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  • Les ennemis intimes de la démocratie...

    Le Livre de Poche vient de rééditer dans sa collection Biblio l'essai de Tzvetan Todorov intitulé Les ennemis intimes de la démocratie, qui avait été publié initialement en 2012 chez Robert Laffont. Critique, historien et philosophe, Tzvetan Todorov a publié de nombreux essais et une partie de ceux consacrés à la question du totalitarisme ont été rassemblé dans un volume de la collection Bouquins sous le titre Le siècle des totalitarismes (Robert Laffont, 2010).

     

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    " On peut regarder l'histoire politique du XXe siècle comme l'histoire du combat de la démocratie contre ses ennemis extérieurs : le fascisme et le communisme. Ce combat s'est achevé avec la chute du mur de Berlin. D'après certains, il se prolonge contre de nouveaux ennemis – islamo-fascisme, terrorisme, dictateurs sanguinaires... Pour Todorov, ces dangers, certes réels, ne sont pas des candidats crédibles à cette succession. Le principal ennemi de la démocratie, c'est devenu elle-même, ou plutôt certains aspects plus ou moins visibles de son développement, qui en menacent jusqu'à l'existence même. Le premier est une forme de démesure, un avatar de la vieille hubris des Grecs : ayant vaincu ses ennemis, certains des tenants de la démocratie libérale sont pris d'ivresse. Quelques dizaines d'années après la décolonisation, les voici lancés dans une série de croisades où il s'agit d'apporter les bienfaits de la civilisation à des peuples qui en sont privés. Or cette démesure, non contente d'être plus meurtrière qu'on le dit (car les " bombes humanitaires " tuent autant que les autres), est aussi destructrice de nos propres valeurs : on part se battre pour une juste cause, et on se réveille avec le cauchemar d'Abu Ghraïb ou de Guantanamo. Le deuxième est une étrange filiation : pour Todorov, il y a en effet une continuité entre le messianisme européen du XIXe siècle, qui a notamment ouvert la voie idéologique de la colonisation, le communisme et le néolibéralisme contemporain. Ce sont des doctrines proprement révolutionnaires, dont le but est d'établir un nouvel ordre du monde, et où la fin justifie les moyens. C'est une chose de croire en l'universalité de ses propres valeurs et de souhaiter les promouvoir ; c'en est une autre de le faire avec une violence moins visible, et sans une considération attentive des peuples objets de notre sollicitude. Le troisième est la tyrannie des individus : une doctrine de protection des libertés s'est aujourd'hui hypertrophiée jusqu'à donner à quelques puissants le privilège de s'approprier non seulement les richesses, mais aussi le pouvoir politique et la parole publique – bref d'occuper tout l'espace et d'exercer la liberté des renards dans le poulailler... Liberté et barrières, tolérance et responsabilité, balance des contre-pouvoirs – seul un dosage subtil pourra permettre à la démocratie de durer en étant autre chose qu'un paravent ou un faux-semblant : un modèle où les forces contradictoires qui agitent individus et sociétés trouvent une forme d'équilibre perpétuellement instable, et où le " vivre-ensemble " garde un sens. "

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  • Quelle Europe ?...

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    Le rêve européen s’est transformé en cauchemar. L’Union européenne traverse une crise de légitimité sans précédent. Et le spectacle qu’elle offre n’a rien pour enthousiasmer. Le sentiment le plus répandu est que l’Europe se construit désormais contre les Européens. Un sondage Ipsos a révélé que 70 % des Français souhaitent « limiter les pouvoirs de l’Europe ». Comment en est-on arrivé là ?

    À l’occasion de la parution du numéro spécial «Europe» de la revue Eléments n°151, la rédaction a le plaisir de vous inviter à participer au colloque «Europe-marché ou Europe-puissance ?», le samedi 26 avril prochain, qui aura lieu de 15 à 19 heures à Paris, à l'ASIEM (6 rue Albert de Lapparent 7e arrondissement).

    Invités du colloque

    • Eric Maulin, professeur à l’université de Strasbourg et vice-président du Forum Carolus,

    • Gérard Dussouy, professeur de géopolitique à l'université de Bordeaux,

    • Magali Pernin, spécialiste en droit public, animatrice du site contrelacour.fr,

    • Françoise Bonardel, philosophe, professeur à l'université de Paris Panthéon-Sorbonne,

    • Paul-Marie Coûteaux, essayiste,

    • Pierre Le Vigan, écrivain et journaliste d’Éléments,

    • Alain de Benoist, essayiste et directeur de Krisis et Nouvelle Ecole.

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  • J'accuse l'oligarchie !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue percutant de Michel Geoffroy, cueilli sur Polémia et consacré à l'oligarchie et à ses œuvres...

     

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    J'accuse l'oligarchie

    1) J’accuse l’oligarchie occidentale de provoquer les crises pour mieux mettre en tutelle les peuples afin d’ouvrir la voie à un gouvernement mondial.

    L’oligarchie n’échoue pas à trouver des solutions aux différentes « crises », qu’il s’agisse du chômage, de l’immigration, de la natalité ou de l’insécurité. Ces « échecs » constituent en réalité pour elle autant de succès car le choc et le chaos font partie intégrante de sa stratégie.

    J’accuse l’oligarchie d’avoir systématisé la pratique du choc théorisée par les néo-libéraux de l’Ecole de Chicago dans les années 1970, comme moyen d’imposer des réformes économiques et sociales contre la volonté des peuples.

    J’accuse l’oligarchie d’encourager la succession des « crises » afin de diminuer la résistance du corps social, de propager l’angoisse et de provoquer un état d’hébétude chez ceux qui y sont soumis afin d’inhiber leurs capacités de réaction et d’opposition politiques.

    – L’insécurité conduit ainsi les citoyens au repli sur soi, ce qui contribue à leur démobilisation politique et à affaiblir la légitimité des Etats. Elle permet aussi une privatisation rapide des fonctions souveraines de l’Etat pour le plus grand profit du « marché ».

    – Le terrorisme permet de renforcer le contrôle de la population et notamment d’Internet et des nouvelles technologies de communication.

    – L’immigration profite au patronat mais elle sert aussi à démoraliser les Européens, en leur donnant le sentiment de ne plus se sentir chez eux.

    – Le chômage propage l’inquiétude devant l’avenir et la docilité des salariés vis-à-vis des employeurs.

    – La crise des dettes souveraines permet de mettre en tutelle la politique économique des Etats et de promouvoir toujours plus de solutions libérales pour « rétablir les comptes publics ». Ces politiques libérales en retour déconstruisent les protections sociales, renforçant l’isolement et la dépendance des individus.

    – L’écologisme et la thématique du réchauffement climatique offrent enfin de nouveaux prétextes à propager l’anxiété et légitimer l’augmentation des réglementations, des contrôles et à la réduction des libertés concrètes.

     

    J’accuse l’oligarchie au pouvoir en Occident, non pas de se montrer incapable de résoudre les « crises » mais, au contraire, de les provoquer, de les orchestrer et de les entretenir. Car chaque crise offre de nouveaux prétextes pour avancer dans la voie de la « gouvernance » mondiale qu’elle appelle de ses vœux.

    2) J’accuse l’oligarchie d’encourager tout ce qui favorise l’implosion des sociétés.

    Aux siècles précédents, les révolutions se déroulaient contre les pouvoirs en place. Au XXIe siècle, au contraire, ce sont les pouvoirs établis qui initient le bouleversement constant des sociétés.

    J’accuse l’oligarchie de révolutionner en permanence la société, contre la volonté des peuples, pour mieux la contrôler.

    J’accuse l’oligarchie de favoriser partout l’individualisme et la disparition des traditions et des normes religieuses, morales, culturelles et sociales afin de réduire tous les peuples à l’état d’atomes indifférenciés et indifférents les uns aux autres – à l’état de « ressource humaine » corvéable à merci. Car la mise en place d’un gouvernement mondial exercé sans partage suppose la ruine préalable de tout ordre social, de toutes les traditions, de toutes les institutions et de toute solidarité humaine existante.

    J’accuse l’oligarchie de déclarer ainsi une guerre permanente aux nations, aux souverainetés, aux identités et à la nature humaine pour une seule raison : créer le chaos partout afin d’ébranler tout ce qui pourrait faire obstacle à la réalisation de son rêve eschatologique d’une humanité soumise à une unique loi et au gouvernement de quelques « élus » autoproclamés.

    J’accuse l’oligarchie financière d’encourager tout ce qui peut porter atteinte à l’identité et aux valeurs de chaque peuple. Je l’accuse de promouvoir partout au rang de « valeurs universelles » le cosmopolitisme, le métissage, l’immigration, la « révolution des mœurs », la banalisation de l’usage des drogues, de l’homosexualité, de l’avortement ou du féminisme. Je l’accuse de promouvoir aussi l’égoïsme individuel dépeint comme une vertu « libérale ». Car l’oligarchie s’est ralliée au néolibéralisme, une idéologie de combat qui préconise l’individualisme radical, la déconstruction des Etats et la « société ouverte » –c’est-à-dire désintégrée – et qui prétend que les vices humains seraient des vertus sociales.

    3) J’accuse l’oligarchie de programmer la destruction des cultures et des savoirs.

    A l’inverse des siècles précédents, l’oligarchie n’entend pas faire reposer l’ordre politique sur la diffusion de l’instruction et du savoir dans la société, mais au contraire sur l’abrutissement et le conditionnement médiatique des individus. C’est pourquoi elle programme l’éradication des cultures et des savoirs, projet qu’elle baptise « société de la communication ».

    J’accuse l’oligarchie d’organiser cyniquement l’abrutissement médiatique, sportif et publicitaire de la population.

    J’accuse l’oligarchie de laisser se dégrader pour cette raison les systèmes d’enseignement public. Notamment de faire en sorte que l’enseignement n’assure plus la transmission culturelle ni la sélection des compétences. Car la dégradation de l’enseignement rend la future « ressource humaine » encore plus docile.

    J’accuse l’oligarchie de détruire le langage, de changer la signification des mots et d’imposer la novlangue pour empêcher les gens de penser et de percevoir l’état de sujétion dans lequel ils sont maintenus. J’accuse l’oligarchie de vouloir imposer l’anglais comme sabir du nouvel ordre mondial.

    J’accuse l’oligarchie d’encourager partout la diffusion d’un art cosmopolite déraciné qui contribue à étouffer le génie de chaque peuple.

    J’accuse l’oligarchie d’utiliser les médias et les nouvelles technologies de communication pour conditionner la jeunesse. Car c’est en rééduquant la jeunesse – qui représente la majorité de la population mondiale – que l’oligarchie espère accomplir son projet et changer les peuples.

    J’accuse l’oligarchie de diffuser une culture de la repentance qui a pour fonction réelle de faire en sorte que les Européens renient leurs ancêtres, renient les accomplissements de leur civilisation et renient leur identité. Pour mieux les maintenir en sujétion et en dormition.

    4) J’accuse l’oligarchie de détruire la démocratie.

    L’oligarchie conduit son projet en secret car elle sait que les peuples se révolteraient contre elle s’ils en connaissaient la finalité. Son projet suppose donc d’utiliser en permanence la tromperie, le double langage, la désinformation et la contrainte.

    J’accuse l’oligarchie de tester sur les peuples européens la mise en œuvre de son projet eschatologique.

    Ce que l’on appelle Union européenne constitue le premier laboratoire de ce que l’oligarchie veut pour le monde entier : un système de « gouvernance » où les décisions émanent non des élus mais de décideurs cooptés, de juges inamovibles et des intérêts financiers ; un système qui réduit sans cesse la souveraineté des Etats et des législateurs à un simple rôle de transcripteurs des directives émanant de décideurs invisibles ; un système où la liberté des citoyens va en se réduisant, où l’espionnage, la délation et la répression de ceux qui refusent la pensée unique se généralisent sous les prétextes les plus divers ; un système où l’oligarchie a érigé la « transparence » – comprenons : la surveillance et le contrôle total de l’activité humaine rendus possibles par la technologie – en but vertueux ; un système où le processus électoral se vide progressivement de tout sens puisqu’il n’existe plus de véritable alternance politique et où le recours au référendum a volontairement été diabolisé.

    J’accuse l’oligarchie de vider de son sens la démocratie en Europe : en faisant croire que la démocratie ne serait plus le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, mais seulement la soumission du peuple aux commandements d’une seule idéologie, celle du libre-échange et des droits de l’homme ; celle qui sert de paravent au projet eschatologique de l’oligarchie. En faisant croire également qu’une seule politique serait possible : celle qui conduit à un gouvernement mondial.

    Or il n’y a pas de démocratie sans souveraineté du peuple ni sans un Etat pour en garantir l’exercice à l’intérieur d’un espace délimité par des frontières. La démocratie mondiale ne sera jamais pour cette raison que le masque de la tyrannie. Le projet de l’oligarchie qui veut détruire les frontières, les Etats et la souveraineté des peuples est donc antidémocratique par essence.

    Il n’y a pas non plus de démocratie sans identité ni sans préférence nationale qui seule permet de se comprendre entre proches : c’est pourquoi l’oligarchie préconise partout l’immigration de peuplement et notamment le « grand remplacement » des Européens, comme moyen de rendre toute démocratie impossible. C’est pourquoi elle instaure partout la préférence étrangère au nom de la « lutte contre les discriminations ».

    J’accuse l’oligarchie de vouloir imposer au monde entier le système qu’elle a mis en place en Europe.

    5) J’accuse l’oligarchie de conduire à la guerre.

    Le projet oligarchique mondialiste implique de soumettre tous les peuples à un seul modèle : les « valeurs » et le mode de vie actuellement incarnés par les Etats-Unis et déjà imposés à tout l’Occident depuis la chute de l’Union soviétique. C’est le sens réel de la formule : « l’expansion de la démocratie dans le monde ». Car l’oligarchie mondialiste a le don de camoufler sous de belles paroles son projet de domination.

    J’accuse l’oligarchie de prendre pour cibles tous ceux qui ne partagent pas son projet, totalitaire, tous ceux qui veulent préserver leur identité, leur religion, leurs traditions, leurs valeurs, leur territoire ou leur manière de vivre et qu’elle désigne comme des ennemis du genre humain. Car l’oligarchie hait, plus que tout, les peuples fiers de leur identité et jaloux de leur souveraineté ainsi que la diversité des civilisations et des hommes.

    J’accuse l’oligarchie d’user de tous les moyens de coercition possibles pour parvenir à ses fins : chantage économique ou sur les ressources naturelles, corruption des élites, déstabilisation des gouvernements jugés hostiles, « révolutions colorées » manipulées, diabolisation et isolement des puissances pouvant faire obstacle à la surpuissance américaine comme la Russie et la Chine, organisation d’attentats et d’assassinats, de guerres civiles et, bien sûr, de guerres tout court.

    J’accuse l’oligarchie de planifier la guerre des civilisations. Les guerres que conduit l’oligarchie – tout en refusant d’utiliser ce mot – lui permettent en effet de détruire les gouvernements hostiles, de propager le chaos, de faire disparaître des populations considérées comme difficilement rééducables. Elles permettent aussi de stimuler la croissance des dépenses militaires et donc les bénéfices des grandes entreprises mondiales et de l’oligarchie financière. Elles permettent enfin de se saisir de matières premières stratégiques, ce qui renforce en retour ses capacités de chantage mondial.

    La guerre a d’ailleurs constitué le moyen par lequel les Etats-Unis ont accédé à la surpuissance mondiale au XXe siècle et toute l’oligarchie a bien retenu la leçon.

    La guerre à l’islamisme ou au terrorisme a ainsi déjà permis de semer le chaos dans les pays musulmans. Mais demain l’oligarchie ouvrira d’autres fronts : en Asie, en Afrique, dans le Pacifique voire contre la Russie ou en Europe même.

    J’accuse l’oligarchie occidentale de comploter tous les jours contre la paix, contre l’identité et contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, contre la diversité du monde.

    Peuples et civilisations de tous les continents, unissez-vous contre le projet eschatologique et totalitaire de l’oligarchie occidentale ! Révoltez-vous contre cette petite minorité arrogante qui mène l’humanité sur la voie de la régression et du chaos !

    Michel Geoffroy (Polémia, 13 avril 2014)

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  • Sur les humains de compagnie...

    Les éditions L'Age d'Homme viennent de publier un recueil de nouvelles de Christopher Gérard intitulé Osbert & autres historiettes. Animateur de la défunte revue AnTaios, revue d'études polythéiste, Christopher Gérard a publié plusieurs romans « métapolitiques » comme Le songe d'Empédocle (2003), Maugis (2005) ou Porte Louise (2010) chez le même éditeur. Il est aussi l'auteur de Quolibets (L'Age d'Homme, 2013), un précieux journal (et guide) de (bonnes) lectures.

     

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    « Mon bonhomme ! Mon petit chéri … C’est ainsi que mes humains de compagnie s’adressent à moi ; celui que je surnomme le Maître sur un ton qui se veut enjoué, l’Épouse par des cris à peine articulés dont la modulation varie en fonction d’humeurs que, pour ma part, je puis prévoir avec certitude pour en avoir observé les cycles, alors que son conjoint, lui, tombe des nues à chaque variation et reste bouche bée au moindre éclat. Sans jouer au pédant, je crois pouvoir affirmer que les humains de sexe mâle, même dominants, se révèlent moins éveillés que les femelles, et d’une confondante naïveté. »

    Bestiaire tour à tour tragique et loufoque, Osbert & autres historiettes présente une galerie d’animaux doués de la parole et d’un sens aigu de l’observation : un rongeur au regard plein d’ironie,  un gentlecat raffiné, un bouledogue des services secrets anglais, un ours d’appartement et même un moineau des Deux Magots. De Paris à Londres, en passant par Oxford et Bruxelles, ces animaux nous font mieux connaître l’étrange tribu des humains de compagnie.

     

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  • La vraie cause de la crise ukrainienne : la guerre économique ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Guillaume Faye, cueilli sur son site J'ai tout compris et consacré aux causes de la crise ukrainienne.

     

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    Vraie cause de la crise ukrainienne : la guerre économique

    Les sanctions économiques stupides contre la Russie prises par les USA et l’Union européenne sont une énorme erreur qui va d’abord nuire à l’Europe et surtout… à la France. Elles sont un moyen pour Washington de casser le lien économique euro-russe en construction. Voilà les vraies raisons, économiques, de la crise ukrainienne, provoquée par l’Occident (USA et EU soumise) à son bénéfice.  

    Les sanctions anti-russes (complètement contraires au droit international, par ailleurs) nuisent d’abord à l’économie russe, qui souffre de son manque de diversification et de sa trop grande dépendance du secteur énergétique pétrogazier, en favorisant une fuite des capitaux russes. La Banque centrale russe a déjà enregistré 50 milliards de dollars d’actifs désertant Moscou. (1)

     Les États-Unis poussent à l’accord de libre-échange avec l’UE, accord inégal qui les favorisera grandement, et que la Commission européenne n’ose pas contrecarrer. Leur but est d’éviter à tout prix  une zone de libre échange euro-russe incluant l’Ukraine, et la naissance d’un espace économique continental euro-russe qui pourrait marginaliser et affaiblir la position économique dominante américaine.

    L’accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine, concocté par la Commission européenne sans mandat clair, fut la provocation  qui déclencha la crise actuelle (voir autres articles de ce blog). Cet accord était économiquement irréalisable, invivable, l’Ukraine n’étant même pas au niveau économique d’un pays émergent. Il violait des conventions passées entre la Russie et l’Ukraine. La crise fut déclenchée lorsque, sous pression du Kremlin, l’ancien pouvoir de Kiev revint en arrière et renonça à l’accord proposé par Bruxelles. Le nouveau pouvoir ukrainien russophobe par idéologie (illégitime au regard du droit international puisque issu d’un coup d’État) entend reprendre cet accord absurde avec l’UE. Les mesures russes de rétorsion contre l’Ukraine (fin du tarif gazier préférentiel et facturations rétroactives) semblent peut-être dures mais elles sont conformes à toutes les pratiques commerciales internationales, par exemple celles qui ont toujours été pratiquées par l’Opep – Organisation des pays exportateurs de pétrole.

    Petit rappel historique : début 2012, une zone de libre échange euro-russe avait été programmée par Paris et Moscou, avec l’accord du gouvernement Sarkozy et du Kremlin, incluant l’Ukraine et la Communauté des États indépendants (CEI). Berlin était d’accord, vu que l’Allemagne est dépendante du gaz russe et investit énormément en Russie. Mais Washington et Londres étaient très inquiets, vieux réflexe géopolitique anglo-saxon. D’autant plus que la France avait passé des accords d’exportation de navires militaires de type BPC Mistral avec la marine russe, ce qui constitue pour l’Otan une entorse aux règles implicites, une ligne rouge à ne pas franchir.

    La Russie était d’accord pour entrer dans l’Organisation mondiale du commerce en échange d’un partenariat privilégié avec l’UE.  Cet objectif est inacceptable pour Washington : en effet, les Américains exigent la signature de l’accord (inégal) de libre échange avec l’UE qui favorise tous leurs intérêts.

    En décembre 2012, Manuel Barroso, président de la Commission européenne,  a rejeté la proposition de M. Poutine d’une zone de libre-échange euro-russe incluant l’Ukraine ; puis, il a proposé  à l’Ukraine de s’associer à l’UE pour une future adhésion, solution qu’il savait impossible. Mais Manuel Barroso, outrepassant ses fonctions et violant juridiquement son mandat, est-il un simple agent de Washington ? N’aurait-t-il pas volontairement provoqué la crise, afin de briser dans l’œuf une union économique euro-russe ?  

    Les intérêts économiques européens en Russie  dépassent de très loin ceux des USA, ce qui dérange ces derniers. La moitié des investissements en Russie sont européens. Même proportion pour les exportations russes.

    Les sanctions contre Moscou, décidées en fait à Washington et à Bruxelles – l’UE jouant le rôle peu reluisant de filiale des USA –  vont d’abord nuire aux investissements européens et français en Russie et à leurs exportations industrielles et de services. Les sanctions anti-russes risquent de mettre en péril non seulement les importations vitales de gaz russe mais de nombreuses participations françaises dans l’économie russe : industries ferroviaire, automobile, pharmaceutique, travaux publics, luxe, viticulture, aéronautique, agro-alimentaire, grande distribution, défense. Au moment même où la France a un besoin vital d’exporter pour rééquilibrer sa balance des paiements déficitaire et créer des emplois.

    Le gouvernement socialiste français, dont la diplomatie est dirigée par l’atlantiste Laurent Fabius (qui n’a pas de doctrine précise à part la vacuité des ”Droits de l’homme”) a enterré la position gaullienne et indépendante de la France. Il s’est aligné, contre les intérêts de la France et de l’Europe (la vraie, pas celle de l’UE) sur la position de Washington. En réalité, Washington et l’UE ont instrumentalisé l’Ukraine au seul bénéfice des intérêts économiques américains.

    Il existe un autre aspect fondamental : tout se passe, par ces sanctions économiques anti russes,  comme si Washington voulait créer une crise des approvisionnements gaziers russe en Europe, afin d’y substituer les exportations américaines de gaz de schiste liquéfié, nouvelle source d’énergie extrêmement juteuse pour l’économie américaine. 

     D’un point de vue géostratégique, l’axe Paris-Berlin-Moscou est le cauchemar  des milieux atlantistes, ainsi que son corollaire, un espace économique de complémentarité mutuelle ”eurosibérien”, ainsi qu’une coopération militaro-industrielle franco-russe. Le président russe a eu le tort pour Washington de vouloir esquisser cette politique.

    C’est pourquoi la crise ukrainienne – latente depuis longtemps – a été instrumentalisée, entretenue, amplifiée par les réseaux washingtoniens (2) pour tuer dans l’œuf un grand partenariat économique et stratégique euro-russe. Pour découpler l’Europe de la Fédération de Russie.

    N’en voulons pas aux USA et ne sombrons pas dans l’anti-américanisme dogmatique. Ils jouent leur carte dans le poker mondial. Seuls responsables : les Européens, qui sont trop mous, faibles, pusillanimes pour défendre leurs intérêts, qui laissent la Commission européenne  décider – illégalement – à leur place.  De Gaulle doit se retourner dans sa tombe.

     Mais il n’est pas évident que cette stratégie de la tension avec la Russie et que cette réactivation de la guerre froide soient dans l’intérêt des USA eux-mêmes.  Car cette russophobie – qui prend prétexte du prétendu ”impérialisme” de M. Poutine (3), cette désignation implicite de la Russie comme ennemi principal ne sont pas intelligentes à long terme pour les Etats-Unis. Pour eux, le principal défi au XXIe siècle est la Chine, sur les plans économique, géopolitique et stratégique globaux. Pékin se frotte les mains de cette crise, en spectateur amusé.

    Dans l’idéal, il reviendrait à la France et à l’Allemagne (négligeant le Royaume–Uni aligné sur les USA et la Pologne aveuglée par une russophobie émotionnelle et contre-productive) de négocier, seules, avec Moscou, un compromis sur la crise ukrainienne. En passant par dessus la technocratie bruxelloise qui usurpe la diplomatie européenne et qui, comme toujours, marque des buts contre le camp européen. On peut toujours rêver.   

    Guillaume Faye (J'ai tout compris, 20 avril 2014)

    Notes :

    1. AFP, 15/04/2014

    2. Barack Obama, qui est un président faible de caractère et indécis, ne voulait plus impliquer son pays dans les affaires européennes et russes, préférant se tourner vers l’Asie. Ce qui était réaliste. Mais il a dû s’incliner devant les lobbies qui ont toujours  dirigé la politique étrangère américaine, souvent plus pour le pire que pour le meilleur.

    3. ”Impérialisme” minuscule face aux interventions armées des USA et de l’Otan (mais toujours pour la bonne cause) depuis la fin de l’URSS.

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  • Une révolution conservatrice française ?...

    Après les éditions Avatar en 2007, les éditions Kontre Kulture rééditent aujourd'hui les Cahiers du Cercle Proudhon, revue publiée entre 1911 et 1914 aux marges de l'Action française et de la mouvance syndicaliste révolutionnaire, à laquelle participèrent notamment Georges Valois et Edouard Berth. Cette nouvelle édition est précédée par un mémoire de Pierre Brague intitulé "Le Cercle Proudhon ou l'existence d'une révolution conservatrice française".

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    " De 1911 à 1914, s’est tenu en France une des expériences politiques les plus intéressantes de l’Histoire des idées.

    Cénacle de réflexion se revendiquant de la figure tutélaire de Pierre-Joseph Proudhon, principalement réuni autour d’Édouard Berth et de Georges Valois, respectivement sous l’égide de Georges Sorel et de Charles Maurras, le Cercle Proudhon se veut une union sacrée envers les institutions démocratiques, honnies en tant que bourgeoises, libérales, républicaines, parlementaristes et ploutocrates.

    Combat de patriotes français issus de deux traditions antidémocratiques, de droite et de gauche, le Cercle Proudhon tente de concilier royalisme et syndicalisme révolutionnaire, Tradition et Révolution, nation et lutte des classes, dans un même attachement aux valeurs et aux vertus du travail, de la production, de la culture classique, de la virilité et de l’héroïsme.

    Révolutionnaire contre les socialistes réformistes, et Contre-révolutionnaire vis-à-vis des modernistes républicains, le Cercle Proudhon se posait, comme en témoignent ses publications sous forme de Cahiers, en véritable alternative au libéralisme marchand, à l’exploitation du peuple et à la destruction de la nation.

    Peu diffusé, en proie à ses contradictions, et détruit par l’éclatement de la Grande Guerre, la tentative du Cercle Proudhon est souvent occultée par l’histoire officielle ou présentée comme une expérimentation « préfasciste »…

    L’étude de ses écrits et de ses composants nous pousse plutôt à tirer les espoirs et les limites d’une pareille expérience et d’envisager les idées et les actes de cette « révolution conservatrice française » comme un modèle et un honneur pour tous ceux qui se veulent conséquents sur le champ politique. "

     

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