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06/11/2018

Ni végans, ni industriels : soutenons les éleveurs paysans !...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jocelyne Porcher, cueilli sur Figaro Vox et consacré à l'imposture du véganisme. Sociologue et directrice de recherches à l'INRA, Jocelyne Porcher est l'auteur de Vivre avec les animaux (La Découverte, 2011).

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Ni végans, ni industriels : soutenons les éleveurs paysans !

La journée mondiale du véganisme, sortie tout droit du chapeau des communicants végans, storytelling édifiant à l'appui, a été fixée au 1er novembre, jour de tous les saints, suivi depuis des siècles par la fête des morts. De fait, cette journée végan annonce effectivement des fossoyeurs, ceux qui s'apprêtent à enterrer nos dix millénaires de vie commune avec les animaux.

L'objectif du véganisme en effet est d'exclure les animaux de tous les pans de notre vie ; de l'alimentation, de l'habillement, des loisirs et de l'ensemble de la vie quotidienne: pas de saucisse, pas de yaourt ni de miel, pas de cuir, pas d'équitation, pas de chien. Les animaux domestiques ont été faits prochains par les théoriciens de la «libération animale». Ils ne sont donc ni appropriables, ni tuables, ni comestibles. Il n'est donc plus question de vivre avec des vaches, non plus qu'avec des chevaux car monter sur leur dos est la preuve de la domination que nous exerçons sur eux. Plus question non plus de vivre avec des chiens, porteurs de collier, vaccinés, identifiés, éduqués, exploités à la maison, dans la police ou auprès des aveugles.

Bien sûr, les thuriféraires du véganisme ne s'attardent pas sur l'exclusion programmée des chevaux ou des chiens car la majorité des amis des animaux, contributeurs des associations végans, ne conçoivent pas de vivre sans leurs compagnons. Silence donc sur cette partie du projet végan. Plutôt que de laisser nos concitoyens penser les conséquences réelles de cette idéologie de la rupture avec les animaux domestiques - avec tous les animaux domestiques - qu'est le véganisme, les théoriciens et les militants préfèrent minimiser leurs intentions et proposent de suivre une voie discursive autant que distractive, un conte de fées d'une vie avec les animaux «autrement» dans laquelle personne n'exploitera personne ni n'aura faim ni ne travaillera ni ne devra affronter une nature hostile. Cela toutes choses égales, par ailleurs, dans le meilleur des mondes capitalistes.

Si les laudateurs du véganisme taisent leurs intentions de «libérer» les chevaux et les chiens, ils sont par contre beaucoup plus prolixes sur la nécessité de libérer les animaux de ferme. Quelle que soit la façon dont ils sont élevés car «bio ou pas bio, petit éleveur ou élevage intensif, la finalité est la même». Or, précisément, la finalité n'est pas du tout la même. La finalité des productions animales, industrielles et intensifiées, c'est le profit. Il n'y en a pas d'autres. Les animaux dans ces systèmes sont des choses. Leur existence est niée. Tout comme l'existence des salariés enfermés avec eux dans les usines. L'industrie des productions animales est fondée sur la violence et sur le déni de la vie. Ce qui est juste l'inverse en élevage, là où l'on élève les animaux. La finalité du travail dans ce monde-là, individuelle et collective, est de vivre avec les animaux. Et pour cela de travailler avec eux. Et donc de produire et de tirer un revenu de cette production. Et donc in fine d'abattre des animaux car dans un système de ressources finies, si des animaux naissent, d'autres doivent partir. Et nous devons manger tous les jours. Mais dans ce monde-là, on ne transforme pas de la matière animale, on donne la mort à des animaux comme on leur a donné la vie. Avec respect.

Ce qui est en jeu n'est donc pas de sortir les animaux de ferme de nos vies, mais de transformer les conditions de notre vie commune au travail. Que l'on soit omnivore ou végétarien, les animaux et nous-mêmes avons besoin d'un véritable élevage, d'un élevage paysan et d'éleveurs libres. Libres de choisir la race des animaux qu'ils élèvent, libres de leur mode d'existence, libres de maîtriser leur vie mais aussi leur mort. Soutenir l'abattage à la ferme, c'est œuvrer bien plus efficacement pour les animaux que de verser une obole aux fossoyeurs. Car les fossoyeurs sont riches, et même très riches. On le comprend. Après tout, nolens volens, ils servent des intérêts puissants.

Car que mangerons-nous lorsque l'élevage aura disparu? Du soja et de la viande in vitro. Avec qui vivrons-nous quand les chevaux et les chiens auront disparu? Avec des robots. Coïncidence. Les mêmes multinationales, et en premier lieu les GAFA, soutiennent l'agriculture cellulaire et le développement des robots. Coïncidence. Les laudateurs du véganisme soutiennent aussi la viande in vitro. Pas pour eux-mêmes bien sûr, mais pour nos concitoyens incapables de se passer de viande. Ainsi «comme de nombreuses personnes refusent de renoncer à leur dépendance à la viande, PETA souhaite les aider à passer à une chair qui ne cause ni souffrance ni mort». Imposer une agriculture sans élevage, c'est donc ce sur quoi repose la collusion d'intérêts entre une start-up de la communication végane comme L214 et les start-up de l'agriculture cellulaire soutenues par les multinationales et par les fonds d'investissement les plus puissants. Au nom de la protection de la planète et de la défense des animaux, il s'agit bien d'exclure les animaux et de les remplacer par des substituts plus rentables. Préparer le terrain des substituts chez les consommateurs en œuvrant par tous les moyens à les dégoûter de la viande, voilà le travail réel des supposés défenseurs des animaux. Leur objectif n'est pas de sortir les animaux des systèmes industriels et de leur permettre enfin de vivre leur vie, mais tout simplement de les faire disparaître.

Hier lors de la journée du véganisme, les militants n'ont pas manqué de nous abreuver d'images d'abattoirs et de mauvais traitements infligés aux animaux. Cela en boucle, alors même que des milliers d'éleveurs vont passer cette même journée auprès de leurs animaux à travailler, et pour cela, à écouter les animaux, à les comprendre, à les admirer et à les regretter. Ils vont aussi passer leur journée à se battre contre l'administration, les règlements, les services sanitaires et les militants végans qui viendront les insulter et renverser leurs étals de fromage. Ils vont se battre pour pouvoir bien travailler malgré tout.

Ouvrons les yeux. Le véganisme est le pire et le plus stupide projet qui soit concernant les animaux domestiques et le pire et le plus triste projet pour tous ceux qui aiment les animaux et ne conçoivent pas leur vie sans eux.

Ouvrons les yeux. Le véganisme est la voie d'un asservissement accru aux multinationales de l'agroalimentaire et des biotechnologies.

Ouvrons les yeux. Sortons définitivement de l'industrie des productions animales, prenons nos responsabilités envers les animaux en tant que consommateurs et citoyens. Si nous refusons la violence industrielle, refusons ses produits.

Ouvrons les yeux. Soutenons l'élevage paysan. Soutenons une belle vie pour les vaches, les cochons, les poules. Une belle vie qui vaille la peine d'être vécue. Et une mort digne. Car il y a que ce qui ne vit pas qui ne meurt pas. Et nous comme les animaux, nous vivons et nous sommes mortels.

Pour une journée mondiale de l'élevage et des animaux domestiques, je l'affirme et je signe.

Jocelyne Porcher (Figaro Vox, 2 novembre 2018)

04/11/2018

Tour d'horizon... (153)

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Au sommaire cette semaine :

- sur le Grand continent, vous pourrez lire un entretien décapant avec le jeune philosophe Diego Fusaro, élève de Constanzo Preve et inspirateur du Mouvement 5 étoiles...

Nous avons rencontré Diego Fusaro

 

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- le site Automates intelligents revient sur le déclin de la lecture en occident...

Livres : le déclin de leur lecture chez les adolescents américains... et partout ailleurs ?

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- sur son blog Vu du droit, Régis de Castelnau analyse avec bio l'opération politico-judiciaire qui vise jean-Luc Mélenchon et la France insoumise...

« Mélenchongate » : demandez le programme !

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 - sur Figaro Vox, Paul Sugy nous livre une bonne présentation de l'idéologie anti-spéciste et de ses délires...

Derrière le militantisme végan, la puissante idéologie antispéciste

régis de castelnau,mélenchon,lecture,diego fusaro, paul sugy, véganisme, antispécisme

11/09/2018

Alain de Benoist : « Je voudrais être sûr que la cause animale est plus affaire de sensibilité que de sensiblerie »

Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans lequel il évoque la cause animale... Philosophe et essayiste, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et L'écriture runique et les origines de l'écriture (Yoran, 2017).

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Alain de Benoist : « Je voudrais être sûr que la cause animale est plus affaire de sensibilité que de sensiblerie »

La cause animale a beaucoup progressé ces dernières années, ce qui ne l’a pas empêchée de tomber dans des excès dont témoignent la persécution des chasseurs ou des amateurs de corrida, sans oublier la montée du « véganisme » et les attaques de boucherie. On dit que vous vivez entouré de chats. Qu’en pense l’ami des animaux que vous êtes ?

Il s’en réjouit, bien sûr. Je ne suis pas seulement l’ami des animaux, mais quelqu’un qui les aime. L’étymologie du mot « animal » nous dit qu’il est animé, et donc porteur d’une anima, c’est-à-dire d’une âme. Je n’ai pas de mal à penser, par exemple, que la chienne Diesel, tuée lors de l’assaut du RAID mené il y a trois ans à Saint-Denis contre des terroristes islamistes, avait une plus belle âme que ceux qui l’ont assassinée ! Cependant, quand on aime les animaux, on ne doit pas non plus idéaliser leur mode de vie, comme le font tant de bobos vivant en milieu urbain. La préoccupation première des animaux, c’est de survivre au sein de la chaîne alimentaire. Lorsque mes chats croquent un mulot, cela me fait de la peine pour le mulot, mais je sais qu’un tel comportement est dans la nature des chats. Bref, si je me félicite des succès de la cause animale, je voudrais être sûr qu’elle est plus affaire de sensibilité que de sensiblerie.

Les excès de certains animalistes sont aussi grotesque que sont monstrueux et criminels les agissements de ceux qui maltraitent (ou abandonnent) les animaux. Je suis frappé, par exemple, que des associations comme L214, qui ont eu le mérite d’attirer l’attention sur les conditions abominables dans lesquelles fonctionnent certains abattoirs, ne fassent aucune différence entre l’élevage industriel du type poules en batterie ou « ferme des mille vaches » et le traditionnel élevage fermier. D’autres ne font pas non plus de différence entre la chasse traditionnelle (et les traditions de la chasse) et le massacre des bêtes par des viandards. Ils ne veulent voir dans la corrida qu’un « spectacle cruel » alors qu’elle est d’abord une cérémonie sacrée. Je remarque, aussi, que ceux qui s’en prennent aux boucheries ne visent jamais l’abattage rituel. Et je ne dis rien des délires des végans, qui souhaitent de manière quasi terroriste nous transformer en herbivores, ce qui aurait pour conséquence de faire disparaître toutes les espèces domestiques.

Si nos ancêtres divinisaient certains animaux ou en faisaient volontiers des attributs des dieux, est-ce une raison pour que les antispécistes nous fassent mettre désormais hommes et acariens sur un pied d’égalité ?

L’« antispécisme » s’est formé sur le modèle de l’antiracisme ou de l’antisexisme, ce qui en montre les limites. Le terme est d’autant plus ridicule que personne ne s’est jamais déclaré « spéciste ». Mais il est surtout foncièrement équivoque. S’agit-il de dire qu’il n’y a aucune différence entre les espèces, qu’elles sont toutes « égales » ou qu’elles n’existent pas ? En la matière, on est passé d’un excès à l’autre. On a d’abord voulu faire croire que l’homme n’appartient que très marginalement à l’univers du vivant, et même que c’est en se coupant de la nature qu’il affirme le mieux son humanité. On a opposé la nature et la culture à la façon dont, auparavant, on opposait le corps à l’âme ou à l’esprit. Cette façon de voir a nourri pendant des siècles un anthropocentrisme destructeur. Ensuite, certains se sont au contraire mis en devoir de nier ce qui nous appartient en propre pour voir dans les chiens et les chats des « personnes comme les autres ».

L’attitude la plus raisonnable est de se tenir à l’écart de ces deux positions extrêmes. L’homme est sans aucun doute apparenté à tous les vivants : il n’y a pas eu une évolution pour les humains et une autre pour les animaux ; notre ADN est, d’ailleurs, à 98 % identique à celui des chimpanzés ou des bonobos. En revanche, c’est au niveau humain que l’on voit progressivement émerger des propriétés que l’on n’observe pas ailleurs : non pas la conscience de soi, par exemple, mais la conscience de sa propre conscience ; non pas l’histoire, mais la conscience historique.

On parle aussi beaucoup des « droits des animaux ». On parle aussi, d’ailleurs, de la nécessité d’accorder bientôt des droits aux robots ! Une approche justifiée ?

Le langage des droits a, aujourd’hui, tout envahi. Pour les auteurs libéraux, l’homme se caractérise par le droit d’avoir des droits, après quoi cette définition a été étendue à tous les vivants (en attendant de l’être aux robots), alors que ces deux propositions sont absurdes. Le grand théoricien des droits des animaux, le philosophe utilitariste australien Peter Singer, soutient que les animaux possèdent des droits au seul motif qu’ils sont des êtres « rationnels » et conscients d’eux-mêmes. Or, l’animal ne peut être sujet de droit pour l’évidente raison qu’il est incapable de faire lui-même valoir ses droits.

Dans sa Métaphysique des mœurs, Kant déclare froidement que « l’homme ne peut avoir de devoirs envers d’autres êtres que les hommes », ce qui veut clairement dire qu’il n’en a aucun vis-à-vis des animaux. Il rejoint ainsi Descartes, qui voyait dans les animaux de simples « automates ». Les deux approches sont inacceptables. Les animaux n’ont pas de droits, mais nous avons des devoirs envers eux, et ces devoirs sont considérables. Comme le dit Alain Finkielkraut, « jamais le lion ne se sentira responsable de l’antilope. Seul l’homme peut se sentir responsable des deux. »

Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 14 août 2018)