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  • La République de Gaïa...

    Les éditions de La mouette de Minerve viennent de publier un roman d'Alexis Legayet intitulé La République de Gaïa. Professeur de philosophie, Alexis Legayet est déjà l'auteur de nombreux romans dont Les obsolètes (La mouette de Minerve, 2024).

     

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    " Les Verts ont (miraculeusement) gagné les élections présidentielles. Des mesures draconiennes sont immédiatement prises dans le but d'endiguer le réchauffement climatique anthropique en passe de carboniser la planète. Mais, étrangement, le peuple résiste... Comment imposer le Bien à ceux qui le refusent ? Comment bâtir enfin La République de Gaïa - universelle, vertueuse, définitive ? Un constat s'impose : le mal ne pourra être éradiqué, demain, sans une réforme totale de l'éducation, libérant les enfants de l'emprise perverse des familles. Alice, jeune et brillante professeure des écoles, et Jérémy, enfant turbulent d'un père défaillant, se retrouveront au cœur de cette révolution pédagogique. Les nouveaux Gardiens de la Terre parviendront-ils ainsi à "sauver la planète" ?

    Dans cette nouvelle fable philosophique, Alexis Legayet poursuit sa lecture ricanante des délires du monde contemporain."

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  • Réflexions sur la liberté de pensée...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Pierre de Meuse cueilli sur Polémia et consacré aux atteintes à la liberté de penser.

    Docteur en droit, Pierre de Meuse a enseigné dans une école supérieure de management et à la faculté de philosophie de l'Institut catholique de Toulouse. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Histoire des hérésies (Trajectoire, 2010), Idées et doctrines de la Contre-révolution (DMM, 2019), La famille en question - Ancrage personnel et résistance communautaire (La Nouvelle Librairie, 2021) et  Le dogme de l'antiracisme - Origine, développement et conséquences (DMM, 2024).

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    Réflexions sur la liberté de pensée

    De la liberté intérieure à la répression des opinions

    Il existe une vieille chanson allemande de la fin du XVIIIe siècle intitulée « Die Gedanken sind frei » (« Les pensées sont libres »). Ce Volkslied à la très jolie musique décline dans ses couplets l’impossibilité pour quiconque de lire dans les pensées, de les détruire ou de les punir. Une réalité indiscutable, à la condition qu’elles restent inexprimées ou qu’elles n’engendrent pas d’actes répréhensibles. Les anciens Romains, amateurs de maximes brèves, écrivaient dans leurs lois : « Nemo cogitationis poenam patitur », ce qui signifiait qu’une personne ne peut pas être punie pour ses pensées ou ses intentions non exprimées. Oui, mais si elles le sont ? Les Anciens considéraient alors qu’une pensée incompatible avec le bien de la Cité n’avait ni droit à l’expression ni, d’ailleurs, au débat. Aristote écrit ainsi dans son Éthique qu’un homme qui déclarerait que l’on ne doit le respect ni aux dieux ni à son père ne mérite pas d’autres arguments que des coups de bâton ! Souvenons-nous aussi que Socrate fut condamné à mort par le pouvoir démocratique athénien après la chute de l’Oligarchie pour avoir participé, par ses leçons, à la dérision des traditions les plus anciennes de la Cité.

    Cette manière de voir ne fut pas abrogée par l’ordre chrétien, qui y ajouta même l’exigence légale de l’orthodoxie théologique. Rappelons que Blaise Pascal se crut obligé de dénoncer à l’Inquisition les écrits d’un malheureux curé qui avait osé soutenir que l’Histoire humaine était bien antérieure aux 6 000 ans que l’exégèse de la Bible autorisait à décompter depuis la Genèse. Le curé s’en tira avec une simple remontrance et son cas fut réglé. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

    Le problème réside dans le fait que les sociétés dites « démocratiques » oscillent entre la déférence envers les opinions majoritaires et le respect de toute opinion, à la condition qu’elle soit sincère. Une contradiction insoluble dès lors que le fondement du pouvoir, et même de l’édifice social, réside théoriquement dans l’approbation intime des citoyens, née d’une délibération rationnelle. Pourtant, depuis une soixantaine d’années, la liberté d’expression a subi une suite de restrictions de plus en plus insistantes, assorties de sanctions croissantes, au point de concurrencer les régimes totalitaires. Au lendemain de la guerre, ce ne furent que des décisions administratives destinées à interdire la publication d’ouvrages ou de périodiques susceptibles de porter atteinte à l’ordre public. Plusieurs centaines d’écrits furent ainsi interdits, ainsi qu’un certain nombre de films. Cependant, pendant un quart de siècle, les interdictions se répartirent sur l’ensemble de l’éventail des idéologies : extrême gauche, extrême droite, antimilitarisme, indépendantismes et pornographie furent censurés, sans pour autant que leurs auteurs fussent poursuivis pénalement, sauf quelques notables exceptions, comme Maurice Bardèche.

    Tout changea de manière substantielle à la fin des années soixante, avec la mise en place progressive d’une législation de plus en plus répressive de la liberté d’expression. Ce qui est apparemment paradoxal, c’est que cet ensemble de lois fut introduit, au départ, dans le but de satisfaire aux exigences des Droits de l’Homme. En fait, cela n’a rien d’étonnant, car la théorie des Droits de l’Homme n’est rien d’autre qu’une idéologie, toxique pour tout ce qui existe en dehors de ses postulats, mais c’est à tort qu’elle est considérée comme toujours porteuse de liberté. En 1962, l’Assemblée générale de l’ONU rédigea une Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale visant à promouvoir l’égalité et la compréhension entre tous les peuples. Cette convention a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 21 décembre 1965 et est entrée en vigueur le 4 janvier 1969. Comme cette convention ne pouvait être intégrée dans le droit interne des États que par une loi, chaque pays d’Europe en rédigea une mouture à part. En Grande-Bretagne, ce fut l’Act de 1968, que dénonça vainement Enoch Powell. En France, ce fut la loi dite « loi Pleven » de 1972, votée à l’unanimité par les Chambres. Personne, ou presque, ne se rendit compte des dangereuses implications qu’elle contenait. Concrètement, elle avait pour effet :

    • d’introduire un interdit dans la pensée : celui de la discrimination. Désormais, toute pensée exprimée est hors la loi si elle assigne à un individu ou à un groupe humain une « essence » collective héritée du passé. La distinction entre le « nous » et les autres est désignée comme une perversion ;
    • de mettre sur le même plan les actes politiques qui sont le fait du pouvoir, et dont les motivations peuvent rester discrètes, et ceux des simples particuliers qui obéissent à la morale et à la loi commune. C’est la fin du secret d’État ;
    • de punir non seulement les actes, mais encore les pensées exprimées, parce qu’elles pourraient induire « à la haine ». Jusque-là, la distinction entre la pensée criminelle (mens rea) et l’action criminelle (actus reus) était essentielle. Dans le cadre de la responsabilité pénale, le droit soulignait la nécessité de l’intention jointe à l’action pour qu’une expression soit punissable. C’est fini. L’intention pure est déjà punissable.

    Dans le même esprit, un autre interdit législatif se mit en place moins de vingt ans plus tard, destiné à la protection des mythes fondateurs : ce sera la loi Gayssot du 13 juillet 1990, qui vise à rendre criminelle la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité tels que définis par le Tribunal militaire international de Nuremberg. Cette disposition a été intégrée dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse et prévoit des sanctions pour ceux qui nient ou minimisent ces crimes. Nous ne reviendrons pas sur ce texte, qui a donné lieu à des protestations de parlementaires, mais aussi de nombreux historiens. Simplement, il convient de remarquer que nous sommes ici devant une mutation majeure des rapports entre le droit et la vérité. Jusque-là, la recherche et la science étaient considérées comme suffisantes pour connaître le réel. Désormais, le système politique commun aux pays d’Europe met en vigueur une police de la vérité qui emprisonne sans pitié les hérétiques : « Non seulement les historiens n’ont pas le droit de chercher, mais on leur dicte ce qu’ils doivent trouver ! », disait un célèbre d’entre eux. C’est que nos modernes barbouilleurs de lois prétendent aujourd’hui, et pour toujours, définir ce qu’est le Mal. Depuis trente-cinq ans que ces législations existent, leur maintien n’a pas rencontré d’opposition sérieuse.

    Du contrôle social à l’état de guerre permanent

    On aurait tort de croire que l’assujettissement des cerveaux s’arrêtera là, bien au contraire. Nous assistons, en fait, à la mise en place d’un contrôle social que rien ne vient limiter, visant à priver de vie collective tous les esprits contestataires.

    Depuis dix ans, les banques sont soumises à des injonctions du ministère de l’Intérieur qui font pression pour interdire l’ouverture de comptes à certaines personnes, alors que la possession d’un compte courant est obligatoire. La banque n’a pas à motiver sa décision et, si aucune banque n’accepte, il ne reste que la Banque de France, qui n’est pas tenue de délivrer de carnet de chèques. Cette attitude a un nom officiel : l’« entrave administrative », qui fait l’objet, sans pudeur, d’un recrutement de contractuels. La légalité de ces mesures est évidemment douteuse, mais le but est de forcer les opposants à engager des frais de justice coûteux et des procédures lentes dans leurs effets, afin de gêner leur action. Dans le même temps, un projet de loi a été récemment présenté au Sénat, visant à sanctionner l’« ingérence intérieure », nouveau mot désignant la pensée non conformiste. Ayons le courage de dénoncer l’incongruité d’un tel vocabulaire : comment peut-il désigner sous le nom d’ingérence ce qui n’est que la libre circulation de l’opinion des gouvernés ?

    Puis ce furent les mesures de protection contre les épidémies, avec l’affaire du Covid, qui servirent de tests pour imposer des restrictions de plus en plus lourdes à la liberté de penser, de circuler et de rencontrer d’autres personnes, y compris de la famille. Le succès de ce test terriblement onéreux ne fut pas total, loin de là, car la préparation des esprits n’avait pas annihilé les résistances. La question des dirigeants actuels de l’Europe est donc : comment serrer la vis au point de juguler toute contestation ? Comment justifier la transformation de nos sociétés en États totalitaires ? La réponse de nos « démocraties » est simple, et Macron la répète sans cesse depuis bientôt dix ans : faire admettre à nos peuples que « nous sommes en guerre ! ». Mais aussi s’appuyer sur le gouvernement des juges, majoritairement acquis à l’idéologie dominante.

    La guerre, en fait, est bien commode, au début, pour les gouvernements contestés. Elle permet :

    • de surseoir aux élections ;
    • de mettre en prison les opposants, baptisés traîtres pour mieux les éliminer ;
    • de contrôler sans aucune limite l’information et de gaver l’opinion de mensonges tant que l’ennemi n’a pas gagné. Après, c’est plus difficile ;
    • de passer à l’as des décennies d’incompétence, de gabegie, de corruption, d’illusions idéologiques et d’emprunts insensés. Et d’annuler la dette, bien sûr ;
    • de laisser s’installer l’inflation sans limites, au détriment des plus faibles.

    Or, c’est précisément ce que cherchent à faire Macron, Merz et Starmer, les principaux dirigeants actuels de l’Europe. En fait, ils ne souhaitent pas vraiment la guerre, mais veulent laisser croire qu’ils sont prêts à la faire afin d’exploiter le supplément d’autorité que donne son urgence. C’est ce que Macron a en tête en se gargarisant, depuis dix ans, de l’expression « ambiguïté stratégique ». Cette expression signifie que nous sommes prêts au conflit, même si ce n’est évidemment pas le cas. Un jeu dangereux à bien des points de vue, car les « lignes rouges » de l’ennemi qu’ils se sont désigné sont mouvantes et les alliés qu’ils tentent de rameuter sont incertains.

    Avant de se demander pourquoi ils ont fait ce choix, il est utile de rappeler que tout pouvoir a tendance à s’accroître et qu’il s’accroît d’autant plus qu’il ne rencontre pas de résistance. C’est malheureusement le cas des peuples d’Europe, qui sont chaque jour plus mécontents, mais sont impuissants à donner à leur colère une expression efficace.

    La motivation de ces dirigeants est l’angoisse devant l’annonce du retour du vieil homme, chaque jour plus imminente. Depuis un siècle et plus, les nations d’Europe sont conduites au mépris des règles immémoriales : la transmission, l’effort, la défense des intérêts collectifs, l’acceptation des traditions, le sacrifice, la préférence du « nous » à l’autre. Ces règles, aussi vieilles que la nature humaine, ont été déclarées obsolètes : il suffisait de le proclamer pour que ce fût chose faite. Et, aujourd’hui, la révolte des peuples présente à leur caste dirigeante une facture qu’elle est bien incapable de payer. Dès lors, nos dirigeants ne voient pas d’autre remède que de leur imposer une dictature impitoyable, déléguant aux institutions européennes, par nature non soumises au suffrage, le soin de briser toute résistance. Faut-il se laisser faire ? Et, si non, que faire ?

    L’union nécessaire pour défendre les libertés

    À cette question, on ne peut que répondre en renvoyant aux règles de routine de la vie politique française. La première est la nécessité de l’union des forces. S’il est bien nécessaire de ne laisser passer aucune violation des libertés publiques, force est de constater que ceux qui sont censés s’y opposer ne présentent pas, pour l’instant, de front uni. Chaque condamnation inique qui frappe les rangs contestataires n’est pas combattue avec l’unanimité nécessaire, parce que nos divisions nous paralysent. Tel militant est condamné à la prison pour avoir dévoilé des réseaux d’avocats occupés à rendre les OQTF inopérantes. Oui, mais il est pro-israélien, alors on ne peut se mobiliser pour le défendre. Tel autre milite avec talent pour la remigration. Oui, mais il n’est pas assez catholique. Alors, on rechigne à le soutenir. Tel autre met en lumière le machiavélisme du pouvoir et ses mensonges. Oui, mais il est pro-palestinien, et certains refusent de le soutenir. Cette attitude ne peut qu’affaiblir la résistance.

    Toujours dans le registre de la désunion, il serait temps d’ouvrir les yeux sur les lois réductrices de libertés que l’on approuve et que l’on vote parce qu’elles sont prétendument faites pour réprimer des criminels odieux, comme les terroristes et les pédophiles, mais qui, en réalité, sont utilisées pour réprimer les opposants politiques. Dans le même sens, des lois permettant de domestiquer les plateformes d’opinion justifient leur utilité en invoquant la protection de l’enfance. Tout cela devrait aiguiser notre esprit critique et notre méfiance. On a ainsi vu un tribunal condamner un journaliste hostile à l’immigration en se fondant sur la récente loi « Samuel Paty ». Il est toujours dangereux de renforcer la répression contre nos ennemis quand le pouvoir est entre les mains de gens qui nous considèrent comme leurs pires ennemis.

    Et, d’une manière plus générale, il convient de ne jamais considérer comme « habituelle » et « normale » chaque nouvelle atteinte à notre liberté de pensée, même si elle se présente sous le déguisement de la prévention des maladies, de la lutte contre le crime, de la protection de l’enfance ou de la répression de la trahison. Une telle attitude commence par la résignation et finit par le renoncement. Nous sommes au pied du mur : ne laissons plus aucune atteinte aux libertés sans réponse.

    Pierre de Meuse (Polémia, 17 juillet 2026)

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  • Du bonheur de se perdre en France...

    Les éditions Arthaud ont récemment publié un essai de Victor Coutard intitulé L'art du détour - Du bonheur de se perdre en France. Victor Coutard est auteur et journaliste et a notamment publié des livres de cuisine.

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    " « En empruntant de nouveau la petite route, dans une sorte de révélation d'ordre épiphanique, j'ai eu le sentiment de protester, à l'échelle de ma vie, contre l'accélération du temps. » À l'heure où même le voyage tombe sous le coup de la rationalisation, le détour s'impose comme un acte de résistance. Il permet de vivre la route, de profiter d'un temps élastique, de retrouver le goût de l'aventure et de cultiver un rapport sensible à la géographie. Prendre le temps de s'arrêter, se tromper, découvrir des adresses ou des points de vue, faire des rencontres inattendues : seul le détour permet cela. Ce livre n'est pas un guide mais une invitation au voyage au cœur d'une France qui change moins vite qu'on ne le prétend. Car se détourner, c'est aussi réapprendre une autre façon de vivre. C'est s'émanciper des trajets générés par ordinateur, des restaurants connus grâce aux réseaux sociaux et des plus beaux villages de France en carton-pâte. Chaque jour est différent quand on s'organise pour savoir se perdre et qu'on maîtrise l'art du détour. "

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  • Une philosophie néoréactionnaire ?... : entretien avec l'animateur du site RAGE

    Ego Non prolonge sa présentation de la pensée néoréactionnaire par un entretien avec son principal promoteur en France, NIMH, l'animateur du site RAGE.

     

                                               

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  • Chine : un défi pour l'Europe...

    Le nouveau numéro de la revue Conflits (n°64, juillet - août 2026), dirigée par Jean-Baptiste Noé, vient de sortir en kiosque. Le dossier central est consacré à la Chine...

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    ÉDITORIAL
    Tocqueville en Chine, par Jean-Baptiste Noé

    DOSSIER — CHINE
    La Chine est-elle communiste ? par Romain Blachier

    Peut-importe la couleur du chat, du moment qu’il attrape la souris, par Alex Wang

    L’Empire du Milieu, par Jean-Baptiste Noé

    L’énergie en Chine, par Helena Voulkovski

    La Chine extérieure, par Jean-Baptiste Noé

    Les triades chinoises, par Michel Gandilhon

    La marine chinoise peut-elle dépasser l’US navy ?, par Alexis Feertchak

    L’usine du monde se réinvente, par Jean-Baptiste Noé

    POINTS CHAUDS
    Kaja Kallas, la diplomate européenne, par Michel Chevillé

    Irlande une unité dans la division, par Cyprien Boyer

    L’Institution V. la plus secrète des services turcs, par Tancrède Josseran

    L’armée du Liban Sud : une milice au service d’Israël, par Frédéric Pichon

    Reportage. Orikhiv, ville fantôme, par Murray Wegeler

    GÉOÉCONOMIE
    Venise et l’or blanc : sucre, empire et Méditerranée, par Jean-Baptiste Noé

    La France face au défi du blanchiment d’argent, par Maximilien de Meyer

    No shipping, no shopping, par François-Olivier Corman

    La Chine au volant de l’automobile mondiale, par Jean-Jacques Netter

    La Chine et les terres rares, par Eugène Berg

    HISTOIRE
    Yorktown, ou comment la France a permis l’indépendance des États-Unis, par Vincent de Kytspotter

    Comment Erdogan a vaincu le PKK, par Tancrède Josseran

    CULTURE
    Reportage - Monténégro : le paradis qui se bétonne, par Alexandre Aoun

    Venise, puissance opportuniste, par Guy-Alexandre Le Roux

    La gare conçue en tant que cathédrale, par Ophélie Roque

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  • Un mauvais bilan des « chefs patriotes » en Europe ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Romain Sens, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au bilan des dirigeants "patriotes " en Europe. Même si on peut trouver le jugement de l'auteur sévère sur  certains points, il n'en soulève pas moins de vraies questions...

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    Le mauvais bilan des « chefs patriotes » en Europe

    Une puissante vague patriote est en train de se lever partout en Europe. Même dans des pays depuis longtemps gouvernés par la gauche — Portugal, Suède, Danemark —, les mouvements patriotes sont en hausse constante. En Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et même au Royaume-Uni, les patriotes, en constante progression, peuvent espérer arriver au pouvoir demain. Arriver au pouvoir, mais pour faire quoi ?

    Dans trois pays importants d’Europe, la Pologne, la Hongrie et l’Italie, les patriotes ont pendant plusieurs années été portés au pouvoir et ont disposé d’une majorité suffisante pour agir. En Italie, ils y sont toujours.

    Pologne : immigration et armement américain

    En Pologne, le gouvernement de Mateusz Morawiecki, dirigeant du parti PiS (Droit et Justice), est arrivé au pouvoir en 2015 avec un discours très conservateur, se voulant protecteur de la famille, de la religion chrétienne et de l’identité polonaise. Il se déclarait également très préoccupé par l’immigration, présentant la situation française comme un repoussoir. Or c’est le gouvernement patriote qui a commencé à ouvrir la Pologne à l’immigration extra-européenne de travail, dans un contexte de croissance économique. La Pologne a notamment fait appel à des immigrés asiatiques (souvent des Vietnamiens) pour occuper des postes à responsabilité, dans l’informatique principalement.

    Alors que tant de Polonais avaient émigré en Europe de l’Ouest au XXe siècle et depuis le début des années 2000, voici la Pologne florissante « contrainte » d’accueillir une immigration extra-européenne pour des salaires moyens de 2 000 euros permettant de jouir d’un haut niveau de vie en Pologne.

    Sur le plan international, la Pologne a réagi de la meilleure façon qui soit face à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. En accueillant sur son sol des millions de réfugiés ukrainiens, cette situation a évidemment fait l’objet de tensions certaines entre ces deux populations.

    S’opposant frontalement à Vladimir Poutine, la Pologne a aidé l’Ukraine en lui livrant un grand nombre de matériels militaires (notamment son stock d’armes soviétiques) mais a également adopté une posture défensive très réactive. L’armée polonaise est actuellement en passe de devenir l’une des plus puissantes armées européennes.

    Cependant, ce réarmement s’est fait au profit de deux acteurs majeurs de l’économie militaire, bien loin d’être européens : les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud. La Pologne a en effet acquis 180 chars sud-coréens K2 (de très bonne qualité) ainsi que des canons et lance-missiles du même pays et un très grand nombre de matériels de pointe américains (lance-missiles HIMARS, chars Abrams, hélicoptères Apaches, chasseurs F-35).

    Autrement dit, la Pologne n’a mené aucun effort de défense européen. Elle reste l’un des meilleurs acteurs de l’OTAN dans une vassalisation totale vis-à-vis de Washington, sans la moindre initiative politique européenne.

     Mateusz Morawiecki a été battu en 2023 et remplacé au pouvoir par le pro-européen Donald Tusk.

    Hongrie : immigration et russophilie

    En Hongrie, Viktor Orbán, dans sa jeunesse fougueux opposant au gouvernement communiste hongrois, a connu plusieurs périodes au pouvoir, de 1998 à 2002 puis de 2010 à 2026.

    En tant que Premier ministre avec la capacité (pleinement utilisée) de modifier la Constitution, il a eu tous les pouvoirs de mettre en œuvre son programme. Comme en Pologne, malgré les discours martiaux hostiles à l’immigration extra-européenne illégale, il a lui aussi mis en œuvre des filières d’immigration extra-européenne de travail légales, pour accueillir des travailleurs africains ou moyen-orientaux afin que ceux-ci occupent les postes que les Hongrois ne souhaitaient plus occuper en raison du très faible niveau des salaires. Et ce, moyennant l’obtention de la nationalité hongroise.

    En plus de cette politique migratoire allant à l’encontre de ses discours (et c’est d’ailleurs sur cette question qu’il a été attaqué par son opposant Péter Magyar durant la campagne présidentielle), son positionnement face à la guerre en Ukraine s’est révélé des plus problématiques. Prenant systématiquement le parti de Vladimir Poutine, « au nom de la paix », il s’est constamment opposé à l’Ukraine et à son président, parfois de façon insensée. Durant sa dernière campagne électorale, il est allé jusqu’à agiter la menace que l’Ukraine ferait peser sur la Hongrie(!). Son blocage systématique des systèmes de soutien européen à l’Ukraine a considérablement ralenti l’aide européenne à cette dernière.

    Viktor Orbán vient d’être battu aux derniers élections législatives hongroises le 12 avril 2026 par Péter Magyar qui prône, lui, une politique pro-européenne, hostile à la guerre que mène Vladimir Poutine en Ukraine.

    Italie : des promesses non tenues

    En Italie, l’accession de Giorgia Meloni au pouvoir en 2023 a suscité un grand espoir en Europe. Inflexible face à Vladimir Poutine sur l’Ukraine, recalant Donald Trump lorsque ses critiques sur les États européens vont trop loin, favorable à une conception civilisationnelle de l’Europe, Giorgia Meloni n’a laissé personne indifférent.

    Il faut le dire nettement : Meloni a profondément déçu.

    Alors qu’elle en appelait à un blocus militaire naval pour empêcher les embarcations clandestines d’aborder les côtes italiennes, elle a immédiatement baissé pavillon sans même combattre. Depuis son arrivée au pouvoir, l’immigration a augmenté de 10 %. En 2024, le pays a accueilli plus de 450 000 personnes.

    Tout en permettant à l’immigration extra-européenne légale de se poursuivre dans la péninsule, elle a également permis à nombre de travailleurs immigrés d’obtenir les visas nécessaires pour résider en Italie « temporairement » afin d’effectuer les tâches manuelles difficiles et mal payées dont a besoin l’économie italienne (dans la récolte des fruits notamment).

    Le gouvernement italien a fixé à 500 000 le nombre de quotas d’entrée pour les travailleurs extra-européens sur la période 2026-2028, qui pourront obtenir un permis de séjour après avoir trouvé un emploi.

    Au lieu d’arrêter l’immigration extra-européenne, elle lui a permis de se poursuivre et de s’amplifier. Au lieu d’augmenter les salaires et d’avancer vers la robotisation de l’économie, elle a très exactement poursuivi les méthodes de tous les dirigeants européens depuis plus d’un demi-siècle : priorité à l’économie libérale mondialisée au détriment de l’identité italienne, capitalisme oblige.

    Les grandes villes d’Italie, Rome et Milan en particulier, continuent d’être submergées par l’immigration extra-européenne, avec les mêmes conséquences que partout ailleurs en Europe de l’Ouest.

    À Modène, en mai 2026, un Italien d’origine marocaine a lancé sa voiture sur la foule, blessant grièvement plusieurs personnes, dont une femme qui a eu les deux jambes sectionnées. L’individu a déclaré qu’il avait été victime de racisme. Mêmes causes, mêmes effets.

    Meloni ne fait pas ce qu’il faut. Opposée à juste titre aux agissements des magistrats visant, en Italie comme ailleurs, à établir un gouvernement des juges, Meloni vient de provoquer un référendum sur la réforme de la Justice.

    La question migratoire était l’un des principaux enjeux. En Italie comme ailleurs, les juges entendent s’opposer aux politiques de durcissement en matière migratoire. On se souvient de l’épisode de 2019 où les juges avaient empêché Matteo Salvini de bloquer le bateau Open Arms débarquant des migrants clandestins sur les côtes italiennes. Même si Salvini a fini par être acquitté en 2025, la justice italienne a réussi à décourager les tentatives de durcissement.

    Dans le débat précédant le référendum, Meloni n’a pas su tenir le bon discours. Elle a tenté de se défendre contre les accusations de dérive autoritaire, se plaçant ainsi sur le terrain choisi par la gauche. Alors qu’il aurait fallu dramatiser l’enjeu et mettre les électeurs devant leurs responsabilités. Et c’est l’échec de la tentative…

    Si Giorgia Meloni s’est impeccablement tenue aux côtés des Ukrainiens (dans les mots du moins), force est de constater qu’en matière internationale elle reste davantage dans la posture que dans l’initiative politique concrète. Certes elle tient tête face à la grossièreté de Donald Trump mais la sixième flotte américaine n’en règne pas moins sur la baie de Naples et est la véritable maîtresse de l’Italie. Giorgia Meloni fustige « l’Europe du marché » en exhortant l’Union européenne à devenir une véritable puissance. Mais quels actes politiques et géopolitiques concrets suivent derrière ? Jusqu’à présent, aucun. L’Europe comme l’Italie ont besoin de plus que de simples mots.

    À l’approche des élections italiennes prévues en 2027, Roberto Vannacci, ancien général, eurodéputé puis fondateur du parti Futuro Nazionale s’oppose d’ores et déjà à Meloni et Salvini dont il dénonce la tiédeur en prônant une rupture radicale et une politique de remigration.

    Rompre avec le mondialisme libéral et construire une Europe civilisationnelle

    En Pologne, en Hongrie et en Italie, des gouvernants se présentant comme patriotes ont été élus et ont eu les pouvoirs d’agir. Dans tous les cas, ils ont déçu. Dans tous les cas, ils n’ont pas fait ce qu’il fallait faire. Arrêter l’immigration extra-européenne et mettre en œuvre l’inversion des flux migratoires. Se tenir fermement aux côtés de l’Ukraine envahie par l’agression russe tout en refusant la poursuite de la vassalisation américaine.

    Face à l’Europe de Bruxelles, être capable de proposer des initiatives concrètes pour construire une Europe civilisationnelle.

    En France, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas et dans nombre d’autres pays européens, les patriotes peuvent espérer accéder prochainement au pouvoir. Mais les exemples de l’Italie, de la Pologne et de la Hongrie montrent qu’il ne suffit pas d’arriver au pouvoir pour répondre aux attentes des peuples.

    Si les chefs patriotes accèdent au pouvoir pour finalement fuir les risques et les tensions en se contentant de mettre leurs pas dans ceux des mondialistes et des immigrationnistes, ils mériteront le jugement que portera l’Histoire sur tous les dirigeants européens depuis soixante ans : des médiocres et, au final, des traîtres.

    Romain Sens (Site de la revue Éléments, 13 juillet 2026)

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