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Métapo infos - Page 1377

  • Les Carnets de guerre d'Ernst Jünger...

    Les éditions Christian Bourgois publient cette semaine les Carnets de guerre 1914-1918 d'Ernst Jünger. Ce sont les notes brutes, prises sur le vif, au front, qui, ont permis à l'auteur d'écrire les chefs d’œuvre que sont Orages d'acier, Le boqueteau 125 ou Feu et sang. Indispensable, évidemment !...

     

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    " Les Carnets de guerre 1914-1918 constituent la face cachée d'Orages d'acier, qui, pour André Gide, était « incontestablement le plus beau livre de guerre » qu'il ait jamais lu. Écrits directement dans le feu de l'action, ces quinze petits carnets d'écolier nous révèlent la matière brute sur laquelle Jünger se livra, une fois la paix revenue, à un savant travail de réécriture.
    Fort peu de témoins sont restés autant d'années que lui en première ligne des combats, sans jamais cesser de prendre des notes d'une acuité stupéfiante. Sept fois blessé, Jünger a pu relater avec une objectivité volontairement glaciale les souffrances du fantassin.
    Ce témoignage sans fard d'un engagé volontaire de dix-neuf ans ne cache rien des horreurs de la guerre. Mais il ne dissimule pas non plus l'enthousiasme de départ, la joie de se battre et le délire meurtrier qui s'empare des hommes au moment de l'assaut. D'où l'incontestable intérêt historique et documentaire de ces carnets qui révèlent également des aspects inconnus de la personnalité complexe d'Ernst Jünger. "

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  • La liberté de s'exprimer et de rire ne se partage pas !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans leque il s'exprime sur l'affaire Dieudonné, le rire et la liberté d'expression ...

    Alain de Benoist vient de publier un essai intitulé Les démons du Bien aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

     

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    La liberté de s'exprimer et de rire ne se partage pas !

    Les médias s’excitent sur le phénomène Dieudonné, l’artiste qui a vendu le plus de billets en 2012. D’ailleurs, est-ce que monsieur M’Bala M’Bala vous fait rire ?

    Parfois, pas toujours. Je dois dire que ma conception de l’humour se situe quelque part entre Buster Keaton et Raymond Devos. Les comédies me font rarement rire, et je déteste Louis de Funès. Le style pamphlétaire me fatigue vite, lui aussi. Cela dit, Dieudonné a du talent. Il n’a pas de mal à surclasser les autres humoristes actuels, qui sont presque tous nuls. Facteur aggravant : il a du succès et ses partisans, qui sont en majorité « hors système », ne sont pas du genre à se laisser intimider.

    Mais savoir ce que l’on pense de Dieudonné est tout à fait secondaire par rapport au projet de Manuel Valls de l’empêcher « dans le cadre de la loi » de s’exprimer. La seule vraie question qui est en cause est évidemment, comme d’habitude, celle de la liberté d’expression. Dans Le Nouvel Observateur, Laurent Joffrin, coutumier du genre, expliquait récemment que la liberté d’expression a des limites. La démocratie ne saurait accepter que s’expriment des opinions antidémocratiques. On pourrait dire aussi que sous le nazisme, toutes les opinions étaient admises à condition de ne pas être antinazies, sous les régimes communistes qu’elles étaient toutes autorisées à condition de ne pas être anticommunistes, etc. De ce point de vue, la démocratie selon Laurent Joffrin ne me paraît pas représenter un grand progrès. Je crois au contraire que la liberté d’expression n’a de sens que pour autant qu’elle est indivisible, et qu’en matière d’opinions, elle ne tolère par principe aucune dérogation. La liberté d’expression – faut-il le rappeler ? – n’a pas pour vocation de protéger les opinions convenables ou consensuelles, et moins encore celles qu’on partage ou qu’on approuve, mais au contraire celles qui nous choquent et que nous trouvons détestables. Voltaire se disait prêt à mourir pour permettre à ses adversaires de s’exprimer. C’est cette phrase qui a inspiré les fondateurs de Boulevard Voltaire (mais visiblement pas les aboyeurs de commentaires).

    Les mêmes médias n’en finissent plus de célébrer le culte de Pierre Desproges et de Coluche, alors que la plupart de leurs sketches seraient aujourd’hui censurés, pour racisme notamment…

    Il ne fait pas de doute que Dieudonné tient souvent des propos qu’on peut considérer comme inacceptables, voire odieux. Ceux qui s’indignent des caricatures de Mahomet les considèrent elles aussi comme inacceptables, voire odieuses. Pour tout un chacun, il y a des choses inacceptables, voire odieuses. Toute la question est de savoir si le fait de blesser gravement les sentiments ou les convictions d’une catégorie de personnes justifie une interdiction. La perception subjective que l’on se fait d’une opinion peut-elle constituer le fondement de la loi ? Si l’on estime que Dieudonné blasphème, ne faut-il pas considérer plutôt que le droit au blasphème ne se partage pas ?

    L’idéologie dominante a su tourner la difficulté grâce à une invention remarquable : pour faire disparaître les opinions détestables (il y en a), il suffit de décréter qu’elles ne sont plus des opinions mais des délits. Il suffisait d’y penser. Mais a-t-on bien mesuré les conséquences ? D’abord, on crée un abominable refoulé, que l’on se condamne à voir exploser un jour ou l’autre sous une forme elle aussi abominable (plus on pourchassera le « sexisme », plus il y aura de femmes battues ; plus on dénoncera « l’homophobie », plus se multiplieront les « ratonnades de pédés »). Serait-ce l’effet recherché par ceux qui sont tentés de « gouverner par le chaos » ? Ensuite, on introduit une distinction désastreuse entre des groupes protégés, bénéficiant grâce à la loi d’une sorte de statut privilégié les immunisant contre les critiques dont ils pourraient faire l’objet, et des groupes non protégés, dès lors fondés à dénoncer cette nouvelle discrimination. Situation malsaine.

    Et toujours la même rengaine : on peut rire de tout, mais pas de n’importe quoi et surtout pas avec n’importe qui. Et surtout, l’esprit de dérision permanente, incarné par les Guignols de l’info – pour ne citer qu’eux –, ne serait-il pas mortifère à long terme, les hommes politiques étant résumés à de simples marionnettes en latex ?

    Le rire implique la connivence et peut avoir un effet cathartique. Je pense que dans une société normale on devrait pouvoir rire de tout, de n’importe quoi et avec n’importe qui. Des mecs et des nanas, des Blacks et des Toubabs, des juifs et des goyim, des homos et des hétéros, des Amerloques et des Ritals, des Boches, des Gaulois et des Espingouins. Pas de discrimination ! Mais bien entendu, nul n’est obligé de trouver ça drôle. L’esprit de dérision auquel vous faites allusion est autre chose. Au-delà de ce qu’elles peuvent dire des hommes politiques actuels, qu’on a d’autant moins envie de défendre qu’ils font eux-mêmes preuve d’une incroyable complaisance envers leurs caricatures, les émissions du type des Guignols de l’info contribuent de manière incontestable à ridiculiser la chose publique, à désacraliser ce qu’il peut rester de sacré dans l’exercice du pouvoir. Certes, les politiciens actuels méritent rarement le respect, mais en les tournant tous en dérision, on décrédibilise aussi les fonctions et les institutions qu’ils représentent. L’esprit de dérision systématique est un poison de la vie sociale. Les « petits malins à qui on ne la fait pas », qui ne sont émus par rien, qui ne respectent rien, pour qui rien ne saurait être noble ou sacré, cachent leur impuissance derrière leur cynisme. Ils avouent par là même qu’ils ne sont pas grand-chose.

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  • Sabandonner à vivre...

    Les éditions Gallimard viennent de publier un nouveau recueil de nouvelles de Sylvain Tesson intitulé S'abandonner à vivre. Géographe, aventurier et journaliste, Sylvain Tesson, bien connu pour ses récits comme L'axe du loup (Robert Lafont, 2004) ou Dans les forêts de Sibérie (Gallimard, 2011), est également un auteur de nouvelles, souvent teintées d'un humour un peu grinçant, comme dans Une vie à coucher dehors(Gallimard, 2010) ou dans Vérification de la porte opposée (Phébus, 2010).

     

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    " Devant les coups du sort il n'y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l'on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s'abandonne à vivre. C'est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit."

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  • Michéa face à la stratégie Godwin...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien avec le philosophe Jean-Claude Michéa, publié dans l'hebdomadaire Marianne (n°871, du 20 décembre 2013 au 3 janvier 2014) et consacré aux attaques par les chiens de garde du système dont il fait l'objet depuis plusieurs mois...

     

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    Michéa face à la stratégie Godwin

    Marianne : Un hebdomadaire faisait sa une, il y a quelques semaines, sur les «néocons», vous bombardant comme l'idéologue le plus emblématique d'une véritable lame de fond identitaire, souverainiste et protectionniste, et amalgamant votre nom à celui de Marine Le Pen, soi-disant admirative de vos écrits. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

    Jean-Claude Michéa : N'exagérons rien ! Le magazine de François Pinault a d'ailleurs bien pris soin - sans doute pour brouiller un peu plus les pistes - d'inclure également, dans sa liste noire des «néoconservateurs à la française», des personnalités telles que Régis Debray, Arnaud Montebourg, Natacha Polony, Benoît Hamon ou Yves Cochet. Liste dont l'absurdité devrait sauter aux yeux puisque la nébuleuse «néoconservatrice», telle qu'elle a pris naissance aux Etats-Unis, est plutôt connue pour son soutien constant aux politiques de Reagan et de Bush père et fils - trois présidents qu'il est difficile de tenir pour de farouches contempteurs du capitalisme ! Naturellement, la pratique qui consiste à inverser délibérément le sens des mots afin de rendre plausibles les amalgames les plus fantaisistes n'a rien de nouveau.

    Clemenceau et Staline avaient ouvert la voie - le premier en forgeant, en 1906, la notion de «complot anarcho-monarchiste» et le second, dans les années 30, celui d'«hitléro-trotskisme». Ce qui est nouveau, en revanche, c'est l'agenda idéologique qui préside à ce type d'amalgame. Au XXe siècle, en effet, les évangélistes du capital se contentaient généralement de dénoncer la «main de Moscou» dans toute critique - fût-elle simplement keynésienne - de l'économie de marché. Or, une telle stratégie est devenue sans objet une fois l'empire soviétique disparu et actée la conversion définitive des gauches occidentales au culte du libéralisme économique et culturel. De ce point de vue, c'est certainement la publication, en 2002, du Rappel à l'ordre, de Daniel Lindenberg (ouvrage qui entendait déjà dresser la liste des «nouveaux réactionnaires»), qui symbolise au mieux la nouvelle donne idéologique. Ce petit livre, écrit à la demande de Pierre Rosanvallon (alors l'un des membres les plus actifs du Siècle, le principal club de rencontre, depuis 1944, de la classe dirigeante française), est en effet le premier à avoir su exposer de manière aussi pédagogique l'idée selon laquelle le refus «d'acquiescer à l'économie de marché» et l'attachement corrélatif aux «images d'Epinal de l'illibéralisme [sic]» constituait le signe irréfutable du retour des «idées de Charles Maurras». C'est, bien sûr, dans le cadre de cette stratégie (que j'appellerais volontiers, en référence au point du même nom, la stratégie Godwin) qu'il faut interpréter la récente initiative du Point (magazine dont la direction compte d'ailleurs dans ses rangs certains des membres les plus éminents du Siècle). Tous ceux qui pensent encore que la logique folle de la croissance illimitée (ou de l'accumulation sans fin du capital) est en train d'épuiser la planète et de détruire le principe même de toute socialité ne devraient donc nourrir aucune illusion. Si, comme Bernard-Henri Lévy en avait jadis exprimé le vœu, le seul «débat de notre temps» doit être «celui du fascisme et de l'antifascisme», c'est bien d'abord au prétexte de leur caractère «conservateur», «réactionnaire» ou «national-nostalgique», que les contestations radicales futures seront de plus en plus diabolisées par les innombrables serviteurs - médiatiques, «cybernautiques» ou mandarinaux - de l'élite au pouvoir.

    De plus en plus de figures de la droite dure, d'Eric Zemmour à Alain de Benoist, le directeur de la revue «pour la civilisation européenne», Eléments, se réclament de vous depuis deux ou trois ans. Comment expliquez-vous cet intérêt, au-delà du simple bénéfice de voir vos écrits désosser idéologiquement la gauche molle ? Cela relève-t-il clairement d'une interprétation abusive de vos thèses ?

    J.-C.M. : Une partie de ce que vous appelez «la droite dure» a effectivement pris l'habitude de placer sa nouvelle critique du libéralisme sous le patronage privilégié de ses anciens ennemis, qu'il s'agisse de Jaurès, de Marx ou de Guy Debord [lire le dossier de décembre de l'excellente revue Fakir, justement intitulé «Quand Marine Le Pen cause comme nous»]. On doit certes s'interroger sur le degré de sincérité de ces hommages récurrents. Mais que cette droite puisse me citer aux côtés de ces grandes figures de la tradition radicale n'a donc, en soi, rien d'illogique. Je serais plus inquiet, en vérité, si ma critique du libéralisme culturel rencontrait l'approbation enthousiaste d'une Laurence Parisot ou d'un Pierre Gattaz. Il s'agit donc seulement de déterminer dans quelle mesure ce nouvel antilibéralisme de droite recoupe, ou non, une partie de la critique socialiste.

    Passons très vite sur le cas des véritables «néoconservateurs à la française», c'est-à-dire cette fraction de la droite classique qui, selon le mot du critique américain Russell Jacoby, «vénère le marché tout en maudissant la culture qu'il engendre». On comprend sans peine que ces «néoconservateurs» puissent apprécier certaines de mes critiques du libéralisme culturel (notamment dans le domaine de l'école). Le problème, c'est que leur vision schizophrénique du monde leur interdit d'utiliser ces critiques de façon cohérente. Si le libéralisme se définit d'abord comme le droit pour chacun de «vivre comme il l'entend» et donc «de produire, de vendre et d'acheter tout ce qui est susceptible d'être produit ou vendu» (Friedrich Hayek), il s'ensuit logiquement que chacun doit être entièrement libre de faire ce qu'il veut de son argent (par exemple, de le placer dans un paradis fiscal ou de spéculer sur les produits alimentaires), de son corps (par exemple, de le prostituer, de le voiler intégralement ou d'en louer temporairement l'usage à un couple stérile), ou de son temps (par exemple, de travailler le dimanche). Faute de saisir cette dialectique permanente du libéralisme économique et du libéralisme culturel, le «néoconservateur à la française» (qu'il lise Valeurs actuelles ou écoute Eric Brunet) est donc semblable à ces adolescents qui sermonnent leur entourage sur la nécessité de préserver la planète mais qui laissent derrière eux toutes les lumières allumées (analyse qui vaut, bien sûr, pour tous ceux, à gauche, qui vénèrent le libéralisme culturel, tout en prétendant maudire ses fondements marchands).

    Tout autre est la critique du libéralisme par les héritiers modernes de l'extrême droite du XIXe siècle. Sous ce dernier nom, j'entends à la fois les ultras qui rêvaient de restaurer l'Ancien Régime et les partisans de ce «socialisme national» - né des effets croisés de la défaite de Sedan et de l'écrasement de la Commune - qui, dès qu'il rencontre les conditions historiques de ce que George Mosse nommait la «brutalisation», risque toujours de basculer dans le «national-socialisme» et le «fascisme». Or, ici, l'horreur absolue que doivent susciter les crimes abominables accomplis au nom de ces deux dernières doctrines a conduit à oublier un fait majeur de l'histoire des idées. Oubli dont les moines soldats du libéralisme tirent aujourd'hui le plus grand bénéfice. C'est le fait que les fondateurs du socialisme partageaient consciemment avec les différentes droites antilibérales du temps un postulat anthropologique commun. Celui selon lequel l'être humain n'est pas, comme l'exigeait le libéralisme des Lumières, un individu «indépendant par nature» et guidé par son seul «intérêt souverain», mais, au contraire, un «animal politique» dont l'essence ne peut se déployer que dans le cadre toujours déjà donné d'une communauté historique. Bien entendu, en dehors de ce refus partagé des «robinsonnades» libérales (le mot est de Marx), tout, ou presque, séparait l'idéal socialiste d'une société sans classe dans laquelle - selon le vœu de Proudhon - «la liberté de chacun rencontrera dans la liberté d'autrui non plus une limite mais un auxiliaire», des conceptions alors défendues par la droite monarchiste et le «socialisme national». La première, parce que son intérêt proclamé pour les anciennes solidarités communautaires masquait d'abord son désir d'en conserver les seules formes hiérarchiques (le «principe d'autorité» de Proudhon). Le second, parce qu'en dissolvant tout sentiment d'appartenance à une histoire commune dans sa froide contrefaçon «nationaliste» il conduisait à sacrifier l'idéal d'autonomie ouvrière sur l'autel ambigu de l'«union sacrée». Comme si, en d'autres termes, un métallurgiste lorrain ou un pêcheur breton avaient plus de points communs avec un riche banquier parisien qu'avec leurs propres homologues grecs ou anglais.

    Pensez-vous que la réconciliation de la gauche moderne avec les dogmes de l'anthropologie libérale soit irréversible ?

    J.-C.M. : Ce sont hélas eux qui expliquent qu'on ne puisse trouver beaucoup d'esprits, à gauche, encore capables de critiquer - comme jadis Engels - la dynamique aveugle qui conduit peu à peu le marché capitaliste à «désagréger l'humanité en monades dont chacune a un principe de vie particulier et une fin particulière» (ou - version saint-simonienne - à transformer la société en «une agrégation d'individus sans liens, sans relations et n'ayant pour mobiles que l'impulsion de l'égoïsme»). Et qui expliquent donc aussi pourquoi, de nos jours, ce sont des intellectuels issus de la droite anticapitaliste qui parviennent le plus souvent (sous des formes, on s'en doute, souvent très ambiguës et parfois même ouvertement antisémites) à proposer - à l'image, effectivement, d'un Alain de Benoist - certaines des critiques les plus lucides de l'individualisme libéral, de ses fondements anthropologiques et de ses conséquences morales et culturelles désastreuses sur la vie quotidienne des gens ordinaires. Critiques qui constituaient, il y a trente ans encore, l'un des axes majeurs des contestations radicales du capitalisme mais qui ont aujourd'hui presque entièrement disparu du discours de la gauche.

    Cette situation paradoxale - qui n'est, encore une fois, que la contrepartie logique de la conversion de la gauche à l'idée que le capitalisme est «l'horizon indépassable de notre temps» - n'a évidemment rien pour enthousiasmer les partisans d'une sortie aussi «civilisée» que possible du système capitaliste. Elle risque même de conférer une apparence de sérieux à cette stratégie Godwin qui est devenue l'idéologie du Siècle. Car, si le vide idéologique créé par les renoncements successifs de la gauche ne devait plus être rempli que par les seuls penseurs issus de la droite radicale (quels que soient leurs mérites individuels), ce serait, en effet, un jeu d'enfant pour les Godwin boys de convaincre les nouvelles générations (déjà privées par les réformes libérales de l'école de toute culture historique un peu solide) que ce qui constituait jadis l'essence même du socialisme ouvrier ne représente, en fait, qu'une idéologie «nauséabonde» et «réactionnaire». Il suffirait, en somme, de marteler avec encore un peu plus d'aplomb que toute volonté de protéger les peuples de la folie du capitalisme globalisé ne peut être, par essence, que «barrésienne, avec juste ce qu'il faut de xénophobie» (Pascal Lamy, dans le Point du 19 janvier 2012). Dans cette hypothèse glaçante, les ultimes héritiers de la tradition révolutionnaire devraient donc apprendre très vite à vivre sous les lois d'un monde paradoxal (mais dont Orwell, avec sa double intuition d'une «novlangue» et d'une «police de la pensée», avait su anticiper le principe). Celui où, d'un côté, et pour la première fois dans l'histoire moderne, toute opposition officielle à la dynamique aveugle du capital aurait définitivement disparu, mais dans lequel, simultanément, les nuisances de cette dynamique seraient devenues plus manifestes que jamais. Sombre hypothèse, assurément. Mais qui a prétendu que la révolution serait un dîner de gala ?

    Jean-Claude Michéa, propos recueillis par Aude Lancelin (Marianne, 4 janvier 2013)

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  • Les snipers de la semaine... (75)

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    Au sommaire cette semaine :

    - sur son blog, Bernard Lugan mouche Marc Lavergne, africaniste politiquement correct du CNRS...

    Pour terminer l'année en souriant...


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    - sur le blog de Silvia Cattori, Jean Bricmont allume les faux-culs qui ne veulent pas défendre la liberté d'expression dans l'affaire Dieudonné...

    Pourquoi je ne soutiens pas Dieudonné

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  • L’immigration humanitaire, Némésis d’une Europe compatissante...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue du démographe et économiste, Yves-Marie Laulan cueilli sur son blog et consacré à l'immigration "humanitaire".

     

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    L’immigration humanitaire, Némésis d’une Europe compatissante

    Le fameux Camp des Saints, roman d’anticipation qui a eu le succès que l’on sait, est plus que jamais d’actualité. A ceci près qu’il ne s’agit plus de malheureux Bangladais, toujours confinés dans leur Bengale lointain à moitié envahi par les eaux, mais de Maghrébins, d’ Africains malins, et maintenant de Syriens, en fait, d’un peu partout dans le monde. Tous les prétextes sont bons pour émigrer en Europe : persécution, insécurité, discrimination insoutenable, niveau de vie jugé inacceptable. Ils sont tous candidats à une installation confortable dans une opulente Europe au grand cœur et à la mauvaise conscience. Mauvaise conscience de quoi ? Mais d’exister tout bonnement à côté d’une insondable misère à laquelle elle ne peut rien, qu’elle n’a nullement contribué à créer mais qui la tourmente malgré tout.

    Les chemins de l’immigration humanitaire

    Le conflit en Syrie, à lui seul, a généré, en deux ans, un exode de plus de deux millions de personnes, dont la moitié d’enfants, qui sont allées pour la plupart, dans un premier temps, en Turquie, Jordanie et Liban, avant de se tourner naturellement vers l’Europe. Le Liban a ainsi accueilli 700 000 Syriens et la Jordanie à peu près autant. Encore aujourd’hui, ces deux pays reçoivent environ 500 immigrés par jour.

    Pour l’émigration en provenance de la Syrie, en plein essor, le cheminement passe par l’Egypte puis par Lampedusa. En effet, cette petite île, à peine italienne, véritable oasis de l’immigration clandestine, n’est guère qu’à une centaine de kilomètres de la Libye ou de la Tunisie.

    En une seule nuit, les bâtiments italiens ont recueilli plus de 700 personnes, avec femmes et enfants, au large des côtes italiennes. En conséquence, les Lampedusiens, dont les journalistes vantaient la générosité à qui voulaient les entendre, commencent à se sentir fatigués de ces flots humains sans cesse renouvelés et s’efforcent à regarder ailleurs. Mais ils sont avantageusement relayés par les touristes, italiens ou étrangers qui viennent assister au débarquement des immigrés à Lampedusa comme on va à un spectacle gratuit. Il faut bien meubler ses loisirs en vacance. Et cela profite aussi au commerce local.

    L’immigration humanitaire connait des point de départ multiples dont les principaux centres sont localisés en Europe centrale, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, en Afrique noire et maintenant, en Syrie. Ces immigrés viennent, parfois seuls ou par familles entières d’un peu partout dans le monde, d’Albanie, du Kosovo (avec la Grèce comme point d’entrée), mais aussi du Bangladesh, de l’Érythrée ou de la Somalie.

    Les points d’entrée sur le périmètre européen privilégiés par les immigrés clandestins sont la Grèce, et la Bulgarie (pour l’immigration venue de l’Europe de l’Est), l’Espagne aussi, mais surtout aujourd’hui, l’Italie.

    Selon l’ONU, depuis le début de 2012, ce ne sont pas moins de 32 000 immigrés qui ont débarqué en Italie ou à Malte. De quoi peupler chaque année une petite ville de taille moyenne. D’après FRONTEX, l’agence européenne chargée de la sécurité aux frontières, pendant la seule année 2011, pas moins de 60 000 immigrés ont traversé la Méditerranée.

    Il en ressort que plus l’Europe étend son périmètre, plus elle devient poreuse à l’immigration clandestine, faute de moyens, mais aussi et surtout de motivation

    Le désordre européen

    En effet, les directives européennes prévoient bien que, dès leur entrée dans l’espace européen, les immigrés doivent laisser les autorités prendre leurs empreintes digitales sur le lieu même de leur point d’entrée, à des fins d’identification bien sûr. Mais aussi, et c’est là que le bât blesse, la loi européenne prévoit également que les demandes d’asile doivent être traitées par les autorités du lieu..

    Les Syriens, par exemple, prévenus et malins, se refusent énergiquement avec un bel ensemble à cette prise d’empreintes. Car ils savent fort bien, compte tenu du désordre administratif italien bien connu, ce qui se passerait : rien. D’autant plus que, cerise sur le gâteau, les douaniers ou le policiers italiens, bons princes, se gardent bien d’insister pour exécuter cette mesure et se contentent benoîtement de leur conseiller d’éviter de se faire « pincer » dans les trains ou les autoroutes. Et qu’ils aillent se faire pendre ailleurs, ailleurs qu’en Italie, bien sûr. Avec cela, le territoire européen est bien protégé.

    Mais, en réalité, les immigrants n’envisagent guère de rester en Italie, qui n’a pas le RSA ou le fameux Revenu d’attente, que la République française, généreuse avec l’argent des contribuables, a mis en place, sans doute pour encourager de nouveaux courants migratoires. De toute façon, pour gagner la France toute proche, il suffit de prendre le premier train venu.

    Ceci étant, pour l’heure, entre 2012 et 2013 la France n’a accueilli que 3 700 immigrés syriens par le truchement de l’Opfra. Mais nul doute que ces flux ne soient appelés à grossir rapidement

     

    Les coûts de l’immigration

    Pour un candidat à l’émigration, il coûte entre 1000 et 3500 dollars par personne pour aller, par exemple, de l’Egypte en Sicile. Le trafic est fort bien organisé et lucratif. Les candidats à l’émigration embarquent sur des bateaux d’une contenance pouvant aller jusqu’à 500 personnes. A proximité des côtes italiennes, ils sont transférés sur d’autres petites embarcations. Comble de prévenance, on leur fait même cadeau d’un téléphone satellite avec lequel ils peuvent appeler des numéros de téléphone d’urgence en Italie. Le scénario est bien au point. Et le tour est joué. Jusqu’à la prochaine fois.

    Comment les candidats à l’émigration parviennent-ils à financer leur projet ? Le plus simplement du monde : par la vente de possessions personnelles, bijoux, meubles, vêtements, instruments domestiques, voitures éventuellement, ou tout simplement par recours à la solidarité de la famille ou des voisins. Apparemment, le manque de ressources ne constitue guère un frein significatif à l’émigration. Le cas de la France mérite d’être examiné à part en raison de ses particularités.

    Le cas français : le droit d’asile

    Le droit d’asile est devenu de nos jours une fenêtre béante largement ouverte à l’immigration clandestine ou si l’on préfère, une machine à fabriquer des immigrés clandestins appelés, bien sûr, à être régularisés au bout de quelque temps.

    Les demandes d’asile atteignaient tout juste 2 000 avant 1980. Elles ont littéralement explosé pour s’élever à 70 000 en 2013. En parallèle, les régularisations d’immigrés clandestins ont bénéficié à 46 000 personnes en 2013.

    Cela se comprend bien. Car la France fait de son mieux pour encourager l’immigration clandestine. Elle a, non seulement créé le RSA mais, comble d’aveuglement, le RTA, le Revenu Temporaire d’Attente. Attente de quoi, il est permis de se le demander ? Un emploi tombé du ciel dans une économie qui compte plus de 2 millions de chômeurs. En attendant, le RTA procure aux bénéficiaires 336 euros par mois pour un coût global qui a bondi de 47 millions d’euros en 2001 à 147 millions en 2012. Ce n’est pas le Pérou mais cela est suffisant pour vivoter quelque temps.

    Il faut aussi prendre en compte les dépenses de santé. En 2012, plus de 305 000 « sans papiers » ont bénéficié de l’Aide Médicale Gratuite par la CMU ou la CMU C pour un coût proche de 1 milliard d’euros.

    Cerise sur le gâteau, Nicolas Sarkozy, toujours malin, a cru bon de départementaliser Mayotte (200 000 habitants, pratiquement tous Musulmans, souvent polygames) petite île heureuse où débarquent chaque année environ 13 000 immigrés clandestins venus des Comores toutes proches. Il y a là un inépuisable vivier d’immigration clandestine.

    Rappelons pour conclure sur ce point que, chaque année, l’Etat distribue 200 000 cartes de séjour. En outre, en 2013, plus de 46 000 immigrés clandestins seront régularisés, de quoi faire monter d’un cran supplémentaire le chômage en France et creuser davantage le gouffre de comptes sociaux (rappelons pour ceux qui l’auraient oublié que la dépense sociale en France représente 58 % de la dépense publique soit 600 milliards d’euros)

    L’immigration clandestine, un puits sans fond

    Une des causes majeures d’une poussée migratoire qui ne se dément pas est le différentiel démographique entre l’Europe, le Maghreb et surtout l’ l’Afrique noire : en l’an 2100, environ un homme sur trois sur la planète sera d’origine africaine selon les projections de l’ONU : de quoi peupler effectivement une Europe à la démographie anémiée.

    Mais, en dehors de ce facteur démographique qui constitue la toile de fond de l’émigration, pourquoi les migrants émigrent-ils ? Les motifs sont multiples. Au de- là de la crainte de l’insécurité, le désir d’aller en Europe pour y vivre mieux se ramène pour l’essentiel à la recherche de quatre objectifs constituant une sorte de quadrilatère sacré : l’aide alimentaire, le logement, la scolarisation et la santé. Chacun de ces postes comporte évidemment des coûts spécifiques fort lourds pour les pays d’accueil

    L’insécurité liée à un conflit local joue souvent un rôle déterminant dans la décision de quitter le pays. C’est évidemment le cas pour la Syrie bien sûr. Mais, en outre, la recherche d’une vie meilleure vise la possibilité d’une scolarisation gratuite pour les enfants et l’accès à des soins de santé gratuits et de qualité.

    On a jusqu’ici insuffisamment porté attention au problème de la scolarisation des enfants d’immigrés clandestins. L’affaire Leonarda a jeté la lumière sur ce phénomène. Grâce aux orientations idéologiques de certains enseignants et des responsables d’établissements scolaires, la scolarisation est en passe créatrice d’un nouveau droit d’asile. Tout enfant scolarisé en France ouvre quasi automatiquement un droit à l’émigration sur le territoire, pour lui-même bien sûr dans l’immédiat, et, à terme, pour sa famille. Toute tentative pour les expulser soulève dans l’instant un tonnerre de reproches et d’invectives de la part des bien pensants.

    L’aide à l’immigration clandestine repose sur un singulier principe, qui est celui du tout gratuit. Aucune disposition administrative ne prévoit la moindre contrepartie à l’aide reçue sous la forme de prestations de services par exemple. Cette particularité ne peut manquer d’encourager les immigrés à considérer que toute aide leur est naturellement acquise sans contrepartie, ce qui n’est pas une forte incitation à aller sur le marché du travail pour y gagner de quoi vivre. L’Europe fabrique ainsi à la chaîne des assistés à perpétuité.

    A dire vrai, ces dispositions sont plus caractéristiques de l’Europe du Sud, France, Italie et même Grande Bretagne que de l’Europe du Nord, Allemagne en tête, beaucoup plus stricte sur le contrôle du montant des aides consenties et plus regardante sur leur utilisation. On constate ainsi un clivage au sein de l’espace européen entre l’ Europe du Sud, qui est largement victime de l’immigration clandestine, notamment du fait de sa localisation géographique, et l’Europe du Nord mieux protégée par la distance et aussi ses orientations politiques. Ainsi en témoignent abondamment les prises de positions publiques de la Chancelière Angéla Merkel, assez peu portée à s’apitoyer sur le sort des malheureux immigrés venus du Sud.

    Les moteurs de l’immigration clandestine

    A l’heure de la communication mondiale instantanée, les mécanismes de l’immigration humanitaire sont naturellement le bouche à oreille mais aussi et surtout le téléphone satellite qui permet de communiquer instantanément avec n’importe quel point du globe et cela pour un coût mineur. En dehors de cela, les images sur internet et la télévision sont devenus, comme on s’en doute, des fabricants de rêve en projetant sur écran des images paradisiaques de la vie en Europe. Le rêve nourrit l’immigration. Le contact avec la réalité n’en est que plus douloureux.

    Parmi les autres facteurs qui concourent à soutenir l’immigration clandestine, il faut naturellement mentionner les associations de soutien aux immigrés, et elles sont nombreuses, au premier chef Amnesty International. Cette ONG a depuis longtemps débordé son objectif d’origine qui était de dénonce les abus et les exactions dont certaines populations sont victimes pour devenir un sorte de « lobby » de soutien permanent à l’immigration.

    Les organisations internationales jouent également un rôle qui n’est pas à négliger dans les encouragements à l’immigration. On mentionnera les organisations satellites des Nations Unies, mais aussi Bruxelles qui déverse sans cesse un flot d’instructions à l’usage des gouvernements pour les remettre dans le droit chemin en cas d’écart et les piloter vers le chemin à suivre. Viviane Reding, la célèbre Commissaire européenne, (ancienne journaliste de gauche nommée par le Luxembourg, patrie comme on sait des fraudes fiscales en gros et en détail), s’est fait remarquer par ses injonctions tonitruantes adressées aux gouvernements de l’ Union européenne, lesquels font le dos rond devant cette redoutable égérie.

    On ne saurait terminer ce chapitre sans souligner le rôle particulièrement nocif joué par le traité de Schengen instituant une totale liberté de circulation sur tout le territoire de l’Union européenne : débarquer à Lampedusa, c’est pourvoir aller, en principe, jusqu’à Berlin ou, plus précisément, en France, à cause de aides multiples aimablement fournies par notre pays, bien sûr.

    Que deviennent les immigrés une fois qu’ils ont réussi à s’implanter sur le territoire de l’Europe ?

    Mystère. Nulle statistique, nulle étude, nulle recherche ne viennent jeter quelque lumière sur cette question. Comme si les immigrés clandestins disparaissaient mystérieusement dans l’ensemble de la population d’accueil, comme un sucre se dissout dans une tasse de café.

    Tout ce que l’on peut supposer est que ces immigrés, sans formation ni qualification, connaitront fort longtemps une existence précaire, rendue d’autant plus difficile à supporter qu’ils pourront comparer leur sort avec celui de la population d’accueil, naturellement plus prospère. Même s’ils font l’objet d’une régularisation administrative, ils ne peuvent trouver dans une Europe frappée par un chômage chronique que des emplois mal rémunérés sur le marché du travail associés à des conditions de vie précaires. Si bien qu’ un certain nombre d’entre eux ne pourront pas résister à la tentation de sombrer dans la petite délinquance ou les petits trafics. Il faut bien vivre.

    Un contexte idéologique porteur : la compassion

    Le rôle porteur de la presse et des médias ne peut manquer d’être souligné. Les journalistes ne se lassent pas de s’extasier à tout propos sur le courage des immigrés affrontant d’un cœur ferme les éléments déchaînés. Ou ils se lamentent sur leur triste sort sans se poser une seconde la question de savoir si leur présence est légitime ou non. Comme si l’immigration devenait une zone de non droit régie par le bon cœur, la compassion, les bons sentiments en l’absence de tout bon sens.

    On peut évoquer aussi les directives de Bruxelles qui enjoignent benoîtement les gouvernements de bien traiter les immigrés clandestins qu’il faut accueillir comme des hôtes. Amnesty International de son côté ne cesse de plaider inlassablement pour une ouverture toujours plus grande des frontières européennes courants migratoires venus du monde entier, tout en préconisant un meilleur accueil, sans doute pour encourager de nouveaux arrivages.

    Le dilemme européen

    Au début d’octobre 2013, un naufrage près de l’île de Lampedusa a provoqué la mort de de 360 personnes, ce qui a soulevé une forte émotion médiatisée, vite retombée d’ailleurs, en Europe. Ce drame a-t-il en quoi que ce soit provoqué une prise de conscience collective de la nécessité de prendre des mesures propres à prévenir le retour de semblables tragédies ? Evidemment que non. La réponse des gouvernements à cette tragédie s’est bornée à proclamer l’urgence de mettre en service davantage d’avions et de bateaux, pour organiser davantage de patrouilles en mer.

    Mais pour quoi faire ? S’agit-il de mieux accueillir et protéger les candidats à l’immigration ou les prendre à bord afin de les ramener chez eux ? Cette question, pourtant fondamentale, n’a nullement été tranchée comme si l’Europe comptait hypocritement sur les éléments naturels, le froid, la faim, et la tempête pour limiter « naturellement », et sans se salir les mains, l’afflux d’immigrés considérés indésirables sur le territoire européen. L’Europe présente ainsi le triste spectacle de la lutte entre la compassion et la raison, sur fond d’hypocrisie et d’égoïsme.

    Les remèdes sont dérisoires. Pour l’instant on ne fait rien ou pas grand-chose. C’est du bricolage administratif. Comme si l’administration n’osait pas soulever un sujet trop brulant pour ne pas risquer de s’exposer aux retombées médiatiques redoutables que les associations préposées à cet effet ne manqueraient pas de provoquer.

    Pour ce qui concerne le droit d’asile, l’administration française se contente simplement (la circulaire Valls de novembre 2012) d’autoriser les déboutés d’une première demande à se présenter à un second guichet « exceptionnel » pour obtenir réexamen de leur demande. Bel exemple administratif d’un emplâtre sur une jambe de bois.

    On se propose aussi de raccourcir les délais de traitement des dossiers, proches de 600 jours aujourd’hui, pour les ramener à 6 mois. Mais qu’est-ce que cela pourrait bien changer ? Les déboutés du droit d’asile, quelques 50 000 à 70 000 par an, se contenteraient de passer plus rapidement de l’autre côté de la barrière, dans la clandestinité, et gonfleraient d’autant les flux de l’immigration clandestine en devenant des « sans papiers » supplémentaires.

    Quoiqu’il en soit, il est difficile de ne pas percevoir un durcissement progressif des opinions publiques dans les pays d’accueil, durcissement en partie lié à la paupérisation latente et à la crise. L’immigration provoque ainsi un phénomène de rejet ou de « ras-le-bol » combiné à une exaspération croissante de l’opinion publique devant les abus provoqués par une politique d’accueil aux immigrés excessivement complaisante. Cette hostilité à l’immigration est naturellement associée à la montée du populisme.

    ***

    En conclusion, pour sortir de l’impasse actuelle, la mise en mettre en œuvre d’une nouvelle politique de l’immigration fondée sur des principes nouveaux au niveau français, et aussi européen, ne peut manquer de s’imposer.

    A cette fin, il faut « changer de paradigme », c’est-à-dire changer les valeurs de référence actuelles. Il importe de remettre clairement remettre en question le droit des migrants implicitement accepté, droit à s’installer comme ils l’entendent, où ils l’entendent, au moment où ils l’entendent. Il convient de reconnaître clairement le droit des populations d’accueil à préserver leur l’identité, leur niveau de vie et leur mode de vie. Les gouvernements doivent enfin conserver le pouvoir de contrôler les mouvements de leurs populations et les flux d’immigration qui les concernent.

    C’est donc à une véritable révolution culturelle qu’il faut convier l’Europe.

    Yves-Marie Laulan (Le blog d'Yves Marie Laulan, 16 décembre 2013)

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