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31/01/2012

Le bal des complaisants...

Les éditions Fayard publient cette semaine Le bal des complaisants, un livre d'entretien de Philippe Bilger avec le journaliste François Sionneau consacré à la justice et à la magistrature. Animateur de l'excellent blog Justice au singulier, l'ancien avocat général n'a pas, contrairement à d'autres, attendu de raccrocher la robe pour faire preuve de liberté d'esprit ; on pourra donc lire son livre avec curiosité et intérêt...

 

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"Après quarante années passées dans la magistrature – dont vingt à la cour d’assises de Paris comme avocat général –, Philippe Bilger raccroche la robe rouge : il a quitté une institution qu’il a aimée, servie, mais qui l’a aussi déçu. Il avait soutenu avec enthousiasme le candidat de 2007 qui, une fois devenu président de la République, a noué avec la Justice et l’État de droit une relation médiocre et favorisé esprit de cour, préférences ostensibles, l’expression d’une démocratie au quotidien très imparfaite. 
Philippe Bilger est un homme à la parole libre et il le revendique. Le magistrat aussi bien que le citoyen ont été choqués, voire indignés, par une politisation affichée de la Justice, des errements et des scandales ayant pris, sous cette République prétendue irréprochable, une ampleur inégalée. 
Désormais libéré de son obligation de réserve, l’ex-magistrat décrit sans complaisance et dénonce les petitesses, les faiblesses d’une institution, révèle aussi ses grandeurs et regarde avec cruauté et lucidité un univers qui n’est plus le sien."

L'année du grand basculement géopolitique mondial ?...

Nous reproduisons ci-dessous le dernier communiqué du GlobalEurope Anticipation Bulletin, la lettre confidentielle mensuelle du Laboratoire européen d'anticipation politique...

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2012 : l'année du grand basculement géopolitique mondial

Avec ce GEAB N°61, cela fera six ans que chaque mois l’équipe de LEAP/E2020 partage avec ses abonnés et les lecteurs de son communiqué public mensuel ses anticipations sur l’évolution de la crise systémique globale. Et pour la première fois, à l’occasion du numéro de Janvier qui présente une synthèse de nos anticipations pour l’année à venir, notre équipe anticipe une année qui ne se traduira pas uniquement par une aggravation de la crise mondiale mais qui sera aussi caractérisée par l’émergence des premiers éléments constructifs du « monde d’après la crise » pour reprendre l’expression de Franck Biancheri dans son livre « Crise mondiale : En route pour le monde d’après ».

Selon LEAP/E2020, 2012 sera en effet l’année du grand basculement géopolitique mondial : un phénomène qui sera sans aucun doute porteur de graves difficultés pour une grande partie de la planète mais qui permettra également l’émergence des conditions géopolitiques propices à une amélioration de la situation dans les années à venir. Contrairement aux années précédentes, 2012 ne sera pas une année « gâchée », enlisée dans le « monde d’avant la crise », faute d’audace, d’initiative et d’imagination de la part des dirigeants mondiaux et du fait de la grande passivité des peuples depuis le début de la crise.

Nous avions qualifié l’année 2011 d’année impitoyable car elle allait faire voler en éclats les illusions de tous ceux qui pensaient que la crise était sous contrôle et qu’ils allaient pouvoir reprendre leurs « petites affaires » comme par le passé. Et 2011 fut impitoyable pour nombre de dirigeants politiques, pour le secteur financier, pour les investisseurs, pour les dettes occidentales, pour la croissance mondiale, pour l’économie US et pour l’absence de gouvernance de l’Euroland. Ceux qui se croyaient intouchables ou inamovibles ont découvert brutalement que la crise n’épargnait rien ni personne. Cette tendance va bien entendu se poursuivre en 2012 car la crise ne respecte pas non plus le découpage du calendrier grégorien. Les derniers « intouchables » vont en faire l’expérience : Etats-Unis, Royaume-Uni, Dollar, T-Bonds, dirigeants russes et chinois, etc… [1] Mais 2012 va également voir s’affirmer, surtout dans sa seconde moitié, les forces et acteurs qui vont permettre en 2013 et les années suivantes de commencer à rebâtir un système international neuf, reflétant attentes et rapports de force du XXI° siècle et non plus ceux du milieu du XX° siècle. En cela, 2012 va bien être l’année du grand basculement entre le monde d’hier et celui de demain. Année de transition, elle mêlera le pire [2] et le meilleur. Mais, ce faisant, selon notre équipe, elle constitue quand même la première année constructive depuis 2006 [3].

Nous présentons d’ailleurs dans ce GEAB N°61 les 35 thèmes/événements, qui sont autant de recommandations, dont nous anticipons qu’ils marqueront l’année 2012 : 20 thèmes en hausse et 15 thèmes en baisse. Cette liste peut ainsi aider très concrètement le lecteur du GEAB à se préparer à l’année à venir. Réduire le temps perdu à lire des articles sur des sujets qui sont déjà secondaires en terme d’impact sur le cours des événements, ou au contraire prendre le temps d’approfondir des thèmes qui demain seront au cœur des évolutions à venir, ne pas se faire prendre par surprise par les évolutions majeures de l’année qui vient, voilà ce à quoi souhaite servir cette liste des 35 « Up and Down » de 2012. Avec depuis six ans, des taux de réussite variant entre 75% et 85%, cette anticipation annuelle est donc une aide à la décision particulièrement concrète pour les douze mois à venir.

Par ailleurs dans ce GEAB N°61, notre équipe analyse en profondeur la nature et les conséquences d’un possible QE3 que lancerait la Réserve fédérale US en 2012 [4]. Espéré par les uns, redouté par les autres, QE3 est généralement présenté comme l’arme ultime pour sauver l’économie et le système financier US qui, contrairement au discours dominant de ces dernières semaines, continuent à se dégrader [5]. Que la FED se lance dans QE3 ou non, QE3 sera sans aucun doute l’événement financier majeur de 2012 dont les conséquences marqueront définitivement le système financier et monétaire mondial. Ce GEAB N°61 vous permettra de vous faire une idée précise sur la question.

Evolution des bons du Trésor détenus par les Primary Dealers classés par maturité (12/2010 – 10/2011) (en gris : Bills -moins d’un an / en rouge : moins de 3 ans / en vert : de 3 à 6 ans / en mauve : de 6 à 11 ans / en bleu : 11 ans et plus) - Source : Zerohedge, 10/2011

 

Et QE3 jouera un rôle déterminant dans le grand basculement géopolitique mondial de 2012 car cette année verra notamment les dernières tentatives des puissances dominantes du monde-d’avant-la-crise de maintenir leur pouvoir global, que ce soit en matière stratégique, économique ou financière. Quand nous utilisons le terme « dernières », nous voulons souligner qu’après 2012 leur puissance sera trop affaiblie pour pouvoir encore prétendre maintenir cette situation privilégiée. La récente dégradation de la plupart des pays de l’Euroland par S&P est un exemple typique de ces tentatives de la dernière chance : poussés par Wall Street et la City, et du fait de leurs besoins insatiables de financement [6], les Etats-Unis et le Royaume-Uni en sont arrivés au point d’engager une guerre financière ouverte avec leurs derniers alliés, les Européens. C’est du suicide géopolitique car cette attitude oblige l’Euroland à se renforcer en s’intégrant toujours plus et en se dissociant des Etats-Unis et du Royaume-Uni ; tandis que l’immense majorité des dirigeants et des populations de la zone Euro ont enfin compris qu’il y avait bien une guerre transatlantique et transmanche conduite contre eux [7]. LEAP/E2020 présentera à ce sujet ses anticipations « Europe 2012-2016 » dans le GEAB N°62 qui paraîtra le 15 Février 2012.

 

Répartition des dettes occidentales (2011) (en bleu clair : dette du secteur non financier / en vert : dette du secteur financier / en orange : dette publique / en bleu foncé : dette des ménages) - Sources : Haver analytics / Morgan Stanley, 01/2012

 

Dans un autre registre, les tentatives de créer une « petite guerre froide » avec la Chine ou de tendre un piège à l’Iran sur la question de la libre-circulation dans le détroit d’Ormuz ressortent du même réflexe [8]. Nous y revenons plus en détail dans ce GEAB N°61.

Le grand basculement de 2012, c’est aussi celui des peuples. Car 2012 sera aussi l’année de la colère des peuples. C’est l’année où ils vont entrer massivement sur la scène de la crise systémique globale. 2011 aura été un « tour de chauffe » où des pionniers auront testé méthodes et stratégies. En 2012, les peuples vont s’affirmer comme les forces à l’origine des basculements majeurs qui vont marquer cette année-charnière. Ils le feront de manière pro-active parce qu’ils créeront les conditions de changements politiques décisifs via des élections (comme ce sera le cas en France avec l’éviction de Nicolas Sarkozy [9]) ou via des manifestations massives (Etats-Unis, Monde Arabe, Royaume-Uni, Russie). Et ils le feront aussi de manière plus passive en générant la crainte chez leurs dirigeants, obligeant ces derniers à une attitude « pré-emptive » pour éviter un choc politique majeur (comme ce sera le cas en Chine [10] ou dans plusieurs pays européens). Dans les deux cas, quoiqu’en pensent les élites des pays concernés, c’est un phénomène constructif car rien d’important ni de durable ne peut émerger de cette crise si les peuples ne s’impliquent pas [11].

Le grand basculement de 2012, c’est encore l’effondrement accéléré du pouvoir des banques et institutions financières occidentales, une réalité que nous décrivons dans ce GEAB contrairement au discours populiste actuel qui oublie que le ciel étoilé que nous contemplons est une image d’une réalité disparue depuis longtemps. La crise est une telle accélération de l’Histoire que beaucoup n’ont pas encore compris que le pouvoir des banques dont ils s’inquiètent est celui qu’elles avaient avant 2008. C’est un sujet que nous détaillons dans ce numéro du GEAB. Dans le même temps, on continue à voir les investisseurs fuir les bourses et les actifs financiers notamment aux USA [12].

 

Evolution comparée des PIB des pays industrialisés et de leur dette publique (1991-2011) (en gris : PIB / en rouge : dette publique) - Source : Spiegel, 01/2012

 

Et le grand basculement, c’est aussi l’arrivée à maturité des BRICS qui, après cinq années à se chercher et à prendre leurs marques, vont en 2012 commencer à peser fortement et pro-activement sur les décisions internationales [13]. Or, ils constituent sans aucun doute possible l’un des acteurs essentiels pour l’émergence du monde d’après la crise ; et un acteur qui, au contraire des Etats-Unis et du Royaume-Uni, sait que son intérêt est d’aider l’Euroland à traverser cette crise [14].

Avec un Euroland stabilisé et doté d’une gouvernance solide, la fin 2012 se présentera donc comme une première opportunité de fonder les bases d’un monde dont les racines ne plongeront plus dans l’après Seconde Guerre Mondiale. Ironiquement, c’est probablement le sommet du G20 de Moscou en 2013, le premier à se tenir hors du camp occidental, qui concrétisera les promesses de la seconde moitié de 2012.



 

[1] Et le feuilleton de la crise des dettes européennes jusqu’à la fin du premier semestre 2012. L’année sera très difficile aussi pour l’Euroland comme le montrent les scénarios préparés par l’OFCE. Mais elle s’avérera nettement moins difficile qu’anticipé aujourd’hui par les experts et médias financiers car ils sous-estiment, d’une part, les progrès faits en matière de gouvernance de l’Euroland qui vont porter leurs fruits dans la seconde moitié de 2012 ; et, d’autre part, le changement de contexte psychologique une fois que l’attention du monde se reportera sur les problèmes américains et britanniques. A ce propos, voici un nouvel exemple de désinformation sur l’Euro publié par MarketWatch le 09/01/2012 : l’éditorialiste David Marsh tente d’accréditer l’idée que l’élection présidentielle française du printemps 2012 sera une autre mauvaise nouvelle pour l’Euro, affirmant explicitement que François Hollande est un eurosceptique ! Comme tout le monde le sait en France, François Hollande est au contraire un pro-Européen et pro-Euro farouche, ce qui ne laisse que deux options concernant MarketWatch/Marsh : soit ils ne savent pas de quoi ils parlent, soit ils mentent délibérément. Dans les deux cas, cela éclaire la valeur des opinions de la grande presse financière US sur l’Euro et son avenir. Ceux qui les suivent perdront beaucoup d’argent ! Toujours en ce qui concerne l’Euroland, le Spiegel du 03/01/2012 offre une plongée intéressante dans le fonctionnement du Merkozysme qui montre combien les deux pays sont en train de lier définitivement leurs destins : une évolution qui s’accélérera après l’élection de François Hollande qui n’aura pas, comme Sarkozy, un pied dans l’Euroland et un pied à Washington.

[2] En particulier une poursuite de la montée généralisée du chômage. Source : Tribune, 31/10/2011

[3] Une touche poétique permet d’illustrer notre approche en la matière, qui suit sur le fond la méthodologie d’anticipation politique décrite dans le « Manuel d’Anticipation Politique » de Marie-Hélène Caillol, présidente de LEAP. Que faut-il retenir du solstice d’hiver ? Qu’il marque le cœur de l’hiver parce que les jours y sont les plus courts ? Ou qu’il annonce le printemps parce qu’à partir de cette date les jours rallongent ? Les deux réponses sont justes. Mais la première ne dit pas grand-chose sur l’avenir sinon qu’il va continuer à faire sombre et probablement froid un certain temps ; c’est une photographie, une analyse statique. La seconde réponse en revanche conduit le regard sur un avenir plus lointain et souligne l’existence d’un processus en cours qui va conduire à des changements en terme de durée du jour et peut-être de température ; c’est une vision dynamique des événements. La méthodologie d’anticipation politique a d’ailleurs désormais sa place dans le débat scientifique puisque Marie-Hélène Caillol a été invitée à contribuer à un numéro spécialement dédié à l’Anticipation (Volume 41, Issue 1, 2012) (coordonné par le professeur Mihai Nadin) de la revue scientifique américaine "the International Journal of General Systems" (Francis & Taylor), un périodique multidisciplinaire consacré à la publication de travaux de recherche originaux en sciences des systèmes, fondamentales et appliquées. L’article qui a résulté de cette collaboration s’intitule : "Anticipation politique : observer et comprendre les tendances socio-économiques globales dans le but de guider les processus de prise de de décision".

[4] Les récentes publications des minutes des débats de la FED en 2006 illustrent parfaitement l’une de nos hypothèses de travail : les responsables d’un système complexe sont généralement incapables de percevoir le moment où il va basculer dans la crise ou le chaos. C’était le cas d’Alan Greenspan, Thimothy Geithner et consors en 2006. C’est le cas des maîtres de la City, de Wall Street ou de Washington en 2012. D’ailleurs, ce sont les mêmes pour nombre d’entre eux. Source : New York Times, 12/01/2012

[5] La dégradation de la situation US se produit malgré la volonté de la cacher par les médias dominants et les agences de notation ; tandis que dans l’Euroland la situation ne se dégrade pas autant que voudraient le faire croire ces mêmes médias et agences. En laissant un peu de temps au temps, l’issue ne fait donc aucun doute. Pour ce qui est de la dégradation économique US, il suffit de constater l’effondrement des profits bancaires, de la consommation US (les annonces tonitruantes sur les fêtes ont ainsi fait place à des chiffres bien médiocres), la fermeture ou la faillite continue de réseaux de détaillants, le maintien du chômage à des taux historiques, le problème croissant du paiement des retraites, l’effondrement des budgets des grandes universités publiques, … Sources : YahooNews, 12/01/201 ; Bloomberg, 12/01/2012 ; USAToday, 12/01/2012 ; CNBC, 28/12/2011 ; Washington Post, 27/12/2011

[6] Comme le montre le tableau ci-dessous, avec 900% du PIB d’endettement, le Royaume-Uni est comme un animal pris au piège de la dette. Et du fait du poids gigantesque de la dette du secteur financier britannique, il est condamné à tenter par tous les moyens d’obliger l’Euroland à payer les dettes de la Grèce, etc… La décote des dettes publiques occidentales est un bazooka pointé sur le cœur du Royaume, la City. Source : Guardian, 01/01/2012

[7] Tant mieux car il n’y a rien de pire que d’être en guerre sans le savoir comme l’écrit à ce sujet Franck Biancheri sur son compte Twitter qui commente la campagne présidentielle française twitter.com/Fbiancheri2012.

[8] La Russie a déjà fait son choix en développant son commerce avec l’Iran en Rouble et Rial, éliminant le Dollar US des transactions entre les deux pays. Quant à l’Europe, elle gesticule sous pression US, mais in fine ne fera pas grand-chose en matière d’embargo car d’ici Juin (nouvelle date pour prendre une décision), la carte politique aura bien changé. Sources : Bloomberg, 07/01/2012 ; Le Monde, 09/01/2012

[9] Ce qui au passage remettra la France dans sa logique historique « gaullo-européenne » au lieu de l’ancrage occidentaliste qu’aura incarné la parenthèse Sarkozy. Source : Le Monde, 11/01/2012

[10] En Chine, selon LEAP/E2020, le risque d’explosion populaire majeure se trouve à la croisée d’une situation économique tendue (ce sera le cas en 2012 – voir dans ce GEAB N°61) et d’un accident majeur de santé publique ; beaucoup plus que dans un contexte de remise en cause directement politique

[11] L’annonce par les Frères musulmans égyptiens qu’ils soumettront à référendum le traité de paix avec Israël appartient à cette même tendance. Source : Haaretz, 02/01/2012

[12] Source : CNBC, 06/01/2012

[13] Les dirigeants chinois par exemple semblent plus déterminés que jamais à suivre le chemin qu’ils estiment le meilleur (y compris pour la conquête spatiale, symbole par excellence du leadership), rejetant les pressions extérieures. Source : Caixin, 04/01/2012 ; ChinaDaily, 30/12/2011 ; NewYorkTimes, 29/12/2012

[14] Source : 20Minutes/Suisse, 08/01/2012

30/01/2012

Guerre totale !...

L'Éditeur, excellente et jeune maison d'édition, a publié en fin d'année 2011 le premier roman de Jean-Luc Marret intitulé Guerre totale. Docteur en sciences politiques et auteur de plusieurs essais sur le terrorisme, Jean-Luc Marret, pour un coup d'essai, réalise un coup de maître avec, comme l'écrit Jérôme Leroy dans Valeurs actuelles, un "texte-limite, incontrôlable, somptueux dans son énergie morbide", qui est aussi un bel hommage à Céline...

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"L'humanité a implosé. Partout éclatent conflits, guerres, génocides et massacres en tous genres... Tel est le point de départ de ce roman inclassable, hyperviolent et plein de trouvailles humoristiques qui met en scène avec un esprit sarcastique un chaos orchestré à l'échelle mondiale.
Sans diabolisation ni moralisation, Jean-Luc Marret (qui sait de quoi il parle !), rit jaune des déviances de la mondialisation, du capitalisme sauvage et de la propagande d'État, faisant du lecteur l'amer spectateur d'un gigantesque zapping de journaux télévisés du monde entier."

Jean-Louis Murat, anar de droite ?...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien décapant avec le chanteur-compositeur Jean-Louis Murat, cueilli sur le site du Point, dans lequel il sort son lance-flamme contre la gauche bien-pensante et le milieu du showbiz...

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Jean-Louis Murat : "Ça me plaît assez qu'on ne m'aime pas"

Jean-Louis Murat travaille comme les paysans dont il célèbre l'existence. D'abord il compose, retiré dans les monts d'Auvergne, puis il enregistre, puis il joue, puis il se terre à nouveau pour reprendre le cycle de sa vie d'artiste. C'est méticuleux, régulier, et toujours talentueux, comme il le prouve avec son dernier album, un petit bijou d'écriture et de mélodie baptisé Grand Lièvre (1). Jean-Louis Murat, un homme rare, mais disert.

Le Point.fr : Vous vous tenez en marge du système. Pourquoi refuser de participer aux opérations caritatives, comme Les Enfoirés ?

Jean-Louis Murat : Je trouve ce système dégoûtant. Les jolis coeurs, les plus-généreux-que-moi-tu-meurs, je n'y crois pas du tout. Tous ces artistes sont des monstres d'égoïsme. La vraie générosité, elle est silencieuse. Tu fais, mais tu fermes ta gueule. Ça ne doit pas devenir un élément de promotion.

Les artistes qui y participent n'ont aucune volonté d'aider une cause, selon vous ?

Non, ils font de la promo. N'importe quelle maison de disque te dira que la meilleure émission de variétés, c'est "Les Enfoirés", et qu'il serait bien d'y être. Tout est dit.

Même pas un soupçon d'altruisme ?...

Moi, toutes ces qualités-là, l'altruisme, le machin, je m'en bats les c... Ces hommes de gauche patentés, je connais leur mode de fonctionnement. Le plus grand des jolis coeurs, Renaud, je l'ai vu faire un truc qui te conduit normalement en prison. Il est devenu mon ennemi de base, même si on ne tire pas sur une ambulance. J'ai vu aussi des hérauts de la gauche jouer au poker une petite nana perdue, une nana de 16 ou 17 ans. "Elle est pour toi ou elle est pour moi ?" Je les ai vus faire ça, ces mecs qui hurlent à la mocheté du monde dès qu'un chien se fait écraser. Dans le business, c'est pire. C'est un milieu où il faut se taire. Ils ne peuvent pas me supporter, je le leur rends bien. Je n'ai pas d'amis là-dedans.

C'est pourquoi vous avez choisi de vivre et travailler en Auvergne ?

Oui. Je ne suis jamais arrivé à me faire à ce milieu. Au début, j'avais un appartement à Paris, parfois je me mélangeais un peu, mais c'était une catastrophe. Je me souviens d'une fois où j'ai mangé avec le patron d'une maison de disque et sa grande vedette. Je n'ai pas passé l'entrée. Je leur ai dit : "Je n'ai rien à voir avec vous, je vous emmerde, au revoir, je me casse."

Vous dénoncez aussi l'engagement politique des artistes.

C'est le triomphe de l'hypocrisie. Les chanteurs se mettent toujours du côté du manche. La vie d'artiste est beaucoup plus confortable si tu es vaguement contre. Ils essaient de se placer sous une sorte de lumière marxiste. Ils disent : Je suis un rebelle, je suis socialiste. Tous les cons font ça.

Tous ne sont pas de gauche !

Non. Tu peux aussi faire une carrière de lèche-cul à la Souchon. C'est le plus grand stratège de la chanson française. Il est passé de Pompidou à Sarkozy sans broncher. C'est un centriste, si on veut. Souchon, c'est le Lecanuet de la chanson, ou alors, pour être plus moderne, c'est le Bayrou de la chanson. Un exemple à suivre si on veut vendre des disques.

Vous ne vous reconnaissez dans aucun parti ?

Je n'ai jamais été de gauche une seule minute dans ma vie, mais je n'ai jamais été de droite non plus. L'engagement, c'est différent, c'est le pont plus loin. Si tu t'engages, tu dois faire abstraction du fait de savoir si tu es de droite ou de gauche. Ou alors il faut faire de la politique comme Flaubert, c'est-à-dire déceler la connerie, sortir le détecteur. C'est un spectacle tellement ridicule qu'il faut jeter un regard neuf dessus. On aurait besoin de Blake Edwards pour mettre en scène la clownerie de l'accord passé ces derniers jours entre les Verts et le PS, par exemple !

L'artiste n'a rien à dire politiquement ?

Mais quelle est la valeur de l'artiste dans la société ? Qu'est-ce que c'est que ces petits chanteurs de variétés qui font des trucs à la con de trois minutes avant de disparaître, et qui d'un seul coup ont des consciences de Prix Nobel de la paix ? Ça n'est pas sérieux.

Vous faites malgré tout des choix politiques, comme tout le monde...

Idéologiquement, j'aime beaucoup Léon Bloy, Bernanos. Ils ont une façon de penser dans laquelle je me retrouve. Ce sont des pré-communistes, des pro-chrétiens. Si je doute de quelque chose, il suffit de quelques pages de Bernanos, ça me remet à cheval ! Mais ce n'est pas tellement de la politique, c'est plutôt une façon d'envisager la vie et l'individu.

Donc, vous ne vous engagerez pas pour une cause ?

Jamais. L'idéologie chez les artistes, c'est une funeste blague. Ce qu'ils portent vraiment, c'est dans leurs chansons et leur comportement.

Et vous, pourquoi faites-vous des chansons ?

Pour moi. Si elles rencontrent des gens, très bien. Mais je n'ai jamais pensé à quelqu'un d'autre que moi en écrivant une chanson. Même dans la chanson populaire, même Bruant, même Pierre Perret, ils pensent d'abord à leur gueule.

C'est de l'égocentrisme !

Non, c'est la nature des choses. Je ne pense pas qu'un artiste puisse amener quoi que ce soit. Je pense que les enjeux sont ailleurs. Ils sont à l'extrême intérieur, dans le saint des saints de chacun. La seule idée que j'aimerais faire passer, c'est que chacun a en soi une énergie quasi infinie.

C'est ce que vous démontrez sur scène, où vous semblez comme possédé ?

Sur scène, je vais dans une sorte de château-fort intérieur. S'il y a quelque chose qui peut être exemplaire chez l'artiste, c'est ce chemin sportif qui mène vers ce "Fort-Boyard" dans lequel je me mets sur scène. Ce chemin a du sens. Un concert, c'est un meeting d'athlétisme. Je ne l'envisage que comme ça. Je fais un disque tous les ans parce que je défends une idée quasi héroïque de l'énergie. Je peux regarder quinze fois un sprint d'Usain Bolt, et ça me sert pour écrire mes chansons. Je suis dans quelque chose de primitif, d'où vient l'énergie, le feu sacré.

En revanche, vous ne parlez pas pendant un concert. Les spectateurs ont l'impression que vous les méprisez...

Je ne dis plus rien parce que tout le monde filme. Cinq minutes après, tu te retrouves sur Internet. Pourtant, j'ai eu des moments très spectaculaires. Le lundi qui suit la défaite de Jospin en avril 2002, par exemple, je suis en concert à la Cigale. J'attaque par une blague où je dis : 80 ans de communisme, 80 millions de morts, on est bien débarrassé ! Silence de cathédrale dans la salle. Le public ne supporte pas ce genre de truc ! En fait, j'aime beaucoup déclencher le rire jaune, j'aime bien aller à la limite. Il faut être créatif.

Qui sont vos héros personnels ?

Les sportifs, comme Usain Bolt ; peu d'artistes, ou alors des morts. J'aime Proust, par exemple. En musique, j'en ai très peu. J'aime bien les gagnants, mais aussi les losers. Je trouve qu'il y a une abnégation incroyable chez Van Morrison, chez Tony Joe White, chez JJ Cale. Ils ne sont jamais arrivés en haut mais ils s'en foutent, ils rament !

Ils ont cette fameuse énergie, ce feu sacré ?

Voilà ! J'aime aussi les gens qui, comme Bernanos, vont vers le surnaturel ou le mysticisme. Hector, Achille, Léon Bloy, Bahamontès et Usain Bolt, c'est un mélange de tout ça. Mais j'aime pas les lopettes, ce qui semble être la particularité du monde politique : fabricant de lopettes. Même Proust pouvait provoquer quelqu'un en duel et aller au coin du bois. Dans le monde politique d'aujourd'hui, pas un seul serait capable de le faire !

L'une de vos chansons, sur votre dernier album, proclame ceci : "Dans ce monde moderne je ne suis pas chez moi". Vous êtes misanthrope ?

Je dis ensuite : "Merci pour tant de peine, mais je ne t'aime pas." C'est ce que je pense vraiment. C'est même vicieux, puisque ça me plaît assez qu'on ne m'aime pas. Être une vedette dans ce monde pourri, je n'apprécierais pas tellement ! C'est plutôt un honneur d'être détesté. Mais je ne suis pas suicidaire. Je suis un mec simple. Je garde les valeurs paysannes : se lever tôt, travailler. Et ce que les autres en pensent, à vrai dire, on s'en fout.

Jean-Louis Murat, propos recueillis par Michel Revol (Le Point, 9 décembre 2011)

(1) Grand Lièvre, Jean-Louis Murat, V2 Music/Polydor

29/01/2012

Tour d'horizon... (22)

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Au sommaire cette semaine :

- sur Investig'actions, Geoffrey Geuens apporte un éclairage intéressant sur l'entourage de l'homme qui n'aime pas les riches et veut s'attaquer au monde de la finance...

François Hollande et le monde des affaires

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- sur son blog Éloge de la transmission, Natacha Polony montre que pour "acheter français" il faut d'abord sortir de l'idéologie folle de la consommation...

"Acheter français": même consommer nécessite un apprentissage

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Afghanistan :le service inutile ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Lhomme, cueilli sur Metamag et consacré à l'impasse de l'engagement français en Afghanistan au service des intérêts américains...

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Afghanistan : le service inutile

Quatre nouveaux morts en Afghanistan et douze blessés rapatriés à l’hôpital militaire de Clamart, dont cinq dans un état grave. Le bilan est préoccupant pour l’armée française. Dès le vendredi, le Ministre de la Défense, Gérard Longuet ne mâchait pas ses mots et qualifiait la dernière attaque d’« assassinat ». On susurrait même la remise en cause de notre présence à Kaboul.

Les quatre militaires français ont été abattus à l’intérieur de leurs bases, alors même qu’ils faisaient leurs exercices physiques du matin. Ils n’avaient donc ni armes, ni gilets pare-balles lorsqu’un homme, habillé en soldat afghan, a tiré à l’arme automatique dans la cour. Il s’agirait d’un élément taliban infiltré récemment, d’un opposant à la coalition, qui n’aurait pas supporté la vidéo récente (sur Liveleak) de marines américains urinant sur les cadavres d’insurgés, une bouteille d’eau placée même, de manière très équivoque, entre les cuisses d’un des corps.


L’armée française assure la formation de ces recrues afghanes en les entraînant au maniement des armes, à l’usage des explosifs. Mission risquée puisque, parmi ces soldats, comme dans toute guerre de partisan, des éléments hostiles peuvent être infiltrés. Le mois dernier déjà, au moment où nous procédions à une analyse géopolitique du conflit, deux légionnaires français étaient tués, dans le dos  et à bout portant, par un afghan portant l’uniforme.

« Plus question d’aller au contact de ces militaires ». C'est la mesure immédiate prise par Nicolas Sarkozy, le matin même de la nouvelle qui tombait très mal; c’était le jour où il adressait ses vœux au corps diplomatique. «Toutes les opérations de formation et d’aide au combat sont suspendues ». Et Nicolas Sarkozy de rajouter comme à son habitude, dans l’émotion et la précipitation, « si les conditions de sécurité ne sont pas clairement établies, se posera la question du retour du contingent français en France ».

Les Américains bloquent notre départ

Le lendemain, Gérard Longuet n’en dit pas un seul mot devant les corps de nos cinq soldats à Kaboul. C'est qu’entre temps et très rapidement, la réponse américaine n’avait pas tardé et pas par la bouche de n’importe qui. Par celle de Hillary Clinton. C’est-à-dire directement en provenance du clan pro-guerre et sioniste de la Maison Blanche : « Nous n’avons aucune raison de penser que la France ne va pas continuer à prendre part au processus délicat de transition » déclara, dans une posture très solennelle, Hillary Clinton. La menace clintonnienne, qualifiée hypocritement d’ « injonction courtoise », est transparente : il n’est pas question, pour les Etats-Unis, de se retrouver seuls en Afghanistan.

Un autre, en France, avait déjà fait le boulot atlantiste, c’est le soi-disant « spécialiste de la défense », en réalité porte-parole servile et notoire du contre-espionnage français, Pierre Servent. Pour lui, les conséquences d’un retrait de nos troupes d’Afghanistan avant 2014, date officiellement retenue, seraient catastrophiques.

Cela donnerait un signe négatif à la coalition, en adressant un message indirect aux autres pays membres de s’en retirer. Et second signe, qui serait pire sur le terrain, selon lui, c’est que cela conforterait les Talibans dans leur stratégie de déstabilisation, les encouragerait à poursuivre ce type d’opérations. Pierre Servent feint d’ignorer la débandade occidentale sur place, la fragilité des positions françaises et l’évolution négative de la situation.

En attendant, Paris vient d’envoyer une délégation ministérielle à Kaboul. Elle doit y évaluer les conditions de sécurité de nos troupes. Un retrait d’Afghanistan est-il possible ou sommes-nous pris dans un bourbier, enserrés dans un piège ? Et quel bourbier ? Quel piège ? Le piège géopolitique de la vision « démocratique » de la gouvernance mondiale. Pourtant, le retrait est peu sûr, voire improbable. Pourquoi ? La guerre d’Afghanistan a été perdue.

Nicolas Sarkozy ment: nous avons perdu la guerre

La guerre en Afghanistan est une guerre perdue pour le camp occidental. On ne fait aujourd’hui qu’y chercher une sortie honorable, pour éviter le même type d’humiliation subie par les soviétiques, il y a 23 ans. L’opinion publique américaine ne voit plus l’intérêt de maintenir des troupes là-bas et le retrait est planifié pour fin 2014. En France, alors que cette opération extérieure coûte la bagatelle de un million d’euros par jour, seuls quelques nationalistes défilent dans la rue, à Lyon, pour réclamer la fin de la guerre. L’opinion publique est amorphe. Puis, il y a la surenchère électoraliste d’un François Hollande promettant, s’il est élu Président, de retirer, avant la fin de l’année, une partie de nos troupes.

Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages, a peut-être cru qu’il fallait, là-aussi, prendre le train en marche. Il aurait eu au téléphone, vendredi, son collègue Obama qui lui aurait promis de lui laisser toute l’initiative de prendre une décision. C’est oublier qu’en politique étrangère et dans le domaine de la Défense, Obama ne tient rien du tout et qu’il est même ligoté, depuis le début, par l’accord passé au moment des primaires de 2008 avec les clintonniens.

Il est vrai qu’un retrait français, dans la situation actuelle, serait un coup dur, voire fatal pour la coalition et qu’il n’est donc pas envisageable puisqu’il hypothéquerait, de fait, toutes les chances de stabilisation de la région. Car, dans quel état se trouve maintenant le pays ?

Le Président Hamid Karzaï est un homme corrompu et l’Afghanistan se prépare à vivre des lendemains d’autant plus sombres que les Talibans gagnent du terrain partout. Ils ont infiltré les services de sécurité afghans et le tiers de l’armée pakistanaise voisine. Toute la région afgho-pakistanaise est devenue une poudrière et l’Inde est de plus en plus inquiète et menacée à l’Ouest mais aussi d’ailleurs à l’Est par les rébellions maoïstes. Elle s’attend, d’ailleurs, à des attentats ou à des opérations sur son territoire et ses services secrets sont, comme toujours, en état d’alerte maximale. L’Inde, dont l’Afghanistan constitue un état tampon pour sa sécurité, semble perdre ses appuis tribaux officieux sur le terrain.

C’est que le peuple afghan, il faut bien le dire, est un peuple noble, guerrier, mais aussi tortueux. Les mallettes de dollars, l’héroïne, les promesses chinoises, sont autant de raisons de trahir, aujourd’hui, les amis d’hier. Comment les occidentaux pourraient-ils leur faire confiance ? Les Américains, souvent ignorants de l’Orient, y ont peut-être cru; pas les Français.

L’Asie centrale est, avec l’Irak où Obama a retiré ses troupes, l’échec cuisant de la géopolitique mondialiste. Croire qu’on pourrait contenir la puissance chinoise par l’Orient était déjà un rêve chimérique, le résultat d’une vision cartographique quelque peu dépassée à l’ère satellitaire et cybernétique. Les Talibans vont devenir les maîtres de l’Afghanistan et, en Irak, l’Iran a tous les atouts pour actionner ses alliés chiites et faire, de ce pays, une énième république islamique.

Ainsi, l’échec de l’intervention afghane est un double échec pour les Occidentaux. Que Longuet rectifiasse le tir sarkoziste maladroit en n’évoquant plus, sur place, le retrait ou l’accélération du retrait anticipé de nos troupes ne changera rien. Nous continuerons d’essuyer des pertes et nous partirons, comme les Anglais de Gandarak, comme les Soviétiques, la queue entre les jambes.

Un soldat afghan simplement résistant

Le soldat afghan qui a tiré à l’arme automatique sur nos soldats avait 21 ans. Soyons franc et juste. D’un point de vue patriotique, son parcours est exemplaire : il avait déserté de l’armée nationale de collaborateurs en s’en faisant renvoyer, était parti compléter sa formation au Pakistan pour se réengager dans l’armée officielle d’un point de vue résistant. Nous savons bien, depuis les guerres d’Indochine et d’Algérie, que n’importe quelle armée régulière, aussi performante technologiquement parlant, ne peut rien contre le sentiment national d’un peuple, la fierté identitaire d’un soldat-militant. C’est le propre des sales guerres de partisan que de n’être jamais loyales. Il est évident que les officiers français, sur le terrain, sont déstabilisés et ont perdu la confiance qu’ils avaient pu avoir –si tant est qu’ils l’ont eu! – avec l’armée afghane.

Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a rencontré samedi un général afghan pour déterminer les circonstances de la mort des Français et pour adresser un message de fermeté. Il lui aurait demandé de s’engager sur la loyauté de ses troupes et de faire des contrôles internes pour contrer toute infiltration terroriste. C’est un peu croire au Père Noël.

Déjà, pour connaître personnellement le terrain, la loyauté n’a pas du tout le même sens en français et en urdu. Les soldats français, indéniablement, se sentent trahis. Un entretien est prévu entre le Ministre français et le Président Karzaï. Longuet devrait rentrer avec un rapport sous le bras pour établir la sécurité de nos 3 600 soldats sur place et en parler avec Nicolas Sarkozy de retour de Guyane.

Dès le samedi 21 janvier, soit le lendemain de l’attaque du camp français de Fob Gwan, les Talibans revendiquaient l’attaque et avouaient avoir recruté des militaires dans l’armée nationale afghane. Qu’il y ait diversifications des interventions terroristes en Afghanistan ne fait aucun doute sans compter que l’armée afghane recrute à la va vite et très largement des éléments, pas forcément talibans mais hostiles –ne serait-ce que par le fait religieux – aux forces occidentales.

Combien de sympathisants talibans parmi les quatre-vingt mille hommes qui constituent aujourd’hui l’armée nationale ?  La question hante forcément les états-majors occidentaux et personne n’a la réponse. Ce qui est certain, c’est que ce type d’opérations s’est multiplié l’année dernière dans les bases militaires américaines mais que, jusqu’alors, l’armée française avait été épargnée. De plus, à partir du moment où les troupes de l’Otan ne sortent plus ou sortent moins et se replient sur leurs bases, ce type d’opérations sera de plus en plus courant.

L'armée française victime de l'atlantisme et de l'Etat major

C’est la logique de la guerre et du combat comme est naturelle la haine grandissante dans le camp afghan des soldats occidentaux, de ces marines américains urinant sur les cadavres. Les soldats afghans le disent : ils ont de plus en plus le dégoût et le rejet de l’armée américaine et de ses méthodes : paroles humiliantes, opérations nocturnes contre les civils. Tout cela finit forcément par s’accumuler dans le sentiment anti-américain. Or, pour un soldat afghan de base, il n’y a guère de différence entre un soldat américain et un militaire français.

Pourtant, il y en a bien une, qu’on ne relèvera jamais. Les hommes qui périssent en Afghanistan sont des militaires chevronnés et formés. Nous pouvons même dire que ce sont les meilleurs d’entre eux. L’armée américaine a beaucoup moins de scrupules pour ceux qu’elle envoie au front. Ce sont des haïtiens, des latinos en quête de papier. Nous avons suivi le parcours d’un d’entre eux pour la carte verte, après le tremblement de terre de Port-au-Prince. Engagé en août 2009, six mois de formation aux Etats-Unis, six mois sur la base d’Okinawa au Japon et le voilà arrivé, la semaine dernière en opération en Afghanistan, la tête bourré de préjugés, à peine formé au maniement des armes et sans aucune notion de civilisation.

Ces soldats américains, qu’on rencontre sur le terrain, n’ont donc rien à voir avec l’intelligence et la formation morale de nos soldats avec lesquels, par la faute de la haute hiérarchie militaire, ils seront pourtant confondus. C’est à ce titre que l’amiral Edouard Guillaud, toujours à la remorque des politiques, y compris comme artisan de la charia-cratie en Libye, peut être considéré comme responsable de l’aveuglement stratégique de la position française, à la différence du général Desportes. Le patron de l’Ecole de Guerre avait, à l’été 2010, tiré la sonnette d’alarme dans Le Monde, en un texte incisif mais clairvoyant, pour lequel le pacha Guillaud, dans une colère noire, s’empressa de le limoger avec fracas, puisque Nicolas Sarkozy, en lisant l’article du Général Desportes, était rentré dans un état sauvage !

La fin de la France en tant que nation? Ce n’est pas seulement les échecs de la politique de la ville en banlieue, la désindustrialisation de l’économie. C’est aussi la dépendance stratégique dans lequel la lâcheté de l’état-major français et les  diplomaties atlantistes de nos politiques nous ont conduits. Un constat pour l’armée française amer, violent et sans concessions de la fin de la « France ».

Michel Lhomme (Metamag, 25 janvier 2012)