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Métapo infos - Page 82

  • Les modifications de frontières par la force : une question de morale ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Pierre de Lauzun cueilli sur Geopragma et consacré au "principe" de l'intangibilité des frontières. Membre fondateur de Geopragma, Pierre de Lauzun a fait carrière dans la banque et la finance.

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    Les modifications de frontières par la force: une question de morale ?

    Un des enjeux de la guerre russo-ukrainienne est évidemment la question des frontières. Au lendemain de l’offensive russe en Ukraine, le Conseil européen a d’ailleurs fait part de son indignation :  « l’usage de la force pour changer les frontières n’a pas sa place au XXIe siècle ». Que peut-on en penser ?

    Nous passerons sur le progressisme naïf à la base de cette formulation, laissant entendre que l’humanité irait sans cesse vers un plus haut niveau d’exigence morale et un comportement plus vertueux ou plus humain. On pouvait peut-être raconter cela en 1890. Mais les innombrables barbaries du siècle qui a suivi devraient semble-t-il avoir balayé une telle naïveté.

    En revanche, il peut être légitime de vouloir poser le principe d’un respect des frontières existantes, qui ne seraient pas modifiables sauf accord mutuel, et cela au nom de la paix. Changer les frontières est en effet une des motivations les plus fortes des guerres, et en amont, des conflits au sens large. Cela dit, l’exemple même de la guerre russo-ukrainienne montre que même sur cette base, on ne ferait nullement disparaître la possibilité de guerres. En l’espèce, au départ, la Russie a mis en avant des motivations d’un autre type pour son invasion : la menace pour sa sécurité que représenterait le passage de l’Ukraine dans le camp occidental, le caractère supposé "nazi" du régime de Kiev, ou le traitement des russophones. Elle ne parlait pas d’annexion avant, et cela n’est venu qu’après.

    Mais il reste que poser le principe de l’inviolabilité des frontières fait peser sur l’agresseur la menace d’une réprobation large et d’un statut juridique flou et désavantageux. Cela joue donc sans doute un rôle utile, y compris dans des zones comme l’Afrique où la plupart des frontières sont très artificielles.

    Cela dit, l’examen des précédents depuis 1945 montre que même s’il a servi de règle de base, le principe a connu une existence souvent chaotique. On a pu régulièrement s’assoir dessus, et même justifier son exact contraire, parfois par de grands arguments moralisants.

    La dissolution des empires

    Le changement de souveraineté le plus massif et le plus évident a été l’explosion des empires coloniaux, qui étaient après tout des réalités juridiques reconnues (avec parfois intégration dans la métropole comme en Algérie), et leurs frontières aussi. Dans ce processus, la violence a souvent joué un rôle important, parfois décisif, au moins comme menace contre le colonisateur (guerres dites de libération).

    On a alors tenté de maintenir le principe du respect des frontières héritées de la dislocation de ces empires, et cela a en général plutôt fonctionné jusqu’ici, même si elles étaient et restent artificielles. Cela dit, la violence est régulièrement intervenue ici ou là pour les redéfinir : pour imposer une partition (Empire des Indes, puis Pakistan et Bengladesh, Soudan), ou au contraire pour l’empêcher (réunification du Vietnam), ou encore pour annexer un territoire (Rio de Oro, Nouvelle-Guinée occidentale). En Somalie, successivement on a rassemblé deux colonies, puis elles se sont séparées.

    Dans un autre cas, celui des empires communistes, soviétique et yougoslave, le principe n’a pas empêché la terrible guerre qui a déchiré une Bosnie Herzégovine artificielle, avec son issue bancale. Et surtout on a joyeusement promu l’indépendance du Kosovo, pourtant partie intégrante de la Serbie. Certes, en ex-URSS, la reprise des frontières intra-soviétiques s’était faite dans l’ensemble sans guerre. Mais c’était sur des bases assez friables, notamment au vu des importantes minorités notamment russophones, comme la guerre en cours le rappelle (après le précédent en Ossétie et Abkhazie).

    Un principe qui reste imparfait

    Par ailleurs la mise en œuvre du principe peut aboutir à des résultats embarrassants. Prenons le cas de Taiwan, reconnue comme partie intégrante de la Chine par la plupart des Etats. Le respect des frontières reconnues, compris littéralement, va ici manifestement dans le sens de Pékin. Ce qui choque. Et donc on cherche à moduler le principe. Mais on ne peut prendre une position contraire que de deux manières, qui posent toutes deux problème.

    Soit en considérant qu’une frontière même contestable au départ devient légitime avec le temps, ce qu’en pratique on fait assez largement, et c’est après tout en général prudent. Mais aller dans ce sens donne une prime à la modification de fait d’une frontière, si celui qui l’opère arrive à la tenir assez longtemps : d’où naguère le nettoyage ethnique dans le nord de Chypre. Sauf obstacle militaire, le Venezuela pourra dès lors s’emparer de l’Essequibo et le peupler de Vénézuéliens : à la longue, cela passera.

    Soit en se calant sur des procédures d’autodétermination ; et de fait il y aurait bien des motifs pour modifier des frontières qui ici ou là sont contraires à la réalité des populations. Mais si on retient ce critère, on risque justement de conduire à des remises en causes nombreuses des frontières existantes par toutes sortes de séparatistes, ou d’intervenant extérieur, du plus souple au plus violent.

    Ceci met en lumière une autre limite du principe, qui est qu’en un sens il repose, dans une majorité de cas, sur une tautologie : si en effet on est d’accord sur l’endroit où se situe la frontière, de façon générale elle n’est pas remise en cause, et le principe n’apporte rien. Il ne sert finalement que pour tenter de geler les situations contestées, mais existant de fait. Or en soi il n’y a pas de raison de choisir toujours le statu quo, et moralement cela peut même être choquant. En outre, par un paradoxe apparent, la fétichisation des frontières peut parfois conduire à ce que soient menées des opérations révoltantes afin d’aligner les populations sur les frontières, comme les épurations ethniques à Chypre, en Yougoslavie, et encore récemment au Haut Karabakh.

    Que dire enfin des frontières maritimes, là où il n’y a pas de critère de population et où les droits historiques sont bien plus flous ? Où est la juste frontière en Mer de Chine méridionale, que la Chine occupe pour l’essentiel à l’indignation des autres riverains ? Et que vaudront les autres droits historiques, actuellement respectés, lorsque les enjeux deviendront réellement importants, soit en termes de sécurité ou de contrôle des routes maritimes, soit au vu des richesses sous-marines ?  La France a peut-être ici quelques soucis à se faire…

    En conclusion, ce "principe" a rendu de réels services ici ou là. C’est un moyen de calmer le jeu. Comme on l’a dit, ce n’est pas à mépriser. Mais à condition de ne pas le voir comme le grand principe moral qu’on tend à en faire ; c’est simplement une règle pratique, pragmatique, permettant de maintenir la paix dans bien des cas. Ni plus, ni moins.

    Pierre de Lauzun (Geopragma , 1er juillet 2024)

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  • Jeanpierre, un soldat de légende...

     « Soleil est mort »

    Les éditions Memorabilia viennent de rééditer Jeanpierre, un soldat de légende, la biographie que Raymond Muelle a consacrée à la figure exceptionnelle du lieutenant-colonel Jeanpierre, chef du 1er REP, mort au combat en Algérie en 1958.

    Ancien officier, Raymond Muelle a un parcours militaire exceptionnel : campagne de France et d'Allemagne avec le bataillon de choc, guerre d'Indochine avec le 2e BEP et guerre d'Algérie avec le 11e Choc et le service Action du SDECE. Exclu de l'armée en raison de sa proximité avec l'OAS, il a poursuivi une carrière d'écrivain et a écrit de nombreux ouvrages sur ces périodes dont l'excellent Sept ans de guerre en France (Presses de la Cité, 1994).

     

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    " Archétype de l’homme de guerre et du chef prestigieux, le lieutenant-colonel Jeanpierre, figure héroïque de la Légion étrangère, a sa place dans le panthéon glorieux constitué par ceux dont la vie et la mort exemplaires servent à bâtir des légendes. C’est à l’âge de 18 ans, en 1930, qu’il s’engage comme simple soldat dans un régiment d’infanterie, pour être nommé sous-lieutenant six ans plus tard. À sa sortie de l’école de Saint-Maixent, un classement brillant lui permet de choisir la Légion étrangère. Il lui restera fidèle. Après le rude apprentissage chez les « képis blancs », en Algérie et au Maroc, il est promu lieutenant. En 1941, il combat en Syrie où il est cité pour son sens du combat, son courage physique et ses capacités d’entraîneur d’hommes. De retour en métropole, il intègre aussitôt la Résistance.

    En 1944, il est arrêté puis déporté. Dès 1946, il retrouve la Légion où ses supérieurs le considèrent comme un sujet d’avenir. La création de la Légion parachutiste destinée aux opérations d’Indochine, pour laquelle il est aussitôt volontaire, lui fait entrevoir de nouveaux horizons. Il sera l’un des rares rescapés du sacrifice du 1er BEP sur la RC4. Dès 1955, il donnera toute sa mesure à la tête du 1er REP, dans la diversité féroce des combats d’Algérie. Il tombera le 29 mai 1958 dans la région de Guelma. Blessé deux fois, titulaire de neuf citations dont six à l’ordre de l’armée, il était grand officier de la Légion d’honneur. "

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  • La France face à la montée de la violence et de la criminalité organisée...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Xavier Raufer à Merwan Mihoubi pour Omerta dans lequel il évoque les grands phénomène criminels auxquels la France est confrontée ainsi que la faiblesse de la réponse de l'Etat...

    Criminologue et auteurs de nombreux essais, Xavier Raufer a publié ces dernières années Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014), Le crime mondialisé (Cerf, 2019) et, tout récemment, Jeffrey Epstein - L'âme damnée de la IIIe culture (Cerf, 2023).

     

                                             

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  • La crise est dans l'homme...

    Les éditions de Flore viennent de rééditer La crise est dans l'homme, un essai de Thierry Maulnier, avec une préface de Nicolas Kessler. Il est précédé par un texte de l'auteur intitulé Grandeur de la monarchie.

    Normalien, proche de l'Action française et des non-conformistes de droite dans les années 30, Thierry Maulnier (1909-1988) a été critique littéraire, homme de théâtre, moraliste et journaliste. Polémiste redoutable, il s'est illustré après la guerre dans le combat intellectuel contre le communisme et contre Jean-Paul Sartre.

     

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    " Archétype de l’intellectuel de droite, futur académicien, Thierry Maulnier (1909- 1988) n’a que vingt-trois ans lorsqu’il publie, en 1932, La Crise est dans l’Homme ; à travers un exercice brillantissime de critique littéraire consacrée aux grands ouvrages publiés à l’époque, le jeune normalien livre les premiers éléments d’une philosophie marquée par la pensée maurrassienne, le goût de la liberté et la tradition classique. Il y affirme par exemple que « La théorie démocratique, en élevant à l’absolu l’individu supposé libre, ne lui a pas fait un beau sort. Elle l’a séparé de ses appuis éternels et de ses nourritures essentielles, elle a fait des hommes solidement unis et organisés de l’ancienne société une poussière de volontés solitaires et désemparées, une armée de fantômes prête pour toutes les oppressions. »

    Cet essai fondateur est précédé par Grandeur de la Monarchie, paru en 1936, où il décrit cette dernière comme le plus sûr moyen de concilier l’autorité et la liberté. "

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  • Tour d'horizon... (266)

    ernst jünger,heidegger,révolution conservatrice,sylvain tardif

     

    Au sommaire cette semaine :

    - sur Sub-Til, un long documentaire consacré à Ernst Jünger...

    Ernst Jünger 4.jpg

    - sur le site de l'Université de Montréal, un mémoire de philosophie politique de Sylvain Tardif consacré  aux liens de la pensée politique de Heidegger avec la Révolution conservatrice...

    La Révolution conservatrice allemande et son impact sur la pensée politique de Heidegger

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  • Feu sur la désinformation... (473) : Tous les médias contre Bardella ?

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés consacrée au décryptage des médias et animée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, et Lucas Chancerelle.

     

                                          

    Au sommaire cette semaine :

    L'image de la semaine :  la manipulation autour d’un extrait trompeur tiré d’une conférence de Jordan Bardella devant les journalistes.

    Dossier du jour :   l’offensive médiatique contre le RN qui se poursuit et le premier débat des élections législatives sur TF1.

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    Pastilles de l’info :

    1) L’affaire Divine et la propagande d’Envoyé Spécial
    2) La bataille d’influence politique des grands patrons de presse
    3) Julian Assange libéré : le deux poids deux mesures ?
    4) Joseph Martin réhabilité après les calomnies de Libération
    5) L’Arcom met en garde Sud Radio pour des propos climatosceptiques

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    Portrait piquant (en partenariat avec l’OJIM) : Marine Baousson, une figure médiatique de la propagande LGBT et de la promotion de la laideur.

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