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18/10/2018

Peut-on encore soigner l’âme post-Européenne ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jure Georges Vujic, cueilli sur Polémia et consacré à la maladie de l'âme post-européenne... Avocat franco-croate, directeur de l’Institut de géopolitique et de recherches stratégiques de Zagreb, Jure Georges Vujic est l'auteur de plusieurs essais, dont Un ailleurs européen (Avatar, 2011) et  Nous n'attendrons plus les barbares - Culture et résistance au XXIème siècle (Kontre Kulture, 2015).

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Merlin, le médecin de l'âme dont auraient besoin les Post-Européens ?...

 

Peut-on encore soigner l’âme post-Européenne ?

L’ère de l’après Europe

Il n’y a pas si longtemps, le philosophe tchèque Jan Patocka, développait dans son livre L’Europe après l’Europe la thèse selon laquelle nous vivions dans le monde de l’« après Europe », que Patocka situe dès la fin de la Première Guerre mondiale. Une Europe dévoyée spirituellement par la « globalisation marchande » et « l’ère planétaire ». S’ interrogeant sur l’héritage européen, Patocka constate avec raison que l’Europe a renié son identité originelle et sa vocation première – celle du « soin de l’âme » – en reprenant ce thème socratique, le sacrifiant à l’adoption généralisée et démesurée du seul calcul de la puissance et des reliquats de sa suprématie déchue.

Patocka – dans la lignée des intellectuels anti-totalitaristes et libéraux tels que Kundera – élabore ensuite une analyse de l’identité de l’Europe, laquelle serait « étrangère à toute notion réductrice d’appartenance et à toute illusoire spécificité ». Bien sûr, à l’heure de la domination planétaire du marché, il serait bien  opportun de s’interroger s’il demeure encore quelque chose de « l’héritage spirituel européen »  qui pourrait nous permettre de cultiver et prendre soin de son âme, et peut être même de nous ouvrir au monde autrement, tout en ne versant pas dans un eurocentrisme étriqué ou dans un universalisme irénique et béat.

Il persiste néanmoins une aporie propre à la pensée Patockienne qui semble arraisonnée à l’horizon indépassable de la démocratie libérale : comment se soucier uniquement de l’âme européenne (enfin ce qu’il en reste) en faisant abstraction de son corps collectif que constitue ses milliers de patries charnelles ? Comment ne pas prendre acte de l’état de déliquescence morale, démographique, culturelle et identitaire de ce même corps à l’heure de l’immigration massive, la perte de sens et de la dé-souverainisation généralisée ? Comment renoncer à l’aspiration vers la puissance, seule à même de préserver l’identité propre à cette âme dans son ancrage tellurique et géopolitique qui  fait d’elle une âme-continent ?

Patries charnelles et esprit européen

Faut-il rappeler que, même si l’âme constitue l’incarnation de cette « étincelle d’éternité » en tant que fondement de notre philosophie, le corps est consubstantiel  et « représente cette enveloppe charnelle de l’âme ».
Souvenons-nous de Lucrèce : « Le corps est l’enveloppe de l’âme, qui, de son côté, en est la gardienne et la protectrice » et de Leibniz sur la nature divine du corps : « Chaque corps organique d’un vivant est d’une espèce de machine divine, ou d’un automate naturel, qui surpasse infiniment tous les automates artificiels ».

Ce corps mystique que constituent les patries charnelles de l’Europe qui, depuis l’antiquité gréco-romaine a nos jours, ont été porteuses de cette esprit et de cette spiritualité européenne, à la fois singulière et universelle.
Et c’est la raison pour laquelle on peut tout à  fait faire preuve d’ouverture spirituelle au monde tout en conservant l’identité  des peuples qui sont à la fois les composantes ethniques et les émanations identitaires subtiles et vulnérables de cette âme européenne.

Ce corps européen est à la fois  le bouclier et la cage de résonance de cet esprit européen. Charles Péguy l’affirmait : « On n’atteint le spirituel qu’à travers une patrie charnelle; il faut s’incarner ». Souvenons nous que la France est, aux yeux de Péguy, le corps qui reçoit, soigne le mieux la vérité et la justice, entendu qu’un corps peut toujours tomber malade, tuer en lui la fraternité sensible, sombrer dans la terre et le sang du nationalisme ou se dissoudre dans l’abstraction bourgeoise des droits formels.
D’autre part, cette thèse essentialiste semble aujourd’hui conforter le déni de réalité et le paradigme victimaire occidental, dont se font les portes paroles les élites politiques libérales, tout en trouvant une légitimation dans  le discours multiculturaliste et relativiste.
Ainsi, Leszek Kolakowski affirme « qu’à la même époque où l’Europe a acquis – peut-être surtout grâce au danger turc – la conscience claire de sa propre identité culturelle, elle a mis en question la supériorité de ses propres valeurs et ouvert le processus de l’autocritique permanente qui est devenue la source de sa puissance ainsi que de ses faiblesses et de sa vulnérabilité ». Si l’on suit ce discours – corroboré par  l’ethnomasochisme et l’idéologie de repentance pleurnicharde du passé colonialiste -, soigner son âme consisterait, pour l’Europe, à persévérer dans son déni de puissance.

Maladies de l’âme et post-humanité

Et pourtant, il convient de rappeler que Patocka développe sa thèse à l’aide d’un paradigme de la philosophie antique, « les soins de l’âme » étant la préoccupation première de la philosophie grecque, en tant que « philosophia medicans ».
Au regard de cette philosophie, prendre soin de l’âme consistait à éviter que les passions prennent le dessus sur la raison, étant susceptibles de nous faire souffrir.

Plutôt que la domination de l’epithumia, le siège des désirs présent dans toutes les âmes, il fallait conserver l’hêgemonikon de la raison, seul gardien de l’équilibre et la santé spirituelle et corporelle.
Diogène Laërce use de la même comparaison : « Comme on parle des infirmités du corps, la goutte, le rhumatisme, il y a aussi dans l’âme l’amour de la gloire, le goût du plaisir et choses semblables. »
La post-Europe déspiritualisée et colonisée est devenue la demeure des corps déchus et impuissants. Ce que Patocka n’a pas vu, c’est que la post-Europe semble anticiper l’après-anthropologie classique et l’impact corporel du darwinisme social postmoderne, lequel apparait sous les traits de l’ultralibéralisme global qui ne laisse plus aucune place à la sollicitude de l’âme des  peuples.

C’est sous les traits d’une hybridation généralisée et d’une consommation uniformisante qu’une nouvelle forme d’hominisation globale de l’être humain apparaît avec le globalisme, par la création et la promotion d’un génotype générique, docile consommateur entièrement conditionné par l’idéologie dominante. Cette nouvelle hominisation est à l’opposée de la bio-pluralité des peuples et de la terre qui tend de plus en plus à disparaître. Car, bien sûr, afin de détruire la singularité et l’identité spirituelle, on s’attaquera non seulement aux fondements historiques et philosophiques mais aussi en affaiblissant de l’intérieur les capacités de cette corporéité défensive.
La post-Europe est à l’image de cette post-humanité expérimentale, qui  – au nom du progrès infini, des chimères transhumanistes, du marché et du capital – réifie le monde et les peuples en valeur d’échanges.

Ainsi, l’Europe ne renouera avec son âme originelle qu’en prenant conscience de cette maladie de la démesure, de l’hybris économique et marchand, de l’individualisme libéral et hédoniste qui gangrènent et handicapent son corps charnel, ses ressorts virils de défense et d’affirmation souveraine.
Cette prise de conscience collective a eu lieu a l’Est européen, dans les patries charnelles de Patocka, Kundera, Kolakowski, Czeslaw Milosz qui, conscientes des menaces de cette maladie contaminatrice venue de l’Occident libéral, ont pris soin de leurs âmes mais aussi de leur corps collectif et, de ce faits sont devenues, comme Valery le préconisait, les porteurs d’une nouvelle espérance, les porteurs du renouveau de la « politique de l’esprit », une authentique « puissance de transformation ».

Jure Georges Vujic (Polémia, 15 octobre 2018)

14/10/2018

Feu sur la désinformation... (204)

Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Hervé Grandchamp.

 

Au sommaire :

  • 1 : Ne faites pas d’enfants, sauvez la planète !
    L’AFP publie des solutions pour réduire le réchauffement climatique. Comment diminuer son empreinte carbone ? En changeant ses ampoules ou en ayant un enfant de moins ?
  • 2 : Le Zapping d’I-Média 
    L’ « humoriste » Yassine Belattar connu pour sa proximité avec Emmanuel Macron fait dans la menace et le chantage. « Si le prochain ministre de l’Intérieur ne fait pas le lien entre les gens des quartiers et la police, il y aura une émeute. Ce n’est pas une menace, c’est une promesse ».

  • 3: La science vous le dit, il n’y a pas de racisme anti blanc.
    Le racisme anti blanc serait une fake news, une désinformation. Mercredi 10 octobre, France culture et France info affirmaient dans l’émission « les idées claires » que le « racisme anti blanc n’existe pas pour les sciences sociales ». Etre traité de « sale blanc » relèverait de « l’agression pas du racisme ».
  • 4 : Les tweets de la semaine
    Le magazine « Paris Match » publie en couverture sur Marc Olivier Fogiel avec ce titre, « Ma famille mon bonheur ». C’est la première fois qu’un couple gay accompagné d’enfants issus de GPA se retrouve en une d’un grand magazine français. Une couverture d’autant plus gênante que…. Inutile de le rappeler, la gestation pour autrui est interdite en France.
  • 5 : Brésil la démocratie serait-elle menacée par les élections ?
    Présidentielle au Brésil, le candidat Jair Bolsonaro arrive en tête du premier tour avec 46 % des voix. Dans la presse française, il est décrit comme « raciste, homophobe, mysogyne », mais difficile de comprendre pourquoi les brésiliens ont voté massivement pour cet homme. 

                                

13/04/2018

Fiers d'être européens !...

A l'occasion de la tenue à Paris le 7 avril 2018 du colloque de l'Institut Illiade, la revue Livr'arbitres a publié son cinquième numéro hors-série qui comporte les textes des interventions de la plupart des conférenciers. Un numéro à ne pas manquer, notamment pour ceux qui n'ont pas pu être présents.

La revue peut être commandée sur sa page Facebook :  Livr'arbitre, la revue du pays réel.

 

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Actes du 5e Colloque annuel de l'Institut Iliade et textes choisis

Au sommaire :

Éditorial, de  Xavier Eman

Le front de la mémoire et de l'histoire, de Philippe Conrad

Exister en tant qu'Européens, de Jean-François Gautier

Retrouver la fierté d'être nous-mêmes : vivre en Européens ! , de Grégoire Gambier

Comment se réapproprier notre identité (nos identités) ? , de Gérard Dussouy

Le droit des Européens à la continuité historique, de Thibault Mercier

Les limbes et les larves, de Rémi Soulier

L'éthique de la tenue, de Henri Levavasseur

De l'identité heureuse, de Paul-Marie Coûteaux

L'héritage de la chrétienté médiévale, de Philippe Conrad

La révolution industrielle européenne ne s'est pas faite grâce aux profits tirés de la traite esclavagiste, de Bernard Lugan

Écosse, Irlande, Bretagne :  le réveil des Celtes au 20e siècle, de Yann Vallerie

Du nihilisme à l'ethnomasochisme, de Javier Portella

La C.I.C.E. ou la mort des souverainetés nationales, de Rémy Martin

L'Europe vue d'Italie, d'Adriano Scianca

L'Europe renait à Rome, de Xavier Eman

Des Européens en Birmanie, de Natacha et Sébastien

Lieux de mémoire, de Patrick Wagner

Carte blanche aux artistes

18/11/2017

Cette année-là... (3)

 Dans Cette année-là, l'équipe de la revue Éléments, autour de Patrick Péhèle,  nous fait découvrir sur le plateau de TV Libertés des livres, des chansons, des films, des évènements qui ont marqué la société française en bien ou en mal et qui marquent encore notre présent. Un rendez-vous classé par année, sous le signe d’un retour sur notre passé, avec de la bonne humeur mais aussi un peu d'acidité ! Et on retrouve sur le plateau Nicolas Gauthier, François Bousquet , Thomas Hennetier et Christophe A. Maxime...

 

                                  

04/09/2017

La chasse aux statues ou le nouveau délire pénitentiel de l'Occident...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Matthieu Bock-Côté, cueilli sur Figaro Vox et consacré à la guerre contre le passé, au travers du déboulonnage de statues de personnages historiques, que vient de lancer le camp du Bien aux États-Unis et qui ne devrait pas tarder à gagner nos rivages européens... Québécois, Mathieu Bock-Côté est sociologue et chroniqueur à Radio-Canada et est déjà l'auteur de plusieurs essais comme Le multiculturalisme comme religion politique (Cerf, 2016) ou Le nouveau régime (Boréal, 2017).

 

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Matthieu Bock-Côté : «La chasse aux statues ou le nouveau délire pénitentiel de l'Occident»

Dans la suite des événements de Charlottesville, Bill de Blasio, le maire de New York, a envisagé publiquement de déboulonner la statue de Christophe Colomb, parce qu'elle serait offensante pour les Amérindiens. Elle serait susceptible de susciter la haine, comme la plupart des symboles associés à l'expansion européenne et à la colonisation des Amériques, apparemment. À peu près au même moment, au Canada, un syndicat d'enseignants ontarien proposait de rebaptiser les écoles portant le nom de John A. MacDonald, un des pères fondateurs du pays en plus d'avoir été son premier premier ministre. En Grande-Bretagne, on en a aussi trouvé pour proposer d'abattre la statue de Nelson, à qui on reproche d'avoir défendu l'esclavage. On trouvera aisément bien d'autres exemples de cette chasse aux statues dans l'actualité des dernières semaines.

Certains n'y verront qu'une énième manifestation du péché d'anachronisme, qui pousse à abolir l'histoire dans un présentisme un peu stupide, comme si les époques antérieures devaient être condamnées et leurs traces effacées de l'espace public. Mais il y a manifestement autre chose qu'une autre manifestation d'inculture dans cette furie épuratrice qui excite les foules, comme si elles étaient appelées à une mission vengeresse. Comment expliquer cette soudaine rage qui pousse une certaine gauche, au nom de la décolonisation intérieure des États occidentaux, à vouloir éradiquer la mémoire, comme si du passé, il fallait enfin faire table rase? Nous sommes devant une poussée de fièvre épuratrice particulièrement violente, qui témoigne de la puissance du réflexe pénitentiel inscrit dans la culture politique occidentale contemporaine.

On peut comprendre que dans un élan révolutionnaire, quand d'un régime, on passe à un autre, une foule enragée s'en prenne au statuaire du pouvoir qu'il confronte. L'histoire est violente et il arrive qu'on fracasse des idoles pour marquer la déchéance d'un demi-dieu auquel on ne croit plus. C'est ainsi qu'au moment de la chute du communisme, l'euphorie des foules les poussa à jeter par terre les statues et autres monuments qui représentaient une tyrannie dont elles se délivraient. Il fallait faire tomber les monuments à la gloire de Lénine pour vraiment marquer la chute du communisme. Il n'y avait rien là de vraiment surprenant. L'histoire n'est pas simplement un processus cumulatif: quelquefois, il faut détruire pour créer. Il en a toujours été ainsi. La vie est brutale. On ne se libère pas toujours avec la délicatesse d'un marchand de porcelaine.

Mais sommes-nous vraiment dans une situation semblable? Le cas du sud des États-Unis, à l'origine de la présente tornade idéologique, est certainement singulier. La mémoire qui y est associée ne s'est pas toujours définie exclusivement à partir de la question raciale, mais elle a aujourd'hui tendance à s'y réduire. Surtout, ceux qui revendiquent explicitement son héritage sont souvent associés au suprémacisme blanc. Mais la manie pénitentielle, on le voit, frappe partout en Occident. Elle pousse à démanteler des statues, à réécrire les manuels scolaires, à prescrire certaines commémorations pénitentielles, à multiplier les excuses envers telle ou telle communauté, à pendre symboliquement certains héros des temps jadis désormais présentés à la manière d'abominables salauds et à censurer les représentations du passé qui n'entrent pas dans la représentation caricaturale qu'on s'en fait aujourd'hui.

Cette vision de l'histoire, terriblement simplificatrice, prend la forme d'un grand procès qui vise d'abord les héros longtemps admirés. Des grands personnages, on ne retient que les idées qui heurtent les valeurs actuelles. L'Occident en vient à se voir avec les yeux de ceux qui le maudissent. Tôt ou tard, on s'en prendra aux statues du général de Gaulle, de Churchill, de Roosevelt et de bien d'autres: d'une certaine manière, Napoléon a déjà été victime d'une telle entreprise lorsqu'on a refusé en 2005 de commémorer la victoire d'Austerlitz. Il ne s'agira plus seulement de réduire en miettes la statue de tel ou tel général qui a servi la cause de l'esclavagisme: tous finiront par y passer d'une manière ou d'une autre, comme si nous assistions à une nazification rétrospective du passé occidental, désormais personnifié par un homme blanc hétérosexuel auquel il faudrait arracher tous ses privilèges. À son endroit, il est permis, et même encouragé, d'être haineux.

On le sait, l'Europe ne sait plus quoi faire de son passé colonial, que plusieurs sont tentés d'assimiler à un crime contre l'humanité. En s'accusant, ils croient n'accuser que leurs pères, alors qu'ils excitent la tentation victimaire de certaines populations immigrées qui n'hésitent pas ensuite à expliquer leur difficile intégration dans la civilisation européenne par le système postcolonial qui y prédominerait. L'histoire de l'Europe serait carcérale et mènerait directement au système concentrationnaire. Dans le cadre américain, c'est l'arrivée même des Européens qu'il faudrait désormais réduire à une invasion brutale, que certains n'hésitent pas à qualifier d'entreprise génocidaire. On invite les jeunes Américains, les jeunes Canadiens et les jeunes Québécois à se croire héritiers d'une histoire odieuse qu'ils doivent répudier de manière ostentatoire. On les éduque à la haine de leur propre civilisation.

Nous sommes devant une manifestation de fanatisme idéologique s'alimentant à l'imaginaire du multiculturalisme le plus radical, qui prétend démystifier la société occidentale et révéler les nombreuses oppressions sur lesquelles elle se serait construite. Chaque représentation publique du passé est soumise aux nouveaux censeurs qui font de leur sensibilité exacerbée le critère à partir duquel ils accordent ou non à une idée le droit de s'exprimer. Comment ne pas y voir une forme de contrôle idéologique marquée par une intolérance idéologique décomplexée? On y verra une illustration de la racialisation des rapports sociaux dans une société qui se tribalise au rythme où elle se dénationalise. Chacun s'enferme dans une histoire faite de griefs, puis demande un monopole sur le récit collectif, sans quoi on multipliera à son endroit les accusations de racisme. Il faudra alors proposer une représentation du passé conforme au nouveau régime diversitaire.

Ce qui est frappant, dans ce contexte, c'est la faiblesse des élites politiques et intellectuelles, qui ne se croient plus en droit de défendre le monde dont elles avaient pourtant la responsabilité. On le constate particulièrement dans le monde académique. Très souvent, les administrations universitaires cèdent aux moindres caprices d'associations étudiantes fanatisées, pour peu que celles-ci fassent preuve d'agressivité militante. On l'a vu en juillet avec le King's College de Londres décidant de retirer les bustes de ses fondateurs «blancs» parce qu'ils intimideraient les «minorités ethniques». Encore une fois, l'antiracisme racialise les rapports sociaux. C'est un nouveau dispositif idéologique qui se met en place et qui contribue à redéfinir les contours de la respectabilité politique. Ceux qui s'opposent au déboulonnage des statues controversées sont accusés d'être complices des crimes auxquels elles sont désormais associées.

Nos sociétés n'ont pas à se reconnaître dans le portrait absolument avilissant qu'on fait d'elles. Surtout, elles doivent raison garder. Il faudrait voir dans ces statues tout autant de couches de sens à la fois superposées et entremêlées: elles témoignent de la complexité irréductible de l'histoire, qui ne se laisse jamais définir par une seule légende, et ressaisir par une seule tradition. C'est pour cela qu'on trouve souvent des statues et autres monuments commémoratifs contradictoires au sein d'une ville ou d'un pays. Ils nous rappellent que dans les grandes querelles qui nous semblent aujourd'hui dénuées d'ambiguïté, des hommes de valeur ont pu s'engager dans des camps contraires. Ils illustrent des valeurs et des engagements qui ne se laissent pas réduire aux idéologies auxquelles ils se sont associés. L'histoire des peuples ne saurait s'écrire en faisant un usage rageur de la gomme à effacer et du marteau-piqueur.

Matthieu Bock-Côté (Figaro Vox, 29 août 2017)

 

22/10/2015

Les migrants sont un cliché...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique saignante de Richard Millet, cueillie sur son site et consacrée à la question des migrants.

Richard Millet vient de publier Tuer aux éditions Leo Scheer.

 

 

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Les migrants sont un cliché

            À l’imbécile qui avait jugé bon de m’aborder, hier, dans le RER, afin de m’expliquer que je fais le jeu du « fascisme rampant » en déclarant que puisque je ne lis pas la presse ni ne regarde la télévision, je devrais dès lors m’abstenir de parler de façon « haineuse » de mon époque, et particulièrement des migrants, je n’ai rien répondu, réfrénant mon envie de gifler cette figure tout à fait représentative d’une belle âme de gauche, à tendance masochico-narcissique ou socialo-vertueuse, ce qui est presque la même chose. Ce crétin, qui portait Libération sous le bras comme un appendice sexué, a fait glousser un couple de jeunes homosexuels très branchés dont la conversation me distrayait un peu du morne voyage souterrain, et qui ne comprenaient pas l’ire du « vigilant », lequel appartenait à la génération qui a environ 35 ans : une génération perdue, car persuadée par la Propaganda Staffel que la culture se doit tout entière à l’expiation des fautes de nos pères, à l’antiracisme, au multiculturalisme, à la haine de soi relookée en cool attitude.

           J’aurais pu, si l’aversion qu’il m’inspirait eût été moindre et sa haine plus discrète, répondre à cet epsilon moins (pour reprendre l’utile classification d’Aldous Huxley) que les migrants sont devenus, sous ce label anglophone, le grand lieu commun de l’année, voire de notre époque, comme autrefois les boat people. Le prurit éthico-politique (on me pardonnera ces mots-valises, mais ce sont des cocktails Molotov utiles, en ce temps d’inversion générale) a trouvé là de quoi se gratter ad libitum. J’aurais aussi pu avancer que, nonobstant la répugnance que m’inspirent la tête des journalistes de télévision, je venais de regarder, par hasard, un reportage sur l’accueil de migrants irakiens dans je ne sais quelle petite ville de Seine-et-Marne, où un appartement flambant neuf était mis à leur disposition, le frigo rempli, le four à micro-ondes en état de fonctionnement. Ces braves musulmans avaient l’air bien nourris, vêtus à la dernière mode, tenant le minimaliste discours de remerciement à ceux qui les accueillaient sous l’œil vigilant de la Propagande et des humanistes athées, la femme m’intrigant néanmoins par le piercing qu’elle arborait à l’arcade sourcilière – ce qui m’a fait me demander s’il ne s’agissait pas d’intermittents du spectacle loués pour l’occasion. Car une musulmane enfoulardée avec un piercing, ça n’est pas très hallal, surtout en Irak. Même son de cloche, dans un récent numéro de la Pravda, avec des réfugiés syriens, cette fois, accueillis en grande pompe à Saint-Etienne, ville où un ami libanais me disait récemment avoir compris le drame de la France à travers le nombre de Maghrébins agressifs qu’il y avait croisés, et qui, cette ville, ne demandait pas mieux que d’accueillir encore plus de musulmans. Car le problème que posent ces migrants, c’est qu’ils sont, pour la plupart, des musulmans qui viendront s’ajouter au nombre déjà excessif de mahométans dans une Europe où ces derniers sont déjà trop nombreux pour s’assimiler, créant ainsi l’autre front de la guerre de cent ans qui s’est ouverte, il y a quarante ans, au Liban, et qui fait plus que jamais rage au Proche-Orient et en Afrique. 

            Le Spectacle, c’est une supercherie qui trouve dans la sensiblerie un argument politique ; c’est aussi une ruse du capitalisme mondialisé qui, au nom de l’universel « humain », refuse de voir la destruction de l’universalisme catholique en ses particularismes nationaux. Le migrant est irréfutable, comme l’éléphant de Vialatte. C’est qu’il est un lieu commun, un cliché spectaculaire : une épiphanie du déni. Il est le stade suprême et trendy de la mauvaise conscience post-européenne. Le migrant-migrant (car, une fois immigré, il n’intéresse plus personne, demeurât-il dans la misère de l’exil) n’est en réalité qu’un envahisseur d’écran, autant dire un emmigreur, me disait un ami qui fait profession d’être l’ennemi du genre humain et qui ne comprend pas pourquoi on n’ouvre pas, par exemple, le dernier vendredi du mois, le tunnel sous la Manche afin de laisser ce grand collecteur aspirer les migrants-migrants en direction du paradis britannique, où ils sont attendus avec impatience.

            J’ai souvent dit qu’il faut vivre, en France, sur le mode de l’apartheid volontaire pour ne ressembler ni à un epsilon moins ni à un migrant-migré ; je crains néanmoins que cette position soit devenue intenable et que la seule solution soit de migrer à mon tour, oui, de devenir un migrateur et me réfugier hors du grand cliché : en France, c’est-à-dire dans le territoire qui commence après les banlieues des grandes villes.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 13 octobre 2015)