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23/05/2018

Google contre WikiLeaks...

Les éditions Ring viennent de publier un témoignage de Julian Assange intitulé Google contre WikiLeaks. Informaticien, Julian Assange est le fondateur de WikiLeaks. Menace d'une extradition aux États-Unis, où il fait l'objet de poursuites judiciaires pour espionnage, complot et conspiration générale, il vit réfugié dans l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

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" En juin 2011, Julian Assange reçoit un visiteur inhabituel dans sa petite maison de campagne anglaise en résidence surveillée de Ellingham Hall : le président de Google en personne, Eric Schmidt, venu tout droit de la Silicon Valley. 

Le général assiégé de WikiLeaks, la plus audacieuse entreprise d'édition insurrectionnelle connue à ce jour, et l'empereur d'Internet vont croiser le fer : du Printemps arabe aux bitcoins, et des solutions technologiques aux problèmes politiques, tout les oppose. La collision Assange/Schmidt déferlera sur le rôle, le pouvoir et le contrôle de la Toile, la " colonisation digitale " de Google, ses relations avec le gouvernement américain et ses répercussions sur la vie privée, la surveillance de masse et la liberté d'expression. Enregistré sur magnétophone, Eric Schmidt ignorait que Julian Assange ferait un jour un livre de leur confrontation. 

Google contre WikiLeaks est l'histoire de l'affrontement entre Schmidt et Assange, et tente de répondre à cette lancinante question : qui a réellement rendu visite à Julian Assange ce jour-là ? Fascinant et inquiétant, il contient la transcription intégrale de leur face-à-face et des textes additionnels écrits par Assange pour l'occasion, offrant la meilleure source disponible sur sa vision de l'avenir de l'Internet. "

11/04/2018

Rideau de fumée sur l'Intelligence A'rtificielle...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Paul Baquiast, cueilli sur son site Europe solidaire et consacré aux annonce d'Emmanuel Macron consacrées à la recherche sur l'Intelligence Artificielle. Jean-Paul Baquiast anime également le site d'information techno-scientifique Automates intelligents.

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Emmanuel Macron ne veut rien comprendre à l'Intelligence Artificielle IA

Emmanuel Macron vient de proclamer le 29 mars avec beaucoup d'emphase que l'IA est un enjeu d'avenir pour l'économie française. Elle sera, dit-il avec raison, à l'origine des principaux progrès de l'industrie de l'avenir, mais il aura aussi un enjeu éthique, car l'IA est une technique qui touche de près à ce qui fait la spécificité humaine.

C'est pourquoi sa maîtrise économique importe. Parvenir à développer les techniques fondamentales, les processus scientifiques et les marchés naissants est un enjeu crucial. L'exemple de l'Internet le prouve : avoir laissé à d'autres la création des outils numériques a provoqué une forte dépendance économique et à l'anémie industrielle.

Tous ceux qui connaissent un peu l'1A et aussi l'IA dite avancée savent que celle-ci est bien plus que ce qu'en a dit Emmanuel Macron. Elle est désormais associée à toutes les sciences et techniques, civiles et militaires. Beaucoup considèrent que le monde de demain sera globalement numérique ou artificiel. Le rapport Villani dit à peu près la même chose 1).

Comme nous l'avons souvent signalé ici, Google se veut, en association avec le département américain de la défense, le maitre du futur Univers global. Il investit des sommes considérables sur l'IA, en rachetant pour ce faire la plupart des laboratoires et start-up européens et français du domaine.

Or du discours d'Emmanuel Macron il est ressorti que la France, sous sa présidence, investira d'ici 2022 la somme ridicule de 1,5 milliard d'euros supplémentaires. En moyenne, ce seront 3,75 % d'augmentation de l'ensemble des dépenses publiques d'innovation. Cet argent était déjà promis par François Hollande. Rappelons qu'en dehors de Google cité plus haut, les investissements de recherche d'Amazon s'élèvent à 16 milliards d'euros par an.

La France renonce  

Le constat est malheureusement clair : la France renonce à jouer les premiers rôles dans la bataille mondiale de l'IA qui se déroule actuellement. Elle y  renonce au nom de la « bonne gestion » et de la « maîtrise des dépenses publiques »  Macron  compte apparemment, en bon élève de la Banque Rothschild, sur le secteur privé :  310 millions d'euros pour l'amorçage de start-up dans le secteur, mise à disposition des données du secteur public de la santé, encouragement des chercheurs du secteur public à obtenir des détachements jusqu'à la moitié de leur  temps de travail pour créer leur entreprise.

Il ne veut pas voir que tous les investissements de recherche en IA, autres que ceux des GAFA américaine ont été faits en Europe à partir de fonds et projets publics

La France d'Emmanuel Macron a donc décidé de servir de lieu de sous-traitance aux  géants privés américain du secteur de l'IA. Mais les grands groupes privés multinationaux feront leurs choix d'implantation et de recherche en fonction de leurs intérêts. La place de la France dépendra de trois critères : le coût du travail, un niveau d'imposition faible et un flux de subventions publiques déguisées. L'augmentation des salaires des chercheurs français, comme le recommande le rapport Villani, ne sera pas leur priorité. Les meilleurs continueront donc naturellement d'aller proposer leurs services ailleurs, et notamment chez les donneurs d'ordre des sites français.

De plus, l'appel à la création de start up en IA par de jeunes chercheurs correspond à un pillage organisé des compétences – quand il en reste – du secteur public. Souvent, celles-ci vivent du  transfert de technologies développées initialement dans la sphère publique vers des grands groupes privés. Le chercheur développe son idée avec les moyens publics, créé sa société et la développe en conservant un pied dans le public, puis la revend aux géants étrangers du secteur.

Le gouvernement a salué la création par Google et l'École polytechnique d'une chaire consacrée à l'IA. Qui profitera de cette chaire ? Avant tout Google qui dirigera dans son propre intérêt la recherche, qui disposera d'un vivier de chercheurs et qui profitera des dépenses publiques de recherche. Mais Google ne produira et n'agira que là où il pourra maximiser son profit. Avec ce type de partenariat, mais aussi avec la création de centres de recherche de Samsung ou Fujitsu, la France accepte d'être sous-traitant de ceux qui dominent déjà le secteur.

 Faut-il rappeler l'entrée massive de Microsoft dans l'institut de recherche publique français INRIA ? En a-t-il résulté une avance quelconque de la France dans le domaine de la micro-informatique ?

La stratégie du gouvernement n'est pas étonnante : elle consiste à privilégier les mécanismes du marché et renoncer à l'action de l'État. En matière d'IA ceci annonce une défaite de plus dans cette bataille fondamentale pour l'avenir de l'humanité. Ce n'est pas la stratégie, on le constate aujourd'hui, de la Chine ni même, avec des moyens plus modestes, de la Russie.  

Le monde de demain sera américain, chinois et russe, mais la France n'y aura pas de place.

Jean-Paul Baquiast (Europe solidaire, 30 mars 2018)

04/02/2018

Les snipers de la semaine... (157)

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Au sommaire cette semaine :

- sur Europe solidaire, Jean-Paul Baquiast allume Emmanuel Macron qui a déroulé le tapis rouge devant Google...

Google en France. Merci Google.

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- sur son blog Justice au singulier, Philippe Bilger dézingue la ministre de la culture, Françoise Nyssen, qui a fait retirer Charles Maurras du Livre des commémorations nationales...

Vive notre ministre de la Censure !

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08/12/2014

Domination et pouvoir : les nouveaux dominants...

Nous reproduisons ci-dessous un excellent point de vue de Jean-Paul Baquiast, cueilli sur Europe solidaire et consacré aux nouvelles formes de domination. Énarque, Jean-Paul Baquiast a consacré sa carrière administrative au développement des technologies de l'information. Il est l'animateur du site Europe solidaire, ainsi que du remarquable site d'actualité technoscientifique Automates intelligents

 

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Domination et pouvoir. Les nouveaux dominants

Il serait très important d'essayer de comprendre pourquoi, au sein de l'espèce humaine, certains individus ou groupes d'individus, généralement minoritaires, se donnent la possibilité de s'imposer aux dépends de tous les autres. Une telle situation ne se rencontre pas ou ne se rencontre qu'exceptionnellement à l'intérieur des autres espèces animales. Elle est dans ce cas très mal documentée. La seule domination qui s'y observe relève du sexuel (domination d'un sexe, généralement le masculin, sur l'autre) ou, beaucoup plus banalement, de l'inégalité dans la répartition des capacités individuelles.

Dans le monde animal, au sein de chaque espèce, les individus dits dominants se donnent un certain nombre de privilèges sur leurs congénères. Globalement les dominants sont ceux qui disposent de moyens physiques ou intellectuels supérieurs à ceux des autres. Dans le monde animal s'observent également des compétitions permanentes entre espèces, mais ce phénomène relève de la sélection darwinienne, avec élimination possible des espèces se révélant les moins adaptées. Notons que le même phénomène s'observe aujourd'hui, l'espèce humaine semblant sur le point de provoquer une nouvelle grande extinction de peut-être 80% des autres espèces dans le siècle qui vient.

Mais intéressons nous ici aux sociétés humaines. L'histoire des hommes, depuis qu'elle a fait l'objet d'études, montre que dès le passage d'une organisation sociale simple, dite parfois des chasseurs-cueilleurs, à celle plus complexe des empires a généré des inégalités considérables entre les individus et les groupes, se traduisant par un accès lui-même très inégal au pouvoir. En simplifiant beaucoup, appelons pouvoir la capacité dont dispose un individu pour se comporter dans le monde au mieux de ce qu'il estime être ses intérêts, à l'intérieur évidemment des limites naturelles que lui impose ce même monde. Un individu isolé n'a guère de possibilités en ce domaine. Ses forces trouvent vite des limites. Mais ses possibilités augmentent considérablement s'il peut obliger ses congénères à mettre leurs propres forces à son service. A plus forte raison s'il peut les obliger à ne conserver pour eux que ce que nous appelons en termes modernes le minimum vital, en remettant gratuitement au détenteur du pouvoir, que nous appellerons ici le dominant, tout le reste des biens qu'il a produit, ce que Marx appelait la valeur ajoutée.

Pour obtenir ce résultat, le dominant peut utiliser différents moyens. Le plus évident est la contrainte physique, mais d'autres plus subtils existent, relevant notamment de l'emprise psychologique. Comme rappelé ci-dessus, un individu seul ne peut pas cependant aller très loin dans cette voie. Il doit s'agréger avec quelques autres poursuivant le même objectif pour atteindre à eux tous des résultats significatifs. On peut admettre qu'aux origines de l'histoire, devenaient dominants des individus disposant, comme chez les animaux, d'une force supérieure. Mais ils devaient aussi disposer, dans des sociétés utilisant le langage, de capacités intellectuelles supérieures, leur permettant d'utiliser celui-ci comme une arme.

Une histoire de la domination

Des que des systèmes de domination sont apparus dans l'histoire des hommes, ils ont réussi à survivre, quitte à se transformer, face à la résistance des dominés. On peut suivre ainsi d'âge en âge la persistance et la diversification de tels systèmes, depuis les époques de l'esclavage jusqu'au Moyen Age puis à ce que l'on appelle en France l'Ancien Régime, avant la révolution de 1789. Dans l'ensemble, la domination était exercée d'un commun accord par les Eglises, utilisant l'emprise psychologique, et par les féodaux détenteurs des moyens militaires, utilisant la force physique. Loin de se combattre, ces deux grandes classes de dominants se sont assistés réciproquement, pour maintenir dans le statut de dominés ceux cherchant à y échapper. Les plus-values résultant du travail des dominés, « accaparées » (selon le terme marxiste), par les dominants ne servaient pas seulement à accroitre le niveau de vie de ceux-ci. Elles ont donné naissance à des oeuvres durables, cathédrales, châteaux-forts ornés, oeuvres artistiques, par lesquelles les dominants pouvaient se permettre de laisser parler leur ubris créateur – tout en renforçant leur domination sur les travailleurs de la base. Ceux-ci se convainquaient en effet de leur insignifiance en constatant qu'ils n'étaient pas capables de réaliser seuls de tels chefs-d'oeuvre.

Lorsque la révolution industrielle a fait apparaître de nouvelles techniques permettant de produire de nouvelles valeur, le processus dans son ensemble n'a pas changé. Une nouvelle classe est apparue, celle des possesseurs des moyens industriels de production (la bourgeoisie, pour reprendre le terme marxiste). Cette classe s'est alliée aux dominants précédents, hommes d'Eglise et militaires, pour se partager les nouveaux pouvoirs. Mais les minorités dominées sont restées dans l'ensemble les mêmes, passant du statut de serf à celui de prolétaire. Avec la colonisation, de nouvelles populations provenant des pays colonisés les ont rejoint.

Il ne faudrait évidemment pas croire que de tels processus générateurs d'inégalités se soient limités au monde dit occidental. Ils sont apparus dans le même temps en Asie et dans le monde arabo-musulman, où ils se maintiennent sous des formes voisines malgré la relative homogénéité apportée par la mondialisation et les technologies de la communication. Pour que de telles inégalités disparaissent, il faudrait que les dominés se saisissent des moyens leur permettant de s'émanciper. Mais par définition, sauf accident, ils ne le peuvent pas. Dès que les dominants suspectent l'apparition de formes de rébellion fussent-elles modestes, ils s'empressent de les étouffer dans l'oeuf, faisant appel à tous les moyens de coercition dont ils disposent, physiques comme intellectuels.

De nouveaux dominants

Or aujourd'hui, de nouveaux dominants étendent leurs pouvoirs sur le monde. Ils ne se substituent pas aux anciens, prêtres, féodaux, bourgeois industriels, colonisateurs, ou aux formes prises par eux aujourd'hui. Ils s'y ajoutent. Mais le point important est l'orientation géopolitique de leurs efforts pour la conquête du pouvoir mondial. Ils sont dorénavant au service de ce qui a été nommé l'Empire américain. Beaucoup d'observateurs du monde géopolitique affirment aujourd'hui que cet Empire n'existe plus, ayant reculé à la suite d'échecs successifs. Mais c'est une erreur. Il s'est transféré sur un nouveau monde en pleine ascension, celui des réseaux numériques, de l'informatique avancée, de la robotique et de l'intelligence générale artificielle. L'émergence de ce monde numérique et son emprise sur le monde ancien n'ont sans doute pas été dues aux seuls intérêts américains, mais ceux-ci mieux que tous autres concurrents ont réussi à en faire un pouvoir pour la domination mondiale.

Nous ne développerons pas ici ces points, souvent abordés par nous. Bornons-nous à rappeler le visage que prennent aujourd'hui les nouveaux dominants. Pour simplifier, disons qu'il s'agit d'une coalition multi-fonctionnelle que nous appellerons l'entité Google, Darpa, DOD. Google est le représentant des géants du web américains qui réussissent l'exploit de faire travailler au service de leurs ambitions des centaines de millions de nouveaux esclaves, dont nous sommes tous. La Darpa est l'agence de recherche du ministère américain de la défense , agence qui invente sans cesse de nouveaux produits et usages, sans souci de restrictions budgétaires. Le DOD est ce même ministère, mais intervenant sur tous les théâtres d'opération pour déployer et utiliser les données et outils civils et militaires résultant de l'activité des deux premiers. Il s'agit de maintenir sous contrôle les travailleurs de la base fournissant, contre un salaire minimum, les valeurs ajoutées qu'utilise l'entité.

Certains objectent que désormais, les minorités dominantes américaines ne sont plus seules à développer ces instruments de pouvoir et de contrôle. Illusion. Certes d'autres apparaissent, mais les Google, Darpa, DOD disposent d'une avance considérable, qui s'auto-entretient et se développe spontanément, d'une façon que nous mêmes, du fait que nous sommes instrumentalisés par elle, ne nous représentons pas clairement. Ne dit-on pas que s'est déjà mis en place du fait de leurs efforts de conquête un cerveau global aux ambitions quasi-cosmologiques. Tous les jours nous lui apportons les valeurs-ajoutées produites par nos petits cerveaux, heureux, lorsque nous ne sommes pas au chômage, de survivre grâce aux SMIC qui nous sont concédés. Or ce cerveau ne sera pas européano-centré, russo-centré, sino-centré. Il est déjà et restera américano-centré.

Jean-Paul Baquiast (Europe solidaire, 1er décembre 2014)

06/04/2014

Google ou la route de la servitude...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de l'économiste Pascal de Lima, cueilli sur le site du quotidien Le Monde et consacré à la stratégie de domination de Google...

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François Hollande et Eric Schmidt, président de Google

 

Google ou la route de la servitude

Le numérique pénètre peu à peu tous les aspects de notre existence, accroissant de fait une dépendance de plus en plus absolue à ses outils et à ceux qui les fournissent : après avoir relié les gens aux savoirs, puis les gens entre eux, ce seront demain les objets qui pourront communiquer.

La masse formidable des données désormais collectées ne concerna plus seulement les comportements de l'internaute sur Internet, mais bien les comportements réels dans le monde physique. A terme, rien ne sera plus inconnaissable : votre utilisation du réfrigérateur, les lumières que vous allumez, la musique que vous écoutez dans votre salon, vos moindres déplacements (à pied ou en voiture), etc. L'interconnexion entre les mondes numérique et physique qui est la phase à laquelle nous assistons désormais est évidemment riche de promesses pour notre confort.

Mesurons-nous cependant suffisamment toute la menace que représente un monde entièrement connecté ? Il ne s'agit pas ici d'une crainte diffuse de l'innovation, mais d'un constat rationnel que tout observateur peut formuler. La menace porte en effet un nom et des couleurs : Google. L'objectif de la firme californienne est de mettre la haute main sur ce monde connecté, qui est en train de devenir notre monde tout court. Le faisceau d'indices est à cet égard particulièrement clair.

Passons sur la politique délibérée de la firme visant à échapper à l'impôt, qui traduit simplement l'état d'esprit d'une organisation qui ne se reconnaît aucun maître et aucune dette vis-à-vis de la société. Le projet hégémonique de Google est exposé avec cynisme : selon les propres termes de son fondateur et dirigeant, Larry Page, il s'agit « d'organiser toute l'information du monde ». Il est mis à exécution avec méthode. A partir de son quasi-monopole sur les moteurs de recherche, 95 % en Europe, Google parvient à faire monter en puissance ses propres services aux dépens des autres entreprises.

DOMINATION ET CONTRÔLE

Google s'impose ainsi comme le médiateur universel dont il va être impossible de se passer : les entreprises ne pourront vendre sans elle, les consommateurs pas accéder aux offres. Le verrouillage est total, enjambant sans difficulté les institutions et les régulations. Les entreprises doivent se soumettre et verser leur redevance, ou accepter de voir leur marché se réduire ; les consommateurs doivent passer par les services du géant californien en échange de toutes leurs données personnelles, ces dernières renforçant une puissance de ciblage publicitaire ensuite revendue aux entreprises.

En investissant massivement dans les outils liés à la localisation, en développant les outils mobiles de demain (Google glass par exemple) ou en équipant les voitures avec son logiciel d'exploitation Android, Google cherche à préempter dès maintenant toutes les interfaces connectées que nous utiliserons pour nous repérer et agir dans le monde physique.

La firme veut ainsi reproduire dans le réel la domination qu'elle possède déjà dans le monde numérique : à terme, elle cherche à contrôler le restaurant qui nous sera indiqué quand nous marcherons dans la rue, le mode de transport que nous choisirons, les monuments que nous visiterons, etc. Nous ne verrons ainsi du réel que ce que Google voudra bien nous montrer, exactement comme la société ne nous montre d'internet que ce que son algorithme veut bien nous montrer.

Certains s'inquiètent de cette domination grandissante, Google n'a cure des menaces et des reproches, poursuivant sa route en véritable rouleau-compresseur repoussant méthodiquement les limites de l'admissible. Abus de position dominante, fiscalité, vie privée, droit d'auteur, contribution à la création, pluralisme : toutes les règles sont piétinées avec insolence. Et le Commissaire Almunia vient de céder de façon spectaculaire face au lobbying intense de la firme de Mountain View.

LE POUVOIR DE FAIT

Sacrifiant les intérêts des entreprises européennes obligées de subir le droit de vie ou de mort détenu par le géant californien, l'homme de la concurrence prompt, à défaire les champions industriels de notre continent, aura montré sa terrible méconnaissance des enjeux politiques à l'œuvre et fait plié l'échine à l'Europe devant une force géopolitique d'une puissance inédite.

Google sait que bientôt il n'aura même plus à faire semblant de répondre aux autorités, car il aura le pouvoir de fait. Un pouvoir dont aucun Etat ni groupe d'Etats ne peut aujourd'hui rêver.

Alors que la firme a fait en janvier 2014 l'acquisition de Deep Mind, une société dont le but est de créer une intelligence artificielle supérieure à l'homme, il est devient réellement urgent d'engager une réflexion collective sur les conditions de défense de notre liberté contre cette tyrannie qui vient.

L'axe Franco-allemand qui se renforce actuellement autour d'un Internet responsable et créateur de dynamisme entrepreneurial devrait en toute logique trouver là un de ses thèmes de travail fécond pour une Europe conquérante.

Pascal de Lima (Le Monde, 3 avril 2014)

 

12/02/2014

La stratégie secrète de Google...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien avec Laurent Alexandre, publié dans le Journal du dimanche et consacré à la stratégie du géant de l'internet, Google. Médecin et diplômé d'HEC, président d'une société de séquençage d'ADN, mais également expert d'internet, Laurent Alexandre est l'auteur d'un roman d'anticipation inquiétant intitulé Google démocratie (Naïve, 2011).

 

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"La Stratégie secrète de Google apparaît..."

Google est le premier embryon d'intelligence artificielle au monde, selon vous. Pourquoi?
L'objectif des dirigeants de Google est de transformer leur moteur de recherche en intelligence artificielle. Progressivement ils s'en rapprochent. En fait, personne ne l'a vu venir, ni les utilisateurs quotidiens du moteur de recherche, ni ses concurrents. Il a fallu du temps pour que la stratégie des dirigeants de Google soit comprise. Je suis bluffé par la vitesse à laquelle cette société contrôle les industries clés du XXIe siècle.

Expliquez-vous…
Regardez la vague de rachats de start-up et de sociétés auxquels Google procède! En deux ans, cette entreprise a réussi à préempter trois marchés clés. Celui de la lutte contre la mort : elle a créé Calico, une filiale qui a cet objectif fou d'augmenter l'espérance de vie de vingt ans d'ici à 2035. Elle a investi dans le séquençage ADN avec sa filiale 23andMe, mais aussi dans un projet de lentilles intelligentes pour les diabétiques, qui mesurent en temps réel votre glycémie. Parallèlement et en moins d'un an, Google a racheté les huit principales sociétés de robotique. Dont Boston Dynamics, qui crée le chien robot "BigDog" pour l'armée américaine, ou Nest, leader mondial de la domotique et des objets intelligents… Pendant ce temps, sa Google Car, un mélange incroyable de robotique et d'intelligence artificielle, roule seule sur des milliers de kilomètres sur les routes de Californie sans accident. Si en l'an 2000 vous évoquiez l'idée d'une voiture robot autonome, tout le monde riait! En 2025, elle sera démocratisée. Enfin, depuis quelques années, Google débauche les plus grands noms de l'intelligence artificielle. Comme Ray Kurzweil, le "pape" du transhumanisme, qui vient d'être nommé ingénieur en chef du moteur de recherche.

Quel est le lien entre l'idéologie "transhumaniste" et Google?
Cette idéologie est née dans les années 1950. Elle considère légitime d'utiliser tous les moyens technologiques et scientifiques pour augmenter les capacités de l'homme – son corps, son cerveau, son ADN – et pour faire reculer la mort. À l'époque, c'était de la science-fiction ; aujourd'hui cela devient concret. Google soutient cette idéologie et maîtrise toutes les technologies qui la sous-tendent : la robotique, l'informatique, les moteurs de recherche et l'intelligence artificielle, les nanobiotechnologies, le séquençage ADN dont le coût a été divisé par 3 millions en dix ans…

Quel est le but de cette croissance tentaculaire?
Une société qui maîtrise l'intelligence artificielle – et Google est la plus avancée sur ce terrain –peut potentiellement entrer dans n'importe quel domaine. Elle le fait d'ailleurs : elle est même présente dans les VTC qui concurrencent les taxis avec Uber, une filiale de Google Ventures! En réalité, Google est beaucoup plus qu'une société informatique. Les principaux acteurs de la robotique viennent de le comprendre ; mais trop tard, Google a déjà racheté les meilleurs d'entre eux à bon prix. Cette stratégie est bluffante… Google a été la première à comprendre la puissance de la révolution des technologies NBIC, cette convergence de quatre vagues (nanotechnologies, bio-ingénierie, informatique et cognitique) qui va construire le XXIe siècle et donner une puissance extraordinaire à la lutte contre la mort. Car ces technologies NBIC constituent en réalité une seule et immense industrie, qui contrôlera toutes les autres.

Aucun concurrent de taille pour ébranler ce géant?
Si les rumeurs assurant qu'Apple débauche les principaux spécialistes de la santé électronique se vérifient, si le projet de montre iWatch consiste bien en un instrument de mesure en continu des variables de santé… alors Apple pourrait peut-être le concurrencer sur l'ensemble des NBIC. Mais il en est encore très, très, très loin.

Qui contrôle Google aujourd'hui?
Personne, en dehors de ses actionnaires. Or il me semble indispensable d'encadrer l'intelligence artificielle au niveau mondial, de poser des garde-fous. Les États-Unis y réfléchissent sérieusement. L'Asie aussi. En Europe? On est largué, on regarde le train passer… Google est une société magnifique. Pourtant, si elle devient leader en matière de lutte contre la mort, d'intelligence artificielle, de robotique, de domotique, de voitures intelligentes, il faudra vraiment réfléchir à la démanteler! Elle pourrait devenir plus puissante que les États.

Le tableau est effrayant… N'est-ce pas trop tard?
Il n'est jamais trop tard. Mais la croissance très rapide des technologies NBIC rend possible ce qui relevait jadis de la science-fiction. La bataille entre le microprocesseur et le neurone a commencé, et l'intelligence artificielle arrive à grands pas. Selon la loi de Moore, la puissance informatique double très rapidement. Le nombre d'opérations réalisées par les plus gros ordinateurs est multiplié par 1.000 tous les dix ans et donc par 1.000.000 en vingt ans. En 1950, un ordinateur effectuait 1.000 opérations par seconde. Aujourd'hui, on atteint 33 millions de milliards d'opérations par seconde. Ce sera 1.000 milliards de milliards en 2029! Autour de 2040 émergeront des machines dotées de la capacité du cerveau humain. Et d'ici à la fin du siècle, elles nous dépasseront en intelligence, ce qui poussera l'homme à vouloir "s'augmenter" par tous les moyens. Imaginez si de tels robots, plus forts que nous, ayant accès à l'intelligence artificielle et à l'impression 3D, connectés et contrôlant Internet, existaient… Leur pouvoir de manipulation serait quasi illimité. Quand "BigDog" aura un fusil d'assaut M16 dans les mains, il vaudra mieux ne pas se promener en forêt!

Laurent Alexandre (Journal du dimanche, 8 février 2014)