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  • Edwy Plenel, le croisé sur la muraille du camp du Bien...

     

     

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    Edwy Plenel, le croisé sur la muraille : 40 ans à combattre un phénomène qu’il refuse de comprendre

    Me voici de nouveau dans un train qui traverse cette Bretagne sèche comme un paillasson, sur laquelle quelques gouttes sont tombées ces derniers jours sans parvenir à rendre aux campagnes leur verdure. La température, du moins, a notablement baissé, et le voyage, naguère transformé par la canicule en une sorte de cuisson ferroviaire, est enfin supportable. Je regarde défiler des champs couleur de paille où toute trace de vert semble avoir disparu, tandis que, pour tromper la longueur du parcours, je me plonge dans un entretien d’Edwy Plenel avec Nonna Mayer. Mediapart est un admirable thermomètre : thermomètre du désarroi de la gauche, de ses haines recuites, de ses pulsions et de cette fièvre morale qui lui fait prendre ses alarmes pour les mouvements du monde. Le paysage passe derrière la vitre, les arguments se succèdent dans mes écouteurs, et c’est alors que me vient cette pensée importune, presque inconvenante : à quoi reconnaît-on qu’une vie fut utile, et comment un homme découvre-t-il, au soir de la sienne, qu’il l’a peut-être consacrée à combattre en vain ?

    La pensée est cruelle. Il ne signifie pas qu’Edwy Plenel n’ait rien accompli, ni que son existence professionnelle puisse être ramenée à une longue gesticulation sans effet. Il a dirigé la rédaction du Monde, fondé Mediapart, révélé ou contribué à révéler plusieurs affaires d’État, fait tomber des ministres et imposé dans la presse française un modèle économique dont beaucoup prédisaient l’échec. Peu de journalistes peuvent se flatter d’avoir exercé une influence comparable sur la vie publique. L’inutilité dont je parle est plus profonde et, à certains égards, plus tragique : elle tient à l’échec de l’œuvre à laquelle il aura subordonné toutes les autres, cette lutte opiniâtre contre l’extrême droite qui devait empêcher son retour et qui l’aura accompagné depuis ses années de jeunesse jusqu’au seuil de la vieillesse.

    Selon l’excellente biographie que lui a consacrée l’OJIM, Plenel est né en 1952. Il appartient à cette génération pour laquelle l’engagement politique ne fut pas une humeur passagère, encore moins un accessoire de carrière, mais une religion séculière avec ses Écritures, ses martyrs, ses hérésies et son eschatologie. Élevé entre la Martinique et Alger, fils d’un universitaire anticolonialiste, il entra très jeune dans la mouvance trotskiste. Sous le pseudonyme de Krasny, « rouge » en russe, il écrivait dès 1969 dans la presse militante avant de rejoindre Rouge, l’organe de la Ligue communiste révolutionnaire. On ne se débarrasse jamais tout à fait de la religion de ses vingt ans. Il abandonna la carte, non le catéchisme ; quitta l’organisation, non la disposition intérieure qui ordonnait le monde entre émancipateurs et oppresseurs, dominés et dominants, antifascistes et fascistes.

    Son entrée au Monde, en 1980, lui permit de transposer cette ferveur dans un métier qui convenait admirablement à son tempérament. Il avait le goût du secret, de l’archive dérobée, de l’informateur que l’on retrouve dans un café obscur et du dossier que l’on ouvre sur une table en baissant la voix. Ses relations dans la police, la justice et les administrations nourrirent ses enquêtes. L’affaire des Irlandais de Vincennes, le Rainbow Warrior, les turpitudes de la présidence Mitterrand et les écoutes de l’Élysée contribuèrent à faire de lui un personnage presque romanesque : l’enquêteur que le pouvoir surveille parce qu’il en sait trop. Sa moustache elle-même finit par prendre l’allure d’un paraphe, puis d’un emblème.

    Il connut pourtant les revers, les emballements et les accusations aventureuses, comme dans l’affaire dite du scandale de Panama. Le livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, La Face cachée du Monde, ébrécha plus tard la statue en dénonçant les mœurs d’un journal qui aurait glissé du contre-pouvoir à l’abus de pouvoir. Plenel dut quitter Le Monde, non sans fracas ni rancœur. Il aurait pu disparaître dans les colloques, écrire des souvenirs et devenir l’un de ces anciens maîtres de la presse dont on sollicite les sentences les soirs d’élection. Il fonda au contraire Mediapart en 2008 et remporta une seconde victoire, plus éclatante encore que la première.

    Les affaires Bettencourt et Cahuzac établirent la réputation du nouveau journal. La seconde demeure un morceau de bravoure journalistique : un ministre du Budget chargé de poursuivre la fraude fiscale dut reconnaître qu’il possédait lui-même un compte dissimulé à l’étranger. On ne saurait dénier à Plenel cette réussite sans verser dans la mauvaise foi. Seulement, derrière le journal d’investigation se fortifiait un magistère moral, puis une citadelle idéologique. Mediapartdevint peu à peu le vaisseau amiral d’une gauche qui ne se contentait plus de défendre les immigrés et les minorités, mais voyait dans la dissolution des appartenances historiques la condition même de l’émancipation.

    Edwy Plenel n’est pas seulement un militant. Il est un croisé, et tout croisé a besoin d’une Jérusalem. La sienne n’existe pas encore. C’est la cité future, la société enfin affranchie des héritages, des frontières intérieures, des fidélités charnelles et des vieilles continuités. Les hommes n’y seraient plus déterminés par leur naissance, leur peuple ou leur religion ; ils ne seraient que des individus égaux, disponibles pour une fraternité universelle. Aux murailles de cette Jérusalem assiégée se pressent, dans son imaginaire, les forces identitaires, les nostalgiques de la nation, les réactionnaires, les catholiques rétifs, les électeurs du Rassemblement national et tous ceux que le lexique journalistique permet de ranger dans les « droites extrêmes ».

    Carl Schmitt observait que le politique commence par la distinction de l’ami et de l’ennemi. Plenel n’aurait sans doute que mépris pour le juriste allemand, cependant il illustre parfaitement cette proposition. L’extrême droite n’est pas chez lui un adversaire dont on examine les arguments, les transformations et les assises sociales ; elle est l’ennemi substantiel, le principe maléfique dont les manifestations particulières importent moins que la permanence. Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen, Éric Zemmour, les électeurs populaires du Nord, les bourgeois catholiques de l’Ouest parisien, CNews, les réseaux sociaux, les « masculinistes » : les figures changent, l’essence demeure. Le vocabulaire de l’analyse cède alors subrepticement la place à celui de la démonologie.

    L’entretien avec Nonna Mayer en fournit un témoignage presque parfait. Le décor lui-même n’a pas été choisi au hasard : le Musée de la Libération de Paris. Plenel ouvre la conversation avec Bertolt Brecht et le « ventre fécond » d’où peut surgir ce que la traduction française a nommé la « bête immonde ». À quelques mois de l’élection présidentielle, il entend établir une « résonance » entre l’effondrement de 1940 et la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement national. Les précautions sont dites, les époques ne sont pas les mêmes, l’histoire ne se répète pas, puis aussitôt congédiées. Vichy, la Collaboration, les années trente et la défaite reviennent comme les décors usagés d’un théâtre dont on refuse de changer la machinerie.

    Nonna Mayer ne saurait être soupçonnée de complaisance envers le Rassemblement national. Engagée à gauche, spécialiste depuis plusieurs décennies de ses électorats, elle considère la priorité nationale comme une rupture avec l’égalité des droits. Elle conserve néanmoins une qualité devenue rare dans les sciences sociales militantes : la probité devant les données. Ses convictions ne disparaissent pas lorsqu’elle examine les chiffres, toutefois elle ne contraint pas toujours ceux-ci à réciter le bréviaire. À plusieurs reprises, on la sent ramener son interlocuteur à la complexité des faits, comme une institutrice indulgente corrigerait les emportements d’un élève brillant.

    Plenel veut retrouver Vichy derrière le bulletin de vote ; Nonna Mayer lui répond que les premiers électeurs du Front national ne songeaient ni à Vichy ni à l’antisémitisme. Elle rappelle le rejet de la gauche arrivée au pouvoir, puis la conquête progressive d’une partie des classes populaires déçues par cette même gauche. Plenel évoque une ascension devenue « irrésistible » ; la sociologue insiste sur son caractère encore résistible. Il redoute une répétition de 1940 ; elle observe que la France n’est ni occupée ni vaincue, que des contre-pouvoirs subsistent et qu’une comparaison trop mécanique ne saurait tenir lieu de démonstration. Il cherche la récidive historique, elle décrit une recomposition électorale.

    L’écart devient plus instructif encore lorsque Nonna Mayer désigne les faiblesses du Rassemblement national. Elle distingue la ligne plus libérale de Jordan Bardella de celle, socialement plus ambiguë, de Marine Le Pen ; sépare l’électorat catholique et masculin d’Éric Zemmour de celui du RN ; constate la stratégie de normalisation du parti et reconnaît que le mot « fascisme » n’éclaire plus suffisamment sa nature présente. Le mouvement qu’elle étudie a évolué. Plenel l’entend, puis ramène chaque nuance vers la catastrophe annoncée : les divisions existaient aussi dans les années trente, le grotesque de Trump rappelle celui d’Arturo Ui, les institutions françaises pourraient offrir à une présidence lepéniste tous les leviers du pouvoir. À chaque issue ouverte par la sociologue, le croisé replace une herse.

    Une question manque pourtant durant ce long entretien. Elle est si vaste qu’on finit par n’entendre qu’elle : pourquoi ? Pourquoi des millions de Français, dont beaucoup votaient naguère communiste ou socialiste, se sont-ils détournés de la gauche ? Pourquoi l’ouvrier, le petit employé, l’artisan, l’aide-soignante et le retraité modeste n’accordent-ils plus aucun crédit à ceux qui prétendent parler en leur nom ? Pourquoi l’immigration, que les élites décrivaient comme une heureuse diversification de la société française, est-elle devenue une inquiétude électorale centrale ? Pourquoi les campagnes, les périphéries urbaines et les anciennes régions industrielles ont-elles cessé de croire que l’effacement des frontières et l’intensification des flux humains serviraient leurs intérêts ?

    Plenel pose parfois la question, sans jamais consentir à s’exposer à la réponse. L’immigration ne peut être pour lui qu’un « cheval de Troie » permettant d’attaquer l’égalité. L’attachement identitaire ne saurait procéder d’une expérience vécue, d’un bouleversement démographique visible, d’un sentiment de dépossession culturelle ou d’une inquiétude relative à la sécurité ; il doit nécessairement dissimuler une passion plus honteuse. Le citoyen qui parle de frontières pense en réalité à la hiérarchie des races. Celui qui redoute de devenir étranger dans sa propre ville rêve obscurément de Vichy. Celui qui demande que la nationalité crée des droits et des devoirs particuliers menace l’idéal égalitaire. Le diagnostic précède l’auscultation et dispense d’écouter le malade.

    C’est ici que se trouve peut-être la cause profonde de l’échec. La gauche marxiste avait promis l’émancipation des travailleurs ; la gauche antiraciste lui a peu à peu substitué celle des minorités. Elle a délaissé l’atelier pour l’université, le salaire pour l’identité, l’exploitation pour la discrimination, la souveraineté populaire pour la protection juridique de catégories particulières. L’homme enraciné, inscrit dans un métier, une commune, une nation et une histoire, devint suspect parce que ces appartenances étaient autant de limites opposées à l’individu abstrait. La mondialisation économique détruisait son emploi pendant que le progressisme culturel lui expliquait que ses réticences procédaient d’une tare morale. On lui ôtait le monde sous les pieds, puis on le réprimandait parce qu’il avait le vertige.

    Nonna Mayer apporte elle-même plusieurs pièces à ce procès involontaire. Elle reconnaît que le Rassemblement national possède un programme identifiable et des candidats clairement désignés, tandis que la gauche ne sait plus où elle va. Elle constate que Jean-Luc Mélenchon est désormais perçu, dans certaines enquêtes, comme plus dangereux pour la démocratie que Marine Le Pen. Elle relève la brutalité de sa stratégie et son incapacité à tendre la main aux autres composantes de la gauche. Plus embarrassant encore, ses données montrent que l’adhésion à plusieurs préjugés antisémites a progressé chez les sympathisants de La France insoumise au point d’égaler, selon l’indicateur large qu’elle emploie, celle observée chez les sympathisants du RN. Elle nuance aussitôt, examine les effets du diplôme, de la religion et de la composition sociologique, refuse les conclusions faciles. Cette honnêteté scientifique l’honore d’autant plus qu’elle fragilise le récit dans lequel l’antisémitisme marcherait toujours du même côté de la rue.

    Plenel paraît alors désarçonné par les rudesses de la France insoumise. Il en partage l’horizon multiculturel, l’attention aux minorités et une bonne part du lexique, sans pouvoir tout à fait souscrire à la violence mélenchonienne, aux ambiguïtés apparues depuis le 7 octobre ni à la logique d’un appareil lancé dans la conquête du pouvoir. Le vieux trotskiste reconnaît la machine, peut-être trop bien. Il voudrait l’union des gauches contre l’ennemi principal, mais découvre que l’antifascisme n’est plus une discipline assez puissante pour contenir les ambitions, les clientèles et les passions concurrentes. Jérusalem se divise entre ses défenseurs pendant que les assiégeants gagnent du terrain.

    Rien de cela ne conduit Plenel à examiner l’axiome central de son existence. L’échec ne peut provenir de l’idéal ; il vient nécessairement de ce que cet idéal n’a pas été défendu avec assez de vigueur. Si l’extrême droite progresse, c’est que les médias l’ont banalisée, que les gouvernants ont repris ses mots, que Sarkozy a créé un ministère de l’Identité nationale, que Hollande a envisagé la déchéance de nationalité, que Macron a déçu ses électeurs, que CNews a déplacé les bornes du dicible, que les réseaux sociaux diffusent le « grand remplacement », que la droite traditionnelle envisage une alliance. Chaque explication contient sa part de vérité. Leur addition soigneusement ordonnée permet surtout de ne jamais envisager que les Français aient pu voir, juger et choisir par eux-mêmes.

    On songe au roi Canut devant la marée. La légende moderne en a fait un souverain assez vain pour commander aux flots de se retirer ; les récits anciens disent au contraire qu’il voulut démontrer à ses courtisans l’impuissance des rois devant les forces naturelles. Edwy Plenel ressemble moins au Canut historique qu’à la caricature que la postérité en a tirée. Depuis quarante ans, il intime à la vague identitaire de redescendre. Elle se retire parfois entre deux scrutins, revient plus haute à l’élection suivante, gagne une grève, une usine fermée, une sous-préfecture oubliée, une rue où les commerces ont changé de langue. Le journaliste accuse le vent, les digues, les guetteurs et les cartographes. Jamais il ne se demande si la lune n’exerce pas sur les sociétés une attraction que les éditoriaux ne peuvent abolir.

    Cette force n’a rien de mystérieux. Les sociétés humaines veulent persévérer dans leur être. Elles supportent les échanges, les métissages et même de profondes transformations tant qu’elles conservent le sentiment de demeurer le sujet de leur propre histoire. Elles se rebiffent lorsqu’on leur enseigne que cette continuité serait coupable, que leur passé se résumerait à une suite de crimes et que leur avenir exigerait leur propre indifférenciation. Un peuple peut accepter beaucoup de sacrifices ; il consent rarement de bon cœur à devenir superflu chez lui. Ce mouvement de conservation n’est pas un programme politique complet, encore moins une garantie de sagesse, mais il constitue une puissance élémentaire que l’antiracisme institutionnel aura sottement confondue avec une pathologie.

    Le plus émouvant, dans cet entretien, tient peut-être à l’incapacité de Plenel à reconnaître la tragédie qui s’y joue. Retiré de la présidence de Mediapart, désormais plus libre de regarder derrière lui, il revient encore au même ennemi, au même musée, aux mêmes années noires et aux mêmes citations de Brecht. Il dispose enfin du temps nécessaire pour dresser le bilan, cependant ce bilan demeure impossible, car il faudrait admettre que l’adversaire n’a pas seulement survécu : il s’est transformé, élargi, rajeuni et installé au cœur des classes que la gauche prétendait représenter. La bête qu’il croyait avoir tenue hors des murs approche du pouvoir par les urnes, non à la faveur d’une armée d’occupation.

    À la fin de l’émission, Plenel cite Walter Benjamin. Il évoque les passagers d’un train qui, comprenant que le convoi court à la catastrophe, tirent ensemble le signal d’alarme. L’image me fit relever les yeux vers la vitre. Mon propre train poursuivait tranquillement sa route entre les champs bretons, et je songeai que Plenel avait peut-être passé sa vie à tirer un signal d’alarme dans un convoi qui n’allait pas où il le croyait. À force d’annoncer le même précipice, il n’avait pas vu que les voyageurs avaient changé de train, précisément parce qu’ils ne voulaient plus aller vers la destination qu’il leur assignait.

    Une vie n’est jamais tout à fait inutile lorsqu’elle laisse derrière elle des journaux, des enquêtes, des livres et des institutions. L’œuvre politique d’Edwy Plenel porte néanmoins la marque d’un échec monumental : il aura consacré son existence à conjurer un phénomène qu’il se refusait à comprendre, et ce refus aura peut-être contribué à le fortifier. Le croisé est toujours sur la muraille, la moustache au vent, récitant Brecht devant les étendards qui se rapprochent. Il ne lui reste qu’une question à poser, la seule qu’il évite depuis quarante ans : si l’ennemi est devenu le peuple, lequel des deux s’est trompé de chemin ?

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 23 août 2026)

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  • L'école des illettrés...

    Les éditions Albin Michel viennent de publier un essai de Madeleine de Jessey intitulé L'école des illettrés. Madeleine de Jessey est enseignante de lettres en classes préparatoires.

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    " Enseignante de lettres en classes préparatoires, Madeleine de Jessey voit chaque année paraître devant elle le « produit fini » de l’Éducation nationale : des jeunes tout juste sortis du Lycée au terme de quinze années de scolarité. Le constat est sans appel : des lacunes linguistiques, culturelles et intellectuelles considérables.

    Elle dresse dans cet essai le diagnostic de l’effondrement du niveau de langue des jeunes Français, tous milieux confondus : incapacité à lire avec aisance, syntaxe disloquée, vocabulaire indigent, mémoire atrophiée, et ce jusque dans les filières les plus sélectives du cursus littéraire.

    Remontant méthodiquement aux origines de la situation, elle propose des réformes ciblées, forte de cette certitude : la maîtrise de notre langue conditionne notre capacité à penser, à raisonner, à nous exprimer, à résister aux manipulations, et, en dernière instance, à nous émanciper."

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  • Quand Paul-Marie Coûteaux conversait avec Alain de Benoist (deuxième partie)...

    Il y a un peu moins de dix ans, TV Libertés avait diffusé une série d'entretiens de Paul-Marie Coûteaux avec Alain de Benoist. Des propos profondément inactuels et donc toujours aussi intéressants à (ré-)écouter aujourd'hui...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la deuxième partie de ces entretiens.

                            

    Pour retrouver la première partie : ici

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  • Blanc cassé...

    Les éditions de la Nouvelle Librairie viennent de publier un roman de Bruno Gaia intitulé Blanc cassé. Enseignant de profession, Bruno Gaia est aussi écrivain, poète et musicien. Né en 1975 dans la banlieue parisienne, où il a toujours vécu, il se définit lui-même comme un « intellectuel d’origine ouvrière ».

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    " Ils disent que c’est un roman… Mais tous ceux qui vivent dans cet enfer y reconnaîtront leur quotidien. Blanc cassé raconte le destin croisé d’un ado et d’un prof dans un collège de banlieue en réseau d’éducation prioritaire. L’un de ces territoires perdus de la République où les enfants blancs sont devenus minoritaires. Nico a 12 ans. Il vit en cité, aime les mangas et voudrait seulement pouvoir aller à l’école sans être harcelé. Son crime ? Être un « Petit Blanc ». Benoît enseigne depuis plus de vingt ans. Année après année, il a vu le communautarisme gangrener les établissements scolaires. À travers ces deux destins, Bruno Gaia donne à voir ce que tant d’enseignants savent, mais n’osent plus dire : la violence ordinaire, les humiliations quotidiennes, les mensonges institutionnels et les petites lâchetés qui finissent par fabriquer une immense imposture. Si seulement la moitié de ce livre était vraie, ce serait déjà terrifiant. Or, tout y est vrai."

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  • Pour une économie viable...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'un jeune économiste allemand, Jurij Kofner, cueilli sur le site d'Euro-Synergies et consacré à la nécessaire remise à plat des principes qui régissent le rôle de l’État dans l'économie...

     

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    Pour une économie viable : ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur

    L’État allemand souffre d’une contradiction singulière: là où il devrait se retenir, il intervient toujours plus profondément. Là où il devrait agir, il se révèle impuissant. Il régule les chauffages, les chaînes d’approvisionnement, les obligations de reporting et les décisions des entreprises, tandis que les dépendances stratégiques s’accroissent dans les domaines de l’énergie, des semi-conducteurs, des infrastructures cloud ou des plateformes numériques.

    Une économie de marché libre n’a besoin ni d’un État transformationnel omniprésent, ni d’un État minimaliste. Elle a besoin d’un État ordonnateur: ordolibéral à l’intérieur, calqué sur les travaux de Friedrich List à l’extérieur.

    La leçon de toute politique visant l'ordre en Allemagne est que la liberté n’est pas seulement menacée par un État tout-puissant, mais aussi par un État faible. Sous la République de Weimar, la capacité de décision de l’État était oblitérée par les partis, les associations et les intérêts particuliers. L’image d’Alexander Rüstow de l’État comme « proie » en saisit l’essence: formellement responsable de tout, mais pratiquement trop faible pour défendre le bien commun face à des intérêts particuliers puissants.

    Carl Schmitt décrivit ce même problème comme une crise de la souveraineté de l’État: l’État pluraliste des partis et des corporatismes perd son unité politique lorsque des intérêts particuliers organisés s’approprient l’État et que ce dernier n’est plus capable de décider par lui-même. Sa formule du souverain en cas d'état d’exception révèle une condition de base de toute efficacité politique.

    L’ordolibéralisme (voir à ce sujet notre numéro 34) en a tiré une conclusion: l’État ne doit pas jouer à l’économie (ni être joué par elle), mais créer de l’ordre. Walter Eucken, Franz Böhm, Alexander Rüstow, Wilhelm Röpke et Ludwig Erhard associaient la propriété privée et l’esprit d’entreprise à un État de droit qui garantit l’accès au marché, combat les cartels et applique des règles égales pour tous. Ce n’est pas moins de marché par un État fort – mais c’est seulement un État ordonnateur fort qui rend la concurrence libre possible.

    Pour l’Allemagne, cela signifie que la propriété, la responsabilité, la liberté contractuelle, la concurrence par la performance et l’accès ouvert au marché doivent redevenir la norme en politique économique. L’État ne doit pas sélectionner les entreprises selon l’opportunité politique. La politique de compétitivité doit être horizontale: énergie bon marché, fiscalité réduite, procédures d’autorisation rapides, marchés financiers fonctionnels, infrastructures performantes et travailleurs qualifiés – techniciens et ingénieurs.

    Cela implique une simplification juridique plutôt qu’un allègement symbolique. Directive sur l’efficacité énergétique, CBAM, taxonomie européenne, RGPD, AI Act et CSRD au niveau européen, ainsi que la loi sur l’efficacité énergétique, la loi sur le devoir de vigilance et la loi sur l’énergie des bâtiments au niveau national, sont des exemples d’une régulation qui est devenue elle-même un désavantage concurrentiel. «One in, two out», les fictions d’autorisation et les révisions automatiques des réglementations au bout de cinq ans maximum seraient des instruments d’ordre cohérents.

    L’ordolibéralisme suppose cependant quelque chose qui n’existe pas sur le marché mondial: une instance supérieure qui édicte et fait appliquer des règles contraignantes. À l’intérieur d’un État, la concurrence fonctionne, parce que les tribunaux, les autorités et le monopole de la force protègent la propriété, les contrats et le droit de la concurrence. L’État peut imposer des règles à chaque acteur du marché en tant qu’arbitre.

    Au niveau mondial, un tel souverain fait défaut – et il n’est pas près de voir le jour. L’économie mondiale n’est pas un marché intérieur, mais un système d’États concurrents aux intérêts et moyens différents pour asseoir leur puissance. Les institutions internationales comme l’OMC peuvent formuler des règles, mais leur application dépend du pouvoir politique et de l’accord des grands acteurs. En cas de crise, ce qui compte, c’est de savoir qui détient effectivement l’énergie, le capital, la technologie, les infrastructures et les capacités de production stratégiques, et qui peut agir avec. Historiquement, le « libre-échange » n’a surtout fonctionné que durant les périodes où un hégémon mondial avait intérêt à un ordre commercial ouvert – notamment sous la Pax Americana jusqu’aux années 2010. Le blocage de l’organe d’appel de l’OMC depuis 2019 montre clairement cette limite: là où il n’existe pas d’autorité supérieure, ce n’est pas la règle mais la puissance qui prévaut en cas de conflit.

    C’est précisément pour cela que l’Allemagne ne doit pas agir à l’extérieur selon les règles énoncées par les doctrines ordolibérales, mais penser de façon listienne. Friedrich List critiquait le libre-échange abstrait de son temps comme irréaliste et soulignait le rôle des forces productives nationales. La puissance économique repose sur l’industrie, la technologie, l’énergie, la recherche et l’infrastructure – et non sur le libre-échange seul. Dans un monde où d’autres États soutiennent stratégiquement leurs entreprises, il faut de la réciprocité, une protection contre le dumping et les transferts de technologie, ainsi qu’une politique industrielle ciblée et limitée dans le temps. À l’intérieur, l’État reste l’arbitre de la concurrence, à l’extérieur il devient un acteur qui défend ses propres bases économiques.

    Une politique listienne commence là où la capacité d’action de l’État dépend de ses propres infrastructures. La souveraineté énergétique signifie s’affranchir du dogme selon lequel une nation industrielle doit importer autant d’énergie que possible au lieu de la produire elle-même. L’Allemagne dispose d’importantes options: la réactivation de huit à onze centrales nucléaires est techniquement possible; les ressources nationales de gaz de schiste exploitables s’élèvent à environ 30.000 TWh – soit plus de 35 années de consommation – et les réserves nationales de lignite à environ 56.000 TWh. Le nucléaire, le gaz de schiste et le charbon doivent donc rester des options stratégiques ouvertes.

    Au XXIe siècle, il en va de même pour le numérique. Quiconque dépend entièrement de fournisseurs américains pour le cloud, les systèmes d’exploitation, les puces, les plateformes et l’IA ne possède pas de souveraineté technologique. Le « kill switch » numérique peut, dans le pire des cas, s'avérer plus sévère que des sanctions classiques. L’Allemagne et l’Europe ont donc besoin de capacités propres en matière de cloud, de calcul, de puces, d’IA et de cybersécurité.

    Il faut y ajouter l’infrastructure physique. Le retard d’investissement s’élève à 231 milliards d’euros; l’IWK et l’IMK estiment les besoins publics d’investissement supplémentaire à près de 600 milliards d’euros sur dix ans. Routes, rails, ports, réseaux numériques et infrastructures énergétiques sont des forces productives au sens de List. Même un gouvernement AfD pourrait, en supprimant les dépenses de transformation d’inspiration gauchiste pour la transition énergétique, le lobbying climatique, les structures d’asile ou les programmes de genre, économiser environ 125 à 140 milliards d’euros. Mais cela ne suffirait pas pour répondre aux besoins d’infrastructure, si bien que des dettes strictement affectées à des investissements productifs supplémentaires sont justifiables sur le plan de toute politique visant la consolidation d'un ordre.

    Jurij Kofner (Euro-Synergies, 28 août 2026)

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