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13/12/2018

Macron et le système sont à bout de souffle...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Gabriel Robin, cueilli sur le site de L'Incorrect et consacré à la déclaration faite par Emmanuel Macron pour répondre à la révolte des Gilets jaunes...

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Macron et le système sont à bout de souffle

Emmanuel Macron a désespérément besoin d’être aimé et reconnu. Malheureusement pour lui, il est aujourd’hui de plus en plus moqué, méprisé, et même haï par de nombreux Français, dont ces fameux Gilets Jaunes qui ont radicalement bouleversé l’échiquier politico-social lors des quatre dernières semaines. Pour Nicholas Machiavel, le prince devait tout faire pour éviter d’être méprisé, stade terminal atteint en paraissant « inconstant, léger, efféminé, pusillanime, irrésolu, toutes choses dont le prince doit se tenir loin comme d’un écueil ». Autant dire que la tâche dévolue à Emmanuel Macron hier soir était difficile, sinon impossible. Comment contenter autant de clientèles que de mécontentements ? Comment ne pas passer pour faible en donnant raison à un mouvement social horizontal après plusieurs graves émeutes sur tout le territoire hexagonal, soit en accordant une prime à la violence ? Comment se sauver de la fureur vengeresse d’un peuple en train de prendre de nouveau plaisir à l’épopée collective, renouant avec certains de ses mythes les plus puissants ? Comment redonner un nouvel élan à un quinquennat que d’aucuns disent déjà fini ?

Il faut le dire, les « Gilets Jaunes » représentent une forme d’impasse politique et de rupture historique, ou, au moins, un champ des possibles ouvert sur une série d’issues non idéales. La France subit de plein fouet les nouveaux grands équilibres mondiaux qui entraînent de très importants réajustements économiques à l’échelle planétaire. À mesure que les inégalités réduisent dans le monde, elles augmentent ou ne diminuent plus en Occident, ce qui provoque au mieux un sentiment de stagnation et au pire une impression (sûrement justifiée) de déclin. L’époque demande donc des efforts politiques considérables, soit bien plus qu’une réforme : une révolution. Emmanuel Macron avait d’ailleurs pressenti l’ampleur des travaux qui l’attendaient, intitulant son livre programme… Révolution. Ce qu’il n’avait pas anticipé, en dépit d’un assez bon diagnostic des difficultés présentes de la France et de l’Europe, est la capacité de révolte du peuple français. C’est, du reste, un élément central de la « crise des Gilets Jaunes » : les Français n’ont pas perdu leur caractère. La passion de la liberté, le désir d’égalité et le besoin impérieux de fraternité sont ainsi les grands axes des Gilets Jaunes.

Les Français veulent redonner du sens à l’impôt, donc savoir concrètement à quoi est employée leur contribution à l’effort budgétaire national, particulièrement important en 2018 du fait de la crise économique de 2008 et des contraintes de l’Union européenne. Pour cette raison précise, se sont ajoutées des demandes institutionnelles additionnelles dès la deuxième semaine de mobilisation, date de la première grande manifestation parisienne. Avec son air de petit garçon timide faisant pénitence, tout en manifestant trop ouvertement ses certitudes quant à sa propre intelligence, Emmanuel Macron prenait de gros risques. Ont-ils été payants ? Probablement dans l’opinion molle, c’est-à-dire parmi les soutiens modérés des Gilets Jaunes et les Français excédés par les week-ends agités que nous avons vécus. Le Président a voulu jouer l’apaisement, en présentant une liste de cadeaux de Noël, non sans avoir auparavant condamné les « violences intolérables » des derniers jours, tout comme les appels à l’insurrection.

Pas de quoi calmer les Gilets Jaunes les plus engagés, ceux qui ont basculé et dont la vie a été radicalement changée par la lutte. Eux attendaient bien plus qu’un tour de passe passe budgétaire pour « augmenter » le SMIC, ou plus précisément la « prime d’activité », ce qui exclura de nombreuses personnes au SMIC du dispositif, la défiscalisation des heures supplémentaires (qui recèle de nombreux dangers et qui avait été mise en place par Nicolas Sarkozy), l’exemption de la hausse de CSG pour les retraites inférieures à 2000 euros, des primes de Noël versées par les grands patrons les plus proches de la Macronie, ou bien encore des gentillettes et creuses déclarations d’intention sur la lutte contre l’évasion fiscale.  

Pour la majorité des Gilets Jaunes invités à la télévision, ainsi que ceux qui ont réagi sur les pages Facebook du mouvement, ces mesures sont insuffisantes. Elles auront pourtant un sérieux coût, déséquilibrant des budgets extrêmement tendus et précaires pour satisfaire aux sacrosaintes règles de la commission européenne, laquelle a d’ailleurs fait part de ses inquiétudes dès hier soir. Le dogme bruxellois doit être attaqué frontalement, sans quoi la France ne pourra pas avancer. Nous sommes tenus par des politiques décidées et voulues par la technostructure, sous domination allemande. Que fallait-il faire ? Revoir drastiquement le Crédit d’impôt et de compétitivité qui n’a pas créé d’emplois, rénover le dispositif Fillon d’allègement des cotisations patronales pour les petits salaires en sortant les très grosses entreprises de son champ d’application, etc.

La révolte des « Gilets Jaunes » est celle des personnes au SMIC, mais aussi des chômeurs et des Français qui sont tout juste au-dessus du salaire minimum et qui ne peuvent plus vivre décemment de leur travail. Dernier point : s’attaquer au gaspillage de fonds publics (immigration en premier lieu) et ne pas se contenter de mots pour lutter contre l’hyper fraude des hyper riches. En revanche, il faut absolument refuser les volontés macroniennes de s’attaquer aux détenteurs du patrimoine bâti. Les Français économisent pour transmettre un patrimoine à leurs enfants, le cadre du modèle français social-démocrate n’offrant que peu de mobilité économique et sociale. Un chantier pour le moins complexe.

Par leur mobilisation sans faille, les Gilets Jaunes ont redonné aux Français leur voix. Ils ont même accompli un véritable exploit en forçant l’enfant roi à faire amende honorable, à envisager qu’il ait pu blesser ses « sujets » par ses remarques brutales et souvent infondées. Ce qu’a proposé Emmanuel Macron n’avait, au fond, rien de bien différent avec ce qui est pratiqué depuis 1981, voire avant. Il ne s’est pas attaqué aux racines du mal. Père Noël, c’est mignon. Père la nation, c’est mieux. Il a donc manqué l’essentiel au président : du souffle ! Le cri qui s’est levé des profondeurs de la France est clair. Il dit : rendez-nous la France. La question excède largement les milliards négligemment jetés ce soir. Nous n’en sommes qu’au début de la reconquête nationale. 

Gabriel Robin (L'Incorrect, 11 décembre 2018)

07/12/2018

Sur la crise des Gilets jaunes...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Maxime Tandonnet, cueilli sur son blog personnel et consacré à la crise des Gilets jaunes. Ancien haut-fonctionnaire, spécialiste des questions d'immigration, et désormais enseignant, Maxime Tandonnet a été conseiller à l'Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il a donné un témoignage lucide et éclairant de cette expérience dans Au cœur du volcan (Flammarion, 2014).

 

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Point de vue sur la crise des gilets jaunes

1 - L’un des aspects les plus spectaculaires des événements de ces dernières semaines tient au soutien massif aux gilets jaunes des quatre cinquièmes de la population. Le mouvement en cours, hormis les violences, les exactions, des destructions et profanations, a des explications profondes et anciennes. Il traduit la crise de la démocratie française et le sentiment des Français de ne plus être représentés ni écoutés au sommet de l’Etat.

2 - Ce sentiment ne fait que s’accroître depuis un demi siècle et il atteint aujourd’hui sa quintessence. Le sondage de CEVIPOL, selon lequel 88% des Français pensent que les politiques ne tiennent aucun compte de leur avis tout comme le vertigineux taux d’abstention aux législatives de 2017 (plus de 50%) sont le signe patent du divorce entre la nation et sa classe dirigeante et médiatique. L’explosion couvait depuis des années, sinon des décennies.

3 - Le système politique français a sa part de responsabilité. La personnalisation du pouvoir à outrance est au centre de la tragédie actuelle. Elle se traduit par l’étouffement de tous les relais intermédiaires avec la nation (ministres, parlementaires, élus, partis), tandis que la sublimation de l’image personnelle engendre une atmosphère éthérée, passionnelle, mélange d’adoration et de haine, donc dangereusement explosive. Elle écrase toute notion de vérité, d’intérêt général, de projet de société et de bien commun de la nation. Dans la logique de ce système, le discours et l’action politique se focalisent désormais sur la satisfaction d’un intérêt de vanité individuel et non plus sur celui de la collectivité. 

4 - La déflagration de ces dernières semaines a des causes directes qui sont politiques. Les conditions des élections présidentielles et législatives de 2017, le scandale Fillon qui a privé la France d’un débat d’idées et d’une salutaire alternance, a préparé un terrain propice à l’instabilité. Dès le départ, les conditions de l’élection du chef de l’Etat, avec l’adhésion initiale de 12% du corps électoral au premier tour dans un contexte extrêmement chaotique, puis à l’occasion d’une second tour sans enjeu face à la candidate du FN, fragilisaient sa position. Les événements actuels dérivent en partie d’un processus démocratique inachevé. 

5 - L’air du temps est imprégné de fausseté et de cynisme qui nourrissent une atmosphère délétère. La promesse d’un « nouveau monde » a fait long feu avec la succession des scandales. Le thème de la « transformation de la France » n’a pas non plus résisté à l’épreuve du réel: aggravation des déficits, des dépenses, de la dette, des prélèvements fiscaux et sociaux. Puis le refrain du « bien » post national et européiste contre la « lèpre populiste » a exacerbé les déchirements du pays. Par une succession de gestes, de paroles et de décisions – incompréhensibles – l’homme de l’Elysée s’est enfermé de lui-même dans sa propre caricature, image d’une élite hors sol et de morgue anti-peuple.  En 18 mois, cette posture a eu pour effet d’exciter les esprits et d’attiser les déchirures, débouchant sur un affaiblissement de l’autorité et de la confiance. 

6 - La nature même de cette crise donne lieu à une profonde incompréhension. Elle n’est pas seulement de caractère matériel. Les hausses de prix du carburant même excédant 3 et 6 centimes, sont fréquentes, depuis toujours, et bien que douloureuses, ne suscitent pas de réaction populaire. Cette fois, la nouvelle hausse annoncée, solennellement, cristallise un profond malaise dans les profondeurs de la nation, lié au sentiment d’un mépris de la classe dirigeante ou dominante envers les milieux populaires. Elle a pris un caractère emblématique. Cette annonce, dont le caractère inflammable n’a pas été perçu par les autorités du pays, focalise désormais un infini ressentiment.

7 - La cause initiale des événements, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres repose sur une mystification. Le pouvoir a utilisé les mots de réforme, de transformation, et même de révolution (écologique), à propos du geste le plus tristement banal de n’importe quel gouvernement français: une augmentation de taxe ou d’impôt. Ce travestissement des mots a sans doute contribué à affaiblir la position des autorités qui ne peuvent même pas, aux yeux d’une frange de l’opinion qui les soutient habituellement, se prévaloir d’une véritable réforme courageuse et nécessaire de l’économie française. 

8 - Rarement dans l’histoire récente la situation politique n’aura été aussi fragmentée et volatile. L’Elysée affirme ne pas vouloir reculer. Paradoxalement, le choix du statu quo, qui repose sur des considérations d’image, aggrave un ressenti de déconnexion et d’indifférence à la souffrance populaire. Le bon sens devrait conduire le pouvoir, non pas à reculer sur une réforme qui n’existe pas, mais à tendre la main à la nation par un geste audacieux et inédit en France: le renoncement à une hausse d’impôt! Quels que soient les choix retenus, geste emblématique d’apaisement ou fuite en avant dans la confrontation, les dégâts sont irréparables. De toute évidence, les événements sont en train d’anéantir toute perspective d’un « mandat utile » pour les 3 ans qui viennent et compromettent la perspective de réélection en 2022.

9 - Cependant, par leurs gesticulations en plein cœur des émeutes, au risque d’attiser les violences, les leaders « anti-système » ont accru leur marginalisation. Quant à l’appel des Républicains à la tenue « d’un référendum sur la transition énergétique », il a été perçu comme décalé. La décomposition de la vie politique qui s’est manifestée avec l’effondrement des partis politiques traditionnels en 2017, poursuit donc ses ravages, voire s’accélère et prive le pays de toute issue apparente… 

10 - Les solutions politiques avancées par les oppositions ne sont pas de nature à régler le problème de fond de la fracture démocratique: la dissolution, le référendum, voire une nouvelle élection présidentielle anticipée n’offrent pas d’autre perspective qu’un éphémère répit. Remplacer des hommes ou femmes par d’autres, dans la même logique, le même système, produirait l’effet habituel d’euphorie médiatique, pendant six mois, les mêmes délires idolâtres, puis une course éperdue à l’image dans un tourbillon narcissique, et la rechute dans les ténèbres de l’échec, du lynchage, de l’impuissance et de l’impopularité absolue.

11 - Une authentique révolution démocratique est désormais indispensable: confier le pouvoir à un puissant Premier ministre sous le contrôle effectif d’un Parlement représentatif de la Nation; restaurer la mission de visionnaire  impartial et de sage au dessus de la mêlée du chef de l’Etat, garant de la sécurité et du destin national; associer la nation à la vie publique du pays par un recours fréquent au référendum; renforcer la démocratie de proximité, communale et le respect des pouvoirs locaux; reconstruire un système de partis politiques digne de la démocratie française. 

Maxime Tandonnet (Blog personnel de Maxime tandonnet, 3 décembre 2018

 

29/05/2018

Pour un nouveau contrat social...

Les éditions Kontre Kulture viennent de publier un essai de Serge Ayoub intitulé Pour un nouveau contrat social. Figure de la mouvance nationaliste-révolutionnaire depuis le milieu des années 80, Serge Ayoub est, notamment, l’auteur d’un roman, Conte barbare (Scribedit, 2008), et d'un essai coécrit avec Michel Drac, G5G, déclaration de guerre (Le Retour aux Sources, 2010).

 

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« Liberté, égalité, solidarité », telle pourrait être la nouvelle devise d’une France dans laquelle seraient appliqués les principes exposés ici, permettant « l’équilibre entre le capital et le travail, condition sine qua non d’une démocratie sociale véritable ». Mais malgré sa ressemblance avec l’actuelle devise française, ses termes sont loin de recouvrer la même signification.

La fin des corporations ayant débouché sur la soumission du travailleur au capital, le taylorisme et le fordisme sur la course à la productivité et au salariat généralisé, le travailleur s’est trouvé privé de toute véritable liberté. L’égalitarisme promu par les communautarismes victimaires n’est en rien l’égalité ; il est au contraire, « l’appareil idéologique qui abolit la hiérarchie pour mieux instaurer un surcroît de domination ». Car l’égalité n’est pas l’absence de hiérarchie ; cette dernière, justifiée par le mérite et non l’argent, devient non seulement juste mais profitable à tous. Quant à la solidarité, elle n’est pas l’expression d’un État-providence, mais celui d’un État-social mettant en place les conditions d’une « coresponsabilité citoyenne ». Partant du constat que l’injustice sociale est arrivée à une forme d’oppression, et après avoir décortiqué les mécanismes économiques mais aussi idéologiques de cette injustice, l’auteur analyse les forces en présence.

Tout en haut de la hiérarchie sociale se trouvent les oppresseurs, dont on peut suivre la montée en puissance depuis la Renaissance, formant une hyper-classe qui milite pour la mondialisation afin d’échapper à ce qu’il reste des puissances étatiques. Tout en bas, leurs complices inconscients, sous-prolétariat aujourd’hui majoritairement constitué par l’immigration. Entre les deux, les travailleurs, qu’ils soient ouvriers ou petits patrons, pris en étau. Dès lors, que faire ? Retrouver la notion de bien commun, de res-publica, au sein de la nation, repenser la fonction publique et le rôle de l’État, dépasser le salariat, réformer les syndicats, créer des coopératives, une banque solidaire d’investissement : telles sont quelques-unes des solutions proposées ici pour un nouveau contrat social entre l’État et les citoyens.

04/05/2018

La fracture verticale...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Paul Brighelli, cueilli sur son blog Bonnet d'âne et consacré à la fracture entre la France d'en haut et celle d'en bas... Normalien et agrégé de lettres, ancien professeur de classes préparatoires, Jean-Paul Brighelli est un polémiste de talent auquel doit déjà plusieurs essais comme La fabrique du crétin (Folio, 2006), A bonne école (Folio, 2007), Tableau noir (Hugo et Cie, 2014), Voltaire et le Jihad (L'Archipel, 2015) ou C'est le français qu'on assassine (Blanche, 2017).

 

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La fracture verticale

Le gauchisme fut la maladie infantile du capitalisme. Il est aujourd’hui son symptôme sénile. Le NPA — et tous les ersatz du trotskisme —, Benoît Hamon et Jean-Luc Hyde / (celui qui se revendique castriste, à ne pas confondre avec Jekyll Mélenchon, qui préfèrerait être populaire) persistent à croire à un axe gauche / droite parfaitement horizontal, qui situe les Républicains et Marine Le Pen quelque part à l’extrême-droite du spectre. Ce qui permet à Macron de trôner au centre, dans un meden agan politique dont il a fait ses choux gras et ses 25% d’électeurs qui en valent 70. Sans doute est-ce cela que l’on appelle la démocratie.
Cette configuration arrange si fort le Président de la République, que si elle devait persister (et il fait de son mieux pour cela), il le sera encore dans dix ans.
La France insoumise, comme l’a raconté un intéressant article de Marianne.fr, est partagée entre ceux qui croient encore (et c’est bien de foi qu’il s’agit) à cette dichotomie droite / gauche, et ceux qui à la suite d’Iñigo Errejón, l’un des leaders de Podemos, ont compris que « la principale frontière qui divise nos sociétés n’est pas celle qui sépare les sociaux-démocrates et les conservateurs, mais celle qui sépare ceux d’en haut du reste de la société, reste de la société qui souffre du consensus néolibéral, des politiques technocratiques et des coupes budgétaires, appliquées tantôt par la gauche, tantôt par la droite ».

J’ai moi-même mis un certain temps à le comprendre, parce que je vivais dans l’illusion professionnelle d’œuvrer pour que les enfants des classes populaires bénéficient, comme autrefois, de ce fameux « ascenseur social » dont on nous a rebattu les oreilles. Ou, à défaut d’ascenseur, en panne depuis lurette, au moins de l’escalier. Ou de l’escalier de service. Ou…
Ou rien. Il n’y a jamais eu d’ascenseur, ce fut toujours plus dur pour les pauvres que pour les riches de monter simplement à l’étage. Et il n’y a aujourd’hui plus aucune possibilité de s’élever lorsque l’on part d’en bas. Les exemples de « réussite » que l’on nous donne valent aussi cher, en termes de raisonnement, que les self made men américains, dont la mise en évidence camoufle mal le fait qu’à 99% la société US est aussi bloquée que la nôtre. Quand tu es né en bas, désormais, tu y restes.
Voici déjà quelques années que nous sommes revenus en 1788, avec une oligarchie crispée mais triomphante au sommet et un peuple écrasé et soumis en bas. À ceci près que désormais le roi dispose de médias obéissants (le degré de lèchecultisme du Point ou de BFM envers les puissants de ce monde est proprement inouï) afin de maintenir les gens de peu, les gens de rien dans une aliénation heureuse — ou qui prétend l’être : que l’on parle autant du bonheur au moment où il ne concerne qu’une minuscule portion de la population donne une idée de l’intoxication médiatique.

L’axe n’est plus horizontal, il est vertical. En bas, le peuple. En haut, une caste qui se prétend légitime — non pas la légitimité de naissance, comme sous l’Ancien Régime, mais celle que confère un système électoral qualifié de « démocratique ».
Fuck democracy ! Inutile d’invoquer les mânes de Montesquieu pour rappeler qu’elle n’est qu’une perversion de la République. Inutile de souligner que l’oligarchie est elle aussi une perversion de l’aristocratie : le gouvernement des meilleurs a été remplacé par l’entente cordiale des copains, via les filières qu’ils se sont inventées pour se reconnaître et exclure le peuple (l’ENA par exemple, avec ses filières subséquentes, la Cour des Comptes ou les grandes banques).
À noter que cette dichotomie politique a une expression spatiale. L’oligarchie habite Paris. Le reste est… périphérique. Ça n’existe pour ainsi dire pas. On a si bien désindustrialisé la France, si bien acculé la paysannerie au suicide, si bien désespéré les cités qui ne sont pas des villes-monde, qu’il n’y a presque plus rien à craindre. Il suffit d’organiser, de temps à autre, une grande farce électorale, et le lendemain ce sera business as usual.
Parce que le système a toutes les chances de se perpétuer, si nous persistons à penser que c’est de démocratie que nous avons besoin. Les « élites » auto-proclamées inscrivent leurs enfants dans les pouponnières ad hoc, de la Maternelle à l’Université — et se fichent pas mal que tant de talents issus du peuple trépignent à la porte. On en exfiltre un de temps en temps, on l’exhibe, on le loue — et il se vend.
Les protestations « gauchistes » (au sens que Lénine donne au terme) de certains étudiants en ce moment vont dans le sens de cette glaciation sociale. Ouvrir l’université à tous, tout en sachant comment les élèves, les futurs étudiants, ont été laissés en friche par un système scolaire livré aux libertaires pédagogues, c’est entériner cet axe vertical qui conforte, en haut, ceux qui ont si bien confisqué le pouvoir et les richesses qu’ils finissent par se croire légitimes. C’est enterrer vivant le peuple de l’abîme.

Les « pré-requis » avancés cette année ne sont que de la poudre aux yeux. Pour favoriser vraiment les enfants du peuple, il faudrait une vraie sélection, mais il faudrait surtout que l’on formât le peuple. En amont. Les restrictions sur les programmes, sur les heures de cours, le recours à des pédagogies létales (jamais il n’est apparu aussi clairement que les libertaires pédagogues, les exfiltrés des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes, les cons patissants de toutes farines, faisaient le jeu des libéraux installés tout là-haut) ont eu pour effet de cristalliser dans leurs bulles quelques nantis nés les poches pleines et inscrits dans des écoles « à l’ancienne », payantes ou non, au sommet. Et en bas la masse indistincte du peuple, abonnée désormais aux pédagogies « ludiques ». Même les grands concours sont désormais viciés : si vous ne disposez pas des codes non écrits, vous n’avez pratiquement aucune chance. Quels que soient votre talent et votre travail.
Juste des leurres.

Démocratie et oligarchie vont la main dans la main — aussi bien dans l’idéologie « de gauche » que dans la pensée « de droite ». Ce n’est pas pour rien que tous les gouvernements, avec une touchante unanimité, ont investi beaucoup d’argent dans la pérennisation des ghettos scolaires, puisque le ghetto d’en bas était la garantie de l’immuabilité du ghetto d’en haut. Pas un hasard si tous les gouvernements (mais particulièrement ceux de gauche) ont désigné « l’élitisme » scolaire comme leur principal adversaire, promouvant un égalitarisme qui in fine ne sert que les intérêts des classes dirigeantes — qui pratiquent entre elles une démocratie en circuit fermé.

« Classe » est un mot bien trop lourd. Une oligarchie n’est pas une classe, mais un gang. Le modèle de ces gens-là n’est ni Adam Smith (ni Bastiat), ni Marx : c’est Al Capone, et il n’est plus installé à Chicago, mais à Bruxelles — avec une planque secondaire à Berlin. Quant à la possibilité que se lèvent des « incorruptibles » pour s’opposer à ces gens-là… Ceux qui existent se font dégommer depuis des années par les cons vaincus de l’axe horizontal.
Il est significatif que ce soient des Etats installés aux marges de l’Europe (Espagne ou Grèce — ou Hongrie aussi en quelque manière) que s’élèvent les voix du peuple. En Espagne, Podemos est devenu en deux ans le troisième parti du pays. Mais il lui reste encore à convaincre ses concitoyens que le PP ou le PSOE sont des verrous mis en place par la mafia, des verrous qu’il faut faire sauter. Et non des partis légitimes.
En France… Qualifier d’extrême-droite des gens qui ont voté Marine Le Pen pour protester contre leur exclusion (car le peuple a bien compris qu’il lui était désormais impossible de bouger, sous le talon de fer velouté des oligarques) permet au système de se perpétuer — on l’a vu en juin. Se réclamer de la Droite ou de la Gauche est tout aussi stérile. Et Macron, qui est loin d’être un imbécile, joue fort bien des contradictions de la Gauche et de la Droite en attirant à lui les suceurs de rondelle et les lécheurs de bottes. Laissez venir à moi les petits profiteurs.

Contre la démocratie, dont le vice originel a permis cette division entre un Paradis réservé aux « élus » et l’enfer d’ici-bas, il faut restaurer la République. Restaurer le moment républicain, où un homme du peuple pouvait, en six mois, devenir général — et envoyer chez la Veuve les aristocrates figés dans leurs quartiers de noblesse. Contre la mondialisation, il faut restaurer la Nation. Il faut le faire vite, sinon la situation dégénérera. Ce n’est pas par les élections qu’il faut passer — elles sont contrôlées par le Système —, mais par la rue.
Sinon, la rue se vengera tôt ou tard, pour le pire ou pour le pire.

Jean-Paul Brighelli (Bonnet d'âne, 19 avril 2018)

21/04/2018

« Nul ne survivra seul: nous survivrons par la Nation »...

Vous pouvez ci-dessous découvrir un entretien avec Hervé Juvin, réalisé le 18 avril 2018 par Edouard Chanot pour Radio Sputnik, dans lequel il évoque, notamment, son nouvel essai  France, le moment politique (Rocher, 2018).

 

                                   

03/10/2017

Un nouvel outil de dissolution nationale...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Bernard Plouvier consacré aux droits dont sont désormais abondamment pourvus les étrangers présents illégalement sur notre territoire. Médecin, Bernard Plouvier est l'auteur d'essais et d'études historiques décapantes, comme Faux et usage de faux en histoire (Dualpha, 2012) ou Le dérangement du monde (Dualpha, 2016).

 

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Un nouvel outil de dissolution nationale : le clandestin et ses droits

Autrefois, les choses étaient simples et, somme toute, fort logiques. La clandestinité avait une double connotation : celle du secret et de l’illégalité. Le clandestin était reconduit à la frontière de son choix ou de son origine.

Mais ça, c’était avant la dictature des droits liés au simple fait d’être né, avant la création des lois par et pour le pouvoir économique.

Dès l’Antiquité, en Mésopotamie comme en Chine, en Grèce ou à Rome, la notion de droits individuels était corrélée à celle des devoirs : enrichir la collectivité par sa force de travail ou dans la défense du Bien commun et ne pas nuire à autrui par des actions criminelles ou délictueuses.

Ces vieilles lunes se sont effacées devant le nouveau soleil censé éclairer l’humanité : le culte des droits dévolus à n’importe qui ayant l’apparence d’un humain. Du seul fait qu’il existe, l’être humain a le droit de parasiter celles des sociétés où l’on est devenu tellement « libéral » qu’on y oublie l’origine même du Droit : la protection des personnes et des biens de ceux qui enrichissent la collectivité par une honnête activité et de ceux qui l’ont enrichie.

Seuls les niais gobent cet immense bobard qu’est le culte des Droits de tout homme. Sa finalité réelle est de stimuler la consommation, selon le principe bien connu des petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Tout est bon, dans nos sociétés décadentes, pour détourner le produit des taxes et des impôts, soit l’argent public, vers la consommation privée.

L’immigré clandestin est bien plus utile à l’économie mondiale s’il peut consommer plus, étant parasite d’une société riche, qu’en restant travailler de façon très peu productive dans son pays d’origine, où il gagne très peu et consomme misérablement.

Veut-on un exemple ? Prenons celui du clandestin en France.

Certes, le clandestin ne peut en principe travailler… mais il jouit des mêmes droits que le travailleur français en matière d’indemnisation des accidents du travail et des maladies professionnelles, et il a de même droit à une retraite !

Certes, le clandestin est exclu du bénéfice de la Sécurité sociale, mais, sans avoir cotisé à la SS ni à une mutuelle, il jouit de l’entière gratuité des soins, via l’AME. Idem, il a droit à un hébergement provisoire gratuit… si on lui trouve une place et s’il hurle assez fort pour qu’on n’ose contester « ses droits ».

Bien entendu, il a droit aux allocations familiales et ses concubines éventuelles, en sus de son épouse reconnue par « la loi » (la loi s’applique donc aux clandestins, comme c’est bizarre !), ont droit à l’allocation de « parent isolé ».

L’État et les collectivités locales lui viennent en aide, probablement pour le remercier d’avoir, de façon illégitime, posé les pieds sur le sol français. L’Allocation Temporaire d’Attente était initialement de 150 euros/mois : avec les majorations pour charge de famille, le clandestin pouvait atteindre 450 euros mensuels ; depuis 2012, l’aumône de la République est passée à 467 euros mensuels pour le clandestin isolé, 700 pour un couple, avec 140 euros supplémentaires par enfant à charge.

On comprend aisément que les clandestins, estimés à 400 000 en 2012, soit en afflux permanent et pour trois raisons :

–  La loi du 31 décembre 2012 a supprimé le « délit de séjour irrégulier » : le clandestin n’est plus « illégal »… on ne sait plus très bien ce qu’il est !

–  On en régularise environ 20 000 chaque année.

–  Bien que clandestin, l’immigré entré par fraude jouit d’un pouvoir d’achat : il ne s’agit plus seulement de tolérer son entrée irrégulière, mais de lui fournir de l’argent, ce qui lui permet, entre autres choses, de rembourser ses passeurs !

L’argent public alimente le trafic d’humains autant que le parasitisme social, sans que ne soit jamais posée la bonne question. La Nation française (et le raisonnement est identique pour l’ensemble des Nations européennes) a-t-elle besoin d’analphabètes africains alors que notre « Éducation nationale » en fabrique déjà beaucoup, de mahométans à la mentalité médiévale, de jeunes mâles exotiques à la mentalité de conquérants primitifs ?

Seule une réponse affirmative donnée par une majorité de citoyens français, consultés par voie référendaire, permettrait de justifier l’arsenal législatif qui a transformé les clandestins de l’état de délinquants à celui de consommateurs parasitaires, avalisés par l’État.

On le sait depuis longtemps, mais il est utile de répéter les évidences jusqu’à ce que le dernier des abrutis comprenne : les élus trahissent les intérêts de la Nation… et les Français de souche européenne qui tolèrent  cet état de fait sont potentiellement des criminels contre l’humanité : par leur passivité et leur lâcheté, ils préparent l’élimination ou l’esclavage de leurs descendants.

Bernard Plouvier (Metamag, 28 septembre 2017)