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josé antonio primo de rivera

  • 1936 : qui a vraiment tué Federico García Lorca ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un article d'Arnaud Imatz cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la mort du poète Federico García Lorca au début de la guerre d'Espagne.

    Fonctionnaire international à l’O.C.D.E. puis administrateur d’entreprise, spécialiste de l'Espagne, Arnaud Imatz vient de publier Histoire des idées politiques nationales - Au-delà de la droite et de la gauche (L'Artilleur, 2026). Il a précédemment publié  La Guerre d’Espagne revisitée (Economica, 1993), Par delà droite et gauche (Godefroy de Bouillon, 1996), José Antonio et la Phalange Espagnole (Godefroy de Bouillon, 2000), Droite - Gauche : pour sortir de l'équivoque (Pierre-Guillaume de Roux, 2016) et Résister au dénialisme en histoire (Perspectives libres, 2023).

    Pour en savoir plus sur la vie et l’œuvre de Federico García Lorca, on pourra utilement consulter le Lorca de Annick Le Scoëzec Masson publié en 2019 aux éditions Pardès dans l'excellente collection « Qui suis-je ? ».

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    1936 : qui a vraiment tué Federico García Lorca ?

    Federico García Lorca est sans nul doute le poète et le dramaturge le plus connu de la littérature espagnole du XXe siècle. Il est, pendant la Guerre d’Espagne, avec le dramaturge Pedro Muñoz Seca, qui lui est mis à mort par des miliciens de gauche, l’une des plus célèbres victimes du fanatisme de miliciens de droite. Arrêté illégalement, le 16 août 1936, en pleine guerre civile, il est assassiné à l’âge de 38 ans sur la route qui mène de Viznar à Alfarez, près de Grenade. Le 16 octobre 2008, la décision du juge madrilène, Baltasar Garzón, de procéder à l’ouverture de dix-neuf fosses, dont celle où, selon divers témoignages, se trouvaient les restes du poète, n’avait pas manqué de raviver les débats et les polémiques sur les troublantes circonstances de sa mort. D’autant plus, que cette décision controversée s’est accompagnée de continuelles pressions destinées à faire fléchir la volonté expresse de la famille García Lorca, qui manifestait clairement son refus d’exhumer les restes du poète et son désir de respecter le repos éternel des morts. Refusant d’accéder à la requête des héritiers, le juge de l’Audience nationale, Baltasar Garzón (radié de la magistrature pour corruption en 2012) avait imposé de procéder d’urgence à l’exhumation, mais dans « l’intimité », et en autorisant la présence de la famille. Depuis, les tentatives d’exhumation du corps du poète, effectuées sur la base des différents témoignages recueillis depuis 1955, se sont toutes avérées infructueuses.

    Qui sont les vrais responsables de l’assassinat de Federico García Lorca ? Grâce aux travaux d’une pléiade de journalistes et d’historiens, parmi lesquels Marcelle Auclair, Ricardo de la Cierva, Ian Gibson, José Luis Vila San Juan, Luis Hernández del Pozo, Eduardo Molina Fajardo, Manuel Titos Martínez, Manuel Ayllon, Miguel Caballero et Pilar Gongora, pour ne citer qu’eux, la réponse est aujourd’hui bien connue. Quels sont donc les faits bien établis sur le crime de Viznar ? Comment sont-ils interprétés ? Federico García Lorca est-il mort en raison de ses sympathies pour le Front populaire et de son combat contre le « fascisme » ? Est-il le symbole ou la victime la plus célèbre de l’intransigeance de l’Espagne traditionnelle, de « l’implacable mécanisme d’extermination mis en place par l’Espagne franquiste » ? A-t-il été plutôt le jouet d’une rivalité séculaire entre deux familles aisées d’Andalousie ? A-t-il été, au contraire, un malheureux bouc émissaire désigné en raison de son homosexualité déclarée ?

    Selon le mythe le plus répandu, popularisé à l’envi par le cinéma, la presse, la télévision et la radio, Federico García Lorca est « un intellectuel du Front populaire assassiné par la Phalange ». Une légende qui n’a pourtant que de lointains rapports avec la réalité. Le neveu du poète, secrétaire de la Fondation qui porte son nom, Manuel Fernández-Montesinos García-Lorca, a protesté, énergiquement, « contre ceux qui cherchent à minimiser la valeur littéraire de Federico […] contre l’acharnement politique à vouloir ouvrir la fosse où repose son corps […] contre l’utilisation de sa tombe à des fins de propagande ».

    Le refus de l’embrigadement

    La vérité historique dément bien sûr les interprétations partisanes. Non seulement les phalangistes ne sont pas les auteurs du crime, mais paradoxalement, dans le camp national, ils sont les seuls à avoir fait tout leur possible pour que le poète recouvre sa liberté. Ce crime barbare est en réalité le résultat d’une manœuvre machiavélique orchestrée par des membres de la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA), principal parti libéral-conservateur de la IIe République espagnole, qui cherchaient à s’attirer la sympathie des militaires et à discréditer la Phalange josé-antonienne en démontrant que certains de ses chefs protégeaient et cachaient des « rouges » dans leurs propres foyers.

    García Lorca peut-il pour autant être considéré comme un militant de gauche ? Rien n’est moins sûr. Tous ceux qui l’ont vraiment connu en ont témoigné : la politique n’était pas sa préoccupation première. Lorca était avant tout un écrivain à la fois élitiste, précieux, baroque, avant-gardiste et populaire. En lui convergeaient la tradition et la modernité, la culture libérale sécularisée et la religiosité traditionnelle, le particularisme et l’universalisme. Né dans une famille aisée, sa sensibilité le portait à défendre les plus pauvres, les paysans et les gitans, au nom de la justice sociale, mais il n’avait rien d’un révolutionnaire. Il avait coutume de dire : « J’ai plus de peine pour un homme qui veut accéder au savoir et qui n’en a pas la possibilité que pour n’importe quel affamé. »

    Lorca refusait, par principe, de participer à un acte politique, quand bien même celui-ci avait une connotation culturelle. À plusieurs reprises, il manifesta de l’irritation lorsque son nom fut utilisé à des fins politiques. Interrogé sur ses préférences politiques, il répondit un jour qu’il se sentait « catholique, communiste, anarchiste, traditionaliste et monarchiste ». Son détachement envers la politique lui permettait de conserver des relations amicales avec des écrivains aux convictions fort différentes : communistes comme Rafael Alberti, socialistes comme Fernándo de los Rios ou phalangistes comme Agustin de Foxá, Edgar Neville ou Felipe Ximenez de Sandoval.

    Gabriel Celaya, poète basque et militant communiste, en a témoigné. Il a même raconté l’anecdote (contestée) suivante : fin février 1935, García Lorca et Celaya se donnèrent rendez-vous au cabaret de Madrid Casablanca. Dès son arrivée, Celaya eut la surprise de voir Federico en compagnie de José Antonio Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange. « Hé ! Viens ici ! s’écria Federico. Je vais te présenter José Antonio. Tu verras, c’est un type très sympa. » Les trois hommes passèrent la soirée ensemble autour d’une bonne bouteille de whisky (voir Gabriel Celaya, « Un recuerdo de Federico García Lorca », Realidad : revista de cultura y política, Rome, 9, avril 1968). Gabriel Celaya rapporte une seconde anecdote tout aussi surprenante. L’année suivante, le 8 mars 1936, il retrouva Federico García Lorca à l’hôtel Biarritz de Saint-Sébastien. Quelle ne fut pas sa surprise de retrouver Lorca cette fois en compagnie de l’architecte José Maria Aizpurua, fondateur de la Phalange de la province basque de Guipúzcoa. Cette rencontre intervint au lendemain des élections de février qui avaient porté le Front populaire au pouvoir et les esprits étaient particulièrement échauffés. Celaya refusa de serrer la main d’Aizpurua. Mais une fois que le phalangiste eut quitté la salle, García Lorca lui reprocha vertement d’avoir refroidi l’ambiance. Espiègle, il lui confia d’un air badin : « Aizpurua est un bon type, qui admire mes poèmes. D’ailleurs, c’est comme José Antonio. Voilà un autre bon type. Sais-tu que tous les vendredis nous dînons ensemble ? »

    Le principal contact de Lorca avec le mouvement phalangiste était Luis Rosales, un jeune poète de Grenade, étudiant en philosophie et en droit, collaborateur de la revue madrilène El Gallo. Rosales devait jouer un rôle clef dans les derniers jours de Lorca.

    La traque

    Le 12 juillet 1936, au cours d’un dîner chez le poète chilien, Pablo Neruda, Federico García Lorca manifesta son intention de quitter Madrid pour « se mettre à l’abri de la foudre ». Le lendemain, il confiait à un autre de ses amis phalangistes, Edgar Neville : « Je m’en vais parce qu’ici, on veut m’impliquer dans la politique, alors que je n’y entends rien et que je ne veux rien savoir. Je suis l’ami de tous et je souhaite seulement que tout le monde puisse travailler et manger. »

    Le 15 juillet, il parvient sans encombre à Grenade, où il vit désormais tranquille dans la ferme familiale, la Huerta de San Vicente, en compagnie de ses parents, de sa sœur Concha, de ses deux neveux et de la nurse Angelina. Mais les affres de la guerre civile vont vite le rattraper. Le 18 juillet 1936, alors que les premières informations sur le soulèvement militaire lui parviennent, à Madrid, l’extrême gauche publie dans la presse une cruelle caricature. On voit Federico vêtu en premier communiant et la légende douteuse qui figure sous le dessin est sans ambiguïté : « García Lorca : enfant mignon, fierté de sa maman. » Plus grave, le poète communiste Rafael Alberti récite à la radio des vers injurieux contre les militaires soulevés qu’il attribue indûment à Lorca. Le prestigieux écrivain libéral, Ramón Pérez de Ayala, accusera plus tard Alberti d’avoir cherché sciemment à provoquer la mort de son ami. Pour sa part, la sœur du poète téléphonera à Alberti pour le supplier de ne plus mettre en danger la vie de son frère.

    Le soulèvement éclate à Grenade le 20 juillet. Les militaires insurgés, commandés par de jeunes officiers et appuyés par plusieurs groupes de civils, militants des partis de droite et de la Phalange, s’imposent en trois jours. Dans la ville, isolée et encerclée par les forces du Front populaire, la tension est extrême. Les informations qui parviennent sur les massacres perpétrés par les miliciens de gauche à Malaga ont tôt fait de déclencher une terrible répression. Dans toute la Péninsule, les massacres répondent aux massacres, la répression à la répression.

    À Grenade, le commandant José Valdés Guzmán assume le pouvoir de Gouverneur civil. Il nomme ses hommes aux postes clefs et constitue une section chargée de la répression. Valdés est un militaire qui se prétend phalangiste, mais qui provient en fait de la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA), un parti libéral-conservateur. À la veille des élections de février 1936, il était l’un des responsables de la formation des candidats de ce parti, bête noire de la Phalange. Autour de lui, se retrouvent le chef de la Police, Julio Romero Funes, l’ancien député de la CEDA, Ramón Ruiz Alonso, un groupe hétérogène de militants de droite et enfin un autre groupe nourri de néo-phalangistes ou chemises neuves (par opposition aux militants josé-antoniens d’avant le déclenchement de la guerre civile, qualifiés de vieilles chemises).

    Dans toute l’Espagne, la Phalange – dont plus de 60 % des leaders ont été assassinés ou sont détenus – est littéralement submergée par les nouvelles recrues. Le mouvement phalangiste de José Antonio ne comptait pas plus de 30 à 40 000 adhérents à la veille du conflit. Il voit ses effectifs monter subitement à 200, puis à 500 000 affiliés. Ces chemises neuves, commandées par des cadres improvisés, nommés en l’absence de toute direction, ne savent rien du national-syndicalisme et, provenant des partis de droite, sont généralement dépourvues de toute préoccupation sociale.

    Dans la seule ville de Grenade, les quelques dizaines de vieilles chemises ou de phalangistes josé-antoniens sont débordés par plus de mille chemises neuves issues des partis de droite. À leur tête, le commandant Valdés impose le capitaine de la Garde d’assaut (sorte de Garde républicaine), Manuel Rojas Feijespan. Très tôt, le commandant Valdés entre en conflit avec le leader des vieilles chemises, qui avait été nommé directement par José Antonio Patricio González de Canales, une sorte de saint laïc. Celui-ci refuse obstinément que ses hommes participent aux détentions et exécutions sommaires. Soucieux de s’en débarrasser au plus vite, en accord avec le général Queipo de Llanos, Valdés requiert un avion, qui, après avoir volé de Séville à Grenade, emporte de force le responsable phalangiste récalcitrant.

    Dès le 20 juillet, Federico García Lorca apprend la nouvelle de l’arrestation de son beau-frère, Manuel Fernández Montesinos, maire socialiste de Grenade. À la Huerta de San Vicente, l’atmosphère est lourde et tendue. Les vieilles querelles ou relations conflictuelles, qui divisent pour des raisons économiques trois riches familles de propriétaires terriens de la région (qui ont fait fortune dans le négoce de la betterave sucrière), d’une part, la famille du père de Federico, Federico García Rodriguez, un libéral républicain et, d’autre part, les familles Roldán et Alba, l’une proche de la CEDA (Confédération des droites autonomes) et l’autre monarchiste libérale (alphonsine), vont confluer et entraîner la mort du poète. À cela s’ajoute le fait que les Alba vouent une haine particulièrement farouche à Federico depuis qu’ils ont eu vent de son œuvre La Casa de Bernarda Alba, critiquant sévèrement leur famille.

    Le 5 août, sur dénonciation du clan des Roldán, le capitaine Rojas, à la tête d’un groupe de néo-phalangistes, perquisitionne la maison de famille des Lorca. Rojas prétend ne rechercher que le frère de l’intendant de la ferme. Les coups et les insultes pleuvent. Federico est battu, traité de « pédé », jeté dans l’escalier. Lassés, les miliciens quittent enfin les lieux.

    Le soir, inquiet pour sa vie, Federico García Lorca appelle au téléphone son ami Luis Rosales et lui demande de le protéger. Professeur de littérature à l’Université, Luis Rosales s’apprête à rejoindre le front comme volontaire phalangiste. Il accourt immédiatement à la ferme de San Vicente. Après un rapide conciliabule, il décide de loger Lorca chez lui, au centre de la ville, à trois cents mètres du siège du gouverneur civil où réside le commandant Valdés. Dès son arrivée dans la demeure des Rosales, les frères aînés de Luis, Miguel et Pepe – deux phalangistes de la première heure – et leurs parents accueillent le poète à bras ouverts.

    Soutien phalangiste

    Valdés et Ruíz Alonso vont mettre onze jours pour découvrir la cachette. Le 16 août, la sœur de Federico, Concha, dont le mari a été arrêté le 20 juillet, parle, apeurée sous la menace de voir son père emmené en otage. Pour Valdés et Ruiz Alonso, l’aubaine est trop belle. Ils vont enfin pouvoir se débarrasser des Rosales et du groupe des vieilles chemises qui leur sont ouvertement hostiles.

    Le jour même, Ruiz Alonso, muni d’un mandat d’arrêt et accompagné de deux sections de miliciens de la CEDA, se présente au domicile des Rosales. En l’absence des trois frères et de leur père, il est reçu par Madame Rosales. Ruiz Alonso se veut rassurant. Son attitude est tellement mielleuse que le malheureux Lorca se convainc qu’il ne lui arrivera rien. Prudente, Madame Rosales retient Ruiz Alonso pendant qu’elle fait chercher son fils d’urgence au siège de la Phalange. Miguel accourt en hâte et s’interpose, mais en vain. Emmené de force, Federico García Lorca est fouillé et emprisonné.

    Dès le soir, Luis et Pepe, de retour du front, décident d’agir avec l’appui d’une demi-douzaine de phalangistes. Indignés, tous se rendent au siège du gouverneur civil dans l’intention de libérer leur ami. À l’entrée, Pepe bouscule les gardes qui barrent le passage ; il surgit dans le bureau du gouverneur civil et récrimine durement Ruiz Alonso et le Commandant Valdés. L’altercation est d’une extrême violence. Pepe sort son revolver, mais à un contre cinq, la détermination du petit groupe de phalangistes ne suffit pas. Finalement, Pepe Rosales obtient l’autorisation de voir le prisonnier.

    Le 17, Pepe se présente à nouveau devant Valdés. Il est cette fois en possession d’un ordre de libérer García Lorca, qui a été signé par le gouverneur militaire, le colonel Antonio Gómez Espinosa. Mais rien n’y fait. Valdés ne se démonte pas et répond qu’il regrette, mais que le prisonnier n’est plus là. Un mensonge gobé par Pepe Rosales qui ignore que Lorca est encore là pour quelques heures.

    Le 18 août au matin, Federico García Lorca est transféré en secret à l’ancienne résidence pour enfants de la Colonia, qui a été convertie depuis peu en lieu de détention. Conduit sur la route d’Alfaraz, il est sommairement exécuté avec deux compagnons d’infortune, le maître d’école, Dióscoro Galindo et le banderillero Francisco Galadi, à 4 heures 45 du matin, au pied des oliviers du ravin de Viznar.

    Des années durant, le principal responsable de sa mort, le Commandant Valdés, niera toute implication dans l’affaire. Mais depuis 1983, grâce aux recherches du journaliste de Grenade, Eduardo Molina Fajardo, la déclaration originelle des frères Rosales a été retrouvée et la responsabilité directe du Commandant Valdés établie.

    L’exécution de Federico García Lorca fut bel et bien ordonnée par le Commandant Valdés avec l’aval du général Queipo de Llano. Au lendemain de ce crime barbare, Luis Rosales sera emprisonné à son tour et évitera d’être passé par les armes grâce à l’amende substantielle que versera sa famille et, plus encore, grâce à l’arrivée inespérée, à Grenade, de l’un des plus prestigieux chefs phalangistes de la première heure, le médecin Narciso Perales.

    Fidèle parmi les fidèles de José Antonio, lui-même théoricien du national-syndicalisme, Perales se heurte dès son arrivée au Commandant Valdés. Il témoignera plus tard qu’au cours de leur dispute, Valdés lui avait déclaré cyniquement : « Écoutez, pour moi, dans toute cette histoire de national-syndicalisme, ce qui est national me semble bien, mais ce qui est syndicalisme me donne des maux d’estomac. » Curieusement, le commandant Valdés, toujours affublé de la chemise bleue phalangiste dans les films et les séries télévisées, ne la porte jamais sur les photos de l’époque, comme celles publiées dans le journal Ideal entre juillet 1936 et juillet 1937.

    Après la création de la nouvelle Phalange traditionaliste de Franco (FET), en avril 1937, mouvement né de la fusion imposée de la Phalange originelle et des divers partis de droite et la condamnation à mort consécutive du second chef national de la Phalange, Manuel Hedilla, parce qu’il refuse ce « décret d’unification » (rejet qui vaut au phalangiste Pedro Durruti, frère du leader anarchiste, Buenaventura Durruti d’être fusillé), le docteur Narciso Perales entre dans la dissidence et la clandestinité. Quant à Luis Rosales après avoir collaboré à de nombreuses revues littéraires phalangistes, pendant les années 1940 et 1950, il prend également ses distances avec le régime.

    En mars 1937, peu de temps avant la disparition de la Phalange de José Antonio, deux revues phalangistes ont expressément condamné l’assassinat de Lorca par la voix du phalangiste Francisco de Villena de Saragosse. En hommage à Lorca, une belle élégie a été publiée par lui dans le quotidien Amanecer, puis dans l’hebdomadaire Antorcha. À nouveau, le 11 mars 1937, Luis Hurtado Álvarez a publié un article dans le journal phalangiste de Saint-Sébastien, Unidad, dont les premiers mots étaient sans équivoque : « On a assassiné le meilleur poète de l’Espagne impériale. » Toujours en 1937, le poète sévillan, Joaquín Romero Murube, proche lui aussi des milieux phalangistes, a dédié à Lorca son recueil de poèmes Siete romances. Plus tard, en 1939, pour ne citer qu’un seul exemple de plus, le poète phalangiste, José María Castroviejo, a dédié lui aussi un poème à Federico García Lorca, repris dans son recueil Altura.

    La vérité prend l’escalier

    Après la guerre civile, alors que dans l’Espagne franquiste, personne n’ose plus évoquer officiellement les véritables circonstances de l’assassinat du poète, des phalangistes amis de José Antonio ne se privent pas d’affirmer publiquement que « Lorca était le poète préféré de José Antonio. » Dans les années 1940, 1950 et 1960, les revues des jeunes du Front de la Jeunesse et de la Section féminine, dirigée par Pilar Primo de Rivera, publient régulièrement les poèmes de Lorca. En 1952, les théâtres ambulants de la Section féminine représentent la Zapatera prodigiosa.

    Bien des années plus tard, en 2012, bien après le retour de la démocratie, Juan Ramirez de Lucas, collectionneur et critique d’art connu, rompra enfin un long silence en évoquant sa relation homosexuelle avec Federico. C’était en 1936, il était alors âgé de 19 ans et il reçut vraisemblablement la dernière lettre écrite par le poète andalou, datée du 18 juillet 1936. Depuis cette révélation, l’énigmatique inspirateur des célèbres Sonetos de amor oscuro est enfin connu. Auteur de plusieurs livres, défenseur du Valle de los Caidos, œuvre de l’architecte Diego Mendez, Juan Ramirez de Lucas, a été le grand amour de Federico. À vingt-cinq ans, il s’est engagé dans la 3e batterie du Régiment d’artillerie de la Division Azul pour lutter contre le communisme sur le Front de l’Est. Par la suite, de retour en Espagne, il est entré à la rédaction du journal ABC, sur la recommandation de Luis Rosales, avant de devenir un spécialiste de l’art populaire et un expert de la critique d’architecture.

    L’histoire, on le sait, est toujours plus subtile et plus complexe que ne le laissent accroire les idéologues. Grâce aux efforts de quelques historiens sérieux, la fausse rengaine d’un Federico García Lorca, « intellectuel de gauche assassiné par la Phalange », si appréciée des propagandistes du Komintern, alors qu’en réalité il fut victime de la droite libérale-conservatrice, n’est désormais plus acceptée comme vraie et sûre.

    Arnaud Imatz (Site de la revue Éléments, 2 septembre 2026)

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  • Les Phalanges espagnoles...

    Les éditions Synthèse viennet de publier dans leur collection des Cahiers du nationalisme un essai de Michel Festivi intitulé Les Phalanges espagnoles.

    Avocat honoraire et ancien bâtonnier de l'ordre, Michel Festivi est l'auteur de plusieurs ouvrages historiques consacrés à l'Espagne de la première moitié du XXe siècle, dont dernièrement Les griffes de Staline sur l'Espagne républicaine - 1936/1939 (Dualpha, 2025), avec une préface de l'historien espagnole, spécialiste de la guerre civile, Pio Moa.

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    " Les bouleversements considérables générés par la Première Guerre mondiale, et l’émergence du bolchévisme léniniste en Russie, fin 1917, vont ébranler l’histoire de l’Italie puis de l’Allemagne, et l’onde de choc va se prolonger dans toute l’Europe, jusqu’en Espagne.

    Ainsi, les années 1920-1930 produiront de nouvelles idéologies, et la Péninsule découvrira le national-syndicalisme, qui tentera d’édifier une troisième voie, pour dépasser le capitalisme, le libéralisme, ainsi que le socialisme marxiste ou libertaire, mais dans la sphère nationale, devenue la référence suprême. C’est donc l’histoire de ces mouvements et des hommes qui le porteront, que l’auteur nous fait découvrir, dans cette synthèse documentée qui revient sur l’histoire de l’Espagne parallèlement.

    Car la plupart des nations européennes, en ce premier tiers du XXe siècle, vivront des expériences politiques et idéologiques novatrices voire révolutionnaires, qui entendaient lutter à la fois contre le libéralisme économique que l’on pensait en fin de vie, surtout après la crise économique et financière d’octobre 1929, mais en aspirant à surpasser le communisme léninisme ou libertaire, pour en finir avec la lutte des classes, et œuvrer au bien commun dans un cadre national, comme l’ambitionnera le national-syndicalisme.

    C’est cette équation très compliquée, teintée de surcroit d’hispanisme, de catholicisme, de castillanisme, que nous narre l’auteur, au travers de l’histoire politique des Juntas de Ofensiva Nacional-sindicalista (Las JONS), et de la Falange Española, (La FE) et de ceux qui entendront entreprendre le renouveau du destin de l’Espagne et conquérir l’État : Ramiro Ledesma Ramos, Onésimo Redondo, José Ruiz de Alda, et quelques autres, et aussi, bien sûr et surtout, José Antonio Primo de Rivera.

    Ces mouvements qui voulaient créer une nouvelle Espagne, n’échapperont pas à l’histoire tragique mais aussi glorieuse, de cette séquence espagnole : la Guerre civile, puis le régime franquiste."

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  • José Antonio Primo de Rivera, le politicien-poète du XXe siècle...

    Le gouvernement socialo-communiste espagnol, composé des successeurs de ceux-là mêmes qui, au début de la guerre civile espagnole, ont assassiné José Antonio Primo de Rivera (1903-1936), le fondateur de la Phalange, vient d'essayer de tuer symboliquement ce dernier une deuxième fois, quatre-vingt-sept ans plus tard, en retirant sa dépouille du mausolée du Valle de los Caídos, dédié à toutes les combattants tombés pendant la guerre civile. Face à cette ignominie, Javier Portella revient sur la figure exceptionnelle de José Antonio.

    Directeur d’El Manifiesto et essayiste, Javier Portella écrit régulièrement dans la revue Éléments ou sur les sites de Boulevard Voltaire et Polémia. Il est déjà l'auteur de  Les esclaves heureux de la liberté (David Reinarch, 2012) et N'y a-t-il qu'un dieu pour nous sauver ? (La Nouvelle Librairie, 2021).

     

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    José Antonio Primo de Rivera, le politicien-poète du XXe siècle

    « En hissant notre drapeau, nous allons le défendre joyeusement, poétiquement. Parce qu’il y a des gens qui croient que pour unir les volontés […] il faut cacher tout ce qui peut susciter l’émotion ou indiquer une attitude énergique et extrême. Quelle erreur ! »

    Ce drapeau que José Antonio Primo de Rivera voulait hisser était évidemment un drapeau politique. En le levant, il ajoutait : « Les peuples n’ont jamais été conduits que par les poètes, et malheur à celui qui ne sait pas élever, face à la poésie qui détruit, la poésie qui promet. »

    Jamais de tels mots – la conjonction du poétique et du politique – n’avaient résonné avec autant de force dans l’espace public. On ne les avait même jamais entendus à des époques – polis grecque, res publica romaine, monarchie de droit divin – où une sorte de souffle sacré soufflait sur le politique.

    Mais qu’en est-il aujourd’hui, alors que la vie politique est devenue une prosaïque affaire de marchands ? Ces paroles – prononcées le 29 octobre 1933 lors de la cérémonie de fondation de la Phalange espagnole – paraissent à nos oreilles modernes aussi extravagantes que bizarres, et ce malgré le fait – ajoutera-t-on peut-être – qu’elles sont esthétiquement fort jolies. Oh oui, elles sont fort jolies, on peut le dire ! Et elles sont très bien dites, ajoutera-t-on sans doute aussi ! Et qu’il était beau, ce pauvre homme, vraiment ! Et cetera.

    La conciliation des contraires

    La conjonction du poétique et du politique – la tentative de mobiliser les masses en invoquant un souffle poétique ou spirituel – est, il est vrai, une contradiction dans les termes. Mais il y a contradiction et contradiction. Il y a, d’une part, les contradictions affreuses, les non-sens dépourvus de sens. Et il y a, d’autre part, la Grande Contradiction – l’« étreinte des contraires », comme je l’appelle – qui, comme Héraclite le savait déjà, conduit le monde et la vie : cette vie qui n’existerait jamais sans être aiguillonnée par la mort ; ou cet ordre de l’intelligible qui n’existerait jamais sans être entrelacé avec celui du sensible ou de l’émotion.

    Qu’est-ce que ce désir, qu’est-ce que ce combat ? Il s’agit d’une aspiration et d’une lutte – l’essence même du projet joséantonien – où s’entremêlent deux termes on ne peut plus contradictoires : révolution et conservation. La révolution qui conduit à rompre avec l’ancienne conception rétrograde du monde, tout en conservant tout ce que, de la tradition, il est impératif de préserver.

    C’est là, dans cet embrassement des contraires, que se situe la conjonction du politique et du poétique : dans le combat qui, nécessairement enlisé dans la boue de l’espace public, est animé d’une aspiration poétique ou spirituelle.

    Le nœud de la révolution et de la conservation

    Ce qu’il faut rompre, selon José Antonio, ce sont les flagrantes injustices sociales du capitalisme libéral (non pas, bien sûr, pour les remplacer par les injustices bien pires du socialisme). Mais ce à quoi il faut mettre également fin, c’est au dépérissement des choses, à la perte de leur sève ou de leur substance : cette conséquence de l’individualisme et du matérialisme qui conduit, écrit-il, « non pas à la mort par catastrophe, mais à la stagnation dans une existence sans grâce ni espoir, où toutes les attitudes collectives naissent chétives […] et où la vie de la communauté s’aplatit, s’entrave, sombrant dans le mauvais goût et la médiocrité ».

    Face à cette vie médiocre et chétive, il s’agit d’élever son souffle poétique, de miser sur la renaissance spirituelle d’un monde gouverné aujourd’hui par des désirs matériels exclusifs et présidé par l’égalité et les libertés que, contrairement à ce que prétendent ses ennemis, José Antonio ne rejette nullement. Au contraire, tout en regrettant leur caractère purement formel, il cherche à les revitaliser, à leur donner un sens et un contenu réels.

    C’est pourquoi il écrit : « Lecteur, si tu vis dans un État libéral, essaie d’être millionnaire, beau, intelligent et fort. Alors, oui […], la vie est à toi. Tu auras la presse pour exercer ta liberté de pensée, des automobiles pour exercer ta liberté de mouvement. Si tu n’en as pas, si tu n’es pas au cœur du pouvoir économique, tu resteras dans le caniveau. »

    La nation au cœur

    Et avec tout cela, l’Espagne, la Nation : cette « unité de destin ».

    La nation, la patrie : le grand pilier de cet ordre substantiel et organique pour lequel José Antonio plaide et qui est aux antipodes de ce que Zygmunt Bauman appelle la « modernité liquide ».

    La nation, la patrie : le lieu de la tradition, des origines, du destin. De tout ce sans quoi nous ne serions rien ni ne dirions rien.

    La nation, l’histoire, la tradition : cette lave incandescente qui se déploie au fil des siècles, reliant les vivants aux morts et les projetant vers ceux qui viendront à l’avenir.

    La nation : la négation du nationalisme étroit, maussade, grossier, car la patrie, comprise comme elle doit l’être, représente la négation même du patriotisme grossier, plat, chauvin.

    La nation : cette unité de destin qui s’oppose au terroir, dont José Antonio combat farouchement l’étroitesse provinciale.

    Et le franquisme dans tout cela ?

    Quel rapport tout cela a-t-il avec le régime mis en place après la victoire du camp national dans la guerre civile ? Le franquisme a fait de José Antonio un saint et a porté la Phalange sur les autels ; mais ses idéaux n’avaient pas grand-chose à voir avec la réalité de ce régime prosaïque, gris, de plus en plus bourgeois, si éloigné du souffle poétique qui « conduit les peuples ».

    Qu’y avait-il de commun entre « l’Espagne joyeuse et en jupe courte » prônée par José Antonio et l’Espagne pudibonde, aux vêtements bienséants et à la pruderie dominante que l’on encourageait du haut des chaires ? La vérité, c’est qu’au-delà des apparences, au-delà de l’attirail de ceintures, d’escadrons et de chemises bleues, les deux n’ont pratiquement rien à voir.

    Quinze jours avant d’être fusillé, et alors qu’il se proposait comme médiateur pour essayer de faire cesser l’affrontement mortel entre les deux camps, José Antonio avait eu lui-même l’intuition de tout ce qui le séparait du franquisme naissant. En des termes sommaires – ce sont les notes d’un brouillon – mais profonds et durs, il avait analysé la nature sociale, politique et idéologique de ceux qui avaient pris les armes.

    La grandeur de José Antonio

    « Un groupe, écrit-il, de généraux d’une médiocrité politique désolante. De purs clichés élémentaires (ordre, pacification des esprits…). Derrière eux : 1) le vieux carlisme intransigeant, borné, inamical. 2) Les classes conservatrices, intéressées, myopes, paresseuses. 3) Le capitalisme agraire et financier, c’est-à-dire : […] l’absence d’un profond sens national ».

    Le profond sens national, la clairvoyance, le regard d’aigle : voilà ce qui caractérisait l’homme qui, par un de ces miracles qui ne se produisent que de loin en loin, réunissait deux traits extraordinaires : celui d’un combattant aguerri au combat acharné de l’arène politique, et celui d’un penseur profond et subtil, consacré aux grands défis de l’esprit.

    Mais ce miracle fut de courte durée, à peine cinq ans. La rafale d’un peloton de miliciens l’a tué. Ceux qui ont appuyé sur la détente sont pareils aux pilleurs de tombe qui s’imaginent aujourd’hui pouvoir effacer la présence de José Antonio. Vaine tentative ! Car ils ne peuvent rien contre la présence et la mémoire du seul politicien-poète, du seul politicien-philosophe de l’histoire espagnole.

    Javier Portella, traduction d’Arnaud Imatz (Site de la revue Éléments, 24 mai 2023)

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  • Ledesma Ramos et le national-syndicalisme espagnol...

    Les éditions de Synthèse nationale viennent de publier dans leur collection des Cahiers d'histoire du nationalisme, un volume consacré à Ramiro Ledesma Ramos, le fondateur du national-syndicalisme et l'associé dans la Phalange de José Antonio Primo de Rivera. On y trouvera, outre un texte original de Georges Feltin-Tracol, l'étude que Jean-Claude Valla avait consacrée à ce personnage dans les Cahiers libres d'histoire (n°10, 2002).

     

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    " Ramiro Ledesma Ramos (1905-1936)

    La jeunesse, l'engagement, la fondation des Juntes offensives nationales syndicalistes, les combats, la fusion avec la Phalange de José Antonio Primo de Rivera, la guerre d'Espagne, le national syndicalisme, son assassinat en octobre 1936 par les républicains... autant de sujets traités parmi d'autres dans ce Cahier d'Histoire du nationalisme n°13 consacré à Ramiro Ledesma Ramos, figure méconnue du mouvement phalangiste espagnol... "

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  • Ramiro Ledesma Ramos et le fascisme en Espagne...

    Les éditions Ars Magna viennent de publier un essai inédit de Ramiro Ledesma Ramos intitulé Le Fascisme en Espagne. Intellectuel, fondateur du national-syndicalisme, Ramiro Ledesma Ramos fusionne son mouvement à la Phalange de José Antonio de Rivera avant de s'en séparer à la veille de la guerre civile. Arrêté peu avant le soulèvement militaire, il est assassiné en prison, en octobre 1936, par des miliciens du Front populaire.

     

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    " Publié en Espagne en 1935, Le Fascisme en Espagne, ses origines, son développement, ses hommes, de Ramiro Ledesma Ramos n’avait jamais été traduit en français. La chose est faîte et elle était nécessaire car ce livre est d’une grande importance historique.

    Rédigé par un intellectuel brillant, Le Fascisme en Espagne rend compte de l’ambiance politique du début des années 1930 dans la péninsule Ibérique. Une ambiance marquée par les assassinats politiques, la répression, l’incapacité des libéraux et des monarchistes, le laïcisme militant des partis de gauche et la montée aux extrêmes qui aboutit au Fronte Popular et à la Guerre d’Espagne. Le lecteur y découvrira les premiers pas de la Phalange espagnole des JONS, ses débats stratégiques et idéologiques, ses conflits internes et sa scission de 1935 suscitée par l’auteur de cet ouvrage. "

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  • Des actes pour authentifier les paroles !

    Nous reproduisons ci-dessous l'éditorial de Dominique Venner publié dans le dernier numéro de la Nouvelle Revue d'Histoire (le numéro 55).

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    Des actes pour authentifier les paroles

    Depuis 1789, en Europe et ailleurs, des révolutions il y en eut de toutes couleurs, rouges, noires, brunes et d’autres encore. Notre dossier est consacré à leur naissance souvent mystérieuse. Nous les examinons avec un regard factuel et historique, le regard aussi des idées et des croyances, celui enfin de la sociologie.

    Toute révolution suscite des oppositions et des résistances. Leur violence est en proportion de ce qui les a engendrées. Notre hors-série n° 2 (en kiosque jusqu’à la fin du mois de juillet 2011, ensuite en vente par correspondance) est consacré à l’immense résistance populaire de la Vendée, des chouanneries et des insurrections fédéralistes qui soulevèrent des régions entières contre la Terreur à partir de 1793. Chacun pourra se reporter à ce dossier exceptionnel.

    L’historien n’est pas un idéologue ou un croyant. Il examine, décrit et s’efforce de comprendre des phénomènes par définition complexes. Il n’entre pas dans le jeu partisan et manichéen qui juge les hommes, les idées et les actes en noir et blanc, même quand il donne la parole à des témoins dont on ne peut exiger l’impartialité.

    Mais la distanciation n’interdit pas d’apprécier la grandeur, la générosité, la bassesse, l’ignominie, la pleutrerie et dix autres traits de caractère qui se révèlent au cours des événements. De ce point de vue apparaissent saisissants certains acteurs qui agissent seuls, avec le courage de l’espoir ou du désespoir, au cœur des immenses mouvements collectifs de leur temps. L’incarnation emblématique de ces individualités d’exception est Charlotte Corday. Nous lui avons consacré une étude dans la NRH (1). La figure de cette jeune femme est stupéfiante. Elle n’était nullement royaliste et s’était détachée de la religion. Comme son aïeul Corneille, elle puisait ses exemples dans l’Antiquité romaine et la méditation de Plutarque. Initialement favorable à la Révolution naissante, celle de 1789 et 1790, elle s’en éloigna devant les dérives sectaires, haineuses et sanguinaires qui vinrent ensuite. Sa révolte devait la conduire, on le sait, avec une audace et une détermination incroyables, elle qui était toute féminité, à tuer Marat de sa main, le 13 juillet 1793. Pour elle, ce personnage sinistre était l’incarnation d’une horreur dont il fallait libérer sa patrie. Avec la même fermeté, elle affronta le Tribunal révolutionnaire et la guillotine, sans jamais un instant de faiblesse.

    Sa figure fait surgir dans mon esprit celle de Claus von Stauffenberg, l’acteur principal de l’attentat du 20 juillet 1944 (2). Ce jeune officier est aussi atypique que Charlotte Corday. Dans les premières années du IIIe Reich, il fut un admirateur du Führer, avant de découvrir, au cours de la guerre, des raisons de le haïr. Il ne devint pas pour autant le « démocrate » version américaine que s’est efforcée de colorier la légende postérieure à 1945. Le « manifeste » qu’il rédigea peu avant de se lancer dans sa mission sacrifiée atteste d’une Weltanschauung personnelle en accord avec la pure tradition nationale allemande de la « Révolution conservatrice ».

    Pourquoi le souvenir de Charlotte Corday et du colonel Stauffenberg fait-il poindre en moi le visage de l’écrivain japonais Mishima et celui d’un autre sacrifié parfaitement oublié aujourd’hui ? C’était un Espagnol, membre dans sa jeunesse de la « vieille » Phalange. Le 20 novembre 1970, pour le 34e anniversaire de l’exécution du fondateur, Jose Antonio Primo de Rivera, il se donna la mort publiquement. Par ce geste, il entendait protester contre la trahison des idéaux phalangistes que représentait pour lui le régime du vieux général Franco tel qu’il avait évolué. Il s’appelait Francisco Ferranz. Il avait cinquante-deux ans.

    Il n’y a pas d’âge pour s’indigner autrement qu’en paroles, mettre sa peau au bout de ses idées et témoigner pour l’avenir.

    Dominique Venner (Nouvelle revue d'histoire n°55, juillet - août 2011)

     

    Notes :

    1. La NRH n° 27, p. 21.
    2. La NRH n° 41, p. 32.

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