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Métapo infos - Page 879

  • Le tourisme de masse et la révolte des élites...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Laurent Ottavi, cueilli sur Figaro Vox et consacré au comportement des élites occidentales. Laurent Ottavi est journaliste à la Revue des Deux Mondes et collabore à Polony TV.

     

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    Christopher Lasch, le tourisme de masse et la révolte des élites

    Des touristes dans leurs propres pays … L'historien Christopher Lasch l'avait déjà souligné dans son testament politique, La Révolte des élites ou la trahison de la démocratie. Les «élites» des États-Unis (mais le constat vaut aussi pour celles des pays d'Europe occidentale, ce qui n'est pas l'objet du livre de Lasch) se réjouissent que «le monde bouge». Leur idéal est la mobilité, qu'elle soit géographique ou virtuelle. Elles choisissent les réseaux plutôt que le lieu, l'uniformisation accélérée contre les frontières et la diversité réelle. Elles se voient comme des citoyens du monde, se déchargeant ainsi des obligations civiques inhérentes à la citoyenneté. Elles dénigrent la nation, cadre de nos démocraties, en ce qu'elle entrave leur idéal d'émancipation et qu'elle les astreint à la solidarité politique et économique avec leurs concitoyens.

    «L'homme de nulle part»

    Christopher Lasch s'interroge: les élites se pensent-elles encore comme américaines? Elles ont plus en commun avec leurs homologues d'autres pays plutôt qu'avec leurs propres concitoyens! Les modes de vie et la vision du monde des gens ordinaires aux États-Unis leur sont rebutants voire étrangers. C'est pourquoi elles s'emploient à «créer des institutions parallèles ou alternatives» pour s'extraire du sort commun. L'Amérique des côtes méprise celle du centre, rétrograde à ses yeux car enracinée. L'Amérique des gens ordinaires, comme la France périphérique, ne souhaite pas vivre en touriste dans son propre pays. Elle ne cherche pas à se dépayser dans un univers climatisé et standardisé ; elle veut se sentir chez elle, dans la continuité de son histoire.

    Le mot «touriste» remonte à Stendhal, quand l'écrivain «faisait des tours» sur les lieux de mémoire napoléonien. C'est bien autre chose aujourd'hui. Le touriste contemporain, même s'il s'agit ici d'une généralisation, n'est plus voyageur. Il est un consommateur en puissance qui traverse un monde débarrassé de ses négativités, transparent et par là exploitable. Il est vautré dans son confort, dans sa sécurité, dans son narcissisme (selfies). Il vit dans l' «Empire du même» (mêmes chaînes de restauration, même empire du globish, mêmes slogans …), bien qu'il clame sans cesse son amour de la différence. Il est en quête, permanente et pressée, de bonheur et ne veut pas s'entraver avec des dépendances.

    Le touriste est l'«homme de nulle part» dont parle Hervé Juvin. Il n'a guère d'égards pour l'histoire et la géographie. L'histoire nationale n'est ainsi «valorisée» que dans le cadre des musées, c'est-à-dire «entre quatre murs», et l'on prend bien soin de l'accompagner d'une lecture binaire bourreaux/victimes. La muséification n'est pas le triomphe de l'histoire. Elle est le signe que nous pensons en finir avec le tragique de l'Histoire en le mettant en vitrine! Le passé, croit-on, est définitivement enterré. Les visiteurs de musées observent d'un œil superficiel ces hommes et civilisations étranges, guerrières, patriarcales, qui sont pourtant ceux qui nous ont rendus possibles, ceux sans lesquels nous ne serions pas. Quant à la géographie, les frontières sont un obstacle à la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes, et aux réseaux dans lesquels les élites se meuvent avec aisance.

    La quête de l'indifférenciation

    La «construction européenne», artifice langagier pour masquer l'ampleur de la déconstruction, est une bonne illustration de ces refus des contraintes temporelles et spatiales. Elle fait fi de la diversité des nations. Elle est hors-sol, comme les élites qui l'ont produite et n'ont pas hésité à passer outre le vote des peuples (le référendum de 2005) pour maintenir leur bijou d'inconsistance.

    «Il ne saurait y avoir de démocratie contre les traités» a-t-on entendu au moment de la crise grecque. La «vision touristique» du monde, de ceux qui nous «gèrent» plus qu'ils ne nous gouvernent (gouvernement), ne connaît pas le peuple, ni le politique. La démocratie, pourtant, implique d'abord l'existence d'un corps politique, d'un demos, souverain. Elle est pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple!

    Il est significatif que les «élites» françaises en soient réduites à opposer un argument «touristique» aux critiques de l'euro, cette «monnaie sans visage» (Juvin). Grâce à l'euro, les touristes n'ont pas à changer leur monnaie dans les pays membres de la zone. Quel progrès! Que pèsent, à côté de cette immense réussite, les divergences économiques et politiques croissantes entre les pays, la désindustrialisation, le chômage? Ce type d'argument relève du mépris de classe.

    La réalité aux oubliettes

    Le touriste contemporain, contrairement au voyageur, se fait détester des locaux, alors qu'il prétend «aimer», œuvrer au mélange des cultures et à leur amitié, donc à leur pacification. Il est l'homme lige de la mondialisation heureuse! Son amour est pourtant fait de bien peu d'attachements: il suffit qu'une destination ne soit plus desservie pour qu'il se précipite sur une autre. Pour lui, tout est remplaçable! Il participe à l'uniformisation du monde (les lieux de vacances, les enseignes, le globish etc.), et à la destruction des ressources (destruction de terres fertiles, émission de CO2 etc.). Il n'en appelle pas moins (car il a un minimum de conscience!) à développer un «tourisme de masse soutenable», de même que les élites parlent de «croissance verte». Deux inepties.

    La prétention des élites à répandre une conception du monde occidentale, maquillée souvent en discours «humanitaire», se paie de ressentiment! Car elle se fait au mépris des traditions, des coutumes, des mœurs et de la diversité des langues. Au discours sur le «monde ouvert», fluide, plus démocratique, «sans frontière», pacifique, répondent des murs toujours plus nombreux et des séparations au sein même des territoires. Le monde uni par la globalisation est d'autant plus fragmenté (sécessions, communautarismes, islamisme).

    La destruction de la diversité du monde à laquelle participent les élites est une destruction de la réalité. Comme les touristes, dont l'imaginaire est façonné par l'industrie du loisir, elles vivent dans une «hyper-réalité». Ce n'est pas pour rien que la «construction sociale de la réalité» est leur dogme, comme le souligne avec justesse Christopher Lasch. Il suffirait de la déconstruire pour pouvoir la reconstruire à partir de zéro. L'idéologie du genre et les transhumanistes y contribuent avec ténacité!

    Le multiculturalisme comme bazar universel

    La société à reconstruire, selon ces élites, est évidemment multiculturelle. Leur vision du monde, là aussi, est touristique. Elles ont en tête l'image du bazar coloré, tolérant, festif et abondant, qui met à disposition les cuisines et les vêtements du monde entier. Elles voient dans l'immigration un moyen de faire entrer le monde chez soi et, par-là, d'être touristes chez elles.

    Elles se réjouissent de la diversité des restaurants auxquels elles peuvent accéder et de la nounou d'origine étrangère qui garde leurs enfants. Le tout sans avoir à subir, protégées qu'elles sont au-dedans de leurs frontières invisibles (digicodes, contournement de la carte scolaire, homogénéité culturelle et sociale des immeubles qu'elles habitent), les conséquences désastreuses d'une immigration de masse sur l'intégrité et la pérennité d'une communauté nationale! Elles fonctionnent comme l'Union européenne, qui juge les hommes remplaçables: la population européenne baisse? Comblons «le manque» par les immigrés!

    À cette approche s'ajoute une lecture binaire de l'histoire, entre bourreaux et victimes qui méritent réparation (discrimination positive). Des groupes particuliers dont on exagère la souffrance doivent obtenir de l'État une «estime de soi» (Christopher Lasch). Big Mother se charge avec douceur et bienveillance de ceux qui sont jugés victimes, et «psychiatrise» les fauteurs de «discriminations», l'usage de ce mot traduisant la haine de la différence réelle.

    La discrimination, étymologiquement, est en effet un discernement. Ne pas distinguer, ne pas voir de différence, c'est se livrer à une unique option. Remarquons cette autre chose: ces discours sur les victimes de l'Histoire et les réparations induites ont des approches communautaristes ou individuelles, pas collectives. Quid de la démocratie, loi de la majorité, avec une telle conception?

    Persévérer dans l'erreur

    Les élites ont l'obsession du «modèle», non pas lié à une histoire et à une géographie, mais du «modèle» venu de l'extérieur: l'Allemagne pour l'économie, la Finlande pour l'éducation, la Suède pour le féminisme. Les singularités, quand elles ne vont pas dans le sens de l'émancipation des élites, sont à domestiquer, à mettre aux normes. Le monde est convoqué pour éradiquer le singulier! Philippe Murray parlait de «mondification», c'est-à-dire d'une «homogénéisation du monde», de sa «mise aux normes touristiques planétaires par indifférenciation de toutes les manières de vivre et de penser».

    Un tel programme implique l'optimisme - démesuré - de penser que la guerre ne viendra jamais troubler la «fête». En nous désignant, l'ennemi islamiste nous a rappelés à notre impuissance: à nos pertes de souveraineté, au peu d'épaisseur de nos mœurs, à la faible intensité de notre sacré. Les élites n'ont pas pour autant (ou en tout cas insuffisamment) pris conscience de ce qui nous livre à l'adversaire. Comme le touriste, elles poursuivent leur parcours balisé et confortable, dans une bulle où le tragique de l'Histoire n'a pas sa place. Le Mal ressurgit dans l'Empire du Bien sous les traits de l'islamisme, gros de nos renoncements et nos lâchetés? À cela, celles qui pourraient donner leur direction à la société n'ont rien d'autre à proposer que de lever nos verres …

    Laurent Ottavi (Figaro Vox, 27 juillet 2018)

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  • Le monde d'Homère...

    Le nouveau numéro du Figaro Histoire (août - septembre 2018) consacre son dossier central à Homère et à la guerre de Troie...

     

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    " Alors que l'un des plus anciens fragments connus de l'Odyssée vient d'être découvert sur une tablette à Olympie, Le Figaro Histoire explore cet été l'œuvre passionnante et généreuse d'Homère. Le poète aveugle a-t-il existé? La guerre de Troie a-t-elle eu lieu? Faisant la part du mythe et de l'histoire, les meilleurs spécialistes se penchent sur l'histoire du monde mycénien, des siècles obscurs et de la cité grecque émergente, et partent sur les traces de Schliemann, le découvreur de Troie. Un portfolio du masque d'or d'Agamemnon et du trésor de Priam, un dictionnaire des héros de l'Iliade et un décryptage de la série Troie complètent ce numéro exceptionnel.

    Au cœur de l'actualité, Le Figaro Histoire revient sur l'histoire cachée du printemps de Prague en montrant comment, il y a cinquante ans, les troupes du pacte de Varsovie écrasèrent les tentatives de démocratisation de la Tchécoslovaquie avec l'accord tacite de De Gaulle. Côté reportage, il vous emmène au Vietnam, sur les sentiers secrets de la piste Hô Chi Minh, et vous fait visiter les coulisses d'un tournoi de béhourd, ce spectaculaire sport de combat qui reproduit dans les règles de l'art les joutes médiévales. "

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  • Le guide sulfureux du Paris "réac et facho"...

    Les éditions de Synthèse nationale viennent de publier sous la signature de Patrick Parment un Guide sulfureux du Paris"réac et facho". Tout un programme ! D'autant que depuis l'amusant Paris by right - Guide de l'Homme de Droite à Paris (Trident, 1991), de Francis Bergeron et Philippe Vilgier, le sujet n'avait pas été, à notre connaissance, ré-abordé. Journaliste, Patrick Parment a débuté sa carrière au Figaro Magazine.

     

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    " Voici une histoire des rues de Paris qu’une France en proie aux Droits de l’homme aimerait en grande partie effacer. On est d’abord partie à la recherche des lieux de résidence des écrivains, pas tous forcément "de droite"  que nous aimons et dont certains, pas les moins talentueux d’ailleurs, furent ce que l’on appelle des « collabos » alors qu’ils cherchaient une issue à une France démocratique qui s’enfonçait – et s’enfonce toujours -, dans la décadence. Dans un deuxième temps, on s’est penché sur ces lieux emblématiques occupés par les Allemands durant l’Occupation – et ils ont eu la main lourde -, dont beaucoup sont toujours le témoignage d’une grandeur passée.

     On ne pouvait pas non plus passer à côté des hauts lieux de cette Révolution dont se gargarisent nos intellos de gauche dont une guillotine aveugle est venue alimenter de trop nombreux charniers, transformés dans le meilleur des cas en cimetières. Leur France des Lumières sent passablement le roussi. 

    Enfin Paris est un livre d’architecture passionnant. On a noté quelques ouvrages remarquables. Car il n’est pas sûr que les chapitres d’aujourd’hui et à venir témoignent de la même grandeur que ceux d’hier. 

    On n’a pas oublié les hauts lieux – mais c’est loin d’être exhaustif -  de tous ces militants dits d’extrême-droite qui s’obstinent à transmettre le flambeau, de génération en génération, d’une France patriote qui plante ses racines en Grèce dans le doux murmure de l’Iliade et l’Odyssée.  "

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  • Feu sur la désinformation... (196)

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée cette semaine par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Hervé Grandchamp.

    Au sommaire :

    • 1 : Affaire Benalla : le gouvernement orchestre la réplique médiatique
      Après une semaine de silence, Alexandre Benalla réplique dans les médias, 3 médias en 3 jours. Barbe rasée, mains croisées docilement sur la table, c’est le retour du favori de Macron médiatrainé.
    • 2 : Le Zapping d’I-Média 
      Août, Paris va accueillir les « Gay Games », la ville la plus « gay friendly » va accueillir une sorte de jeux olympiques de la « diversité » « prônant le respect à l’égard de tous les participants ». Une communautarisation du sport mettant en avant les tendances sexuelles n’ayant aucun rapport avec une quelconque performance sportive.

    • 3: Audiences radio, c’est l’heure du mercato
      Retour sur les audiences radios. Depuis 1 an Europe 1 creuse le trou. Le mercato des journalistes pourra-t-il amener un vent de frais à la radio de Lagardère ?
    • 4 : Les tweets de la semaine
      Le Monde désire-t-il un nouveau référendum sur le Brexit ? le 27 juillet, le journal de « référence » publiait un article : « Une majorité de Britannique en faveur d’un nouveau référendum ». En réalité cette majorité est bien contestable, 42 % des britanniques désirent un nouveau vote, Ils sont presque autant à ne pas le désirer. Peut-être, demain, Le Monde publiera un article sur un deuxième vote pour confirmer l’élection d’Emmanuel Macron ?

     

                                            

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  • Interrogations sur l'art contemporain...

    Les éditions de Paris - Max Chaleil viennent de publier un essai d'Alain Kleimann intitulé Interrogations sur l'art contemporain. L'auteur est peintre et membre du groupe Mémoires.

     

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    " Le cri de colère d’un peintre dénonçant la confiscation de l’art par de soi-disant théoriciens actuels et par des pouvoirs culturels en quête d’effets de nouveauté à tout prix. Il n’est aujourd’hui plus question de la qualité d’une œuvre, mais de sa valeur financière et publicitaire. Quels sont donc les critères de l’art contemporain ? Les artistes plasticiens peuvent-ils ainsi être mis sous tutelle comme cela se produit dans d’autres domaines : théâtre, musique ou littérature… ? S’agit-il de substituer à la dimension de l’art pictural qui s’est affirmée tout au long des siècles, un « art contemporain officiel » dont le principal souci est de nier ce qui le précède en imposant de nouveaux dogmes idéologiques autoproclamés ; ceux-ci étant liés à des intérêts pécuniaires particuliers et saturant les expositions institutionnelles d’afféteries insignifiantes, arbitraires, absurdes, et totalitaires qui n’en finissent pas de lasser les artistes et le public. "

     

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  • Les « 3 D » de la gauche : déni, délit, délire !...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par François Bousquet, le rédacteur en chef d'Éléments, à Boulevard Voltaire à l'occasion de la sortie du numéro d'été de la revue. Journaliste et essayiste, François Bousquet a notamment publié Putain de saint Foucauld - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015) et La droite buissonnière (Rocher, 2017).

     

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    François Bousquet : "Les « 3 D » de la gauche : déni, délit, délire !"

    Le numéro d’été d’Éléments est en kiosques. Alain de Benoist y signe un papier accablant sur la manière dont la gauche est devenue racialiste. C’est le monde à l’envers, non ?

    En un peu plus d’une trentaine d’années, la gauche est passée du déni du réel (les races n’existent pas) au délit du réel (la pénalisation du racisme), avant de succomber au délire du réel (les races sont partout). Les « 3 D » de la gauche : déni, délit, délire ! Ils symbolisent à eux seuls les contradictions du gauchisme culturel. C’est ce qu’on appelle, en psychologie comportementale, une injonction contradictoire, qui résume assez bien la schizophrénie des progressistes. Ils proclament, comme dans La Ferme des animaux (1945) de George Orwell, que tous les animaux sont égaux, certes, mais certains – en l’occurrence, les minorités visibles – sont plus égaux que d’autres. La vérité, c’est que la gauche est prise au piège de son antiracisme. Elle prêche l’universalisme tout en défendant des pratiques de non-mixité de populations qui promeuvent un ethnodifférentialisme victimaire. Elle qui, hier, voulait abolir les races en est réduite, aujourd’hui, à les exacerber. La non-mixité consacre le grand retour de la ségrégation, mais non plus subie, tant elle est consentie et revendiquée. Cela conduit la gauche à ethniciser les rapports sociaux. Il est loin, le temps de SOS Racisme et de « Touche pas à mon pote ». Il n’y a plus de potes, ici. Les mâles blancs, porteurs d’un privilège inconscient qui leur confère une supériorité indue, doivent en rabattre. Ils ont, d’ailleurs, disparu de l’agenda. C’est le pari de Mélenchon : s’adresser au peuple de substitution – à partir des clivages de genre et d’origine ethnique – au détriment du peuple historique, le peuple français, et singulièrement la France périphérique, les « non-racisés », dans le nouveau jargon diversitaire.

    Bienvenue chez les fous !

    Vous l’avez dit ! C’est la logorrhée des médecins de Molière et des femmes savantes, du docteur Diafoirus et de Trissotin (le trois fois sot), appliquée au multiculturalisme et aux études de genre. Ces dernières années, le glossaire du racial s’est considérablement étoffé. On peut même dire, en effet, qu’il est devenu fou, s’autoreproduisant et s’autoradicalisant sans cesse suivant une logique insensée. Les termes dérivés du mot « race » se multiplient au rythme des colonies bactériennes. Le dernier-né, c’est la notion de « racisation », processus par lequel les « non-racisés » (les Blancs) renvoient les « racisés » (les non-Blancs) à leur assignation raciale. Si, en plus, ces derniers sont multi-discriminés, on parle d’intersectionnalité. Cela fait d’eux des victimes hyperboliques, au carré, au cube : par exemple, en tant que femme, en tant que Noire, en tant que « non-binaire » (sans genre). À ce stade, vous êtes mûr pour intégrer des camps d’été « décoloniaux » ou vous réfugier dans des « safe spaces », des « espaces sécurisés » qui permettent aux malheureux souffrant d’« oppression hétéronormative » de se retrouver dans un entre-soi protecteur. En somme, l’apartheid chez les fous !

    Il y a en a un que vous n’épargnez pas et qui résume assez bien cette folie qui s’est emparée du gauchisme, c’est Édouard Louis. Une « imposture », dites-vous…

    Eddy Bellegueule, de son nom de naissance. À 25 ans, il est déjà l’auteur de trois best-sellers et une vedette sur les campus américains. Mais derrière l’icône rose bonbon du gauchisme chic se cache un mystificateur qui joue habilement de ses multiples identités pour imposer une marque au minimalisme sophistiqué, alors qu’elle n’est qu’une vulgaire contrefaçon misérabiliste. Tout est faux, chez ce « garçon » – mais peut-on encore l’appeler de ce nom ! Faux écrivain, faux élève normalien. Il a tout refait : le visage, l’état civil, le passé, pour se composer une transidentité qui fait de lui un mutant anorexique surmonté d’une tête d’angelot diaphane. Assurément un des plus beaux spécimens de la destruction créatrice chère aux théoriciens du capitalisme. Telle est, du reste, la promesse ultime de ce monde-là : la propriété de soi, le libre usage du corps. La caractéristique première d’Édouard Louis, c’est qu’il passe son temps à fayotter. « La droite est tellement violente », pleurniche-t-il. Oh, le pauvre petit chéri ! Encore une victime ! Je souffre, donc je suis. Je pleure, donc j’existe. Dès la première page de ses livres s’abat sur le lecteur une averse de larmes. La narration se fait vagissante. C’est la rencontre du ressassement durassien et de la sociologie bourdieusienne. Un nouveau genre littéraire en est sorti : le misérabilisme LGBT.

    Ce numéro, c’est aussi l’occasion de fêter un anniversaire, celui de la Nouvelle Droite qui vient de souffler ses 50 bougies…

    1968. L’époque était à la Nouvelle Vague, à la nouvelle cuisine, bientôt à l’impayable nouvelle philosophie. Toutes ont disparu, peu ou prou. Pas la Nouvelle Droite, qui ne répondait pas à un effet de mode. Projet d’emblée inscrit dans la durée. Cinquante ans, déjà, d’une longue aventure intellectuelle, commencée sur les ruines de la FEN (Fédération des étudiants nationalistes) et d’Europe-Action. Alors, de droite, la Nouvelle Droite ? Certes non, ou pas seulement ! Elle qui a toujours voulu en finir avec les hémiplégies partisanes. C’est cependant toujours l’ennemi, à tout le moins l’adversaire, qui vous désigne – des impressionnistes aux Hussards. La Nouvelle Droite n’y échappe pas. Elle a pu se tromper, mais sur l’essentiel elle a vu juste. Le droit des peuples contre les droits de l’homme, le refus de l’universalisme abstrait, la critique de la société marchande et de l’homogénéisation du monde, la défense du multiple, le retour du localisme. Bref, la seule diversité qui compte : celle des identités. Voici, esquissé à grands traits, le portrait des démocraties illibérales qui montent un peu partout en Europe, de la Hongrie à l’Italie.

    François Bousquet (Boulevard Voltaire, 22 juillet 2018)

     

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