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07/02/2017

Le crépuscule des idoles progressistes...

Les éditions stock viennent de publier un essai de Bérénice Levet intitulé Le crépuscule des idoles progressistes. Docteur en philosophie, Bérénice Levet est déjà l'auteur de La théorie du genre ou La vie rêvée des anges (Grasset, 2014)...

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" Les Français manifestent un besoin d’identité nationale, d’enracinement, de frontières, que leur réplique-t-on ? Crispation, frilosité, droitisation, populisme…
Tous ces mots masquent ce qui se joue réellement depuis plusieurs années dans
notre pays, mais également en Europe et même aux États-Unis.
Depuis la décennie 1970, ces besoins fondamentaux de l’être humain ont été disqualifiés par une idéologie progressiste qui se révèle une impasse existentielle et civilisationnelle. Cet essai vise à rendre à ces aspirations leur signification humaine et, plus que tout, leur fécondité.
Il ne s’agit pas d’un énième livre de déploration mais, au contraire, de réveil des passions, des passions qui ont fait la France. Pourquoi un homme déraciné, délié de tout héritage, est-il un homme atrophié ? Pourquoi l’école ? Pourquoi transmettre le passé ? Pourquoi défendre, contre le multiculturalisme, l’assimilation, propre à la République française ? Ce sont ces questions qu’avec ardeur et conviction Bérénice Levet prend ici à bras-le-corps. "

29/11/2016

Une nouvelle lutte des classes en Occident ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Ivan Blot, cueilli sur le site Katehon et consacré à lutte qui sévit en Occident entre les "élites" dominantes et le petit peuple... Ancien député européen, président de l'association "Démocratie directe", Ivan Blot a notamment publié L'oligarchie au pouvoir (Economica, 2011), La démocratie directe (Economica, 2012),  Les faux prophètes (Apopsix, 2013), Nous les descendant d'Athéna (Apopsix, 2014) ou encore L'Homme défiguré (Apopsix, 2014).

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Une nouvelle lutte des classes en Occident

Pendant des années, la vie politique en Occident fut assez simple et se résumait principalement à un affrontement entre la droite et la gauche. Sociologiquement, la bourgeoisie et les personnes pourvues de fortune ou de revenus élevés étaient majoritairement de droite. Les personnes moins riches et notamment les ouvriers votaient à gauche.

Certes, la droite et la gauche n’étaient pas homogènes. En France, on avait essentiellement deux droites et deux gauches. A droite, il y avait la bourgeoisie libérale et atlantiste, d’une part, et les classes moyennes patriotes mais aussi attachées aux libertés, les gaullistes. A gauche, il y avait les socialistes et les radicaux, mélangeant des éléments de libéralisme et de socialisme étatique. Il y avait aussi l’extrême gauche dont la force majeure était le parti communiste français.

Ce paysage a été complètement bouleversé par trois phénomènes sociologiques majeurs, la globalisation de l’économie avec ses bénéficiaires et ses perdants, l’arrivée d’une immigration de masse de culture extra européenne, le développement d’une importante criminalité diversifiée lié à un déclin des valeurs et des institutions traditionnelles : la famille, l’église, les syndicats et partis politiques, le village du monde rural. Les institutions n’ont guère su s’adapter à la nouvelle situation et n’ont pas montré de force de résistance. Le tissu social s’est donc défait et déchiré. Il s’est défait parce que l’individualisme matérialiste et hédoniste est devenu une philosophie dominante. Il s’est déchiré car peu à peu les élites se sont coupées totalement du peuple, le dialogue devenant extrêmement difficile entre les deux nouvelles catégories montantes.

Cette opposition a conduit à l’affrontement entre deux conceptions du monde, celle des jouisseurs privilégiés ( les élites dominantes) et celle des souffrants déracinés. (le petit peuple). L’axe gauche droite s’est inversé et les élites défendent désormais des idées « de gauche » issues de mai 68.

1/ l’idéologie des jouisseurs privilégiés (les élites dominantes).

Reprenant le schéma des quatre causes aristotéliciennes amendé par Heidegger, nous allons tenter de définir l’essence de l’idéologie des jouisseurs privilégiés par quatre pôles complémentaires : la cause matérielle de cette nouvelle classe sociale est indiscutablement le nomadisme. On est dans le cadre d’une idéologie cosmopolite : les hommes doivent être interchangeables pour le profit du système économique et l’attachement à un territoire est considéré comme un obstacle du passé à éradiquer. Les nouvelles élites vont donc diffamer toute attitude patriotique au nom de l’égalitarisme, de la non-discrimination (sauf par l’argent), de l’antiracisme, de la liberté illimitée d’aller et de venir par-delà les frontières.

La cause formelle qui va déterminer l’orientation morale de la société est l’argent. L’argent est nomade, c’est le seul critère légitime de discrimination entre les hommes. L’argent va se retourner contre la famille. On est « childfree » (libre par rapport à la fonction parentale) car les enfants ne rapportent pas d’argent mais en coûtent. Le goût de l’argent va inciter à une criminalité croissante. Le sens de l’honneur et du sacrifice personnel est dévalorisé. Les vocations sacrificielles sont méprisées : le clergé et l’armée sont marginalisés car l’acquisition d’argent n’est pas au centre de leurs préoccupations. Le droit prend de l’importance car il convient de l’utiliser à des fins profitables. Le grand romancier russe Boulgakov choisit comme premier assistant du diable le juriste pervers qui transforme le mal en bien et vice versa. Le relativisme devient roi. Ce qui était autrefois considéré comme mal, la débauche illimitée, la désertion face à l’étranger, le mensonge utilisé par les commerçants comme par les politiques, deviennent des qualités : il faut « libérer » ses instincts de base gouvernés par le cerveau reptilien, il faut ne pas défendre sa patrie au nom du pacifisme et de l’amour de l’étranger, il faut masquer la vérité car elle n’est pas « politiquement correcte » et se méfier du peuple insuffisamment éclairé.

Du côté de la cause finale, qui donne du sens à l’existence, on va se contenter de l’utilitarisme, faisant de l’autre un objet à exploiter, on va promouvoir la consommation de masse. Comme l’homme vulgaire du marchand de Venise de Shakespeare, on veut « ce que beaucoup d’hommes désirent » et l’or passe avant tout. On va combattre toute forme de spiritualité organisée socialement, qui risquerait de dériver en institutions contraignantes. On fait cela au nom de belles idées comme « la laïcité » : Lénine avait vu là une idée géniale pour dissoudre la société « bourgeoise ». Mais c’est la bourgeoisie qui la première s’est écartée des valeurs de la religion au profit du nouveau Dieu : Mammon, l’argent !

Du côté de la cause efficiente, c’est-à-dire des hommes, l’idéologie des élites dominantes fait l’éloge de l’oligarchie, masquée sous le nom de la démocratie. Les oligarques considèrent que leurs privilèges de fortune ou de pouvoir sont justifiés par leurs mérites, comme le niais de Shakespeare dans le marchand de Venise. Le niais est suffisant et prétend à la fille du riche vénitien à cause de ses mérites. Il n’est pas question d’amour. Il n’est pas non plus question de se sacrifier à son pays. La première promotion de l’Ecole Nationale d’Administration s’appelait « France combattante ». Cela faisait allusion a combat de la libération face à l’Allemagne nazie. Aujourd’hui, cet idéal n’est plus à la mode. Il faudrait plutôt parler de « carrière méritante ». Le mérite est révéré ce qui est l’aspect positif mais ce mérite a pour seul objectif la satisfaction de l’égo. Dostoïevski dans les frères Karamazov met en scène un personnage à la fois niais, intelligent et suffisant qui déclare :

"Les crétins ont été mis sur terre pour être pillés et utilisés par les gens intelligents."

C’est Rakitine, qui aujourd’hui aurait sans doute fait carrière de politicien dans les partis oligarchiques de droite ou de gauche.

On obtient ainsi un « monde » de significations qui a sa cohérence propre et est fermé à toute autre vision.

Le monde de l’idéologie des jouisseurs dominants :

L’argent

Utilitarisme de l’égo ← Idéologie des élites → oligarques

Nomadisme

Cette idéologie que l’on appelle souvent « le politiquement correct » permet aux dominants du moment de justifier leur domination et de dévaloriser les visions concurrentes. C’est la forme moderne du pharisaïsme auquel en son temps s’est heurté Jésus Christ.

2/ L’idéologie des souffrants déracinés

Les souffrants deviennent des dissidents face à l’idéologie des élites dominantes car leur souffrance leur fait voir l’évolution sociale d’une façon différente. Ils souffrent du déracinement provoqué par l’immigration, de l’insécurité face au crime mais aussi face au chômage. Ils souffrent de l’effondrement des valeurs traditionnelles qui donnaient du sens à leur existence. Dans le pire des cas, certains vont essayer de retrouver ce sens, dans une autre forme de crime : le terrorisme à prétexte religieux. Certains, de plus en plus nombreux, veulent résister au cancer social qui menace de submerger leur pays et leur civilisation : ce sont les résistants, qui souvent se regroupent dans les partis dit populistes et les associations identitaires.

La cause matérielle qui fait apparaitre l’idéologie des souffrants est le déracinement. Les gens ont quitté leurs villages pour beaucoup pour des raisons économiques et s’entassent dans des banlieues sans âme. Le village avait sa cohérence civilisatrice avec son église, son école, sa mairie, son château, ses petits commerces et exploitations agricoles, son monument aux morts et son cimetière. Ce monde humain a peu à peu disparu. Dans les banlieues sans âme ni religion se sont entassés des millions d’étrangers, à la culture étrangère aux traditions européennes. Ces populations déracinées sont tombées pour une part dans la délinquance ou la criminalité. Les Français d’origine ont entretemps perdu une partie de leur identité : on ne leur a pas enseigné l’histoire du pays ni appris à l’aimer.

La cause efficiente, les hommes est donc composée de victimes : victimes de la mondialisation et du chômage, victimes de l’insécurité, de la perte de l’environnement français habituel, victimes de l’immigration sur laquelle ils n’ont jamais été consultés. Ils s’aperçoivent que la démocratie a été confisquée : ils ne maitrisent plus rien et les puissants ne cessent de vouloir les culpabiliser. La culpabilisation est sociale (des pauvres types), morales (des racistes sans repentances), politiques (leurs choix sont diabolisés) culturelle (ils adhèrent à des valeurs du passé : la famille, leur condition d’homme ou de femme, leur nationalité, leur attachement à la morale des parents), économiques (ils ne sont pas « rentables » ou pas assez).

La cause finale est sentie confusément : les souffrants voudraient conserver leur être, leur identité et le monde nouveau leur oppose les seules valeurs de l’avoir, et veut leur imposer des principes dictatoriaux soit disant au nom des droits de l‘homme. Comme l’a bien vu le philosophe Schiller a propos de la révolution française, les principes servent à détruire les sentiments humains. Le marxisme est mort mais son moule d’origine, le jacobinisme révolutionnaire est toujours vivant avec tout son sectarisme. C’est au nom des principes de la révolution française que l’on impose au peuple le carcan du politiquement correct. La liberté a été dévoyée par la vanité. L’égalité par la férocité (la guillotine physique ou morale) et la fraternité par la vénalité (fraternité entre « frères » de partis sur le dos du peuple).

La cause formelle est alors l’esprit de résistance. Des clubs identitaires se forment, des partis populistes progressent de plus en plus. Certes, ils sont diabolisés, critiqués, calomniés. Ils ont aussi leurs défauts. Mais ils incarnent l’espoir d’un monde nouveau que les élites sont incapables de voir et de comprendre. Elles font appel à des experts pour tenter d’exorciser le mal. Mais ces experts, inconscients de leur rôle social de défense des jouisseurs privilégiés, ne sont que des charlatans.

On a alors le schéma suivant :

Esprit de résistance

Conservation de l’être ← Idéologie des souffrants → victimes du système

déracinement

 

3/ Un fossé se construit et le dialogue semble impossible

L’Occident est malade politiquement car ses bases sociologiques d’autrefois se sont effondrées. Il a produit lui-même cet effondrement, par sa pensée réductionniste ne voyant que le calcul économique et le droit, les deux alliés pour subordonner les souffrants et empêcher leur révolte. Mais les hommes ne sont pas que des « ressources humaines » (mot ignoble devenu courant dans les entreprises, évacuant le mot de « personnel » dans lequel il y avait encore des « personnes »). Les hommes ont une vie biologique, importante bien sûr, mais ils ont à la différence de l’animal une « existence » porteuse de sens. Or, l’existence de l’homme est tragique car il ne peut échapper à la mort. Mais il peut donner  à sa vie le sens d’une mission pour sa famille, sa patrie et son Dieu. Cela, l’idéologie des jouisseurs dominants ne permet pas de le comprendre. Les dirigeants sont desséchés et regardent les souffrants de haut. Leur intelligence se consacre à la technique, au calcul et au droit, non sans succès d’ailleurs. Mais le cœur leur manque. Marx l’avait prédit : la religion est le cœur d’un monde sans cœur. Le monde sans cœur est toujours là mais on lui a retiré son remède spirituel. Pas de cœur donc peu de courage, ce qui est dramatique dans un monde qui reste celui de la lutte, comme le nouveau terrorisme le montre.

La société est divisée et le dialogue semble impossible. Dans les milieux bourgeois, on ne doit même pas parler de Trump ou du Front National. La haine sociale l’interdit : on est bien en présence d’une nouvelle lutte des classes. Pour sortir de cette situation, il faudrait une politique et des idées qui rassemblent : historiquement, cela a existé, cela s’appelle le patriotisme. La Russie de Poutine s’est engagée sur ce chemin, après de cruelles épreuves. Hâtons-nous de faire de même car le temps presse !

Ivan Blot (Katehon, 26 novembre 2016)

02/10/2016

Les snipers de la semaine... (130)

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Au sommaire cette semaine :

- sur Figaro Vox, Vincent Trémolet de Villers dézingue la mairie de Paris et ses brillantes idées festivistes...

Hidalgo, les naturistes et les prophéties de Philippe Muray

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- sur Politic Région, Gabriel Robin allume les "Nouveaux Apatrides" et leur narcissisme infatué...

Les Apatrides

 

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17/03/2016

Nom des nouvelles régions : le choix du déracinement...

Vous pouvez découvrir ci-dessous une chronique mordante d'Éric Zemmour sur RTL, datée du 15 mars 2016 et consacrée au choix des noms des nouvelles régions engendrées par la réforme territoriale...

 


Réforme territoriale : "Le nouveau nom des... par rtl-fr

09/06/2015

Les communistes 2.0 de Podemos : une nouvelle forme d’individualisme libertarien ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Javier Portella , cueilli sur le site de la fondation Polémia et consacré aux récents succès électoraux du mouvement Podemos en Espagne. Philosophe et journaliste espagnol, Javier Portella est l'auteur de l'essai intitulé Les esclaves heureux de la liberté (David Reinharc, 2012).

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Les communistes 2.0 de Podemos : une nouvelle forme d’individualisme libertarien ?

Avant les élections européennes d'il y a un an, Podemos n’était presque rien : rien qu’un ensemble d’intellectuels – c’est toujours à partir des intellectuels que les choses se mettent à bouger dans le monde – qui avaient constitué un groupuscule d’extrême gauche. Un de plus, mais pourvu de la plus grande intelligence politique. Presque personne ne les connaissait, toute leur présence publique se limitait à deux choses… qui allaient devenir décisives : d’une part, les débats dans les grandes chaînes de télévision où participait Pablo Iglesias (leur chef charismatique, brillant orateur et grand meneur de foules) ; d’autre part, l’action entreprise avec le mouvement des Indignés qui en 2011 avait accompli d’importantes occupations de rue. C’est tout (1).

 

Et voilà que soudain la surprise éclate : ces gens presque inconnus se présentent aux élections européennes de l’année dernière, y obtiennent un succès éclatant, ne cessent depuis lors de monter dans les sondages et viennent, le dimanche 24 mai 2015, de remporter, si l’appui du Parti socialiste se confirme, les mairies de Madrid, Barcelone, Cadix… en même temps que leurs voix seront décisives dans d’autres importantes villes et régions.

 

Comment ne pas rêver devant un tel parcours ? Comment ne pas comprendre que certains se fassent même des illusions ? Voyons un peu, se disent-ils, mais du bout des lèvres : un parti décidément anticapitaliste, ouvertement antisystème (le seul d’ailleurs à combattre le TTIP, le Traité par lequel l’Europe plie les genoux devant les multinationales étatsuniennes ; le seul aussi capable de proposer, comme l’a fait Ada Colau, la prochaine maire de Barcelone, de réduire rien de moins que le grand fléau qu’est le tourisme), un parti enfin qui, profitant des rouages de la démocratie libérale, peut se hisser un jour, grâce aussi à un grand meneur de foules, jusqu’au sommet même du pouvoir… Ça ne vous rappelle rien ? Mais si, voyons ! Ça rappelle ce qui, jusqu’à présent, n’est arrivé qu’une seule fois dans l’histoire : dans les années 1930… même si la couleur de ceux qui assaillaient alors le pouvoir était bien différente du rouge qui fait rage aujourd’hui.

 

L’extrême gauche est soumise au primat de l’économie comme le Système qu’elle combat…

 

Penser de la sorte, s’imaginer qu’une brèche est ouverte à travers laquelle le Système pourrait finir par être renversé, ce serait là commettre une très grave erreur. Tout d’abord, et pour en finir avec la comparaison précédente, ce serait oublier la dérive effroyable où s’est engouffrée l’expérience historique à laquelle je faisais allusion. Mais ce serait surtout oublier que tout l’esprit antisystème des gens de Podemos – davantage : tout l’esprit antisystème de la gauche révolutionnaire, exception faite des proudhoniens, soreliens et compagnie – est paradoxalement porté par l’esprit de cela-même qu’ils prétendent combattre : l’esprit bourgeois, l’esprit pour lequel l’argent – l’économie, si on préfère un mot moins abrupt – constitue le seul socle, le seul centre du monde.

 

Certes, cet argent, ce pouvoir économique, ils prétendent le distribuer tout à fait autrement, d’une façon juste, équitable, au profit « du Peuple », réalisant enfin cette « justice sociale »… qui n’a jamais été réalisée, qui est même devenue la plus écrasante des injustices et la plus accablante des misères chaque fois que les fous de l’égalité ont prétendu la réaliser. Toujours, partout : en Europe, en Asie, en Amérique, dans le Cuba de Castro et du Che comme dans le Venezuela de ces Chavez et Maduro qui ont prodigué toutes sortes de largesses aux gens de Podemos… Mais passons. Oublions leurs sympathies pour les tyrans du passé et du présent. Ne pratiquons pas la reductio ad Leninum, cette arme que libéraux et capitalistes pratiquent avec un peu moins d’entrain, certes, mais avec presque autant de succès que l’autre reductio.

 

Reconnaissons, autrement dit, que la visée d’en finir avec la mainmise économique de nos oligarchies est, en elle-même, on ne peut plus légitime. Elle le serait, plus exactement, si tout, dans la contestation de Podemos, ne s’arrêtait pas là, si l’argent et ce qui le sous-tend – le matérialisme et l’individualisme – ne constituaient pas, pour Podemos comme pour l’ensemble de la gauche radicale, la même chose, faisais-je remarquer, que pour les bourgeois : le centre, le cœur du monde. Tout le reste les indiffère. Ils n’ont pas un seul mot pour le non-sens d’un monde dépourvu de grandeur et de beauté, plongé dans la laideur. Pas un seul mot non plus pour le sort de nos peuples dépourvus de destin, privés d’enracinement, démunis d’identité.

 

Pas un mot ?… Oh, non, ils en ont plein ! Mais ce sont des mots qui célèbrent, qui voudraient même accélérer notre perte de destin, d’identité. La perte – le déracinement – est d’ailleurs double. C’est, d’une part, la perte d’identité que subit l’Europe soumise à une immigration de peuplement qui la rendra, à terme, méconnaissable ; mais c’est la perte aussi qui frappe les restes déracinés des peuples qui finiront par devenir, si rien n’arrête un tel mouvement, une composante essentielle, voire première, du socle ethno-culturel de ce qui fut – mais ne sera plus – l’Europe et sa civilisation.

 

La recherche du déracinement, le rejet de l’identité collective

 

Une telle recherche du déracinement, un tel rejet de la notion même d’identité collective : voilà un trait marquant de la gauche radicale d’aujourd’hui qui la rend profondément différente de celle d’hier. C’est un trait qui la rapproche, encore une fois, du Système qu’elle prétend combattre. Quelle différence y a-t-il, finalement, entre un bobo individualiste et libertarien (qu’il soit de « droite » ou de « gauche ») et un gauchiste radical, individualiste et libertarien de Podemos ? Sauf en ce qui concerne la façon d’aménager le prétendu centre économique du monde, il n’y a aucune différence. Des deux côtés règnent, exacerbées même dans le cas de la gauche radicale, la même idéologie du genre, la même indifférenciation des sexes, la même dissolution des peuples, la même perte de repères et d’identités, le même individualisme forcené, le même hédonisme plat, immédiat, vulgaire ; le même angélisme aussi (cet angélisme qui fait, par exemple, qu’une Manuela Carmona, la prochaine maire de Madrid – « mairesse », corrigerait-elle –, ait proclamé sans sourciller qu’il faudrait faire sortir de prison environ 95 % des détenus…)

 

Et pourtant…

 

Il y a pourtant quelque chose qui m’oblige à introduire des nuances. Sont-elles susceptibles d’infléchir le bilan qui vient d’être dressé ? Examinons d’abord ce dont il s’agit.

 

Voilà, en effet, que la lutte des classes, ce pilier central de la gauche révolutionnaire, a disparu, du moins dans ses manifestations les plus haineuses, du discours de Podemos. Le prolétariat – réjouissons-nous-en ! – n’y est plus le phare étincelant censé guider l’histoire et la révolution… une « révolution » qui est, elle aussi, tombée dans les oubliettes, où elle a rejoint ces concepts-phares qu’étaient jadis « la bourgeoisie » et « le prolétariat ». Ce dernier s’est vu remplacer par quelque chose d’aussi mou que l’époque la plus molle de l’histoire : « les gens ». Pour ce qui est de la bourgeoisie, elle n’est plus l’ennemi à abattre. Le véritable ennemi – là aussi il faut s’en réjouir – c’est « la caste politique », et les banques, et les multinationales : l’ensemble, en un mot, du grand pouvoir financier et économique. L’ennemi c’est la ploutocratie, « l’usure », pourraient-ils dire en citant Ezra Pound… si leur sectarisme antifa ne leur interdisait pas un tel geste.

 

Ils doivent se retourner dans leur tombe, les ancêtres de Podemos, les « rouges » de la guerre civile espagnole, eux qui spoliaient, torturaient et tuaient quiconque avait le malheur de posséder un simple lopin de terre, une usine, un atelier, un magasin… aussi petits fussent-ils. Elles ne faisaient pas dans le détail, ces brutes-là. Leurs descendants, par contre, ont appris à faire, heureusement, la différence. Toute propriété, quelles qu’en soient les dimensions, est un vol, pensaient les ancêtres. La propriété n’est un vol, semblent penser leurs descendants, que dans le cas de la grande, voire de la très grande propriété. Sinon, si la propriété n’est que petite ou moyenne, il faut la préserver, la défendre, l’encourager même… comme elle est encouragée en toutes lettres, noir sur blanc, dans le programme de Podemos (2).

 

Seraient-ce là des propos dans l’air, de la propagande mensongère ? Non, je ne crois pas. Mais même si je me trompais, même si tel était le cas, le simple fait que de tels propos puissent être tenus impliquerait déjà un changement dont la signification serait considérable, énorme même. Car, en un sens, tout est là, tout se joue là. Combattre de la façon la plus radicale le pouvoir du grand capital, tout en sauvegardant dans ce qu’elles ont de plus valable des choses telles que la propriété, le marché, l’argent… ces choses qui entraînent immanquablement des inégalités qu’il faudra certes réduire un jour mais que personne n’envisagerait plus d’extirper des forceps à la main : voilà qui n’a jamais été nulle part envisagé, pensé, entrevu ; encore moins essayé, entrepris. Et ne l’ayant jamais été, c’est bien là la raison – pour nous limiter au domaine économique – qui a entraîné toute la misère et toutes les horreurs dont le rêve égalitaire et fou du communisme a accouché.

 

Leur mythème fondateur ? L’individualisme libertarien

 

Ce rêve et sa folie semblent avoir été écartés par les gens de Podemos. Ceux-ci seraient-ils donc les premiers à envisager – à réaliser peut-être un jour – ce qui n’a jamais été nulle part envisagé ? Plaise aux dieux ! Mais doutons-en. Pour une simple raison : comment pourraient-ils abattre un Système dans l’imaginaire duquel ils sont tout à fait plongés ? Cet imaginaire, ce mythème fondateur, comme dirait Giorgio Locchi, a aujourd’hui un nom : l’individualisme libertarien. Il n’est rien d’autre que la réalisation la plus accomplie des visées et de la vision que le capitalisme du XXIe siècle – le capitalisme mondialisé, porté par le vent où les flux du néant spéculatif tourbillonnent – a du monde et de l’homme. Ou de ce qu’il en reste.

 

De même que les révolutionnaires de mai 68 ont fini aux commandes du Système qu’ils prétendaient abattre ; de même que, « sous les pavés », ils ont découvert « la plage » où patauge l’Homo festivus qui, comme dirait Philippe Muray, a remplacé l’ancien Homo sapiens; de même il est possible qu’un sort pareil attende les communistes bon teint, les communistes 2.0, de Podemos.

 

Javier Portella (Polémia, 3 juin 2015)

 

 

Notes :

1- Pourquoi des chaînes de télévision du plus haut niveau ont tenu grandes ouvertes les portes pour que Podemos les franchisse? Certains y ont même vu une manœuvre « machiavélique » du Partido Popular, désireux de pouvoir brandir un épouvantail (la peur à l’extrême gauche) lui permettant de remporter les élections, ce qui, vu les résultats de celles-ci… Reste qu’une manœuvre aussi tordue aurait supposé un degré d’intelligence dépassant de loin les capacités intellectuelles de la droite la plus bête du monde ! Le plus probable est que le simple appât du gain – Pablo Iglesias faisait monter très fort l’audience – ait suffit à des chaînes de télévision truffées d’ailleurs de journalistes bien connus par leur gauchisme.

2- A partir de là, une fois établie l’opposition entre grande et petite propriété, mille autres questions se posent. Mille questions, plutôt, devraient être posées… que personne pourtant ne pose jamais (et ce n’est pas aux gauchistes que je pense maintenant). Il se pose surtout la question suivante : une fois démantelé le pouvoir du grand capital, une fois préservé le rôle des petites et moyennes entreprises, comment faire pour que la dynamique même de celles-ci ne les entraîne pas à accumuler de plus en plus d’argent et de pouvoir : cette aspiration qui semble être gravée à feu dans le cœur des hommes – des hommes modernes, en tout cas ?

25/11/2014

Le choc des non-civilisations ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Fares Gilon, cueilli sur Philitt et consacré à l'absurdité de la notion de choc des civilisations. Un texte grinçant qui ne manquera pas de susciter le débat...

 

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Le choc des non-civilisations

Choc des civilisations vraiment ? De part et d’autre, l’entretien de cette fiction permet surtout d’oublier l’état réel de la civilisation que l’on prétend défendre, et de se lancer en toute bonne conscience dans de lyriques et exaltantes considérations identitaires. Dans ce ridicule concours des fiertés (civilisation pride ?), les divers gardiens de néant oublient l’essentiel : ils veillent sur un champ de ruines.

Dans Respectez la joie, chronique publiée il y a déjà douze ans, Philippe Muray posait la question suivante : « Comment spéculer sur la défense d’une civilisation que nous ne faisons même pas l’effort de voir telle qu’elle est, dans toutes ses extraordinaires et souvent monstrueuses transformations ? » Face à l’ennemi islamiste, à sa haine de « l’Occident », qu’avons-nous à faire valoir pour notre défense, hormis « la liberté d’expression », « les jupes courtes », « le multipartisme », « le sexe » ou « les sandwichs au bacon » ? Pas grand-chose. Et ces éléments sont eux-mêmes illusoires : « Le seul ennui, écrit Muray, c’est que ces mots recouvrent des choses qui ont tant changé, depuis quelques décennies, qu’ils ne désignent plus rien. » Ainsi de la liberté sexuelle, brandie comme un progrès civilisationnel (ce qui en soi peut se contester), alors même qu’elle est de moins en moins effective : « On doit immédiatement reconnaître que c’est la civilisation occidentale elle-même qui a entrepris de détruire, en le criminalisant, le commerce entre les sexes ; et de faire peser sur toute entreprise séductrice ou galante le soupçon du viol ; sans d’ailleurs jamais cesser de se réclamer de la plus grande liberté. »

 

L’Occident s’est tiré deux balles dans le pied

L’Occident post-moderne a achevé l’Occident moderne, celui de la liberté individuelle et de la pensée critique. Et l’Occident moderne était né lui-même de la destruction de l’Occident traditionnel, de sa civilisation, de son histoire et du christianisme. L’Occident post-moderne est le fruit d’un double meurtre : d’abord celui de la royauté de droit divin, avec tout ce qu’elle comporte de représentations symboliques traditionnelles, avec toute la conception hiérarchique de l’ontologie qu’elle suppose. Puis, celui de l’individu. Muray, en vieux libéral qu’il est, est évidemment plus touché par ce dernier meurtre : l’individu réellement libre – c’est-à-dire : ayant les moyens intellectuels de l’être – n’est plus. Cela n’empêche pas toute l’école néo-kantienne de la Sorbonne – entre autres – de répéter à l’envi que le respect de l’individu caractérise notre civilisation, par opposition à la « barbarie » médiévale d’une part, et au « retard » des autres civilisations d’autre part, encore prisonnières d’un monde où le groupe, la Cité, importent davantage que l’individu. La réalité est pourtant plus amère, et il n’y a pas de quoi fanfaronner : notre civilisation a fini par tuer l’individu réellement libre, si durement arraché à l’Ancien Monde.

Par un étrange paradoxe, c’est précisément en voulant émanciper l’individu que nous l’avons asservi. En effet, nous avons souscrit à la thèse progressiste selon laquelle la liberté politique et intellectuelle de l’individu suppose son arrachement à tous les déterminismes sociaux, à tous les enracinements familiaux, culturels, religieux, intellectuels. Seuls les déracinés pourraient accéder à la liberté dont l’effectivité « exigerait au préalable un programme éducatif ou un processus social (ou les deux) capable d’arracher les enfants à leur contexte familier, et d’affaiblir les liens de parenté, les traditions locales et régionales, et toutes les formes d’enracinement dans un lieu ». Cette vieille thèse, résumée ici par Christopher Lasch (Culture de masse ou culture populaire ?), est toujours d’actualité : Vincent Peillon, ex-ministre de l’Éducation nationale, a ainsi déclaré vouloir « arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ».

Elle est pourtant contredite par la réalité de la société de marché que nous avons bâtie. Ainsi que le remarque Lasch, « le développement d’un marché de masse qui détruit l’intimité, décourage l’esprit critique et rend les individus dépendants de la consommation, qui est supposée satisfaire leurs besoins, anéantit les possibilités d’émancipation que la suppression des anciennes contraintes pesant sur l’imagination et l’intelligence avait laissé entrevoir ».

 

Le cas de l’islam en France

Comment alors s’étonner des phénomènes que l’on constate dans les « quartiers difficiles », de l’illettrisme généralisé et de la violence banalisée qui s’y côtoient ? Comment s’étonner des effets du double déracinement des immigrés ? Voilà des gens que l’on a arraché à leur terre (ou qui s’en sont arrachés), qui ont abandonné leur culture, ont oublié leur langue, et qui n’ont dès lors plus rien à transmettre à leurs enfants. Ces enfants, parfaits cobayes de l’expérimentation de la liberté par le déracinement, sujets idéals de l’idéologie délirante d’un Peillon, sont les premiers post-humains. Sans racines, et bientôt, après un passage par l’école républicaine, sans savoir et sans attachement à leur nouvelle terre. Coupés de leurs origines sans qu’on leur donne la possibilité de s’enraciner dans une civilisation qui se sabote elle-même, ils incarnent au plus haut degré le néo-humain sans attaches, sans références, celui que rêvent les idéologues de la post-modernité. Ce n’est donc pas en tant qu’étrangers à la France que les déracinés de banlieue posent problème, mais en tant qu’ils sont les parfaits produits de la nouvelle France, celle qui se renie elle-même.

Ce règne, chaotique dans ses effets, de la table rase n’est pas sans provoquer un certain malaise chez les individus les plus conscients. On a beau déraciner, la réalité demeure : l’enracinement est un besoin essentiel à l’humanité. On y revient toujours, d’une manière ou d’une autre. « Le déracinement détruit tout, sauf le besoin de racines », écrit Lasch. D’où le phénomène de réislamisation, processus de ré-enracinement parmi d’autres (car il en est d’autres), qui s’explique par la recherche d’une alternative à ce que l’on nomme le « mode de vie occidental » (en réalité le mode de vie mondialisé de la consommation soumise).

Il est d’ailleurs amusant de constater que le plus grand grief que la koinè médiatique fait aux beurs réislamisés ou salafisés, plus grave encore que les attentats qu’ils projettent ou commettent, c’est « le rejet du mode de vie occidental ». Horreur ! Peut-on imaginer plus atroce blasphème ? « Comment peut-on être pensant ? » comme dit Muray. Faut-il donc être un odieux islamiste tueur d’enfants (juifs de préférence) pour trouver à redire à ce merveilleux monde démocratico-festif, qui n’est pourtant plus que l’ombre d’une ombre ?

Face à la chute des anciens modèles occidentaux, les jeunes déracinés que nous avons produits cherchent à reprendre racine. Que certains se tournent vers l’Islam, comme vers un modèle qui leur semble traditionnel et producteur de sens, doit être compris comme une réaction au modernisme du déracinement culturel. Dans la mesure où toute alternative au « mode de vie occidental » est présentée comme une régression barbare, la radicalité de la réislamisation, le fait qu’elle se fasse notamment – mais pas uniquement – dans les termes du salafisme, paraît inéluctable : le néo-Occident permet qu’on le fuie, à condition que l’on se jette dans les impasses qu’il ménage à ses opposants.

 

La déchéance civilisationnelle de l’islam

Il est une autre raison à la radicalité de la réislamisation. Elle tient à la chute de l’islam comme civilisation. À l’instar de l’Occident, à sa suite et sous son influence, l’Orient en général et l’islam en particulier subissent les effets de la modernité et des bouleversements politiques, sociaux, intellectuels, théologiques qu’elle entraîne.

Historiquement et politiquement, cela s’est fait d’abord par la pression occidentale sur le califat ottoman, qui ployait déjà sous son propre poids. N’oublions pas que le monde arabo-musulman est mis au contact de la pensée des Lumières dès 1798, avec l’expédition d’Égypte de Napoléon. À peine la France avait-elle accompli sa Révolution qu’elle tentait déjà d’en exporter les principes, appuyés par une subjuguante supériorité technique. Les Britanniques, mais aussi, dans une moindre mesure, les Français, n’eurent ensuite de cesse d’encourager l’émergence des nationalismes, insufflant chez les peuples arabes le désir de révolte contre la domination turque : ils posèrent en termes modernes, ceux des nationalismes, un problème qui ne se posait pas ainsi. Plus tard, ce fut l’islamisme dont se servirent cette fois les Américains. À ces facteurs, il faut ajouter l’apparition de la manne pétrolière, mise au service du wahhabisme (lui-même soutenu originellement par les Britanniques) et la révolution islamique iranienne. Tout concourrait à la destruction des structures politiques et sociales traditionnelles de la civilisation islamique : les interventions étrangères certes, mais également un certain essoufflement de l’Empire ottoman, qui avait manqué le train de la révolution industrielle et se trouva dépassé par les puissances occidentales.

En l’absence de structures sociales fortes, ce fut bientôt la pensée islamique traditionnelle elle-même qui succomba. Face aux puissances occidentales, les musulmans réagirent de deux façons antagonistes, que l’excellent historien Arnold Toynbee a qualifiées de « zélotisme » et d’ « hérodianisme ». Voyant une analogie entre la réaction des musulmans à la domination occidentale, et celle des Juifs à la domination de l’Empire romain, Toynbee explique que tout bouleversement venu de l’étranger entraîne historiquement une réaction de repli sur soi, d’une part, et une réaction d’adhésion et de soumission totales aux nouveaux maîtres, d’autre part. Mais dans les deux cas, on sort de la sphère traditionnelle : ni les zélotes ni les hérodiens ne peuvent prétendre représenter la pensée islamique traditionnelle. Leurs conceptions respectives de l’islam obéissent à des circonstances historiques déterminées, et ne sont plus le résultat de la réflexion sereine d’une civilisation sûre d’elle-même.

Les nombreuses manifestations de l’islamisme contemporain sont autant de variétés d’un islam de réaction. Couplée à la mondialisation, qui est en réalité occidentalisation – au sens post-moderne – du monde, et à ses conséquences, cette réaction a fini par produire un islam de masse, adapté aux néo-sociétés, et qu’Olivier Roy a admirablement analysé dans ses travaux. Dans L’Islam mondialisé, il montre ainsi en quoi le nouvel islam est un islam déraciné pour déracinés, et en quoi la réislamisation est « partie prenante d’un processus d’acculturation, c’est-à-dire d’effacement des cultures d’origines au profit d’une forme d’occidentalisation ».

Dès lors, il apparaît clairement que le prétendu « choc des civilisations » procède d’une analyse incorrecte de la situation. Il n’y a pas de choc des civilisations, car il n’est plus de civilisations qui pourraient s’entrechoquer ; toutes les civilisations ont disparu au profit d’une « culture » mondialisée et uniformisée, dont les divers éléments ne se distinguent guère plus que par de légères et inoffensives différences de colorations. Ce à quoi on assiste est donc plutôt un choc des non-civilisations, un choc de déracinés.

Fares Gillon (Philitt, 3 novembre 2014)