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Entretiens - Page 104

  • Le vivre-ensemble ? Quel vivre-ensemble ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Xavier Raufer à Boulevard Voltaire, dans lequel il évoque les affrontements entre Maghrébins et Tchétchènes à Dijon ainsi que les manifestations communautaristes contre le racisme.

    Criminologue et auteurs de nombreux essais, Xavier Raufer a publié ces dernières années Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014) et, tout récemment, Le crime mondialisé (Cerf, 2019).

     

                                     

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  • Cinquante ans de reniement de l'hértage gaullien...

    Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans lequel il évoque l'héritage gaulliste. Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et Contre le libéralisme (Rocher, 2019).

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    Alain de Benoist : « De Pompidou à Macron, les successeurs du Général ont, à des degrés divers, renié l’héritage gaulliste ! »

    On commémore, cette année, le 80e anniversaire de l’appel du 18 juin, le 130e anniversaire de la naissance du général de Gaulle et le 50e anniversaire de sa mort. Depuis déjà un certain temps, tous les hommes politiques se disent plus ou moins gaullistes. Est-ce parce que le Général a été notre dernier « grand homme » ?

    Je me méfie de la notion de « grand homme », qui n’est pas dépourvue de sens mais qui reste quand même un peu floue. Elle rejoint trop souvent le mythe droitier de « l’homme providentiel » auquel on a régulièrement recours quand on s’imagine qu’en politique, le succès peut tomber du ciel. Il ne faut pas oublier non plus que, si les grands hommes font les grandes époques, ce sont aussi les circonstances exceptionnelles qui font surgir les hommes d’exception. Cela dit, il est bien vrai que la comparaison entre de Gaulle et ceux qui lui ont succédé n’est pas à l’avantage de ces derniers. Pour ne prendre qu’un exemple, quand de Gaulle, en juillet 1959, demande à Michel Debré de créer un ministère des Affaires culturelles pour le confier à André Malraux, on n’est pas dans la même dimension historique que lorsque Macron désigne l’actuel ministre de la Culture, dont j’ai déjà oublié le nom. Inévitablement, quand on parle de De Gaulle, le terme de « grandeur » vient à l’esprit. Nous vivons dans une époque désespérément plate. Le gaullisme, c’était la verticalité. Lui a-t-on assez reproché d’avoir instauré une « monarchie républicaine » !

    De Pompidou à Macron, tous ses successeurs, à la possible exception de Mitterrand, ont à des degrés divers renié l’héritage du Général. Le seul point qui fasse consensus, c’est la force nucléaire dont le fondateur de la Ve République a su doter notre pays malgré l’opposition frénétique des États-Unis. Pour le reste… Dans le champ politique, le dernier vrai gaulliste a probablement été Philippe Séguin. Si, aujourd’hui, tout le monde se prétend gaulliste, c’est à la fois par démagogie (la popularité du Général reste très forte dans l’opinion) et parce qu’à leurs yeux, cela n’engage à rien. Ceux qui prennent cette posture arguent en général du « pragmatisme » du Général pour vider le gaullisme de tout contenu idéologique. « Le gaullisme est une pensée non doctrinale », disait Chirac. « C’est avant tout un pragmatisme », assénait Juppé. « Il se tient loin des idéologies et des systèmes », renchérissait Balladur. Procédé d’une rare malhonnêteté, qui permet de légitimer n’importe quelle trahison, alors que de Gaulle n’a jamais eu recours qu’à un pragmatisme du choix des moyens. Sur les principes, il est toujours resté ferme. Dans sa conférence de presse du 9 septembre 1968, il avait d’ailleurs lui-même défini le gaullisme comme un « système de pensée, de volonté et d’action », c’est-à-dire comme à la fois une pensée et une philosophie. De Gaulle n’avait pas de programme, mais un projet.

    De son vivant, le « grand Charles » a pourtant été loin de faire l’unanimité. Faut-il le voir comme l’homme de la Résistance et de la Libération, comme celui qui a « largué » l’Algérie française ou comme le père fondateur de la Ve République ? Que faut-il retenir de lui ?

    Pour la génération à laquelle j’appartiens, l’antigaullisme a surtout fleuri dans le cadre de l’affaire algérienne. Compte tenu de la manière affreuse dont celle-ci s’est terminée, je peux comprendre que certaines plaies n’aient jamais cicatrisé, même si je suis aujourd’hui convaincu qu’il n’était ni possible ni souhaitable de conserver l’Algérie dans la République française. De Gaulle s’en est rendu compte quand il a perçu les réalités démographiques. Les choses auraient-elles pu mieux se passer ? Je n’en suis pas certain, mais on peut en discuter. Le problème, malheureusement, c’est que l’antigaullisme est en général si passionnel qu’aucune discussion raisonnable n’est possible. La preuve en est dans la façon dont tant d’anciens partisans de l’Algérie française se sont mécaniquement opposés au Général dans tous les autres domaines où il méritait d’être soutenu.

    J’en vois pour ma part au moins trois. D’abord le domaine institutionnel. En instaurant un régime semi-présidentiel, la Constitution de la Ve République, mise au point par Michel Debré et René Capitant (ancien lecteur de Carl Schmitt), puis adoptée massivement par voie de référendum, a permis de sortir de l’instabilité chronique des régimes précédents, et surtout de retrouver une souveraineté populaire nettement distinguée de celle des partis. « En France, disait de Gaulle, la Cour suprême, c’est le peuple. » L’élection du chef de l’État au suffrage universel a permis, parallèlement, de rappeler que le peuple est le détenteur du pouvoir constituant. C’est le deuxième point essentiel. De Gaulle a systématiquement soumis ses grandes décisions à la sanction du référendum. Quand une coalition d’atlantistes et de notables lui a fait perdre celui de 1969, il a immédiatement remis sa démission. Un tel exemple n’a jamais été suivi, notamment en 2005, après le « non » à l’Europe de Maastricht. Il est significatif qu’aujourd’hui, les partisans d’un recours au référendum sur les questions qui engagent l’avenir se situent surtout dans l’opposition.

    Le troisième domaine est évidemment la recherche de l’indépendance nationale, qui a véritablement été l’axe majeur du gaullisme. En pleine guerre froide, à une époque où l’on tentait de faire croire que l’on n’avait le choix qu’entre le bloc soviétique et le monde « libre », de Gaulle a su comprendre, en visionnaire, la nécessité d’ouvrir dans la logique des blocs issue du système de Yalta une troisième voie (entre l’Est et l’Ouest, entre le capitalisme et le communisme) consistant à n’être le vassal de personne. Il a ouvert là une perspective dont on voit bien, aujourd’hui, qu’elle constitue l’enjeu principal de l’existence même de notre peuple.

    Est-il possible d’être un gaullien politique sans forcément se réclamer du gaullisme historique ?

    Dès que l’on en tient pour la primauté du politique, que l’on estime que la politique de la France « ne se joue pas à la corbeille », qu’on voit dans la société autre chose qu’un empilement d’intérêts privés, qu’on mesure l’ampleur des divergences d’intérêts entre le continent européen et la puissance maritime américaine, qu’on en tient pour le volontarisme contre le fatalisme, que l’on estime que le rôle du Conseil constitutionnel est de vérifier la constitutionnalité des lois et non leur conformité à l’idéologie des droits de l’homme, qu’on se refuse à laisser à d’autres le soin de désigner nos adversaires, que l’on croit que « la démocratie, c’est le gouvernement du peuple exerçant sa souveraineté sans entrave » (27 mai 1942), que l’on veut une France française dans une Europe européenne (« depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural »), on est nécessairement gaullien, même si l’on ne se dit pas gaulliste.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 31 mai 2020)

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  • Sur les vertus du protectionnisme...

    Le 8 juin 2020, Pierre Bergerot recevait dans l'émission Politique & Eco, sur TV libertés, Yves Perez pour évoquer avec lui la question du protectionnisme. Économiste, Yves Perez a été professeur et doyen de la faculté de droit, économie et gestion de l’Université catholique de l’Ouest à Angers et enseigne actuellement aux Écoles militaires de Saint-Cyr-Coëtquidan. Il a récemment publié un essai intitulé Les vertus du protectionnisme (Toucan, 2020).

     

                                       

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  • Quand Michel Onfray et sa revue Front populaire dérangent la pensée unique…

    Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans lequel il évoque la campagne de presse qui vise Michel Onfray et sa nouvelle revue, Front populaire. Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et Contre le libéralisme (Rocher, 2019).

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    Alain de Benoist : « Pourquoi Michel Onfray et sa revue, Front populaire, dérangent la pensée unique… »

    Avec le lancement de sa nouvelle revue, Front populaire, le philosophe semble sortir du bois des idées pour aller se frotter à celui de la politique en relançant l’idée d’une alliance (ou d’une convergence) des souverainistes des deux rives. Que pensez-vous de cette initiative ?

    Quand on parle d’un auteur, la moindre des choses est de connaître un peu son œuvre. Au cours de ces dernières années, j’ai dû lire cinq ou six mille pages de Michel Onfray. J’y ai trouvé une approche originale et non conformiste de nombre de problèmes. J’apprécie aussi les billets d’actualité qu’il publie régulièrement sur son site. Onfray est un esprit libre, honnête, qui s’intéresse à une multitude de sujets et qui n’a jamais hésité à se remettre en question. Il a, en outre, une très belle écriture. Le titre de sa revue, Front populaire, ne sera peut-être pas du goût de tout le monde. Moi, il me convient parfaitement, car je crois qu’il correspond à ce dont nous avons le plus besoin : donner de nouveaux moyens d’expression à ceux qui défendent la cause du peuple.

    L’idée d’une « convergence des souverainismes » me semble, à cet égard, un peu restrictive. Tous les populistes ne sont pas souverainistes et tous les souverainistes ne sont pas populistes. La souveraineté populaire et la souveraineté nationale ne sont pas, non plus, exactement, la même chose. Le souverainisme est souvent associé au jacobinisme. Michel Onfray, qui est un homme de gauche d’inspiration proudhonienne, est au contraire un girondin. Je suppose que Front populaire sera l’occasion d’approfondir le débat entre ceux qui estiment que le peuple est aujourd’hui une notion plus essentielle encore que la nation, ou que la démocratie passe avant la « république », et ceux qui pensent l’inverse.

    Le Monde, voici quelques jours, a déjà déclenché un tir de barrage contre Front populaire. Et à en croire Valeurs actuelles, Thomas Guénolé, ancien coordinateur de l’école de formation de La France insoumise, a fermé la porte en ces termes : « L’extrême droite a une conception ethnoculturelle de l’identité nationale, tandis que la gauche la définit comme un projet de civilisation tendant vers le progrès. » Votre avis ?

    Ce qui est frappant, dans ces attaques, c’est que leurs auteurs n’ont pas hésité à tirer à boulets rouges sur une publication qu’ils n’ont jamais lue, puisque son premier numéro n’est pas encore sorti ! Le contenu n’intéresse donc pas nos censeurs : on est en présence d’un pur procès d’intention. La méthode a consisté à aller consulter la liste des 10.000 premiers abonnés pour y rafler cinq ou six noms « marqués à droite ». Tâche qui n’a pas dû être bien difficile, puisque Onfray a déclaré d’emblée son désir de s’adresser à des lecteurs « de droite, de gauche et, surtout, d’ailleurs ». Après quoi, il a suffi aux fins limiers du Monde d’énumérer ces quelques noms pour assener que Michel Onfray est « devenu la coqueluche de la droite de la droite » (dans ces milieux-là, les métaphores médicales sont toujours les bienvenues). Le Monde, autrefois journal sérieux, n’est vraiment plus, aujourd’hui, qu’un bulletin paroissial. En utilisant des méthodes aussi minables, il s’imaginait sans doute délégitimer l’entreprise. Il n’a suscité qu’une immense rigolade.

    Mais cette diabolisation bas de gamme montre aussi que le succès de Michel Onfray, succédant à bien d’autres signes avant-coureurs, commence à inquiéter ceux qui voient de plus en plus le sol se dérober sous eux. Car il ne faut pas s’y tromper : ce qu’on reproche le plus à Onfray, ce n’est pas tant ses idées personnelles que de vouloir ouvrir ou approfondir des voies transversales qui ne correspondent pas à d’anciens clivages (droite-gauche, par exemple) qui, aujourd’hui, craquent de partout. C’est là ce que certains ne tolèrent pas. Ils ne veulent pas reconnaître un ébranlement général du paysage qui annonce la fin de leur monde. En dernière analyse, ces attaques ne sont qu’un épisode (révélateur) de plus dans la guerre qui oppose ceux qui veulent ouvrir et ceux qui veulent bétonner.

    Quant à Thomas Guénolé, qui est aussi un ancien conseiller de Jean-Louis Borloo, c’est visiblement un expert en langue de bois. Définir l’identité nationale comme « un projet de civilisation tendant vers le progrès » (le progrès vers quoi ?) a ceci de remarquable qu’une telle définition peut s’appliquer à peu près à n’importe quoi : le dernier discours de Macron, la loi Avia, la découverte d’un vaccin, la conquête de la planète Mars, etc. Au sens propre, ce sont des mots qui ne veulent rien dire. Des incantations rituelles que l’on récite pieusement quand on ne sait plus quoi répondre.

    Si ce projet voit le jour, vous paraît-il destiné à contrecarrer, à remplacer ou à accompagner les deux principaux mouvements populistes incarnés par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ?

    Rien de tout cela, je l’espère. Il faudrait en demander plus aux animateurs de Front populaire, dont je ne suis pas. Mais il me semble qu’il ne faut pas attendre d’une revue plus qu’elle ne peut donner, ni confondre une initiative politico-intellectuelle donnant l’occasion à des esprits libres venus de différents horizons de confronter leurs points de vue, en cherchant à dégager quelques points de convergence, avec une opération politicienne à simple visée électorale. Si Front populaire contribue à dégager quelques chemins de traverse, ce sera déjà beaucoup.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 28 mai 2020)

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  • Analyse stratégique de la pandémie...

    Vous pouvez ci-dessous découvrir un entretien avec Slobodan Despot, réalisé par Thierry Casasnovas pour son émission Regenere et diffusé le 26 mai 2020 sur Youtube, dans lequel il évoque les causes de la crise sanitaire, sociale et politique.

     

                                         

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  • Le confinement, un test de docilité grandeur nature ?...

    Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans lequel il évoque les choix gouvernementaux face à la crise sanitaire. Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et Contre le libéralisme (Rocher, 2019).

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    Alain de Benoist : « Même au Moyen Âge, le confinement des bien-portants n’a jamais permis d’endiguer une épidémie ! »

    Aujourd’hui que les choses paraissent en voie d’apaisement, peut-on dire que le gouvernement, même si manifestement pris de court, en a trop fait ou pas assez face à l’épidémie, ou juste fait comme il pouvait ?

    Il n’y a pas d’autre mot pour le dire : la réaction des pouvoirs publics face au Covid-19 a été proprement calamiteuse. Cinq mois après le début de l’épidémie, nous n’avons toujours pas atteint la capacité de dépistage que nous aurions dû avoir lorsque les premiers morts sont apparus. Le gouvernement s’est d’abord réfugié dans le déni (ça ne viendra pas chez nous, c’est une grippette), après quoi nous avons assisté à un incessant défilé de cafouillages, de consignes contradictoires et de mensonges d’État. Rien n’avait été prévu, alors que des voix nombreuses s’étaient élevées, ces dernières années, pour laisser prévoir une nouvelle pandémie venue d’Asie. La cause première réside dans l’incapacité des pouvoirs publics à raisonner au-delà du court terme. Mais la cause la plus fondamentale est que, pour se conformer aux règles de l’idéologie libérale, on a voulu soumettre le secteur de la santé publique à des principes de rentabilité, de concurrence et de gestion à flux tendu qui ont entraîné la fermeture de milliers de lits, la destruction de stocks de réserves, la précarisation croissante d’un personnel déjà sous-payé. En d’autres termes, nous avons intégré au système du marché un domaine qui est, par définition, hors marché. Le résultat a été un effondrement généralisé des capacités de l’hôpital public.

    Ce n’est certes pas une révélation. Cela fait des années que le personnel hospitalier multiplie les alarmes, sans jamais être entendu. Aujourd’hui, Macron et ses clones se confondent en remerciements envers les soignants. Il aurait mieux valu leur donner les moyens de travailler et faire droit à leurs justes revendications.

    Même au Moyen Âge, le confinement des bien-portants n’a jamais permis d’endiguer une épidémie. De ce point de vue, le confinement généralisé a d’abord été un aveu d’impuissance : on a confiné tout le monde parce que l’on n’avait ni masques (qu’on a d’abord décrétés « inutiles », avant d’en rendre le port quasiment obligatoire), ni tests de dépistage, ni matériel de réanimation, ni outillage d’assistance réanimatoire. En Europe, les pays les mieux équipés sont aussi ceux qui ont le moins confiné. Puis, quand on a commencé à déconfiner, on a adopté toute une série de réglementations punitives parfaitement loufoques. Plutôt que de faire face, le gouvernement s’est retranché derrière l’avis des « scientifiques », alors que ceux-ci n’étaient pas d’accord entre eux. Bref, on a subi. Et ce n’est sans doute pas fini.

    Au-delà des considérations techniques, n’avons-nous pas assisté à un nouveau pas en direction d’une sorte de société de la trouille généralisée, avec l’intériorisation du principe de précaution, lequel peut avoir tendance à nous faire troquer un semblant de sécurité contre des privations de libertés autrement plus tangibles ?

    Depuis que l’on a posé comme synonymes le bonheur et l’allongement de la vie, il est bien connu que les gens sont prêts à accepter presque n’importe quoi en échange d’une promesse de sécurité. Sans tomber dans le conspirationnisme, il est clair que le confinement a aussi constitué un test de docilité grandeur nature. On a pu évaluer dans quelles conditions il était possible d’amener les gens à devenir leurs propres geôliers. Parallèlement, en prétextant l’état d’urgence sanitaire, on a adopté de nouvelles mesures de surveillance et de contrôle qui ont toutes chances d’être pérennisées en étant intégrées au droit commun. Les mesures adoptées dans le passé pour lutter contre le terrorisme ont pareillement fini par concerner toute la population. Chaque donne ainsi l’occasion de donner un tour d’écrou.

    Nombre de commentateurs glosent sur le « monde de demain ». Pensez-vous qu’une simple épidémie puisse suffire à remettre en cause les fondements du système actuel ? En d’autres termes, le capitalisme mondialisé devra-t-il revoir son logiciel ou a-t-il encore assez de ressources pour se perpétuer sans rien changer à son fonctionnement historique ?

    Aucune épidémie ne peut, à elle seule, provoquer une révolution politique, et moins encore la disparition d’une idéologie dominante. Il est, d’autre part, évident qu’on rêve debout quand on s’imagine que « rien ne sera plus comme avant ». Ceux qui souhaitent que rien ne change disposent de moyens énormes pour y parvenir. Mais la remise en route ne va pas se faire aisément. Ici, ce n’est pas l’épidémie qui compte, mais ce qui va se produire ensuite. Des secteurs entiers de l’activité économique sont d’ores et déjà sinistrés, et beaucoup ne vont pas s’en remettre. Le gouvernement indemnise pour l’instant le chômage partiel, mais cela n’aura qu’un temps. Durant l’année qui vient, ou plus probablement les deux années qui viennent, on peut s’attendre à d’innombrables faillites et plans de licenciement. Le chômage va remonter en flèche. La crise économique et sociale peut, elle-même, déboucher sur une crise financière de première ampleur. L’Europe est déjà entrée en récession, et pour éponger les aides d’urgence auxquelles il a dû consentir, l’endettement de l’État va atteindre une hauteur stratosphérique. Tout cela devrait aboutir à une colère sociale en comparaison de laquelle le mouvement des gilets jaunes apparaîtra rétrospectivement comme peu de choses.

    Vivant moi-même plus ou moins confiné depuis plus de trente ans, le confinement n’a pas changé grand-chose à mon mode de vie ! Mais pour les classes populaires, qui se sont retrouvées assignées à résidence pendant deux mois, le confinement a été insupportable. Ce sont ces mêmes classes populaires qui ont permis au pays de continuer à fonctionner, ce qui a permis de constater, une fois de plus, que ce sont les fractions les plus indispensables de la population qui sont aussi les plus mal payées. La crise économique qui s’annonce va aussi les frapper de plein fouet. Les conséquences sont encore imprévisibles, mais elles devraient être énormes.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 26 mai 2020)

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