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14/02/2018

La question corse : autonomie, souveraineté, localisme...

Vous pouvez découvrir ci-dessous L'Hebdo politique de TV Libertés, présenté par Élise Blaise, qui, le 10 février 2018, recevait Laurent Ozon, pour évoquer la question corse après la visite dans l'île d'Emmanuel Macron... Essayiste et analyste politique, tenant d'une écologie localiste et identitaire, Laurent Ozon est l'auteur de l'excellent essai intitulé France, années décisives (Bios, 2015)...

 

                             

01/01/2018

Se recueillir et réfléchir...

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A l'aube d'une nouvelle année, face à un horizon apparemment bouché, se recueillir et réfléchir avant de reprendre la route...

Et pour la réflexion, Métapo infos vous propose cette courte citation de Laurent Ozon, tirée de France, années décisives (Bios, 2015), un livre à lire, relire et méditer :

Je terminerai de vous répondre en souhaitant que nous ne soyons pas simplement des conservateurs, mais que nous puissions aussi en quelque sorte briser à nouveau l'histoire, c'est à dire être capable d'un dépassement de forme et d'une créativité qui nous permettent de déplacer les contraintes de l'histoire de façons totalement inédite. Les conditions de cette refondation historique seront le résultat de la pression de l'histoire et de notre capacité à faire vivre des alternatives, prélude à la grande résurrection, à la translation de la civilisation européenne dans de nouvelles incarnations. Ce moment coïncidera probablement avec les temps qui suivront l'éclatement de la société-bulle à laquelle nous avons consacré tant d'énergie, tant de richesses, tant de créativité. Après les bulles, le retour des sphères ? Nous verrons bien, bientôt donc...

Comme l'écrivait Philippe Jouet, en ces temps comme en d'autres, « les peuples qui survivront (…) sont ceux qui sauront résister aux forces de l'assimilation linguistique, culturelle, génétique et économique. Les autres rentreront dans le néant, c'est la loi du devenir »."

 

Bonne année 2018 à tous les lecteurs de Métapo infos !

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18/09/2017

Les leçons d'Irma...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Laurent Ozon cueilli sur Breizh Info et consacré aux enseignements qu'il est possible de tirer du chaos provoqué par l'ouragan Irma dans les îles françaises de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy...

Chef d'entreprise et essayiste, Laurent Ozon est l'auteur de France, années décisives (Bios, 2015).

 

 

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Les leçons d'Irma

Les populations touchées par l’Ouragan Irma ont été secouées par des crises particulièrement révélatrices : anarchie, pillages, violences inter-ethniques et intersociales, désespoir viral sur les réseaux sociaux, peurs contagieuses, critique de l’absence de moyens de secours et d’assistance des institutions.

Ces effets contrastent avec ce qui s’est passé au Japon par exemple. Un pays dont la population très homogène a pourtant été touchée par des tsunami, des tremblements de terre et une catastrophe nucléaire ces dernières années. Une population qui est pourtant restée solidaire, travailleuse et pudique sur ces souffrances, sans pour autant renoncer à exercer une pression réelle sur l’Etat afin qu’il fasse le bilan et tire les conséquences de ses inconséquences. Alors pourquoi ces différences ?

On pourrait évoquer de nombreux facteurs mais la récurrence des actes de pillages et de violences en Louisiane durant l’ouragan Katrina qui avait entrainé l’intervention de l’armée, comme ceux d’Haïti ou de Saint-martin ne laissent pas de doutes sur leurs causes réelles.

Les catastrophes révèlent en effet l’état du lien social et la nature réelle des solidarités. Ces évènements fabriquent de véritables épidémies de stress qui soudent, délitent et recomposent les communautés humaines sur des bases organiques. Les êtres humains se regroupent et s’organisent sur des bases d’intérêts perçus, d’affinités identitaires et les liens artificiels se disloquent.

Lorsque dans ces moments, l’armée ou la police perdent leurs moyens, on mesure la sincérité des liens générés par le vivre-tous-ensemble. Et le constat est simple et évident : Les pillages et violences qui suivent les catastrophes et le recul de l’Etat dans les sociétés multi-ethniques démontrent que la peur de la police est leur seul ciment. Raphaël Enthoven nous le rappelait récemment sur Europe 1, « c’est la peur et non l’amour qui fonde le vivre-ensemble « . Raphael Enthoven confond seulement le vivre-ensemble avec  le vivre-tous-ensemble qui semble devoir continuer à être le programme commun de toutes les formations politiques, des Insoumis ou Front National. Pourtant, ce que nous dit Irma est simple: Le « contrat social » ne peut suffire à faire tenir ensemble des peuples sans un État policier et un contrôle serré des citoyens. Lorsque l’État s’affaiblit, la société révèle sa véritable nature. Nous en avons eu, une fois de plus, l’évidente démonstration.

On peut le regretter mais c’est ainsi. Le destin des sociétés multi-ethniques confrontées aux aléas inévitables de l’histoire et à leurs passions centrifuges, est de devenir des sociétés coercitives, liberticides et étatistes et ce faisant, de justifier la désolidarisation des peuples qui les composent et veulent finalement s’en affranchir lorsque l’Etat engage sa spirale descendante.

Les catastrophes, qu’elles soient sociales, sanitaires, économiques ou naturelles accélèrent l’histoire des hommes. Les besoins de sécurité, de liberté et de bien-être des peuples imposent toujours des recompositions. Celles-ci disloquent les constructions artificielles soudés par l’idéologie, le contrôle et la force et recomposent des communautés génératrices de sécurité, de liens, et finalement de nouvelles institutions.

Irma nous parle de notre futur. L’hiver arrive.

Laurent Ozon (Breizh Info, 14 septembre 2017)

21/08/2017

Immigration : les trois politiques...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Laurent Ozon, cueilli sur son blog Centurie News et consacré aux politiques d'immigration envisageables. Chef d'entreprise et essayiste, Laurent Ozon est l'auteur de France, années décisives (Bios, 2015), un ouvrage lucide et stimulant.

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Immigration : les trois politiques

On n’empile pas des peuples issus du monde entier, dans un pays à la culture millénaire, sans fabriquer du conflit. Les sociétés multiculturelles sont instables, on pourrait même dire non viables, car lorsque des tensions historiques surviennent (guerres, épidémies, crises économiques), les différences de religion, de culture, de sensibilité, etc. deviennent des fossés et la société explose sous l’effet de son manque de cohésion, d’unité. Ce constat est celui de tous les réalistes politiques et ne souffre aucune exception dans l’histoire connue.

Ainsi, face aux tensions prévisibles dans notre avenir proche, les politiques devront résorber cette diversité anarchique, en reformant un corps social plus uni et stable. Tous les politiques qui réfléchissent savent que cette « homogénéité relative » est la condition de la stabilité de la société. Si cette question n’est pas traitée, notre société se fragmentera dans la violence dans les trente années à venir, incapable de faire face à son histoire. Notre pays s’embrasera et des foules se jetteront à l’assaut de tout ordre social, les unes contre les autres.

Il y a donc trois façons de résorber politiquement cette diversité sans complémentarité fabriquée par un laxisme suicidaire. La première de ces solutions est libérale et individualiste, la deuxième assimilationniste et républicaine, et la troisième localiste et « remigrationniste ».

La première solution consiste à rechercher une forme d’unité presque entropique par la dissolution de toutes les formes collectives d’appartenance en s’attaquant aux formes sociales non individualisées (famille, religion, etc.) afin de produire une population presque mixée, sans existence de sous-groupes légitimes. Le détricotage de la culture populaire et de ses normes, notamment via le « mariage homosexuel », s’inscrit bien par exemple dans cette logique.

La deuxième consistera à vouloir reformer une collectivité nationale souveraine et protectrice, structurée autour d’un État fort et laïc ayant relégué les religions dans la sphère individuelle. Ce modèle de société sera cimenté par une politique d’assimilation volontariste et par le rejet des communautés non assimilables hors de la communauté nationale. La principale difficulté de ce modèle, c’est sa compatibilité problématique avec les dépendances réciproques d’une société mondialisée dans laquelle les interactions sont nombreuses et les contraintes de co-gouvernance plus contraignantes (autonomie énergétique, monétaire, financière, sanitaire, etc.).

La dernière solution, construite sur le localisme et la « remigration », veut s’appuyer sur des souverainetés politiques retrouvées afin d’organiser la relocalisation des populations par une politique vigoureuse de retour au pays. Celle-ci s’inscrira dans le cadre de partenariats stratégiques ambitieux avec les pays du Maghreb. Elle présente l’avantage d’être compatible avec un exécutif plus « distribué » et des formes de pouvoir plus subsidiaires. Elle peut jeter les bases d’une diplomatie ouverte et dynamique compatible avec les besoins de nos voisins européens et ceux des populations arabo-berbères en situation d’êtres englouties sur leurs terres dans les quarante années à venir par la marée subsaharienne.

La quatrième, qui n’en est pas une, c’est la politique du chien crevé au fil de l’eau, qui débouchera sur l’effondrement et des souffrances que nous n’avons pas connues en Europe depuis la guerre de Trente Ans. Le temps s’écoule. Celui ou celle qui relèvera le défi de la puissance et du réalisme renouera avec le génie politique de la France.

Laurent Ozon (Centurie News, 25 août 2016)

19/06/2017

Quotient Intellectuel et intégration dans les sociétés complexes...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Laurent Ozon cueilli sur le site Century News et consacré à la question du QI, notamment en tant que facteur d'intégration au sein des sociétés complexes. Chef d'entreprise et essayiste, Laurent Ozon est l'auteur de France, années décisives (Bios, 2015).

 

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Quotient Intellectuel et intégration dans les sociétés complexes

Le quotient Intellectuel ou QI est un mot employé depuis 1912 pour désigner une valeur mesurée par des tests psychométriques. Le plus courant en France et dans le monde est le Wechsler Adult Intelligence Scale ou WAIS pour la mesure de l’intelligence chez l’adulte et le Wechsler Intelligence Scale for Children ou WISC pour les enfants à partir de six ans. S’il ne mesure évidemment pas la sociabilité, l’empathie, le sens moral ou la créativité, le QI cherche à mesurer le Facteur g ou l’intelligence générale (efficience cognitive mesurée), c’est à dire la capacité à résoudre des problèmes plus ou moins exactement et plus ou moins rapidement. Il se compose en général de trois catégories : les tests verbaux, les tests de performance et les tests logiques. En France, ces tests sont passés auprès d’un psychologue et durent approximativement deux heures. Le QI mesuré chez l’enfant est stable toute sa vie à l’exception des accidents de santé susceptibles de stimuler (bipolaire en phase maniaque) ou de détériorer ses capacités (maladie avec fièvre, dépression, etc.). De bons résultats aux test de QI sont corrélés positivement à la réussite sociale ou au niveau d’étude (ce qui ne signifie pas que le niveau d’étude mesure le QI) et corrélés négativement à l’exclusion sociale et à la pauvreté (ce qui ne signifie pas que la richesse mesure le QI). La valeur 100 fixe la moyenne (ou valeur médiane) dans une population donnée. Par exemple si le test est passé en France, la valeur moyenne de 100 fixera la médiane des notes mesurées sur le territoire national. En comparaison de la moyenne internationale, la moyenne française est aujourd’hui de 97. Les personnes qui obtiennent des notes élevées aux tests de QI sont plus « douées » de fonctions cognitives ; on utilise le terme « surdouées » pour désigner celles qui se trouvent dans les 2% les mieux notés de la population (autour de 130 points). Le terme de « précocité intellectuelle » est généralement utilisé en lieu et place de « surdoué » pour des raisons de susceptibilité culturelle liée à la perception de la mesure ou de l’appréciation hiérarchique, même si ce mot est discutable dans la mesure où le QI est considéré comme stable à partir de l’âge de 7 ans.

Le QI est une mesure comparative (par rapport à la somme des autres personnes testées) et indirecte (car il estime la valeur de réussite à partir des questions posées plutôt qu’à partir d’un instrument de mesure directe comme le thermomètre ou le baromètre). Les tests de QI ne prédisent ni les bonnes actions, ni la réussite sociale, ni la valeur subjective d’un individu mais uniquement sa capacité à traiter des informations et apprécier un problème pour y répondre de façon rapide et exacte. De nombreuses études effectuées durant 40 ans sur des milliers de jumeaux homozygotes et vivants dans ou hors du foyer de leurs parents biologiques ont démontré qu’une part importante de la valeur du QI est héréditaire. Le facteur environnemental (éducation, alimentation, etc.) a une influence certaine sur les résultats mesurés ; mais cet « environnement » est lui-même déterminé chez les humains par les caractéristiques cognitives de ceux qui l’aménagent.

Le QI  mesure donc une efficience cognitive mais les tests permettent progressivement de dégager des constantes de caractère et de comportement chez les sujets testés aux notes les plus extrêmes. En synthèse, les surdoués sont des personnes qui présentent des fréquences importantes de particularités communes. Parmi les caractéristiques les plus fréquentes, on trouve l’hypersensibilité (sens aigu de la « justice », anxiété précoce, perceptions sensitives plus aiguisés, grande attention simultanée, etc.), le besoin d'une plus grande précision dans les informations échangées ; une fréquence plus élevée que la moyenne de pathologies psychiatriques (TOC, paranoïa, hyperactivité, psychoses maniaco-dépressives, sociopathie, etc.) qui influent parfois à rebours sur les capacités d’intégration et de réussite sociale ; des cycles de sommeils différents (phases de sommeil paradoxal plus longues et plus nombreuses) ; une mémoire plus rapide et plus ample, la capacité plus fréquente d’effectuer des déductions logiques rationnelles instantanées et non-décomposables ou non-explicables ; un traitement de l'information (sorte de « mémoire tampon « ) qui permet des connexions mémorielles plus nombreuses et complètes qui offre ultérieurement une grande vitesse de traitement des informations complexes mais peut aussi présenter un handicap lorsque la problématique est basique et la réponse attendue, simple ; enfin des degrés de précocité sexuelle et des taux de reproduction plutôt inférieurs. Ces valeurs de fréquences ne fournissent que des corrélations statistiques et non des rapports de cause à effet. 

Chez les sujets qui disposent des notes d’évaluation les plus basses (plus petits QI), on trouve des capacités mémorielles et analytiques significativement plus réduites, un temps de traitement de l’information complexe significativement plus long, un taux de sociopathie plus élevée et ce qui en découle (violence, interactions avec la justice, faible capacité d’intégration sociale, etc. ; mais aussi des preuves évidentes de corrélations négatives entre la précocité sexuelle et l’intelligence mesurée. Pour faire simple, le QI est corrélé à la stratégie de reproduction (maîtrise des capacités de reproduction ou choix culturels qui les influencent), à la capacité d’intégration ou d’adaptation sociale (professionnelle, culturelle,) et à la capacité d’acquisition de compétences.  Celles-ci influencent la capacité générale à une coexistence harmonieuse dans des sociétés complexes comme les nôtres (fort niveau de différentiation fonctionnelle, d’auto-domestication des comportements et hiérarchie sociale) dans la mesure où le mode de production des ressources et des richesses est devenu plus dépendant de la capacité cognitive générale des individus. L’exclusion dans les sociétés modernes résulte le plus souvent d’une inadaptation entre les capacités cognitives et caractérielles des exclus et les demandes de leur système économique et social. En témoignent par exemple les corrélations régulièrement constatées entre QI et niveau d’études, niveau de revenus, criminalité etc. comme déjà évoqués plus haut.

La plupart des analyses basées sur le Quotient Intellectuel font ressortir des différentiels de résultats selon les populations. Ces résultats montrent une différence de résultats moyens tant au niveau des moyennes nationales comparées (voir ci-dessus), que pour des pays multi-ethniques, à l’intérieur des populations testées. Ces données, significativement corrélées à des facteurs qui impactent directement la capacité de cohabitation sociale, d’intégration économique et culturelle, influencent, en fonction des dynamiques démographiques de chaque population, les caractéristiques générales mesurables de cette société (PIB, IDH, Taux d’alphabétisatisation, etc.)

L’apport massif de populations provenant de zones dont le QI moyen est faible dans les sociétés occidentales qui ont externalisé les fonctions de production pour se concentrer sur les fonctions de services (qui sont de fait plus abstraites, conceptuelles et intellectuelles) semblent être incohérent sur le strict plan économique et plus que risqué sur le plan de la stabilité sociale. Si ce choix politique emporte l’adhésion des élites dirigeantes depuis quarante ans, on peut donc imaginer que ce n’est pas pour les effets positifs attendus pour les pays dont elles ont la charge. Ne restent alors que trois explications : l’impuissance, l’incompétence/ignorance ou la volonté de nuire.

Laurent Ozon (Century News, 14 juin 2017)

16/06/2017

Les dernières années de la démocratie en Europe ?...

Nous reproduisons ci-dessous un excellent texte de réflexion de Laurent Ozon consacré à l'épuisement de la forme démocratique face aux enjeux actuels. Chef d'entreprise et essayiste, Laurent Ozon est l'auteur de France, années décisives (Bios, 2015).

 

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Les dernières années de la démocratie en Europe ?

Les dernières élections marquent un nouveau recul de la participation au processus électoral. Les citoyens ont compris que leur vote n’a plus le pouvoir de transformer leur monde et que d’autres pouvoirs travaillent notre environnement et influent sur notre vie de quartier, familiale, professionnelle, etc. Ces autres pouvoir ne sont pas démocratiques. Face à eux, le pouvoir politique semble  impuissant et le vote comme acte politique, encore davantage. Le peuple qui est théoriquement la puissance agissante et simultanément, le destinataire de cette puissance, est transformé en profondeur par l’action de ces pouvoirs non démocratiques. Ce constat aboutit logiquement à un désengagement massif des citoyens à l’endroit du processus électoral. 

La démocratie est un principe de gouvernement défini habituellement comme le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». « Gouvernement du peuple » signifie que le pouvoir tient sa légitimité du peuple qui l’incarne et est souverain. « Pour le peuple » signifie que les choix politiques sont dédiés aux intérêts du peuple ; et « par le peuple », qu’il exerce lui-même ce pouvoir par des mécanismes de décision, participation, délégation, contrôle, élection et de révocation.

Dans les faits, cette définition, souvent invoquée pour définir le fonctionnement démocratique, est issue du discours de Gettysburg d’Abraham Lincoln. La démocratie athénienne accorde cette légitimité non au peuple mais au citoyen, qui ne l’est pas automatiquement du fait de son lieu de résidence ou de son appartenance à l’espèce humaine, mais le tient de son appartenance à la « Cité », c’est –à-dire à une institution politique selon des critères variables (naissance, fidélité supposée à l’institution, services rendus, âge, sexe, etc.). En synthèse, la démocratie définit, dans un processus récursif, les contours d’un acteur politique (le peuple, constitué par la somme de ses citoyens) qui est en lui-même la finalité de sa propre action et simultanément le moyen de la réaliser. 

Cet idéal démocratique est dans les faits, contraint ou limité par trois paramètres :  1 - les compétences réelles des acteurs (peuvent-ils, par l’expression de leur volonté, réaliser leurs intérêts ?), 2 - leur nature (selon quels critères sont-ils admis à en être acteurs et donc décisionnaires et à en déterminer les finalités) et 3 - leurs moyens (par quels moyens exercent-ils leur volonté). 

Le système démocratique présente un certain nombre de défauts bien identifiés depuis des siècles et sur lesquels je ne m’étendrai pas. Le premier d’entre eux est son caractère acompétent et donc d’un certain point de vue, irrationnel, dans la mesure où il institue le pouvoir d’une majorité, non d’une compétence ou d’une connaissance. D’autre part, les confrontations de pouvoir et d’influence, la recherche de l’assentiment des citoyens, favorisent logiquement la démagogie et/ou la trahison des promesses faites en période de campagne pour se faire élire. Enfin, comme les autres formes de gouvernement, sa corruptibilité introduit de nombreux biais dans son mode de fonctionnement. La démocratie ne fonctionne pas non plus de la même façon dans une société simple, homogène et de petite taille que dans une société complexe pour des multitudes hétérogènes. Dans une société complexe, la multiplication des institutions, des contre-pouvoirs, des lois et des règles rend l’exercice des institutions inaccessible au plus grand nombre et entraîne une professionnalisation de l’exercice du pouvoir et de fait aussi, un ralentissement de la prise de décision et de la mise en œuvre de ces décisions. C’est à cette tendance que semble répondre le processus de dé professionnalisation  de la vie politique engagé par Emmanuel Macron.

Une fois énumérés ces reproches, il reste encore deux arguments lourds à l’encontre de la démocratie occidentale.

Pour définir le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, encore faut-il définir ce qui fait pouvoir. La population votante est aujourd’hui travaillée par des pouvoirs sur lesquels elle n’a pas prise. De fait, le « pouvoir » évoqué par Lincoln est devenu une partie de plus en plus faible des formes de pouvoir en concurrence dans la société complexe industrielle moderne. La plupart des autres formes de pouvoir ne subissent pas la contrainte des principes démocratiques.

Les régimes démocratiques sont en principe organisés selon le principe de la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, théorisé par Montesquieu, afin d’éviter leur concentration entre les mains d’une seule personne. Certaines Constitutions privilégient la stricte séparation des pouvoirs ; d’autres leur permettent, tout en étant distincts, de disposer de moyens de contrôle les uns à l’égard des autres. Ces trois pouvoirs se neutralisent d’ailleurs souvent entre eux.

La démocratie dans une société complexe impliquant la représentation et la délégation, ne donne pas d’autre pouvoir au peuple que celui de choisir des représentants. Mais ceux-ci sont triés et littéralement "vendus" par d’autres pouvoirs (médiatiques, financiers  etc.) à un corps électoral dans un processus qui ressemble plus à celui de The Voice qu’à celui de l’Agora.

La surdétermination des pouvoirs médiatiques, économiques ou technoscientifiques, soumet les citoyens à des rapports de force contre lesquels les lois, polices ou armées sont largement inopérantes. La transformation des sociétés est le fait de pouvoirs non-démocratiques et les systèmes démocratiques s’adaptent à des contraintes sur lesquelles ils n’ont pas prise mais qui eux, exercent leur puissance sur la source de la légitimité : le peuple. De fait, l’impératif de souveraineté à la base du principe démocratique (peuple souverain) est vidé de sa substance. Si la somme des pouvoirs qui impriment leurs capacités de transformation sur notre société ne sont pas démocratiques, la société démocratique, ne pouvant plus compenser ses faiblesses endogènes (loi du nombre, corruptibilité, lenteur, irrationalité, compétences, démagogie) expose les « citoyens » à toutes les expérimentations sociales, économiques, culturelles ou normatives. Le processus électif n’est alors plus que la courroie de transmission des véritables pouvoirs, de ceux qui les détiennent, et des objectifs de ceux qui les déterminent.Il est à peine exagéré de dire que la démocratie parlementaire est la forme de gouvernement qui abandonne le plus de puissance aux pouvoirs non-démocratiques.

Le deuxième argument qui peut nous faire sérieusement douter des vertus de la démocratie parlementaire occidentale est plus définitif. Dans la mesure où elle fait du peuple en état de voter, la source légitime et la destination de son action, elle est devenue un processus de légitimation perpétuel d’un existant anthropologique « travaillé" par des pouvoirs non-démocratiques.

Explications. Chaque critère (essence : qui est le peuple ? projet : quelle est sa volonté ? méthode : comment réalise-t-il cette volonté ? outils : via quelles institutions ?) rétroagit sur l’autre. C’est dans ce processus de rétroaction facilité que se situe la spécificité du système démocratique. Et nous avons vu que le mode de gouvernement démocratique occidental, est récursif puisqu’il définit les contours d’un acteur politique (le peuple, constitué par la somme de ses citoyens) qui est en lui-même la finalité de sa propre action et simultanément le moyen de la réaliser. 

De fait, les transformations affectant l’un de ces quatre paramètres (essence, projet, méthode et outils), modifient les autres et justifient des adaptations permanentes sous la pression des rapports de forces. Cette capacité d’adaptation des formes de gouvernement démocratiques à leurs contraintes historiques (épidémies, transformation de la composition de la population, évolution culturelles, économie, etc.) peut être perçue comme une force mais forge par ailleurs une instabilité de nature particulière. 

Les redéfinitions de ce qui constitue le « peuple », les « nationaux » ou « citoyens » sont permanentes, soit du fait de l’évolution naturelle de sa composition, soit du fait des manipulations par des représentants politiques de la composition de la population en attribuant le statut de citoyen ou « national » selon leurs objectifs électoraux ou leurs visions idéologiques. L’immigration massive modifiant la composition du « peuple », a bien transformé simultanément la nature de ses besoins, l’expression de sa volonté et ainsi, les moyens de parvenir à le servir.

Winston Churchill évoquait la démocratie comme « la pire forme de gouvernement à l'exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps » ; elle est aujourd’hui le paravent de toutes les autres formes de gouvernement de l’histoire et de nouveaux pouvoirs, dissimulés derrière le masque de la souveraineté populaire. Ces pouvoirs en s’exerçant, « travaillent » en profondeur le peuple, et modifient en profondeur la source initiale de la légitimité. La démocratie est un mécanisme de gouvernement rétroactif qui assure la continuité de ses institutions et de ses méthodes de gouvernement en les adaptant à une population changeante ou en sacrifiant ses méthodes, ses principes et ses populations initiales au rapport de force majoritaire, et ce qui en découle. 

De ce fait, le système démocratique occidental ne peut constituer un système de gouvernement protecteur pour la population qui l’institue. Ceci pour une raison simple : ce système redéfinit ce qui constitue le peuple, la nature des pouvoirs sur lesquels il a prise, et les moyens de ses institutions.

Une population ainsi modifiée décide inévitablement de changer la définition de ce qui le constitue. Le changement de définition de ce qu’est le peuple est le processus auto-correctif par lequel les institutions, leurs représentants qualifiés et la masse du corps électoral modifié assoit les transformations et même le remplacement du peuple autochtone, par une masse votante, dirigée par des élites triés par des pouvoirs non-démocratiques. 

En conclusion, la démocratie occidentale est l'exercice du droit du plus fort (les plus riches et / ou les plus nombreux) et non un mode de gouvernement capable d’assurer la continuité d’un projet civilisationnel, d’une culture ou d’une population initiale. Elle est simultanément la plus corrompue par les influences des pouvoirs non-démocratiques et la moins conservatrice sur le plan des fondamentaux anthropologiques, civilisationnels et culturels. Les institutions démocratiques présentent l’avantage d’être dynamiques, récursives et auto-correctrices et l’inconvénient de ne pas protéger l’humus des sociétés : les populations qui les ont fait advenir dans l'histoire..

Sapée par l’élargissement et la complexification des sociétés, la démocratie ne pourra retrouver sa pertinence comme mode de gouvernement que dans des formes d’organisations relocalisées et simplifiées. Compte-tenu de la nature des enjeux prioritaires auxquels nombre de peuples devront faire face en Europe dans les années à venir, la démocratie parlementaire, devenue une cybernétique sociale à l’usage de l’Etat profond occidental, laissera probablement la place à des formes de gouvernement plus adaptées aux enjeux et aux besoins des Européens.

Ce désengagement de l'Europe à l'égard de la forme démocratique parlementaire aura des conséquences importantes dans nombre de zones qui ont subi les influences de son hardpower puis de son softpower ces cent dernières années. En particulier les pays qui ont transposé, souvent sous la contrainte, le fétichisme organisationnel occidental. Ce désengagement, enfin, pourrait marquer le début d'une reprise de la digestion institutionnelle et politique du parlementarisme démocratique, par des pays qui disposent de leur génie politique propre. Car la condition sine qua nonde la renaissance du principe démocratique sous une forme modifiée  sera encore qu'il existe des peuples vivants pour le rendre possible...

Laurent Ozon (Century news, 13 juin 2017)