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oligarchie - Page 21

  • Perspectives pour une fédération euro-russe...

    Nous reproduisons ci-dessous un excellent point de vue de Jean-Paul Baquiast, cueilli sur De Defensa et consacré au nécessaire rapprochement entre l'Europe et la Russie. Jean-Paul Baquiast est l'animateur des sites Europe solidaire et Automates intelligents.

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    Perspectives pour une fédération euro-russe

    Beaucoup d'Européens considèrent qu'un partenariat stratégique avec la Russie s'impose désormais, d'autant plus que l'influence américaine qui déterminait jusqu'alors les politiques européennes est en train de reculer sur de nombreux domaines. Par partenariat stratégique, on pourrait entendre une gamme d'accords possibles, d'abord économiques mais ensuite politiques. Ceci pourrait aller jusqu'à un rapprochement qui ferait de la Russie un membre de l'Union européenne doté d'un statut spécial - et parallèlement ferait de l'Union européenne un membre lui-aussi spécial de la Fédération de Russie. Pour simplifier, on parlera de la création d'une Fédération ou Union Fédérale euro-russe.

    Mais la Russie est-elle devenue suffisamment proche culturellement et politiquement de l'Europe pour d'une part rechercher une alliance européenne (il ne suffirait pas que l'Europe s'intéresse à la Russie. Il faudrait aussi que celle-ci s'intéresse à l'Europe) et d'autre part apporter dans une telle alliance des éléments qui renforceraient le poids géostratégique des deux ensembles, c'est-à-dire finalement de l'Europe elle-même, au sein de la future Fédération euro-russe

    Pour rassembler des éléments de réponse à cette question, il faut d'abord dans une première partie s'efforcer de porter un jugement aussi dépourvu d'idéologie que possible sur l'état actuel de la Russie et son évolution probable dans les prochaines années. Nous supposerons ici connues du lecteur les forces et les faiblesses de l'Europe.

    Dans une seconde partie, nous examinerons ce que pourraient être les structures et les politiques qu'adopterait une éventuelle Fédération euro-russe.

    1. L'état de la Russie.

    Cette question fait évidemment l'objet de multiples commentaires de la part des chroniqueurs politiques. Que pourrions nous suggérer pour notre part? Pour simplifier, limitons-nous à décrire les forces et les faiblesses contemporaines de ce qu'il convient encore d'appeler l’“Empire russe”.

    Mais pourquoi ce terme d'Empire. Si l'on admet que le monde actuel, devenu multipolaire, est un lieu de confrontation entre un certain nombre de grands ensembles organisés sous forme d'empires plus ou moins monolithiques, à la recherche des sources de la puissance, on distinguera trois de ces empires, disposant de forces et de faiblesses spécifiques: l'Amérique, la Chine et la Russie. On y ajoutera la nébuleuse des Etats se rattachant à l'islam qui s'efforcent de plus en plus de s'organiser en empire global, sous le vocable d'émirat. L'Europe pour sa part, malgré son organisation politique encore éclatée, conserve un poids suffisant pour pouvoir d'une certaine façon être regardée, sinon comme un empire, du moins comme une puissance potentiellement capable de jouer sa partition dans le monde multipolaire.

    Or, considérée comme un empire et confrontée à l'Amérique et à la Chine, voire à l'Europe, la Russie fait-elle encore le poids? On lui reconnaît aujourd'hui un certain nombre d'éléments de puissance. Le premier est un territoire immense, doté de richesses naturelles considérables dont une grande part reste encore inexploitée. Cet avantage devrait devenir de plus en plus grand, avec les transformations climatiques du monde. Les 9 mois d'hiver qui pour le moment encore pèsent d'un poids très lourd dans les activités russes devraient céder la place à des conditions plus favorables à une croissance mieux équilibrée.

    Un autre élément de force tient à la persistance d'une cohésion socio-politique certes peu favorable pour le moment encore aux libertés individuelles mais qui permet d'assurer l'unité de l'ensemble de l'Empire dans ses confrontations avec le reste du monde. Il s'agit d'un élément de puissance dont les Européens encore partagés en multiples centres de pouvoir se neutralisant au lieu de s'unir ne mesurent pas suffisamment l'influence.

    Cette cohésion est assurée par un accord implicite entre trois pouvoirs ou plus précisément entre trois oligarchies: le pouvoir de l'Etat et de son administration militaire et civile, le pouvoir de la couche dite en Russie des “nouveaux riches”, extrêmement réduite en termes d'effectifs mais qui détient désormais presque tous les leviers économiques, et le pouvoir de l'Eglise orthodoxe russe. Celle-ci, après une éclipse plus apparente que réelle sous le régime communiste, a repris les moyens dont elle disposait depuis des siècles pour s'imposer à des populations restées profondément traditionalistes et peu éclairées, au sens que nous donnons en France à ce terme hérité de l'ère des Lumières. Chacun a pu constater lors de la sanction disproportionnée ayant fait suite au procès des Pussy Riot, que l'Etat représenté par le président Poutine et l'Eglise représentée par le patriarche Kirill agissaient main dans la main, pour contrer les rares activistes occidentalisés contestant cette alliance entre l'Etat et la religion.

    La presse occidentale a parlé à l'occasion de ce procès d'une dérive autoritaire de la Russie. Mais c'était oublier d'une part que l'autoritarisme est aussi très répandu à l'Ouest, notamment aux Etats-Unis et d'autre part que l'union de l'Etat et de l'Eglise représente encore un très ancien partage de pouvoir, ayant toujours fait la force de l'Empire. On se souviendra que Staline lui-même, à la veille de la grande offensive allemande contre Moscou, en avait appelé aux forces réunies de l'armée soviétique et de la religion. Cela peut surprendre en France, mais il est clair qu'aujourd'hui, les mêmes alliances entre l'Etat, les oligarchies économiques et les forces religieuses sont mobilisées aux Etats-Unis pour assurer le succès tant des Démocrates que des Républicains.

    Quant aux oligarques représentés par les nouveaux riches qui tiennent en mains tous les leviers économiques, ils n'ont qu'un désir, se concilier les faveurs de l'Etat et de l'Eglise, y compris par la corruption, sans les attaquer de front. Ainsi pourront-ils continuer à mener tranquillement leurs affaires, sans craindre l'émergence d'une classe moyenne encore embryonnaire dont les exigences d'un accès aux produits de la croissance les empêcheraient d'en profiter tranquillement.

    Les faiblesses

    En contrepartie de ces éléments de puissance, la Russie souffre de faiblesses qui, si elles ne sont pas traitées rapidement, risquent d'en faire l'homme malade des prochaines décennies. Il est clair que ces faiblesses si elles devaient persister constitueraient autant d'obstacles à un éventuel rapprochement fédéral entre l'Europe et la Russie, pour la raison simple que l'Europe souffre dans certains cas un peu des mêmes maux.

    La liste en est longue. Il s'agit d'abord d'une situation démographique inquiétante: baisse de la natalité et situation sanitaire sans grande perspective d'amélioration, due notamment à l'abus de l'alcool, du tabac et des drogues qui affecte particulièrement les hommes. Il en résulte que les Russes ne peuvent pas assurer dans leurs provinces orientales et septentrionales une densité de population permettant de s'opposer à la pression démographique de la Chine et des autres pays asiatiques. Des immigrations massives devraient en résulter, qui affecteraient profondément la cohésion de l'Empire ayant fait sa force jusqu'à ce jour. Cette faiblesse démographique, qui ressemble d'une certaine façon à celle de l'Europe, est d'autant plus préoccupante qu'elle ne pourra recevoir de remèdes à l'échelle du présent siècle.

    Une autre faiblesse de la Russie tient à ce que l'on pourrait appeler son addiction récente et sans contre-pouvoirs au néolibéralisme mondial. Si rien n'est fait, l'entrée prochaine de l'OMC ne fera qu'aggraver les risques. Certes la Russie ne pouvait demeurer un monde protectionniste fermé aux influences extérieures. Mais si l'ouverture se poursuit d'une façon aussi “sauvage” que celle ayant suivi les précédentes vagues de privatisation, les bénéficiaires en seront la classe des nouveaux riches déjà évoqués. Or ceux-ci sont organisés pour détourner à leur profit la plupart des bénéfices provenant notamment de la commercialisation des potentiels économiques dont dispose encore la Russie, pétrole et gaz et matières premières. Ils ne s'en servent pas, comme cela s'est longtemps fait, soit aux Etats-Unis soit en Europe (dans le cadre du capitalisme industriel dit rhénan ou dans les services publics à la française) pour investir dans des équipements de long terme, dans la recherche et dans la mise au point de nouvelles technologies et applications productives.

    En dehors de quelques améliorations spectaculaires dans les grandes villes, profitant d'ailleurs quasi exclusivement aux nouveaux riches, les infrastructures demeurent incapables de faire face aux besoins d'un pays aussi grand. Parallèlement, dans tous les secteurs, même dans le domaine jusqu'ici privilégié du militaire et du spatial, les recherches, qu'elles soient fondamentales ou appliquées, périclitent, de même que la formation. Il en est de même du potentiel industriel de base, qui ne se renouvelle pas. Ce n'est évidemment pas le cas dans les pays asiatiques, en premier lieu chez le concurrent chinois. Pourquoi ce manque d'intérêt pour le long terme? Parce que les nouvelles oligarchies de nouveaux riches préfèrent placer leurs épargnes dans des paradis fiscaux ou aux mains de diverses maffias, quand il ne s'agit pas de les consommer d'une façon dont ne profitent que les pays rivaux de la Russie.

    En Europe, malgré de grandes difficultés, ce qui demeure des administrations centrales ou locales et des services publics s'efforcent, avec l'appui électoral des classes moyennes, de maintenir un flux minimum de formation et d'investissements productifs ou de recherche. Mais en Russie, les classes moyennes n'existent pas, du fait de la confiscation des gains de productivité par les oligarchies de nouveaux riches. Par ailleurs, ces mêmes oligarchies ont réussi, en généralisant la corruption à tous les niveaux, à neutraliser les quelques pouvoirs administratifs et politiques qui auraient pu s'opposer à elles au nom de l'intérêt général collectif, systématiquement présenté comme un retour au stalinisme. Ajoutons que l'Eglise orthodoxe a pour sa part renoncé à tout message évangélique de portée générale, se bornant à reconquérir les éléments de son ancienne puissance matérielle, y compris à travers des placements à l'étranger. Toutes choses égales d'ailleurs, on pourrait dire que la Russie, à une toute autre échelle, souffre des mêmes maux que la Grèce actuelle, rongée par une oligarchie vivant et investissant à l'étranger, par une administration corrompue et par une Eglise au seul service de ses intérêts patrimoniaux.

    Il est clair que si un éventuel rapprochement politique avec l'Europe se bornait, tant en Russie qu'en Europe même, à encourager au nom du néolibéralisme le pillage des ressources nationales par les oligarchies mondialisées, rien de bon ne pourrait en sortir.

    La guerre souterraine de l'Amérique contre la Russie

    Les éléments négatifs, que nous venons de résumer, handicapant le développement de la Russie en tant que puissance indépendante, découlent en partie de la guerre souterraine que continue de mener, vingt ans après la fin officielle de la guerre froide, l'empire américain contre ce qui fut longtemps son grand rival, l'empire russe. La Russie, à cet égard, ressemble là-encore beaucoup à l'Europe. Les Etats-Unis, comme ils l'ont toujours fait, consacrent ce qui leur reste de puissance géostratégique à empêcher qu'apparaissent à leurs frontières des ensembles politiques indépendants capables de limiter ou menacer leur influence. Ils sont pratiquement désarmés aujourd'hui face à la Chine mais les Européens clairvoyants savent que, dès la fin de la seconde guerre mondiale, les pouvoirs américains ont orienté la construction de l'Union européenne de façon à en faire un relais pour leurs intérêts géostratégiques. Aujourd'hui, ils continuent à le faire, d'une façon moins évidente mais tout aussi efficace, grâce aux appuis dont ils bénéficient dans les milieux européens atlantistes estimant plus profitables de conserver le statut de satellite plutôt qu'acquérir celui de compétiteur. Or contrôler la Russie, non seulement économiquement mais politiquement constitue pour les Etats-Unis un enjeu d'une toute autre importance, mais aussi d'une toute autre difficulté, que contrôler l'Europe. On peut considérer qu'ils y mettent aujourd'hui une grande part de leurs forces à l'international.

    Bien que disposant d'une puissance militaire encore sans égale, les Etats-Unis ne peuvent espérer se confronter directement à la force nucléaire stratégique russe, y compris à sa composante navale. On vient ainsi de découvrir qu'un sous-marin nucléaire du dernier modèle, de la classe Akula, aurait cet été patrouillé quelques jours ou semaines sans être détecté dans le golfe du Mexique. Par contre ils disposent de tous les éléments du pouvoir économique et surtout du soft power qui manquent aux Russes. La cible en est en priorité la jeunesse issue des classes moyennes encore embryonnaires que séduit non sans raison les modes de consommation, les productions culturelles et la liberté d'expression dont, mieux encore que l'Europe, l'Amérique semble être la référence mondiale.

    Face à ce soft power, il faut bien reconnaître que les vieux éléments de la cohésion russe, énumérés précédemment, notamment l'Etat et l'Eglise orthodoxe, paraissent assez désarmés. Quant aux nouveaux riches, à condition de ne rien céder de leurs sources patrimoniales de puissance, ils sont prêts à participer avec les oligarchies anglo-saxonnes et européennes à un éventuel partage du pouvoir sur le monde, partage à l'occasion duquel le vieux souci d'indépendance politique de la Russie pourrait être sacrifié.

    Les efforts de la diplomatie américaine et des éléments plus diffus de soft power utilisés par les Etats-Unis pour affaiblir la Russie se sont accrus depuis la fin de l'URSS. Les maladresses et erreurs du gouvernement russe, avant l'arrivée de Vladimir Poutine à la présidence, ont évidemment facilité le jeu des Etats-Unis pour détacher de l'influence de Moscou, entre autres, les républiques de Georgie et d'Ukraine. Mais aujourd'hui, sur le territoire même de la Russie, notamment dans les deux capitales de Moscou et Saint Petersbourg, il n'est un secret pour personne que de nombreuses organisations financées plus ou moins directement par les services et ONG américaines, constituées d'activistes russes, jouent un rôle considérable pour contrer l'action du pouvoir gouvernemental russe. Il s'agit d'une sorte de cercle vicieux, car plus le pouvoir central de Moscou accepte de se libéraliser, plus dans un premier temps tout au moins il donne d'ouvertures à des oppositions intérieures en partie activées par l'Amérique.

    L'influence du soft power américain n'est pas entièrement négatif, en ce sens qu'il contribue puissamment à l'ouverture sur l'extérieur et à un début de démocratisation du combat politique. Mais on comprend cependant que le Kremlin soit de plus en plus réticent à le laisser faire. Le gouvernement utilise malheureusement pour contrer les effets du soft power américain des moyens d'intimidation et de répression qui rappellent fâcheusement la dictature soviétique, même si l'ampleur en est bien moindre. C'est finalement ce que recherche peut-être en sous-mains la stratégie américaine visant à l'affaiblissement de la Russie. C'est toute la démocratisation en profondeur de la société russe, y compris à travers le rôle croissant de l'Internet au sein des classes moyennes, qui s'en trouve retardée.

    Il est clair que si l'Europe, soumise de plein fouet au soft power américain, notamment dans les Etats orientaux ex-satellites, ne réussit pas à s'en débarrasser pour adopter des politiques plus autonomes, le gouvernement russe actuel, qui cherche précisément sa voie vers plus d'autonomie, ne sera pas incité à se rapprocher d'une Europe qui serait un simple relais de l'influence américaine. Mais les rapports de force semblent en train de changer. La Pologne paraît ainsi actuellement soucieuse de prendre ses distances avec les pressions américaines au sein de l'Otan visant à faire adopter un BMDE (système de défense anti-ballistique) prétendument orienté contre l'Iran mais destiné en fait à relancer un vieux programme de guerre des étoiles dirigé contre la Russie. La Pologne, en termes très prudents, a évoqué la perspective d'une défense européenne qui serait essentiellement européenne, à la charge notamment de la France, de l'Allemagne et d'elle-même. On a parlé de réactiver le “triangle de Weimar”. L'Amérique a violemment réagi. Mais pour que de tels projets deviennent crédibles, ils devraient effectivement être repris et partagés par les grands Etats européens, notamment par la France socialiste. On pourrait alors envisager des coopérations stratégiques euro-russes, au sein d'une éventuelle Union fédérale entre les deux ensembles, thème que nous dorénavant aborder.

    2. Structures et politiques d’une éventuelle Fédération euro-russe.

    Un rapprochement stratégique, pouvant aller jusqu'à la mise en place entre l'Union européenne et la Russie d'une véritable structure fédérale, fut-elle très limitée à ses débuts, ne pourrait se produire que si les deux empires y trouvaient chacun des avantages propres. Nous pouvons admettre que si les pays européens (plus exactement l'eurozone) pouvaient ainsi s'adosser à un grand ensemble géographique, aux ressources potentielles considérables, ils y gagnerait précisément ce qui leur manque encore pour devenir une puissance capable de tenir tête à la Chine et à l'Amérique, dans la mesure où celle-ci continuera à empêcher leur développement. La démarche encouragerait par ailleurs en Europe les efforts de mutualisation de type fédéral interne qui manquent encore à des pays réticents à se rapprocher en profondeur. En contrepartie, la Russie pourrait trouver en Europe les ressources en savoir-faire scientifiques, industriel, économiques et gestionnaires qu'elle n'a jamais eu ou qu'elle a laissé perdre. Enfin, la démocratie politique européenne, unique au monde, représente un atout de puissance irremplaçable, dont la Russie pourrait progressivement s'inspirer.

    Comment concrètement envisager la mise en place d'une éventuelle Fédération euro-russe? Il s'agirait nécessairement d'une démarche à la fois très progressive, et ne modifiant que marginalement les deux ensembles partenaires. Néanmoins les domaines choisis devraient être suffisamment significatifs et porteurs d'effets positifs pour jouer un rôle d'entrainement.

    Sur le plan des structures, autrement dit des institutions, il serait intéressant d'envisager dès le début ce qui manque encore à l'Union européenne, un président et un parlement élus au suffrage universel, aux termes de débats aussi démocratiques que possible. Leurs compétences seraient nécessairement limitées, mais l'effet d'entrainement serait considérable.

    Par ailleurs, un exécutif, analogue au conseil des ministres européen, serait mis en place, doté d'un budget et de services administratifs suffisants pour mener des actions (ou politiques) communes.

    Les questions monétaires et de change étant enfin très importantes, il faudra décider de politiques communes entre la Banque centrale européenne, les banques de l'union et leurs homologues au sein de la fédération de Russie.

    Des politiques communes

    Il paraît indispensable que ces politiques s'affranchissent délibérément des contraintes de la globalisation imposées par les oligarchies néo-libérales aux Etats du monde. L'objectif de l'union fédérale euro-russe envisagée ici serait au contraire de sortir du Système, système de domination empêchant les Etats de valoriser eux-mêmes leurs propres ressources, d'investir et de créer de l'emploi au profit de leurs populations.

    La taille et la puissance de la future union euro-russe devrait dans ces conditions lui permettre de mettre en place un ensemble de réglementations fiscales, douanières, de protection sociale, de sauvegarde de l'environnement capables d'en faire ce que n'est pas encore l'Europe, une véritable puissance autonome (on pourra parler de forteresse) et non pas un espace ouvert à la concurrence des pays ne respectant aucune de ces normes.

    Au sein de cet ensemble protégé pourraient être définies des politiques d'investissements technologiques et scientifiques auxquels seraient affectés notamment les bénéfices des exportations. On mentionnera l'immense domaine de l'espace civil et militaire (où la Russie est en train de perdre rapidement ses compétences), celui des industries de défense ou plus exactement des industries dites duales, à applications civiles et militaires, celui des grands travaux d'infrastructure et de transport qui manquent encore à la Russie, et bien évidemment tous les domaines intéressant les technologies et sciences émergentes, dont nous ne ferons pas la liste ici. Les Etats-Unis par différentes voies s'en sont donné la maîtrise, la Chine y vise aussi, sans mentionner les autres « tigres » asiatiques. Si l'Europe et la Russie ne s'allient pas pour récupérer leur retard et suivre le mouvement, il en sera fini de leur indépendance géopolitique dans le monde de demain.

    Conclusion. Quels moteurs socio-politiques ?

    Nous avons rappelé que la Russie, comme dans une moindre mesure l'Europe, est dirigée implicitement par plusieurs oligarchies qui se donnent la main pour capturer à leur profit les valeurs ajoutées produites par le travail des populations de la base. Il s'agit des élites (dites aussi nouveaux riches en Russie), des administrations au triple niveau des Etats, des régions et des collectivités locales, ainsi finalement que des médias dits officiels. Des forces conservatrices, comme celles des Eglises et religions (y compris l'islam), en Russie et en Europe, pèsent généralement par ailleurs pour que les équilibres de pouvoir dont elles bénéficient ne changent pas.

    Comment dans ces conditions espérer que ces équilibres puissent évoluer, dans le sens esquissé ici? Il ne s'agirait pas d'envisager des mesures de type révolutionnaire classique, qui seraient étouffées dans le sang, tant en Russie qu'à l'Ouest. On peut par contre compter sur le développement dans les populations des échanges au sein de réseaux sur le type de l'Internet, qui jouent déjà un rôle considérable pour la maturation des idées au sein des classes moyennes et populaires. Le pire peut évidemment en provenir, comme le meilleur. Il semble cependant que globalement de tels réseaux jouent au plan d'ailleurs mondial un rôle important pour des prises de conscience et des mobilisations globales. Les oligarchies elles-mêmes seront obligées, dans leur propre intérêt, d'en tenir compte. C'est en tous cas dans cette perspective que nous publions, malgré ses insuffisances, le présent article.

    Jean-Paul Baquiast (De Defensa, 26 août 2012)

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  • Les législatives sans le peuple...

    Nous reproduisons ci-dessous une analyse d'Andrea Massari et de Michel geoffroy, cueillie sur Polémia et consacrée aux leçons qu'il est possible de tirer des élections législatives...

     

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    Les législatives sans le peuple

    1-Une abstention record

    Au deuxième tour de l’élection législative, le 17 juin 2012, 47,60% des électeurs se sont abstenus ou ont voté blanc ou nul. C’est un record absolu sous la Ve République. Plus de la moitié des moins de 44 ans se sont abstenus, tout comme la majorité des employés et des ouvriers. Illustration du désintérêt pour l’élection : durant l’entre-deux-tours, les couvertures des magazines (Le Nouvel Observateur, L’Express, Marianne) titraient, non sur l’enjeu du scrutin, mais sur la guerre des concubines présidentielles (« La première femme contre la première dame », selon France Dimanche).

    2-Une assemblée à la représentativité douteuse

    Avec 16,5% des inscrits au premier tour le Parti socialiste a la majorité absolue. Avec 2% à l’élection présidentielle, les écologistes disposent de 18 élus. Avec 18% à l’élection présidentielle, le Front national dispose de 2 élus.

    On notera, en contrepoint, que les minorités ethniques disposent au titre de la « diversité » de 10 députés et de 3 ministres.

    Précisons que la circonscription de Marine Le Pen avait été redéfinie par le gouvernement Fillon pour rendre la victoire de la gauche plus facile (avec l’ancien découpage Marine Le Pen aurait été élue avec 53% des suffrages !)

    Marine Le Pen (18% à la présidentielle), Jean-Luc Mélenchon (11%), François Bayrou (9%) sont exclus de l’assemblée nationale : soit trois personnalités représentatives de 38% des électeurs.

    3- La stratégie centriste de Fillon, Copé, Juppé a démobilisé les électeurs UMP

    Avec la « stratégie Buisson », celle d’un langage à droite toute, Nicolas Sarkozy est parvenu à rassembler 48,5% suffrages, le 6 mai 2012. A contrario, la mollesse de la campagne législative Copé/Fillon a accentué la démobilisation naturelle de l’électorat. L’UMP ne retrouve que 44% des suffrages, soit 4,5 points de moins qu’à la présidentielle.

    Les reports du FN vers l’UMP ont été découragés par les déclarations politiquement correctes des Juppé, Dati, Jouanno (tous non candidats), NKM et autres Copé.

    A contrario, les médias ont beaucoup glosé sur la défaite des élus UMP de la droite populaire, sans voir que beaucoup d’entre eux partaient de situations très défavorables ; pourtant, dans leurs circonscriptions, Jean-Paul Garraud, Brigitte Barèges ou Bernard Carayon, quoique battus, limitent les pertes par rapport à la moyenne nationale.

    4- L’union à droite, cela marche : le populiste Bompard élu à Orange

    L’élection de Jacques Bompard à Orange a été très largement passée sous silence par les médias. Or Bompard a été particulièrement bien élu, obtenant près de 59% des suffrages. Parti de 22% au premier tour, il a réuni sur son nom la quasi-totalité des 40% de suffrages dispersés sur le Front national, l’UMP et les candidats divers droites. Ce brillant résultat est le fruit d’une fidélité sans faille à ses convictions politiques, d’un travail de terrain constant et d’une habile stratégie électorale. C’est dans ce contexte, propre au Comtat Venaissin, que Marion Le Pen a été élue à Carpentras avec l’aide de l’équipe de campagne de son suppléant intelligemment choisi parmi la Ligue du Sud de Bompard.

    5-Les reports UMP/FN ont existé et le Front national est donc entré dans un processus de normalisation politique

    Là où le FN était fort, il a bénéficié de bons reports de l’UMP : notamment à Hénin-Beaumont dès le premier tour ; dans le Gard pour Gilbert Collard qui a même bénéficié, au deuxième tour, d’un « vote utile » en sa faveur ; et aussi dans les Bouches-du-Rhône où deux candidats FN ont atteint 49% : des chiffres insuffisants pour gagner mais néanmoins très significatifs, puisque supérieurs aux résultats obtenus en 1988 et 1997. De même Florian Philippot a bénéficié de bons reports UMP en Lorraine.

    Le Front national est donc bien entré dans un processus de normalisation politique, au grand dam de la gauche et de l’oligarchie.

    Cela tient à la fois à la personne et à l’action de Marine Le Pen, mais aussi au fait que la situation générale de notre pays et de l’Europe confirme les analyses de la droite identitaire. Le discours d’ostracisme vis-à-vis du Front national est donc de moins en moins audible, dans un pays de plus en plus en crise. Le Front de gauche, malgré un soutien systématique de l’oligarchie médiatique, a d’ailleurs été incapable de supplanter le Front national, en particulier à cause de sa position sur l’immigration.

    6-La partialité médiatique a une fois de plus biaisé l’élection en faveur des médiagogues

    Il y a une grande différence entre un référendum et une élection représentative. A un référendum les électeurs votent pour des idées et des projets. A une élection représentative les électeurs votent aussi en fonction des images des candidats. Ainsi certains candidats – NKM par exemple – sont angélisés. D’autres sont diabolisés, comme le furent Christian Vanneste (éliminé dès le premier tour), Nadine Morano ou Jean-Paul Garraud. Et l’opinion est, volens nolens, influencée par les personnalités les plus présentes dans les médias qui sont précisément celles qui tiennent le discours le plus convenu et le plus politiquement correct.

    7-Hollande : des pouvoirs réduits, une légitimité faible

    Les médias ont glosé sur les pouvoirs rassemblés par Hollande : la majorité absolue de l’Assemblée nationale, la majorité du Sénat, la majorité des collectivités territoriales.

    Mais ces pouvoirs sont limités par ceux des organisations internationales : l’Union européenne, l’Organisation mondiale du commerce, l’OTAN. Sa marge de manœuvre est dérisoire.

    En interne ses pouvoirs sont limités par les organes juridictionnels : sait-on, par exemple, que depuis 40 ans, 90% des lois et décrets sur l’immigration ne sont pas le fait des députés mais celui du Conseil d’Etat, de la Cour de cassation, du Conseil constitutionnel, de la Cour de justice européenne, de la Cour européenne des droits de l’homme ?

    Hollande a été choisi (à défaut de DSK, indisponible) comme gérant d’apparence des intérêts de la superclasse mondiale. Sa marge de manœuvre est faible. De retour de la conférence du Bilderberg (où il a séjourné, en Virginie, du 29 mai au 3 juin), Erik Israélewicz, directeur du Monde (dont Matthieu Pigasse, de la banque Lazard, est l’actionnaire de référence), fixe la feuille de route présidentielle : dans des éditoriaux à l’arrogance mal dissimulée, le patron du Monde dit au président de la République ce qu’il doit faire, sur l’euro, l’Europe, la Grèce, le redressement des comptes publics et même comment il doit recadrer sa concubine…

    8-Hollande, une légitimité fragile

    Or Hollande, malgré les discours euphoriques de médias versatiles, a une légitimité faible : il n’a obtenu que 48,64% des votants du deuxième tour, davantage par rejet de Nicolas Sarkozy que par adhésion. Et il n’a obtenu la majorité des suffrages exprimés que par le vote des minorités ethniques dont les représentants les plus agités ont fêté la victoire en agitant des drapeaux étrangers.

    Aux législatives, on l’a dit, et là aussi malgré la mobilisation du vote ethnique en sa faveur, le Parti socialiste n’a rassemblé que 16,1% des suffrages.

    Jamais sous la Ve République la coupure entre le pays légal et le pays réel n’a donc été aussi profonde ; l’usure du système politique français, de moins en moins représentatif, est manifeste et le clivage gauche/droite recouvre donc de plus en plus un clivage identitaire, ce qui va contribuer à radicaliser le débat politique.

    Sur le plan du style, la « présidence normale » et son gouvernement se sont coulés dans la continuité de l’hyperréactivité émotionnelle, les morts de militaires et de gendarmes et les blessures de policier servant cyniquement de carburant électoral. C’est une stratégie médiatique efficace à court terme mais dangereuse dans la durée.

    Bon courage, M. Hollande

    Michel Geoffroy et Andrea Massari (Polémia, 19 juin 2012) 

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  • La trahison est un sport de combat...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Claude Bourrinet, cueilli sur Voxnr et consacré à la conception médiocre de la politique qu'ont nos "élites" politiques du moment...

     

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    La trahison est un sport de combat

    Dans un entretien accordé le vendredi 27 avril au quotidien sportif L’Equipe, Nicolas Sarkozy évoquait, à mots pratiquement découverts, que ses jours de président étaient comptés.

    Tant mieux.

    Cependant, le parallèle qu’il a tracé entre la politique et le sport vaut sans doute toutes les analyses sur la nature exacte des individus qui occupent les postes de commandes du pays. Car, comme le savaient nos anciens, les images dévoilent autant, et sans doute mieux, la réalité que tous les discours.

    Evoquant donc l’athlète américain Bob Beamon, recordman du monde du saut en longueur de 1986 à 1991, le locataire agité de l’Elysée a eu cette pensée profonde : "Je pense que les records sont faits pour être battus. Et donc, par conséquent, on ne peut pas être triste que quelqu'un d'autre prenne votre place parce que de toute manière, c'est la règle". "C'est la règle pour le sport, c'est la règle pour la politique, c'est la règle pour la vie, a-t-il ajouté : à un moment donné, chacun doit considérer qu'il a eu la chance de faire ce qu'il a à faire". Et il a conclu sa démonstration : "Alors, il faut gagner, Beamon avait gagné, Beamon a été remplacé. Je crois qu'il l'a accepté »

    Son concurrent lui a donné raison, avec fairplay : "C'est la loi de l'alternance. C'est un vieux principe que de reconnaître qu'une course peut être gagnée une fois et pas forcément la deuxième fois, et que ce n'est pas toujours le même qui porte les couleurs de la France ».

    Bref, il serait question de matchs. Récemment, l’actualité a été occupée par des clubs de football, à un très haut niveau, et par les victoires des uns, les défaites des autres, un entraîneur limogé, bref, par les péripéties naturelles autour d’un amusement de masse. La politique serait-elle de cet ordre ?

    Il est vrai que les luttes des temps passés se déroulaient de façon formidable : quand on ne se démolissait pas le portrait, on s’envoyait à l’ombre, ou bien, mieux, car cela nous rappelle les feux d’artifices des grands événements sportifs, des jeux olympiques, des championnats du monde, on érigeait des barricades, on fusillait, la mitraille et la guillotine donnaient aux soubresauts populaires ce petit frisson d’enthousiasme semblable à celui qui saisit la foule lorsqu’une action brillamment conduite aboutit à la pénétration vigoureuse du ballon dans la cage qu’un malheureux gardien n’avait pas réussi à préserver. Que l’on ne fût pas toujours gentlemen, cela se comprend : il était question d’enjeux foutrement sérieux : la survie physique, le niveau de vie, les libertés fondamentales, l’indépendance de la patrie, l’orgueil du citoyen. Cela méritait bien que l’on mourût ou que l’on tuât.

    L’évocation du sport n’est certes pas anodine. On sait que celui-ci prit son essor lorsque la guerre ne fut plus la préoccupation principale de l’aristocratie. La noblesse anglaise, désormais vouée à un ennui prestigieux, et délaissant les armes pour le commerce, fut la première à se donner à cette pratique de brute civilisée, le sport. On sentait encore, du reste, jusqu’à ce qu’à la fin ce monde des athlètes et des recordmen devînt un repaire de friqués dopés, ce souffle glorieux, ce flirt avec l’immortalité, qui rendait jadis le champ de bataille intéressant. Mais le sport, nonobstant le spectacle qui aliène et le fric qui pourrit, est maintenant, pour les cadres, les traders, les financiers, les managers et les jeunes loups aux dents qui rayent les parterres de bouges à fric, le surplus de dynamisme corporel, comme on disait que les droits de l’homme étaient le surcroît d’âme d’une bourgeoisie qui ne croyaient plus en Dieu. On y cherche le défoulement, la santé, la force, la niaque, la maîtrise, le fight spirit, la volonté de se faire mal et de faire mal aux autres. Au fond, pourquoi pas ? Si ce n’était pour Mammon … Tout ce qui reste de l’éthique guerrière demeure dans la performance économique. Et même le Hagakuré est invoqué, le comportement samouraï et le vide qui l’accompagne.

    A vrai dire, le vide sied bien à Sarko. Il y est comme dans son élément, lui qui pédale allègrement, entouré de barbouzes moulinant des gambettes comme des crapauds à cheval sur des boîtes d’allumettes, ou bien suant toute son arrogance dans des « joggings » immortalisés par une horde de caméras, maculant ainsi son maillot de corps tout neuf arborant le sidérant sigle, connu des ménagères de toutes génération, le prodigieux NYP, New York Police.

    Car cela ne surprendra personne que la référence sportive de notre french yankee soit un américain. Les athlètes français manqueraient-ils donc sur la liste ? Tout un programme.
    Que Hollande abonde dans le sens de ces propos en dit long sur la vision que notre élite politique, petites mains de l’oligarchie mondialiste, entretient en son sein. La politique n’est donc que ça, une sorte de jeu, et l’alternance consiste à se remplacer régulièrement. Et, in fine, rien ne change, hormis les heurs et malheurs (relatifs) de cette engeance qui change parfois de job, ou perd quelque subside, en espérant se rattraper plus tard. On sait comment se forge une carrière. A l’ENA, le choix du « camp » est affaire d’opportunité et de flair : quelles sont les chances d’obtenir une place intéressante à terme ? Les convictions ? Regardons attentivement l’origine, l’imprégnation culturelle et politique de tel ou tel, son itinéraire, ses bifurcations, ses accointances, voire ses mariages… On s’apercevra que les convictions ne concernent qu’une rhétorique obligée, un exercice oratoire, un rituel par lequel on s’oblige à passer, de moins en moins d’ailleurs. Mais pour le fond, on est d’accord : le marché, le cosmopolitisme, le métissage, la dérégulation de la société, l’oubli ou le rejet du patrimoine national, l’adoption de mœurs « libérées », qu’on tire aux forceps, le mépris pour le peuple d’en bas, ces racistes, ces « beaufs », ces ploucs, tous ces dogmes, ces comportements, ces connivences, ces collusions, ces complicités font un monde, le « Monde », comme on disait du temps de Proust, celui des gens biens, de ceux qui ont les moyens de regarder le pays de haut, de très haut.

    Alors, que l’on échange quelques balles, et que les uns perdent après avoir gagné, c’est aussi anodin que les destins de Roland Garros.

    En même temps, en prime, on a l’illusion. A vrai dire, là aussi, le truc ne marche plus très bien. A remplace B, avant que B ne prenne sa revanche. La tournante. Cela ne convainc plus grand monde, et la célèbre devise du Guépard, de Giuseppe de Lampedusa : « Il faut que tout bouge pour que tout reste identique », certes, peut servir à révéler le secret de la démocratie actuelle, ce jeu de dupes, mais devient néanmoins inopérant, car, en guise de déplacements, on a affaire à du surplace, les uns restant en fait dans la pièce jouée, une tragi-comédie à l’usage des enfants, comme dans ces opéras, le personnage qui fait mine d’abattre de la distance en sautillant sur une surface dérisoire.

    Aussi sont-ce toujours les mêmes têtes qui surgissent dans ce castelet risible qu’est la télévision.

    N’oublions donc jamais que nous sommes au théâtre, et qu’une « sortie » n’est jamais qu’une entrée provisoire dans la coulisse.

    Puisqu’il est question d’histrion, d’acteur, on peut bien revenir à notre Sarkozy. En commedia dell’arte, il existe un personnage hautement désopilant, dont l’origine remonte aux Romains, mais qui a été actualisé par la parodie vacharde qu’on faisait des soldats espagnols, qui ne le méritaient pas. Il s’agit du Capitan, du Matamore, du spadassin qui se vante de tous les exploits du monde, tout en n’en ayant pas les moyens. Ce capitaine est un Pantalon qui a perdu son pouvoir. Il rêvasse après sa maîtrise abolie, et croit encore impressionner par l’usage de logorrhées interminables et hyperboliques, se leurrant en substituant à la réalité le monde plus vaporeux de la parole. Tel est notre Nicolas.

    Les records ? Lesquels ? S’il s’agit de l’effondrement économique de la France, de la vassalisation de notre glorieux pays à une puissance étrangère, de la servilité de nombreuses fois réitérées à l’égard de la diplomatie américaine ou israélienne, des crimes cyniques commis au nom de mensonges bienpensants, que l’on a manipulés en direction des masses, s’il s’agit de promesses non tenues, et souvent retournées comme des gants, de l’écarbouillement consciencieux, programmé, méthodique de notre culture, de notre histoire, de notre langue, s’il s’agit de toutes les trahisons qui ont humilié le peuple français, et de cette régression sociale qui le transforme peu à peu, et même à vitesse de plus en plus précipitée, en agglomérat de pauvres hères réduits à la mendicité, à la misère et, peut-être, espérons-le, à la révolte, eh bien oui ! il est bien question de records !

    Claude Bourrinet (Voxnr, 27 avril 2012)

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  • Les habits républicains de l'oligarchie...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue Michel Geoffroy, cueilli sur Polémia et consacré au détournement de l'idée de république par les serviteurs de l'oligarchie...

     

     

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    Les habits « républicains » de l'oligarchie ou comment le politiquement correct se cache derrière le mot République

    Si l’on interroge nos concitoyens – du moins les Français de souche - sur ce que représente pour eux le mot République aujourd’hui, ils l’associent en général à la liberté et bien sûr à la devise « liberté, égalité, fraternité » ainsi qu’aux « immortels principes » de 1789. L’exclamation populaire « on est en République » - pour dire que l’on peut faire ce que l’on veut-en témoigne encore.

    Le mot a donc plutôt une connotation positive aujourd’hui. Et c’est d’ailleurs pourquoi la plupart des mouvements politiques, y compris à droite, s’efforcent de se l’approprier.

    Néanmoins ce mot est trompeur car il est devenu une composante de la novlangue : il véhicule donc désormais l’idéologie de l’oligarchie française. Le propre de la novlangue est d’inverser le sens des mots pour leur faire désigner le contraire de ce qu’ils signifiaient jusqu’alors. Il faut donc décrypter le terme et se méfier de l’usage qui en est fait.

    République est devenue synonyme d’apartheid politique

    De nos jours, un parti qualifié de « républicain » n’est pas un parti qui se réclame des principes de la Révolution Française mais seulement un parti qui exclut de constituer des alliances électorales et gouvernementales avec la terrible « extrême droite ».

    Le mot « républicain » sert à sidérer l’électeur car il s’applique à toute la gauche et l’on n’entend jamais dire que l’extrême gauche ne serait pas républicaine. Tout au plus admet-on qu’elle est « radicale ». Par contre le qualificatif « républicain » permet de diviser la droite entre celle qui serait fréquentable et celle qu’il faudrait diaboliser : la fameuse « extrême droite ». Car la droite fréquentable est justement celle qui s’est ralliée à l’idéologie de la gauche.

    Le mot « républicain » sert donc à valoriser l’attitude de ceux – notamment à droite - qui organisent un impitoyable apartheid culturel, social et politique à l’égard d’une partie de leurs concitoyens.

    Républicain est devenu synonyme d’impopulaire et de minoritaire

    En novlangue un parti « républicain » n’est pas un parti qui exprime la volonté du peuple. Un parti « républicain » de nos jours, doit refuser au contraire toute « démagogie », ce qui veut dire qu’il ne doit s’intéresser au peuple que dans le cadre des élections périodiques (qualifiées aussi de « respiration démocratique » en novlangue: ce qui signifie donc qu’en dehors des campagnes électorales la démocratie étouffe….). Et ne pas être « populiste » veut dire en novlangue qu’il ne faut pas suivre le point de vue de la majorité de ses concitoyens. Il faut au contraire se préoccuper prioritairement du sort et du point de vue des « minorités ».

    Sur les principaux sujets de société les hommes politiques « républicains » adoptent donc des positions qui vont à l’encontre des préférences de la majorité de la population, telles qu’elles apparaissent notamment dans les sondages.

    Ils sont ainsi tous favorables à l’immigration, à l’islam, aux transferts de souveraineté au profit de l’union européenne, au libre-échangisme, au remboursement de l’avortement, aux revendications homosexualistes, à l’augmentation des impôts, à l’OTAN, à la « réinsertion » des délinquants, au gouvernement des juges et à la « discrimination positive » : c’est le programme commun des partis « républicains » c’est à dire le catalogue des différentes façons de décliner le politiquement correct.

    C’est que « la majorité n’a pas toujours raison » disait significativement, à propos de la votation suisse sur les minarets, M. Cohn-Bendit, un « républicain » modèle adulé des médias.

    Ces républicains sont minoritaires, favorables aux « minorités » et ils s’en flattent !

    République est devenue synonyme de communautarisme

    La révolution française a démantelé les structures communautaires de l’ancien régime, à commencer par les corporations, comme autant d’obstacles à la libre expression des droits individuels et de l’égalité des citoyens. De là vient aussi son hostilité à la religion et le culte de la « laïcité ».

    Pour les mêmes raisons, les républicains marqueront leur hostilité à toute forme de communautarisme - comme on dirait aujourd’hui - et on se souvient de la célèbre formule de Clermont-Tonnerre lors du débat sur l’émancipation des Juifs : « Il faut tout accorder aux Juifs comme individus et rien comme nation ». De la fin du XIXe siècle à la première moitié du XXe, les républicains resteront des assimilationnistes farouches, des centralisateurs hostiles aux identités régionales et indifférents aux identités ethniques.

    Mais aujourd’hui ceux qui se prétendent « républicains » ont inventé un nouveau concept : la « laïcité positive ». Cette laïcité ne serait plus la séparation de l’Église et de l’État, mais la « défense des cultes » !

    Elle consisterait au contraire à ce que les collectivités publiques favorisent l’exercice des cultes - et pour être plus précis celui du culte musulman - en finançant des mosquées, en reconnaissant dans l’espace public les pratiques musulmanes.

    Ces « républicains » prétendent en outre que la France serait désormais composée non plus de citoyens français mais de « communautés » diverses, dont il faudrait reconnaître l’existence et respecter les usages propres : les Musulmans, les Juifs, les Antillais, les Africains, les gens du voyage, les Roms etc….Bref selon cette curieuse logique l’égalité devrait être « diverse » !

    République est devenue synonyme de  promotion des privilèges de la naissance

    Les « républicains », de nos jours, prônent non pas les droits égaux pour tous mais au contraire la « discrimination positive », un concept américain qu’ils ont importé.

    La « discrimination positive » est le contraire de « l’égalité républicaine » c’est à dire de l’égalité des droits. Elle consiste à octroyer des avantages à certaines catégories de population en fonction de leur origine : en particulier au profit des personnes issues de l’immigration et d’origine africaine ou arabe. Ces droits sont donc au sens propre des privilèges (c'est-à-dire des droits privés) en fonction de la naissance comme sous l’ancien régime, même si la novlangue les repeint d’une fausse couleur « sociale ».

    Ces « républicains » ont donc inversé la logique de l’égalité : pour eux c’est l’égalité des droits qui constituerait ….une discrimination, car elle ne permettrait pas de corriger les inégalités liées à l’origine ou au milieu social. Dès lors la justice ne reposerait plus sur les droits égaux mais sur la réparation de discriminations passées, réelles ou supposées, sur l’ingénierie sociale. Saint Just doit se retourner dans sa tombe !

    République est synonyme de gouvernement des juges

    Les républicains d’hier affirmaient, à l’encontre des protestants anglais, que c’était la loi qui fondait le droit et non la jurisprudence ou la tradition.

    Mais les « républicains » d’aujourd’hui sont devenus anglo-maniaques : ils imposent la prééminence des juges inamovibles sur les législateurs élus. Cela s’appelle en novlangue « l’État de droit ». En réalité c’est la mise en tutelle de la souveraineté du peuple.

    Les modernes « républicains » ont ainsi transformé les parlements en exécutifs, mais dans les sens passif du terme ! C'est-à-dire en assemblée qui n’impulsent rien mais se bornent à exécuter (on dit « transposer » en novlangue) des directives venues d’ailleurs, des juges européens, de Bruxelles, de Strasbourg ou des marchés. Montesquieu doit aussi se retourner dans sa tombe !

    Républicain est synonyme de cosmopolite

    Les idées républicaines étaient perçues comme universalistes dans la mesure où elles devaient finir par s’imposer à tous avec le progrès des « Lumières de la raison ». Mais les républicains n’étaient pas pour autant des cosmopolites car ils pensaient que les droits de l’homme devaient s’incarner dans la communauté nationale et la citoyenneté.

    Mais les « républicains » d’aujourd’hui sont des cosmopolites qui sacrifient tout au culte du veau d’or, au culte de l’homme aux semelles de vent. Ils prétendent que la fraternité devrait reposer, non plus sur la nation et la citoyenneté, mais sur le brassage des cultures et la « diversité ».

    Comme le déclarait significativement M. Fabius en 2003 « quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune française issue de l’immigration, ce jour là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République » (le 17 mai 2003 au congrès socialiste de Dijon). Dans son esprit le métissage serait donc la quintessence des valeurs républicaines !

    Les partis « républicains » n’ont d’ailleurs eu de cesse de réduire la citoyenneté à une simple formalité administrative, à une obscure affaire de « papiers » que certains auraient et d’autres n’auraient pas (les pauvres). Et de reconnaître à tout homme, dès lors qu’il est présent sur le territoire national, les mêmes droits que ceux des citoyens voire des droits supérieurs (comme l’aide médicale d’urgence ou l’hébergement gratuits pour les « réfugiés »). Dans cette logique, les partis de gauche préconisent d’ailleurs d’octroyer le droit de vote sur la base de la résidence et non plus sur celle de la citoyenneté. Pour eux le résident et le citoyen c’est pareil !

    Les « républicains » ont d’ailleurs consciencieusement démantelé les institutions et processus qui dans notre pays cimentaient la citoyenneté en France: l’école publique, le service militaire et l’assimilation des étrangers.

    L’école publique a été livrée aux talibans de la pédagogie égalitaire, aux égoïsmes syndicaux et abandonnée par le pouvoir exécutif. Le service militaire a disparu avec la professionnalisation des armées. L’assimilation des étrangers a cédé la place à « l’intégration des immigrés » : c'est-à-dire au bouleversement de la société française pour qu’elle s’adapte, de gré ou de force, au flot d’immigration réclamé par le patronat.

    Le mot République est le signe de reconnaissance des escrocs de la politique

    Les « républicains » autoproclamés et encensés par les médias trahissent en réalité sans vergogne l’héritage dont ils se réclament bruyamment. Ce sont en d’autres termes des escrocs.

    Le bicentenaire de la révolution française en 1989 permet de dater avec précision ce tournant du « républicanisme » new-look – version Jean-Paul Goude - en cosmopolitisme de plus en plus affirmé, au service des intérêts et appétits croissants de la nouvelle oligarchie.

    La liberté ? Mais les partis « républicains » ont adopté des législations répressives et de plus en plus intrusives dans l’existence de chacun. Les lois mémorielles mettent en tutelle la liberté de recherche historique. Les lois « antiracistes » et « anti-phobies » s’attaquent en permanence à la liberté d’expression. Les « républicains » bradent en outre la souveraineté du peuple qui seule peut fonder sa liberté.

    L’égalité ? Mais ils la bafouent chaque jour en mettant en place un droit inégal au profit de leurs clientèles minoritaires. Et l’oligarchie s’isole de plus en plus du reste de la nation.

    La fraternité ? Mais ils organisent la préférence étrangère, détruisent la citoyenneté et sèment la haine politique et sociale en diabolisant l’opinion majoritaire et en réduisant l’être à l’avoir.

    Et où sont les incorruptibles de nos jours ? Du côté de ces « républicains », qui sont de toutes les « affaires », ou justement du côté de ceux qu’ils diabolisent ?

    Le retour du Directoire

    Le mot République est désormais frelaté. Il sert d’emballage politiquement correct, à la potion que le système nous inflige, car celle ci a très mauvais goût pour le plus grand nombre.

    A cette « République » usée et corrompue, il est maintenant plus fructueux d’opposer d’autres principes fondateurs : la souveraineté du peuple, la primauté des législateurs sur les juges, la démocratie directe, la préférence nationale, le rétablissement des libertés individuelles et de l’égalité des droits entre les citoyens, le respect des frontières et de la souveraineté des Etats, le respect de l’identité des peuples. Car c’est dans ces principes que réside l’universalisme de demain.

    L’oligarchie est « républicaine » comme les régimes communistes s’appelaient « démocraties populaires » !

    Mais nous vivons aujourd’hui sous la domination des républicains du Directoire. Le Directoire fut la période de décadence finale de la première République qui avait versé dans l’affairisme,  la corruption politique et le mépris cynique du peuple.

    Le Directoire n’a duré que 4 ans : le peuple, conduit par les héros, a fini par jeter dehors ces Incroyables et ces Merveilleuses qui tenaient le haut du pavé en parlant une langue incompréhensible. 

    Avis aux oligarques « républicains » !

    Michel Geoffroy (Polémia, 19 avril 2012)

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  • Un choix ?... Quel choix ?...

    Nous reproduisons ci-dessous une analyse de Bruno Bertez, cueillie sur le site suisse Les Observateurs et consacrée à l'absence de choix qu'offre le deuxième tour de l'élection présidentielle.

     

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    Majorité et opposition en France: interchangeables?

    Il y a deux sortes de responsabilités, celles que l’on ne prend pas et celles que l’on reproche aux autres de ne pas avoir prises. Les premières sont jeux de princes, les secondes plaisirs d’opposition.

    Dans la situation présente, qui est celle d’élections, il n’y a plus de princes, il n’y a qu’un combat d’opposants. Rien n’est plus distrayant que ces joutes électorales, dès lors que l’on est capable de les remettre à leur place, de les prendre pour ce qu’elles sont, c’est à dire un spectacle.

    Une élection, ce n’est pas la maitrise des choses, des situations, c’est la conquête des voix, des suffrages. Dans le cas présent, s’agissant du pseudo affrontement entre Hollande et Sarkozy, il n’y a pas divergence sur le fond, c’est à dire sur les mesures à prendre pour faire face à la crise, il n’y a même pas de changement de programme de gouvernement, il y a tout simplement changement de clientèle.

    Le choix des deux candidats est le même: reconnaître les dettes, sauver les banques, sauver la kleptocratie, la ploutocratie, réduire les dépenses publiques, augmenter les impôts, respecter le pacte fiscal européen .

    Pour ceux qui ne le savent pas, nous les informons que Hollande a abandonné sa rodomontade de contester le pacte Merkozy en échange de petits cadeaux misérables consentis par les Allemands en faveur d’une cosmétique de soutien de l’activité.

    Bref, le choix des deux candidats, c’est l’austérité imposée aux citoyens pour honorer les dettes et stabiliser l’ordre social tel qu’il est  Personne ne propose de restructurer les dettes, de les étaler, moratorier. Personne ne propose que les banques centrales allègent les dettes des agents économiques sur-endettés, tout le monde est d’accord pour que les largesses monétaires aillent aux banques pour compenser le capital que leurs actionnaires, propriétaires, ne veulent pas reconstituer. Dans les deux cas, les candidats sont défenseurs de l’usure et ils sont prêts à courir le risque de la déstabilisation sociale comme en Grèce ou en Espagne pour que les usuriers fassent leur plein. L’économie dirigée dans laquelle Sarkozy s’est engagé depuis trois ans sera prolongée et amplifiée par Hollande.

    Les différences sont à la marge, elles portent sur la répartition des charges de l’austérité .

    La question des impôts est révélatrice, on taxe plus chez Hollande, on fait semblant de surtaxer plus exactement, les très riches, pour mieux faire avaler la pilule de la spoliation des classes moyennes, lesquelles sont les seules à être assez nombreuses pour faire une recette significative. Les très riches, amis de Hollande et de Sarkozy,  sont à l’abri depuis longtemps, soit par la géographie, soit par les structures de leur patrimoine. En revanche, dans les deux cas, on spolie les retraites publiques, privées et individuelles.

    Dans les deux cas, on refuse le débat sur le bien fondé du choix de l’austérité, sur la politique monétaire de répression financière et de spoliation de l’épargne.
    Non seulement, on est d’accord pour refuser le débat, mais même, on est d’accord pour ne pas clarifier le diagnostic. Surtout il ne faut pas favoriser les prises de conscience populaires, cela pourrait rendre le pays ingouvernable.

    N’avez-vous pas remarqué que, dans tous, sans exception, les pays en crise de surendettement, les solutions sont exactement les mêmes, que le pays soit gouverné par la droite dite conservatrice, la gauche social-démocrate ou les dictateurs imposés par l’Europe , dictateurs nommés, non élus comme Monti et Papademos.

    Quand la social-démocratie est usée, comme on Espagne, c’est le tour de la droite, quand la droite est usée, comme en France, c’est le tour de la gauche social-démocrate et quand les deux sont usées, c’est le tour des soi-disant hommes providentiels, technocrates, imposés de l’extérieur, non élus, que nous appelons dictateurs. Allez voir la répression sociale et fiscale en cours dans l’Europe du sud et vous me direz si ce n’est pas une atteinte, une violence, aux libertés individuelles.

    Dans la conception actuelle, un grand homme d’État, c’est un personnage qui sait contenir la turbulence de ses concitoyens au profit… au profit de qui… de quoi ?

    L’homme d’État dans les circonstances présentes, mais est-ce que cela a été différent avant, l’homme d’État est là pour persuader ses concitoyens qu’il se préoccupe de leur bonheur, de leur dignité le temps d’une élection. Et le pire est que cela suffit généralement, ils le croient l’espace d’un scrutin.

    La plus grande mystification politique est de faire croire que le peuple a un pouvoir et que le mauvais chef d’État est sanctionné par sa non réélection! Vous savez que nous sommes pour les vraies sanctions, sanctions des erreurs, sanctions des mensonges, sanctions des fautes. Mais, pour cela, il faut, il faudrait, des contrepouvoirs et ceux-ci, en France, font défaut, tous les gouvernements s’étant acharnés à les détruire, les manipuler et les contrôler. Le premier étant évidemment les soi-disant élus du peuple, en réalité nommés, désignés, par les partis, c’est à dire le chef de l’État.

    Le vrai projet, celui qui n’est pas dit, celui qui est escamoté, c’est l’ordre, le maintien de l’ordre en place. Le sauvetage du Système. Pour le système, point n’est besoin qu’un homme d’État réussisse, le système s’en fiche du moment que l’ordre règne, que les choses suivent leur cours, sur la voie la plus propice à la reproduction de ce qui existait avant. Le but, aussi bien de Sarkozy que de Hollande, est que tout reste, rentre dans l’ordre.

    L’homme d’État se targue de résoudre les problèmes, de prévoir l’avenir, de le préparer, mais il sait qu’il doit rester prudent, qu’il doit taire ses idées, s’il en a,
    jusqu’à ce que les évènements lui permettent d’affirmer qu’il les a conduits, maitrisés et de s’auto-glorifier.
    Voilà pourquoi dans les campagnes électorales, les candidats de l’ordre se bornent à débiter pompeusement des généralités, à la fois évidentes et énigmatiques, comme les voyantes. Voila pourquoi ils entretiennent touts les ambiguïtés, cela permet les interprétations les plus variées, voire contradictoires.

    Le but du pseudo combat de Sarkozy et de Hollande n’est pas de donner à choisir entre une analyse et une autre, entre une voie de sortie de crise et une autre, non il est de renforcer le mythe de l’État, le mythe du chef qui sait, qui veut et, à ce titre, a le droit d’imposer. Les élections ne sont rien d’autre que le passage public et solennel du témoin, du sceptre, des emblèmes du Pouvoir. Lequel Pouvoir n’est rien d’autre que celui de faire semblant de gouverner, de conduire les événements alors que l’on ne fait que s’y soumettre.

    Bruno Bertez (Les Observateurs.ch, 22 avril 2012)

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  • Les petites fêtes de l'oligarchie...

    Vous pouvez visionner ci-dessous un amusant petit reportage de Médiapart réalisé le 27 juin 2011 à l'entrée d'une petite sauterie organisée au musée Albert Kahn par Alain Minc. Du beau linge de droite, de gauche, des médias et du CAC40...

     

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