Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/04/2018

Sur Claude Autant-Lara...

Les éditions Actes Sud viennent de publier sous la plume de Jean-Pierre Bleys une biographie du grand cinéaste Claude Autant-Lara, réalisateur, notamment, de La traversée de Paris. Professeur de français, latin, grec, et d'histoire du cinéma, Jean-Pierre Bleys publient régulièrement dans les revues de cinéphilie...

 

Bleys_Claude Autant-Lara.jpg

" Admiré dans les années 1950  comme un cinéaste majeur, Claude Autant-Lara est tombé aujourd’hui dans un statut incertain, selon les aspects de l’homme et de sa carrière que l’on souhaite mettre en avant. La vie et la carrière de l’auteur de La Traversée de Paris, de L’Auberge rouge, d'En cas de malheur du Diable au corps ont connu, du point de vue de la réputation, des évolutions que l'on rencontre rarement dans une même destinée. Considéré successivement comme un marginal, un grand réalisateur de gauche, un cinéaste dépassé et même d’extrême droite, il est un personnage très particulier, qui a tourné avec les plus grands acteurs et actrices de cet âge d’or du cinéma français (Gérard Philippe, Michèle Morgan, Jean Gabin, Brigitte Bardot, Bourvil, Michel Simon, Danielle Darrieux, …).
Jean-Pierre Bleys explore comme jamais encore le travail de ce cinéaste qui a mis sa vie entière au service de ses films. Grâce à un travail de recherche impressionnant, l'auteur détaille la carrière d’Autant-Lara, œuvre après œuvre, de ses débuts dans le cinéma muet jusqu’en 1976, date de son dernier film. Cette biographie s’imposera comme la plus complète sur Claude Autant-Lara et sera l’occasion d'une visite de l'histoire du cinéma français, de retrouver les acteurs qui peuplent ses films, de vibrer à l'évocation de grandes oeuvres, de traverser le 20e siècle et ses tourments. "

13/03/2018

Vous avez demandé la police ? Ne quittez pas !...

Le numéro 7 du mensuel L'Incorrect est arrivé en kiosque. On peut y trouver un dossier consacré à la police, avec, notamment un article de Xavier Raufer et un entretien avec l'avocat Thierry de Montbrial, et y lire, également des entretiens avec Brigitte Bardot et Aymeric Chauprade (l'homme qui, après avoir déclaré solennellement en mai 2013 répondre à l'appel de Dominique Venner, a, moins de quatre plus tard, appelé à voter Macron, faisant ainsi preuve d'une souplesse dans ses convictions qui laisse pantois...) , et les rubriques "L'époque", "Monde", "Reportages",  "Les essais" et "Culture"...

Le sommaire complet est disponible ici.

Incorrect 7.jpg

07/11/2016

L'art de déplaire...

Les éditions Pierre-Guillaume de roux viennent de publier un essai de Marie Céhère intitulé Brigitte Bardot - L'art de déplaire. Jeune critique littéraire, Marie Céhère collabore à Causeur...

 

Brigitte Bardot.jpg

« Brigitte Bardot appartient à cette aristocratie de stars qui pouvait s’adonner impunément au plaisir de déplaire. Elle en fit même un art malgré elle. »  Pourquoi Brigitte Bardot dérange-t-elle autant ? Peut-être parce qu’elle refuse de se prêter aux clichés et aux raccourcis bien commodes que la presse et les fans véhiculent sur son compte. Ni icône de la libération sexuelle, ni actrice accro aux écrans et aux paillettes, celle qui fi t sensation, en 1956, à demi nue, dans Et Dieu... créa la femme, le fi lm de Roger Vadim, ignora superbement les propositions mirobolantes venues de Hollywood et mit fin à sa carrière, en 1973, sans le moindre état d’âme. Car la jeunesse et la beauté ne suffisaient pas à tout expliquer de l’énigme BB. Son corps de rêve et sa fraîcheur de femme-enfant résistèrent à toute tentative d’inventaire érotique et de récupération idéologique soufflée par Mai 68. Ses histoires d’amour, si mouvementées fussent-elles, ne tinrent jamais le langage du féminisme revanchard. Comble du comble, celle que toutes les autres femmes s’efforçaient d’imiter en tous points – vêtements, coiffure, démarche –, entama résolument sa seconde vie, les pieds dans la boue : devenue désormais porte-parole de la cause animale, Brigitte Bardot n’a jamais mâché ses mots pour dénoncer haut et fort, scandale sur scandale, quitte à casser définitivement son image. Sans doute le prince de Ligne se fût-il écrié, émerveillé, à sa vue : « Du naturel, rien que du naturel ! »

La star si « médiatiquement incorrecte » est ici réhabilitée dans sa vérité par Marie Céhère au fil de subtils décryptages et de précieuses leçons de désir.

27/07/2011

L'imagination au pouvoir ?...

Nous vous signalons la parution au mois de juin dernier d'une bande-dessinée assez savoureuse, publiée au éditions Delcourt dans la collection Jour J et intitulée L'imagination au pouvoir ? Les auteurs, Duval, Pécau et Mr Fab, ont imaginé un polar politique dans une France uchronique où mai 68 a dégénéré en guerre civile. Un ancien de l'OAS, un peu rude mais sympathique, qui a été trahi par des jeunes loups de la droite gaulliste, revient après quelques années d'absence et arpente un Paris reconstruit dans une architecture psychédélique pour régler quelques comptes... On croise au fil des pages François Mitterrand, Jacques Chirac, Daniel Cohn-Bendit, Serge July, Bob Woodward, Brigitte Bardot et d'autres... Ceux qui connaissent l'histoire politique des années 70 apprécieront les clins d'oeil !... 

 

imagination au pouvoir.jpg

Mai 68. La chienlit est partout. Craignant de se retrouver dans une situation pire qu’en Mai 40, le Général De Gaulle décide de faire convoyer le plus discrètement possible pendant les « évènements » 200 millions de francs vers le château de Vincennes pour parer à une aggravation de la situation... Mais celle-ci dérape plus vite que prévu : De Gaulle meurt dans un crash d’hélicoptère en allant voir le général Massu et les 200 millions disparaissent dans un casse mené de main de maître. Des manifestations populaires on passe rapidement à une révolution parisienne puis à une guerre civile : Massu envoie les chars et l’armée nettoyer Paris. Dans la tourmente, l’un des braqueurs est laissé pour mort avant de réapparaitre cinq ans plus tard et de réclamer sa part du gâteau à ces anciens collègues. Oui mais voilà, ceux-ci gravitent désormais au plus haut de l’Etat et ne sont pas particulièrement ravis de le revoir… Savoureuse « re »lecture de la scène politique française post-68, ce Jour J est, à mes yeux, le meilleur du lot : Graphismes sublimes et sublimés par Mr Fab, polar bourré de références à peine voilées sur les mœurs de nos princes, et réflexion lucide et désabusée sur le pouvoir et ce qu’on est prêt à faire pour l’obtenir ou le garder. Une œuvre forte, cynique, aboutie et menée à 100 à l’heure.

Bernard Campeis (Actusf, juin 2011)

11/09/2010

Tauromania contre taurobasta

 Le nouveau numéro du Choc du mois, daté de septembre 2010, est disponible en kiosque dès aujourd'hui. On pourra lire un premier dossier consacré à la décolonisation, introduit par un entretien avec Bernard Lugan, historien et africaniste réputé. Un deuxième dossier consacré à la corrida oppose les points de vue de partisans et d'adversaire de cette tradition ancestrale. On pourra y lire, notamment, un entretien avec Brigitte Bardot. Et on retrouvera comme toujours, les rubriques "Monde", "Société" et "Culture"...

Bonne lecture !

Choc039.gif

Au sommaire du numéro :

Monde
Peuple Karen, la tragédie oubliée
Obama au bord du gouffre

Société

A qui appartiennent les enfants ?

Etats-Unis : une droite qui pense

La Constitution française à la botte de l’Europe

 

Dossier : La décolonisation a-t-elle eu lieu

Entretien avec Bernard Lugan : « L'Afrique à l'endroit »

Le mythe colonial

Y'a bon le capitalisme – L'Afrique malade de la cupidité occidentale

De l'assistanat à l'impuissance

L'empire de la victimologie

La nouvelle arme fatale des enfants-soldats

Au royaume d'Ubu

 

Dossier : Tauro-mania contre tauro-basta

Géopolitique secrète du peuple toro

Entretien avec le Père Jacques Teissier, prêtre et aumônier des arènes de Nîmes

Le taureau, le minotaure et les poètes

Cinquante raisons de défendre la corrida

Oui au combat de boxe. Non à la tauromachie

Entretien avec Brigitte Bardot : « La souffrance n’est pas un spectacle »

Confession d’un taureau

 

Culture

- Cinéma
Entretien avec Nikita Mikhalkov
Cinéma russe

- Beaux-arts
Le nouveau musée de l’Acropole
Bizarre

- Essai
Pathologie masturbatoire
La Chine au cœur

- Hommage
François Sentein, le clandestin capital

- Critique
Le livre de la sagesse
Typocréativité

- La bibliothèque de Paul-Marie Coûteaux

- Exposition
Un hymne à la création
Entretien avec Boris Lejeune

 

24/02/2010

Le mythe Bardot

L'hiver est long et gris, mais il est encore temps d'aller chercher un peu de soleil en allant voir l'exposition consacrée à Brigitte Bardot au musée des années 30, espace Landowski, à Boulogne Billancourt qui a été prolongée jusqu’au 7 mars 2010 (du mardi au dimanche, de 11 heures à 18 heures).

Avant de s'y rendre, la lecture du bel article que Frédéric Falguière avait consacré à cette grande actrice dans la revue Le Spectacle du Monde (octobre 2009) s'impose !

Brigitte Bardot.jpg

Le mythe Bardot

Quand elle rentrait en retard, son père, du balcon de l’appartement de la rue de la Pompe, lui lançait une poignée de monnaie – des francs ! – sur la tête. C’était sa façon à lui, Pilou Bardot, de désapprouver le comportement de Brigitte : à quinze ans, dans les années 1950, une jeune fille de bonne famille devait être à l’heure, porter des chemisiers boutonnés sous le menton, baisser les yeux quand on lui parlait et, assise, serrer les genoux. M. Bardot ne pouvait pas savoir que sa fille, cinq minutes plus tard, ferait rêver le monde entier, qu’elle irriterait le Parti communiste, ferait monter la libido des ouvriers de Billancourt, des bistrotiers de La Napoule, des navigateurs de la Terre de Feu, des bergers de Mongolie et, sûrement, de tous les hommes de France.

Les sixties – dix années ! – furent le siècle de Brigitte Bardot : elle fut plus connue – et plus désirée – que les Beatles et Madonna. Quand elle passait dans la rue, le quartier était bloqué. Quand elle s’allongeait sur une plage de Saint-Tropez, il fallait faire venir SOS Médecins. Quand elle tournait le Mépris, en Italie, chaque rocher, chaque buisson, chaque vaguelette cachait un paparazzi armé d’un zoom aussi gros qu’un canon de 75. Brigitte Bardot a agacé les mères de famille, provoqué l’ire des bien-pensants, chaviré les prudes, chiffonné la notion de péché. Son buste a remplacé celui de Marianne dans les mairies, elle a eu droit à un timbre des PTT (on ne disait pas encore La Poste) et, dans les rues de Rio, combien de gamins ont-ils braillé la chanson de Dario Moreno, Brizitté Bardô, fait chaud ? Oui, il faisait chaud, très chaud. Brigitte Bardot donnait la fièvre aux Cariocas et aux Bantous. B.B. a donné des couleurs à des années en noir et blanc.

Flash-back. Dans la France des fifties, la France de René Coty, la première dame était brave, empâtée, sympathique, plus préoccupée de la durée de cuisson de la blanquette de veau que des figures libres du pole dancing. Les bagnoles étaient uniformément noires, sauf la Dauphine de Renault, violemment sous-vireuse, qui affichait parfois un bleu ciel un peu choquant. Dans les bistrots à nappes à carreaux, les VRP mangeaient des steaks et, à la cantine des collèges, grâce à Mendès-France, les gosses avaient droit à leur verre de lait. La France écoutait Gilbert Bécaud et les Compagnons de la chanson, fumait des gitanes maïs dont l’odeur aurait pu faire fuir un égoutier de retour du boulot, faisait l’éloge du jambon-beurre-cornichon, dissertait sur les éditos de Geneviève Tabouis et rêvait des dernières nouveautés technologiques imaginées par le magazine Science et Vie : la « montre-télévision-téléphone », par exemple, ou la voiture volante (pas de problèmes de parking). Jean Gabin régnait sur le cinéma français en pacha autoritaire aux dents jaunies par les gauloises.

Dans les années 1950, les élèves des classes secondaires allaient à l’école en veston et cravate et, à la récré, se repassaient Paris-Hollywood, une gazette « maudite », où l’on entrapercevait des femmes nues (enfin, presque), coloriées en sépia ou en rose cochonnet. La France sentait le poêle qui tire mal, le parfum Bourjois et la chaussette Stem.

Et Dieu créa Brigitte Bardot.

Une photo fait le tour du monde, en 1956 : celle d’une blonde sublime, allongée sur le sable, les seins dans l’eau, le regard amusé sous un soleil complice. Tout de suite, les hommes s’enflamment. Elle a un sourire prometteur, une bouche faite pour la passion, une poitrine magnifique, des jambes de danseuse et des pieds sublimement cambrés. Selon Roger Vadim – que tout le pays se met à haïr parce qu’il est son mari –, elle bouge la tête « à la façon des chats », « rit souvent, sans timidité et sans agressivité ». Elle n’hésite pas à couper la parole à sa mère –«Maman, tu me barbes ! » – et à couper le souffle à tout mâle digne de ce nom. Les prolos qui ont vécu le Front popu l’adorent, les bidasses qui font leurs classes en Allemagne l’épinglent au-dessus de leur couchette, les étudiants du Quartier latin mêlent son nom aux conversations sur l’Algérie française (ou pas) et les journalistes tartinent des articles insipides pour accompagner des photos qui ne le sont pas.

La Chambre s’alarme. Les députés vont tous voir le film. Leurs dignes épouses sont fâchées. Cette Brigitte Bardot, quelle traînée, quand même ! Mais, en regardant le film, les spectateurs ont la révélation : le paradis existe.

Mauvaise actrice ? On l’a beaucoup dit. Bonne comédienne ? Les bobos branchés des années 2000 l’ont affirmé. Peu importe, en vérité. Brigitte a été bonne et mauvaise, à contre-emploi ou dans son personnage, mutine ou sérieuse, mais, surtout, le cinéma l’a aimée. La caméra l’a caressée. B.B. n’a jamais été faite pour la Comédie-Française. Elle a été faite pour faire rêver les hommes « de 7 à 77 ans », voire jusqu’à 177 ans. Dans les sixties, elle a carbonisé les imaginations. Les adolescents, alors, découpent la photo de B.B. sur la couverture de Cinémonde. Ils ne savent pas encore, mais pressentent que la dame est une dévoreuse d’hommes. Elle aime l’amour, et vice-versa. Elle met à la mode les ballerines, les shorts, les robes en vichy, les coiffures choucroutées et les promenades en Vespa. Elle a les dents du bonheur, et un corps d’enfer. Même Simone de Beauvoir, un tantinet jalouse, s’en mêle : « Quand on la voit danser, même un saint serait tenté », dit-elle. Tenté de quoi ? Simone elle-même se laisse tenter par un bel amant américain. Mais ce que personne ne sait, c’est que Bardot est une éternelle insatisfaite. Les belles femmes ont des vies sentimentales compliquées, c’est une règle absolue : Brigitte quitte Vadim pour Trintignant (qu’elle trouve moche), puis séduit Gilbert Bécaud, tombe dans les bras de Sami Frey, rencontre Jacques Charrier… Elle n’a pas mauvais goût.

B.B. a passé son enfance dans les beaux quartiers, ceux où le déjeuner familial est de rigueur le dimanche, où les hommes portent des costumes trois-pièces et circulent en Frégate, nouvelle voiture de luxe de la régie Renault. La petite Brigitte, dès ses premiers pas, est expédiée au cours de catéchisme et aux leçons de danse d’une ballerine russe. Son père est à la tête d’une entreprise d’oxygène, ce qui tombe bien. Brigitte en manque. Elle étouffe, rue de la Pompe, où elle ne croise que des nounous en uniforme, des dadames revêches et des messieurs portant pochette. Elle s’ennuie. Dieu qu’elle s’ennuie ! Comme tous les gamins de son époque ! L’apparition d’Elvis Presley a bien déclenché quelque chose, et les 45 tours s’échangent de main en main. On écoute aussi les Platters sur les tourne-disques Teppaz, ainsi qu’Eddie Cochrane et Gene Vincent, mais en sourdine, pour ne pas déclencher l’ire des parents. Le monde, alors, est divisé en deux : celui des enfants, et celui des adultes. Les ados n’ont pas encore été inventés.

Evidemment, quand Brigitte Bardot rencontre Roger Plemiannikov, beau garçon amusant qui a adopté son deuxième prénom, Vadim, comme identité, elle pressent tout d’un coup qu’un autre destin l’attend. Elle a quinze ans, il en a vingt-trois. Il est fauché, il voudrait être journaliste, il aime les dames. Son oncle, Marc Allégret, cinéaste (Lac aux dames, Zouzou), qui a été l’ami d’André Gide, lui ouvre toutes les portes : le cinéma est un piège à filles merveilleux. Tandis que Vadim se demande comment passer de la position verticale à la position horizontale, Brigitte est plus que jamais surveillée par ses parents. Si jamais elle devient la maîtresse de ce gandin… « Je le tue ! », annonce papa Bardot. Effrayée, la coupable court vers sa maman en lui disant : « Papa veut le tuer ! » La mère prend les choses avec flegme : « Si tu deviens sa maîtresse », précise-t-elle en remontant une maille sur le tricot qu’elle confectionne. Et elle demande : « Tu ne l’es pas, Brigitte ? – Oh, maman ! » Rassurée, Mme Bardot se remet à tricoter de plus belle et, posément, annonce : « Parce que si tu l’es, je le tue aussi ! »

Mais peu importe. Brigitte prend les devants. Elle embrasse Vadim sur le palier et, dès lors, les choses suivent leur pente naturelle. Le pot aux roses, bien vite, est découvert. Le fabricant d’oxygène interdit à sa fille de revoir le suborneur. Brigitte ouvre le gaz. Pour éviter l’issue fatale, Pilou Bardot consent au mariage. Le scénario, dès lors, est écrit : amour, tragédie, séparation, menace de suicide. B.B. aime, puis casse, puis sombre, puis émerge, puis aime. Les épisodes « Valium-love » vont se succéder, la vie de Brigitte Bardot est une série de montagnes russes. Elle n’aime pas être seule, mais elle déteste être avec un seul homme.

Quant au cinéma, c’est simple : la caméra adore la jeune fille. Dès son premier (petit) rôle dans le Trou normand (1952), gentille pochade avec Bourvil, les choses démarrent. On la sollicite de partout. La presse à sensation (qu’on a rebaptisée « people » aujourd’hui) constate qu’elle est l’égale de Marilyn Monroe, en plus piquant. Et la ronde recommence : elle a une aventure avec Trintignant, il s’en va, elle prend des somnifères. Elle est consolée par Gilbert Bécaud, il la quitte, elle se gave de pilules. Elle tombe dans les bras de Raf Vallone, il s’éloigne, elle déprime. Réduite à un fantôme, Brigitte Bardot cherche un coin pour se cacher. Elle charge sa mère de lui trouver une maison en bord de mer. Maman Bardot déniche une vieille ferme dans un coin perdu, la Madrague, à Saint-Tropez. Las ! En guise de calme et de quiétude, c’est la folie. Le coin perdu devient un village à la mode. Pis : Cannes, avec son festival, est juste à côté. En mai, elle fait une apparition sur la Croisette : c’est un tsunami. Les Italiennes lui crient : « Putana ! », et Brigitte, elle, fait part de son admiration pour… Charles de Gaulle. De plus, elle devient une idole féministe : Marguerite Duras écrit un article intitulé « La reine Bardot ».

Il est temps, pour Brigitte, d’essayer la vie rangée : elle épouse Jacques Charrier (qui, aujourd’hui, fait de la peinture qu’on expose au musée de l’Erotisme, à Pigalle), apprend à repasser, à coudre, et, comme jadis Mme Coty, surveille la blanquette de veau. Mais cette vie, évidemment, ne lui convient guère. Elle accouche d’un enfant. Elle est malheureuse. Elle tente de se suicider, comme d’habitude. D’autres hommes suivront : Bob Zagury, un play-boy ; Gunther Sachs, un millionnaire ; Serge Gainsbourg, le bad boy ; Olivier Despax, star des sixties ; Patrick Gilles, le plus jeune… Il y aura des cinéastes, des pilotes de course, des chanteurs, des barmen, des journalistes. Les films s’enchaînent, l’époque évolue. Les minijupes, les mini-Morris, les maxi-manteaux révolutionnent la mode. Des filles comme Jane Birkin ou Twiggy imposent le « look » garçonnet. En mai 1968, Brigitte Bardot, c’est déjà une antiquité. Les années ont passé si vite… Cinq ans plus tard, après Colinot Trousse-Chemise, Brigitte Bardot met un point final à sa carrière. Elle a trente-huit ans.

Désormais, fini le cinéma, fini les hommes (ou presque). Elle embrasse avec passion la défense de la cause animale. La fille qui a dynamité la France du pot-au-feu a, alors, tourné la page, une fois pour toute.

Frédéric Falguière (Le Spectacle du Monde, octobre 2009)