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23/03/2015

Identité ?...

Le numéro 40 de la revue Krisis, dirigée par Alain de Benoist, vient de paraître. Le thème retenu est celui de l'identité... Le sommaire est, comme toujours, particulièrement riche et comporte, notamment, un entretien avec Jean-François Mattéi.

Le numéro est disponible à la commande sur le site de la revue Eléments.

Bonne lecture !

 

 

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Au sommaire de ce numéro :

Alain de Benoist : Identité ?
Jean-Claude Kaufmann : Identité individuelle et identité collective
• Document : Charles Taylor : Le besoin de reconnaissance
Claude Bourrinet : Quelle identité ?
Philippe Forget : Liberté du peuple ou assignation identitaire ? Du leurre politique de l’identité originelle
Jean-François Gautier : « Fluctuat nec mergitur » ou la nef de Thésée
Alain Kimmel : Généalogie et histoire de l’identité française
• Classique : Jules Michelet : La France devant l’Europe. « Voilà notre forte unité »
Fabrice Valclérieux / Actualité et prégnance de la question identitaire en France
Michel Drac : La nature de la France
Claude Bourrinet : L’identité au milieu des ruines
Louis Baladier : Littérature et identité
Michel Mourlet : Cinéma et identité
• Entretien avec Jean-François Mattéi : Sur l’identité européenne
Jure Georges Vujic : Herder et Renan à l’heure globale. Identité et mémoire d’Est en Ouest
Alain de Benoist : Problématique de l’identité juive
• Le texte : Simone Weil : L’enracinement. « Toutes les fidélités, tous les attachements sont à conserver »

 

02/07/2014

La crise des représentations...

Nous vous signalons la publication du onzième numéro de la revue Perspectives libres consacré à la crise des représentations. La revue Perspectives libres, dirigée par Pierre-Yves Rougeyron, est publiée sous couvert du Cercle Aristote et est disponible sur le site de la revue ou auprès de l'Association des amis de la revue Perspectives libre (11 rue de Javel, 75015 Paris) contre un chèque de 14 euros.

 

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Au sommaire :

Pierre-Yves ROUGEYRON : « Raconter et mourir »

Dossier : La crise des représentations

Françoise BONARDEL : « La grande braderie »

Dominique Jacques ROTH : « Crise de la représentation »

Véronique HERVOUËT : « De la croyance dans les sciences à la crise des représentations »

Jean-François GAUTIER : « Le chaos de l’uniformité »

Libres pensées

Erik S. REINERT et Rainer KATTEL : « L’élargissement à l’Est, une tentative de suicide européenne ? »

Libres propos

Norman PALMA : « Le Pape Alexandre VI Borgia et l’Histoire universelle »

Julien FUNNARO : « L’art à l’époque du néo-libéralisme »

Diego FUSARO : « En mémoire de Costanzo Preve »

Philippe ARONDEL : « Europe : les chrétiens au pied du mur »

Xavier DUPRET : « L’inévitable sortie unilatérale de la zone euro. La piste bancaire »

Alberto BUELA : « Le retour arétéique »

Ekaterina NAROTCHNITSKAYA : « Le multiculturalisme en tant que conception de philosophie politique »

Norman PALMA : « Karl Polanyi et l’utopie libérale »

Claude BOURRINET : « Une école identitaire peut-elle exister ? »

Documents

Document 1
Minutes des réunions du Secrétaire d’Etat Kissinger, 25 avril, 1974

Document 2
Memorandum pour le président, 3 juin, 1975, de Arthur Burns

 

Norman PALMA : « L’or et le système monétaire international »

15/04/2013

Langue française : diagnostic vital engagé ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Claude Bourrinet, cueilli sur Voxnr et consacré à la calamiteuse loi Fioraso qui va généraliser l'utilisation de l'anglais dans l'enseignement supérieur...

 

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Langue française : diagnostic vital engagé

Le 20 mars, le projet de loi Fioraso, qui engagera définitivement le processus de mise à mort de notre langue maternelle, sera présenté au conseil des ministres. Le gouvernement anti-français de collaboration avec l’impérialisme anglo-saxon achèvera ainsi, avant le plongeon mortel dans la grande zone de libre-échange transatlantique, un travail sournois, haineux, de sape de notre civilisation. La porte sera alors largement ouverte, non seulement dans les champs politique et économique, mais à l’intérieur de nous-mêmes, dans ce que nous avons de plus intime, pour que s’engouffre cette puissance dévastatrice qui abattra plus que la France, plus que son corps, son esprit.

Cette loi est une ignominie, une scélératesse, une bassesse aussi putride que l’est le mariage dit « pour tous ». Une clique d’idéologues s’est emparée des rênes de notre pays pour le déconstruire méthodiquement, avec la patience de Judas qui trament leur petite perfidie jour par jour, pas à pas. La loi Toubon, de 1994, qui proscrivait, dans tout ce qui regardait la sphère publique, l’usage d’un autre idiome que le français, langue de la République et de la France historique, n’a cessé d'être bafouée sous la pression des milieux libéraux, de la Commission européenne, et avec la complicité du Conseil constitutionnel, d’une « élite » vendue corps et âme à la civilisation américaine, et le mépris tenace de nos gouvernants pour tout ce qui rappelle une France perçue comme un archaïsme, un résidu « rance » du passé. Les bobos, dans leur détestation de la France, ont préparé le terrain pour la venue du barbare.

Cette entreprise de destruction programmée est à placer sur le même plan que l’intégration militaire aux forces de l’Otan, le projet de démantèlement de l’armée française, l’alignement inconditionnel sur les positions diplomatiques et stratégiques de l’empire américain, l’abdication face aux marchés, aux puissances financières internationales, l’acceptation de la désindustrialisation de notre économie, de son ravalement au secteur des services, l’abêtissement du système éducatif, l’effacement perfide de toute trace de nos gloires historiques dans la mémoire du peuple, la fatale soumission au chômage de masse et la mise en tutelle de tout esprit critique par un appareil de propagande omniprésent.

Et ce qui enrage particulièrement, outre ce sabotage en règle qui devrait nous inciter à nous soulever immédiatement, c’est l’hypocrisie écoeurante avec laquelle il est conduit, au nom de l’utilité, de la nécessité, et de toutes ces bonnes raisons censées nous pousser à accepter la « réalité » d’un monde absolument intolérable pour un Français digne de ce nom. L’argument fallacieux avancé pour justifier la substitution de notre langue par une langue étrangère, évincement supposé rendre plus « attractif » (anglicisme emblématique !) notre enseignement supérieur pour des « Coréens et des Indiens », n’est bien sûr qu’un sophisme, car si des étudiants étrangers viennent en France poursuivre leur cursus, c’est bien sûr pour la qualité de l’enseignement (prodigué en français, vieille langue scientifique, langue de Descartes, au demeurant !), et par amour du français. On voit bien ce qui se cache derrière ces contorsions rhétoriques : c’est la volonté, chez ces gens censément de « gauche », mais semblables en ce domaine comme en d’autres à leurs compères de « droite », d’intégrer la France à la logique capitaliste mondiale, et de l’anéantir dans sa volonté d’autonomie, dans sa singularité civilisationnelle.

Pour récapituler tous les arguments qui nous convainquent de l’absurdité d’une telle entreprise de décivilisation, et de sa nocivité même, je ne saurais trop conseiller la lecture de Contre la pensée unique (aux éditions Odile Jacob), ouvrage magnifique de notre talentueux linguiste Claude Hagège, véritable champion de la lutte pour la défense et l’illustration de notre langue. Dans cet essai brillant et rigoureux, l’auteur démonte le mythe de l’utilité d’emprunter l’anglais pour les échanges internationaux (et a fortiori nationaux !), y compris dans les secteurs économiques et scientifiques. Ces assertions mainte fois pilonnées par les médias ne sont que de la vulgaire propagande, que les personnes insuffisamment informées répètent sans y porter assez d’attention.

Pire, l’adoption de l’anglais est l’aveu clair et net de la volonté de s’immerger dans l’univers matérialiste, marchand, hostile à la haute culture, du monde anglo-saxon. C’est se plier au joug de l’argent, abdiquer toute valeur réellement spirituelle. Il n’est pas fortuit que les héritiers des libertaires de mai 68, hargneusement hostiles à une culture considérée comme « bourgeoise et élitiste », aient rejoint les rangs des militants de la cause entrepreneuriale, pour s’en prendre à notre langue. Tout ce beau monde se concilie dans l’usage approximatif de la syntaxe, un vocabulaire singulièrement appauvri, l'utilisation immodérée de termes angais, la haine de Madame de Lafayette ou de Proust. On retrouve le même jargon, le même pot pourri de sophismes usés à la portée de tout petit cadre dynamique complètement inculte chez les responsables de « gauche » comme de « droite », au parti socialiste comme à l’UMP, à la CFDT comme au MEDEF.

Cette démagogie, qui voudrait opposer la haute culture à la basse, quand le peuple français, dans sa longue histoire, a toujours voué une admiration franche et heureuse pour les Rabelais, les Molière, les Corneille, les Voltaire, les Victor Hugo etc., est l’aveu d’une vulgarité qui est à l’image de ce que tous ces gens nous proposent, et contre quoi s’offusque le goût français. Shakespeare, Swift, Stevenson, De Quincey, Poe, Melville, Orwell etc. nous ont offert une langue littéraire admirable, et parfois inégalée, mais lorsque, maintenant, à l’époque des tarmacs métissés, des hôtels cosmopolites, de la télévision infestée par la marchandise et le mensonge, on entend parler cette langue chuintante, douteuse, sommaire et grossière qu’est le globish, on ne peut qu’éprouver la sensation d’être englué dans un immense chewing gum empâtant le monde avec une bouillie infecte qui colle à la boue.

L'objectif suprême est clair, sans véritable ambiguïté pour celui qui voit assez loin : à terme, il s'agit, pour la ploutocratie atlantiste et mondialiste, d'unifier une caste apatride, qui parlera anglo-américain, remisant les peuples dans les marges de la consommation et de la production, et réduisant leurs langues à un misérable patois avili et ridiculisé.

On peut rêver, pour défendre ce qui est plus que nous, qui est nous, mais davantage, qui incarne ce qu’il y a eu de meilleur en nous, l’intelligence, l’esprit, la beauté, notre mémoire, de défiler aussi nombreux que ceux qui ont combattu le « mariage pour tous ». Il y va de notre survie, et d’une résistance à l’Ordre mondial, que d’autres soutiendront probablement à notre place, si nous disparaissons définitivement, quand nous ne serons plus qu’un vague souvenir historique.

Claude Bourrinet (Voxnr, 12 avril 2013)

05/04/2013

L'extrémisme, c'est eux !...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Claude Bourrinet, cueilli sur Voxnr et consacré à la colère politique et sociale qui monte dans notre pays à l'encontre des représentants du système...

 

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L'extrémisme, c'est eux !

Faute de restaurer un lien de confiance avec le peuple français, l'aile californienne de l'UMPS use d'un stratagème rodé jusqu'à la corde : la diabolisation. Les opposants au mariage gay seraient donc devenus des extrémistes, optant " pour une stratégie de la tension". Les années de plomb à l'italienne ne sont probablement pas loin, et, si les forces de l'ordre n'y mettent pas un terme, nous assisterons bientôt à un déferlement de sang et de larme.

Outre l'atteinte implicite à la liberté d'expression, celle, en l'occurrence, jamais désavouée quand les agités étaient de gauche, qui débordait un peu les limites fixées par la loi – et il ne faut pas oublier que ce « parti du mouvement » s'est toujours appuyé sur la transgression, notamment en ce qui concerne ce fameux mariage homo (souvenons-nous d'act-up et de sa violence, des coups de la LGBT, de Mamère et de sa perfide et tenace trahison des lois qu'il devait défendre en tant que maire...) - on prend la mesure de la menace. Les chiens aboient avant que la caravane n'écrase toute les résistances qui tentent d'arrêter son irrésistible marche vers le désert...

« Tension » ! « Extrémisme » ! De la part d'un parti qui a toujours défendu le brigadiste assassin Battisti, singulièrement grâce à l'intervention de son plus éminent représentant, François Mitterrand lui-même, et qui l'a probablement aidé à fuir la France, voilà qui ne manque pas de sel. Et quand on sait que l’état-major du parti est peuplé de créatures directement issues des rangs de l'extrême gauche trotskiste, on saisit toute la tartuferie d'une telle déclaration, qui équivaut à mettre en scène un tueur en série aux mains sanglante beuglant « à l'assassin ! ».

Quant à l'extrémisme qu'on fait mine de combattre, cela vaut le coup d'y regarder de plus près. Nous ne nous attarderons pas sur le soutien armé – approuvé quand il s'agissait de Sarkozy aidant les salafistes libyens à prendre le pouvoir, ou diligenté actuellement en faveur des groupes qui sèment la terreur en Syrie, sans oublier toutes les entreprises de déstabilisation qui visent à semer le chaos au Proche et au Moyen Orient, en reprenant explicitement ou implicitement les récriminations de cet Etat voyou qu'est Israël, et en sous traitant l'entreprise criminelle de l'Etat maquereau américain – tout cela, c'est de la politique étrangère !, mais nous prendrons au sérieux le projet utopiste d'éradiquer toute légitimation biologique à l'identité de la personne (bizarrement, personne au parti socialiste ne remet en cause la filiation juive par la mère – ce qui est manifestement une contradiction par rapport à des principes constructivistes hautement proclamés, et une incohérence non moins éclatante par rapport à la dénégation du concept de race).

Comment qualifier en effet la main mise d'un Etat censément « républicain » - donc « neutre » - empreint pourtant d'une idéologie manifestement partisane, qui manœuvre pour laver les cerveaux de toute cette poussière ancestrale, vieille de plusieurs centaines de milliers d'années, coupable de laisser croire, contre toute évidence, que l'on puisse – horreur ! - naître homme ou femme, comme cela, naturellement. Il fallait rectifier la nature – et c'est en voie. Dès l'Ecole maternelle, on pourvoira à la déficience éducative des familles, et on inculquera les saines écritures. Et on ouvrira les écluses pour que le marché – pourtant prétendument « naturel », lui ! s'engouffre dans le commerce de la procréation artificielle.

L'artifice : voilà qui sonne bien ! Laissons entrer la cybernétique dans les classes d'école, les cerveaux, les chairs, les cellules, les instincts ! C'est cela, la libre disposition des cœurs et des esprits ! Foin des vieilles balivernes morales, si artisanales du bricolage pour curé archaïque ! Le monde est un pousse au jouir massif, que seuls les coincés peuvent encore refuser. Des vioques qui, de toute façon, disparaîtront... Bougeons ! Néologeons !

Qu'on se le dise : la liberté est au centre de l'individu qui naît.

C'est-à-dire, rien.

Nous naissons rien, il faudra donc devenir tout. Par choix, caprice, volonté.

Rien d'aussi stupide et criminel n'a été soumis à l'intelligence de l'homme. Outre l'invitation à tous les crimes – puisque par définition, cette liberté ne saurait souffrir de limites, elle est unilimited – comme on dit dans le marketing – et l'on sait que la « loi », pure convention, est malléable, et, désormais, qu'elle peut être promulguée par des dirigeants irresponsables, nihilistes et complètement détachés de toute certitude morale – on place l'être humain devant une impossibilité quasi ontologique de se réaliser. Si tout est le fruit de mon choix, sur quoi donc le faire reposer ? Sur le caprice, ce vent ? N'est-ce pas la plus singulière violence faite à une personne en devenir, que de lui demander d'oublier ses filiations, ses héritages, ses appartenances naturelles, ses appuis, ses protections, le sol où il pouvait croître, pour lui ordonner, sous peine un jour de sanction – sans doute quelque chose d'équivalent à la loi Gayssot – de devenir ce qu'il est censé être, c'est-à-dire, somme toute, une sécrétion onirique de son cerveau ? Quel poids pour un enfant ! Quel terrorisme !

Mais toute cette bouillie pour apprenti sorcier n'est rien à côté du méga terrorisme que nous concocte, dans sa marmite diabolique, le libéralisme mondialiste, qui reprend, en gros, ce que le mariage homo nous propose en détail. Il faut d'abord bien préciser que les distinctions sophistiquées entre libéralisme et ultra-libéralisme ne sont que des billevesées à l'usage des nigauds et des escrocs. Le libéralisme est une doctrine anglo-saxonne d'économie politique, qui a réussi à conquérir les esprits depuis deux siècles, et qui ambitionne de transformer la civilisation en marché.

Comme l'on sait, le marché, c'est en principe la libre disposition du consommateur face au vendeur. Il n'existe plus alors ni femme, ni homme, ni français, ni quoi que ce soit, hormis les signes fluctuants que le désir marchant provoque et instrumentalise dans le champ de perception de l'acheteur, et dans ses rêves. Comme Karl Marx l'affirmait dans le Manifeste du parti communiste, le capitalisme ne connaît aucune frontière, au propre comme au figuré, et l'argent n'a ni odeur, ni couleur, ni origine : il court, il circule, il est comme un fluide qui dilue tout dans un immense océan de non sens et de « liberté » absolue.

La devise du capitalisme conquérant est : « Rien ne s'oppose à ma liberté ! »

Autrement dit : « Il est interdit de s'interdire quoi que ce soit ».

Sauf quand il s'agit des règles drastiques imposées par la loi du travail. Puritanisme, efficacité, productivité obligent. On ne fumera pas, on ne boira pas, on nous imposera tous les préservatifs possibles, car faire le contraire coûte trop cher.

L'idéal du capitalisme est le noceur qui n'oublie pas sa capote. On peut être dépravé, on n'en reste pas moins boureois, c'est-à-dire, in fine, épicier (et l'on sait combien le petit commerçant calcule et se méfie des petits matins blêmes...). Le stupre et la fornication, oui, mais dans l'Ordre.

Pour le reste : Fay ce que voudras ! Et surtout consomme.

C'est pourquoi le gouvernement actuel, cette bande de roublards au fond de culotte tapissé de dollars, raminagrobis de jeux vidéos, chattemites douceâtres quand le rôle l'impose, greffiers sournois quand il le requière, est, comme son prédécesseur, une cellule terroriste manigançant ses coups et les assénant par traîtrise (« Hollande, où sont tes promesses ? »).

Ce gouvernement promulgue toutes les lois, tous les décrets visant à déréglementer, à soumettre l'économie nationale, – la gestion de notre maison commune, en grec- aux intérêts financiers internationaux, à la bureaucratie libérale et américaine de Bruxelles, à livrer la personne humaine au chaos économique, à l'exploitation la plus crue, au désespoir le plus profond en lui interdisant d'avoir une vie de famille normale, stable et solidement établie sur des protections viables. Le démantèlement du droit du travail, qui a son équivalent dans la suppression des règlement empêchant les promoteurs de faire n'importe quoi (dès qu'on s'attaque à la « bureaucratie » « lourde » et « tatillonne », dites-vous qu''il y a toujours un libéral qui pointe son sale pif), la tentative d'imposer l'anglais – langue de l'ennemi anglo-saxon, de l'économisme, du déracinement, langue du tarmac et des bourses – à l'enseignement supérieur (avec pour finalité, un jour, de substituer notre langue à celle du marché) – ce qui vaudra à aux responsables d'un tel terrorisme, d'une telle atteinte à l'intégrité du patrimoine culturel français, à sa force scientifique et intellectuelle, à son indépendance, un procès pour haute trahison, de même d'ailleurs qu'à ceux qui ont livré l'armée à l'Otan américaine et qui s'apprêtent à noyer le pays, à l'occasion du Traité de libre-échange transatlantique, dans l'empire yankee – ce qui est aux trois-quarts fait – la mise sous tutelle du budget national – tout cela (et nous en oublions) est purement et simplement l'expression la plus paroxystique du terrorisme.

Comment appeler autrement ce qui s'avère être l'entreprise la plus totalitaire de destruction de ce qui fonde l'humain ?

C'est pourquoi il est impossible de ne pas combattre cette conspiration criminelle. Le devoir est de se battre. Il y va non seulement de notre vie biologique, mais aussi de tout ce qui légitime l'existence. Nous n'avons plus le choix. Ce n'est pas une option politique, comme jadis entre droite et gauche (c'est fini, cela!), mais le choix entre le zéro et l'infini.

Claude Bourrinet (Voxnr, 31 mars 2013)

20/03/2013

L'Ecole française mâchera son chewing gum...

Nous reproduisons ci-dessous un excellent point de vue de Claude Bourrinet, cueilli sur Voxnr et consacré au désastre de l'éducation nationale... 

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L'Ecole française mâchera son chewing gum

Le naufrage de l’Ecole, c’est comme la crise, le chômage, la sécurité… Voilà bien une quarantaine d’années que ses maux, ses problèmes, ses maladies nous hantent, cela fait des lustres qu' à droite comme à gauche, on agite comme un grigri l’amulette qui va enfin apporter la solution finale, la clé, la recette, la formule, le sésame qui octroiera le Graal, c’est-à-dire la « réussite pour tous », comme il y a maintenant le « mariage pour tous », et chaque fois le bâtiment s’écroule sur lui-même, le gréement et les mâts s’abattent sur les planches, les soutes prennent l’eau, les vagues submergent le pont, et le matelots godillent en ne sachant trop dans quelle direction.

Certains, plus réalistes, ou plus cyniques, arguent qu’un radeau mû par un système sommaire de propulsion suffirait plus à l’affaire, plutôt que ces trois mâts archaïques, certes magnifiques, mais qui présentaient le fâcheux défaut d’être dirigés de main de fer par des officiers solides, des matelots efficaces, qui ne s’embarrassaient pas de grandes théories sur les courants aériens transnationaux, et qui connaissaient autant l’alacrité de l’air marin que la masse impitoyable d’une mer menaçant toujours d’emporter vers ses fonds. Tant le hussard noir de la République savait que l’effort, le travail, le « métier », la répétition inlassable du convenable, assuraient de ne pas choir dans l’ignorance, le je ne sais quoi et le laisser aller satisfait de lui-même !

Ce qui risque bien de se transformer en Radeau de la Méduse, du reste, n’aura pas le privilège de charrier tous les cadavres : certains petits malins, sous bannière étrangère, auront déjà pris la haute mer sur des zodiacs, bien décidés à ne pas partager le sort du vulgus pecus.

Voilà notre Ecole, telle qu’elle n’a cessé de se façonner sous nos yeux, toujours avec de bonnes paroles, notez-le bien, volontaires et positives, tant l’enfer est pavé de bonnes intentions. Une Ecole de masse, dégradée, de bas niveau culturel et scolaire, sera réservée aux futurs employés ou chômeurs, tandis que notre oligarchie, de moins en moins française, opte pour les établissements privés sélectifs, « hexagonaux », parfois, mais aussi de plus en plus anglo-saxons, préparant ainsi le passage imminent à la grande zone transatlantique, fondement d’un empire américain où la culture, l’esprit critique, sans compter le patrimoine national, seront passés à l’état de choses anciennes, dont on aura perdu le souvenir, ou qui ne seront travaillés que dans certaines officines spécialisées.

Ce qui frappe d’emblée dans les discours qui accompagnent cette agonie, ou plutôt cette morbide métamorphose, c’est leur confusion extrême. Les médias colportent les bribes de propagande distillées par les organismes dépendant du ministère ou d’organisations internationales comme l’OCDE, sans vraiment y comprendre grand-chose, et avec le culot des béotiens. L’on prend volontiers le ton professoral, surtout si l’on ne sait rien d’autre que des sophismes présentés comme vérités. Les exemples seraient innombrables, mais l’on peut citer la fameuse référence au système éducatif de la Finlande, pays qui sert désormais de Mecque pédagogiques à nos responsables de la jeunesse. Comparaison n’est pas raison, comme l’on sait, et l’occultation de certaines réalités, quand on se mêle de démontrer une thèse, confine à la malhonnêteté pure et simple. Comment en effet mettre sur le même plan la France et un petit pays protestant, donc plus apte à être géré qu’une grande nation comme la France, doté de cet individualisme rigoriste cultivé dans les Etats du Nord, gratifié d'un système où les classes ne dépassent pas une quinzaine d’élèves encadrés par deux professeurs, où les programmes sont adaptés aux réquisits des tests internationaux, c’est-à-dire plus à des méthodes qu' à une culture et un patrimoine plus que millénaire comme la civilisation fraçaise, qui a une richesse immense à transmettre ? N'omettons pas non plus de rappeler que la Finlande est un pays qui n’a pas eu la chance de connaître une immigration massive de millions d’êtres indifférents à notre à notre histoire, peu désireux ou incapables de se plier à notre discipline scolaire, hostiles même à notre singularité civilisationnelle .

Aucune mesure qui affriole l’opinion (interdiction des redoublements, néomanie technologique, suppression éventuelle des notes, rallongement du temps scolaire etc.) et nourrit l’arbre à palabre ne voilera la réalité épaisse et ferme comme un socle de granit. Tout cela n'est que de l'amusement dialatoire.

La postmodernité, illustrée par un progressisme dissolvant, a rabattu les ambitions du capitalisme traditionnel, incarné par l’industrialisme des Trente Glorieuses. La modernité cultivait, depuis la « démocratisation » de l’Ecole et la prépondérance affirmée du secteur secondaire, une discipline ascendante, rehaussée par une doctrine humaniste promouvant le savoir comme gage d’émancipation. Ce fut le temps des constructeurs de ponts, des ministres agrégés de Lettres, ou des ouvriers sachant écrire sans fautes, ou récitant avec plaisir des fables. Il faut insister sur cet arrière-plan sociétal, pour ainsi dire l’air qu’on respire, cet horizon d’attente, qui imprègne les cerveaux et les cœurs sans que l’individu s’en doute. Il existe des vérités qui vont de soi, comme une sorte de morale pour tous, des fondations sur lesquelles est érigé un bâtiment que l’on pense éternel. Il allait donc sans dire, il n’y a pas tellement longtemps, et même chez les illettrés, que le livre était sacré, que la culture pouvait être de la confiture, certes, mais qu’elle méritait quand même de la considération, que l’effort intellectuel symbolisait le mérite individuel, comme de bien élever sa famille, ne pas boire inconsidérément et se rendre chaque année au monument aux morts ou au bal du quatorze juillet, et que l’ignorance était une honte. Puis vint 68. Et le culte de l’agent roi, du plaisir immédiat, du relâchement, qu’on prit pour une libération, et les récriminations contre une « injustice » insupportable, contre la culture de « classe », des « nantis », contre un système fabriquant à la chaîne des ratés.

Il fallut donc corriger la réalité, et comme ce n’était pas si aisé, on prit le parti de l’abolir, comme la République démocratique allemande, selon le bon mot de Brecht, décida, faute de mieux, de congédier le peuple.

Car ce qui est frappant, depuis que sévissent les idéologues acharnés et les commissaires politiques, lesquels ne vont pas les uns sans les autres, c’est l’écart abyssal entre les discours lénifiants, nécessairement utopiques, et une réalité de plus en plus sordide, qui démoralise le personnel enseignant, lequel est de plus en plus traité en domestique, ce qui, il est vrai, correspond parfois à sa véritable nature. On évoquera pour illustrer ce truisme, abondamment corroboré par une multitude de chiffres, la simple constatation, que ferait un enfant, que depuis le début des années quatre-vingt, dans la mesure même où se sont accumulées les réformes structurelles ou pédagogiques, le niveau n’a fait que s’effondrer imperturbablement. 

On trouvera certes des inspecteurs qui nieront cette évidence en avançant que les élèves ne savent pas moins, mais savent « autrement ». Dans les salles de professeurs, où l’on est confronté au terrain, et surtout chez les Anciens, qui peuvent comparer, la chanson est tout autre, et l’on sait pertinemment que non seulement les « jeunes » ne veulent ni lire, ni s’instruire » (comme du reste l’ensemble d’une société matérialiste et obsédée par des plaisirs malsains et abêtissants), cultivant sournoisement une haine de tout ce qui est « intello », mais que, pour la plupart, le modèle de réussite est Bernard Tapie ou tel joueur de foutbol. 

Une autre réaction, chez les responsables pédagogiques de ce désastre, un discours qui côtoie le déni, c’est qu’il faut accélérer les réformes, travailler « autrement ». Là aussi, un parallèle avec le Régime soviétique s’impose : l’avènement du communisme se faisant trop attendre, manifestement, il fallait absolument hâter le mouvement vers sa réalisation, quitte à aggraver encore davantage la situation.

La logique actuelle, tant dans l’organisation du travail scolaire que dans ses finalités, vise à démanteler les structures et les habitudes anciennes, à instaurer une flexibilité qui n’est pas sans rappeler celle qu’on impose dans le monde du travail, à déraciner tout ce qui correspond à un enseignement disciplinaire, au profit de « compétences » transversales, outil indispensable d’évaluation de l’ « employabilité » du futur salarié, dont on exigera un comportement adéquat avec les contraintes d’un monde économique soumis au paradigme impitoyable de la précarité et de la malléabilité universelles. Ce qui va compter ne sera pas ce pour quoi on éprouve une attirance irrésistible, une vocation, une mission, mais la capacité à se mouler dans ce que la chance ou le hasard, entre deux périodes de chômage, se sera présenté. Qu’importe alors les dates de notre histoire, le passé de notre civilisation, ou les grands noms de notre littérature !

Cette indifférence pour tout ce qui excède le pur ego, largement partagée, de haut en bas, par la société, du ministre à l’écolier, constitue, pour notre monde, tout autant que pour notre Ecole, qui en est le reflet, l’épicentre du tremblement de terre. Le sol se dérobe sous nos pieds. Le système joue sur le ressentiment de populations abandonnées à leur sort, meurtries par la crise, et leurs revendications, qui ne sont souvent que la reprise débile de slogans pédagogiques éculés, souvent fondés sur l’illusion démagogique d’un enseignement ludique, facile, et bas de gamme. Cette absence de repères a été facilitée par le brouillage des véritables exigences, pour lesquelles l’effort, la contrainte, une certaine souffrance sont nécessaire, et par le l'absortion des élèves méritants dans la masse des autres. 

Nous ne reviendrons par sur les postulats idéologiques de l’utopie pédagogiste moderne, qui supposent que l’être humain est une (auto)construction, qui ne doit surtout pas se plier au conditionnement d’un environnement perçu comme usurpateur et autoritaire, comme la famille ou le corps professoral. Evidemment, un tel angle permet de faire fi de la tradition, et constitue un instrument idéal pour perpétrer le déracinement identitaire. Cette entreprise est par ailleurs largement avancée, dans tous les domaines extrascolaires. Le passé national n’est guère plus, pour la génération née dans les années soixante-dix, qu’un vague souvenir. Les enseignants eux-mêmes sont touchés par l’épidémie d’amnésie culturelle, et partagent souvent les goûts américanisés, de sous-culture, sinon même leur apparence, des jeunes gens qui sont sous leur responsabilité. La dernière grève, dans le secondaire, contre la Réforme Peillon, qui va achever pour ainsi dire la bête, n’a drainé que 2,5% de grévistes. Ce chiffre est somme toute assez fidèle à la réalité. Les seuls thèmes mobilisateurs, dans le milieu, concernent les retraites et le temps de travail. On ne verra jamais un professeur s’immoler par le feu parce qu’on lui interdit d’enseigner Madame de Lafayette. Et pour cause : la génération actuelle d’enseignants est elle-même le produit d’un système qui a fait ses preuves. Et il est notoire que les instituteurs – pardon : les professeurs des Ecoles – bien qu’on les recrute maintenant à bac+5, ne sont pas les enseignants qui ont été les plus attirés par la langue française. Leur réussite tient davantage dans leur maîtrise d'une discipline scientifique ou artistique. Les Français d’un certain âge se souviennent sans doute de leurs instituteurs, et de leur amour pour notre langue… Il est vrai que lorsqu’on quantifie le nombre d’heures consacrées à son apprentissage, comme à celui du calcul, on comprend tout de suite l’origine de la faiblesse en ces matières : les écoliers sont massivement sollicités par des activités d’éveil, des sorties « culturelles » ou « sportives », et le temps imparti à la transmission des savoirs s’est réduit comme peau de chagrin. On peut faire le même constat pour le collège, où une part non négligeable du temps d’enseignement est rongée par les opérations de sensibilisation à l’orientation.

Lorsque l’on n’est pas démoralisé, au point d’abandonner toute idée de lutte, ce qui arrive de plus en plus souvent, il est courant de geindre, de se lamenter, de protester contre ce désastre, non plus annoncé, mais accompli. Or, il faut avoir conscience que les jérémiades n’ont fait qu’aider ceux qui s’appliquaient à démanteler méthodiquement le système éducatif français, jadis considéré comme l’un des meilleurs au monde. En effet, les récalcitrants étant considérés comme les tenants archaïques d’une Ecole « injuste », voire comme des « fascistes », ils offraient une tête de turc idoine pour les progressistes de tout poil : un bon ennemi est pain bénit. D’autre part, les plaintes entretenaient la sinistrose ambiante, et encourageaient de ce fait l’urgence des réformes.

La tactique de métamorphose de l’Ecole en sous-produit de l’américanisation de masse n’est pas sans analogie avec la stratégie du chaos dénoncée à une échelle plus importante. Le chômage, la dette, l’immigration de masse, les souffrances éprouvées par le peuple, il faut le comprendre, sont voulus et considérés comme une chance historique par l’oligarchie. Les problèmes terribles engendrés par une politique de destruction sociale et culturelle appellent une réaction, donc des réformes, qui, nécessairement, par ricochet, vont dans le sens désiré, à savoir une déréglementation néolibérale et l’intégration dans l’euro-atlantisme. Tel est le destin programmé de l’Ecole.

Il est clair que maintenant va s’imposer l’usage de la langue anglaise de la maternelle au doctorat. Des mesures sont en cours, au nom de l’efficacité, utilitarisme pervers et illusoire, dont Claude Hagège, dans son ouvrage : « Contre la pensée unique », démolit les prétentions avec brio et profondeur. 

La question de l’Ecole ne doit pas être confiée aux « spécialistes », qui ne sont que les techniciens au service de puissances hostiles à notre identité. La souveraineté nationale doit se la réapproprier pour la mettre de nouveau, sans démagogie ni erreur de perspective, dans le droit fil de notre Histoire. Il n'est pas dit que ce ne soit pas trop tard.

Claude Bourrinet (Voxnr, 16 mars 2013)

19/02/2013

Dérégulation, désanimalisation, déshumanisation...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Claude Bourrinet, cueilli sur Voxnr et consacré, au travers de l'affaire des raudes sur les viandes hachées, aux rapports de notre société avec l'animal...

 

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L'animal unidimensionnel à l'image de l'homme

La substitution de viande de cheval à de la viande de bœuf dans des lasagnes vendues comme plats cuisinés dans les grandes surfaces passe sans doute pour un problème de riches. On ne manquera pas de faire remarquer que, quelle que soit l’origine de l’animal abattu et commercialisé en pièces détachées, la platée de protéines enrobées de pâtes ferait le bonheur de toute une famille misérable d’un coin du globe délaissé par la société de consommation. Ces repus sont bien difficiles.

Ils sont surtout bien chatouilleux et veulent en avoir pour leur argent. Leurs caprices sont ceux d’enfants grugés, plutôt que de citoyens sourcilleux. Ils pardonneront moins une tromperie sur la marchandise qu’une promesse non tenue ou une trahison de la part d’un élu. La preuve est qu’ils votent toujours pour les mêmes candidats, quoique ces derniers ne manquent pas une occasion de rouler le peuple dans la farine. En revanche, tout tricheur avéré ou fournisseur défaillant dans le monde a priori fort louche du commerce sera inévitablement inquiété ou lynché. Il n’est pas de secteur où une anomalie n’est payée au prix fort, et n’exige, comme parfois dans l’industrie automobile, des gestes nécessaires et généreux, sous peine de sanction immédiate de la part du marché. Le même destin attend les fautifs actuels.

C’est toujours un spectacle assez paradoxal que cette moralisation affichée, judiciarisée et politisée à l’extrême, dans un monde où le mensonge publicitaire est la base d’un édifice pétri de rapacité et de mystification, et pas seulement dans le commerce. Encore faut-il bien que l’impression d’honnêteté universelle s’impose pour que, derrière la façade, les affaires continuent.

Ce rituel s’affiche ostensiblement, et non sans hystérie médiatique, à chaque fois que l’occasion se présente, une fraude, un empoisonnement ou un cerveau qui devient spongieux. Cela n’empêche pas les clins d’œil appuyés, comme ne manquaient pas de le faire les Augures en se regardant, aux dires de Cicéron. Car, dit-on en gens prévenus, si les consommateurs savaient ce qui se trouve dans leurs assiettes…

Ce qui est surprenant, semble-t-il, c’est que le débat ait porté uniquement sur une tromperie. Au moins aurait-on pu remettre en question la « naïveté » des pouvoirs publiques qui semblent plus laxistes dans les congélateurs que sur les routes de France. Certes, l’on a entendu quelques voix qui s’élevaient contre les circuits étonnants que prend la viande, entre abattoirs, traders, intermédiaires, distributeurs etc. Une véritable odyssée, moins poétique cependant que celle d’Ulysse. Mais la dérégulation, l’ouverture des frontières et la sacro-sainte religion des flux ne souffrent pas d’excessives sévérités en matière de contrôle, ni même d’éthique. La quantité impose sa loi, et le ventre des masses sa religion. Messer Gaster est sans doute le premier servi, mais le dieu Ploutos aussi. Chacun y trouve son compte, et c’est là le problème.

Il est fort probable que les lasagnes incriminées n’aient rien à voir avec celles dont on se délecte en Italie. Du reste, il n’est pas difficile de tenter l’expérience avec tous les plats dits « typiques », dont les saveurs et la consistance sont en général savamment élaborées par de diligents laborantins. Il n’est guère possible qu’il en soit autrement dans une logique de cantine et de réfectoire. La nourriture n’y est pas, assurément, aussi insipide que dans 1984, mais un tel régime de gastronomie formatée entraîne rapidement satiété et dégoût, même si l’on ignore les ingrédients que l’on ingère, leur origine et les processus qui ont abouti à ce qui se présente, fumant et engendrant des exhalaisons artificiellement  « authentiques ».

Le bruit de lave vaisselle, au demeurant, après les pétards du mariage homo, est bien opportun pour faire oublier le démantèlement du droit du travail et les autres « trahisons » d’une gauche qui n’a rien à envier à la droite en libéralisme.

Hasard ou non, c’est justement au moment où ce scandale fait la une que l’on apprend que la farine animale est autorisée de nouveau pour les poissons, et le sera à terme pour porcs et volailles. On sait que le prochain Traité transatlantique de libre-échange nous réserve des surprises de ce genre.

La question cruciale, qui n’a pas été posée, est pourtant très claire : quel rapport a-t-on avec les animaux ? Et pour cause, car cette question en cache une autre, qui est de savoir dans quel monde on vit. Ce non-dit, honteusement dissimulé depuis des siècles, à mesure que l’être humain se prétend « seigneur et maître » de l’univers, s’avère pourtant le point central de la contestation du monde déraciné, uniformisé, déstructuré et déshumanisé contemporain. La désanimalisation de l’animal va de pair avec la déshumanisation de l’homme.

La relation de l’homme et de l’animal n’a pas été, depuis le néolithique, sans influence mimétique pour celle d’homme à homme. La domestication des animaux, du mouton au cheval, en passant par le chien, a probablement favorisé la domination d’homme à homme, et la gestion, par l’Etat naissant, de masses humaines de plus en plus importantes. Le parcage des troupeaux a pu également modéliser la ville, avec ses exigences géométriques et arithmétiques.

On parle désormais de « minerai » pour les stocks de viande. L’indifférenciation de cette matière, issue portant d’êtres vivants différenciés, jette une lueur lugubre sur les consciences capables de penser ce qui ne relève plus du monde d’antan, où la bête était abattue et consommée dans la ferme ou le village. La complicité pour ainsi dire existentielle entre des êtres qui passaient encore pour vivants n'est plus qu'un conte archaïque.

Il est inutile de rappeler les conditions innommables d’élevage industriel, de transport et d’extermination des animaux destinés à la boucherie. De nombreux documents, souvent horribles, sont à la disposition de tous, pour peu qu’on veuille lever la tête de son assiette. Le sort que l’on fait subir aux bêtes évoque irrésistiblement ce que les hommes ont infligé à d’autres hommes. Mais là, ce n’est pas une aberration épisodique de la barbarie humaine, mais un état permanent, et quasi quotidien.

Les grandes tendances qui président à la quantification et à la désanimalisation de l’animal se retrouvent dans ce qui menace l’homme. Nous y voyons en effet agir les méfaits destructeurs de l’industrialisation, aggravés par la mondialisation qui favorise la standardisation et la massification, la technicisation du vivant, qui tend à rentabiliser la matière pour en extraire tout le profit, quitte à prendre de grandes libertés avec les lois naturelles, et la perte complète de tout sentiment de normalité autre que celle du marché.

Heidegger évoque le devoir de gardien de l’être, que devrait saisir l’homme s’il veut se ressaisir. Il n’existe pas de domaine séparé dans la vie. Le sort subi par les animaux dans un monde qui tente, parfois de façon grotesque, de compenser sa cruauté par un surplus de sensiblerie à l’égard d’animaux de proximité, que l’on fait proliférer et qu’on personnalise comme des humains, tout en les abandonnant parfois comme on recompose sa famille, nous envoie au visage la vérité de ce que nous sommes. Il ne s’agit pas là de nier la loi de la nature, qui veut qu’il y ait des prédateurs et des proies, et qui ne va pas sans cruauté. Mais cette sauvagerie appartient au Nomos, à la loi du Cosmos, de ce qui est et doit être, de toute éternité. L’homme, par une sorte d’hybris insensée, modèle la nature selon ses propres règles, qui attentent à tout ce qui est décent et devrait ne pas être. La folie technique, la massification de la société, l’avidité, la perte des valeurs métaphysiques, c’est-à-dire transcendantes, transforment la terre en enfer. Dante se trouve dépassé, le progrès a plus d’imagination que lui.

La radicalité de la contestation du monde contemporain ne doit pas s’arrêter aux revendications utilitaires. C’est une révolution sur soi-même qui est vitale, et si l’on veut se retrouver soi-même, recouvrer l’humanité propre, il faut se réapproprier ce qui existait avant que l’on ne vide le monde de son sens .

La part d’animalité vraie que l'on porte en soi, dont toute recherche apporte des vertiges de sagesse, nous rapproche de l’animal, nous le fait comprendre et estimer, quel qu’il soit, araignée ou lion, vache ou chat, et nous lie à lui dans une sorte de fraternité mystérieuse, proche du divin. Les Anciens possédaient cette prescience, qui nous octroyait la connaissance inestimable de la mesure et de la beauté.

Claude Bourrinet (Voxnr, 16 février 2013)