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15/03/2018

Union des droites ou droite plurielle ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Gabriel Robin, cueilli sur le site du magazine L'Incorrect et consacré à la question de l'union des droites...

 

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Union des droites ou droite plurielle ?

On l’oublie souvent, mais l’« union des droites » a existé dans la vie politique française, au moins durant les deux premières décennies de la Troisième République. C’est à l’aune de cette donne historique que l’on doit envisager quelle forme pourrait revêtir aujourd’hui l’union des droites.

Les alliances entre factions politiques à la fin du Second Empire, comme au début de la Troisième République, sont difficiles à appréhender. Les différents groupes composant la droite née des suites de la proclamation de la Troisième République, donc du traumatisme de la guerre franco-prussienne de 1870, s’ils avaient de grandes divergences, partageaient une même défiance à l’égard du retour à la forme républicaine des institutions de la nation française, sorte de miroir inversé du gouvernement d’Emile Ollivier qui avait précédé la chute du Second Empire.

Légitimistes, orléanistes et bonapartistes autoritaires nourrissaient tous le secret espoir d’abattre la gauche, alors unanimement républicaine, s’inspirant peut-être de la relation qui unit Jean-de-Dieu Soult, héros de la bataille d’Austerlitz, à Louis-Philippe durant la monarchie de Juillet. Un ressentiment qui culmina sous une forme paradoxale, baroque, sinon grotesque : le boulangisme. Suicidé sur la tombe de sa maîtresse, le Général Boulanger sut auparavant réunir autour de sa personne des républicains de gauche, mais aussi des nostalgiques de la monarchie et de fervents bonapartistes, qui financèrent cette drôle et pathétique épopée du XIXème siècle français finissant.  Ainsi s’achevait « l’union des droites » en France. La tentation d’en finir avec la République n’était pas morte, loin s’en faut, surtout dans les cercles royalistes qui ont longtemps cru pouvoir y parvenir, notamment sous l’impulsion de l’Action Française de Charles Maurras. Hasard de l’histoire, les maurrassiens empruntèrent à Paul de Cassagnac, député bonapartiste jusqu’au-boutiste, l’expression « La Gueuse » pour désigner la République.

Ressusciter l’idée d’« union des droites » implique donc d’en mesurer la portée historique et politique. Il ne s’agit pas d’un concept anodin, mais bien de l’affirmation d’une volonté d’union de sensibilités extrêmement diverses face à un ennemi commun, un régime honni. Autour de quel programme (ou quelle détestation commune, ce qui serait plus précis en l’espèce) ? Avec quels hommes ? Tant de questions presque insolubles qui font du projet d’union des droites une hypothèse peu vraisemblable à l’heure où j’écris ces lignes. Auteur de La guerre à droite aura bien lieu – Le mouvement dextrogyre, Guillaume Bernard a bien tenté de tracer à grands traits ce que pourrait être l’union des droites au XXIème siècle : « L’unité de la droite ne viendra pas de la connivence des « chefs » mais de l’aspiration du peuple de droite à l’adoption d’une plateforme commune. Si les chefs ne suivent pas, la base n’aura pas d’autre solution que de se passer d’eux ».

Passons sur le fait que Guillaume Bernard se débarrasse un peu trop facilement des difficultés politiciennes, pour nous attarder sur le consensus politique qu’il entend construire. L’essayiste dégage cinq points, à ses yeux essentiels d’une vision politique de droite authentique : la défense de l’identité et du patrimoine hérité ; la restauration de l’autorité de l’Etat ; la promotion de la souveraineté nationale ; la «subsidiarité » censée garantir les libertés, notamment économiques ; et, le maintien d’une « conception traditionnelle » en matière de mœurs et de bioéthique. Ces principes pourraient-ils donc servir de programme commun d’une « union des droites » contemporaine ? Possible sur le fond. Au moins pour une partie de la sociologie de l’électorat de droite, plus engagée et généralement plus militante.

Mais n’y-a-t-il pas là aussi l’expression d’une forme d’idéal platonicien, que la réalité contredit le plus souvent ? Imagine-t-on le « peuple de droite », si l’on admet qu’il existe, se réunir spontanément autour d’une personnalité providentielle venue le guider vers la victoire ? Plus surréaliste encore, en créant ex-nihilo une plate-forme de démocratie directe et participative, totalement horizontale ?

Les difficultés pratiques sont réelles, sans compter que les principes ne sont pas un programme. Si le diable se cache dans les détails, cela n’est sûrement pas sans raison. Quid de la partie sur la souveraineté nationale, infiniment complexe ? Quid de la formule indiquant que le programme commun de la droite devrait défendre une « conception traditionnelle » en matière de mœurs et de bioéthique ? Il n’est pas difficile de percevoir les premières difficultés auxquelles feraient face les promoteurs actuels de l’union des droites, si d’aventure ils cherchaient à bâtir un outil agglomérant les différents courants d’un camp dont l’identité politique commune de ses partisans se réduit parfois au fait qu’ils ne soient pas de gauche !

Interrogée par Laurent Delahousse, Marine Le Pen se déclarait ouverte aux alliances, sans toutefois aller jusqu’à se définir comme étant elle-même de droite : « Je souhaite défendre la nation avec tous ceux qui sont prêts à le faire ». Seul parti de gauche partageant des vues similaires à celles de Marine Le Pen sur la question européenne, La France Insoumise ne se rapprochera jamais, de près comme de loin, d’une formation qui ne serait pas véritablement de gauche, c’est-à-dire dotée d’un axe idéologique l’orientant prioritairement vers la lutte contre les inégalités, cœur de combat du marxisme et de ses dérivés. Alors qui ? La droite, pardi ! Nicolas Dupont-Aignan ? En dépit des pudeurs de gazelle qu’il affiche, il a déjà franchi le pas et pourrait recommencer. Problème, il ne pèse pas suffisamment pour créer une majorité. Il n’y a donc qu’une solution en magasin : Les Républicains. La lucidité m’oblige à penser que l’éventualité est très peu probable en l’état.

L’étude des votes du premier tour de l’élection présidentielle avait montré que les électorats de François Fillon et de Marine Le Pen plaçaient les mêmes sujets en tête de leurs priorités respectives, hors la lutte contre les déficits et la dette publique. À l’image de l’Italie ou de l’Autriche, les électeurs de droite s’accordent au moins sur un sujet : la lutte contre l’immigration. La coalition de centre-droit italienne, qui a échoué de peu à former une majorité, dénonçait ainsi la gestion de la crise des « migrants » par le parti démocrate europhile de Matteo Renzi.

Laurent Wauquiez pourrait vouloir profiter de la relative faiblesse de Marine Le Pen dans les derniers sondages, en chute dans tous les indicateurs testés dans le sondage Kantar Sofres-One Point pour Le Monde, pour encore durcir sa proposition et se présenter en champion de la « droite vraiment de droite ». Ce désamour est certainement en trompe l’œil, Marine Le Pen bénéficiant toujours d’un monopole de fait dans le créneau du nationalisme à la française. L’« union des droites » ? Les cadres des Républicains n’en veulent d’ailleurs pas dans leur grande majorité, y compris aux élections locales. Il faut bien dire que les institutions de la Vème République ne s’y prêtent pas, favorisant le fait majoritaire au détriment des alliances faites de compromis.

Ajoutons à cela que les sympathisants des Républicains, contrairement à ceux du Front national, majoritairement favorables à des accords, ne sont pas non plus très séduits, n’étant que 11 % à déclarer vouloir traiter le «Front national comme un allié en passant avec lui une alliance électorale globale » et 32 % à se montrer favorables à l’idée de « faire des alliances » ponctuelles avec le Front national en fonction des circonstances, toujours selon le sondage Kantar Sofres-One Point. Une telle reconfiguration pourrait, en outre, dépouiller la droite de gouvernement de l’intégralité du centre, déjà largement aspiré par Emmanuel Macron.

Si la « bataille des idées » n’a pas été remportée par la droite – encore faudrait-il s’assurer qu’elle l’eût un jour véritablement livrée -, les constats qu’elle dresse sont désormais mainstreams. Éric Zemmour le disait dans nos colonnes : « Mon constat et mon diagnostic sont désormais la norme ! Ce que je disais il y a quelques années est devenu banal. Tout le monde le pense ».  Même Ariane Chemin. Je ne donnerais pas d’autres noms pour ne vexer personne. L’Union des droites serait-elle donc la traduction d’un impensé français ? Soit la réunion d’une majorité protéiforme : celle qui dit que le réel a eu lieu ?  Malheureusement, cette majorité de l’opinion publique n’a pas de traduction politique efficiente. En aura-t-elle une demain ? Rien n’est moins sûr.

Céder au désespoir, se lamenter face à la fatalité serait pourtant une « sottise absolue ». La droite, prise dans son sens le plus large, doit être modeste. La solution révolutionnaire ou le coup de force lui sont hors de portée.  Une première option pourrait donc consister à privilégier l’émergence d’une droite plurielle à la romantique et nébuleuse union des droites. L’idée de droite plurielle pourrait servir à former des coalitions aptes à gouverner, ses membres s’accordant pour remplir un minimum d’objectifs le plus efficacement possible, sans s’étouffer et faire de trop grandes concessions. En somme, il s’agirait du retour de Richelieu, pour qui la politique était l’art de rendre possible ce qui est nécessaire.

Seconde option offerte à la droite dite « authentique », plus étonnante : se résoudre à rester dans l’opposition un bon moment, en l’envisageant de manière productive. Dans des sociétés connectées, surinformées, l’opinion peut jouer un rôle de moteur historique en influençant les décisions prises par le gouvernement et en aidant les communautés de pensée à s’organiser en lobbys. Il ne s’agit pas à proprement parler de « métapolitique », mais de para-politique. Vaste sujet…

Gabriel Robin (L'Incorrect, 12 mars 2018)

12/12/2017

100% conservateur...

Le numéro 4 du mensuel L'Incorrect est arrivé en kiosque. On peut y trouver un dossier consacré au conservatisme, et y lire, notamment, des articles de Guillaume Bernard ("L'ambiguïté congénitale du conservatisme"), de Camille La Hire ("Faut-il conserver les conservateurs ?") et de Vincent Coussedière ("La droite a-t-elle gagné, le combat idéologique ?") ainsi qu'un entretien avec Frédéric Rouvillois ("Conservateur en chef ").

Le sommaire complet est disponible ici

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14/11/2017

Lui coller une bonne droite ?...

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" Le 3e Forum de la Dissidence, organisé par Polémia, se tiendra le samedi 18 novembre, de 10h à 18h, au New Cap Event Center (Paris XVe).

Le salut ne viendra pas des partis politiques tant qu’ils resteront médias-dépendants. Il viendra des intellectuels, des militants, des réinformateurs, des médias alternatifs.
Y réfléchir. Ce sera l’un des objets du Troisième Forum de la dissidence le 18 novembre.

Lors de cet événement, nous évoquerons notamment quatre constats fondamentaux pour, enfin, prendre conscience que l'union est aussi naturelle que nécessaire.

Premièrement, le peuple de Droite existe.
Deuxièmement, les idées de Droite sont majoritaires.
Troisièmement, les intellectuels de Droite se réveillent.
Quatrièmement, LMPT, le plus puissant mouvement social récent, fut de droite.

Logiquement, il est donc temps de réunir la Droite autour d'un socle commun d'idées. "

Pour s'inscrire : 3e Forum de la Dissidence

 

                             

11/11/2017

Pour ou contre la souveraineté ?...

Dans ce nouveau numéro de l'émission de TV Libertés, « Les idées à l’endroit », Alain de Benoist reçoit le politologue Guillaume Bernard, le docteur en philosophie Guilhem Golfin, auteur d’un essai intitulé Souveraineté et Désordre politique, et Aristide Leucate, docteur en droit, journaliste et essayiste. Ils évoquent ensemble la question de la souveraineté.

 

                                     

16/11/2013

Une France en marche vers l'insurrection ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Guillaume Bernard, cueilli sur Valeurs actuelles et consacré à la révolte qui monte au sein du peuple français...

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Une France en marche vers l'insurrection ?

Au cours des temps, les crises se sont révélées multiformes : religieuses, institutionnelles, militaires, sanitaires, etc. L’Histoire enseigne que la conjonction des crises partielles peut entraîner des bouleversements d’envergure. Le cas de l’Empire romain, à partir du IIIe siècle, est édifiant : crise économique et fuite sociale vers les campagnes, crise identitaire et instrumentalisation de la citoyenneté à des fins fiscales, crise militaire et pression migratoire aux frontières, crise institutionnelle et accroissement du dirigisme étatique. Toute ressemblance avec une situation vécue devrait conduire à en tirer des leçons.

L’actuelle situation de la France est, pour le moins, inquiétante, car elle doit faire face à une pluralité de crises : insécurité physique et matérielle (depuis les incivilités jusqu’à la plus violente des criminalités), insécurité économique et sociale (chômage de masse, retraites incertaines), insécurité culturelle (multiculturalisme dû à une immigration non assimilée, déracinement en raison de la mondialisation, bouleversement des moeurs). L’aggravation possible de chacune de ces crises est naturellement anxiogène. Mais la crispation de l’opinion publique vient également de ce que nombre d’hommes politiques relativisent l’importance, voire nient l’existence, de certaines de ces crises, se contentant d’incriminer la fermeture à l’autre et le passéisme moralisateur.

L’incapacité des politiques à appréhender la réalité de la multiplicité et de l’interaction des crises procède essentiellement de leur idéologie matérialiste : ils réduisent les dysfonctionnements de la société à un trouble dans le domaine de l’avoir. Ils ne parviennent pas à identifier la nature profonde des enjeux, à déterminer le dénominateur commun de toutes les frictions. Ils ne saisissent pas qu’il y a, à leur racine, une crise de l’être : incertain quant à sa persistance en tant que puissance industrielle, militaire ou civilisationnelle, le corps social français vit une étape périlleuse et décisive dans son existence. La porosité des frontières extérieures de l’espace Schengen, les abandons de souveraineté à l’Union européenne, l’explosion de la dette publique, la baisse du niveau scolaire ou encore les émeutes urbaines sont autant de sujets qui illustrent, tant sous l’angle individuel que collectif, la perte des libertés, la dépossession de soi et la dilution de la maîtrise de son destin.

Deux facteurs principaux expliquent la force inhabituelle de l’actuelle exaspération. Premièrement, la conjonction de catégories socioprofessionnelles jusqu’ici distinctes, voire opposées (ouvriers, agriculteurs, employés et artisans) : la paupérisation économique, la spoliation fiscale, le déclassement social et la relégation spatiale dans la France périphérique les rendent solidaires. Deuxièmement, l’affaiblissement des partis politiques et des groupes d’influence (Églises, syndicats) : la contestation qui gronde n’est pas canalisée, comme jadis, par des corps intermédiaires susceptibles de la brider par stratégie ou par idéologie. Aussi, la docilité politique s’efface-t-elle progressivement devant la conviction que sa situation et surtout celle de ses enfants ne peuvent qu’empirer. Ceux qui perdent l’espoir d’une ascension sociale sont naturellement plus enclins que les autres à basculer dans la radicalisation politique.

Leur écoeurement se traduira, sans doute, à l’occasion des prochaines élections, par l’abstention ou le vote FN. Mais se réduira-t-il à cela ? Ce n’est pas être alarmiste que de poser la question. L’expérience montre que, lorsque la confiance des citoyens dans le personnel politique disparaît (à cause de l’impuissance ou de l’inconséquence de ses mesures), la légitimité du pouvoir est réduite à peu de chose. Par le passé, en 1848 comme en 1958, le régime s’est effondré en quelques semaines. Il suffit d’un événement, même anodin, pour cristalliser les mécontentements et révéler leur unité. Qu’elle arbore les drapeaux roses de la “manif pour tous” ou les bonnets rouges de la révolte contre l’écotaxe, c’est la même colère qui est en marche contre les promesses électorales sans lendemain et la condescendance des élites.


17/06/2013

Le déni de l'insécurité culturelle...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue intéressant de Guillaume Bernard, cueilli sur Valeurs actuelles et consacré à la question de l'insécurité culturelle.

 

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Le déni de l'insécurité culturelle

L’immigration (et sa forte concentration en certains endroits du territoire) conduit bien des Français — en particulier des classes populaires qui sont, plus directement que les autres, au front de la cohabitation — à se considérer dans une situation d’insécurité culturelle. Subissant par ailleurs une forme de déracinement dû, notamment, à l’uniformisation des modes de vie à cause de la mondialisation, ils se jugent acculés à défendre leur culture alors même qu’ils incarnent l’identité de référence, celle du lieu. Pourquoi une grande partie de l’élite politique et intellectuelle considère-t-elle cela comme une phobie infondée manifestant un manque d’ouverture d’esprit ?

La théorie du “creuset républicain” pose comme principe que, petit à petit, les populations d’origine étrangère se laisseront dépouiller de leurs particularismes culturels pour adhérer aux valeurs communes. Cette position repose sur l’hypothèse qu’il n’y a pas de différence entre le processus de francisation des provinces au cours des derniers siècles et l’actuelle situation des immigrés. Elle pose comme pétition de principe que toute culture est dissoluble dans la République ; si les immigrés sont encore des “minorités visibles”, c’est parce qu’ils ont subi le racisme des “Français de souche”. Il n’y aurait de rejet que subi par les immigrés et jamais commis par eux : aucune francophobie de leur part qui expliquerait, en partie, l’échec de l’intégration.

Quant à l’idéologie multiculturaliste, elle récuse l’objectif d’obtenir des immigrés qu’ils abandonnent leur identité d’origine et que, d’une certaine manière, ils se convertissent à la France. Elle admet qu’ils puissent continuer à vivre en étrangers et que l’identité française soit, à terme, transformée. L’intégration serait un processus à double sens supposant un compromis réciproque entre les immigrants et leurs hôtes. Cette position repose sur l’hypothèse que l’identité française aurait, par le passé, déjà évolué et ne serait donc pas restée globalement stable jusqu’à encore très récemment (les Trente Glorieuses). Le multiculturalisme rejette l’idée de l’assimilation, c’est-à-dire que ce soit au porteur de l’identité venue de l’extérieur

Ainsi, le déni de l’insécurité culturelle s’explique-t-il par le présupposé contractualiste de l’ordre social. En effet, il existe deux manières d’appréhender les corps sociaux. Ceux-ci sont soit conçus comme des entités naturelles inscrites dans l’ordre cosmologique des choses (position classique), soit considérés comme des constructions artificielles produites par la volonté des hommes (théorie moderne). L’appartenance à ces deux types de société se manifeste de manière radicalement différente. Dans le premier cas, elle consiste en une adéquation culturelle concrète ; la partie doit se soumettre à l’identité du tout-existant en tant que tel. Dans le second cas, elle se manifeste par l’adhésion à des principes politiques abstraits ; le tout, ainsi que son identité, sont le résultat de la conjonction des parties.

Par conséquent, des apports humains exogènes ne perturbent nullement l’identité de la société moderne, à la seule condition qu’ils ne remettent pas en cause l’existence du contrat social. À l’inverse, du point de vue classique, ils peuvent, en fonction de leurs actes, aussi bien être des facteurs de perpétuation du corps social que des causes de son délitement.

Pour les tenants de la sociabilité artificielle, considérer que certaines vagues d’immigration peuvent participer à la désagrégation sociale est analysé comme du racisme puisqu’il n’existe pas d’identité propre au tout (dépassant les nationaux du moment), mais seulement une juxtaposition de toutes les cultures particulières présentes, à un moment donné, sur le territoire d’un État. Cela les conduit à nier que la cohabitation d’identités divergentes puisse engendrer des conflits. L’insécurité culturelle n’existe pas puisque l’identité de la société est une construction en perpétuel mouvement. Et c’est ainsi que les théories intellectuelles de l’élite exacerbent les crispations sociales vécues par le peuple !

Guillaume Bernard (Valeurs actuelles, 14 juin 2013)