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02/01/2018

Rencontre avec Jean-Claude Michéa...

Vous pouvez découvrir ci-dessous une intervention de Jean-Claude Michéa à l'occasion de la Comédie du livre qui s'est tenue à Montpellier le 19 mai 2017. Critique et analyste du système, Jean-Claude Michéa est l'auteur d'essais dont la lecture est indispensable comme Impasse Adam Smith (Flammarion, 2006), Le complexe d'Orphée (Flammarion, 2011), Les mystères de la gauche (Flammarion, 2013) ou dernièrement Notre ennemi le capital (Flammarion, 2017).

 

                                    

 

« Il est aujourd’hui plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. » Avec "Notre ennemi, le capital" (Climats), le philosophe Jean-Claude Michéa poursuit son travail de clarification et de démolition entrepris avec des livres aussi importants que "Orwell, anarchiste Tory", "L’Empire du moindre mal" ou "La Double Pensée". Mais est-il encore possible de « rassembler la grande majorité des classes populaires autour d’un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste » ?

04/07/2016

Le peuple contre les « despotes éclairés »...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Mathieu Bock-Côté, cueilli sur le Figaro Vox et consacré au mépris dont font preuve les "élites" progressistes à l'égard du peuple. Docteur en sociologie et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada, Mathieu Bock-Côté vient de publier Le multiculturalisme comme religion politique (Cerf, 2016).

 

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Brexit : le peuple contre les « despotes éclairés »

Quelques jours avant le référendum sur le Brexit, alors que les partisans du Leave et du Remain s'opposaient vigoureusement en Grande-Bretagne, Jacques Attali confessait sur son blogue de L'Express le fond de sa pensée. Je la résume d'une formule: ce qui l'indignait dans ce référendum, c'était fondamentalement qu'on le tienne. On peut reprendre ses mots: «un tel réferendum implique qu'un peuple peut remettre en cause toute évolution considérée jusque-là comme irréversible, telle qu'une réforme institutionnelle, une conquête sociale, une réforme des mœurs». On devine aujourd'hui sa colère: un peuple à son avis insuffisamment éclairé se serait permis d'entraver la marche de l'histoire, qui passerait par le démantèlement progressif de l'État-nation. La construction européenne irait tellement de soi qu'il ne devrait pas vraiment être possible de ne pas l'endosser. Une fois la vision de Jacques Attali inscrite dans les institutions et le droit, il ne devrait plus être permis de revenir en arrière. Notre roi-philosophe improvisé, manifestement, croit savoir le sens du progrès et ne tolère pas qu'on le discute. À la rigueur, il veut bien tolérer que nous ne progressions pas à son rythme: les lumières sont inégalement distribuées en ce monde. Mais on ne saurait toutefois prendre une autre direction que la sienne. Ça, c'est interdit.

Étrange perspective sur le monde. La démocratie, ici, ne se pense plus sous le signe de la délibération mais de la révélation - et il s'agit d'une révélation presque religieuse, qui se présente sous le signe du progrès. Cette révélation, c'est que l'humanité devrait toujours pousser plus loin sa marche vers l'indifférenciation et déconstruire les catégories historiques ou anthropologiques qui résistent à ce mouvement. Les civilisations, les peuples et les religions devraient progressivement s'effacer pour que se dessine une humanité réconciliée par un métissage intensif. Les États seraient des structures politiques périmées: il faudrait les déconstruire aussi pour que prenne place progressivement une forme de gouvernance mondiale, qui s'alimenterait bien évidemment, on s'en doute, des sages conseils de Jacques Attali et des autres consciences exemplaires et lumineuses du genre humain. Une technocratie globalisée, délivrée des frontières trop étroites des vieilles nations et particulièrement, des vieilles nations européennes, pourrait ainsi piloter la marche du monde à l'abri des regrettables passions populaires. Il faudrait pour cela travailler activement à la mondialisation des enjeux politiques.

On comprend dès lors la sympathie militante de Jacques Attali pour les différents visages de l'idéologie dominante: cosmopolitisme, supranationalisme, multiculturalisme, tout ce qui pousse à la dénationalisation du monde rencontre manifestement son approbation. Tout cela, Jacques Attali le justifie au nom du progrès, qu'il saurait apparemment définir objectivement. On se demandera peut-être comment un homme si intelligent peut construire aussi ouvertement une pensée antidémocratique. Car on connaît la suite du raisonnement: il faudrait «sanctuariser le progrès» et rendre à peu près impossibles à révoquer les grandes avancées sociétales ou identitaires qu'il embrasse. Il nous invite ainsi à faire une liste, assez longue, on s'en doute, des sujets qui devraient être éloignés des sales pattes du peuple. Car tel est l'enjeu: réserver les grandes questions de société à ceux qui sont assez éclairés pour se prononcer à leur sujet et qui communient à la même révélation que lui. Il propose d'ailleurs une mécanique fort complexe pour mettre les grands progrès sociaux à l'abri de la souveraineté populaire, en prétendant d'ailleurs se porter à la défense de l'œuvre des générations passées contre le saccage des vivants: on retrouve là, étrangement, une tournure d'esprit propre à la pensée contre-révolutionnaire, ce qui étonne chez un homme de gauche comme Jacques Attali.

On me pardonnera de le citer un peu longuement, mais je ne voudrais pas qu'on m'accuse de déformer sa pensée: «En particulier, une génération devrait y réfléchir à deux fois avant de modifier une situation ayant un impact sur les générations suivantes. Il faudrait ensuite modifier la procédure de réforme constitutionnelle, pour s'assurer qu'un vote de circonstances ne puisse avoir des conséquences de long terme non désirées. Toute décision ayant un impact lourd sur le sort des générations suivantes, ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60% des votants, réaffirmée à trois reprises à au moins un an d'écart. Certains ne verront dans cette prise de position qu'une tentative désespérée d'une oligarchie dépassée pour maintenir un ordre démodé, en méprisant les désirs des peuples. Il s'agit au contraire de donner aux peuples le temps de réfléchir aux conséquences de ses actes et d'éviter qu'une génération, par caprice, ne détruise ce que les précédentes ont voulu laisser aux suivantes». Le peuple serait-il néanmoins consulté au moment de mettre en place cette mécanique qui le déposséderait de pouvoirs essentiels?

Cette tentative de neutralisation politique du peuple comme de la nation n'est pas si neuve. Elle témoigne, de manière caricaturale, peut-être, du préjugé antidémocratique d'une frange importante des élites contemporaines, qui n'en finissent plus de disqualifier le peuple moralement, comme s'il n'était plus habilité à se prononcer et à décider dès qu'une question essentielle surgit dans la vie publique. C'est d'ailleurs pour cela qu'on assiste aujourd'hui à une judiciarisation croissante des enjeux politiques et sociétaux: on croit les tribunaux plus adaptés à la délibération dans des sociétés plurielles et complexes comme les nôtres. Ils se déroberaient à la loi du nombre et surtout, dans une société qui se représente à travers la figure de la diversité, ils éviteraient que ne se concrétise la crainte profonde d'une tyrannie de la majorité sur les minorités. Le remplacement de la souveraineté populaire par le gouvernement des juges contribue évidemment à la dégradation gestionnaire de la politique démocratique, puisque les enjeux qui touchent à la définition même de la communauté politique sont chassés du débat public.

Dans ce grand procès du peuple, on diabolise d'ailleurs le référendum, puisqu'il permettrait au peuple d'investir une question fondamentale de ses passions particulières: il ne se pencherait pas sur la question référendaire comme sur une question d'examen. Il la politiserait, l'inscrirait dans un contexte plus vaste. Apparemment, ce serait impardonnable. Il suffit pourtant de se souvenir du référendum de 2005 sur la constitution européenne pour se souvenir de semblables propos: une fois la victoire du Non reconnue, on reprocha à Jacques Chirac d'avoir consulté le peuple. Plus encore, certains reprochèrent à Chirac d'avoir tenu un référendum national, qui viendrait ainsi reconduire la légitimité de l'espace national comme lieu de la décision démocratique. Le philosophe Jürgen Habermas arrivera plus tard avec sa solution: le seul référendum européen valable serait celui qui convoquerait dans une même consultation l'ensemble du peuple européen, ce qui lui donnerait au même moment l'occasion de se constituer. On devine une objection majeure, que le philosophe ne peut balayer simplement du revers de la main: un peuple n'est pas qu'un artifice juridique et il ne suffit pas de décréter son existence pour le faire advenir dans la réalité de l'histoire. Le peuple n'est pas une construction sociale artificielle: c'est une réalité historique profonde.

C'est une même haine du peuple qui se fait maintenant sentir depuis la victoire du Leave. Sur les médias sociaux, on se déchaine contre le référendum. Helene Bekzemian, journaliste au Monde, a suggéré dans un tweet, à la suite de la victoire du Leave, de retirer le droit de vote aux électeurs trop vieux. Devant le tollé qu'elle a provoqué, elle s'est ensuite trouvée une position de repli: elle faisait de la provocation! C'était une blague! Mais, a-t-elle pris la peine de préciser, on devrait quand même réfléchir au fait que la vieillesse imposait ici ses choix à la jeunesse, alors qu'elle n'aurait pas à vivre dans le monde pour lequel elle venait de voter. Singulière tournure d'esprit: imagine-t-on la réaction si un journaliste marqué à droite avait, sous le couvert de l'humour, proposé de retirer le droit de vote à certaines catégories de la population? On aurait crié à la phobie. Ce commentaire est symptomatique, d'ailleurs, des préjugés idéologiques d'une caste médiatique qui construit le débat public en présentant les contradicteurs de l'idéologie dominante comme des démagogues ou des demeurés, les premiers misant sur les seconds pour acquérir pouvoir et prestige.

On le sait, quand le peuple ne partage pas les préjugés des élites médiatiques et économiques, on n'hésite pas à l'accuser de populisme: cette catégorie fourre-tout aux définitions si nombreuses qu'elles sont généralement contradictoire permet tout simplement de disqualifier la désobéissance politique du commun des mortels devant ceux qui prétendent le mettre en tutelle. Mais toujours on bute sur un peuple qui s'obstine à ne pas disparaître, qui demeure plus souvent qu'autrement fidèle à sa culture et ses traditions et qui n'apprécie pas trop qu'on le surplombe moralement comme s'il était une bête politique inquiétante à dompter. Dans la démocratie contemporaine, on pratique l'animalisation du peuple, ou pire encore, sa bestialisation. On peut voir les choses autrement: la tenue d'un référendum, parce qu'elle permet un retour au peuple, déprend le débat public des grands paramètres de la respectabilité médiatique et de certaines catégories idéologiques fossilisées, permet au politique de resurgir dans l'histoire et de redéfinir les termes du débat public. Le corset trop étroit de la rectitude politique peut alors éclater: il ne faut pas y voir un déchainement sauvage de passions malsaines mais une redécouverte de la part existentielle du politique.

Retour à Jacques Attali. Dans le cadre du débat sur le Brexit, il a témoigné d'une forme de fondamentalisme progressiste révélant une triste obsession antinationale et antidémocratique. Il n'y a pas, en démocratie, de doctrine à ce point sacrée qu'elle devrait surplomber toutes les autres et écraser à l'avance ses contradicteurs, en affichant simplement sa splendeur morale. On pourrait retourner l'argument contre Attali: que ferait-il si des traditionalistes aussi convaincus que lui d'avoir une vérité révélée à imposer à la population réclamaient la possibilité de faire l'économie de la démocratie? Que dirait-il si ces traditionalistes voulaient par exemple sanctuariser le mariage, ou la vie, ou l'identité nationale, et voulaient blinder juridiquement et constitutionnellement leurs propres préférences politiques, quitte à transformer Jacques Attali en contradicteur impuissant, dépossédé politiquement? On devine qu'il dénoncerait une inadmissible manœuvre antidémocratique, et il aurait évidemment raison. Il nous permettra de penser la même chose de sa proposition. La démocratie est fondée sur un principe fondamental: celui de la possibilité, pour les hommes, de définir les formes de l'existence collective. Cela présuppose le libre-examen de toutes les croyances et convictions: même celles de Jacques Attali.

Mathieu Bock-Côté ( Figaro Vox, 27 juin 2016)

07/04/2016

La défaite des femmes ?...

Les éditions du Cerf publient cette semaine Adieu mademoiselle - La défaite des femmes, un essai de combat d'Eugénie Bastié. Journaliste au Figaro, après avoir collaboré au magazine Causeur, Eugénie Bastié, 24 ans, qui s'est fait remarquer sur le plateau de l'émission Ce soir ou jamais face à Jacques Attali, est également rédactrice en chef politique de la revue d’écologie intégrale Limite.  

 

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" Abolir la prostitution, mais autoriser la GPA. Supprimer la différence des genres, mais exiger l’égalité des fonctions. Réclamer l’abolition de la maternité, mais accepter l’imposition du voile. Se proclamer progressiste, mais enchaîner la condition féminine au Marché… Soixante-dix ans après Simone de Beauvoir, Eugénie Bastié dévoile ici, d’une plume enlevée et implacable, la misère du néoféminisme contemporain. L’égalité des droits est actée, le contrôle de la fécondité acquis, le système de la parité rendu obligatoire. Mais les nouvelles ayatollettes entendent poursuivre sans fin le combat, et lutter sans relâche pour un monde déjà advenu. Quitte, pour exister, à promouvoir les pires cauchemars d’Orwell, jusqu’à en oublier les véritables menaces qui pèsent sur le corps féminin. Des laboratoires de la Silicon Valley aux plateaux de l’Euro-vision, du tapage des Femen au déni de Cologne, des colloques queer et trans aux réseaux sociaux de la délation, de l’invasion des ministères à la désertion des banlieues, cette enquête intellectuelle sans précédent montre comment, sous prétexte de militantisme, l’idéologie postmoderne travaille à la défaite des femmes. Et, plus largement, à la disparition d’une humanité partagée. Un livre décisif. "

08/04/2013

Faut-il renoncer à la démocratie ?...

Nous reproduisons ci-dessous un excellent point de vue d'Alexandre Latsa, cueilli sur le site de La Voix de la Russie et consacré aux projets de l'oligarchie tels qu'ils sont présentés par le doucereux Jacques Attali, un de ses porte-parole...

 

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Faut-il renoncer à la démocratie ?

« Faut-il supprimer la démocratie » est une citation du « sage et démocrate » Jacques Attali. Celui-ci a en effet le 18 mars dernier signé un article absolument incroyable où il pose la question de l’opportunité de songer à appuyer, aider et compléter les structures et institutions démocratiques afin de pérenniser leur efficacité.

Jacques Attali prend l’exemple de l’élection verticale et à vie du pape, puis de l'élection de la nouvelle présidence chinoise pour 10 ans, en remarquant que les deux fonctionnent selon le principe du parti unique, en portant au pouvoir quelqu'un du sérail sans consulter le peuple. Ensuite, il constate les échecs du système démocratique italien incapable de permettre l’émergence d’un gouvernement stable après les élections législatives du mois dernier. L’Italie serait d’après lui l’exemple type de l’échec du fonctionnement des systèmes démocratiques, le politique étant contraint de sacrifier l’avenir à long terme du pays (en aggravant la situation économique) pour assurer sa réélection.

Serait-il tombé sous le charme des partis uniques parce que la démocratie montre ses limites?

Pas du tout, il propose une troisième voie. Construire (en parallèle des institutions démocratiques) de nouvelles assemblées consultatives, composées de gens choisis, qui nommeraient des responsables à des niveaux plus élevés, ces derniers constitueraient une assemblée consultative nationale, en charge de conseiller les pouvoirs démocratiques. Ces assemblées seraient toujours selon lui destinées à équilibrer des pouvoirs politiques qui seraient mieux en mesure d’exécuter leur mission: la gestion de la « cité ».

Il ajoute qu'il y a urgence à ce que des gens (des « sages » n’en doutons pas NDLR) prennent le relai des politiques élus car les risques seraient réels puisque « les multiples fondamentalismes sont présents et ils rodent autour du lit de la démocratie ». Il conclut: « Si on veut sauver l’essentiel de la démocratie, c’est à de telles audaces qu’il faut commencer à réfléchir ».

Il faut peut-être lire entre les lignes et traduire: Nous (l’oligarchie) allons devoir un peu plus confisquer la démocratie et permettre à des gens mieux « choisis » de diriger nos pays.

Utopie? Usine à gaz avec de nouvelles assemblées commissions et comités divers salariés par les états démocratiques ? Il faut prendre très au sérieux les « audaces » proposées par Jacques Attali, parce qu'il existe déjà des comités qui pensent et décident à la place des élus du monde occidental.

Le 29 mars 2013, le président de Goldman Sachs a confirmé que le problème principal de l’UE était non pas Chypre (ou un pays comme la Grèce dans lequel le peuple est simplement en train de mourir NRDL) mais l’Italie d’aujourd’hui avec le facteur Grillo. Le troublant italien, sorte de Coluche politique, empêcherait en effet l’honnête establishment financier international d’achever sa prise de contrôle des états en faillite. Un processus qui comme on peut le voir ici est pourtant bien entamé et démontre, s’il le fallait, que c'est un comité d'anciens employés de la banque Goldman Sachs qui a pris les commandes des centres de décision du monde de la finance en Europe. Est-ce la meilleure des solutions pour l’Europe? Le pauvre Beppe Grillo avait même eu droit au début de ce mois à un billet corrosif à son égard sur le blog de notre « sage » dans lequel il était montré du doigt comme un danger pour l’avenir de l’Europe.

Etonnante similarité de point de vue, non?

Il y a pourtant, en dehors de la troisième voie proposée par Jacques Attali, une autre solution que la confiscation des élections par des « sages », au cœur de social démocraties dont les élites appartiennent à des corporations financières étrangères, et dont les politiciens sacrifient leurs peuples et leurs pays au nom de futiles réélections.

Dans des pays comme par exemple la Chine de Jintao et Jinping, la Russie de Poutine, la Turquie d’Erdogan ou le Venezuela de Chavez, des élites « d’un autre genre » jouissent majoritairement du soutien de leurs peuples pour accomplir la mission qui est la leur: faire de leurs pays des états puissants et souverains, capables de résister tant aux déstabilisations financières que militaires tout en poursuivant et assurant leur développement économique.

La solution en Europe n’est sans doute pas la confiscation d’une démocratie déjà en phase terminale, mais sans doute plutôt de procéder démocratiquement à un changement radical d’élites, afin de sortir d’un système d’exploitation qui ne fonctionne manifestement plus et de pouvoir enfin rendre aux peuples d’Europe ce qui leur a été confisqué : le pouvoir de décider de leur propre destin.
Alexandre Latsa (La Voix de la Russie, 1er avril 2013)

07/11/2012

Frontière et protectionnisme...

Vous pouvez découvrir ci-dessous un extrait marquant d'un entretien avec Etienne Chouard au cours duquel il rappelle la nécessité des frontères et du protectionnisme. Professeur d'économie, opposé à la doctrine libérale, Etienne Chouard est un de ceux qui ont contribué à la victoire du "non" lors du référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen.

Il est possible de voir l'intégralité de l'entretien avec Etienne Chouard ici.

 

03/06/2012

Bruxelles et la civilisation...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Claude Bourrinet, cueilli sur Voxnr et consacré à la réforme du travail prônée par la Commission de Bruxelles...

 

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Bruxelles et la civilisation

Au nom de la sacro-sainte compétitivité, la Commission de Bruxelles voudrait en finir avec le CDI à la française. Encore une exception, cette fois-ci économique, que les tenants d’une gestion à l’anglo-saxonne de ce qu’on appelle, dans le milieu, le « capital humain », considèrent comme un abus.

Pour le libéralisme, l’implication de l’homme dans son travail et dans la consommation constitue sa dimension naturelle par excellence. Tout ce qui paraît s’en éloigner, éducation, art, religion, politique, loisirs, aboutit, nolens volens, à ce terminus matérialiste : l’homme a des besoins qu’il faut satisfaire, et ces nécessités sont calculables, donc productibles et transmissibles. Hors de là, point de salut.
Certaines enquêtes ont par exemple montré que le but de l’existence aux USA réside dans le travail et la consommation. On travaille pour consommer, et l’on consomme pour travailler. C’est pourquoi le monde y est perçu selon le critère de la compétition économique, et la puissance, essentiellement mesurable à l’aune de la croissance
Cette vision a été facilitée par le destin singulier des migrants qui ont essaimés en Amérique du Nord, portant avec eux l’utopie d’un Nouvel Ordre délivré de toute attache traditionnelle, hormis une Bible, surtout vétérotestamentaire, dans laquelle se trouve privilégiée l’idée de terre promise. Le peuple élu porte témoignage par sa réussite terrestre, et impose au vieux monde, empêtré dans une malice atavique, les saines recettes d’un salut voué totalement à l’ascèse laborieuse. Le pessimisme calviniste, paradoxalement doublé d’un optimisme extravagant non dénué de messianisme, s’incarne surtout dans le sacrifice journalier que l’on concède à ce Moloch qu’est le travail. Si l’argent est loué, c’est parce qu’il est le signe d’un héroïsme sécularisé, l’apothéose triviale des saints des derniers jours, ceux-là même qui verront, à l’échelle planétaire, le façonnage d’une espèce humaine rédimée, enfin délivrée du mal.

On sait aussi, depuis Attali, mais c’est un secret qui a eu beaucoup de peine à passer l’Atlantique, bien que l’Europe ait abrité longtemps en son sein les adeptes de ce style erratique d’existence, que le nomadisme est l’avenir de l’homme. La civilisation du tarmac. 

Or, le travail, qui, certes, peut être perçu comme une malédiction, sous la forme de l’esclavage, ou du servage, antique ou moderne, présente, malgré tout, sur notre terre très ancienne, une connotation profondément positive. Non d’ailleurs sous son acception contemporaine, qui amène à ce qu’il ne soit plus perçu que comme une manière d’échapper au chômage, mais comme celle, plus pérenne, d’une possible réalisation de soi. En Europe, et singulièrement en France, terre de paysans et d’artisans, terre aussi d’industrie et de traditions ouvrières, le métier fut toujours, sinon une vocation, du moins une activité pour laquelle, malgré fatigue et exploitation, on éprouvait de l’attachement, de la fierté, de la reconnaissance. C’était vrai au sein des anciennes corporations, mais le monde moderne a suscité les mêmes liens, aussi bien dans le secteur privé que dans la fonction publique. 

Le remplacement du terme « métier » par celui d’ « emploi » était déjà un signe que l’activité productive n’était plus appréhendée, par les technocrates de l’Etat, que comme une fonction, une situation dans un vaste processus quantitatif, et non comme une charge, un devoir, une implication sociale, affective, et pour tout dire, civilisationnelle. Ce fut donc une surprise de découvrir que les mineurs, les sidérurgistes, et d’autres catégories socioprofessionnelles dont le sort paraissait dramatique, avaient vécu comme une tragédie la fermeture de leurs entreprises et la fin de certaines branches industrielles. On comprit alors que derrière un labeur harassant, parfois dangereux, et autour de lui, s’étoffait, s’était construit, perdurait un tissu relationnel, qui allait de la famille aux syndicats et partis politiques. Les bistrots, les philharmonies, les clubs sportifs étaient autant de manifestations d’un art de vivre ensemble, d’une identité forte, qui offraient aux ouvriers une identité, un horizon, un sens. 

Longtemps, en France, et en Europe latine et germanique, la profession est demeurée une partie de soi-même que l’on choisissait. On la jaugeait sur une vie, et on déterminait son évolution, les degrés d’amélioration, les progrès en connaissances et en pratiques, les satisfactions qu’elle promettait. 

Or, il se trouve que notre époque a inventé un nouveau concept : l’employabilité. Cette potentialité, qui peut rester longtemps une abstraction, et se trouve validée par la nouvelle école dite des « performances », fait complètement fi de l’objet même de l’emploi, de la nature d’un ouvrage – qui pourrait être, terme magnifique, de la « belle ouvrage », dans la mesure même où les bouleversements des techniques, de la robotique, de la cybernétique, l’ont vidé de son contenu qualitatif, et l’on cantonné à n’être qu’une variable dans le processus global de productivité. De ce fait, l’ouvrier, le travailleur, est un élément du flux universel de l’échange des marchandises : tous les « employés » peuvent être interchangeables, remplaçables, éjectables, puisque la formation désormais requise, dans la grande majorité des cas, se résume à la manipulation de logiciels, ou d’autres procédés automatisés, qui font l’essentiel, quand le travail sous qualifié n’est pas, tout simplement, délocalisé dans les paradis esclavagistes.
La soudaineté du changement, et la trahison des élites, ont empêché que les classes populaires ne prissent vraiment conscience d’une réalité qui anéantit des siècles de civilisation. Si, aux USA, il paraît normal de changer de travail fréquemment, de résidence, de région et de partenaires, il n’en était pas de même dans des pays qui cultivaient leur singularité et un ancrage humain très puissant dans des terroirs où l’on retrouvait une origine, des racines. La mentalité du Français et de certains Européen est pétrie de cette sédentarité chargée d’histoire, de mémoires, de ces souvenirs plus ou moins conscients qui peuplent les chemins, les carrefours, les murs des cités et jusqu’au sous sol où tant de nos ancêtres reposent. Accepter les intermittences hasardeuses d’un emploi vague, imprécis, aux contours indéfinis, c’est se vouer à l’errance, et accepter la solitude intrinsèque le la société contemporaine, libérale et productiviste, américanisée et barbare.

C’est pourquoi les propos aventureux, provocateurs, extravagants et, somme toute, dangereux, de Jean-Christophe Sciberras, président de l'Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), laquelle soutient l’injonction de la Commission, vont à l’encontre de ce que nous sommes au plus profond de nous. D’autant plus que cette permissivité patronale donne de bons atouts pour instaurer chantage, menaces, pressions de toutes sortes destinées à maintenir des ouvriers et employés isolés, atomisés, incapables de se défendre, dans l’obéissance et la docilité. Voilà une vérité que le peuple doit connaître. Prôner un seul contrat de travail, avec possibilité absolue de licencier à volonté, c’est, dans le fond, attenter à un mode de vie qui fait notre spécificité. Ce projet est bien pire qu’un bombardement. Car les ruines, on peut les relever. Mais on ne peut ressusciter les âmes. 

Or, pas besoin de dessin pour savoir à qui on a affaire : des esclavagistes. Pour eux, plus on est taillables et corvéables, plus on se rapproche du meilleur des mondes. Voilà leur type de société.

Claude Bourrinet (Voxnr, 31 mai 2012)