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multiculturalisme - Page 2

  • Démographie et multiculturalisme...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de David Engels, cueilli sur le Visegrád Post et consacré aux questions de démographie et d'homogénéité ethno-culturelle.

    Historien, spécialiste de l'antiquité romaine, David Engels, qui est devenue une figure de la pensée conservatrice en Europe, est l'auteur de deux essais traduits en français, Le Déclin. La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013) et Que faire ? Vivre avec le déclin de l'Europe (Blauwe Tijger, 2019). Il a également dirigé un ouvrage collectif, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020).

     

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    « Size matters » ? La démographie déclinante de la Pologne dans le contexte européen

    Il y a quelques jours, les médias ont rapporté que, malgré les efforts considérables de son gouvernement, la Pologne continue d’afficher une tendance démographique à la baisse : par rapport à 2020, la population a diminué de 115 000 personnes, et le nombre de naissances est aussi faible qu’il l’était pour la dernière fois il y a 17 ans. Que signifie cette évolution, qui est considérée par de nombreux opposants au gouvernement comme la preuve de l’« échec » des politiques natalistes et anti-avortement du gouvernement conservateur ?

    Tout d’abord, il convient de souligner que la Pologne s’inscrit tout à fait dans la tendance des autres pays de l’UE pour l’année 2020 : l’Allemagne, la France et de nombreux autres pays ont également connu une baisse analogue des naissances. L’explication est simple : une pandémie accompagnée d’un confinement de la population, d’une surpopulation dans les hôpitaux, d’une fermeture des écoles et de la crainte des conséquences désastreuses du lockdown pour l’économie est certainement tout sauf un moment idéal pour mettre des enfants au monde – que ce soit en Pologne, en Allemagne ou en France. Mais le problème est plus profond, car l’ensemble du monde occidental souffre d’un déclin démographique rampant depuis des décennies.

    Les explications sont multiples : déclin de la foi religieuse, attitude hédoniste face à la vie, désir de développement personnel radical, banalisation de l’avortement, féminisme extrême, conséquences de la propagande sur le changement climatique, crise de la masculinité, disparition du mariage, nécessité pour les deux partenaires de travailler pour gagner leur vie, effets du culte de l’« éternelle jeunesse », etc. Mais toutes ces raisons ne sont que des symptômes superficiels d’un fait beaucoup plus profond : toutes les civilisations, lorsqu’elles atteignent leur stade final, connaissent un déclin démographique progressif, et nous pouvons observer des tendances similaires en Égypte au début de la période ramesside au XIIIe siècle avant Jésus-Christ, en Chine à la fin de la période des « États combattants » au IIIe siècle avant J.-C., dans le monde gréco-romain de la République tardive au Ier siècle avant J.-C., dans l’Iran sassanide tardif du VIe siècle de notre ère, ou dans le monde islamique post-classique du Xe siècle de notre ère.

    Si l’on considère les civilisations par analogie avec les êtres vivants, tôt ou tard, elles sont toutes condamnées à décliner, à mourir, à se fossiliser, et à mesure que la vigueur de la civilisation diminue, le désir de transmettre les traditions ancestrales à ses enfants s’estompe. Pourquoi une personne qui ignore, méprise ou même déteste son propre passé (et ces personnes sont de plus en plus nombreuses, grâce aux écoles, universités et médias politiquement corrects) voudrait-elle transmettre ses traditions culturelles à ses descendants – ou même avoir des enfants?

    Lorsque j’ai discuté avec une dame allemande lors d’une conférence il y a quelques années, elle m’a pratiquement reproché d’avoir des enfants, affirmant que les « Européens » avaient commis de telles atrocités dans leur histoire que c’était un signe de colonialisme et d’égoïsme que d’avoir sa propre progéniture, plutôt que d’adopter des enfants d’Afrique ou d’Asie, ou – afin de lutter pour la « neutralité climatique » – de s’en passer complètement. Lorsqu’une société entière pense de cette façon – et c’est maintenant le cas de beaucoup de citoyens, pas seulement en Allemagne – les civilisations se fossilisent et s’éteignent : non seulement par manque d’enfants, mais aussi par manque d’amour pour leur propre histoire et leur tradition. Il ne reste qu’une masse anonyme de personnes qui ne pensent qu’à leur propre intérêt matériel et ne peuvent ressentir aucune solidarité culturelle entre elles.

    Mais comment se fait-il que la Pologne et les autres États de la zone du trimarium soient particulièrement touchés par ce déclin démographique et donc aussi culturel ? Cela signifie-t-il même que l’Est de l’Europe est moins disposé à vivre que l’Ouest ? Ce serait probablement une erreur. D’une part, il faut garder à l’esprit que le déclin démographique de l’Europe de l’Est n’est pas seulement dû à la natalité, mais aussi au simple fait que de nombreuses personnes de l’Est se rendent à l’Ouest pour y travailler durement (et donc sans enfant) pendant plusieurs années et profiter des salaires plus élevés, et ne rentrent chez elles que plus tard – voire pas du tout. Mais d’autre part – et cela me semble central – les pays d’Europe de l’Est se caractérisent par une grande homogénéité de leur population, tandis que l’Ouest est de plus en plus peuplé de personnes issues des mondes subsaharien et musulman.

    Il est bien connu que ces personnes ont nettement plus d’enfants que les habitants « autochtones », non seulement au début, mais souvent aussi après plusieurs générations, et cela explique aussi la différence entre les deux moitiés de l’Europe : plus la nation est homogène et « européenne », moins il y a d’enfants désormais ; plus elle est « multiculturelle », plus il y en a : il n’est pas étonnant que la France et l’Angleterre aient une natalité élevée, mais plus on regarde vers l’Est et le Sud-Est, plus la démographie diminue.

    Maintenant, bien sûr, la question se pose de savoir quels seront les effets de cette dépopulation progressive. Une faible population signifie-t-elle nécessairement que son propre peuple sera dominé par ceux qui sont plus nombreux ? Pas nécessairement, ou du moins pas immédiatement : lorsque les Espagnols ont conquis les Amériques au XVIe siècle, ou lorsque les Anglais et les Français ont colonisé de grandes parties de l’Afrique et de l’Asie au XIXe siècle, ils étaient bien moins nombreux que les indigènes. Ils avaient cependant un avantage fondamental que l’Europe d’aujourd’hui a perdu : leur énorme supériorité technique. C’est également la voie empruntée par une autre société en déclin, celle des Japonais ; au lieu de compter sur l’immigration massive, ils investissent massivement dans les technologies du futur afin de maintenir un niveau de vie et une influence politique constants. Mais nous devons également considérer d’autres aspects.

    Auparavant, les Européens étaient convaincus de leur mission dans ce monde et avaient des sociétés fortes et cohérentes qui soutenaient la croissance et l’expansion. Aujourd’hui, la majeure partie de l’Europe est encore traumatisée par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale et renonce non seulement à toute forme d’expansionnisme ou même de violence physique, mais même à la défense de sa propre survie, préférant acheter la paix et la tranquillité à court terme avec de l’argent plutôt qu’avec du respect – et sacrifier pour cela les générations suivantes.

    Et, bien sûr, il y a le problème de la pression démographique que subit l’Europe, non seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur, en raison de sa « culture de l’accueil » qui remonte déjà à des décennies, mais qui a été renforcée de manière drastique par le gouvernement Merkel : la population des Européens de souche diminue de façon spectaculaire, tandis que le nombre d’immigrants augmente rapidement, de telle sorte que dans de nombreuses villes d’Europe occidentale, les immigrants et leurs descendants constituent déjà la nette majorité de la population, surtout dans les groupes d’âge les plus importants, c’est-à-dire les jeunes. Compte tenu de l’absence apparente d’intégration culturelle dans la culture occidentale, cela signifie qu’au long terme, il sera de plus en plus difficile d’attendre une quelconque forme de solidarité entre les habitants de ce continent, car la solidarité se fonde généralement sur un certain nombre d’éléments culturels communs tels que l’histoire, la langue, la religion, le patriotisme, le folklore, les caractéristiques nationales et régionales ou une vision très spécifique de l’individu ou de la famille.

    Ces facteurs d’identité commune ont aujourd’hui largement disparu, et de nombreux pays, comme la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, se sont transformés en sociétés tribalisées. Tant que l’économie reste stable et que les pressions démographiques extérieures sont maîtrisées, même une société aussi fragmentée peut raisonnablement survivre. Mais dès que des conflits internes éclatent à propos de la répartition de richesses décroissantes et que les frontières extérieures ne sont plus défendues, cela conduit inévitablement à la catastrophe. Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment.

    En conclusion, il est donc peut-être plus sûr pour une nation européenne d’avoir une population décroissante, mais homogène et solidaire, qu’une population croissante, mais multiculturelle et déchirée à l’intérieur d’elle-même.

    David Engels (Visegrád Post, 15 avril 2021)

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  • Immigration de masse : l'assimilation impossible...

    Les éditons de La Nouvelle Librairie viennent de publier dans leur collection Éclairs un court essai de Michel Geoffroy intitulé Immigration de masse - L'assimilation impossible.  Ancien haut-fonctionnaire, Michel Geoffroy a publié le Dictionnaire de Novlangue (Via Romana, 2015), en collaboration avec Jean Yves Le Gallou, et deux essais, La Superclasse mondiale contre les Peuples (Via Romana, 2018) et tout dernièrement La nouvelle guerre des mondes (Via Romana, 2020).

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    " N’en déplaise aux «déni-oui-oui», l’immigration extra-européenne vire à la catastrophe. Elle transforme l’Europe en agrégat de communautés toujours plus étrangères les unes que les autres. Partout, l’assimilation est en panne : ce ne sont du reste plus des individus isolés qui s’installent sur notre continent, mais des populations entières qui ont choisi de vivre dans leur pays d’accueil comme si elles se trouvaient encore dans leur pays d’origine. Pire : l’assimilation s’opère désormais à rebours. Il faudra bientôt se plier aux mœurs des nouveaux venus. Ainsi l’utopie du multiculturalisme rejoue-t-elle l’échec annoncé de la tour de Babel. Il nous revient d’en tirer au plus vite les conséquences pour relever le défi civilisationnel que cette immigration de masse lance aux peuples européens. "

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  • Quand islamisme et multiculturalisme condamnent les valeurs françaises...

    Nous reproduisosn ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur la page des Médiologues, hébergée par Marianne, et consacré à la situation de la France de macron conspuée à la fois par le bloc islamiste et le bloc multiculturaliste...

     

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    Fini, la fausse compassion : quand islamisme et multiculturalisme condamnent les valeurs françaises

    Que nous étions vertueux, il y a cinq ans ! En janvier 2015 des millions de Français défilaient pour scander qu’ils étaient Charlie (voire policier, et juif), que le vivre-ensemble résisterait aux assauts du terrorisme (les termes "jihadisme" ou "islamisme" étant quasiment tabous) ; ni amalgame ni compromission. Le tout sanctionné par la présence émue de chefs d’État du monde entier, sous les caméras compatissantes du village planétaire.

    À l’époque les discours proclamaient que rien ne nous diviserait (surtout pas la religion qui n’avait rien à voir, vraiment, dans cette affaire), que nous ne renoncerions en rien à nos principes républicains : c’étaient notre universalisme et nos valeurs que visaient les barbares. Ils allaient voir.

    Cinq ans plus tard

    Cinq ans et quelques centaines de morts du jihadisme plus tard, la patrie des droits de l’Homme n’attire plus la même compassion. Dans le monde musulman les déclarations contre le pays blasphémateur se multiplient. Emmanuel Macron est obligé d’aller sur Al-Jazeera assurer qu’il comprend la sensibilité des croyants, que ce n’est pas le gouvernement qui fait les caricatures, et, d’ailleurs, que l’on a déformé ses propos.

    Les anathèmes se multiplient, les uns appelant au « droit » des musulmans de tuer « des millions de Français » (un ancien ministre malaisien), ou nous menaçant de la bombe atomique pakistanaise, les modérés nous reprochant seulement de persécuter les croyants en offensant ce qu’ils ont de plus sacré. Tandis que la Turquie nous insulte sans complexe : vous réservez à vos musulmans le même sort qu’aux juifs pendant la guerre. Toute une littérature islamiste instruit le procès de la fille aînée de l’Église et patrie de Voltaire ou de Charlie, la puissance colonialiste et le pays qui sanctionne les offenses à la Shoah, mais pas au Prophète.

    Ouh, les vilains Français

    Quant à la solidarité occidentale… Justin Trudeau (comme quelques ecclésiastiques) rappelle que la liberté d’expression ne saurait être sans limites (dont la fameuse « sensibilité des minorités »). Un article de l’Associated press, assez représentatif, pointe les raisons de la colère : notre passé colonial « brutal », notre « sécularisme » (façon de dire laïcité) intégrationniste et qui ignore les couleurs ou les différences des minorités, notre présence militaire et le discours d’Emmanuel Macron aux Mureaux. Le simple emploi du terme « séparatisme » auquel le président semblait finalement préféré substituer « islamisme », paraissant déjà incroyablement discriminant à la presse anglo-saxonne. On frôle à leurs yeux le discours populiste.

    Trop Occidentaux pour les uns, pas assez pour les autres

    Pour les uns (les islamistes) nous sommes super-occidentaux : débauchés, vendus aux Juifs, mécréants animés par la haine du Prophète, islamophobes agressifs d’État, pays à la fois des catholiques, des jacobins ou des francs-maçons, voire adorateurs de Satan. La Nation qui n’interdit pas et tolère toutes les offenses est le pays de la haine.

    Pour les autres, nous ne sommes pas assez occidentaux, au contraire. Nous sommes le pays coincé qui interdit trop et encourage les discriminations. Nous plaidons pour cette ridicule laïcité dont personne ne comprend le sens au lieu de laisser s’épanouir des « communautés », leurs cultures et leurs règles. Pas assez ouverts et normalisés, pas assez multiculturels, réacs, pas politiquement corrects puisque Macron emploie des mots qui blessent, pas assez entrés en repentance, d’un athéisme quasi-stalinien. Black live matters, décolonialisme, racisme systémique, justice sociale… nous n’avons pas intégré l’auto-critique qui caractérise l’Occidental (même si, paradoxalement, elle trouve son origine dans la French Theory des Foucault et Derrida digérés par les campus américains). Nous sommes la nation trop souverainiste, trop gaulliste, trop fière, trop populiste, trop arrogante avec son discours « républicain ». Des quasi suprémacistes.

    Repoussoir pour les deux grandes mondialisations, l’Oumma de l’islam et la globalisation du libéralisme

    Bref, un incroyable hiatus culturel fait de notre pays le pire repoussoir pour les deux grandes mondialisations, l’Oumma de l’islam et la globalisation du libéralisme. Et cela précisément sous le président cool qui se voulait moderne, performant et progressiste ; il va devoir assumer cette image dure. Il n’a plus le choix ; tout recul au nom des sensibilités ou des culpabilités serait inutile pour apaiser nos adversaires et ne serait surtout plus accepté par l’opinion française qui découvre sa colère.

    François-Bernard Huyghe (Les médiologues, 2 novembre 2020)

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  • Black Lives Matter, indigénisme, décolonialisme… Bienvenue dans le XXIe siècle !

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Geoffroy, cueilli sur Polémia, dans lequel il analyse les nouveaux mots d'ordre mondialistes diffusés depuis les États-Unis. Ancien haut-fonctionnaire, Michel Geoffroy a publié le Dictionnaire de Novlangue (Via Romana, 2015), en collaboration avec Jean Yves Le Gallou, et deux essais, La Superclasse mondiale contre les Peuples (Via Romana, 2018) et tout dernièrement La nouvelle guerre des mondes (Via Romana, 2020).

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    Black Lives Matter, indigénisme, décolonialisme… Bienvenue dans le XXIe siècle !

    La diffusion des mots d’ordre et des manifestations du mouvement Black Lives Matter à partir des États-Unis, dans tout l’Occident, peut s’analyser dans trois registres.

    Un registre politicien

    Outre-Atlantique, l’affaire Floyd intervient en effet dans la perspective de l’élection présidentielle pour essayer de nuire à D. Trump, en le coupant de son électorat afro-américain. On trouve donc à la base de l’exploitation de l’affaire Floyd les protagonistes habituels de l’opposition à Trump : les groupes d’extrême gauche, les médias, l’État profond américain, et le parti démocrate.

    Car, des deux côtés de l’Atlantique, la gauche surfe sur les « minorités » pour compenser le fait qu’elle a abandonné, en se ralliant au néo-capitalisme, les classes populaires : en France cela a conduit d’abord à l’opération SOS Racisme lancée dans les années 80, puis à la stratégie Terra Nova, puis au positionnement indigéniste de La France insoumise. Mais les travaillistes en Grande-Bretagne et les démocrates aux États-Unis ont suivi la même démarche car, sans l’appoint électoral de ces « minorités », la gauche, malade de l’effondrement du communisme, aurait disparu.

    Au terme de cette évolution, la gauche a donc retrouvé son positionnement de la fin du XVIIIe siècle : une gauche du côté de la bourgeoisie, hostile au peuple, tout en prétendant parler en son nom.

    Le mouvement Black Lives Matter a bénéficié en France du soutien du pouvoir et des médias, pour une raison politicienne également évidente.

    La Macronie, minoritaire dans le corps électoral et impopulaire – comme l’ont démontré une nouvelle fois les dernières élections municipales –, ne peut survivre qu’en divisant en permanence les Français : écolos contre automobilistes, parti de l’ordre contre Gilets jaunes, femmes contre hommes, homosexuels contre hétérosexuels, ou Noirs contre Blancs. Et tout ce qui permet de mettre en accusation et de réduire au silence les Français autochtones – c’est-à-dire la majorité de la population – est bon pour le pouvoir ! Car la Macronie est une minorité qui s’appuie sur les minorités pour réduire la majorité au silence et lui imposer une politique dont elle ne veut pas.

    Un registre mondialiste

    Les mouvements indigénistes et communautaristes sont soutenus activement par les ONG mondialistes et la super-classe mondiale qui encouragent tout ce qui peut déstabiliser les nations (au profit de la gouvernance globale qu’elles préconisent). C’est pourquoi aussi les mêmes encouragent la dérégulation de l’immigration et le multiculturalisme sous toutes ses formes. Comme le déclarait significativement le capitaine allemand du navire de l’organisation immigrationniste Sea-Watch, Carola Rackete, « nous devons démolir la forteresse Europe » !

    Ces ONG et les fondations qui les financent veulent installer la société ouverte préconisée par Karl Popper en 1945, et ses émules (Soros notamment, mais aussi Hayek), comme prétendu remède au totalitarisme, alors que le mondialisme est un nouveau totalitarisme. Car la société ouverte programme la fin de toute société humaine.

    Il ne faut pas oublier en outre que l’indigénisme est aussi un marché que les grandes entreprises mondialisées – donc la super-classe mondiale – veulent maîtriser et encourager (GAFAM, L’Oréal, etc.). Les grandes entreprises mondialisées sont pour cette raison toujours en pointe dans la promotion de la diversité et des minorités… solvables !

    Un registre civilisationnel

    Le seul ciment du monde polycentrique et multiconflictuel dans lequel nous sommes entrés au XXIe siècle – c’est-à-dire du monde en voie de se libérer de la domination nord-américaine, dernier avatar de la domination occidentale – repose précisément sur la haine de la civilisation européenne et la haine des Blancs au sens large.

    Car le monde s’est « modernisé sans s’occidentaliser », pour reprendre l’analyse de Samuel Huntington. Les anciennes civilisations de l’Eurasie ont accédé à tout ce qui faisait hier la puissance de la civilisation occidentale, ce qui leur permet désormais de résister à sa prétention d’imposer un monde unipolaire, c’est-à-dire un monde façonné à son image.

    Bien entendu, la propagande mondialiste s’efforce de cacher cette réalité aux Européens en inversant les choses : ce seraient les Européens qui auraient la haine de l’autre (donc, par exemple, le racisme anti-Blanc n’existerait pas) !

    Cette haine des Blancs se développe d’autant plus que :

    • les Blancs représentent une part déclinante de la population mondiale et, affaiblis, ils n’inspirent plus le respect comme autrefois car ils sont entrés en décadence (dont l’ethnomasochisme – symbolisé par tous ces Occidentaux qui plient le genou sous prétexte d’antiracisme – est l’une des dernières manifestations en date) ;
    • les « valeurs » occidentales sont des valeurs de mort, des anti-valeurs que la majorité de la population mondiale rejette a fortiori lorsque les Occidentaux veulent les imposer par la force ou le chantage économique. Et que les « minorités » rejettent aussi en Occident même : comme aux États-Unis les Afro-Américains rejettent le gauchisme culturel et sociétal porté par les Blancs d’extrême gauche ; ou comme en France les familles musulmanes rejettent la propagande LGBT organisée par l’école publique ;
    • du fait de l’immigration de peuplement, les sociétés occidentales sont devenues des sociétés multiculturelles, multiethniques et par conséquent multiconflictuelles : elles importent désormais tous les conflits du monde (Tchétchènes contre Maghrébins, Turcs contre Kurdes, Kurdes contre Tchétchènes, Arabes contre Juifs, etc.) et les conflits politiques tendent à prendre la forme d’affrontements civils (comme cela s’est passé au Liban).

    Ces sociétés effectivement blanches ont donc importé la haine des Blancs chez elles.

    Bienvenue dans le XXIe siècle ! Un siècle qui promet d’être dur aux Européens s’ils ne sortent pas de leur dormition.

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  • Étrangers dans leur propre pays...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue du journaliste irlandais Robert Bridge, cueilli sur De Defensa et consacré aux conséquence destructrice pour nos société de la conjonction d'une immigration de masse et d'une réduction de la pensée au politiquement correct.

     

    robert bridge, immigration de masse, politiquement correct, multiculturalisme

    Étrangers dans leur propre et étrange pays

    Chaque jour qui passe, les Occidentaux sont confrontés à de nouvelles preuves que leur monde est un monde de discorde et de déconnexion constantes. Des concepts étranges ont envahi leurs terres comme des mauvaises herbes envahissantes, menaçant de rendre leur mode de vie superflu dans le meilleur des cas, de le détruire dans le pire des cas. Les enseignements philosophiques de penseurs européens disparus depuis longtemps sont peut-être leur dernier espoir.

    A la recherche d'un peu de lecture pour passer un week-end torrentiel, je suis tombé par hasard sur un livre de mon humble collection intitulé “Conversations avec Isaiah Berlin”. Depuis que, comme d’autres, je réfléchis au sort de la civilisation occidentale qui traverse une période tumultueuse de bouleversements sociaux et politiques, quelques mots d’une page que j'avais ouverte au hasard m’ont presque fait tomber de mon fauteuil.

    « La solitude ne veut pas dire que vous vivez loin des autres. Cela veut dire que les gens ne comprennent pas ce que vous dites. »

    Eureka ! Le dilemme du multiculturalisme forcé était ainsi résumé en deux phrases.

    Berlin citait un ami, originaire des Balkans, qui s'était réfugié au Royaume-Uni une quarantaine d'années auparavant. Bien que l’émigré parlât un anglais parfait, c’était insuffisant pour l’assimiler pleinement à sa nouvelle culture. Il y avait tout simplement trop d’autres facteurs de séparation qui l’empêchaient d'être compris au niveau le plus fondamental par ses hôtes gracieux. Ce n’était pas sa faute, ni celle de ses hôtes ; c’était “comme ça”.

    La citation décrit succinctement le dilemme auquel est confronté l'homme occidental, car on s'attend à ce qu'il absorbe, – sans qu’il ait son mot à dire dans cette affaire, – des millions de personnes venant de pays lointains aux origines très distinctes et différentes. Bien qu'il soit devenu politiquement très incorrect de soulever la question, des personnes ayant des religions, des cultures, des manières et des langues radicalement différentes peuvent-elles trouver un véritable sentiment d’“appartenance” parmi ceux qui pourraient être considérés comme des “étrangers de sang” ?

    La conversation dans le livre évolua vers le philosophe allemand Johann Gottfried Herder (1704-1803), qui aurait anticipé d’autres pensées, dont celles de Fichte, de Hegel, de Otto von Bismarck, et bien d'autres. Alors, qu'est-ce qu’un homme qui a vécu il y a plus de 200 ans pourrait enseigner aux hommes modernes en ces temps turbulents ? Beaucoup de choses, semble-t-il.

    Herder a été l'un des premiers penseurs à reconnaître que l'appartenance à une communauté ou à une tribu est un besoin humain fondamental, tout aussi vital que l’alimentation, la boisson et le logement. Et il s’avère que l’appartenance à part entière à la tribu a ses devoirs et ses privilèges.

    Comme l'explique Berlin, « Pour [Herder] “appartenir” signifie que les gens comprennent ce que vous dites sans que vous ayez à vous lancer dans des explications, que vos gestes, vos paroles, tout ce qui entre dans la communication est saisi sans médiation nécessaire par les membres de votre société. »

    Ayant vécu à Moscou pendant de nombreuses années, j'ai rapidement reconnu ce “don” chez le peuple russe. La société est tellement homogénéisée par de nombreux facteurs, dont la littérature, l'histoire, les coutumes et les traditions, que de parfaits étrangers dans cette société sont capables d'engager librement la conversation entre eux comme s'ils étaient amis d’enfance. Et d'une certaine façon, ils le sont. Le dialogue est rempli de références à la littérature nationale, à l'histoire et à quelques anecdotes salées qui ne nécessitent aucune explication (ou excuses). En même temps, les expressions, les maniérismes et les habitudes idiomatiques font partie intégrante de l’“expérience russe”. On n’a jamais entendu parler en Russie de l’effet paralysant du politiquement correct ; les Russes se moquent d'eux-mêmes, – et des autres, – sans le moindre préjugé. Ce degré élevé de compréhension et de cohésion entre des personnes d'origine similaire, – qu'elles soient citoyennes de Russie, de Chine, d'Israël ou du Mexique, – permet le bon fonctionnement d'une société où la communication entre les personnes se fait naturellement et facilement.

    S'il était vivant aujourd'hui, Herder aurait certainement des jugements sévères pour des pays comme le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Suède et la France sur leur philosophie de “société ouverte”, popularisée d'abord par Karl Popper et mise en œuvre par le financier George Soros. Sa critique n’aurait rien à voir avec le nationalisme ou quelque sorte de xénophobie (en fait, Herder condamnait les nationalistes de toutes couleurs) mais parce que cette conception de “société ouverte”  détruit l’“électricité collective” essentielle à la survie d'une nation. Berlin a utilisé l'exemple d'un natif d'un Portugais essayant de vivre comme un Allemand.

    « La façon dont les Portugais mangent, boivent, marchent, parlent... et leurs lois, leur religion, leur langue, tout ce que nous identifions comme “typiquement portugais”, se réfèrent à un certain modèle, une “Portugaisuité” qui ne correspond pas au comportement allemand correspondant. Il se peut que la conception portugaise du droit ou de l'histoire et la conception allemande de ces choses se ressemblent, mais elles appartiennent à des modes de vie fondamentalement différents. »

    Essayez d'imaginer Berlin et Herder exprimer des pensées similaires en ces jours de conformisme politique devenu fou. Pourtant, ce qu'ils disent n’a rien de plus radical que le bon sens le plus élémentaire, facilement retrouvé par tous ceux qui ont fait le tour du continent, peu importe le nombre de voyages effectués. Si les Européens vivant à quelques centaines de kilomètres les uns des autres ont du mal à respecter les coutumes et les traditions, sans parler de la langue, de leurs voisins les plus proches, comment pouvons-nous raisonnablement nous attendre à un afflux massif de migrants (illégaux) d'Amérique du Sud et du Moyen-Orient aux États-Unis et dans l’UE sans problèmes sérieux ? La réponse est simplement que nous ne le pouvons pas. Le tourisme est une chose, l'immigration clandestine massive en est une autre.

    Il faut souligner que ce dont Herder et Berlin discutaient n'était pas du “racisme” au sens de la xénophobie, qui n'existe vraiment qu’à l'intérieur des esprits les plus arriérés et les plus primitifs. En fait, dans la majorité des centres cosmopolites (où le multiculturalisme est un phénomène naturel, non forcé et en constante évolution), c’est un phénomène marginal. A Moscou, par exemple, des dizaines de milliers d’étrangers visitent la capitale russe chaque jour sans incident. Pendant la Coupe du Monde de la FIFA 2018, des millions de supporteurs du monde entier ont pris d'assaut la Russie, qui a organisé avec succès 64 matches dans onze villes russes.

    Peu d'étrangers ont vraiment peur les uns des autres, sauf en temps de guerre ; la plupart des gens sont ouverts d’esprit et saisissent avec empressement l’occasion de rencontrer des gens de cultures éloignées et diverses. Ce dont les gens ont vraiment peur, cependant, c'est d'être contraints d'accepter, – littéralement du jour au lendemain et sans aucun choix démocratique en la matière, – une invasion d'illégaux qui ne partagent aucune de leurs propres valeurs, coutumes et traditions. Il n'est pas xénophobe de l'admettre, même si ceux qui ont leurs propres arrière-pensées pour faire avancer un programme aussi désastreux crieront au racisme dans tous les médias.

    Ce que les philosophes d’antan comprenaient, c’est que les cultures autochtones se flétriront rapidement et succomberont lorsque les gens deviendront des étrangers les uns pour les autres. Dans une grande partie du monde occidental, on considère aujourd'hui que le fait même de reconnaître les différences entre les personnes, et même entre les sexes, équivaut au racisme. Pour survivre à ce tumulte de la folie actuelle, les peuples du monde occidental doivent consulter leurs philosophes d’antan, – Johann Gottfried Herder pour commencer, – qui n'étaient ni racistes ni nationalistes, mais simplement ouverts d'esprit quant à ce que signifie une véritable communauté et ce qu’elle peut contenir et supporter.

    Robert Bridge (De Defensa, 29 juillet 2019)

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  • Macron à mi-parcours...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Werner, cueilli sur le site d'Antipresse et consacré à un bilan de la présidence d'Emmanuel Macron à mi-mandat.

    Penseur important et trop peu connu, Eric Werner est l'auteur de plusieurs essais marquants comme L'avant-guerre civile (L'Age d'Homme, 1998 puis Xénia, 2015), L'après-démocratie (L'Age d'Homme, 2001), Douze voyants (Xénia, 2010), De l'extermination (Xénia, 2013), Le temps d'Antigone (Xénia, 2015) ou Un air de guerre (Xénia, 2017), et de recueils de courtes chroniques comme Ne vous approchez pas des fenêtres (Xénia, 2008) et Le début de la fin et autres causeries crépusculaires (Xénia, 2012). Il vient de publier dernièrement Légitimité de l'autodéfense (Xénia, 2019).

     

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    Macron à mi-parcours

    Plus de deux ans se sont maintenant écoulés depuis l’élection d’Emmanuel Macron. C’était en mai 2017. En novembre prochain, le président actuel aura donc effectué la moitié de son mandat. Le clair-obscur s’est aujourd’hui assez largement dissipé. Et donc il est temps de dresser un premier bilan.

    On dira d’abord que Macron sait ce qu’il fait et où il va. Il a un agenda et n’en dévie pas. C’est du moins l’impression qu’il donne. Il est là pour exécuter un certain nombre de tâches, il les exécute donc. Tout ne se passe peut-être pas aussi rapidement qu’il le souhaiterait, mais il maintient le cap. Il va toujours jusqu’au bout de ce qu’il a entrepris. C’est certainement en soi une qualité. Sauf qu’il n’a peut-être pas le choix.

    Concrètement, Macron est un néolibéral assumé. Tout ce qu’il peut privatiser, il le privatise. Dernièrement encore certains aéroports. Mais on ne peut pas tout privatiser. Il recourt alors à la sous-traitance. Macron est un grand spécialiste de ces choses. La perception de l’impôt est aujourd’hui sous-traitée aux entreprises. La censure également, vous l’aurez remarqué: avec la loi Avia, qui investit les plateformes numériques de compétences importantes en ce domaine. L’État les sanctionne si elles font mal leur travail, mais ce n’est plus lui-même, l’État, qui le fait, ce travail. Il réduit ainsi ses coûts de fonctionnement. La perception de l’impôt coûte en revanche très cher aux entreprises. Mais l’État s’en moque bien. Ce sont les méthodes néolibérales. Le néolibéralisme est là avant tout pour faire des économies. Que fait-on avec l’argent ainsi économisé? C’est un autre problème.

    Ouvrons grand les portes…

    Macron n’a évidemment jamais dit qu’il était au service de la mondialisation marchande (il préfère se réclamer de l’écologie, qui en est l’antithèse exacte), mais on ne prend pas non plus trop de risques en le qualifiant de libre-échangiste. Le libre-échange, rien que le libre-échange, tout le libre-échange. En ce sens, l’arraisonnement à l’Europe n’est qu’une première étape. Mais importante. On a vu que Macron avait adopté la méthodologie allemande en la matière. Le récent traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle et la transformation concomitante des deux départements alsaciens en «région européenne d’Alsace» en sont une illustration. Les Allemands ont toujours pensé l’Europe comme «Europe fédérale des régions». C’est ainsi qu’ils la pensent, car ils y trouvent leur intérêt. Reste à se demander si la France y trouve elle aussi son intérêt. On laissera également ce point de côté.

    L’ouverture à l’Europe, c’est bien, mais l’ouverture au monde extra-européen, c’est mieux encore. Les accords commerciaux sont du ressort de Bruxelles, mais les parlements nationaux ont la possibilité de les refuser s’ils ne leur conviennent pas. Or, il y a quinze jours, le gouvernement français a adopté le projet de loi de ratification du Ceta, le traité de libre-échange avec le Canada, qui ouvre le marché européen à «l’élevage intensif bourré aux antibiotiques, maltraitant les animaux», selon les mots du député européen Yannick Jadot (Le Figaro, 4.7.19). On pourrait aussi parler du futur traité avec le Mercosur, que certains dénoncent déjà comme une menace majeure pour la simple survie de l’agriculture française. En revanche il devrait profiter à l’industrie automobile. Macron n’a pas initié cette dynamique, rien ne nous dit non plus qu’il serait en mesure, s’il le voulait, de s’y opposer. Pour autant le grief qu’on lui fait volontiers de chercher à accélérer encore les choses n’est pas, reconnaissons-le, complètement infondé.

    Macron est libre-échangiste mais aussi multiculturaliste. On se souvient qu’en décembre dernier, en pleine crise des Gilets jaunes, il avait signé le pacte de Marrakech sur les migrations, pacte qui fait désormais de l’immigration un droit opposable. Plusieurs gouvernements européens ont refusé de signer ce texte. Cela n’aurait pas de sens de dire que Macron veut transformer la France en société multiculturelle: elle l’est déjà. Mais elle pourrait l’être davantage encore. C’est ce que pense sans doute Emmanuel Macron. On entend souvent dire que le multiculturalisme ne fonctionne pas. Mais le but de ceux qui poussent à la roue en ce domaine n’est pas nécessairement qu’il fonctionne. C’est peut-être juste l’inverse. On peut ne pas aimer le chaos. Mais le chaos peut aussi s’apprécier positivement. On joue à qui perd gagne. Diviser pour régner, s’appuyer sur les minorités pour faire pièce à la majorité rétive ou rebelle, tirer prétexte de l’insécurité ainsi créée pour justifier toujours plus de lois dans toujours plus de domaines, il faut reconnaître que l’État français, en la matière, a acquis un certain savoir-faire. Là encore, rien de neuf. Macron ne fait que mettre ses pas dans ceux de ses prédécesseurs.

    …Et faisons-les taire!

    J’ai parlé autrefois de ces choses — dans L’Avant-guerre civile —, je ne vais pas ici les répéter. Ce sur quoi, aujourd’hui, il faudrait peut-être insister, c’est sur le fait que les dirigeants contrôlent assez bien la situation. Je dis aujourd’hui. Il n’en sera peut-être pas toujours de même à l’avenir. Mais les néolibéraux vivent au jour le jour. Mangeons et buvons, etc. Au pire, ils feront appel à l’armée. L’armée française n’est pas exactement une armée de guerre civile, mais elle pourrait très bien, le cas échéant, le devenir. Aujourd’hui déjà, on le sait, elle est partie prenante à toutes sortes de guerres civiles à travers le monde: en Afrique, au Moyen-Orient, dans les Balkans, etc. L’actuel chef d’état-major des armées (CEMA) a lui-même participé, il y a une vingtaine d’années, à un épisode de guerre civile, très exactement en 1995 à Sarajevo. Cela a été rappelé lors de sa nomination, en juillet 2017, au poste qu’il occupe actuellement. Faisant allusion à cet épisode, Macron l’a en effet décrit comme un «héros reconnu comme tel dans l’armée».

    Car, contrairement à ce qu’on croit parfois, le néolibéralisme n’est pas, purement et simplement, le laisser-faire, laisser passer. Ce n’est pas en vain qu’une des premières décisions de Macron, après son entrée en fonction, a été la pérennisation de l’état d’urgence instauré en 2015 par son prédécesseur. On peut en effet parler de pérennisation, puisque les principales dispositions de l’état d’urgence sont passées dans la loi ordinaire. C’est un moment important dans l’histoire récente de la France. Impossible, par exemple, de comprendre ce qui s’est passé l’hiver dernier à l’occasion des manifestations des Gilets jaunes sans prendre en compte le fait que les dirigeants peuvent aujourd’hui se revendiquer de la loi ordinaire pour justifier n’importe quelle action ou presque en matière répressive et de maintien de l’ordre: y compris certaines actions qu’on aurait autrefois considérées comme illégales ou contraires à l’État de droit: les arrestations préventives, par exemple.

    Les violences policières de cet hiver sont également à interpréter dans cette perspective. Les auteurs de telles violences et leurs donneurs d’ordre sont aujourd’hui très à l’aise pour envoyer promener toute personne assez mal avisée pour leur adresser la moindre critique ou remontrance. Ils n’en ont rien à faire, et le disent. Ce n’est même pas qu’ils s’estiment au-dessus des lois. Car ils ont la loi pour eux: celle qu’ils ont eux-mêmes concoctée. Étrange situation, à certains égards inédite, où c’est le droit lui-même qui dit qu’on n’est plus dans l’État de droit. Mais je ne sais pas pourquoi je dis inédite. Les totalitarismes du XXe siècle en fournissent toutes sortes de précédents.

    Macron s’était défini lui-même pendant la campagne présidentielle de 2017 comme «chef de guerre». Chef de guerre, peut-être, mais en guerre contre qui? Contre son propre peuple? Ce ne sont pas des choses qui se disent.

    Eric Werner (Antipresse, 21 juillet 2019)

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