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  • La puissance militaire russe : erreurs de perception à l’Ouest et à l’Est ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alexis Feertchak, cueilli sur Geopragma et consacré à la mauvaise évaluation de la puissance véritable de l'armée russe. Alexis Feertchak est journaliste au Figaro et membre fondateur de Geopragma.

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    La puissance militaire russe : erreurs de perception à l’Ouest et à l’Est

    Après plus de 200 jours d’«opération militaire spéciale», la Russie a donc choisi la voie d’une mobilisation partielle – officiellement 300.000 réservistes – mais de nombreuses sources en Russie même évoque des chiffres beaucoup plus massifs – autour d’un million d’hommes – plus proches d’une mobilisation quasi-générale. Il y a là une disjonction totale entre une appellation qui renvoie à l’idée d’un corps expéditionnaire de faible envergure et la réalité d’un pays qui se prépare désormais à la guerre. Cette mobilisation totale n’est pas seulement celle de ces vagues d’appelés qui rejoindront le front ukrainien, mais la mobilisation économique et politique qui va de conserve pour équiper ce million de soldats et tenir un conflit de haute intensité dans la durée. Cette disjonction est sans conteste une défaite pour la Russie de Vladimir Poutine, dont les objectifs politiques – quoique flous – et les moyens militaires se sont révélés absolument dé corrélés. 

    Envahir un pays plus grand que la France sur trois fronts (au départ en tous les cas) avec 200.000 hommes au plus échappait à l’entendement. De même, si les Russes ont tiré plusieurs milliers de missiles à longue portée sur tout le territoire ukrainien – notamment des missiles semi-balistiques Iskander-M et des missiles de croisière Kalibr –, ils n’ont détruit ni les infrastructures énergétiques de l’Ukraine – notamment son réseau électrique –, ni les principaux centres de commandement, ni le réseau ferroviaire, ni les ponts sur le Dniepr, ni même l’ensemble des capacités aériennes adverses. Et il a largement fallu attendre l’acte II de la guerre, dès le début du mois d’avril quand les Russes ont quitté le nord de l’Ukraine pour se focaliser dans le Donbass, pour qu’ils fassent un usage massif de l’artillerie. Bref, si l’expression d’«opération militaire spéciale» peut politiquement prêter à sourire, elle n’est pas si absurde que cela au regard des moyens militaires mis en œuvre au départ. Elle l’est en revanche absolument au regard des buts de guerre originels dont on peut désormais se faire une idée : d’une part renverser le gouvernement de Zelensky ; d’autre part conquérir une part du territoire ukrainien correspondant à tout ou partie de l’ancienne «Novorossia», province impériale du 19ème siècle composée des terres prises aux Ottomans et couvrant tout le sud de l’Ukraine, d’Odessa à Lougansk. 

    Les Russes voulaient-ils et veulent-ils encore de toute la Nouvelle-Russie – ce qui revient à priver l’Ukraine d’un accès à la mer – ou seulement d’un corridor reliant la Crimée au Donbass, soit les quatre oblasts (Kherson, Zaporijjia, Donetsk, Lougansk) qu’ils contrôlent actuellement pour partie ? Les buts de guerre dépendant eux-mêmes de la conduite de la guerre, on peut imaginer que le Kremlin lui-même ne le sait pas a priori et s’offre un éventail de scénarios plus ou moins favorables. Reste que dans tous les cas, cela revient à conquérir un vaste territoire (environ 110.000 km2 pour ces quatre oblasts – à comparer aux 130.000 km2 de la Grèce – voire 160.000 avec ceux de Mykolaïv et Odessa) au sein d’un pays qui l’est encore davantage (600.000 km2 pour l’ensemble de l’Ukraine). Dès le départ, les Russes ont donc été victimes d’un double biais de perception : ils ont d’une part sous-estimé leur ennemi – vieux tropisme du Russe de Moscou qui regarde avec condescendance le provincial du Sud de l’ancien empire – et surestimé leurs propres capacités.

    Mais les Russes ne sont pas les seuls à s’être surestimés ! En Occident, les courants les plus hostiles à Moscou – et en miroir également beaucoup d’afficionados de Vladimir Poutine – ont généralement été les premiers à accorder à la Russie le statut d’adversaire systémique de l’Alliance atlantique. Le réarmement de la Russie était présenté comme massif au point de pouvoir représenter une menace existentielle pour l’Ouest tout entier. Comme si Moscou était derechef le centre d’une nouvelle URSS, le communisme en moins. Les mêmes, après avoir agité la menace russe, se rassuraient généralement aussitôt en déclarant que la Russie avait le PIB de l’Espagne – réalité comptable en dollars courants, mais économiquement absurde, ce dont on se rend compte par exemple si l’on observe le même PIB en parité de pouvoir d’achat. Mais même là, la Russie n’est pas un peer competitor de l’Occident (comme l’est en revanche la Chine), mais une puissance économique de taille intermédiaire comme la France ou l’Allemagne. 

    Que l’on y songe : ces dix dernières années, le budget militaire russe a oscillé en dollars entre 65 et près de 90 milliards par an. Certes, ce budget étant dépensé en roubles et les Russes fabriquant tous leurs équipements eux-mêmes, il faut certes grossir ces chiffes pour avoir une image fidèle de la puissance militaire russe (c’est le principe même de la parité de pouvoir d’achat), d’autant qu’une part de ce budget est probablement caché. Mais, même si l’on parle de 150 milliards, cela ne représente qu’une petite fraction des plus 1000 milliards de l’ensemble des budgets nationaux des pays de l’Otan (dont quelque 800 pour les Etats-Unis). Et, plus encore que pour la France, une partie non négligeable du budget russe est absorbé par la dissuasion nucléaire, puisqu’en cette matière stratégique, Moscou conserve une parité avec les Etats-Unis, ce qui n’est bien sûr pas le cas en matière conventionnelle. Et ce n’est pas terminé : en Russie ces quinze dernières années, proportionnellement, les forces aériennes et la marine ont été privilégiées au détriment de l’armée de terre tandis que le modèle soviétique de « grande armée » bâtie autour de la mobilisation de millions d’hommes a cédé sa place à partir de 2008 à un modèle mixte au sein duquel l’armée de métier a pris au fur et à mesure depuis une place de plus en plus importante.

    La réalité est qu’à ce jour, l’armée russe constitue une pyramide trompeuse : si, sur le papier, les grandes masses sont impressionnantes (on parle de milliers de chars, de blindés, de pièces d’artillerie, de centaines d’avions de combat, de navires et de sous-marins), la pointe de cette pyramide est bien plus modeste. Prenons quelques exemples : les VKS ne possèdent qu’environ 100 Su-35 – le chasseur multirôles le plus moderne, si l’on fait abstraction du nouveau Su-57 pas encore réellement en service – auquel il faut ajouter une centaine de Su-30, un peu moins modernes. Pas de quoi pavoiser… De même, le nombre de chars T-90M – la version la plus moderne du T-90, lui-même version améliorée du classique T-72 – ne doit guère dépasser les 200 –, soit environ le nombre de nos Leclerc nationaux, le nouvel Armata, lui, n’étant pas encore en service. Et si l’on enlève les unités datant de l’ère soviétique, la marine russe ne compte qu’une demi-dizaines de navires modernes de combat de 4000 tonnes ou plus – cinq frégates, deux Gorchkov et trois Grigorovitch, et deux grands navires de débarquement Ivan-Gren.

    Bien sûr, on ne peut pas considérer que les équipements plus anciens ne valent rien, au contraire cela accorde aux forces russes une profondeur utile pour mener une guerre longue – la Russie a d’ores et déjà perdu plus de cinq fois le nombre de chars de combat principal que possède la France – mais le corollaire est que l’on voit depuis plusieurs mois déjà sur les routes ukrainiennes des T-62M datant des années 60-70… Les Russes arriveront-ils un jour à Odessa à bord de T-34 ? Après tout, les Slovènes ont bien livré des T-55 – certes modernisés – aux Ukrainiens. Au-delà de la boutade, c’est bien tout l’enjeu pour les Russes : réussir avec ce qui leur reste de stocks à armer une force de plusieurs centaines de milliers d’hommes – qui serviront surtout de troupes d’infanterie, principale faiblesse des Russes depuis le 24 février – tout en conservant une armée de métier mieux équipée pour servir de « pointe de l’épée ». Bien malin qui sait si Moscou réussira à la fin cet exercice délicat, même si l’on peut d’ores et déjà pointer bien des difficultés à venir pour les Russes, à commencer par la nécessité de garantir au minimum le moral de la troupe, qui n’ira probablement au combat la fleur au fusil, mais aussi l’enjeu logistique qui consiste à faire manœuvrer une telle armée, alors même que les forces russes ont déjà eu bien des difficultés – c’est un euphémisme – à mouvoir un corps expéditionnaire de 150.000 à 200.000 hommes.

    Le 24 février, dans la grande tradition soviétique, les Russes ont tenté en Ukraine de créer un oudar, «choc opératif» destiné à faire se disloquer l’armée ennemie pensée comme un système, dont on atteindrait les nœuds vitaux grâce à des opérations dans le profondeur, et non seulement comme une masse inerte de chair et d’acier, qu’on réduirait combat après combat. Ce n’est que durant la Guerre froide que cette approche systémique a été réellement adoptée, en parallèle des progrès technologiques qui ont permis d’atteindre avec précision les arrières du dispositif adverse. Force est de constater qu’avec 150.000 à 200.000 hommes, ce n’est certes pas sur la masse que les Russes allaient l’emporter – les forces ukrainiennes sont aujourd’hui probablement au moins deux fois plus nombreuses. A Kharkiv par exemple, les Russes eux-mêmes ont avoué qu’ils se sont trouvés en infériorité numérique dans un rapport de 1 à 8. 

    Plus grave pour Moscou, malgré les progrès des « armes de pointe » russes réalisés ces quinze dernières années, notamment en matière de missiles de croisière et de missiles balistiques, les Russes n’ont pas été capables d’atteindre de façon chirurgicale les arrières du dispositif ukrainien de sorte à le paralyser. Contrairement aux Himars que les Américains ont fournis aux Ukrainiens et qui ont profondément affecté la logistique russe, déjà peu efficiente. Pourtant, en l’absence de livraisons du missile ATACMS, on ne parle pas de grande portée – 80 km au mieux –, les attaques à plus longue distance étant plus probablement menées par des commandos infiltrés et/ou par des drones. Qu’en serait-il si les Américains avaient livré à l’Ukraine des missiles Tomahawk dont la portée dépasse les 1500 km ? La réalité est que les Russes ont été incapables d’imposer à l’Ukraine un choc opératif, que ce soit par la masse ou par son avantage en matière d’armes à longue portée. A cet égard, on le voit, la mobilisation générale s’annonce comme la tentative de s’appuyer sur la seule masse pour créer un tel « oudar », même si l’on peut penser que les Russes, en parallèle, chercheront par ailleurs à frapper dans la profondeur certaines infrastructures civiles essentielles. Des attaques contre le système électrique ukrainien réalisées juste après la contre-offensive ukrainienne à Kharkiv est probablement un avant-goût de ce qui pourrait arriver cet hiver, surtout si la pression militaire de Kiev s’accroît sur le dispositif russe, ce qui est toujours le cas même si le front est peu ou prou stabilisé.       

    La guerre en Ukraine est le révélateur d’une réalité : hormis sur le plan nucléaire, la Russie n’est pas une superpuissance militaire. Elle est certes une puissance, et une puissance indépendante, ce qui est déjà donné à peu d’Etats (et la France fait partie de ce petit club), comme le répète souvent Hubert Védrine. Mais, dans le cas encore hypothétique d’une conflagration directe entre les forces de l’Otan et les forces russes, ces dernières ne pourraient probablement pas tenir longtemps face aux premières. D’ores et déjà, sans mobilisation, celles-là n’ont pas réussi à mettre à terre un pays de 40 millions d’habitants certes mobilisé et massivement soutenu par l’Otan et, en premier lieu par les Etats-Unis, dont l’aide en matière de renseignements est sans conteste décisive. Cette vérité – la Russie n’est pas une superpuissance militaire – n’était pourtant pas cachée avant le 24 février, mais elle a été trop souvent masquée en raison de la persistance d’un climat de Guerre froide dont les effets autoréalisateurs sont aujourd’hui funestes. Seuls les faucons, à Moscou et à Washington, peuvent se réjouir de ces biais de perception qui participent malheureusement de la création du réel, et de l’avenir. 

    Alexis Feertchak (Geopragma, 26 septembre 2022)  

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  • Alep, Pyongyang, Davos… Vers la chute de l’Empire américain ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Geoffroy, cueilli sur Polémia et consacré au déclin de la superpuissance américaine. Haut-fonctionnaire, animateur de la Fondation Polémia, Michel Geoffroy doit prochainement publier un essai chez Via Romana, La super-classe mondiale contre les peuples.

     

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    Alep, Pyongyang, Davos… Vers la chute de l’Empire américain ?

    L’année 2017 restera comme un grand tournant géopolitique que les médias de propagande se gardent bien de nous révéler : celui de la fin, en direct en quelque sorte, de la domination des États-Unis sur la scène mondiale.
    Les médias mainstream nous cachent ce tournant car c’est une mauvaise nouvelle pour la Super Classe Mondiale qui comptait sur la surpuissance américaine pour faire avancer son projet mondialiste !
    Analyse d’une chute en direct.

    Corée du Nord : le roi est nu

    Première étape, la Corée du Nord : un tout petit Etat de 25 millions d’habitants qui s’est doté non seulement de l’arme nucléaire mais de missiles intercontinentaux. Une nouvelle illustration de l’incapacité des Occidentaux à conserver leur monopole nucléaire, mais pas seulement.

    En effet, Donald Trump peut toujours prétendre avoir « un plus gros bouton » que Kim Jong Un. Mais tout le monde voit que les gesticulations américaines n’ont pas permis de mettre au pas la minuscule Corée du Nord. A la différence de 1962, lors de la crise des fusées de Cuba, où les États-Unis ont fait plier l’URSS, qui était un adversaire d’une toute autre dimension que le pays du matin calme, même en version soviétoïde. L’Amérique de Donald Trump en est même réduite à demander l’aide diplomatique de la Chine et de la Russie pour tenter de résoudre la crise !

    L’affaire coréenne ébranle surtout la crédibilité de la puissance américaine dans cette partie du monde au point d’inquiéter sérieusement l’allié japonais, qui songe à renforcer ses forces d’auto-défense et donc à revenir sur son pacifisme constitutionnel.
    L’onde de choc coréenne n’a donc pas fini de se propager en Asie, car tout le monde comprend que le roi est nu….

    Syrie : échec au roi

    Seconde étape, la fin de Daesch en Syrie du fait de l’intervention militaire russe, symbolisée par la reprise d’Alep.
    Alors que les Occidentaux en ont été bien incapables, d’autant qu’ils voulaient avant tout le renversement de Bachar El Assad et qu’ils n’hésitaient pas pour ce faire à s’appuyer sur des groupes islamistes comme Al Nosra, présentés comme des forces démocratiques d’opposition. Gribouille n’aurait pas fait mieux !
    La Syrie marque une nouvelle défaite stratégique des États-Unis dans leur prétention à imposer leur « nation-building », c’est-à-dire en réalité le chaos au Proche Orient. Une nouvelle défaite aussi pour tous ceux qui se sont embarqués dans la folle stratégie américaine et singulièrement la France, qui a perdu le peu d’influence qu’elle avait encore dans ce pays. Une belle performance française donc, dans un pays autrefois placé sous son mandat !

    L’intervention russe en Syrie fut non seulement décisive et « souveraine » car elle mit un coup d’arrêt à la déstabilisation occidentale de la Syrie. Elle apporte aussi la preuve que la Russie est de nouveau un acteur international à part entière avec lequel il faut désormais compter. D’autant que l’intervention militaire russe a démontré, au grand dam de l’OTAN, les très grandes capacités militaires de ce pays y compris dans les hautes technologies. Pendant que les frappes américaines continuaient de tomber à côté des cibles visées et de multiplier les « bavures »….

    Car, malgré l’enfumage médiatique permanent*, la puissance militaire américaine n’est plus ce qu’elle était. On finit par oublier par exemple que cela fait désormais 16 ans que les Etats-Unis pataugent en Afghanistan pour « lutter contre le terrorisme » : mais pour quel résultat exactement, sinon l’explosion du trafic de drogue ?

    Davos : le roi est mort vive le roi !

    Troisième étape : Davos en janvier 2018.
    Car contrairement à ce que nous serinent nos médias de propagande, la révélation de l’édition 2018 du Forum Economique Mondial de Davos n’était pas Emmanuel Macron, récitant avec application et en anglais son cours libéral de « réformes » et de « flexibilité », en bon élève de l’oligarchie.
    Non c’était la Chine qui donnait le ton y compris en matière de défense de l’environnement, d’autant que les États-Unis apparaissaient marginalisés avec leur retrait du Protocole de Paris !
    Le représentant chinois n’a-t-il pas affirmé en outre que « la Chine aspire à construire un monde ouvert, inclusif, propre et beau qui jouisse d’une paix durable, de la sécurité universelle et d’une prospérité partagée. Ayant cela à l’esprit, le gouvernement chinois assume aujourd’hui davantage de responsabilités à l’égard de la paix et du développement du monde » ? Se payant donc le luxe de reprendre à son compte, mais au second degré, le discours habituel des Occidentaux.
    Une Chine qui, avec les autres Brics , déconstruit en outre patiemment la domination du dollar et des États-Unis dans les institutions financières internationales.

    A Davos on parle toujours anglais, mais désormais avec un fort accent chinois ou indien.

    Bienvenue dans le nouveau monde !

    Le XIXe siècle fut européen et anglais. Le XXe siècle fut américain. Mais, à l’évidence, le XXIe siècle sera différent : peut-être chinois mais surtout, comme on dit, « multipolaire », ce qui signifie que les Occidentaux n’auront plus les moyens d’imposer aux autres civilisations leurs intérêts et leurs lubies idéologiques. Et que les Etats-Unis vont perdre leur statut de surpuissance.

    Cela permet d’ailleurs de comprendre la signification réelle des critiques médiatiques récurrentes portées des deux côtés de l’Atlantique contre la personne de Donald Trump : elles servent à essayer de cacher la nouvelle donne stratégique du monde aux Occidentaux, en faisant de Donald Trump un bouc émissaire.
    Car ce n’est pas à cause de la prétendue « folie », « imprévisibilité » ou « maladresse » de son actuel Président, que les États-Unis perdent leur leadership. C’est tout simplement parce que nous changeons d’époque et parce que les rapports de force mondiaux ne sont plus les mêmes. Mais chut ! il ne faut pas réveiller les autruches occidentales.
    Lors de son discours sur l’État de l’Union, le 30 janvier dernier, le Président Trump a ainsi affirmé « nous pouvons tout faire », dans une sorte de remake du « Yes we can » de son prédécesseur Barak Obama. Mais avec le nouveau monde qui vient, cette méthode Coué a peu de chances de fonctionner.
    Et il serait temps que les Européens en prennent conscience, au lieu de continuer de se placer à la remorque d’un Oncle Sam de plus en plus vieillissant.

    Michel Geoffroy (Polémia, 4 février 2018)

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  • Les idées à l'endroit !...

    Avec Les idées à l'endroit, l'essai d'Alain de Benoist, les éditions Avatar rééditent un grand classique de la pensée non-conformiste. L'ouvrage, publié initialement en 1979, a été augmentée d'un avant-propos inédit. On pourra y retrouver des textes importants comme "Fondements nominalistes d'une attitude devant la vie", "Vingt-cinq principes de morale", "Une nouvelle anthropologie", "L'élite ?" ou "Contre le racisme", qui constituent des jalons dans l'évolution intellectuelle de leur auteur.

     

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    Pour une ligne de conduite décisive face à la modernité.

    Les idées à l’endroit sont parues aux éditions Libres Hallier en 1979. C’était peu de temps après la grande campagne de presse sur la Nouvelle Droite (ND) de l’été. L’auteur, Alain de Benoist, s’était trouvé au cœur de cette campagne. Il avait souhaité y répondre en essayant de dissiper bien des malentendus. Les idées à l’endroit sont pourtant beaucoup mieux qu’un livre de circonstance. Si l’auteur, dans une longue préface ici reproduite, rappelait le contexte des débats d’idées des années 1970 et le rôle que lui-même et ses amis y

    ont tenu au travers de livres, de rééditions de classiques de la pensée politique et — déjà — de la revue Eléments, le livre ouvrait des perspectives qui gardent toute leur pertinence. Trente ans après la première édition, bien entendu épuisée, il est temps de redécouvrir cet ouvrage de fond.

    Non que l’auteur n’ait évolué. Au contraire, dans sa préface de 2010, Alain de Benoist rappelle brièvement (car il l’a fait plus complètement ailleurs, notamment dans Au temps des « idéologies à la mode », dans la réédition de Vu de droite en 2001, et dans Cartouches) le chemin parcouru et les pistes abandonnées, et le pourquoi des nouvelles explorations.

    Les textes des Idées à l’endroit sont bien autre chose que des textes datés. Ils définissent des orientations, et plus encore une attitude. Que celle-ci relève ou nom du qualificatif de « nominaliste » est accessoire. C’est l’attitude même qui compte, comme le montre le texte intitulé « 25 principes de “morale’’ ». La meilleure preuve en est que c’est précisément l’attitude, ou encore la méthode, qu’Alain de Benoist définit dans ce livre qui a permis à sa pensée de poursuivre son itinéraire, de se dégager de quelques simplismes, et plus encore de sortir des ambiguïtés de la critique de l’égalitarisme pour mettre l’accent sur la dénonciation de l’« idéologie du Même ». C’est en ce sens un livre capital.

    Paru pour la première fois en 1979, Les idées à l’endroit voulaient répondre à une demande créée par l’événement, en l’occurrence la grande campagne de presse autour de la « Nouvelle Droite » qui s’est déroulée durant l’été 1979. Ce texte, qui reste de première actualité, était épuisé depuis de nombreuses années. Cette réédition, très attendue, est augmentée d’un nouvel avant-propos de l’auteur.

    Nouvelle édition augmentée d’un avant-propos inédit

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  • Guerre économique : l'offensive américaine !

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    Guerre économique ?... Cela y ressemble ! Dans un article publié le mardi 19 octobre 2010 par Le Monde et intitulé Superpuissance américaine, Martin Wolf, journaliste économique britannique, rédacteur au Financial Time et membre du Forum économique de Davos, indique que les Etats-Unis ont décidé de mener une politique monétaire expansionniste, sans se soucier des conséquences pour les autres pays. En clair, ils vont faire marcher la planche à billets pour surmonter leurs très graves difficultés économiques :

    "[...] Pour parler crûment, les Etats-Unis voudraient pousser le reste du monde à l'inflation tandis que le monde cherche à engager l'Amérique dans la déflation. Or les Etats-Unis devraient forcément l'emporter car ils disposent d'une réserve inépuisable de munitions : il n'existe aucune limite à la quantité de dollars que la Réserve fédérale américaine (Fed) peut émettre. La seule chose dont il faut discuter, ce sont les conditions de la reddition du reste du monde : les changements nécessaires dans les taux de change nominaux, et les politiques intérieures des différents pays.

    Ceux qui souhaitent savoir jusqu'à quel point la politique américaine pourrait devenir agressive peuvent se reporter au discours prononcé par William Dudley, président de la Banque de réserve fédérale de New York, qui affirme que "des taux d'intérêt très faibles peuvent contribuer à faciliter le processus d'ajustement en soutenant la valorisation des actifs, y compris en rendant les logements plus accessibles et en autorisant certains emprunteurs à réduire les remboursements des intérêts de leur dette".

    L'actuel faible niveau de l'inflation est en effet potentiellement désastreux. Au pire, l'économie américaine pourrait succomber à une déflation par la dette. Les rendements et l'inflation américains se sont d'ores et déjà engagés sur le chemin du Japon des années 1990. La Fed veut donc enrayer cette tendance. C'est pourquoi un nouveau train de mesures d'assouplissement quantitatif semble imminent. Les responsables américains feront tout le nécessaire pour éviter la déflation. La Fed poursuivra ses efforts jusqu'à ce que le pays soit suffisamment "reflaté". Ce que ces mesures causeront au reste du monde n'est pas son souci.

    Les conséquences sont évidentes : cette politique renchérira les actifs à long terme et encouragera les capitaux à aller dans des pays (comme la Suisse) où les politiques monétaires sont moins expansionnistes, ou dans des pays offrant de meilleurs rendements (comme les économies émergentes). Et c'est précisément ce qui se passe. L'Institute for International Finance de Washington prévoit que les apports nets de capitaux étrangers dans les pays émergents devraient dépasser les 800 milliards de dollars (573 milliards d'euros) en 2010 et 2011.

    Les bénéficiaires des apports de capitaux, qu'il s'agisse de pays avancés ou émergents, seront confrontés à des choix épineux : laisser s'apprécier le taux de change, ce qui risque de détériorer la compétitivité extérieure ; intervenir sur les marchés des devises, au risque d'accumuler des dollars non souhaités, de mettre en péril la stabilité monétaire intérieure et de détériorer la compétitivité extérieure ; ou alors entraver les apports de capitaux au moyen de taxes et de contrôles. Dans le passé, les gouvernements ont choisi de combiner les trois méthodes. Ce sera à nouveau le cas dans les circonstances actuelles.

    [...] Au lieu d'une coopération sur l'ajustement des taux de change réels et des comptes extérieurs, les Etats-Unis cherchent à imposer leurs vues en faisant tourner la planche à billets.

    D'une façon ou d'une autre, les Etats-Unis finiront par gagner cette guerre : soit ils pousseront le reste du monde à l'inflation, soit ils feront monter les taux de change nominaux des autres devises par rapport au dollar. Malheureusement, les conséquences seront également très inégales, les économies les moins protégées (comme le Brésil ou l'Afrique du Sud) se trouvant contraintes de s'ajuster tandis que d'autres, protégées par leurs contrôles des changes (comme la Chine), seront en mesure de mieux gérer leur ajustement.

    Il serait de loin préférable que tout le monde cherche une solution collective. [...] Qu'une telle solution soit nécessaire, personne n'en doute. Sur la volonté d'y parvenir, les doutes abondent. Au plus noir de la crise, les dirigeants mondiaux se serraient les coudes. Désormais, la Fed va leur serrer la gorge un par un."

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