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19/07/2017

Aux armes de Bruxelles...

Les éditions Pierre-Guillaume de Roux viennent de rééditer Aux Armes de Bruxelles, une flânerie urbaine de Christopher Gérard. Animateur de la défunte revue d'études polythéiste AnTaios, Christopher Gérard a notamment publié aux éditions L'Age d'Homme un journal spirituel, La source pérenne (2007), plusieurs romans dont Le songe d'Empédocle (2003), Maugis (2007),  Porte Louise (2010) et Vogelsang (2012), et un journal de lecture, Quolibet (2013).

 

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« Aux Armes de Bruxelles n’emprunte pas par hasard son titre à un restaurant célèbre, il regorge lui-même de saveurs. L’auteur se promène dans Bruxelles comme autour de sa chambre. Il entame d’ailleurs son périple en quittant le refuge d’où il peut contempler le parc Tenbosch. Et puis, par cercles concentriques mais qui seraient ceux d’un paradis urbain, il pérégrine parmi ses lieux d’élection, librairies, jardins publics, musées, maisons de thé et autres étapes hospitalières d’une capitale dont il nous confirme qu’elle est imprégnée d’un art de vivre sans équivalent. Auteur de romans érudits et raffinés, il nous donne là un ouvrage qui deviendra un talisman que se recommanderont les Bruxellois de souche et de coeur, et un sésame indispensable à ceux qui se sentent la vocation de les rejoindre. Il faut avoir son couvert à ces Armes de Bruxelles. »

Jacques De Decker, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique

18/07/2017

« Vous n’aurez pas ma haine ! » : réflexion sur un leitmotiv médiatique...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Laurence Maugest, cueilli sur Polémia et consacré au formatage médiatique et social des réactions aux attentats. Diplômée en psychologie sociale, Laurence Maugest a travaillé pendant plus de vingt ans dans des services d'écoute et de soutien destinés à des personnes en difficulté.

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« Vous n’aurez pas ma haine ! »

Nous nous souvenons, après l’attentat du 20 avril dernier où Xavier Jugelé a trouvé la mort, des propos que son compagnon a formulés. Parmi ceux-là, une phrase que nous lisons ou entendons fréquemment dans les médias, dans les fumées acres des bougies, sur les pages FaceBook, en leitmotiv depuis l’épidémie d’attentats : « Vous n’aurez pas ma haine » (1).

Phrases à tiroirs, à tiroirs cachés

« Vous n’aurez pas ma haine », cela signifie que la haine existe mais qu’elle est rétractée, par force, muselée. En effet, ce qui fait « la grandeur » de l’homme n’est pas de contenir ou contourner sa haine mais de la dépasser, de la métamorphoser, de la sublimer, diraient les psychanalystes, en énergie positive, énergie qui est l’expression d’une humanité singulière, élevée et transcendante qui se nourrit de ses affects pour mieux les franchir. C’est, je crois, ce que l’on appelle la civilisation.

Imposer la forme de son deuil à l’homme, c’est chercher à le formater

Nous pouvons redouter que cette retenue requise par les mises en scène médiatisées ne soit aussi superficielle que des images télévisées fugitives. En effet, ces commémorations peuvent-elles être assimilées à des rituels qui seraient d’ordre ethnologique alors qu’elles sont fortement incitées par les médias ? Leur forme, qui se développe à chaque attentat, à l’identique, indique une certaine « modélisation » et cela dans tous les pays occidentaux. Cette « modélisation » du travail de deuil est le signe que la globalisation, via les médias, influence ce qu’il y a de plus intime chez l’individu comme dans une société donnée.

Nous pourrions en rester là et constater simplement qu’il est, en définitive, assez normal que les médias, qui ont une place de plus en plus considérable au sein des groupes humains, interviennent dans l’expression de ces rituels collectifs et individuels comme le rappelle cette phrase qui est devenue un hymne : « Vous n’aurez pas ma haine ».

Nous espérons, évidemment, que ces comportements psychopompes puissent aider, un temps, les victimes directement concernées ainsi que les habitants des pays ciblés.

Mais, néanmoins, nous pouvons réfléchir sur l’effet de ces « modélisations » qui imposent, de l’extérieur, une forme au processus de deuil et une attitude retenue de la colère. Ne perturbent-elles pas ainsi le travail de deuil naturel et singulier à chaque individu, à chaque société ? Le deuil comme l’amour, les naissances, les traumatismes et les joies d’importance construisent et révèlent la profondeur et l’énergie particulières à chaque homme. L’application d’un « formatage » dans ces rouages les plus intimes ne risque-t-elle pas de nuire à l’élévation et à l’évolution de l’humanité à titre individuel et collectif ?

Ce « formatage » qui bride la colère ne perturbe-t-il pas le travail de deuil qui, selon Freud, après le déni, se poursuit par une période de rébellion et de haine inévitable qui permet le dépassement de la perte douloureuse ?

De surcroît, ces manifestations et hymnes répétitifs et médiatisés ne sont en rien des incantations destinées à des forces surnaturelles, incernables. Si elles gardent des allures religieuses, dues sans doute à quelques « vertus chrétiennes devenues folles », elles ne portent pas de dimensions spirituelles, ontologiques réelles.

En effet, elles sont essentiellement destinées à éviter « les amalgames ». Tout au moins officiellement, elles s’adressent à la cité et non pas au Divin.

Le deuil et, avec lui, ce qu’il porte d’amour, de haine et de questions existentielles révèle aussi ce qu’il y a de plus bas et de plus élevé en l’homme. Ce sont ces sphères sacrées qui sont peu à peu façonnées par la puissance médiatique internationale.

Il ne s’agit pas, évidemment, de faire l’apologie de la haine mais de reconnaître, encore une fois, son rôle essentiel dans l’élévation et la singularisation des individus et des sociétés qui doivent la dépasser comme en témoignent la littérature, des tragédies grecques au théâtre de boulevard.

Mais qui donc va la recevoir cette haine ?

Contenir la haine semble un vœu bien dangereux. Elle risque de se scléroser et d’exploser plus fort, plus tard. Elle peut aussi se détourner vers les individus qui « ne jouent pas le jeu », n’acceptent pas le silence des affects et expriment une réalité crue qui met à mal la rétention de la colère imposée par les médias et « l’air du temps ».

Il est classique d’avoir du ressentiment pour une personne qui nous annonce une très mauvaise nouvelle, les professionnels de santé connaissent bien ces réactions épidermiques.

Parmi les « cons » épinglés sur le fameux Mur se trouvait un rebelle qui n’a pas souhaité « allumer de bougies » pour éviter tout amalgame. En effet, le père d’une jeune fille assassinée lâchement fut placardé sur ce mur, à côté d’Eric Zemmour et d’Alain Bauer, eux-mêmes mouchetés pour leur acharnement à identifier les causes réelles des attentats.

Désormais, ceux qui dénoncent les raisons de ces attaques meurtrières font l’objet paradoxal de cette haine qui reste entière. L’acharnement médiatique contre le Front national qui tourne à la caricature et contre Robert Ménard qui ne fait que dire courageusement la vérité en témoigne. Tous ces exemples confirment que la classe médiatique casse le thermomètre pour éviter de constater la fièvre.

Plus dangereusement encore, ce passage de la « ritualisation » au « formatage » du deuil prouve la puissance de l’endoctrinement par les médias sur les individus qui va jusqu’à manipuler ceux qui sont touchés dans leur chair.

Existe-t-il un trans-sentimentalisme ?

Cette manipulation est, en définitive, effrayante, surtout si on la rapproche des recherches en cours sur le trans-humanisme au budget colossal. Elle vise à contrôler les réactions affectives des foules et se destine à asservir ce qu’il y a de plus libre et de moins prévisible chez l’homme : sa sensibilité au monde – sensibilité, qui est le tremplin du développement spirituel et de l’évolution de l’humanité qui tend vers la recherche du « sens » de la présence de l’homme sur Terre. Une telle recherche, le mythe du Progrès l’a proscrite en revendiquant sa connaissance de l’avenir : forcément meilleur que le passé, et en limitant l’évolution de l’humanité aux simples domaines techniques donc strictement humains, bien loin de tout sens métaphysique.

Nous entendons parler au quotidien de l’intelligence artificielle qui émerge des couveuses de la Silicon Valley. Au grand jour, domestiquée dans les arènes de nos cités, façonnée par les tapages médiatiques, la sensibilité artificielle est en train d’être imposée par ceux qui savent que l’homme augmenté dans ses aptitudes intellectuelles et sensorielles doit être impérativement un « sous-doué » de la sensibilité au monde. En effet, il doit perdre sa lecture personnelle qu’il a de l’univers et de sa raison d’être mais aussi sa lecture culturelle – par le déracinement des peuples et le multiculturalisme – pour répondre aux exigences de la consommation globalisée du mondialisme.

Laurence Maugest (Polémia, 27 juin 2017)

Note :

(1) http://www.liberation.fr/video/2017/04/25/le-conjoint-de-...

http://www.huffingtonpost.fr/2015/11/16/vous-naurez-pas-m...

17/07/2017

Tuer et mourir pour Dieu...

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Le quatorzième numéro hors-série de La Nouvelle Revue d'Histoire est en kiosque. Il est consacré aux guerres de Religion.

Au sommaire de ce numéro :

Tuer et mourir au nom de Dieu par Philippe Conrad

La France du "temps des troubles". Chronologie

Charles Quint face à la dissidence protestante par Flore Gallois

Les anabaptistes de Münster

Prophétisme et révolte paysanne en Souabe (1524 - 1525)

Les origines du conflit dans le royaume de France par Philippe Conrad

1561. Le colloque de Poissy par Martin Benoist

Un royaume dans le chaos des guerres civiles par Jean Kappel

Le siège de Rouen par Emma Demeester

La surprise de Meaux par Philippe Fraimbois

La disgrâce de Michel de L'Hospital par Philippe Parroy

Le massacre de la Saint-Barthélemy par Philippe Conrad

Le vandalisme huguenot par Evelyne Navarre

La marche vers le trône d'Henri de Navarre  par François Forestier

Le meurtre du duc de Guise par Constance de Roscouré

L'assassinat d'Henri III venge la mort d'Henri de Guise par François de Rouvre

L’édit de Nantes rétablit la paix religieuse par Emma Demeester

La Rochelle résiste à Richelieu par Philippe Fraimbois

Cromwell écrase l'Irlande catholique par Evelyne Navarre

La révocation de l'édit de Nantes par Philippe Parroy

Le Midi protestant résiste : la guerre des camisards par Philippe Parroy

Louis XVI et les Juifs par Philippe Conrad

L'Islam et la guerre par Jacques Berrel

 

16/07/2017

Feu sur la désinformation... (146)

Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Hervé.

Au sommaire :

  • 1 : Climat et terrorisme : Macron en surchauffe. Et Hambourg explose lors du sommet du G20.
    Les altermondialistes saccagent la ville et blessent 500 policiers. De son côté, Emmanuel Macron lie le terrorisme au réchauffement climatique, le tout sous le regard béat de la presse française.
  • 2 : Le Zapping d’I-Média
    Coup de gueule de Denis Demonpion (L’Obs) sur LCI contre Emmanuel Macron. Le président de la république se démène pour obtenir les Jeux Olympiques qui coûteront une véritable fortune. « Les images sont belles, mais attention à l’ardoise ! Et l’ardoise, qui la paiera ? Le contribuable » La campagne autour de la candidature de Paris aux JO 2024 est avant tout une campagne de communication. Un jeu de donnant donnant entre les politiques et les communicants.

  • 3 : Après Alep outragée, Mossoul libérée
    Propagande de guerre au Moyen-Orient : la presse se réjouit de la libération de Mossoul. Quelques mois plus tôt, cette même presse qualifiait Alep « d’outragée ». Deux poids, deux mesures.

  • 4 : Les tweets de la semaine.
    Les plaintes prononcées à l’encontre du Cardinal Barbarin finalement classées sans suite. Les internautes ont déterré les articles à charge contre le cardinal. Après la Une de Libération « Rappelle-toi Barbarin », place au « Souviens-toi Libération ».
    Cyril Hanouna fait son marché dans la "diversité" pour satisfaire les annonceurs. L’animateur de « Touche Pas à Mon Poste » avait été lâché par les publicitaires suite à une blague jugée homophobe. La chaine C8 se devait de donner des gages. Elle les a trouvés avec des animateurs représentatifs de la "diversité".
  • 5 : En marche vers un nouveau média
    Pravda ou coup de communication ? La république en marche veut constituer son propre média. Une manière d’éviter la presse qui l’a pourtant tiré vers le sommet.

 

                                   

15/07/2017

En marche vers l'échec...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de l'économiste Jacques Sapir cueilli sur RussEurope et consacré aux erreurs de la stratégie suivie par Emmanuel Macron et à l'échec auquel sa politique est vouée...

 

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L’échec d’une politique

Alors que le G-20 de Hambourg se termine, et après les deux discours d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe, le premier au Congrès et le second devant l’Assemblée Nationale, l’ampleur de l’échec à venir de la Présidence Macron se dessine. Ce n’est pas un point anecdotique, et il ne peut s’agir d’un constat réjouissant, mais c’est un fait : ce Président, élu sur un malentendu et appuyé sur une majorité elle-même probablement la plus mal élue de la République, va plonger la France dans une crise profonde.

Une diplomatie ingénieuse mais perdante

Reprenons la chronologie. A Hambourg, Emmanuel Macron, et avec lui la France, a été inaudible. Bien entendu, la première rencontre personnelle entre Donald Trump et Vladimir Poutine a concentré l’attention. Mais, au-delà, la France n’a pu faire entendre sa voix. Cela confirme un constat que l’on pouvait déjà tirer après l’échec personnel pour Emmanuel Macron qu’avait représenté le sommet européen des 22 et 23 juin. Il y avait été incapable de faire prendre en compte des revendications, que l’on peut trouver restreintes et qui constituaient le socle minimal des demandes françaises, à ses collègues de l’Union européenne.

La stratégie d’Emmanuel Macron se déploie en deux temps. Dans le temps diplomatique, il entend jouer les intermédiaires, les « go between » pour reprendre le titre d’un grand film de Joseph Losey, entre Donald Trump et Angela Merkel, afin de bâtir un rapport de force vis-à-vis de l’Allemagne. C’est le sens de l’invitation qu’il a adressée au Président des Etats-Unis, invitation que ce dernier a acceptée, à venir assister avec lui au défilé du 14 juillet. Ce n’est pas une mauvaise idée, n’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon sur ce point mal inspiré, mais il est clair que cela n’aura que peu d’effets. Donald Trump, dont on dit souvent que le comportement est erratique, poursuit en réalité une politique claire de défense des intérêts de son pays. Et cette politique est aujourd’hui contradictoire avec celle de l’Allemagne. Ce n’est pas une place dans la tribune d’honneur qui y changera quelque chose, quoi qu’en dise certains journalistes. Angela Merkel, qui affronte avec sérénité des élections au mois de septembre prochain, n’a nullement l’intention, ni la volonté, de faire la moindre concession que ce soit à Donald Trump ou, indirectement, à Emmanuel Macron. En effet, aujourd’hui le cadre de l’UE de la zone Euro fonctionne à plein pour les intérêts des entreprises allemandes. Elle n’acceptera des changements que contrainte et forcée.

Quand Macron imite la « force des forts »

Sans doute inquiet de la tournure prise par le volet diplomatique de sa stratégie, Emmanuel Macron a décidé de mettre en œuvre un volet interne. C’est le sens du discours d’Edouard Philippe,mardi 4 juillet, devant l’Assemblée Nationale. Prenant prétexte de la « découverte » par la Cour des Comptes d’un trou de 9 milliards dans les estimations budgétaires, il a décrété un tournant austéritaire, un de plus, pour l’économie française. On peut certes s’étonner de la « découverte », quand on se rappelle qu’Emmanuel Macron fut le Ministre de l’économie jusqu’à l’été 2016. Il s’agit bien évidemment d’un prétexte.

En annonçant des coupes importantes dans les dépenses publiques (80 milliards sur 5 ans), le gel du point d’indice des fonctionnaires qui ont pourtant perdu largement en pouvoir d’achat depuis dix ans, et diverses autres mesures dont bien entendu la fameuse réforme du Code du Travail dont les conséquences en matière de pouvoir d’achat serons considérables, Edouard Philippe assume ce tournant austéritaire. Mais, il n’en dit pas la véritable raison.

En fait, ce tournant n’est nullement lié au problème relevé par la Cour des Comptes. Emmanuel Macron est persuadé, et sur ce point on peut lui faire crédit de sa sincérité, que c’est en appliquant cette politique, et en remettant la France dans une orthodoxie comptable (avec le respect strict de la règle des 3% du déficit), qu’il va construire sa crédibilité face à l’Allemagne et à Mme Angela Merkel. Cela revient à croire que c’est en s’imposant une purge amère que l’on peut être pris au sérieux. C’est un raisonnement d’enfant de 10 ans qui se dit, devant cette purge : « les adultes la prennent bien, si j’en suis capable, ils me prendront au sérieux ». Cette logique fut magnifiquement décrite il y a 100 ans par Jack London dans un de ses nouvelles, La Force des Forts [1]. Sauf que la politique internationale n’obéit nullement à ces règles enfantines. Elle implique des logiques d’alliances, avec des pays connaissant les mêmes problèmes que nous, et surtout elle implique que l’on nous croit capable de « casser la vaisselle ».

L’impact d’une purge austéritaire

Cette purge austéritaire va plonger la France dans un nouvel épisode de récession. Il suffit pour le comprendre de lire attentivement les statistiques économiques. Nous vivons aujourd’hui sur un « plateau », lié à l’amélioration du pouvoir d’achat qui s’est manifestée depuis l’hiver 2016. Mais, et les statistiques de l’INSEE l’indiquent clairement, la contraction relative des revenus nominaux associée à une (très petite) poussée d’inflation, va provoquer une détérioration du pouvoir d’achat à partir de la fin de l’année 2017. Si, en 2018, viennent se combiner à cette détérioration les effets des mesures d’austérité décidées par Edouard Philippe et les effets des mesures structurelles, dont celles concernant le Code du Travail, alors la consommation et le revenu disponible des ménages se verront amputés. Cela conduira à une nouvelle période de baisse de l’activité, tout comme la politique de François Fillon, ou le choc fiscal de François Hollande avaient eux-aussi conduit à des baisses d’activités, autrement dit à des hausses, plus ou moins importantes du chômage.

On comprend que les français, dans leur grande majorité, soient plus que circonspects quand aux mesures promises et annoncées par Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Mais, cette circonspection peut très vite se tourner en mécontentement de fond. Or, il faut toujours le rappeler, le Président Macron a été élu sur un malentendu, par défaut, et sa majorité a réuni la plus faible proportion des inscrits par rapport à son nombre effectif de députés. Dans ces conditions, le contexte d’une crise politique grave, d’une crise politique qui pourrait déboucher sur une crise de régime, est d’ores et déjà en place.

L’accumulation de poudre dans la Sainte-Barbe du navire France n’implique pas, évidemment, que tout va sauter. Mais, danser dans cette Sainte-Barbe avec une torche à la main, ce qui est métaphoriquement ce que font tant Emmanuel Macron qu’Edouard Philippe, et La République en Marche, dont l’attitude à l’Assemblée nationale par son refus du pluralisme mais aussi de par l’inexpérience de nombreux de ses députés, pose un véritable problème à la démocratie, est une attitude profondément malsaine et irresponsable.

Le problème posé aux pays de la Zone Euro et de l’Union européenne par la politique allemande est une réalité. Plutôt que d’imaginer que ce soit par l’imitation, voire par l’apaisement – oh mânes de Daladier et Chamberlain à Munich – que l’on pourra faire modifier le cadre politique qui étrangle tant la France que l’Italie et de nombreux pays d’Europe, il faudrait comprendre que c’est par l’affrontement et le démantèlement volontaire d’une bonne partie de ce cadre que l’on pourra faire changer les choses. C’est là que se situe la cohérence des politiques. Si l’on veut éviter que cela se fasse dans le chaos, il faut mettre en place de manière délibérée et réfléchie ce démantèlement avant que la crise n’éclate. Et l’on sent bien qu’elle couve, que ce soit en France ou en Italie.

Mais, il faut aussi que les oppositions à la politique d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe comprennent que, au-delà de divergences et d’oppositions qui peuvent être légitimes, elles ont aussi une responsabilité dans la situation actuelle. Car, la force du pouvoir d’Emmanuel Macron tient bien plus à la faiblesse et à l’impuissance politique de ses opposants qu’à une quelconque adhésion de la part des Français.

Jacques Sapir (RussEurope, 8 juillet 2017)

 

Note :

[1] London J. : Les Temps Maudits, publié en français par 10-18 / UGE, Paris ; la nouvelle La Force des Forts ouvre ce recueil.

14/07/2017

Le sang des Anciens...

Les Presses universitaires de Rennes viennent de publier sous la direction de Lydia Bodiou et Véronique Mehl un ouvrage collectif intitulé L'Antiquité écarlate - Le sang des Anciens. Maîtres de conférence en histoire grecque, Lydia Bodiou et Véronique Mehl sont également les auteurs de La religion des femmes en Grèce ancienne : Mythes, cultes et société (PUR, 2009).

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" Le sang est une substance à laquelle on prête de nombreux pouvoirs. Fluide biologique, réalité concrète de la vie qui palpite ou s’enfuit, plus ou moins épais, visqueux ou translucide, il est porteur de tout un imaginaire que les Anciens ont interrogé durant l’Antiquité gréco-romaine. Du sang du crime à celui du combat, du sacrifice à la mort du martyr, de la magie à la cuisine un univers rouge semble ressortir de cette Antiquité fantasmée. Marqué du sceau de l’ambivalence, il a quelque chose de magique : porteur de vie et de mort, le sang signe les saisons du corps féminin et annonce la mort quand il sourd de la blessure du guerrier : il est le baromètre de la vie qui dit aussi la parenté. C’est une histoire du sensible qui est menée ici par le liquide biologique vital, par la couleur, celle du sang rouge ou noir, de la pourpre. C’est aussi une histoire sociale car, par le sang c’est la transmission, la descendance et la filiation, la souillure, la pureté, les rites que l’on observe ; c’est encore une histoire de la guerre, du crime et de la justice. "