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05/03/2017

Les snipers de la semaine... (139)

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Au sommaire cette semaine :

- sur son site Bouger les lignes, Caroline Galactéros rafale les commentateurs bienpensants qui n'ont eu de cesse de dénoncer les pertes civiles provoquées par les bombardements russes sur Alep, et qu'on n'entend moins évoquer celles causées par les bombardements de la coalition occidentale sur Mossoul...

Quand les Etats-Unis ou la Russie tuent des civils, l’indignation est à géométrie variable

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- sur son site, Richard Millet dézingue Emmanuel Macron, le "zélé laquais du multiculturalisme idéologique...

Macron, notre ennemi

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- sur Polémia, la lettre Faits & Documents prend dans son viseur Henri de Castries, soutien voyant de François Fillon et ancien patron d' Axa...

Qui est Henri de Castries ?

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14/02/2017

Sur la "Révolution" d'Emmanuel Macron...

Vous pouvez découvrir ci-dessous la présentation et l'analyse par Michel Drac de Révolution (XO, 2016), le livre-programme d'Emmanuel Macron, candidat du système aux élections présidentielles. Une analyse lucide et utile, qui souligne la proximité de son programme économique avec celui de François Fillon.

Penseur non-conformiste, Michel Drac a publié dernièrement un essai intitulé  Triangulation - Repères pour des temps incertains (Le Retour aux Sources, 2015) et est également le fondateur des éditions le Retour aux Sources, qui publient notamment Piero San Giorgio ou Howard Kunstler.

 

                                 

26/01/2017

Le phénomène Macron, entre marche triomphale et bulle médiatique !...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Didier Beauregard, cueilli sur Polémia et consacré au  phénomène Macron...

 

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Le phénomène Macron, entre marche triomphale et bulle médiatique !

La décomposition du Parti socialiste ouvre de nouveaux espaces politiques, avec la montée en puissance d’Emmanuel Macron. Cette marche en avant, pour plagier le slogan du candidat, est-elle irrésistible, ou relève-t-elle d’abord d’un phénomène de bulle ?

La mésaventure de Juppé, ultra-favori des médias et des sondages jusqu’aux derniers jours de la primaire de la droite, invite à la prudence. Il ne suffit plus d’être le candidat choisi par le Système pour gagner à coup sûr.

Face à l’incertitude des perspectives électorales qui semblent jouer en faveur du candidat qui prétend incarner le progrès, il faut, pour retrouver quelques repères solides, revenir aux fondamentaux de la sociologie politique. Cette dernière, sur la durée, se trompe rarement.

Retour aux fondamentaux politiques

Pour schématiser, si nous reprenons les grandes forces sociopolitiques du pays, nous avons une gauche qui évolue autour des 40% et qui se subdivise en 3 courants de force plus ou moins égale, soit approximativement 1/3 de l’électorat chacune :

-l’ « archéo-gauche », incarnée par Mélenchon et les Frondeurs ;

-la gauche « conservatrice » qui tente de trouver une voie de compromis au sein du PS pour permettre à ce dernier de rester le navire amiral de la gauche, représentée aujourd’hui par Montebourg et Hamon ;

-et la gauche « opportuniste », ou sociale libérale, qui lorgne vers le centre et dont le leadership est revendiqué à la fois par Valls et Macron.

Aucune de ces gauches n’est assez forte aujourd’hui pour imposer sa domination aux autres, et l’épuisement quasi biologique du PS libère naturellement les forces centrifuges. En clair, un candidat issu de la gauche doit nécessairement capter un électorat hors des familles de gauche pour avoir une chance d’être élu. Et, incontestablement, Macron est la seule personnalité « de gauche » capable d’élargir son électorat sur son flanc droit.

La vraie question, désormais, dans le cadre d’une compétition où trois candidats ont une chance crédible d’être présents au second tour – celui de la droite, la candidate du FN, et l’outsider Macron – est d’évaluer au mieux leur force respective, en sachant, bien sûr, que de faibles déplacements d’électorat d’un candidat vers l’autre peuvent faire basculer les rapports de force entre les trois compétiteurs.

Et c’est là que nous retrouvons les fondamentaux de la sociologie politique. Nous présupposons, dans cette approche fondée sur la relative pérennité des grands courants idéologiques en fonction de la sociologie qui les sous-tend, que chaque famille politique dispose d’un plancher incompressible et d’un plafond indépassable.

L’interrogation soulevée par les sondages actuels est bien de savoir si Macron a une chance d’être présent au second tour, en passant devant Fillon, le candidat, aujourd’hui, le plus à sa portée ?

La droite « classique », avec le centre donc, représente, pour un premier tour, un réservoir de voix incompressible de l’ordre de 25%. En 2002, Sarkozy avait enregistré un score de 31% (Bayrou se situant à 18,7%) ; en 2012, le même candidat se situait à 27% (avec un Bayrou à 9,3%). Le score de la droite le plus bas sur un premier tour fut atteint par Jacques Chirac en 2002 avec un niveau de près de 20%, mais, à côté du candidat majeur de la droite, l’ensemble des « petits » candidats de droite et du centre totalisait plus de 18% des suffrages.

On peut donc légitimement estimer que, dans un contexte global de droitisation de l’électorat, Fillon peut compter sur un score minimal de 25%, ce qui, au demeurant, représenterait une performance médiocre.

Vers un duel Fillon/Marine Le Pen ?

Macron, pour sa part, a-t-il une chance raisonnable d’atteindre la zone des 25% pour venir éventuellement menacer la position du candidat de la droite ? Au-delà de l’euphorie actuelle des sondages qui le portent jusqu’à 20%, les fondamentaux ne plaident pas en faveur de cette hypothèse.

Avec un Mélenchon autour des 15%, il reste environ un volume de 20% de voix de gauche à se partager entre le candidat du PS et Macron. Dans le cadre d’un scénario extrêmement optimiste pour ce dernier, où il réussirait à capter la moitié des électeurs socialistes (soit 10% du corps électoral), où trouverait-il les 15% de voix nécessaires à une qualification éventuelle pour un deuxième tour ?

Sur la base d’une hypothèse, toujours extrêmement optimiste, où le candidat du « progrès » serait susceptible de séduire une part importante de l’électorat de centre droit qui a voté Juppé aux primaires de la droite (disons jusqu’à un électeur sur deux !), il obtiendrait, au mieux, sachant que Juppé a capté environ le tiers des voix de droite et du centre, un score supplémentaire de 4 ou 5% de l’ensemble des suffrages exprimés.

L’étiage « raisonnable et logique » du candidat Macron se situe donc autour des 15%. Un scénario extrêmement positif pour lui peut, peut-être, le conduire dans la zone des 20%, mais, en tout état de cause, le plafond de Macron n’atteint pas le plancher de Fillon.

D’autant que, dans l’hypothèse la plus pessimiste d’un brutal décrochage de Fillon, on peut légitimement penser qu’une fraction non insignifiante de l’électorat du FN se déplacerait vers le candidat de la droite pour éviter à tout prix la victoire d’un candidat issu de la gauche.

Cette hypothèse, plausible sinon certaine, ne menacerait pas pour autant la présence de Marine Le Pen au deuxième tour. Son potentiel électoral est aujourd’hui évalué autour des 25% (personnellement nous le situons plus près des 30%). Dans le cas de figure où elle perdrait quelques points en faveur de Fillon, elle resterait encore, selon la logique de notre analyse, hors de portée de Macron. On peut légitimement estimer que le niveau plancher de la candidate FN se situe également dans la zone des 25%.

Sur la base de ces hypothèses construites sur la réalité des chiffres, il apparait clairement que la seule chance de Macron d’être présent au second tour est de puiser de nouvelles clientèles dans le réservoir des abstentionnistes, soit environ, dans le cadre d’une présidentielle, 20% de l’électorat.

Cette hypothèse ne doit pas être écartée a priori, mais rien ne permet, en l’état, de l’étayer. A la lueur des exemples du passé électoral, la perspective d’une mobilisation soudaine des abstentionnistes relève plutôt de la fiction. On peut noter cependant que, lors des dernières élections régionales de décembre 2015, la campagne anti-FN aurait permis de mobiliser 4 ou 5% de voix qui ne s’étaient pas exprimées au premier tour.

Mais ce scénario suppose déjà une présence au second tour du candidat « anti-FN », quel qu’il soit, et une issue incertaine où le FN est en mesure de l’emporter, ce qui était le cas pour plusieurs régions en 2015. Il est très peu probable que le vote anti-FN soit déterminant lors du premier tour des présidentielles de 2017.

Macron n’a pas encore subi l’épreuve du feu

L’hypothèse la plus réaliste est donc bien de travailler sur un scénario de second tour opposant Fillon à Marine Le Pen, avec la question subsidiaire de savoir quel sera le positionnement respectif des deux candidats à l’issue de ce premier tour ?

Quant à Emmanuel Macron, rien, en l’état, ne laisse sérieusement présumer de sa présence à l’épreuve finale de la présidentielle. On peut même légitimement penser qu’il vit aujourd’hui la phase la plus euphorique de sa campagne. Quand viendra le temps des confrontations brutales, il y a fort à parier que sa cote de popularité fléchisse et que nombre d’électeurs rejoignent leur famille politique traditionnelle. La violente attaque anti-Macron, mais aussi anti-Valls, d’Anne Hidalgo dans les colonnes du Monde montre bien qu’une part importante de la gauche socialiste (au moins 50%) n’accepte pas le recentrage social-libéral du PS.

La force du candidat Macron est de pouvoir « pêcher » des électeurs à gauche mais aussi à droite ; sa faiblesse, en retour, est de pouvoir être attaqué, avec parfois les mêmes arguments, autant sur son flanc gauche que sur son flanc droit. Il bénéfice jusque-là de ce que la sociologie moderne appelle « l’effet de simple exposition ». Le fait même de parler abondamment d’un personnage suffit, mécaniquement, à augmenter positivement sa réputation, quelle que soit la réalité de sa notoriété antérieure.

Intensément et positivement placé sous le feu des projecteurs, le candidat du Système voit « naturellement » grimper sa cote de popularité. Ce phénomène « mécanique » n’est pas totalement probant, car Macron n’a pas encore été réellement et durement attaqué par ses adversaires.

La campagne du chouchou des médias fait penser à une armée qui défile avec brio mais dont la valeur réelle n’a pas encore été mise à l’épreuve du feu : la seule preuve qui compte.

Didier Beauregard (Polémia, 22 janvier 2017)

 

20/01/2017

La révolte contre le système médiatique est en marche !...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Ingrid Riocreux au Figaro Vox et consacré aux signes de la révolte du peuple contre les médias du système... Agrégé de lettres modernes, Ingrid Riocreux a récemment publié un essai intitulé La langue des médias - Destruction du langage et fabrication du consentement (Toucan, 2016).

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Réseaux sociaux contre journalistes : assiste-t-on à une révolution anti-médiatique ?

FIGAROVOX. - Jean-Luc Mélenchon, critique vigoureux des médias, connaît un succès retentissant sur les réseaux sociaux, notamment sur sa chaîne YouTube. Vous avez écrit un livre à charge contre le langage médiatique. Les réseaux sociaux peuvent-ils être un palliatif pour qui veut débattre et s'informer?

Ingrid RIOCREUX. - Les réseaux sociaux sont des relais très puissants. En ce sens, on peut dire que désormais, la hiérarchie de l'information échappe en grande partie aux médias officiels. Une information jugée mineure par les journalistes peut prendre une ampleur énorme par le biais des réseaux sociaux. Le problème évidemment, c'est que des informations fausses prennent également une ampleur énorme de cette manière. Mais ce qui est intéressant, c'est que la fameuse, disons, la prétendue «éthique de la responsabilité» des journalistes est totalement à revoir.

Souvenez-vous des agressions de Cologne. Toute tentative d'étouffer des faits avérés est contre-productive. Les faits en question finissent par être connus parce que les réseaux sociaux propagent les images et les témoignages. Et les médias faisant autorité apparaissent comme des manipulateurs ayant voulu cacher la vérité. Par contrecoup, les médias alternatifs gagnent en crédibilité: ils apparaissent comme ceux qui disent ce que les autres nous cachent. Il faut compléter ce commentaire en remarquant un phénomène corollaire, très compréhensible, sorte de réflexe de défense des grands médias face à la concurrence de la toile: je veux parler de la propension des médias à nous mettre en garde contre ce qui circule sur les réseaux sociaux, et je pense notamment aux épisodes d'attentats. Cet appel à la prudence est légitime, mais ces mêmes médias ne semblent pas se l'appliquer à eux-mêmes. La volonté obsessionnelle d'être le premier à divulguer telle ou telle information les conduit à relayer toutes les rumeurs, en se protégeant derrière l'emploi du conditionnel, ce qui est un peu facile! Sans compter les erreurs liées à la précipitation.

Le candidat de la «France insoumise» est probablement l'un des derniers hommes politiques à faire usage d'une langue française riche et variée, à la fois populaire et soutenue. Pensez-vous que cela puisse jouer dans sa popularité croissante à gauche?

Pas uniquement à gauche. La qualité de son expression, support d'un discours clair, capable de subtilité tout en restant très accessible, est un atout majeur qui séduit jusqu'aux gens les plus opposés à son orientation politique. On n'est peut-être pas d'accord avec lui mais on a envie de l'écouter ; et cela constitue une victoire en soi. Sa manière de parler tranche avec l'expression de François Hollande, par exemple. Le président actuel n'a pas seulement laissé massacrer l'enseignement du français dans les programmes scolaires: il a saccagé la langue dans ses propres discours. Débit hésitant, inaptitude à poser sa voix, phrasé sans rapport avec la logique de la phrase, lexique très réduit, syntaxe maladroite, souvent fautive... Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais il a contaminé Manuel Valls, qui s'était mis à scander ses phrases de la même façon que Hollande, avec cette bizarre tendance à hacher le discours qui est très agaçante à l'oreille. Une allocution de François Hollande, on la subit ; et je me surprends parfois à plaindre les journalistes qui sont obligés de l'écouter! Alors qu'on a plaisir à écouter Jean-Luc Mélenchon.

Florian Philippot, qui critique aussi vertement les médias, est en même temps un fidèle habitué des matinales radiophoniques et des plateaux de télévision. Le vice-président du FN a lui aussi décidé de lancer une chaîne YouTube pour raconter les coulisses de la campagne frontiste. N'est-ce pas un peu inauthentique et artificiel?

En fait, j'ai l'impression qu'il y a une différence essentielle entre la démarche de Jean-Luc Mélenchon et celle de Philippot. Le vice-président du FN aime les médias. On sent qu'il est à l'aise sur les plateaux. S'il fait une chaîne YouTube, c'est seulement… pour faire une chaîne YouTube, vous voyez ce que je veux dire? L'idée, c'est uniquement «il y en a qui le font et ça marche, alors on va le faire aussi». Bien sûr, cela suscite l'intérêt et la curiosité ; il suffit de voir le nombre d'articles consacrés au lancement, assez pitoyable en effet, de cette chaîne. Philippot ne va pas déserter les plateaux télé: la chaîne YouTube, c'est un petit plus. Mélenchon, lui, sait pourquoi il fait une chaîne YouTube. Ce n'est pas un coup marketing mais le résultat d'une réflexion sur les médias de masse, proche de celle qui a conduit Michel Onfray à lancer sa «Web TV». L'utilisation de YouTube par le président de «la France insoumise» se substitue à sa présence médiatique. Il dit bien que son but est de «contourner les médias officiels». Quand on espère convaincre les électeurs en s'exprimant dans la presse, à la radio, à la télévision, comme c'est l'usage, on accepte de se soumettre à la loi des médias. On leur délègue un pouvoir énorme. On ne dispose pas du temps qui serait nécessaire pour développer une pensée complexe, il faut parler vite et l'on ne peut pas s'accorder le luxe de se reprendre, de chercher le mot juste, on est interrompu sans cesse, les questions sont souvent d'un intérêt très limité, quand elles ne sont pas tout bonnement stupides. Le journaliste traque le «dérapage» ou le scoop, je dirais même qu'il cherche à les provoquer ; le reste ne l'intéresse pas. Et quoi que l'on dise, il faut faire très attention car en définitive, ce qui restera de l'interview, c'est une expression qui tournera dans le bandeau en bas de l'écran toute la journée! Coupée du reste de la phrase, isolée du contexte qui lui apporte sa justification et ses nuances, elle deviendra excessive, brutale ou caricaturale.

Les candidats dits «populistes» cherchent des plateformes d'expression alternatives face à ce qu'ils ressentent comme une mise au banc, une disgrâce. N'y a-t-il pas aussi une forme de victimisation de la part de ces candidats qui se proclament hors du système?

J'ai montré dans mon livre comment la sphère médiatique diffuse une espèce de pré-pensée définissant le corpus des préjugés officiels de notre société. Mélenchon désigne les médias comme «le parti de l'ordre». Il est vrai que certains journalistes semblent considérer que leur rôle est de veiller à ce que les pensées dissidentes ne s'expriment pas trop fort et soient publiquement dénoncées comme mauvaises, afin de préserver la paix civile, laquelle repose sur l'adhésion contrainte ou consentie à un corpus de croyances. Évidemment, plus cette adhésion est contrainte, plus la situation est explosive. La majorité du personnel politique se soumet au magistère moral des médias et accepte ce système dans lequel il faut utiliser certains mots et pas d'autres, rappeler sans cesse que l'on soutient pleinement telle idée avant de pouvoir formuler telle autre, un peu plus hardie, etc. Toujours sous l'œil sévère d'un journaliste, qui veille à la rectitude morale du propos. Vous parlez de «victimisation»: ceux que l'on considère comme des «populistes» ont en fait compris que ce dispositif d'inquisition exaspère beaucoup de gens ; et qu'il pouvait être vendeur de se faire détester des médias. On ne peut pas vraiment être un candidat «hors système». Cela reviendrait à ne pas exister du tout. Si on laisse de côté ceux qui se prétendent hors système sans l'être en rien, les candidats «hors système» sont, en réalité, ceux qui arrivent à utiliser le système contre lui-même. Ah, ils traquent les dérapages? Eh bien je vais les accumuler, les dérapages. Et les médias foncent tête baissée dans le piège. Regardez Trump: il a bâti sa victoire quasi exclusivement sur cette stratégie, être le candidat des médias malgré eux.

Emmanuel Macron, tout conseiller de François Hollande qu'il fut, se proclame lui aussi hors du système. S'appuyant sur une dynamique que les sondages ne démentent pas jusqu'à maintenant, il fait l'objet d'une certaine fascination, notamment médiatique. Lui-même n'hésite pas à tomber dans une forme d'exaltation. Que pensez-vous de la langue politique du candidat d'En Marche?

Les médias s'intéressent à lui beaucoup moins pour ses idées que pour ce qu'il est: jeune, et nouveau venu en politique. Ce qui est intéressant, c'est que lui-même centre son discours sur sa propre personne plus que sur un programme. Écoutez-le: ses propos en reviennent toujours à «je» plus «vous» égale «nous». Certes, il énumère des mesures économiques concrètes, c'est son domaine de spécialité. Cet excès de technicité sur les questions d'économie cache mal l'absence d'autres aspects, primordiaux dans tout programme présidentiel. Emmanuel Macron désigne souvent son programme en disant «notre projet économique et social» et il greffe dessus, progressivement, des questions de sécurité, d'éducation, d'immigration, etc. mais il manque une vision globale qui établisse la cohérence du projet. Ou alors, on peut considérer ce manque comme symptomatique et en déduire que pour Emmanuel Macron, la force et le prestige d'un pays, comme le bonheur de sa population, se réduisent à sa prospérité économique, sans égard pour le non-quantifiable. En fait, ce qu'il recherche, ce qu'il attend de nous, c'est moins une approbation raisonnée qu'un attachement personnel. Quand il dit: «il y a six mois, personne n'y croyait et pourtant nous l'avons fait», on a l'impression qu'il porte des idées révolutionnaires (il a même écrit un livre qui s'appelle Révolution) ; alors que si personne n'y croyait, c'est justement parce qu'il ne portait pas un discours clair, un projet identifiable. D'une certaine manière, et c'est presque admirable, il a construit sa popularité sur cette image de coquille vide: au lieu d'énoncer les axes d'une politique pour soumettre un projet à notre jugement, il a mis en scène une vaste consultation populaire. Le nom même de son mouvement — d'autres que moi l'ont fait remarquer — traduit cette absence d'orientation: en marche… vers où? quel est l'objectif ou du moins, la direction?

Loin de l'exaltation, François Fillon choisit une communication minimaliste, un langage précis voire austère, sans effet de manche. N'est-ce pas aussi une forme de rupture dans le langage politique d'aujourd'hui, dominé par les codes de la communication politique?

Si, c'est certain. On voit bien qu'Alain Juppé, en essayant de rajeunir son image par l'emploi d'un vocabulaire relâché («j'ai la super pêche») voire vulgaire («je les em....e») s'est ridiculisé, comme d'ailleurs un Bruno Le Maire, qui restera comme l'auteur de cette formule mémorable: «être français, p....n, c'est la classe!». Il n'a pas lancé sa chaîne Youtube mais son passage chez un jeune Youtubeur aura été remarqué, peut-être pas comme il l'espérait! François Fillon a joué la carte inverse et, là encore, on voit que cela fonctionne. Ses sourcils, par exemple. On sait que les sujets de l'émission Ambition intime avaient fait l'objet d'une discussion préalable ; il n'est donc pas anodin qu'il ait accepté que Karine Lemarchand lui demande pourquoi il ne s'épilait pas. Il met en scène son choix de l'authenticité: je ne suis pas idéalement photogénique selon vos canons, mais je suis vrai ; voilà l'idée. C'est encore évident dans la manière dont il endosse le rôle de l'homme austère et vieux jeu. Quand il conteste le fait que la conclusion de L'Émission politique de France 2 soit confiée à Charline Vanhoenacker, auteur d'un billet humoristique qui, manifestement, ne le fait pas rire ; alors que d'autres candidats se sentent obligés de paraître cools et branchés en feignant d'apprécier ce procédé. Ou encore quand il affirme: «J'aime mon pays, ça peut paraître ringard sur un plateau télé mais ça ne l'est pas dans le cœur des Français.» Je ne dis pas que François Fillon est plus sincère ou plus crédible que les autres. Il veut, en tout cas, donner l'image de la sincérité, c'est une question d'«éthos» pour reprendre le vocabulaire de la rhétorique. En fin de compte, on en revient actuellement à la base de la rhétorique: la question «à qui est-ce que je parle?» et implicitement, «à qui est-ce que je veux plaire?». Beaucoup d'hommes politiques ont fini par croire qu'il fallait parler aux médias, parler la langue des médias, pour atteindre l'électorat. Les mythes de l'objectivité médiatique, de la liberté de la presse ou du contre-pouvoir salutaire avaient fini par conférer aux médias le statut de caution morale nécessaire. Et l'intermédiaire était devenu l'interlocuteur unique. Aujourd'hui, une méfiance croissante envers les médias traditionnels, qui se répand indifféremment dans l'électorat de droite et de gauche, oblige le personnel politique à revoir sa stratégie. Et l'on voit que, pour un candidat, jouer la carte du rapport conflictuel avec les médias est de plus en plus efficace.

Ingrid Riocreux, propos recueillis par Alexis Feertchak (Figaro Vox, 16 janvier 2017)

04/01/2017

Que veut faire François Fillon ?...

Vous pouvez découvrir ci-dessous la présentation et l'analyse par Michel Drac de Faire (Albin Michel, 2015), le livre-programme de François Fillon, candidat des Républicains aux élections présidentielles. Comme toujours avec l'intéressé, c'est clair, posé et équilibré.

Penseur non-conformiste, Michel Drac a publié dernièrement un essai intitulé  Triangulation - Repères pour des temps incertains (Le Retour aux Sources, 2015) et est également le fondateur des éditions le Retour aux Sources, qui publient notamment Piero San Giorgio ou Howard Kunstler.

 

 

                                     

23/12/2016

La Chute de la Maison Juppé...

Nous reproduisons ci-dessous une bonne analyse de l'Observatoire des journalistes et de l'information médiatique sur les causes identifiables de la défaite d'Alain Juppé aux primaires de la droite, dont il était le favori annoncé depuis près de deux ans.

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La Chute de la Maison Juppé

Décidément, depuis quelques mois, les « séismes » électoraux s’enchainent, à croire qu’en Occident, les plaques tectoniques de l’opinion se déplacent avec fracas. L’image peut sembler d’autant plus pertinente que nous nous trouvons à la fois devant un déplacement de l’opinion majoritaire de nos pays, et devant un déphasage entre ce déplacement profond et l’horizon inamovible d’une pensée unique tenant tous les moyens d’information officiels, mais ne régnant plus qu’en surface. Cette dernière séquence-surprise qui vit s’effondrer les pronostics les mieux établis et les plus martelés, nous donne l’occasion de faire un point sur le phénomène. Comment le candidat des médias a été déchu par les suffrages ? Et surtout quelles sont les nouvelles forces qui s’affrontent, directes ou indirectes, officielles et officieuses, mainstream ou alternatives, en France, sur le plan de l’opinion ? Voici les questions auxquelles ce nouveau dossier tentera de répondre.

Une nouvelle cartographie

Les articles et dossiers de l’OJIM l’ont suffisamment répété, ce qui frappe lorsqu’on observe les médias français du début du XXIe siècle, c’est qu’ils ont fortement dévié de leur mission initiale. Passant du statut de principal contre-pouvoir à celui de principal pouvoir idéologique ; d’une fonction d’information à une fonction de propagande insidieuse ; de reflet des opinions s’affrontant au sein d’une démocratie au martèlement de la doxa libérale-libertaire de l’oligarchie mondialisée ; leur rôle et leur poids, mais aussi, à terme, leur crédibilité, ont grandement varié au cours de ce dernier demi-siècle. En conséquence, ce contre-pouvoir perverti a fini par susciter lui-même de nombreux contre-pouvoirs ou d’importantes réactions de rejet, lesquelles réactions se montrent, ces derniers temps, toujours plus spectaculaires. Aussi, il n’y a plus d’adéquation entre la presse et l’opinion, mais une configuration inédite, paradoxale et éclatée, comprenant de nombreux acteurs, que cette primaire de droite a permis de mettre exemplairement en lumière. À côté, ou contre, ou sous, les médias mainstream, on trouve ainsi les sondeurs, les humoristes, les intellectuels dissidents, la « fachosphère » qui n’est souvent que la « réinfosphère » stigmatisée par les obsédés du stigmate, ou encore l’influence des réseaux sociaux. Observons comme chacun de ces acteurs a joué son rôle, à plein ou à contre-emploi, pour faire émerger et couronner, à la surprise de tous, la figure de l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy.

« Juppémania »

C’est en novembre 2014, soit deux ans exactement avant cette primaire pré-présidentielle, qu’Alain Juppé s’est vu recevoir l’onction des médias à travers une couverture surréaliste des Inrocks, qui faisait de ce vieux chiraquien ringard, compromis, soporifique, libéral et de droite, l’icône improbable des branchouilles de gauche… Il se trouve que quelques jours plus tôt, en ce même mois de novembre, les sondages de mi-mandat révélèrent une cote de popularité du président Hollande en-dessous des lignes de flottaison de la crédibilité minimale (12%), et que le bobo commençait à comprendre que les prochaines élections présidentielles annonçaient de plus en plus inéluctablement le scénario d’un nouveau 21 avril. Aussi, prévoyant et stratège, le magazine le plus à la page des années Mitterrand se chercha-t-il un candidat à droite, désigna « Le moins pire d’entre eux », et titra, dans un espoir performatif un rien mégalo : « Juppémania », tout en livrant un entretien qui attestait de la bonne correction politique d’Alain Juppé (il se montrait favorable à l’adoption pour les couples homosexuels). Cette tentative d’influencer l’opinion par l’éloge paradoxal du « moins pire » et dans une perspective de détournement, donnait quand même l’impression cocasse d’une jeune fille qui, pour pallier son absence de cavalier, tenterait de glamouriser papy avant qu’il l’accompagne au bal. Cette stratégie, aussi biscornue que voyante, pouvait-elle se révéler efficace ? Déjà à l’époque, Loïc Le Clerc, lucide, dans Marianne, prévient : la lèche des Inrocks risque surtout d’avoir l’effet contraire à celui recherché en faisant d’Alain Juppé le « candidat des médias ».

L’Anti-Finkielkraut

Le 13 septembre dernier à Strasbourg, Juppé dévoilait l’axe de sa campagne, celui-ci se fondait sur le concept d’ « identité heureuse ». « Je porte une idée, presque un idéal, celui de l’identité heureuse », clamait-il en prenant ainsi le parfait contrepied du Gaulois Sarkozyx, mais surtout en s’opposant frontalement au philosophe Alain Finkielkraut, puisque c’est du détournement du titre d’un de ses livres les mieux vendus, L’Identité malheureuse (Stock, 2013), que le candidat tenait son « concept ». « Je persiste et je signe : oui, l’identité de la France, l’identité heureuse, c’est ce vers quoi je veux conduire le pays », a-t-il lancé devant près de deux mille personnes, réunies dans le palais des congrès de la ville, en disant : « non au pessimisme, au déclinisme ou au renoncement. » Bien sûr, cette phrase ne veut à peu près rien dire puisque soit la France a une identité, soit elle n’en a pas. Si elle en a une, elle en hérite, si bien qu’on ne conduit pas la France vers son identité, mais on prolonge, développe, déploie, l’identité que la France porte déjà en elle. Ou alors, la France n’a pas d’identité, ce qui signifie que la France n’existe pas, et en ce cas, on conduit en effet ce néant malheureux vers quelque chose de plus sympathique, fût-ce n’importe quoi. De la même manière, est-ce bien raisonnable de dire « non au pessimisme et au déclinisme », plutôt que de s’opposer aux causes de ce pessimisme et aux raisons du déclin ? Non, mais ce n’est pas le problème, il s’agit alors, pour Alain Juppé, ni de parler français (ce qui est une habitude fort discriminante), ni d’exprimer des choses intelligentes, mais de continuer de faire jouir Les Inrocks et les autres médias mainstream qui, en effet, conspuent l’académicien Finkielkraut pour son « déclinisme » et déplorent son influence, une stratégie que jusque là, les sondages encouragent, puisqu’à la fin du mois, Juppé est donné gagnant de la primaire avec près de 60% des voix.

Médias, sondeurs, intellectuels

La stratégie de Juppé se présente donc, en début de campagne, comme une stratégie efficace, et on voit qu’elle sollicite différents acteurs devenus décisifs dans l’opinion, mais dont l’effet n’est pas forcément celui qu’on escompte. La figure de l’intellectuel dissident, qu’il s’agisse d’Éric Zemmour ou d’Alain Finkielkraut, à la fois plébiscités par un peuple de l’ombre et conspués par les médias officiels ou satanisés par les humoristes du service public, cristallise sur elle de puissants enjeux. S’afficher anti-Zemmour ou anti-Finkielkraut, c’est se concilier illico toute la presse officielle, en retournant à son bénéfice leur effet répulsif. Quant aux sondages, ils semblent avoir tendance, dans un premier temps, à confirmer les signaux produits par les médias qui les commandent, un peu comme si les sondés témoignaient d’abord du fait qu’ils avaient bien compris ce qu’on attendait d’eux. Voici donc la première « boucle » qu’enclenche le candidat Juppé : 1- attaquer l’intellectuel répulsif ; 2 – s’agréger les médias mainstream ; 3 – valider le bénéfice de ce soutien par les sondages. Cela semble implacable, sauf qu’à terme, cette boucle s’avérera surtout le circuit d’une prophétie auto-réalisatrice par laquelle le système médiatique tente de se faire croire et de convaincre tout le monde que ses désirs sont des ordres, procédé qui finit même, dans la France comme dans l’Amérique de 2016, par produire un effet de retournement.

Le « bad buzz » d’Ali Juppé

Il y a d’autres acteurs, à côté des médias traditionnels, qui, aujourd’hui, influencent l’opinion de manière décisive, Internet en premier lieu. Le candidat Juppé ne l’ignore pas, d’ailleurs, et s’il semble croire que les magasins Prisunic existent encore, cela ne l’empêche pas de tweeter depuis plus longtemps que ses rivaux. « Dans sa volonté d’occuper tous les terrains, et viser au-delà des simples adhérents des Républicains, Alain Juppé s’est aussi investi dans le volet numérique de sa campagne. » lit-on dans Les Inrocks début novembre. Sauf que la Toile développe un écosystème idéologique très différent de celui des médias émergés. Des sites d’informations alternatifs y jouissent d’une audience importante et produisent parfois des messages viraux. C’est ce qui arrivera avec la caricature du candidat des médias en « Ali Juppé » lancée par le site pour le moins islamosceptique « Riposte laïque ». Le 23 octobre, Romain Herreros, dans le Huffington Post, fait un historique et une interprétation de ce « bad buzz ». Selon lui, les fachos font de l’intox. Il s’appuie notamment, pour démontrer cela, sur la rumeur de financement d’une grande mosquée à Bordeaux grâce à son maire – rumeur fausse -, ou encore en expliquant que l’imam Tareq Oubrou, l’ami gênant d’Alain Juppé, étant menacé par Daech, ne peut-être que compatible avec la République. Ce dernier n’en est pas moins issu des rangs de l’UOIF, et à ce titre, relais de l’idéologie conquérante des Frères musulmans en France. Ensuite, l’islamophilie d’Alain Juppé ne fait mystère pour personne, et lui-même est capable d’expliquer dans une lettre aux catholiques, auxquels il s’adresse en tant que « chrétien agnostique » (encore une expression strictement aberrante) : « Je pense que le christianisme est, par construction, « une invitation et une source », pour mieux dialoguer avec les musulmans », formule que même La Croix qualifiera de « surprenante ». En somme, l’intérêt du christianisme, c’est de nous ouvrir à l’islam… Rien que cette déclaration valait légitimement à Juppé son surnom.

Influence et effets comparés d’internet et des médias classiques

Plutôt qu’une intox diffusée par des fachos, on pourrait donc très bien traduire cette campagne « Ali Juppé » comme une légitime mise en garde réalisée par des lanceurs d’alerte quant aux compromissions d’un impétrant à la présidence de la République avec l’islam, dans un contexte de guerre, de conquête ou de colonisation insidieuse a minima, menée par cette religion sur le sol français. Ce qui expliquerait d’ailleurs la remarquable efficacité d’une telle campagne à laquelle Alain Juppé associera son soudain décrochage en la qualifiant de « dégueulasse ». Mais alors cela signifierait qu’il est plus dommageable d’être attaqué par un site internet laïciste qu’il est avantageux de faire une « Une » énamourée des Inrocks ? Voilà qui en dit beaucoup sur le nouvel écosystème médiatique… Mais à vrai dire, les deux événements jouaient en fait contre le maire de Bordeaux, puisqu’être le « candidat des médias », comme l’avait annoncé Loïc Le Clerc, et encore davantage à l’ère de Trump et du Brexit, cela revient à n’être pas le candidat du peuple qui perçoit toujours plus, à raison, les médias comme l’officine de propagande déguisée des intérêts de l’oligarchie.

Fillon contre l’humoriste

L’une des séquences les plus révélatrices de cette campagne des primaires, et qui sera probablement décisive pour le triomphe de François Fillon, c’est sa confrontation avec l’humoriste Charline Vanhoenacker dans « L’Émission politique » de France 2, le 27 octobre. Quand Léa Salamé et Charline Vanhoenacker n’occupent pas les créneaux principaux de France Inter, elles occupent en effet les créneaux principaux de France 2, sans doute parce que le service public audiovisuel, en France, est une « grande » famille de dix personnes de gauche. Comme l’a montré le magazine Causeur dans son numéro de novembre titré « France Inter aux Français ! », quand, sur cette station, la pensée unique n’est pas divulguée par des journalistes, elle est bombardée par des comiques. Au lieu d’une diversité d’opinion qui conviendrait à une radio financée par le contribuable, on a une diversité de tons pour la même seule et unique opinion autorisée. Placée entre Vanhoenacker et Salamé, le candidat Fillon se retrouve, symboliquement, comme au centre du système Inter, entre la journaliste de gauche et l’humoriste de gauche, entre le sérieux de gauche et le comique de gauche, entre le bon flic de la Pensée Unique et le mauvais flic de la Pensée Unique. À sa place, Nicolas Sarkozy est resté de marbre, Bruno Le Maire a ri. François Fillon va faire infiniment mieux : il va recadrer tout le monde et révéler le chantage obscène et très insidieusement totalitaire sur lequel fonctionne la propagande des médias officiels. Ce n’est pas au clown de conclure. Parce qu’alors c’est le dispositif lui-même qui est vicié. Tout fini dans la dérision, la dérision liquide tout, sauf la moraline de gauche, bien sûr, qui est sauve, et condamne ainsi tout ce qui lui échappe. Alors que l’humoriste mettait un cierge au troisième homme, elle venait de lui offrir l’opportunité de devenir le premier en sabotant un dispositif vécu comme tyrannique. C’est bien ce que confirmera d’ailleurs l’un des conseillers du candidat : « C’est ce blasphème contre « l’infotainment » qui a déclenché, selon un conseiller de François Fillon, l’incroyable dynamique qui l’a mené où l’on sait », peut-on lire un mois plus tard dans Le Figaro.

Révolte

Le triomphe impromptu de François Fillon n’avait été guère deviné, même si l’observation des dynamiques sur les réseaux sociaux, ce que les spécialistes appellent les « signaux faibles », s’est révélée plus pertinente que la seule écoute des sondages, comme dans les cas de Trump et du Brexit. Tous ces éléments sont les indices multipliés d’une nouvelle configuration et d’une nouvelle dynamique dans l’opinion, où chaque acteur peut avoir un effet insoupçonné. C’est l’anti-Vanhoenacker qui a écrasé l’anti-Finkielkraut. C’est le site internet militant Riposte laïque qui a eu une influence décisive sur le destin politique d’Alain Juppé, pas Les Inrocks. Surtout, c’est le candidat qui sabota le dispositif médiatique qui l’emporta sur le candidat promu par les médias, cette même promotion devenant, en 2016, une tare plutôt qu’un atout. Le pouvoir médiatique, en tant que contre-pouvoir perverti, est globalement vécu comme toujours plus illégitime par les populations occidentales. Si le pouvoir politique semble être devenu à peu près impuissant face à un pouvoir économique échappant à tout contrôle, les élections sont du moins l’occasion d’une révolte contre les médias officiels, alors que la sphère internet, comme nouveau contre-pouvoir médiatique, gagne quant à elle en influence et en légitimité. Tout semble donc indiquer que nous nous trouvons dans une phase transitoire et au début de l’effondrement d’un monopole idéologique. L’OJIM, bien sûr, sera en poste pour en chroniquer la chute.

OJIM (Observatoire des journalistes et de l'information médiatique, 5 décembre 2016)