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Economie

  • Pour une économie viable...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'un jeune économiste allemand, Jurij Kofner, cueilli sur le site d'Euro-Synergies et consacré à la nécessaire remise à plat des principes qui régissent le rôle de l’État dans l'économie...

     

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    Pour une économie viable : ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur

    L’État allemand souffre d’une contradiction singulière: là où il devrait se retenir, il intervient toujours plus profondément. Là où il devrait agir, il se révèle impuissant. Il régule les chauffages, les chaînes d’approvisionnement, les obligations de reporting et les décisions des entreprises, tandis que les dépendances stratégiques s’accroissent dans les domaines de l’énergie, des semi-conducteurs, des infrastructures cloud ou des plateformes numériques.

    Une économie de marché libre n’a besoin ni d’un État transformationnel omniprésent, ni d’un État minimaliste. Elle a besoin d’un État ordonnateur: ordolibéral à l’intérieur, calqué sur les travaux de Friedrich List à l’extérieur.

    La leçon de toute politique visant l'ordre en Allemagne est que la liberté n’est pas seulement menacée par un État tout-puissant, mais aussi par un État faible. Sous la République de Weimar, la capacité de décision de l’État était oblitérée par les partis, les associations et les intérêts particuliers. L’image d’Alexander Rüstow de l’État comme « proie » en saisit l’essence: formellement responsable de tout, mais pratiquement trop faible pour défendre le bien commun face à des intérêts particuliers puissants.

    Carl Schmitt décrivit ce même problème comme une crise de la souveraineté de l’État: l’État pluraliste des partis et des corporatismes perd son unité politique lorsque des intérêts particuliers organisés s’approprient l’État et que ce dernier n’est plus capable de décider par lui-même. Sa formule du souverain en cas d'état d’exception révèle une condition de base de toute efficacité politique.

    L’ordolibéralisme (voir à ce sujet notre numéro 34) en a tiré une conclusion: l’État ne doit pas jouer à l’économie (ni être joué par elle), mais créer de l’ordre. Walter Eucken, Franz Böhm, Alexander Rüstow, Wilhelm Röpke et Ludwig Erhard associaient la propriété privée et l’esprit d’entreprise à un État de droit qui garantit l’accès au marché, combat les cartels et applique des règles égales pour tous. Ce n’est pas moins de marché par un État fort – mais c’est seulement un État ordonnateur fort qui rend la concurrence libre possible.

    Pour l’Allemagne, cela signifie que la propriété, la responsabilité, la liberté contractuelle, la concurrence par la performance et l’accès ouvert au marché doivent redevenir la norme en politique économique. L’État ne doit pas sélectionner les entreprises selon l’opportunité politique. La politique de compétitivité doit être horizontale: énergie bon marché, fiscalité réduite, procédures d’autorisation rapides, marchés financiers fonctionnels, infrastructures performantes et travailleurs qualifiés – techniciens et ingénieurs.

    Cela implique une simplification juridique plutôt qu’un allègement symbolique. Directive sur l’efficacité énergétique, CBAM, taxonomie européenne, RGPD, AI Act et CSRD au niveau européen, ainsi que la loi sur l’efficacité énergétique, la loi sur le devoir de vigilance et la loi sur l’énergie des bâtiments au niveau national, sont des exemples d’une régulation qui est devenue elle-même un désavantage concurrentiel. «One in, two out», les fictions d’autorisation et les révisions automatiques des réglementations au bout de cinq ans maximum seraient des instruments d’ordre cohérents.

    L’ordolibéralisme suppose cependant quelque chose qui n’existe pas sur le marché mondial: une instance supérieure qui édicte et fait appliquer des règles contraignantes. À l’intérieur d’un État, la concurrence fonctionne, parce que les tribunaux, les autorités et le monopole de la force protègent la propriété, les contrats et le droit de la concurrence. L’État peut imposer des règles à chaque acteur du marché en tant qu’arbitre.

    Au niveau mondial, un tel souverain fait défaut – et il n’est pas près de voir le jour. L’économie mondiale n’est pas un marché intérieur, mais un système d’États concurrents aux intérêts et moyens différents pour asseoir leur puissance. Les institutions internationales comme l’OMC peuvent formuler des règles, mais leur application dépend du pouvoir politique et de l’accord des grands acteurs. En cas de crise, ce qui compte, c’est de savoir qui détient effectivement l’énergie, le capital, la technologie, les infrastructures et les capacités de production stratégiques, et qui peut agir avec. Historiquement, le « libre-échange » n’a surtout fonctionné que durant les périodes où un hégémon mondial avait intérêt à un ordre commercial ouvert – notamment sous la Pax Americana jusqu’aux années 2010. Le blocage de l’organe d’appel de l’OMC depuis 2019 montre clairement cette limite: là où il n’existe pas d’autorité supérieure, ce n’est pas la règle mais la puissance qui prévaut en cas de conflit.

    C’est précisément pour cela que l’Allemagne ne doit pas agir à l’extérieur selon les règles énoncées par les doctrines ordolibérales, mais penser de façon listienne. Friedrich List critiquait le libre-échange abstrait de son temps comme irréaliste et soulignait le rôle des forces productives nationales. La puissance économique repose sur l’industrie, la technologie, l’énergie, la recherche et l’infrastructure – et non sur le libre-échange seul. Dans un monde où d’autres États soutiennent stratégiquement leurs entreprises, il faut de la réciprocité, une protection contre le dumping et les transferts de technologie, ainsi qu’une politique industrielle ciblée et limitée dans le temps. À l’intérieur, l’État reste l’arbitre de la concurrence, à l’extérieur il devient un acteur qui défend ses propres bases économiques.

    Une politique listienne commence là où la capacité d’action de l’État dépend de ses propres infrastructures. La souveraineté énergétique signifie s’affranchir du dogme selon lequel une nation industrielle doit importer autant d’énergie que possible au lieu de la produire elle-même. L’Allemagne dispose d’importantes options: la réactivation de huit à onze centrales nucléaires est techniquement possible; les ressources nationales de gaz de schiste exploitables s’élèvent à environ 30.000 TWh – soit plus de 35 années de consommation – et les réserves nationales de lignite à environ 56.000 TWh. Le nucléaire, le gaz de schiste et le charbon doivent donc rester des options stratégiques ouvertes.

    Au XXIe siècle, il en va de même pour le numérique. Quiconque dépend entièrement de fournisseurs américains pour le cloud, les systèmes d’exploitation, les puces, les plateformes et l’IA ne possède pas de souveraineté technologique. Le « kill switch » numérique peut, dans le pire des cas, s'avérer plus sévère que des sanctions classiques. L’Allemagne et l’Europe ont donc besoin de capacités propres en matière de cloud, de calcul, de puces, d’IA et de cybersécurité.

    Il faut y ajouter l’infrastructure physique. Le retard d’investissement s’élève à 231 milliards d’euros; l’IWK et l’IMK estiment les besoins publics d’investissement supplémentaire à près de 600 milliards d’euros sur dix ans. Routes, rails, ports, réseaux numériques et infrastructures énergétiques sont des forces productives au sens de List. Même un gouvernement AfD pourrait, en supprimant les dépenses de transformation d’inspiration gauchiste pour la transition énergétique, le lobbying climatique, les structures d’asile ou les programmes de genre, économiser environ 125 à 140 milliards d’euros. Mais cela ne suffirait pas pour répondre aux besoins d’infrastructure, si bien que des dettes strictement affectées à des investissements productifs supplémentaires sont justifiables sur le plan de toute politique visant la consolidation d'un ordre.

    Jurij Kofner (Euro-Synergies, 28 août 2026)

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  • USA : Le privé a capturé le profit, le public avait pris le risque...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue du site Souveraine Tech consacré à l'interventionnisme économique américain...

     

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    USA : Le privé a capturé le profit, le public avait pris le risque

    Il existe un paradoxe que l'on évite soigneusement dans les débats européens sur la politique industrielle : les États-Unis, apôtres déclarés du capitalisme de marché, pratiquent depuis des décennies l'un des interventionnismes économiques les plus massifs du monde. Sauf qu'ils ne l'appellent pas ainsi. Et l'Europe, fascinée par le discours, a longtemps ignoré la réalité. Mais la leçon américaine que certains nous invitent à tirer de ce constat mérite d'être regardée de plus près. Car elle n'est pas celle que l'on croit.

    Le "hidden developmental state"

    Des chercheurs en économie politique ont forgé un concept pour désigner ce phénomène : le "hidden developmental state", l'État développeur caché. Derrière le discours libéral américain se cache une réalité tout autre, celle d'un État fédéral qui finance, oriente et structure l'innovation technologique à une échelle sans équivalent dans le monde occidental.

    Ce n'est pas une théorie du complot. C'est de l'histoire économique documentée.

    Ce concept est dû à l'économiste et sociologue Fred Block, qui l'a formalisé dans un article fondateur de 2008, "Swimming Against the Current : The Rise of a Hidden Developmental State in the United States" (Politics & Society, vol. 36, n°2). Block y montre que l'État fédéral américain a construit, derrière le paravent de la défense nationale, un appareil d'intervention économique comparable dans ses effets à celui du Japon ou de la Corée du Sud.

    Les acronymes qui ont changé le monde

    Pour comprendre le rôle de l'État américain dans la technologie, il faut connaître quelques institutions clés.

    DARPA, la Defense Advanced Research Projects Agency, a été créée en 1958 après le choc du lancement de Spoutnik. C'est elle qui a financé ARPANET, le réseau qui a donné naissance à Internet. C'est elle qui a développé le GPS. C'est elle qui a financé les premières recherches sur les interfaces tactiles.

    La NASA, au-delà de la conquête spatiale, a structuré des filières industrielles entières : matériaux composites, miniaturisation électronique, logiciels embarqués. Des technologies nées pour envoyer des hommes sur la Lune se retrouvent aujourd'hui dans nos smartphones.

    Les NIH, les Instituts nationaux de la santé, financent l'essentiel de la recherche biomédicale fondamentale américaine. Lorsque Moderna a développé son vaccin à ARN messager contre la Covid-19 en un temps record, c'est sur des décennies de recherche publique qu'elle s'est appuyée. Le privé a capturé le profit ; le public avait pris le risque.

    Le Department of Defense mérite sans doute une mention particulière. Premier acheteur technologique du monde, il entretient avec certaines entreprises des relations qui ressemblent moins à des contrats qu'à des rentes. Palantir en offre l'illustration la plus saisissante : en 2023, plus de 55 % de son chiffre d'affaires provenait de contrats gouvernementaux américains, principalement militaires et de renseignement. La société a décroché en 2022 un contrat de 823 millions de dollars avec l'armée américaine pour son système TITAN de ciblage sur le champ de bataille. Son modèle économique n'est pas celui d'une startup technologique : c'est celui d'un prestataire d'État qui se finance sur fonds publics avant de valoriser ses capacités sur les marchés privés.

    Elon Musk illustre le même paradoxe à plus grande échelle encore. SpaceX a reçu, depuis sa fondation, plus de 15 milliards de dollars de contrats fédéraux, dont une part substantielle de la NASA et du Pentagone. Tesla a bénéficié de milliards en crédits d'impôt fédéraux et subventions d'État. L'entrepreneur qui prétend aujourd'hui défaire l'État fédéral a construit sa fortune sur lui.

    Un modèle national, pas supranational

    Cette réalité a été théorisée de son côté par l'économiste italienne Mariana Mazzucato dans The Entrepreneurial State (Anthem Press, 2013, traduit en français sous le titre L'État entrepreneur, Fayard, 2020). Sa thèse complète celle de Block : l'État américain ne se contente pas de camoufler son interventionnisme, il en est le moteur premier, prenant en charge les risques de l'innovation que le secteur privé refuse d'assumer seul. La différence entre les deux lectures est précise : Block explique pourquoi ce rôle reste invisible ; Mazzucato argumente pourquoi il devrait être revendiqué.

    C'est ici que la leçon américaine devient inconfortable pour ceux qui voudraient l'enrôler un peu trop rapidement au service de l'intégration européenne.

    Le Pentagone est un acheteur national. La DARPA répond à l'intérêt national américain. Le CHIPS Act est une loi du Congrès américain, votée pour protéger la base industrielle américaine, avec des clauses *Buy American* explicites. Ce modèle n'est pas celui d'un marché intégré supranational entre États souverains qui auraient mis en commun leurs instruments : c'est celui d'un État unitaire qui mobilise librement sa puissance budgétaire au service de ses propres priorités stratégiques.

    L'analogie correcte pour la France n'est donc pas "construisons ensemble une DARPA européenne". C'est une question plus simple et plus exigeante : pourquoi la France ne fait-elle pas, seule, ce que les Américains font seuls ?

    La réponse est connue. Pas par manque de volonté exclusive, mais parce que le cadre juridique européen l'en empêche structurellement. L'article 107 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne interdit les aides d'État susceptibles de fausser la concurrence. La directive sur les marchés publics impose l'ouverture à la concurrence européenne, y compris pour des contrats à dimension stratégique. Le règlement sur les concentrations a bloqué la fusion Alstom-Siemens au nom de la concurrence intra-européenne, au moment précis où Pékin consolidait son champion ferroviaire national. Ce sont ces règles qui ont désarmé les États membres, pas leur incapacité à coopérer.

    Le tournant américain de 2022 : une leçon que Bruxelles refuse d'entendre

    Depuis 2022, les États-Unis ont abandonné toute ambiguïté. Le CHIPS Act alloue 52 milliards de dollars en subventions directes pour relocaliser la fabrication de puces sur le sol américain. L'Inflation Reduction Act consacre 369 milliards de dollars à la transition énergétique avec des clauses de préférence nationale explicites. Le projet Stargate engage 500 milliards de dollars dans l'intelligence artificielle avec une implication directe du gouvernement fédéral.

    Ces lois violent frontalement les principes que l'Union européenne impose à ses propres membres. Un État membre de l'UE qui tenterait l'équivalent se verrait immédiatement notifié par la Commission pour aide d'État illégale.

    L'Europe n'est donc pas en retard parce qu'elle n'a pas su se coordonner. Elle est en retard parce qu'elle a volontairement désarmé ses États au nom d'une doctrine concurrentielle qui n'a jamais été partagée par ses principaux compétiteurs.

    Ce que cela exige

    La vraie leçon américaine n'est pas un appel à davantage d'intégration européenne. C'est un rappel de ce que signifie la souveraineté technologique lorsqu'elle est prise au sérieux : la capacité d'un État à orienter ses commandes, à protéger ses filières, à financer ses risques, sans avoir à en demander l'autorisation à une instance supérieure.

    Cette capacité, la France et les autres États membres de l'Union l'ont partiellement cédée. La récupérer ne passe pas par la construction d'une "souveraineté européenne", formule commode qui ne désigne le plus souvent qu'un transfert supplémentaire de compétences vers des institutions qui ont fait de la neutralité concurrentielle leur raison d'être.

    Elle passe par une révision en profondeur du cadre juridique européen : révision du régime des aides d'État pour autoriser explicitement les commandes publiques stratégiques, clause de sauvegarde technologique dans les marchés publics, reconnaissance du concept d'infrastructure critique nationale soustrait aux règles de concurrence ordinaires.

    Ce sont des réformes que des États souverains peuvent exiger. C'est une tout autre ambition que de se lamenter de la fragmentation européenne comme si elle était une fatalité naturelle plutôt que le résultat de choix juridiques erronés et précis, effectués à des moments précis, par des hommes qui croyaient sincèrement, ou prétendaient croire, que le marché suffirait.

    Cela n'a pas suffi, hélas. 

    Souveraine tech (Souveraine tech, 25 juin 2026)

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  • Guerre en Iran : la crise économique qui vient...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par l'économiste Jacques Sapir à Omerta à propos des conséquences économiques de la guerre contre l’Iran.

     

                                            

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  • Innovation et destruction créatrice, l'essence du capitalisme...

    Dans cette nouvelle vidéo, Ego Non nous fait découvrir l’œuvre de l'économiste hétérodoxe austro-hongrois Joseph Schumpeter, qui a identifié le principe de la destruction créatrice comme moteur du capitalisme.

     

                                             

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  • La France au bord de l'abîme...

    Les éditions L'Artilleur viennent de publier un essai de André-Victor Robert intitulé La France au bord de l'abîme. De formation scientifique, André-Victor Robert est économiste.

     

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    " Ce livre décrit l’état de la France à la fin de l’année 2023, en matière économique et démographique. Il appuie le diagnostic non pas sur des impressions d’observation personnelle, mais sur les statistiques issues des instituts officiels et sur les travaux académiques disponibles les plus récents. Les statistiques présentées dans cet ouvrage sont toutes disponibles en ligne, sur les sites Internet de l’Insee, de l’Ined, d’Eurostat, de l’OCDE et des principaux instituts de statistiques des pays européens. Les liens pour y accéder sont tous présentés.
    Pour donner une vraie signification aux chiffres, l’auteur présente par ailleurs les évolutions temporelles des grandeurs considérées et des comparaisons avec les autres pays développés. Le lecteur peut ainsi mieux évaluer la situation particulière de la France.
    Le bilan qui se dégage de cet examen d’ensemble est très sombre et l’urgence de mettre en oeuvre des changements radicaux apparaît dans toute sa crudité. "

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  • Guerre en Ukraine : l'irrésistible basculement du monde...

    Le 31 octobre 2022, Olivier Pichon, avec Pierre Bergerault, recevait sur TV libertés, dans l'émission Politique & Eco, Jacques Sapir, pour évoquer le basculement du monde provoqué par la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales prises contre la Russie.

    Économiste hétérodoxe, directeur d’études à l’EHESS, expert de l’économie russe, Jacques Sapir a publié de nombreux essais comme La fin de l'euro-libéralisme (Seuil, 2006), La démondialisation (Seuil, 2011) ou Souveraineté - Démocratie - Laïcité (Michalon, 2016).

     

                                                

    " Nous assistons, en dépit des apparences, à l’affaiblissement continu des États-Unis et de leurs alliés. Ce processus prend la forme d’une "désoccidentalisation" du monde qui va de pair avec la démondialisation, avec l’émergence des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Mais il faut aussi comparer la part dans le PIB mondial (calculé en parité de pouvoir d’achat) du G-7 et celle des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Aujourd’hui, ce groupe de pays, qui est en passe de s’élargir avec de nouveaux candidats comme l’Algérie, l’Argentine, le Nigeria, le Kenya, l’Indonésie et la Turquie, apparaît comme un bloc refusant les sanctions décidées par les États-Unis et l’UE. Il est donc clair que le processus de démondialisation est aujourd’hui engagé de manière irréversible. Dans ce contexte, quelle est la taille réelle de l’économie de la Russie ? Par la méthode de la parité de pouvoir d’achat, l’économie russe devient alors à peu près équivalente à celle de l’Allemagne. Et compte tenu de la dépendance, que ce soit celle de l’UE ou plus globalement des marchés mondiaux, aux exportations russes, l’impact sur le reste du monde des sanctions sera quant à lui très fort. C’est l’une des formes les plus évidentes de "l’effet boomerang". Enfin, le rouble s’est apprécié d’environ un tiers et les pays des BRICS réfléchissent sur la constitution d’un fonds monétaire qui leur est propre. Le gel des avoirs de la Banque centrale de Russie a eu pour conséquence d’inquiéter les autres membres du FMI qui songent sérieusement à le quitter pour ne pas tomber sous le coup des mêmes mesures : effet boomerang toujours et encore. "

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