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  • Histoire de l’armée japonaise...

    Les éditions Passés Composés viennent de publier un ouvrage de Franck Michelin intitulé Kôgun - Histoire de l'armée japonaise 1853-1948.

    Spécialiste de l’histoire du Japon contemporain et des relations entre l’Europe et l’Asie, Franck Michelin est professeur à l’université Teikyo (Tokyo) et chercheur associé à Sorbonne Université et à l’Institut d’Asie orientale.

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    " Kôgun, armée de l’empereur. Tel est le nom que l’armée japonaise se donne à partir du début des années 1930, affirmant sa mission de protection d’un souverain de plus en plus vénéré comme une divinité vivante. C’est l’histoire de cette force militaire et d’une institution centrale de l’État nation japonais, de 1853 à 1948, que relate Franck Michelin dans ce livre sans équivalent. Car le rôle de l’armée impériale est loin de se limiter aux questions purement militaires. Pilier de l’État, institution formant une grande partie de l’élite, jouant un rôle central dans la modernisation et s’impliquant profondément dans la vie du pays, elle occupe une place essentielle dans la politique intérieure. Elle reflète également les succès et les échecs, les espoirs et les déceptions, ainsi que les contradictions auxquelles le Japon est confronté jusqu’à la défaite de 1945.

    Si l’action de l’armée de terre comme de la marine – de la première guerre sino-japonaise en 1894-1895 aux offensives en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique des années 1940, en passant par l’invasion de la Mandchourie et la guerre russo-japonaise – est bien sûr au centre de cette étude majeure, ce sont aussi les choix des acteurs politiques et culturels, des diplomates et des industriels qui sont ici étudiés. L’auteur livre ainsi une somme incontournable et passionnante sur l’histoire du Japon moderne à travers le prisme de ses hommes de guerre."

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  • Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle...

    Nous reproduisos ci-dessous un point de vue de Daniele Perra cueilli sur le site d'Euro-Synergies et consacré à la géopolitique de l'Inde au XXIe siècle...

     

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    Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle

    Après des décennies de non-alignement, la politique étrangère indienne, surtout avec l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, a opéré un tournant décisif avec la nouvelle affirmation d’une diplomatie économique (le fameux « Made in India ») et la stratégie du « Look East, Act East ». New Delhi cherche en réalité de nouveaux espaces de manœuvre, tant au niveau régional que mondial, pour s’imposer comme acteur fondamental selon sa conception d’une évolution multipolaire.

    La politique indienne à l’ère postcoloniale était dictée par un impératif simple: indépendance et souveraineté totales. À cet égard, le non-alignement dans le schéma dichotomique de la Guerre froide s’avérait fondamental pour atteindre cet objectif. Il convient également de rappeler que, bien que Nehru fût perçu comme trop proche de l’Union soviétique, les États-Unis ne manquèrent pas de courtiser l’Inde tout en forgeant une alliance avec le rival pakistanais. Par ailleurs, la politique étrangère de New Delhi fut presque immédiatement marquée par la rivalité avec la Chine communiste; cet autre pays ne put s’empêcher de se rapprocher du Pakistan, surtout après le conflit sino-indien de 1962 (probablement l’événement le plus traumatisant de l’histoire récente de cet État du sous-continent). Inutile de préciser que cela créa dès le début un sentiment d’encerclement dans l’esprit des Indiens, poussant les penseurs les plus influents de la Nation à considérer l’Inde comme une sorte d’île (plutôt qu’une péninsule) au sein du vaste continent eurasiatique. En effet, le sous-continent est presque séparé du reste de l’Eurasie par le vaste système montagneux de l’Himalaya au nord; tandis qu’à l’est, à l’ouest et au sud, c’est l’océan Indien qui délimite ses frontières.

    Avec la fin de la Guerre froide, la politique de non-alignement a été remplacée par une forme de multilatéralisme visant à modifier le fonctionnement du Conseil de sécurité de l’ONU et à promouvoir une répartition plus équitable des ressources et du pouvoir à l’échelle mondiale. Ce facteur a poussé l’Inde elle-même à collaborer avec son rival historique (la Chine, avant même le Pakistan, ce dernier étant considéré comme une annexe de la première) dans différentes organisations internationales, des BRICS à la SCO.

    Le 21ème siècle est en effet caractérisé par une approche plus pragmatique de la politique internationale. L’objectif fondamental était (et demeure) l’intégration totale de l’Inde dans l’économie mondiale et la recherche d’un rôle plus actif dans le domaine de la coopération internationale. Les piliers des relations extérieures indiennes sont au nombre de trois: a) l’économie et le commerce; b) la sécurité intérieure face à diverses menaces (djihadisme, groupes sécessionnistes maoïstes ou autres); c) l’interconnexion étroite entre politique intérieure et extérieure.

    Concernant le premier point, la diplomatie économique du « Made in India », du « Start Up India » ou du « Digital India », vise surtout à faire du pays un « hub » continental dans le secteur de la manufacture et de la technologie (l’Inde joue également un rôle important dans l’exploration spatiale), grâce à l’accent mis sur les accords bilatéraux et la coopération régionale.

    Le commerce s’oriente principalement vers l’Asie occidentale, l’Afrique, l’UE et les États-Unis. Les relations avec les voisins immédiats restent plus complexes, bien que les relations commerciales avec le Népal, le Bangladesh, le Myanmar, le Bhoutan, le Sri Lanka et les Maldives soient aussi développées, alors que la présence chinoise y croît constamment.

    Il faut aussi considérer que la région de l’Asie du Sud, bien qu’elle soit l’une des plus dynamiques en termes de croissance économique à l’échelle mondiale, reste politiquement instable. Elle possède l’une des populations les plus jeunes (on pense à la moyenne d’âge de 22 ans au Pakistan) comparée au reste du monde; et c’est l’une des régions les plus militarisées.

    Dans ce contexte, des pays comme le Népal et le Bhoutan dépendent étroitement de l’évolution des relations entre l’Inde et la Chine. En 2025, on a assisté à une détérioration rapide des relations entre l’Inde et le Bangladesh. Ce pays, paradoxalement, doit son indépendance à l’Inde, mais risque de matérialiser ce qui constitue le cauchemar stratégique de New Delhi: un axe Pakistan-Chine-Bangladesh. En juillet 2025, le régime de l’Awami League a pris fin, suivi de plusieurs condamnations à mort dont celle de son leader Sheikh Hasima. À cela s’est ajoutée une ouverture radicale du pays bengali vers la Chine. Le Bangladesh occupe une position stratégique cruciale dans le golfe du Bengale – position que Pékin entend exploiter pour contourner le détroit de Malacca – et le maintien de bonnes relations avec lui est essentiel pour New Delhi, aussi bien pour le contrôle de l’immigration illégale et des infiltrations djihadistes sur le territoire indien que pour la maîtrise du corridor de Siliguri: une étroite bande de terre reliant l’Inde orientale au reste de l’Union.

    Mais c’est l’océan Indien qui constitue la zone de la plus grande importance stratégique pour l’Inde. Il y transite un tiers du commerce international et deux tiers du commerce pétrolier. Et à ses extrémités se trouvent au moins trois points d’étranglement déterminants pour l’économie maritime mondiale: le détroit de Malacca, le canal du Mozambique et le détroit d’Ormuz (protagoniste dans la phase actuelle du conflit entre la République islamique d’Iran et le binôme USA-Israël).

    Ici, récemment, l’Inde a dû faire face à la réduction de son influence et à l’augmentation de celle de la Chine aux Maldives; un système d’îles qui, en plus de sa valeur touristique, possède une importance stratégique en raison de sa position à mi-chemin entre les détroits d’Ormuz et de Malacca.

    Avant d’aller plus loin, il convient d’ouvrir une courte parenthèse historique. Au 19ème siècle, le pouvoir et la technologie n’étaient pas répartis équitablement à l’échelle mondiale. Cela permit à des pays relativement petits sur le plan démographique et territorial (l’Angleterre, la Belgique, pour n’en citer que quelques-uns) de contrôler presque la totalité du globe. Le 21ème siècle, en revanche, avec un retour prépondérant de la démographie comme facteur d’action et de puissance, a radicalement renversé les schémas du passé. Des pays comme la Chine et l’Inde (on pourrait aussi citer le Nigeria, l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil, etc.) ressentent le besoin d’occuper un rôle plus important sur la scène internationale et, surtout, de démontrer que la modernisation n’est pas synonyme d’occidentalisation et que le capitalisme peut revêtir des formes différentes.

    Dans ce contexte évolutif, l’Inde a cherché à agir en politique étrangère avec un mélange d’idéalisme et de pragmatisme, recherchant à la fois une autonomie stratégique et un engagement renouvelé sur la scène internationale. L’Inde cherche ainsi à se présenter comme «fournisseur de sécurité» dans l’océan Indien et en Asie centrale, méridionale et du Sud-Est.

    L’Inde unifiée possède une histoire particulière, fruit des leçons du passé. En effet, l’histoire indienne est une succession de royaumes différents, souvent en conflit, qui, dans bien des cas, ont fini par jouer le jeu des envahisseurs; par exemple les Moghols, dynastie impériale musulmane venue d’Asie centrale, qui furent les seuls à maintenir le sous-continent uni pendant des siècles.

    Avec la fin de l’ère coloniale, l’Inde a dû reconstruire sa propre image. En 1954, elle signa avec la République populaire de Chine, qui venait de s’emparer du Tibet, une déclaration en cinq principes: a) respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale réciproques; b) non-agression et/ou non-ingérence dans les affaires des autres; c) égalité réciproque; d) coopération fondée sur l’avantage mutuel; e) coexistence pacifique. Cela n’empêcha pas un affrontement ouvert en 1962, avec Pékin qui a fini par occuper une partie importante du territoire indien. Il faut rappeler qu’à la vision de Nehru (photo), l’action militaire était le dernier recours, inefficace pour résoudre les conflits. Le dirigeant indien voyait l’avenir de l’Asie comme une division en diverses fédérations bâties autour de différents «États civilisationnels». L’Inde, bien sûr, en faisait partie. Cependant, elle devait affronter le risque sécuritaire lié à la présence de populations musulmanes importantes sur ses deux flancs. Son idée de non-alignement l’amena à refuser toute participation à une alliance militaire. Malgré cela, en 1962, l’Inde chercha le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Uni contre la Chine. En 1971, elle signa un traité d’amitié et de coopération avec l’Union soviétique, prélude à la relation spéciale que New Delhi (avec des hauts et des bas) entretient encore aujourd’hui avec la Russie; l’un des principaux fournisseurs d’énergie et d’armements du sous-continent.

    Cette relation a été remise en question à plusieurs reprises, tant par les théoriciens de l’Hindutva liés au parti actuellement au pouvoir (le BJP de Narendra Modi) que par les tentatives répétées des États-Unis de courtiser l’Inde, culminant avec la déclaration d’amitié et de partenariat stratégique de 2015, après plusieurs décennies où Washington accusait New Delhi de manquer de cohérence stratégique, et après que les Etats-Unis eux-mêmes ont tenté de freiner l’ascension de Modi au pouvoir par l’utilisation massive d’ONG à leur service ou en cherchant à diviser le front populiste en soutenant le Aam Aadmi Party.

    Cette déclaration fut le produit d’un nouveau focus stratégique nord-américain; le fameux «Pivot to Asia», visant à impliquer l’Inde dans l'endiguement de la Chine. Selon Washington, seule une alliance «occidentale» permettrait à l’Inde d’atteindre une vraie grandeur; et seul l’exploitation de sa nature «insulaire» (d’État séparé du reste du continent) lui permettrait de se projeter en mer comme nouvelle puissance thalassocratique.

    L’Inde semble en effet posséder tous les critères qui favorisent le développement d’une puissance maritime selon l’amiral nord-américain Alfred T. Mahan (1840-1914): 1) position géographique particulière; 2) configuration physique du territoire; 3) extension du territoire et disponibilité de ressources militaires; 4) vaste population; 5) caractère et qualité de la population; 6) caractère/attitude/qualité du gouvernement.

    New Delhi, par conséquent, devrait appliquer au golfe du Bengale et à une partie de l’océan Indien sa propre doctrine Monroe, favorisant le développement et l’augmentation numérique de sa marine militaire et, dans le style indien, une projection de puissance fondée avant tout sur la coopération en temps de paix.

    À la lumière de cela, deux faits doivent être soulignés: 1) l’Inde est devenue une puissance nucléaire non pas tant pour effrayer le voisin pakistanais, mais pour disposer d’une forme de dissuasion contre la Chine; 2) l’Inde a déjà connu une tradition thalassocratique dans le passé, liée à l’Empire Tamoul et à la dynastie Chola (un véritable empire maritime qui a étendu son influence sur tout l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est).

    Ce n’est pas un hasard si les théoriciens nationalistes indiens rêvent d’une «Grande Inde» qui s’étendrait du fleuve Indus au fleuve Mékong. Une vision qui les rapproche quelque peu du projet biblique du sionisme: le « Grand Israël » s’étendant du Nil à l’Euphrate. Les premiers théoriciens de l’Hindutva (terme signifiant « indianité ») ne manquaient pas d’exprimer leur solidarité envers le projet sioniste au Proche-Orient, solidarité fondée surtout sur un mépris commun envers l’islam. L’indianité repose fondamentalement sur le rejet de l’islam et l’acceptation des seules religions proprement indiennes: hindouisme, bouddhisme et sikhisme. Cette hostilité envers l’islam a amené ces théoriciens à considérer que l’islam, en tant que religion étrangère au sous-continent, était même pire que le colonialisme britannique.

    Les séquelles de ce modèle idéologique persistent encore aujourd’hui. L’actuel Premier ministre Narendra Modi, par exemple, fut, en tant que gouverneur du Gujarat, protagoniste de véritables pogroms contre la population musulmane de la région. Les relations entre le Likoud israélien et le Bharatiya Janata Party restent excellentes. Ainsi, l’Inde, dans une optique d'endiguement de la Chine et de la nouvelle Route de la Soie, semble vouloir jouer un rôle de premier plan dans l’alternative «Route du Coton» ou IMEC (India-Middle East Corridor), qui devrait permettre à Israël d’étendre son influence sur l’océan Indien via les monarchies du Golfe.

    Bien plus intéressantes du point de vue de la pensée indienne moderne sont les considérations de Swami Vivekananda (1863-1902 - photo), précurseur de l’idée de l’Inde comme « État civilisationnel » et des réflexions de figures du mouvement nationaliste indien anti-colonial, de Sri Aurobindo à Mahatma Gandhi. Vivekananda est aussi considéré comme un réformateur de l’hindouisme et de l’application des valeurs religieuses à la politique. Selon lui, l’indépendance totale ne peut être atteinte qu’en suivant la voie du karmayoga (une action qui ne s’écarte jamais d’un système précis de principes).

    Le Vedanta, en particulier, peut être utile pour comprendre la politique étrangère et surtout il constitue le fondement de l’idée multipolaire indienne, prônant l’unité dans la multiplicité. Un concept que l’on retrouve aussi dans la tradition culturelle et religieuse chinoise. À ce propos, on ne peut oublier le contenu de l’Arthashastra (terme traduisible par « science de l’administration politique » ou « compendium des affaires mondiales ») de Chanakya (375-283 av. J.-C.), lequel est considéré comme une sorte de Machiavel indien, bien qu’il ait vécu bien avant le penseur italien. On y retrouve le principe directeur de la politique indienne (inspiré des Upanishad): « la vérité est une, mais il existe différentes voies pour l’atteindre ».

    Sur ces bases, le multipolarisme indien contemporain est interprété comme un ensemble de puissances responsables vers l’extérieur et non enfermées dans le contrôle interne. Il y a une sorte de rejet de ce qu’on appelle «autisme dans les relations internationales». Dans ce contexte, l’Inde doit agir sur plusieurs fronts.

    Nehru considérait l’URSS comme un facteur de stabilité au nord des frontières indiennes. De l’Asie centrale provient en effet la majorité des approvisionnements énergétiques indiens. La stabilité de cette région est fondamentale, tout comme les relations avec Moscou. Pour cette raison, la chute de l’URSS fut aussi perçue en Inde comme une catastrophe géopolitique. Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle, New Delhi a rejeté le système de sanctions occidental imposé à la Russie suite à son intervention directe dans le conflit civil ukrainien. Il en va de même pour un autre fournisseur de ressources pour New Delhi, l’Iran. Avec la Russie et l’Iran, on construit en effet le corridor de transport Nord-Sud, destiné à acheminer ces ressources vers les ports indiens via la Russie, l’Asie centrale et l’Iran.

    L’Inde a besoin d’une Asie centrale stable pour permettre un flux énergétique stable garantissant le soutien à sa croissance économique. En même temps, elle a toujours privilégié une solution diplomatique à la question nucléaire iranienne et soutenu (avec une certaine dose d’ambiguïté) l’idée qu’une attaque militaire contre l’Iran aurait un effet dévastateur (ce qui s’est effectivement produit) sur la région (plus de cinq millions d’Indiens vivent dans les pays du Golfe Persique) et sur l’économie mondiale. L’Inde est le quatrième consommateur mondial de pétrole. Elle a besoin de ressources abondantes à faible coût et ne peut suivre les délires occidentaux dans ce domaine, malgré des pressions internes.

    Il est d’ailleurs « curieux » que les principaux acheteurs de pétrole iranien (Corée du Sud, Japon, Taïwan, Chine, Turquie et l’Inde elle-même) soient aussi ceux qui possèdent des «créances» envers les USA. Il est donc évident que Washington cherche à défaire ce type de relations afin que ces pays achètent plus d’hydrocarbures américains (une opération très similaire à ce qui s’est passé en Europe avec la crise ukrainienne).

    Il est tout aussi curieux que parmi les « faucons » du parti actuellement au pouvoir, certains considèrent la Russie comme un ennemi de l’Inde ou suggèrent d’utiliser la frontière avec la Chine (de plus en plus militarisée) comme tête de pont en cas d’attaque occidentale contre la République populaire. D’autres encouragent une augmentation de la relation déjà forte avec le Japon pour un simple endiguement de la Chine sur deux fronts.

    La relation avec la Russie est particulière, car beaucoup la voient comme un produit des relations personnelles de Nehru dans les premières années de l’État postcolonial. Aujourd’hui, ces relations restent fluctuantes (malgré la signature d’un accord de partenariat stratégique en 2000), surtout à cause de l’ouverture du gouvernement Modi aux Etats-Unis et de sa recherche de diversification dans les fournitures militaires. La Russie, de son côté, a nettement amélioré ses relations avec le Pakistan après les problèmes des années 1980 liés au conflit afghan.

    L’Afghanistan s’est rapidement transformé en théâtre de rivalité entre le Pakistan et l’Inde. La fuite des États-Unis hors de ce pays fut perçue comme une victoire pakistanaise, Islamabad parvenant à se doter d’une profondeur stratégique dans l’État voisin. En réalité, les problèmes jamais entièrement résolus, qui concernent les frontières et les nationalismes respectifs (pakistanais et afghan), ont mené à un affrontement ouvert, lié aussi au fait qu’Islamabad fait obstacle à la construction de relations commerciales entre l’Inde et l’Afghanistan poursuivies par le gouvernement taliban de Kaboul.

    La stratégie du « Look East » reste l’un des fondements de la politique étrangère indienne. Elle se serait même développée en quatre phases sur plus d’un millénaire. La première phase fut celle de l’Empire Chola; la deuxième celle de l’Empire moghol; tandis que la troisième débuta durant la Guerre froide, avec le développement d’une relation particulière qui perdure encore aujourd’hui (notamment dans termes de la politique d'endiguement de la Chine en mer de Chine méridionale) entre l’Inde et le Vietnam (l’Inde soutint le Vietnam lors du conflit avec les Khmers rouges cambodgiens, soutenus par la Chine et les Etats-Unis).

    La quatrième phase a commencé dans les années 1990 et a culminé avec l’idée d’« Act East » du gouvernement Modi, visant à améliorer les interconnexions routières et commerciales pour projeter l’influence indienne en Asie du Sud-Est via le Myanmar et la Thaïlande. Cependant, on craint qu’une ouverture excessive n’augmente les risques d’infiltration au sein des frontières indiennes de la criminalité organisée, transnationale et impliquée dans le trafic de drogue, d’armes (avec des conséquences évidentes dans la lutte contre les milices sécessionnistes ou islamistes) et d’êtres humains.

     

    Quoi qu’il en soit, une coopération plus étroite avec le Myanmar permettrait l’exploitation potentielle des immenses ressources de ce pays (plus de trois milliards de barils de pétrole, sans compter le gaz), trop longtemps victime d’une instabilité politique, parfois orchestrée de l’extérieur. Des projets intéressants dans ce domaine sont le corridor économique Mékong-Inde, lié à une coopération plus étroite entre l’Inde et le groupe ASEAN, et le forum trilatéral Inde-Myanmar-Thaïlande.

    En conclusion, l’Inde ambitionne de jouer un véritable rôle de leader du Sud Global par la coopération et la diplomatie économique, que le gouvernement Modi a érigées en fondement de sa stratégie. Il est important ici de souligner la différence entre les concepts de «voisinage», que l’Inde applique à sa proximité géographique, et celui de «périphérie», appliqué par les USA à l’Amérique du Sud ou par la Russie à l’espace ex-soviétique, et qui implique l’utilisation d’outils militaires (comme cela s’est souvent produit dans les deux cas) pour (ré)affirmer une suprématie effective. L’Inde et la Chine sont assez similaires à cet égard; toutes deux recourent à la coopération internationale et à leur participation à certaines organisations (BRICS, SCO ou AIIB – Asian Infrastructure Investment Bank) pour développer et améliorer leurs relations bilatérales avec leurs voisins immédiats ou plus éloignés.

    Quoi qu’il en soit, la vision multipolaire indienne de l’ère Modi n’est pas exempte d’ambiguïtés. Contrairement à celle de la Chine (qui considère la sécurité et l’économie asiatique comme absolument dépendantes des Asiatiques eux-mêmes, sans aucune influence extra-continentale), elle reste liée à une idée qui semble davantage inspirée de l'uni-multipolarisme huntingtonien, où à un pouvoir économique mondial plus partagé s’oppose la supériorité technologique et militaire incontestée d’une seule puissance: toujours les États-Unis.

    Daniele Perra (Euro-Synergies, 30 août 2026)

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  • L'Europe en guerre...

    Les éditions de L'Escadron viennent de publier un ouvrage de Franck Segrétain intitulé L'Europe en guerre 1918-1923. L'auteur est historien au Service historique de la défense.

     

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    " Alors que l’armistice de 1918 semble marquer la fin de la « Grande Guerre » à l'Ouest, l’Europe centrale et orientale bascule dans un chaos sanglant qui durera jusqu’en 1923. Franck Segretain retrace avec précision ces conflits méconnus : de l'Ukraine à la Turquie en passant par la Pologne et les pays baltes, où les empires mourants laissent place à des États-nations naissants au prix de guerres civiles et territoriales. Cet ouvrage analyse comment la volonté d'autodétermination des peuples, portée par le président Wilson, s'est heurtée à la réalité du terrain et aux ambitions bolcheviques, causant plus de cinq millions de victimes supplémentaires. Une synthèse historique essentielle pour comprendre les racines des tensions géopolitiques qui fragmentent encore l'Europe aujourd'hui."

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  • Guerre en Iran, échec américain...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné à Jean-Baptiste Noé, pour la revue Conflits, par Philippe Jourdan et Jean-Claude Pacitto, professeurs à l'IAE de Paris-Est et spécialistes des questions de stratégie politique et économique, dans lequel ils reviennent sur l'échec américain face à l'Iran...

     

                                           

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  • Les derniers écrits de Brasillach...

    Les éditions Les Sept Couleurs viennent de publier sous le titre Derniers écrits les principaux textes écrits par Robert Brasillach pendant sa captivité, avant son exécution.

    Écrivain et journaliste à l'Action française et Je suis partout, Robert Brasillach, à qui l'on doit, notamment, Les sept couleurs et Comme le temps passe, mais aussi une Histoire du cinéma (avec son beau-frère Maurice Bardèche), a été une des principale victimes de l'épuration des intellectuels et est mort le 6 février 1945, dans les fossés du fort de Montrouge, sous les balles d'un peloton d'exécution.

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    Chœur parlé pour la « Journée des Absents » 

    Lettre à un soldat de la classe 60  (préface de Jacques Bardèche)

    Les Frères ennemis  (préface  de Camille Galic)

    Mémorandum  (préface  d’Éric Delcroix)

    Chénier  (postface de Cécile Dugas)

    " 8 octobre 1944. Il reste quatre mois de vie à Robert Brasillach.

    Il va les consacrer à écrire, notamment, les cinq textes ici rassemblés. Dans le Chœur parlé pour la «Journée des Absents» et Les Frères ennemis – l’un d’approche chrétienne, l’autre, inspiré par la tragédie grecque –, c’est l’écrivain passionné de théâtre qui prend la plume. Dans le premier texte, il met en scène ces prisonniers qui lui tiennent à coeur depuis quatre ans ; dans le second, il imagine l’ultime rencontre des deux adversaires fraternels de la tragédie, Etéocle et Polynice, avant leur affrontement à mort.

    Dans la Lettre à un soldat de la classe 60, c’est l’homme Brasillach qui parle, en une sorte de testament politique adressé par anticipation à son neveu, Jacques Bardèche, celui-là même qui a ici préfacé le texte. Quand il aura atteint l’âge adulte, que pensera le petit garçon alors âgé de quatre ans?

    Soucieux d’éclairer la période et de s’expliquer, il rédige le Mémorandum pour la préparation de son procès, sous forme de questions et de réponses. Comme au temps où il préparait ses examens, il joue le jeu, sans y croire, mais avec sérieux. Ce texte devrait permettre de réellement comprendre l’Histoire.

    Le dernier écrit est consacré à André Chénier, martyr de la Révolution française, son « frère au col dégrafé », jeune poète dont il juge l’œuvre avec une lucidité plutôt sévère, mais qui semble lui renvoyer comme une image de lui-même: écrivain, journaliste, idéaliste, que l’engagement politique et l’infaillible sincérité conduisent au poteau d’exécution."

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  • AfD, ou le grand retour du théâtre antifasciste !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Gauthier cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la victoire de l'AfD, le parti populiste allemand, aux élections dans le Land de Saxe-Anhalt...

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    AfD, ou le grand retour du théâtre antifasciste !

    Ce lundi 7 septembre, les démocrates ont mal à leur démocratie. Et les humanistes à leur humanité. Les grandes douleurs sont généralement muettes. Pas les leurs, depuis les 45 % emportés par l’AfD populiste, dans le land allemand de Saxe-Anhalt.

    En période de trouble politique, ne jamais oublier l’adage du cinéaste Max Pécas, sorte d’Alain Duhamel, le politologue qu’on sait, en un peu moins pointu, toutefois : « On se calme et on boit frais à Saint-Tropez ! » Ces mots immortels n’ont manifestement pas été retenus par l’ensemble d’une classe politique européenne peinant aujourd’hui à cuver sa gueule de bois. Il ne faut jamais abuser du jus de quinoa ; tous les spécialistes savent ça. Ainsi donc, le nazisme serait à nos portes, ou un bidule approchant, alors qu’on ne sait même pas encore si l’AfD aura la majorité nécessaire pour gouverner le land en question. Il est fait état des voix du BSW, formation de gauche populiste et souverainiste. Voir même celles de quelques élus chrétiens-démocrates de la CDU, pour que le compte y soit.

    Pour L’Humanité, il s’agit d’un « affreux bégaiement de l’histoire ». Libération a globalement la même une : « En Allemagne, le choc fasciste. » Tout dans la nuance. Le défunt Lionel Jospin ne disait pas autre chose en évoquant le « théâtre antifasciste ». Quant au Monde, une tribune évoque « le symptôme d’une maladie chronique de la démocratie allemande. » Le populisme relèverait donc plus d’une pathologie que d’un simple choix politique. À quand son remboursement à 100 % par la Sécu ? Voilà qui tomberait à point nommé, tant il est de notoriété publique que les caisses de cette dernière sont pleines à craquer.

    La chute des partis de gouvernement…

    Après tout, ceux qui filent la métaphore médicale n’ont pas tout à fait tort, sachant que si on leur administrait quelques calmants savamment dosés, ils ne s’en porteraient que mieux. D’où cette piqûre de rappel relative à ce qu’est l’AfD. Il s’agit d’un mouvement populiste, tel que plus haut écrit, qui doit principalement son succès à un trop plein d’immigration, tel l’accueil inconditionnel par l’ancienne chancelière Angela Merkel, en septembre 2015 de plus d’un million d’immigrés, principalement venus de Syrie. D’où ce sentiment de dépossession culturelle, éprouvé par une proportion grandissante d’Allemands, phénomène que l’on peut d’ailleurs observer partout en Europe. Sentiment d’autant plus amer que l’ancienne RDA demeure encore le parent pauvre de la réunification allemande.

    Il y a encore cette autre colère : celle consistant à ne pas se sentir entendu par les partis de gouvernement, chrétiens de la CDU et de la CSU au premier chef. Mais aussi sociaux-démocrates du SPD, sans oublier les écologistes (Grüne) et les gauchistes radicaux (Die Linke). Bref, rien que de très banal sur notre vieux continent ; les pays voisins de l’Allemagne éprouvant tous globalement semblable ressentiment vis-à-vis d’une classe politique majoritairement donnée pour incompétente et usée. Ensuite, qui sont les gens de l’AfD ? Comme toujours dans ce type de mouvement, il y a un peu de tout et beaucoup de rien.

    Une chancelière lesbienne pour l’Allemagne…

    Alice Weidel, sa présidente, présente ainsi un profil pour le moins particulier et pas tout à fait raccord avec l’idée que l’on peut se faire des sections d’assaut d’un futur IVème Reich. Lesbienne revendiquée, elle vit en couple avec une immigrée sri-lankaise de nationalité suisse. Elles se sont fait fabriquer deux enfants, grâce à deux généreux géniteurs dont on ne sait s’ils ont été ou non rétribués. Nous sommes donc loin d’un « ordre moral » revendiqué, mais plutôt d’enfants de Mai 68 qui auraient mal tourné. Quant à son co-président, l’ancien décorateur Tino Schrupalla, on dira, pour demeurer poli, qu’il a plus une tête de gondolier vénitien que d’un possible chancelier allemand. Pour ce qui est d’Ulrich Siegmund, le héros du jour en Saxe-Anhalt, il était autrefois vendeur de parfums, honorable métier soit dit en passant, et qui a mené sa campagne sur une mobylette Simson, symbole cacochyme de la défunte RDA. S’il y a nostalgie chez lui, ce serait plus celle d’Erich Honeker que d’Adolf Hitler. Mais il faut bien de tout pour faire un monde ; surtout dans celui du populisme.

    Si c’est ça, « L’homme le plus dangereux d’Allemagne », tel que titré en couverture de Der Spiegel, nos voisins d’Outre-Rhin peuvent dormir sur leurs deux oreilles. On notera d’ailleurs qu’Ulrich Siegmund s’est fait un plaisir de dédicacer à tours de bras l’hebdomadaire en question à ses fans. Et le sens de l’humour, avec ça. Paradoxalement, c’est Libération qui calme le jeu, sous la plume de Christophe Bourdoiseau, son envoyé spécial à Magdebourg, sur ses lieux du cataclysme. Interrogeant les passants, on apprend ainsi : « Dans une pizzeria de Magdebourg, deux serveurs assurent n’avoir aucune inquiétude pour leur avenir. “Vous savez, moi, je suis Italien. Alors cela ne me concerne pas. L’autre, d’origine libanaise, est tout aussi imperméable à ce choc électoral. “Ça fait vingt ans que j’habite à Magdebourg. J’ai des amis de tous les bords politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. L’important, c’est de bien se tenir et de s’intégrer”, explique-t-il. »

    À en croire La Tribune dimanche, il y aurait pourtant péril en la demeure : « Manuela, prof de mathématiques et de physique a lu attentivement le programme de l’AfD. “Enlever le drapeau arc-en-ciel et ne laisser que le drapeau allemand devant les écoles, cela peut sembler un détail, mais c’est retirer un symbole de tolérance. C’est le signe d’une fermeture d’esprit”. » On avait pourtant cru comprendre le contraire : les mœurs particulières d’Alice Weidel sont de notoriété publique et cela ne l’empêche pas d’être adulée par les militants de l’AfD. Comme s’ils étaient finalement moins en proie à la « fermeture d’esprit » que certains.

    Notons encore que, ironie de l’histoire, Fabien Roussel annonçait, le même jour, sa candidature à la prochaine élection présidentielle. À sa place, celle du premier de nos communistes, on se poserait cette question consistant à savoir pourquoi les anciens habitant de l’Allemagne de l’Est plébiscitent-ils aujourd’hui le populisme ?

    Fabien Roussel pourra toujours en discourir autour d’un barbecue, avec ses derniers militants. Au bout de quelques merguez, lui et ses amis comprendront peut-être que le peuple est plus enclin au bon sens (celui de l’AfD dont le programme n’a rien de véritablement fracassant), qu’à de fumeuses idéologies. Telles, celles développées par le PCF, à en lire L’humanité : « Notre projet doit s’articuler à notre plan climatique, aux luttes féministes et antiracistes. » Seulement voilà, poursuit ce quotidien : « Les salariés nous parlent de la dégradation de leurs conditions de vie et commencent à voter RN, alors qu’ils sont parfois métis, originaires d’Outre-mer. »

    Au moins les camarades de l’ancienne RDA ont-ils résolu cette douloureuse équation en votant pour les intérêts du peuple ; ce qui n’est finalement pas si incongru, en démocratie.

    Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 8 septembre 2026)

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