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26/02/2016

« La classe dominante a perdu son hégémonie intellectuelle »...

Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré au rôle des intellectuels...

 

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« Les intellectuels sont aujourd’hui souvent plus proches des réalités concrètes que les élites mondialisées… »

En France, les intellectuels ont toujours été critiqués : prompts à couper les cheveux en quatre, à sodomiser les mouches et à verser d’un totalitarisme à l’autre, ils font souvent figure d’idiots inutiles. Ce constat vous semble-t-il injuste ?

Il est surtout très bête. Qu’ils soient professionnels ou artistes de la pensée et du savoir, les intellectuels sont comme les fleuristes ou les garagistes, les plombiers ou les médecins : il y en a des bons et des mauvais. Certains écrivent des sottises, d’autres disent des choses profondes dont on ferait bien de s’inspirer. Encore faut-il les lire, ce qui exige un minimum de curiosité et d’intérêt pour les idées, sans même parler des facultés cognitives, que beaucoup sont loin de posséder (en règle générale, plus ils sont idiots, plus ils détestent les intellectuels). Dans le passé, des théoriciens ou des « intellectuels » comme Alexis de Tocqueville, Hippolyte Taine, Georges Sorel ou Gustave Le Bon, pour ne citer que ceux-là, me paraissent avoir plutôt bien supporté l’épreuve du temps. Pour l’époque contemporaine, il en va de même de Louis Dumont, de Jean Baudrillard ou de Jean-Claude Michéa. Mais il est vrai qu’il y a encore, paraît-il, des gens qui n’ont jamais lu Michéa. Je trouve cela consternant.

Ce qui est vrai, c’est que depuis Émile Zola, Julien Benda et Jean-Paul Sartre, le statut des intellectuels a changé. Ils ne sont plus aujourd’hui les porte-parole des sans voix, les directeurs de conscience ou les grandes autorités morales qu’ils furent autrefois. L’Université, qui fut le lieu d’où la plupart d’entre eux s’exprimaient, a elle-même perdu son prestige. Les intellectuels courent alors le risque, soit d’accepter de venir jouer les chiens savants sur les plateaux de télévision, soit de se réfugier dans l’entre-soi des colloques académiques où ils ne rencontrent plus que leurs collègues. Mais le rôle des idées reste aussi important qu’hier. Sans une théorie cohérente pour l’appuyer, l’action politique n’est qu’un navire sans gouvernail. La révolution copernicienne, la révolution kantienne, la révolution libérale ont eu plus d’effets dans l’Histoire qu’aucune révolution politique.

Dans le cadre de la campagne contre les « néo-réacs », on vient de rééditer le livre de Daniel Lindenberg, « Le Rappel à l’ordre ». Mais rien n’y fait : alors que Pierre Moscovici peine à vendre 500 exemplaires de son livre, ce sont les ouvrages de Michel Onfray, Éric Zemmour ou Michel Houellebecq qui s’envolent en librairie. C’est le triomphe des « réacs » ?

Rappelons qu’à l’origine, le livre de Daniel Lindenberg était un travail de commande qui a permis à Pierre Rosanvallon de régler ses comptes au sein de l’intelligentsia. Lindenberg déclare aujourd’hui que « la pensée réactionnaire a largement gagné la bataille des idées » – ce qui prête d’ailleurs à sourire, car ce n’est pas parce que la gauche n’a plus rien à dire que la droite réactionnaire a cessé d’être, en matière d’idées, en état d’encéphalogramme plat !

La nouveauté est ailleurs. Dans le passé, c’est un fait que beaucoup d’intellectuels s’en tenaient à des spéculations abstraites pendant que les politiques se confrontaient à la réalité (vieille opposition de l’éthique de conviction et de l’éthique de responsabilité). Curieusement, c’est aujourd’hui plutôt l’inverse. Comme l’écrivait récemment Jacques Julliard, « le gouvernement a pris à son compte l’antiracisme, cependant que les intellectuels réfléchissent sur les impasses de cet antiracisme ». Bien des intellectuels sont aujourd’hui plus proches des réalités concrètes et du peuple réel que les élites dominantes appartenant à la bourgeoisie mondialisée. C’est pour cela que leurs livres se vendent. Et c’est pour cela qu’on essaie de les enfermer dans le ridicule fourre-tout des « nouveaux réacs », alors que beaucoup viennent de la gauche, sinon de l’extrême gauche, et n’ont nulle intention de la quitter.

Mais ce qui est vraiment nouveau, c’est que la classe dominante, non seulement reconnaît qu’elle a perdu son hégémonie intellectuelle (« l’anti-politiquement correct est devenu la norme », écrit Nicolas Truong dans Le Monde), mais n’hésite plus à endosser le costume de la bien-pensance (Laurent Joffrin, à la une de Libération : « Oui, on est “bien-pensants”, et alors ? »). Finie la transgression, à nous les discours de curé ! Les nouveaux inquisiteurs sont plus que jamais devenus des employés de l’« Espace Bien » (Philippe Muray). Rien ne témoigne mieux de ce grand retournement idéologique que l’extraordinaire article de Jean-Loup Amselle, paru dans L’Obs en novembre dernier, qui déclarait voir dans le succès de Zemmour ou Onfray la revanche de la « plèbe intellectuelle » sur les normaliens sortis de la rue d’Ulm avec des accents de petit marquis puant le mépris de classe. Ajoutez à cela qu’au premier tour des dernières élections régionales, 22 % des professions intellectuelles supérieures ont voté Front national. C’est aussi un fait nouveau.

Que peut-on encore attendre des intellectuels dans les prochaines décennies ?

On peut en attendre ce qu’on en a attendu de tout temps : la possibilité d’acquérir une conception du monde (afin de lui faire dire sa vérité) et de se structurer idéologiquement. Un intellectuel digne de ce nom est quelqu’un qui s’efforce de comprendre et de faire comprendre le moment historique que nous vivons. Il est en effet toujours difficile d’être contemporain de son présent. Le travail d’idées nous aide à prendre de la distance. Il nous aide à raisonner et à penser par nous-mêmes, à déceler les lignes de fond qui se dessinent sous la poussière d’insignifiance de l’actualité, à lire les signes avant-coureurs de ce qui vient.

Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 20 février 2016)

10/11/2015

Les « migrants » et le lobby « artistocrate »...

Nous reproduisons ci-dessous une excellente analyse de l'Observatoire des journalistes et de l'information médiatique consacré  à l'action médiatique du lobby « artistocrate »...

 

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Les « migrants » et le lobby « artistocrate »

Après la tragédie, la farce. Des mythes fondateurs et panthéonisés, dans l’imaginaire collectif français, de ces intellectuels prenant la défense des faibles et des opprimés contre le système et la foule, cette chevalerie de la plume dont les modèles furent Voltaire et Zola, on est tombés à la simagrée parodique et répétitive dont l’appel de Calais et ses 800 signataires représentent la plus accomplie des dénaturations. Dans ces grands modèles d’origine, rappelons en effet que l’intellectuel est d’abord isolé, fort de son seul prestige, en dissidence d’avec le pouvoir monarchique et l’Église quand il s’agit de Voltaire ; d’avec le pouvoir juridique et l’Armée, quand il s’agit de Zola. Enfin, ces derniers défendent des membres de la communauté nationale « stigmatisés » en raison de leurs spécificités religieuses (protestantisme, libre-pensée, judaïsme) et victimes d’injustice de la part de cet État qu’ils interpellent. Au terme de la dégradation de la geste initiale, non seulement il ne reste plus grand chose d’une pareille configuration mais celle-ci s’est carrément inversée. L’ « Appel des 800 » est une occurrence exemplaire du phénomène, qui joue une dissonance si flagrante d’avec la mélodie consacrée qu’il mérite d’être étudié comme symptôme.

De Voltaire à Balasko

D’abord, considérons en qualité de quoi accusent nos nouveaux Zola. L’« artistocrate » pose très spontanément en haute conscience de la nation, mais avons-nous bien sur l’estrade en question de grands écrivains ou de profonds philosophes qui soient à la fois studieux, instruits et doués d’une autorité intellectuelle remarquable ? Dans les 800 signataires, y a-t-il seulement une personnalité qui représente symboliquement un demi-Voltaire ? Quel est d’ailleurs le rapport de cette masse avec, à proprement dit, le métier de la réflexion, de la critique éclairée ou des spéculations métaphysiques ? Tous ces signataires ont partie liée avec le champ culturel au sens large, certes, mais tout de même, on brade à peu de frais la notion d’autorité morale ! En quoi des auteurs de bandes dessinées comme Joan Sfar ou Enki Bilal, des slammeurs comme Abd-Al Malik, des chanteurs de variétés comme Cali ou des actrices comme Josiane Balasko et Emmanuelle Béart disposeraient-ils d’une légitimité particulière à poser en sages, en guides, en éveilleurs du peuple ? Christine Angot a-t-elle un rapport véritable avec Goethe ? Ces « artistes », qui ne sont qu’exceptionnellement des « intellectuels », ne sont par ailleurs « artistes » qu’au sens galvaudé que donne à ce terme la société de divertissement. Difficile d’associer de simples vedettes, des amuseurs, des comiques (Sophia Aram), des rimailleurs, au prestige consacré par toute une civilisation à un Van Gogh ou un Dante, à Beethoven ou Hegel…

Le médium et le message

Le « grand intellectuel isolé », dans la dernière version du mythe, se trouve ainsi désormais être une foule de 800 personnes composée essentiellement d’intermittents du spectacle… Et cette foule s’exprime sur un support particulier : Libération. Or, sans aller jusqu’à affirmer avec le célèbre philosophe des médias Marshal McLuan que « Le message, c’est le médium », le support n’en reste pas moins une part non négligeable de la communication elle-même. Il se trouve précisément, comme l’a déjà exposé l’OJIM, que le quotidien mao en chute libre s’est recyclé depuis quinze ans dans l’antifascisme d’opérette le plus caricatural (rappelons-nous de l’absurde couverture sur Clément Méric, exposé comme un véritable Jean Moulin du XXIe siècle le lendemain de son décès et avant même la moindre enquête). Ainsi, le journal n’en finit-il pas de publier pétitions et manifestes pour tenter de rallumer la flamme, comme un vieux gauchiste nostalgique rabâcherait sans cesse le souvenir de sa première manif’ en espérant retrouver par là l’illusoire ressort d’une insurrection historique. Dans le contexte particulier de cette rentrée 2015, alors que Le Monde a déjà publié le manifeste grotesque d’Édouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie déclarant lutter contre les intellectuels néo-réacs qui occupent le champ médiatique, Libé, pour ne pas être en reste, a publié cet appel dans une optique assez similaire de reconquête idéologique et en attaquant les mêmes intellectuels. À la compassion pour les migrants ne se mêle donc pas moins la compassion pour le journal Libération lui-même et, d’une manière générale, la pitié qu’inspire à toute une classe médiatico-culturelle son hégémonie perdue.

Cibles indirectes

« (Aux côtés de Romain Goupil), le cinéaste Nicolas Philibert ajoute: “Il y a un sentiment collectif de ras-le-bol face au mutisme des politiques et à la montée d’une pensée réactionnaire disséminée par une demi-douzaine d’intellectuels médiatiques”. Dans leur viseur, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Éric Zemmour ou Michel Houellebecq, en couverture des hebdomadaires et invités régulièrement à la télévision », lit-on sur le site du Figaro dans le cadre d’un entretien du journaliste avec les initiateurs de l’appel. Où l’on voit à quel point on s’éloigne du modèle mythique voltairo-zolien, puisque les adversaires directs et indirects de la tribune ne sont pas un pouvoir constitué mais précisément des intellectuels ou écrivains tels que ne peuvent globalement prétendre l’être les signataires, et des intellectuels justement isolés et dissidents. Nous ne nous trouvons donc pas dans la configuration de l’intellectuel isolé face aux passions de la foule mais dans celle d’une foule arguant fallacieusement d’une autorité morale pour s’en prendre à des intellectuels isolés et cela selon un ratio de deux-cents contre un !

Soutien de l’État

Enfin, autre distorsion fondamentale, ces animateurs du spectacle culturel qui s’en prennent à des intellectuels se trouvent être immédiatement soutenus par l’État ! À peine l’appel est-il publié que le ministre de l’Intérieur débarque à Calais : « Ces artistes “manifestent une préoccupation que j’entends et que je partage”, a réagi Bernard Cazeneuve. “Ils sont la voix d’une France mobilisée, solidaire, généreuse, d’une France qui refuse le repli sur soi et le rejet”, a ajouté le ministre de l’Intérieur. » Tout de même, voilà qui ne ressemble guère à l’attitude chevaleresque et héroïque que nous évoquions en préambule, mais paraît au contraire se résumer à un trivial échange de bons procédés entre un pouvoir désavoué d’un côté, et des privilégiés discrédités de l’autre… Quel risque prennent des gens qui sont à la fois du bon côté de la pyramide sociale, du bon côté de l’idéologie dominante, du bon côté du pouvoir politique et du bon côté du levier du chantage moral ? L’aura automatique de « Zola ressuscités » que prétendraient leur allouer de vieux réflexes que personne ne prend le temps de réévaluer n’est-il pas outrageusement usurpée ? Pendant que l’État échoue à protéger les frontières du pays et à défendre la population de la déferlante migratoire, des saltimbanques déguisés en Voltaire s’insurgent quant aux conditions d’accueil faites à ceux qui ont violé les frontières, transformant la faiblesse en générosité, et surtout, soustrayant aux administrés français leur statut de victimes, quand ils le sont de l’incompétence de leur gouvernement, pour l’allouer exclusivement aux migrants. Les migrants devenant même, davantage que des bombardements qui les auraient fait fuir, victimes de la frilosité des Français, les victimes initiales devenant en un tour de passe rhétorique des coupables n’étant plus en mesure de demander les comptes qu’ils auraient été en droit de demander à leur gouvernement… C’est pourquoi, structurellement, cet « Appel de Calais », ressemble surtout, en définitive, à une opération de com’ du gouvernement socialiste réalisée grâce au lobby « artistocrate », et par l’entremise de Libération, feuille officielle de la gauche libérale au pouvoir.

« L’Appel » dans le texte

L’« Appel des 800 » n’est donc qu’une opération de com réalisée par le gouvernement socialiste grâce au lobby « artistocrate ». Intéressons-nous désormais au fond, c’est-à-dire au texte du manifeste proprement dit. D’abord, on nous explique que les associations sur place tentent désespérément d’alerter l’opinion publique sur les « épouvantables conditions de vie réservées aux migrants et aux réfugiés de la jungle de Calais. » Nul ne contestera, certes, que les conditions dans lesquelles vivent les « migrants » sont bien des conditions épouvantables. En revanche, l’adjectif « réservées » est tout de même pour le moins intriguant. Si ces conditions ont été « réservées » aux migrants, alors cela signifie que la population française, consciente, concertée et active dans cette histoire, aurait décidé de « réserver » pareilles conditions, plutôt que d’autres, aux foules débarquées sur son territoire. Ce qui est bien sûr absolument faux, mais qui permet insidieusement et dès le début du texte d’accuser le Français de base en faisant porter sur ses épaules la responsabilité d’une situation dont, non seulement, il n’est nullement responsable (à la limite, ses ministres, par une politique extérieure inconsidérée), mais surtout, dont il peut être le premier à souffrir, notamment quand il a le malheur d’habiter Calais, et non les premiers arrondissements parisiens où logent la plupart des signataires philanthropes.

Si le « Camp du Bien » existe, alors tout est permis !

Les migrants sont décrits comme « laissés à eux-mêmes » et la même expression est employée au sujet de leurs enfants. Par quoi on peut remarquer comment les artistocrates vendent mal leurs migrants à la population, puisqu’il est maladroit de vouloir démontrer à celle-ci qu’elle aurait une obligation morale de prendre en charge des gens qui, eux-mêmes, ne prennent pas en charge leurs propres enfants. Et… qui violent leurs femmes. Voilà qui donne envie de s’enrichir d’une telle présence… On parle de « violences policières presque routinières », ce qui est une attaque contre la police non étayée, plutôt perfide, et l’on s’étonne que le gouvernement n’ait pas réagi à cette phrase pour, au moins, défendre sa police. En outre, est-il judicieux de se mettre à dos les policiers quand, par ailleurs, il est patent qu’on les réclame, ne serait-ce que pour éviter qu’au sein de cette population laissée à elle-même les femmes se fassent violer ? Enfin, il est question de « ratonnades organisées par des militants d’extrême-droite », alors même qu’on n’a pas retrouvé les auteurs des faits évoqués et qu’il est donc impossible de savoir s’il s’agit de militants politiques ou simplement d’habitants violents et/ou désespérés. La probité, l’honnêteté intellectuelle, la cohérence, lorsqu’on appartient au Camp du Bien : c’est évident qu’on n’en a rien à faire.

L’ennemi : Les réacs

Enfin, après des formules lyriques et rhétoriques d’adolescent fumant son premier pétard (« Jusqu’à quand allons-nous nous taire ? » – Parce que vous n’êtes pas en train de parler, peut-être ? « La spirale du pire est amorcée »), sont désignés les véritables cibles du texte, les auteurs de ces « discours réactionnaires ou fascisants (qui) ne cessent depuis des années de diviser les gens ». Bien sûr, avant que Zemmour ne passe à la télé, les racailles de banlieue, tous les week-ends, après s’être rendues dans le Marais chercher leurs amis juifs ou homosexuels, s’empressaient d’aller aider les mamies « de souche » à traverser aux carrefours encombrés, tout en jurant sur le Coran qu’il ne fallait pas toucher à la République. Et puis les réacs sont arrivés et leurs propos nauséabonds ont transformé la réalité ! Très révélatrice, cette croyance du politiquement correct que le réel n’est que le discours qu’on en propose… Mais on trouve ensuite, dans le texte, un autre ennemi embusqué derrière les réacs, et cet ennemi, ce n’est ni plus ni moins que la Nation. La Nation injuste d’ériger des frontières, de faire profiter ses citoyens d’avantages dont sont exclus ceux qui ne lui appartiennent pas et qui, on l’imagine, devrait par conséquent disparaître.

Chacun son indigence

Revenant à la ligne à chaque phrase afin de suggérer l’intensité de ses battements de cœur, l’auteur du manifeste écrit donc : « Cette mise en concurrence des indigences est ignoble. / Elle nous habitue à l’idée qu’il y aurait des misères défendables et d’autres non. / Elle sape les fondements des valeurs constitutives de la France. / Elle nie notre humanité commune. / Elle nous prépare au pire. » Là, le délire est complet. Il ne s’agit pas de dire qu’il y aurait des misères défendables et d’autres non, simplement qu’il y a des misères dont l’État est directement responsable : celles qui touchent ses administrés, et d’autres, dont il n’est pas directement responsable, ou alors il faut lui donner les compétences d’administrer toute la population de la planète ! Et l’on apprend donc que les « fondements des valeurs constitutives » (quelle redondance) de la France seraient de refuser que la France en question puisse justement se constituer en Etat ! Ce qui relève d’une incapacité assez effrayante à penser à la fois la dimension universaliste de la France et sa réalité politique, comme si l’une devait annuler l’autre, parce que rien ne pourrait jamais exister que sur le même plan et en fonction de logiques binaires ! Pour les mêmes raisons, notre « humanité commune » serait soi-disant niée dès lors qu’il existerait des nations, et comme si les deux notions étaient contradictoires. L’indigence intellectuelle des auteurs du manifeste, même avec le soutien de plusieurs états et l’aide de cent associations, paraît quant à elle, en tout cas, inexorable.

L’absent : le peuple de Calais

Comme l’OJIM l’avait déjà fait remarquer l’an dernier, dans cette affaire calaisienne, il y a un acteur fondamental qui est purement et simplement nié tant par les médias, hier, que par les artistocrates, aujourd’hui : le peuple de Calais. Et ce sont bien ces dessinateurs, ces slammeurs et ces humoristes parisiens, qui mettent les misères en concurrence et désarment de leurs droits de citoyens français, de leurs droits à être défendus aux frontières et sur leur propre territoire, les habitants de Calais, au prétexte que, comparée à celle de foules errantes en exil, leur misère serait très relative. On déconstruit ainsi le droit positif au nom de grandes bouffées sentimentales abstraites. Aussi, si l’on évoque les trois agressions dont ont été victimes les migrants, on n’évoque pas, en revanche, celles, nombreuses, qu’ont dû subir les Calaisiens, sans compter les vols et la dévastation de leur environnement. On n’expose pas non plus comment les migrants eux-mêmes se partagent les terres calaisiennes en zones tribales et se livrent ensuite à des affrontements afin de maintenir leur emprise sur les terres qu’ils ont pourtant violées. Et si l’égoïsme ou la frilosité des Calaisiens en particulier et des Français en général est sans cesse insinuée, la bêtise et la sauvagerie manifestes des migrants sont rarement notées par des bourgeois qui n’adorent véritablement que leur propre générosité supposée, telle que la leur renvoie à leurs yeux et par leurs journaux le concept immaculé des « migrants ». En somme, cette séquence est à ajouter à la liste des coups de pression, d’intimidation, de transes et d’incantations soudaines à quoi se livre une classe médiatico-politique paniquée de voir vaciller son pouvoir, et qui aujourd’hui plus que jamais, révèle ses imbrications secrètes et se serre les coudes, du rappeur parvenu jusqu’au premier ministre.

OJIM (Observatoire des journalistes et de l'information médiatique, 3 et 4 novembre 2015)

17/05/2012

Les populistes contre les médiagogues...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Andrea Massari, cueilli sur Polémia  et consacré aux médiagogues, ces hommes (ou femmes...) politiques qui collent aux idées dominantes propagées par les médias... 

 

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Les populistes contre les médiagogues


« Le camp du bien »

A quelques exceptions près, les journalistes appartiennent au « camp du bien » (selon Robert Ménard). Ils partagent un ensemble de valeurs communes à base de mondialisme, d’antiracisme, d’autoculpabilisation européenne et de rupture des traditions. Les médias ne sont pas neutres. Ils sont engagés. Les hommes politiques invités dans les médias doivent tenir compte de cette réalité.

Pour les socialistes, c’est assez facile : cela correspond globalement aux idées qu’ils défendent. Il en va de même pour l’histrion pseudo-révolutionnaire Mélenchon. D’ailleurs, des votes effectués dans les écoles de journalisme à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle de 2012 ont montré que 71% des élèves du CELSA et 85% de ceux de l’ESJ de Lille votaient à gauche ou à l’extrême gauche. Les candidats de ces formations sont reçus à domicile dans la presse !

Les médiagogues

Il n’en va pas de même pour ceux de l’UMP (et a fortiori du FN). C’est pour cela qu’on a vu apparaître à l’UMP une nouvelle catégorie d’hommes politiques : les médiagogues, ceux qui choisissent délibérément de flatter les journalistes et de tenir un discours proche des idées dominantes dans les médias. L’objectif des médiagogues est d’obtenir une bonne visibilité et une bonne image, ce qui leur permet de progresser dans la carrière et de passer de député à ministre, de ministre à présidentiable.

Ainsi dès les années 1990, Alain Juppé s’est forgé une image d’homme hostile au Front national dans l’espoir de devenir maire de Paris ou présidentiable. Lors du débat sur le PACS, en 1999, une parfaite inconnue, Roselyne Bachelot, est devenue la coqueluche des médias en votant avec la gauche contre l’avis de ses amis. Ce qui lui a permis de devenir ministre et de le rester sept ans. Aujourd’hui un certain nombre de bébés présidentiables suivent la même stratégie : Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse et Bruno Lemaire par exemple. Chantal Jouanno qui vise Paris joue la même partition. Deux marqueurs suffisent pour être dans le « camp du bien » : être favorable au « mariage gay » et à « l’homoparentalité » et préférer le PS au Front national.

Les populistes

Les populistes sont dans une logique radicalement différente. Ils sont en phase avec l’opinion de la majorité des Français. Ainsi les deux tiers des Français trouvent qu’il y a trop d’immigration et que des mesures protectionnistes seraient utiles : Marine Le Pen a exprimé leurs préoccupations, dans un environnement médiatique de plus en plus hostile. Nicolas Dupont-Aignan s’est inscrit dans une logique voisine. Il n’a par ailleurs pas hésité sur Canal+ à mettre en cause les journalistes et leur coupure avec la France profonde.

Un certain nombre de députés UMP et la « droite populaire » défendent aussi des idées médiatiquement hétérodoxes sur l’identité ou les valeurs. Christian Vanneste, qui s’oppose au lobby homosexualiste, a même fini par être exclu de l’UMP. Il faut ici apporter une précision : les médias insistent sur le fait qu’il y aurait une majorité de l’opinion qui serait favorable au « mariage gay ». Le seul problème c’est que partout où il y a eu des référendums (Californie, Arizona, Floride, Arkansas et Slovénie) le « mariage gay » a été repoussé…

Sarkozy et Copé : le grand écart !

Il faut ici analyser la stratégie de Nicolas Sarkozy. Elle systématise la dissociation de l’action et de la parole. Nicolas Sarkozy a beaucoup agi dans le sens du médiatiquement correct : il a supprimé la « double peine » (permettant ainsi aux délinquants étrangers de rester en France), il a mis en œuvre la discrimination positive, il a promu l’enseignement de la « théorie du genre » au lycée et a poursuivi la politique d’ouverture des frontières. Mais la parole sarkozyste a souvent été en rupture avec l’action : en 2007, le candidat Sarkozy a prétendu rompre avec l’esprit de Mai-68 ; en 2012, le sortant Sarkozy s’est fait le chantre des frontières. Paroles, paroles… mais des discours qui ont été singulièrement efficaces : permettant une victoire nette en 2007 et limitant une défaite inéluctable en 2012.

Copé s’inscrit strictement dans la même stratégie. Deux axes dominent la prochaine campagne législative de l’UMP : en direction des électeurs, un message patriotique et tricolore ; en direction des médias, un discours d’exclusion du Front national.

Que feront les populistes de l’UMP ?

La force de l’UMP, c’est son double positionnement : un clin d’œil populiste pour les électeurs, un clin d’œil médiagogique pour la caste dominante. Mais c’est aussi sa faiblesse.

La question est la suivante : jusqu’à quand les populistes vont-ils continuer à jouer les porteurs d’eau des Juppé, Copé, Jouanno, Pécresse, Bachelot et autres NKM ? Jusqu’à quand les électeurs vont-ils se laisser berner ? Le jeu des médiagogues est une insulte à la démocratie.


Andrea Massari (Polémia, 11 mai 2012)