hétéros de droite ?) me paraît symptomatique d’une époque qui faute de savoir se colleter au réel s’en remet encore une fois à l’idéologie : c’est vrai en littérature, en Education et en Economie, sans parler des Affaires étrangères. La question n’est même pas de savoir si Millet a raison de dénoncer comme il le fait l’emprise de l’Islam et le métissage — il y a dix mille manières de le dire. Le problème est qu’on lui interdise de parler — quoi qu’il dise. Qu’on lui interdise de vivre — quoi qu’il fasse. Que les petits marquis de la Gauche (je reviendrai quelque jour sur ce que le Point, il y a peu, appelait finement « la gauche Finkielkraut ») profitent bien des micro-particules de pouvoir qu’ils pensent aujourd’hui posséder. Le retour de bâton pourrait être terrible, et je ne lèverai pas le petit doigt pour leur épargner la géhenne — comme dirait Millet qui pense Bible en main, Belzébuth m’en préserve !

    Jean-Paul Brighelli (Bonnet d'âne, 4 mars 2016)

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  • Le décalage entre le discours officiel et la réalité n’a jamais été si grand...

    Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré au politiquement correct...

     

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    « Le "politiquement correct" est l’héritier direct de l’Inquisition »

    Zemmour, Onfray, Finkielkraut, Debray et les autres… La gauche n’en finit plus de dénoncer le retour des « néo-réactionnaires ». Laurent Joffrin va jusqu’à dire qu’ils constituent la vraie « pensée unique » ! Qu’est-ce qui se passe donc dans le paysage intellectuel ?

    Il se passe deux choses. La première, c’est que l’idéologie dominante a cessé de se renouveler. La gauche, en particulier, qui avait dans le passé fourni bien plus que la droite la preuve de ses capacités intellectuelles et théoriques, est devenue un disque rayé. Elle n’a plus rien à dire. Le PS avait cru pouvoir remplacer le socialisme par le projet européen. Compte tenu de ce qu’est l’Union européenne, cela n’a fait qu’accélérer son ralliement au système du marché. C’est ce que constate Gaël Brustier dans son dernier livre (À demain Gramsci) : « Soumission à l’idéologie de la crise ou rappel à l’idéologie d’hier, la gauche n’invente plus rien. » La seconde est qu’un nombre grandissant d’auteurs, d’universitaires, d’écrivains se rebellent pour des raisons diverses contre les diktats figés du « politiquement correct ».

    Mais parler de « nouvelle pensée unique » est franchement ridicule. S’il est vrai que l’on constate aujourd’hui des évolutions notables et des nouveaux clivages, s’il est vrai que la banquise a visiblement commencé à se désagréger, il serait naïf de croire que l’on est passé de l’autre côté du miroir. Quelques hirondelles ne font pas le printemps, et l’idéologie dominante reste plus que jamais majoritaire chez les faiseurs d’opinion. Que je sache, aucun professeur d’université ne s’est encore fait huer par ses élèves pour s’être réclamé de l’idéologie des droits de l’homme ou de celle du progrès ! L’hégémonie d’hier est donc toujours en place. La différence, c’est que cette hégémonie apparaît de moins en moins supportable, parce que le décalage entre le discours officiel et la réalité n’a jamais été si grand.

    Les partisans du « politiquement correct » n’auraient-ils pas mieux à faire que d’organiser des chasses aux sorcières ?

    Le « politiquement correct » est l’héritier direct de l’Inquisition, qui entendait lutter contre l’hérésie en dépistant les pensées mauvaises. L’idéologie dominante est elle aussi une orthodoxie, qui regarde comme hérétiques toutes les pensées dissidentes. Comme elle n’a plus les moyens de réfuter ces pensées qui la gênent, elle cherche à les délégitimer – non comme fausses, mais comme mauvaises. C’est pourquoi « le champ de ce qui ne fait plus débat ne cesse de s’étendre », comme le disait Philippe Muray. L’insipide bavardage sur les « valeurs » (« valeurs républicaines » contre « valeurs traditionnelles ») a remplacé le débat sur de vraies convictions.

    La méthode la plus commune consiste à reconduire tout discours s’écartant de la doxa médiatique à du déjà-vu-déjà-disqualifié (le colonialisme et le racisme, les « années trente », les « heures les plus sombres », etc.). La « réduction au pire » (Pierre-André Taguieff) permet ensuite de justifier l’exclusion. Tel est explicitement le programme de deux petits inquisiteurs parmi d’autres, Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis : « Refuser de constituer certains idéologues comme des interlocuteurs, certains thèmes comme discutables, certains thèmes comme pertinents » (sic). Dialoguer avec l’« ennemi », ce serait en effet lui reconnaître un statut d’existence. Ce serait s’exposer soi-même à une souillure, à une contamination. On ne dialogue pas avec le Diable. Il faut donc diaboliser.

    Une autre méthode, d’une simplicité biblique, est d’affirmer que les propos dissidents « font le jeu du Front national ». Là encore, que les propos en question soient justes ou non n’a strictement aucune importance. Ce qui compte, c’est la façon dont on suppose qu’ils pourraient être instrumentalisés contre l’empire du Bien. Cela ne trompe évidemment plus personne, car chacun sait bien que la seule chose qui fait le « jeu du Front national », ce sont les agissements de ceux qui sont au pouvoir (pour ne rien dire du fossé qui s’est ouvert entre la gauche et le peuple), mais qu’importe ! Le procédé est pratique, il est devenu rituel. On en use donc sans modération. Comme si le FN était devenu le premier parti de France grâce à Zemmour ou à Michel Onfray !

    Toute cette évolution traduit-elle vraiment une « droitisation » de la pensée ?

    C’est ce qu’affirme une certaine gauche et ce dont se réjouit naïvement une certaine droite. Elles se trompent l’une et l’autre. Prenons l’exemple de l’immigration. Pour la vulgate officielle, si l’on critique l’immigration, c’est qu’on est de droite. Que cette critique se répande comme elle le fait aujourd’hui devient dès lors la preuve d’une « droitisation ». Mais la prémisse est fausse, car on peut très bien critiquer l’immigration sans pour autant être « de droite ». Ce qu’il faudrait dire, en réalité, c’est que la critique de l’immigration touche maintenant les milieux politiques les plus différents, ce qui n’est évidemment pas la même chose.

    Il faut aussi rappeler que, contrairement à ce que s’imaginent ceux qui ne les ont pas lus, ceux qu’on désigne sous l’étiquette absurde de « nouveaux réactionnaires » sont bien loin de représenter un bloc homogène. Éric Zemmour est un bonapartiste antilibéral qui cherche à parler au nom du peuple. Alain Finkielkraut est un conservateur juif, nourri de la pensée de Hannah Arendt et de Milan Kundera, qui se désespère de la « désintégration française ». Michel Onfray est un proudhonien qui reproche à la gauche de ne plus être de gauche. Jean-Claude Michéa est un disciple de George Orwell qui reproche au progressisme sociétal d’avoir trahi le socialisme. Régis Debray est un républicain nostalgique du gaullisme et théoricien de la vidéosphère. Pierre Manent, Marcel Gauchet, Jacques Julliard, Élisabeth Lévy, Natacha Polony, etc., campent encore sur d’autres positions. Leur seul point commun est d’être aujourd’hui traités en suspects. Quand ce n’est pas en proscrits.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 15 octobre 2015)

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  • La seule exactitude...

    « La politique européenne d’immigration repose sur l’idée que les individus sont interchangeables.
    (…) L’un peut faire office de l’autre et l’autre de l’un : aux yeux de ceux qui comptent, le monde est un immense réservoir de travailleurs inconnus. Si nous n’abandonnons pas cette anthropologie désespérante, elle finira par avoir raison de notre civilisation. »

     

    Les éditions Stock viennent de publier La seule exactitude, le nouvel ouvrage d'Alain Finkielkraut, qui regroupe ses chroniques publiées dans le mensuel Causeur. Après la violente polémique déclenchée par la publication de L'identité malheureuse (Stock, 2013), Alain Finkielkraut doit à nouveau faire face avec la sortie de ce livre à la meute ds roquets de la bien-pensance...

     

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    " Les années trente, dit-on, sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, l'ordre moral sort des catacombes, la crise économique pousse à la recherche d'un bouc émissaire et l'islamophobie prend le relais de l'antisémitisme. Cette analogie historique prétend nous éclairer : elle nous aveugle. Voulant lire ce qui arrive à la lumière de ce qui est arrivé, elle en occulte la nouveauté inquiétante.
    Montrer que nous vivons un tournant historique, paradoxalement masqué par la référence incessante à l'Histoire ; appréhender ce moment crucial dans ce qu'il a d'irréductible au répertoire de nos vicissitudes : tel est le pari de ce livre. Et l'enjeu est existentiel autant qu'intellectuel. Si, comme l'écrit François Mauriac, "l'épreuve ne tourne jamais vers nous le visage que nous attendions", il nous incombe d'être à l'heure au rendez-vous et de regarder en face le visage que nous n'attendions pas.
    Dans une époque qui tend à se prendre pour une autre, l'exactitude devient la tâche prioritaire de la pensée. "

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  • Feu sur la désinformation... (61)

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Olivier.

    Au sommaire :

    • 1 : La France, pays de « race blanche », Morano persiste et signe.
    • 2 : Le zapping d’I-Média.

    • 3 : Libé, « Oui nous sommes bien-pensants » et alors? ».
    • 4 : Tweets d’I-Média.
    • 5 : Coup de chapeau à Faits & Documents.

     

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