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10/03/2017

Comment survivre ?...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque la crise de la démocratie...

Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

 

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Comment survivre ?

La démocratie, qui s’est longtemps moquée des scores à 99% des régimes dictatoriaux, se voit aujourd’hui prise à son propre piège : elle se révèle non pas la panacée politique égarée dans une impasse provisoire (l’épuisement des institutions de la Ve République ayant amené, murmurent certains, la pantalonnade électorale dont on ne peut pourtant que se réjouir), mais, tout au contraire, un système essentiellement pernicieux et totalitaire qui, en France, comme partout, ne se survit que dans la farce médiatique. Elle n’est pas seulement la « démocratie contre elle-même », pour reprendre un titre de Marcel Gauchet, mais un système politique qui joue contre le peuple lui-même, lequel se résout de moins en moins à voir son équilibre ethnique et religieux modifié par des éléments allogènes toujours plus nombreux et hostiles.

            C’est pourquoi Le Monde tente, quotidiennement, comme Arte et tous les médias officiels, de faire avaler le prétendu thériaque migratoire en célébrant, par exemple, l’arrivée d’une famille de neuf Soudanais à Bugeat, en haute Corrèze. Des Soudanais à trois kilomètres du village où je suis né ? Voilà de quoi je demanderai des nouvelles à mes cousines de Viam, qui me diront si ces repeupleurs sont accueillis avec autant d’enthousiasme que le prétend La Pravda. Nul doute néanmoins que la propagande y trouvera de quoi s’attendrir sur ses propres vertus, comme elle le fait pour « Tarnac », qui est passé de l’état de village à celui de logo gaucho-culturel, particulièrement actif dans la propagation de l’épidémie migratoire.

On connaît l’argument qui permet au gauchisme de passer outre toute contradiction et de composer avec l’hypercapitalisme : plutôt des Soudanais, des Syriens, des Erythréens, des Afghans que rien du tout ; car ils sont bons pour l’économie locale. C’est en quelque sorte l’argument ontologique perverti par l’économisme idéologique devenu le destin même de la démocratie. Plus on parle de « valeurs » et de « vivre ensemble », moins ces valeurs sont ce qu’elles se prétendent ; elles  se révèlent même aussi creuses qu’un roman de Ben Jelloun, un article de BHL, un discours de Macron ou de ses semblables, de droite comme de gauche – lesquels empêchent que soit posée la seule question qui importe : que faire, en cette période d’agonie civilisationnelle, où, par exemple, Trump est désigné comme une menace pour la démocratie, tandis qu’Obama et son exemplaire épouse reçoivent 60 millions de dollars pour « écrire » un livre ? Oui, comment vivre, au lieu de faire partie des morts-vivants spirituels que la démocratie  produit en masse? me dis-je en tentant de lire l’ouvrage que m’a offert une ironique amie : Le Royaume de Carrère, qui, mal écrit, est un parfait précis de déchristianisation, tout comme Elle, le film de Verhoeven, primé sans qu’on cille, lors de la cérémonie des Césars, parce que puissamment anti-catholique, comme il se doit. Comment supporter qu’on nous veuille avaler l’idée que le flux migratoire, incessant et massif, est tout autre chose d’une nouvelle invasion barbare ? Pendant ce temps, nul ne se soucie du sort des chrétiens d’Orient ni de celui des fermiers blancs de l’ex-Rhodésie et de l’Afrique du Sud, régulièrement assassinés par des Noirs…

Sans doute doit-on, pour comprendre où nous en sommes, entendre les recommandations de l’officine islamo-gauchiste Terra Nova, pour qui ce qu’il reste de christianisme (les jours fériés correspondant aux fêtes catholiques) doit être dilué dans les autres religions, qui doivent aussi avoir leurs jours de fêtes officiels. Ainsi n’est-on pas très loin de la libanisation de la vie quotidienne…On peut aussi lire la lettre qu’un des promoteurs de la démocratie médiatique, Raphaël Glucksmann, qui s’est contenté de naître, comme tant de fils et filles de héritant des nouveaux appareils idéologiques d’État, la lettre, donc, que Glucksmann a écrite à Mélenchon, ce tribun d’extrême gauche qu’on ne désespère pas de voir se muer en Doriot : il lui demande de renoncer à ses prétentions présidentielles au profit de l’idéologue socialiste Hamon, afin de hâter la venue d’une VIe République, « plus démocratique et plus horizontale ».

Je me suis trouvé une fois avec Glucksmann dans une émission de télévision. Il y disait sa satisfaction de voir déchue la verticalité au profit de cette horizontalité qui est pourtant l’apanage des marécages et des cloaques. La démocratie, c’est la grande fadeur contemporaine. On le voit partout, notamment dans l’insignifiance littéraire. Je regrette de n’avoir pas répondu à Glucksmann : la question de la verticalité est au coeur d’un de mes livres, Arguments d’un désespoir contemporain, paru en 2011, aux éditions Hermann, sans aucun écho dans la presse officielle. Si je n’ai pas interpellé Glucksmann, pendant l’émission, c’est que j’avais déjà beaucoup parlé, et que Joffrin, qui se trouvait en face de moi, s’apprêtait à m’attaquer. Je regrette, pour cela, d’avoir croisé le fer avec ce laquais de la presse la plus servile – celle qui va faire élire Macron, tout en faisant mine de soutenir l’islamophile Hamon. Glucksmann est plus subtil que Joffrin, et d’autant plus dangereux. Au moins avais-je reniflé à sa source l’origine de l’imposture immigrationniste : les fils des soixante-huitards arrivent au pouvoir en déniant à autrui toute forme d’autorité, à commencer par celle que tout homme peut revendiquer pour soi. La démocratie n’est rien d’autre que cette confiscation qui s’opère au nom même du peuple.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 6 mars 2017)

05/03/2017

Les snipers de la semaine... (139)

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Au sommaire cette semaine :

- sur son site Bouger les lignes, Caroline Galactéros rafale les commentateurs bienpensants qui n'ont eu de cesse de dénoncer les pertes civiles provoquées par les bombardements russes sur Alep, et qu'on n'entend moins évoquer celles causées par les bombardements de la coalition occidentale sur Mossoul...

Quand les Etats-Unis ou la Russie tuent des civils, l’indignation est à géométrie variable

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- sur son site, Richard Millet dézingue Emmanuel Macron, le "zélé laquais du multiculturalisme idéologique...

Macron, notre ennemi

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- sur Polémia, la lettre Faits & Documents prend dans son viseur Henri de Castries, soutien voyant de François Fillon et ancien patron d' Axa...

Qui est Henri de Castries ?

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23/01/2017

La France a froid !...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque le climat mortifère qui règne en France ...

Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

 

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La France a froid !

« La France a froid », grelotte la domesticité journalistique, et avec elle des millions de brebis urbaines qui semblent découvrir qu’en hiver il fait froid et que ce froid peut être glacial, ainsi qu’en Estonie ou en Bouriatie. Ainsi dépêche-t-on en province des « envoyés spéciaux » pour parler du « front du froid » comme s’il s’agissait de conflits locaux récurrents qui ont lieu entre le Haut-Karabagh et l’Azerbaïdjan. Ces « reporters » s’adressent aux Français sous trois flocons de neige, tandis qu’on redessine, quasi militaire, la carte de France en des couleurs vertes, jaunes, oranges, rouges, pour l’opération baptisée par la météorologie d’État « vigilance » ― vocable qu’on croyait réservé aux dévots de la pureté gauchiste, qui ont fini par s’asseoir et font maintenant l’histoire de leur printanière station debout : quand on est définitivement sorti de l’Histoire et qu’on œuvre pour la falsification générale, le plus petit pet estudiantin, le moindre rot bourdieusio-foucaldien devient une épopée pour campagnols, et il faut donc « écrire » Nuit debout – à quoi s’attachent sociologues et romanciers post-littéraires, las d’écrire sur Détroit, Che Guevara ou leur bi-sexualité.

La France a froid de la même façon qu’elle avait eu peur, il y a quarante ans, comme l’avait déclaré un domestique télévisuel à propos du meurtre d’un enfant par un psychopathe qui avait échappé à la guillotine, à une époque où ce châtiment métaphysique existait encore. Parole restée célèbre, et qui fait songer que la France n’a pas cessé d’avoir peur, à commencer d’elle-même : d’être elle-même, veux dire, et aussi de son ombre, c’est-à-dire de son héritage millénaire. Qu’elle ait froid ou qu’elle souffre de la canicule, elle ne cesse de se lamenter sur son sort, lequel est pourtant assez confortable, puisqu’elle meurt, doucement, déprimée, indifférente, négligente, étranglée d’idéologie, de droits et d’«avantages sociaux », et consentant, en fin de compte, à sa propre disparition. Une étude récente ne montre-t-elle d’ailleurs pas que la fécondité des Françaises (pour peu qu’on n’y compte que les Françaises de souche) n’est plus que de 1,91 enfant par femme ― 1 enfant 91 étant un humanoïde bien singulier, peut-être un prototype trans-humaniste, un avorton qui a trop lu Le Clézio, ou encore un produit de la PMA pour tous ; en tout cas un enfant pas tout à fait achevé, et voué à souffrir de ce froid contre lequel beaucoup s’insurgent, et pour lequel ils en veulent à la Nature de ses rigueurs hivernales, sans considérer qu’il y a une autre glaciation en cours : celle de la langue française, le pédagogisme socialiste, qui avait un peu reculé sur la « simplification » de l’orthographe, ayant trouvé le moyen d’ajouter à la suppression du latin et du grec celle du complément d’objet, jugeant peu intelligents les petits Français, naguère « chères têtes blondes », et rebaptisés (métissage post-colonial oblige) 1,95,  ou 2,01 et bientôt 1,91…

Le même froid touche la France littéraire : Leïla Slimani, dont la syntaxe est plus poudreuse que le sable du Sahara, pose en couverture du magazine para-pornographique Elle, tandis que Houellebecq était, à l’occasion du numéro des Cahiers de L’Herne qui lui est consacré, l’invité du journal télévisé de France 2, dont le présentateur, plus conciliant encore que ses confères de Télé Pyong Yang, faisait mine d’accueillir un « provocateur », mot destiné à contourner celui de « rebelle » ― qui eût révélé le pot-aux-roses, même aux imbéciles qui le regardaient la « télé » entre la poire et le fromage. Houellebecq n’a rien dit ; il s’est contenté d’être là ― ne rien dire étant suffisant pour le Spectacle devenu tout entier pornographique, tels l’hiver, la presse officielle, Thomas Pesquet dans l’espace, les adieux d’Obama, ce Hollande américain…

La Nature, elle, si souvent violentée par l’homme, qui croit l’avoir maîtrisée comme il le fait des ventres et des esprits, fait payer de plus en plus cher le Spectacle, et se rappelle à nous par des accès de fureur dignes d’être châtiés par la Cour européenne des droits de l’homme ou le Tribunal international de La Haye : ainsi une avalanche a-t-elle emporté, non pas quelque crétin qui s’est cru trop rebelle en faisant du ski hors-piste, mais tout un hôtel, en Italie, causant une trentaine de morts. Il ne se trouve parmi eux, me signale un ami italien, nul signataire de la liste Otto-Ernaux.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 21 janvier 2017)

16/12/2016

Exit...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque l'annonce par François Hollande de sa renonciation à une candidature à l'élection présidentielle ...

Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

 

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Exit

Pendant que Hollande annonçait qu’il ne se présenterait pas à la prochaine élection présidentielle, avec la mine d’un concierge venu expliquer que la fête ne pouvait continuer à cause d’une panne générale d’électricité, non sans vanter toutefois le bilan globalement positif de la fête, regrettant même d’avoir proposé la déchéance de nationalité (la seule loi qui n’eût pas été indigne de la notion même de nationalité), me dirait une amie comme moi convaincue que la démocratie est un supermarché de farces et attrapes à l’usage de peuples aliénés, j’écoutais, sur un banc de la station de RER, à Vincennes, deux femmes se prendre le bec à propos de ce qui venait d’arriver à l’une d’elles, récemment attaquée, un soir, dans une rue de la ville.

« Ouais, tu as payé trois jeunes Blacks pour faire genre que tu as été agressée et obtenir un arrêt-maladie d’une semaine », ironisait la première, à l’allure de bobo sur le retour. « C’étaient bien des Noirs, pourtant. J’ai deviné que je serais attaquée quand j’ai aperçu deux mecs encapuchonnés, debout près de l’immeuble. Le troisième, je ne l’ai pas entendu surgir dans mon dos. Il m’a plaquée par terre, pendant que les autres me frappaient pour me faire lâcher mon sac ». « Comment tu sais que c’étaient des Blacks ? » « J’ai senti cette odeur de sueur ». « T’es dingue ! Comment tu parles, là ! Comme une raciste… ». « Je te dis juste ce qui s’est passé, pauvre conne ! et pas ce que tu voudrais qui ne se soit pas passé », a encore dit la victime dont le visage portait en effet ces traces de coups si particulières aux femmes battues. Pour un peu, elle l’eût giflée, et elle eût bien fait. Elle s’est contentée de se lever et de gagner l’autre extrémité du quai, laissant la boboïque indignée à d’évidents problèmes de constipation et de frustration idéologico-sexuelle.

Je ne m’en suis bien sûr pas mêlé ; mais cet échange en dit long sur l’état de la France, ravagée par quatre années de pouvoir socialiste et des lustres de renoncement à nommer le mal tel qu’il est. C’est pourtant le devoir du pouvoir politique que de le désigner et de le combattre. Hollande, comme ses prédécesseurs, a fait tout le contraire, quoique davantage : nul n’est allé plus loin dans le déni, le mensonge, l’inversion, et, bien entendu, dans la parodie.

J’ai fini par voir son intervention télévisée. Cohn-Bendit a cru indispensable de faire savoir que le président est entré dans l’Histoire par cet acte d’humilité. Pour un peu il l’eût comparé à Benoît XVI renonçant au trône de saint Pierre… Je dirai plutôt que la décision de Hollande était le premier acte authentique de son règne, bien qu’il eût l’air de n’être déjà plus là, ou même de n’avoir jamais été là. Quant à la presse française, en prostituée chevronnée, elle a fait semblant d’avoir un de ces orgasmes par lesquels elle abuse les gogos, seuls les imbéciles pouvant s’étonner de la décision présidentielle.

Le lendemain, Hollande s’est envolé pour Abou Dhabi, ce paradis démocratique où Jean Nouvel (dont la tête de gourou est remarquable) achève la construction d’une succursale du Louvre, qui complètera la « Paris-Sorbonne Abou Dhabi » ― des produits dérivés, des simulacres, la marque comptant plus que la fonction originale : le Culturel, et non plus la Culture. Car qui peut penser que les Arabes du Golfe s’intéressent à la culture française, et qu’il soit possible d’enseigner librement dans cette Sorbonne franchisée comme d’exposer ce que l’on veut dans cette déclinaison du Louvre ?

Pour moi qui suis hanté par la concomitance des signes, je crois surtout que Hollande attendait que Castro mourût pour se mettre enfin en survêtement : le costume lui va si mal... Il avait rendu visite à Castro tout en clamant qu’il fallait qu’Assad quitte le pouvoir ; nul ne s’en est indigné, tant la castromania est encore vivace, chez les bobos… Ce sera donc en survêtement, qu’il assistera, bientôt, espérons-le, à la victoire des troupes légitimes d’Assad sur les islamo-rebelles de Syrie.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 4 décembre 2016)

05/12/2016

La peur des mots...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque le révisionnisme linguistique...

Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

 

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La peur des mots

La peur des mots hante l’Occident, depuis les socialistes français qui se font un devoir de ne jamais nommer l’islam dans la guerre opposant aux vrais Européens les mahométans et leurs alliés post-chrétiens, jusqu’aux musées qui sont en train de réécrire, selon un processus stalinien, les cartels accompagnant les tableaux qu’ils exposent et dont les titres risqueraient de « choquer ». Ainsi a-t-on, j’en ai récemment parlé, substitué « grandes migrations » à « invasions barbares ». Ainsi le Rijksmuseum d’Amsterdam rebaptise-t-il le tableau de Simon Maris : Jeune femme nègre, en Jeune femme à l’éventail : la « négritude » de la femme a disparu, car innommable par un Blanc, lequel, parce que blanc, est évidemment « raciste », le politiquement correct consistant à effacer, dans le discours, les couleurs, les sexes et les tares, mais non le minoritarisme victimaire sur quoi ils se fondent, et qui est devenu instrument de coercition anti-blanc.

            C’est bien sûr prendre le public pour plus bête ou plus inculte qu’il n’est, même après cinquante années d’expiatoire propagande tiers-mondiste qui ont abouti au fait paradoxal qu’on abomine les Croisades (qui avaient pourtant leur raison d’être et leur grandeur) et la colonisation, mais qu’on délire d’enthousiasme sur la « civilisation arabo-andalouse », laquelle fut bel et bien une colonisation, et des plus dures, et dont l’État islamique entretient l’ardente nostalgie.

        Comment ne pas voir que le tableau de Maris appartient à une époque où on disait « nègre » sans intention péjorative ? Dans le patois limousin, l’adjectif « noir » se dit « nigrâ », et les nombreux hameaux appelés la Nègrerie n’ont rien d’antichambres de l’esclavagisme. Maintenir le titre de Maris eût été l’occasion d’un peu de pédagogie, laquelle a été, il est vrai, remplacée par le pédagogisme propagandiste. Le Musée de l’Homme, seul, a maintenu, par souci d’historicité, les cartels comportant le mot « nègre ».

            Le Rijksmuseum a également fait savoir que les mots « mahométan », « maure », « nain », « sauvage », doivent être bannis. Gageons qu’un tableau représentant la cécité d’Homère serait ré-intitulé le « handicap d’Homère » ou portrait d’un poète « non voyant », ou les petits mendiants de Murillo : « Jeunes dans un quartier défavorisé ». Quant au Nain avec un chien de Velasquez, il faudra l’intituler désormais : « Portrait d’un homme verticalement déficient ». Quant au Bain maure de Gérome, il ne sera plus que le « hammam », et le Bain turc d’Ingres est-il susceptible de heurter les commissaires islamiques du sultan Erdogan ?

          Les cartels des musées de Berlin sont rédigés en allemand, en anglais et… en turc, comme si les Turcs capables de s’intéresser à l’art et aux antiquités n’étaient pas capables de lire l’anglais. Gageons qu’on finira par trouver, au Louvre, des cartels où figurera l’arabe. La multiplication des langues va de pair avec celle de la prostitution et  la soumission à l’expansion islamique.

            Mais il ne s’agit pas seulement de ne pas choquer ; il faut réinterpréter le passé, voire l’éradiquer ; d’où l’évacuation de la littérature de l’enseignement public – évacuation qui, le raccourci est à peine excessif, entraîne la mort de l’esprit français. Le corpus littéraire devient suspect dans son ensemble : il y a quelques années, lors d’un Téléthon, un édile avait refusé qu’on chantât La Marseille à cause de ce « sang impur » qui eût offensé les malades – pardon : les « personnes en souffrance ». On avait également recommandé de ne plus faire étudier le poème de Ronsard : « Quand vous serez bien vieille », car il risque de donner une « image négative » de la femme du troisième âge… Le temps est proche où on interdira La Négresse blonde de Georges Fourest, Le Nègre du Narcisse de Conrad, et même Les Nègres de Genet. Le poème de Baudelaire consacré aux Femmes damnées sera lui aussi écarté du corpus consensuel, comme le sont déjà La Chanson de Roland, Le Cid, La Mort du loup… La guerre civile a aussi lieu dans ces discrètes capitulations.

            Un tel révisionnisme n’est-il pourtant pas inutile en un temps où la plupart des élèves sont analphabètes et incultes ? La réponse est sans doute à chercher dans la haine du catholicisme, qui reste le fondement de la culture occidentale et qui n’a pas encore été suffisamment épuré. Le directeur de Libération, Joffrin, qui s’est laissé poussé une barbe pré-islamiste, vient de déclarer qu’il existe désormais, en France, « un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islamisme politique ». Nous voilà prévenus : ce domestique du pouvoir politico-médiatique dénonce chez autrui ce qu’il est lui-même : un intégriste de l’islamolâtrie survitaminée, donc un traître de la plus vile espèce, stipendié par des cartels islamo-capitalistes à dominante arabe, protestante et maçonnique. Ce pisse-haine avait, il y a quelques années – par quel accès de vice ou d’aveuglement ? – préfacé le livre de Léon Bloy sur Napoléon. La seule politique dont nous nous réclamons, nous autres catholiques, c’est justement celle de Bloy, qui pensait le monde sur deux plans, et ensemble : le social et le surnaturel, et qui vomissait les Joffrin, les Pigasse, les Bergé de son temps, comme il vomirait la clique de faisans castrés par la peur des mots qu’on appelle des écrivains et qui travaillent surtout à entériner l’idée que le progrès de l’humanité se trouve dans la libération des perversions sexuelles et dans les manipulations génétiques qui hausseront le transhumanisme au rang d’art post-contemporain.

            Que ceux qui en seraient effrayés se rassurent : l’insignifiant Jeff Koons vient d’offrir à la ville de Paris, en hommage aux victimes des attentats (islamistes), une sculpture de 33 tonnes et de 12 mètres de haut, qui sera sans doute installée dans l’espace compris entre le Musée d’Art moderne et le Palais de Tokyo. L’œuvre s’intitule « Bouquet of tulips », et se veut également un hommage à Boucher, Fragonard et Monet. Sa réalisation, aux frais de la ville de Paris, aura lieu en Allemagne, et coûtera 3,5 millions d’euros – lesquels n’iront donc pas aux « migrants ». Avec Koons, c’est non seulement la haine du sacré qui est à l’œuvre ; c’est surtout l’introduction du ludique dans le lacrymosa, et la prostitution permanente de l’art aux marchés financiers qui fabriquent des exilés en dénaturant les esprits des nations et la cohérence des peuples.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 20 novembre 2016)

28/11/2016

Quoi de neuf ?...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque l'actualité du moment...

Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

 

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Quoi de neuf ?

On croyait la bobosphère aplatie par l’élection de Trump comme un quartier d’Alep aux mains des islamo-rebelles ; mais non : elle reste aux mains des narcisso-rebelles de Saint-Germain-des-Prés, et s’agite beaucoup, en ce moment ; et non seulement pour singer les bobos américains qui ne se résignent pas à l’élection de Trump (dont on n’a pas assez dit que son succès repose en grande partie sur le fait qu’il s’est attaqué à la presse, dont le pouvoir est répugnant : j’en sais quelque chose), mais aussi pour « faire bouger » la vie politique française en mobilisant cette chimère à l’allure de zombie qu’est le « peuple de gauche ».

            Ainsi a-t-on entendu une « créatrice » parisienne (i.e. une couturière) déclarer qu’elle ne créerait pas de robes pour Melania Trump, comme elle le faisait pour Michelle Obama : cet accès de pruderie politico-opportuniste, typique de la clique « culturelle », relève bien sûr de la déclaration d’intention, non de l’action, puisque Mme Trump n’a sans doute rien demandé à cette couturière.

            Je me rappelle ces ex-maoïstes demeurés purs et durs, après leur voyage en Chine, et reconvertis dans le soutien à Mitterrand, au début des années 1980, déclarer qu’ils boycotteraient tous les acteurs qui soutenaient la droite… Les bobos d’aujourd’hui, eux, signent une pétition appelant à faire cesser le « Hollande bashing », tenant que l’action de Hollande, depuis quatre ans, a été remarquable, quoique discrète, et que se livrer au dénigrement de ce pauvre homme est dangereux pour la « démocratie » – ces bobos oubliant qu’ils se sont livrés pendant cinq années à un « Sarkozy bashing » autrement féroce, et que Hollande est indéfendable parce qu’il déshonore la France non seulement par sa nullité politique, mais parce qu’il est inculte et laid, donc indigne de représenter ce pays, en tout cas de se présenter de nouveau à la présidentielle – encore qu’il y puisse y avoir quelque chose de littérairement touchant dans ce suicide public.

            C’est dire la profondeur du « débat politique », et les enjeux que les candidats de droite pourraient bouleverser, si Hollande ratait son suicide. C’est dire ce qu’est devenue une démocratie que nous sommes nombreux à combattre, tant il est difficile, par exemple, de voir le gauchisme culturel, au nom de la « démocratie » menacée,  embrigader Deneuve et Binoche, qui ont su représenter excellemment la France mais qui déchoient, à nos yeux, en signant une pétition aux côtés de domestiques du pouvoir culturel : Laure Adler, Mazarine Pingeot, Benjamin Biolay, Denis Podalydès, Jean-Michel Ribes…

            Hollande n’a été en fin de compte élu que pour faire voter la loi sur le mariage homosexuel et son cortège d’abominations para-conjugales. Il est vrai que Mme Belkacem l’a beaucoup aidé aussi dans le pilonnage de l’enseignement public, qui est devenu un Alep pédagogique, côté « rebelles », bien sûr. Mme Belkacem, qui va bientôt publier ses souvenirs d’enfance, chouchou, vient de clamer la colère que lui inspire la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle. Celui-ci se présente contre le système bi-partiste qui bloque la vie politique française (laquelle, selon nous, est bloquée pour bien d’autres raisons, au premier rang desquelles la nature délétère de la démocratie même) ; ses ennemis, à gauche et à droite, le disent sans expérience, alors qu’il en a plus que Hollande lorsque ce dernier était arrivé à l’Élysée ; outre son expérience de la banque et du ministère de l’économie, il a été secrétaire général de l’Élysée : poste qui lui a permis de voir de tout près ce que c’est que le pouvoir : rouages, intrigues, vanités… Il a donc plus de légitimité que la crypto-socialiste Nathalie K. M. qui déclarait ne pas se soucier de la déchéance de la nationalité, du burkini, etc., c’est-à-dire de l’essentiel (« c’est pas mon truc ! », disait-elle en un élégant français sans doute venu d’un atelier de  « création » post-littéraire agréé par les publishers de la rive gauche).

            S’étonnera-t-on que les mêmes bobos, qui soutenaient « Tarnac » et Nuit debout, se soient rassis au point de pleurnicher sur le destin de Hollande ? Ce serait oublier qu’ils sont stipendiés par le régime, avec lequel leurs liens sont devenus inextricables, et leur pouvoir toujours plus efficace, puisqu’ils savent passer des larmes à l’invective, et de l’insulte au bannissement. Trotski, Beria et Mao ont été de bons maîtres ; et leur progéniture peut jeter au visage de ma fille cadette que je suis un écrivain d’« extrême droite » ; l’extrême gauche a encore de beaux jours devant elle, aux pays des « droits de l’homme ».

 

            « – Quoi de neuf en littérature ? » me demandait, hier soir, un ami peintre que je n’avais pas revu depuis un an.

            « Rien : il ne se passe plus rien, sauf dans la Revue littéraire où, entre autres choses, nous démontrons que le Système ne produit presque plus rien d’authentique… Et c’est cet effort critique qui me vaut d’être traité de facho par la clique médiatico-littéraire », ai-je répondu.

            On comprend mieux que les bobos pleureurs continuent à s’acharner sur ceux qui résistent au chant d’amour et de mort socialo-libéral.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 20 novembre 2016)