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terrorisme - Page 31

  • Obama, le Pakistan, Ben Laden : des manoeuvres tortueuses...

    Nous reproduisons ci-dessous une analyse de Jean-Paul Baquiast, publiée sur son site Europe solidaire, à propos de l'opération "Ben Laden" et de ses développements stratégico-médiatiques.

     

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    Obama, le Pakistan, Ben Laden

    Des nuages de fumées de plus en plus opaques continuent à être émis par les Etats-Unis pour camoufler aux yeux du monde les manoeuvres tortueuses impliquant les relations entre l'administration fédérale, le lobby militaro-industriel, le Pakistan, nombre d'autres protagonistes moins importants et dont l'affaire Ben Laden représente la partie émergée.

    Nous avons dans un article précédent parlé d'enfumage, principalement dirigé contre ceux qui dans le monde entier ont le tort de chercher à comprendre le dessous des cartes. L'enfumage continue plus que jamais mais on peut regretter que Barack Obama, présenté à l'intérieur et à l'extérieur comme un parangon de bonne foi, en soit l'instrument sinon l'instigateur principal.

    Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les éditorialistes non alignés de la presse américaine pour se rendre compte que plus personne sauf les naïfs invétérés ne croit en Amérique au récit héroïque présenté par Obama lui-même en annonçant le coup de mains ayant permis de supprimer Ben Laden. Existait-il encore un personnage de ce nom doté du curriculum vitae que le renseignement américain lui avait inventé. Dans l'affirmative, à supposer qu'un Ben Laden très diminué ait survécu en se cachant à Abbottabad, près d'Islamabad, comment croire que tant le Pakistan que l'Amérique aient pu l'ignorer jusqu'à ces derniers jours. Mais s'ils ne l'ignoraient pas, pourquoi faisaient-ils comme s'ils l'ignoraient et pourquoi, subitement, manifestement de connivence, l'ont-ils fait disparaître un beau jour.

    L'hypothèse la plus répandue, dans les médias américains non conformistes, est que le Pentagone, la CIA et Obama, les trois grands protagonistes de cette aventure, ont eu besoin du « mythe Ben Laden » pour justifier ces dernières années, non seulement une mobilisation permanente de type sécuritaire qualifiée de « global war on terror » mais l'occupation de l'Afghanistan. Il s'est cependant trouvé que le coût de la guerre, comme ses résultats de plus en plus désastreux, obligent Obama à précipiter le retrait. Mais devant l'hostilité de la CIA représentée par son omniprésent directeur Léon Panetta, comme plus généralement de celle du lobby militaire représenté par le Pentagone, qui n'auraient pas accepté un départ pur et simple, le trio a été obligé d'inventer un éclatant fait d'armes qui rendra dans les semaines à venir ce retrait beaucoup plus acceptable. L'économie budgétaire en résultant, comme sa nouvelle aura de chef de guerre, permettra ainsi à Barack Obama d'aborder se réélection dans de bien meilleurs conditions qu'auparavant. Il saura en compensation mettre un frein aux propositions de réduction du budget militaire qui continuent à circuler dans certains cercles démocrates. 

    Il semble que Panetta ait été convaincu d'accepter ce deal. En tant que sympathisant démocrate, il devrait en principe « rouler pour Obama », que ce soit aujourd'hui ou demain. Mais la CIA se garde des biscuits si l'on peut dire. Elle vient d'annoncer que Ben Laden, loin d'être un grand malade inoffensif comme le prétendaient les conspirationnistes, préparait de nouveaux attentats sur le sol américain. La CIA dispose surtout de l' « immense » réserve des documents saisis sur les ordinateurs et disques durs de Ben Laden, qu'elle sera la seule à déchiffrer. Elle pourra donc annoncer au monde exactement ce qu'elle voudra pour justifier les politiques futures du Pentagone – Pentagone dont assez normalement Panetta devrait prendre la tête en remplacement de Robert Gates apparemment disqualifié. Il s'ensuit que la liberté d'action future de Barack Obama sera nécessairement très contrainte par les révélations que les militaires et les gens du renseignement jugeront bon de faire (nous allions dire d'inventer) à partir de tous les documents qu'ils analyseront.


    Quant au Pakistan, bien malin, même à Washington, qui pourrait dire ce qu'il veut vraiment, compte tenu des diverses factions qui se disputent le gouvernement, dont l'ISI et l'armée ne sont pas les moindres. On peut penser que ces dernières années, il avait intérêt lui-aussi à encourager le mythe Ben Laden, peut-être en accord secret avec la CIA. Il ne pouvait pas cependant laisser supposer qu'en fonction de cet accord il protégeait directement ledit Ben Laden, aux yeux par exemple de l'Inde.

    Mais aujourd'hui, plus que les survivances d'El Qaida, aujourd'hui, ce sont les Talibans qui importent aux yeux du Pakistan. Il semble que le départ américain étant désormais programmé, il lui est devenu impératif de s'entendre avec eux pour que l'Afghanistan à ses frontières occidentales continue à lui assurer un potentiel back-up à l'égard de l'Inde. Or Ben Laden n'était en rien apprécié par les Talibans, qui y voyaient plutôt semble-t-il une émanation de l'Arabie saoudite.


    Certes, orchestrée par la classe politique unanime - et pas seulement par l'opposition -, la colère monte au Pakistan. Elle éclabousse à la fois les responsables du gouvernement civil et le tout puissant appareil militaire. On leur reproche indifféremment leur dissimulation ou leur aveuglement. Mais on peut penser qu'une fois sorti du guêpier que représentait la présence de Ben Laden, ces deux forces dirigeantes s'entendront à nouveau pour continuer à ménager l'Amérique tout en jouant divers double-jeux avec les gouvernements de la région.

    Ce que nous continuons pour notre compte à trouver affligeant, c'est la candeur avec laquelle les Européens admettent le récit héroïque présenté par Obama lui-même, alors que, comme nous l'avons indiqué, un nombre croissant de ses compatriotes refusent dorénavant de le laisser duper.

    Jean-Paul Baquiast (Europe solidaire, 9 mai 2011)

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  • Terrorisme : un concept piégé ?...

    Les éditions èRe viennent de publier Terrorisme - un concept piégé, un essai du philosophe critique Frédéric Neyrat, qui était déjà l'auteur de Biopolitique des catastrophes (MF éditions, 2008).

    Il convient de signaler que les éditions èRe ont publié en 2007 La guerre civile mondiale, un recueil d'articles de Carl Schmitt.

     

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    "Le terrorisme est un concept piégé. Pour le déminer, il faut le saisir comme un acte à prétention souveraine dans un monde globalisé. Les actes « terroristes » révèlent d’abord ce que nous sommes : des sociétés soumises à l’illimitation des pouvoirs souverains de la destruction comme à la prolifération globale des risques qui pèsent sur l’avenir des formes de vie. Mais ils révèlent aussi nos fantasmes, car la fabrique du terrorisme est inséparable de celle d’une sécurisation des existences. Cet essai pose dès lors deux questions : 1. quels vrais dangers nous menacent ? 2. jusqu’où désirons-nous être libres ? Pour y répondre, il faut en passer par l’histoire supposée du terrorisme. En examinant les théories de Chaliand, Baudrillard, Lénine, Schmitt ou Appadurai, Frédéric Neyrat explore les multiples sens que recouvre le terme de terrorisme, ses justifications théoriques comme ses composantes fictionnelles. C’est aussi le moyen pour le philosophe de revisiter certaines figures majeures de l’anarchisme, de la gauche extrême ou de l’activisme insurrectionnel qui, d’Action Directe aux islamistes en passant par la Fraction Armée Rouge et Unabomber, ne peuvent nullement se rabattre sur le portrait-robot du terroriste. Un portrait-robot qui est au cœur des stratégies étatiques actuelles : l’installation d’une police préventive."

     

    Sommaire :

    1. APPROCHES DU TERRORISME
    Menace et crédibilité
    Sécurité et liberté
    2. OPERATIONS DE DEMINAGE
    Constellation signifiante
    Cadre de pensée, piège conceptuel
    Acte, intention et devenir
    « Nombreux sont les Terribles… »
    3. L’ACTE ET L’HISTOIRE
    L’acte et la technique
    Chaliand : le terrorisme comme technique transhistorique
    Baudrillard : le terrorisme comme acte symbolique
    Le terrorisme à l’ère globale
    Théorème de Mr Smith
    4. L’ENIGME ET LA FICTION
    Une triple scène
    Sean : il était une fois
    Fraction Armée Rouge : une zone de souveraineté limitée
    Theodore Kaczynski : de la bombe à l’oreille
    Nihilistes et mécréants
    Anarchismes et destructions
    Avatars du mobile explosif
    La fiction qui vient
    5. ILLIMITE
    5.1 L’ABIME DE LA SOUVERAINETE
    « Lancer la foudre »
    Demande de Terreur
    La justice, la vengeance et la guerre
    De la souveraineté
    Terreur et terrorisme selon Thermidor
    5.2 LENINE : LE TERRORISTE, LE PARTISAN ET LE DICTATEUR
    Le terrorisme, en attendant…
    Terreur de masse, épuration et dictature
    « Dictature souveraine »
    Réaction léniniste : le double héritage de 1789
    5.3 CARL SCHMITT : LE PARTISAN MOTORISE A TRAVERS LE MONDE
    Amis et ennemis
    Le partisan contre l’État
    L’époque de l’illimitation
    Partisan, révolutionnaire et terroriste
    5.4 RADICALITES ISLAMIQUES
    Discours de Base
    Coups de force
    Séparation des pouvoirs : jihad et fitna
    « Post-islamisme » et globalisation
    Politique du partisan islamiste globalisé
    Emballement
    5.5 A L’OMBRE DES MINORITES SEDITIEUSES
    Des majorités incomplètes…
    … aux minorités effrayantes
    Phobie de l’échange
    Brouillage terroriste
    Civilisation des chocs
    Exophobies
    5.6 POLICE SOUVERAINE
    Police préventive
    L’Intention sans les Actes
    Surréaction
    Souveraineté exsangue
    Chronopolitique du désastre
    6. DERNIERES EXTREMITES
    Action Directe
    Errance de la souveraineté
    Banalité de la Terreur
    Sabotage des formes de vie
    Autre-de-l’acte et laisser-être
    Civilisation post-terroriste et liberté

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  • Main basse sur une île...

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    Vendredi 25 mars, la chaîne Arte diffusait Main basse sur une île, un polar d'Antoine Santana, avec François Berléand, basé sur l'affaire de l'assassinant du préfet Erignac, en 1998. Particulièrement réussi, le film amène à réfléchir sur un éventuel dessous des cartes  et sur les véritables bénéficiaires de l'attentat... 

    Le film est visible sur Youtube pendant quelques jours. A ne pas manquer...

     

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  • La forme de la peur...

    Les éditions Métailié viennent de publier La forme de la peur, un polar politique italien signé par Giancarlo De Cataldo et Mimmo Rafaele. Giancarlo De Cataldo est déjà l'auteur de l'excellent Romanzo criminale, dont on a tiré un film et, surtout, une série remarquable, ainsi que de La saison des massacres. Le lecteur bénéficie d'une traduction de qualité réalisée par Serge Quadruppani.

     

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    "Marco Ferri, hooligan devenu policier pour combattre la fureur qui gronde en lui, entre dans l’équipe de Mastino, adepte des solutions expéditives et ultra-violentes, et bientôt responsable d’une unité antiterroriste. Dantini, le mentor bien-aimé de Marco, est assassiné. Tout a été préparé pour que le meurtre soit imputé à Guido, un jeune anarchiste qui doit mourir en même temps que sa cible, mais le garçon survit. Il est pris en charge par Lupo, le chef des Affaires internes, qui pressent derrière le crime la main d’un vieil ennemi, le Commandant. Sous les ordres de celui-ci, Mastino met en scène un énorme attentat islamiste. Entre ces hommes et leurs jeux de pouvoirs circulent Daria, la brillante assistante de Lupo, et Alissa, impitoyable tueuse marquée d’une fêlure d’enfance qui fera tout basculer…
    Corruption généralisée et individus intègres, manipulations géopolitiques et guerres de civilisations : voici, dans une Italie crépusculaire et un Belleville de légende, une plongée dans les coulisses du monde contemporain comme nous y a habitués l’auteur de Romanzo criminale. Où tout l’enjeu sera de donner une forme à cet inégalable outil de gouvernement : la peur."

     

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  • L'affaire Aldo Moro...

    Les jeunes éditions Vendémiaire viennent de publier Une longue saison de douleur et de mort, ouvrage de Philippe Foro consacré à l'affaire Aldo Moro. L'auteur, professeur d'histoire à l'université de Toulouse et spécialiste de l'Italie contemporaine, revient sur l'enlèvement et l'assassinat, en 1978, du président de la Démocratie Chrétienne, trou noir historique dans les très sombres "années de plomb". Au terme de son exposé, l'auteur n'hésite pas à citer parmi les instigateurs probables de ce crime politique le Mossad israélien et la CIA. Passionnant...

     

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    "Sur l'un des scandales politiques les plus retentissants de la fin du XXe siècle, un récit au jour le jour, vif et très informé, nourri par les témoignages des brigadistes, la correspondance de Moro et les notes des différents protagonistes politiques.
    Le 16 mars 1978, via Fani, à Rome, le président de la Démocratie chrétienne Aldo Moro est brutalement enlevé par un commando armé, et les cinq hommes de son escorte tués. Au coeur de ces années de plomb qui voient se succéder en Italie attentats d'extrême droite et d'extrême gauche, dans un climat de désordre et de guerre civile sans précédent, la revendication de cet acte de terrorisme est rapide : il est le fait des brigades rouges, trois hommes et une femme, qui pendant 55 jours retiendront l'homme d'État séquestré dans un appartement du centre ville. L'affaire va bouleverser le pays, et le monde. Aujourd'hui encore, l'historien se trouve confronté, à chaque page de ce volumineux dossier, à d'inquiétantes zones d'ombres. Services secrets de l'Est et de l'Ouest, organisations mafieuses, loges maçonniques, adversaires et compagnons politiques... Au fond, qui avait intérêt à la disparition d'Aldo Moro ?"

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  • Les années de plomb...

    Sorti au cinéma en Italie en 2009, La Prima Linea, film de Renato De Maria, est diffusé en France en DVD par Diaphana. Nous reproduisons ici l'article que la revue Eléments lui a concacré sous la plume de Michel Marmin

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    Les années de plomb

    Les années de plomb sont à la mode. De La bande à Baader d'Uli Edel (2008) à Carlos d'Olivier Assayas (2010), une espèce de nostalgie s'est emparée des cinéastes pour une époque où la révolution paraissait encore possible. Scrupuleusement réalisés et psychologiquement assez fouillés, ces deux films avaient tout de même pour inconvénient majeur d'être pratiquement dépourvus de point de vue politique et moral, et de se borner à la relation, d'ailleurs brillante, des faits. C'est tout autre chose que nous proposait le cinéaste italien Renato De Maria avec La Prima Linea (2009). Le titre est le nom d'un groupuscule italien encore plus radical que les Brigades rouges, qui s'est notamment illustré avec l'assassinat en 1979 d'Emilio Alessandrini, un juge particulièrement respecté, et par une évasion spectaculaire. Aussi animé que la Bande à Baader, mais moins strictement anecdotique, ce film se présente, à travers son principal personnage (auteur de l'autobiographie d'où est tiré le scénario), comme un examen de conscience rétrospectif, et cet examen est sans concession. Ce que montre en effet Renato De Maria dans Prima Linea, c'est l'engrenage qui fait basculer l'engagement «pour l'humanité » dans l'«inhumanité », le franchissement d'une ligne rouge. Il s'agit probablement là du film le plus important qu'ait inspiré le terrorisme européen, car il allie l'intelligence psychologique à une réflexion historique d'une rare rigueur: intériorisant en Quelque sorte l'événement, il met en évidence l'impasse à laquelle conduit la tentation de substituer la «vérité» de l'idéologie à la vérité du réel, sans pour autant contester la beauté tragique qui en résulte. la lucidité rétrospective n'implique pas nécessairement le reniement ; ce serait misérable.

    Michel Marmin (Eléments n°139, octobre-décembre 2010)

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