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hervé juvin - Page 32

  • Le fantôme des présidentielles...

    Nous reproduisons ci-dessous un excellent point de vue d'Hervé Juvin, cueilli sur son blog Regards sur le renversement du monde et consacré à la souveraineté des peuples d'Europe.

     

     

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    Le fantôme des présidentielles

    Un fantôme hante l’élection présidentielle, la vie politique, et, bien au-delà, une partie de l’Europe. Non, ce n’est pas celui de Marine Le Pen, de Jean-Pierre Chevènement ou de Jean-Luc Mélanchon en France, non plus que celui de Fini en Italie ou du populisme un peu partout. C’est celui de l’autonomie. L’histoire politique de l’Europe depuis trois siècles pourrait être résumée comme une conquête de l’autonomie des peuples d’Europe, contre l’empire et les tentations impériales successives, contre l’autorité religieuse, contre Rome et toute forme de pouvoir venu d’en haut, contre les idéologies qui dépassent les Etats-Nations, et aussi contre toutes les minorités qui voudraient faire prévaloir leur intérêt particulier contre l’intérêt commun. Et l’autonomie signifie que les peuples d’Europe, constitués en Nation, ont décidé de ce qui les concernait.

    Ce n’est plus le cas. Manipulation habile ou naufrage provoqué, le projet de referendum grec suit une longue liste de referendums, de débats ou de choix où la volonté populaire a été bafouée, ou interdite d’expression. Il est grave que l’Union européenne ait été le prétexte, ou le moyen, de nier l’autonomie des  Nations. Soit qu’elle se soit exprimée dans les règles, et qu’il n’en ait pas été tenu compte, et le contournement du « non » français au referendum sur la Constitution européenne de 2005 est une forfaiture qui se paiera au prix fort ; soit qu’elle voit son expression interdite, au moyen d’un arsenal où la pensée unique, l’intimidation médiatique et les lois de censure s’allient efficacement ; soit encore, et surtout, que le principe même d’un débat et d’un choix démocratique, confié à la majorité, soit refusé. Les naïfs qui vont déplorant la tiédeur de la France à se réformer devraient sortir dans la rue ; la plus grande transformation de la France en une génération est là, dans les effets d’une immigration de travail d’abord, de peuplement ensuite, d’occupation enfin ; ceux qui y sont n’y étaient pas. Les Français ont-ils jamais pu en débattre, en être informés, et en décider, alors que cette transformation, pour le meilleur ou pour le pire, va déterminer leur avenir, et celui de leurs enfants, dans des proportions que nul ne veut imaginer ? Les mêmes en appellent à la réforme ; au plus vite, obéir à la banque, à la finance et au marché, au plus vite défaire l’héritage de deux siècles de débats, de mouvements et de combats de société pour établir des mutualisations, des protections, et pour faire de la France la France de tous les Français. Fin des retraites par répartition, fin du droit de grève, fin du droit de tous les Français à être soignés, éduqués, et représentés. On voit bien l’intérêt de ceux qui plaident pour le libre échange, l’ouverture des frontières et les droits universels ; la réduction de la société à une somme d’individus atomisés, sans identité, sans histoire et sans repère, assure le triomphe sans limite du marchand et du banquier, et prépare celui de l’usurier et du colon. Et la démutualisation, effet obligé de l’ouverture sans limite des frontières au mouvement des capitaux, des biens et des services, assure le triomphe des contrats privés sur les solidarités collectives – et l’importation du sous-développement dans nos territoires. D’autres en appellent à plus d’Europe, pour sortir d’une crise qui vient sans doute et en premier lieu d’avoir fait de l’Europe une forme indéfinie, invertébrée, sans frontière et sans identité, incapable d’agir. L’Union européenne est la zone la plus ouverte du monde ; nous en voyons les effets. L’Union européenne est la zone qui s’interdit toute préférence pour soi, et ses intérêts vitaux ; chaque conférence internationale est l’occasion de constater le désarmement de l’Union face à des Etats-Unis et une Chine qui savent où sont leurs intérêts vitaux, qui n’ont aucune pudeur à afficher leur préférence nationale en vertu du principe simple ; ce que nous ne faisons pas pour nous, personne d’autre ne le fera. L’état d’apesanteur stratégique de l’Europe, produit de la conscience malheureuse infligée aux Européens, de la repentance et de la haine de soi inculquées depuis trop d’années, vaut à l‘Europe de se poser comme cible ; non seulement l’Europe ne nous protège de rien, mais elle nous expose désarmés, notamment en raison des intolérables atteintes aux souverainetés nationales que multiplient des administrations bruxelloises et des Cours de justice pléthoriques et surtout, indépendante de la souveraineté et de la volonté populaire.

    Qui parle aujourd’hui aux Français de leur capacité à agir, à choisir, et de la liberté souveraine d’une Nation à choisir son destin ? Qui leur dit que l’avenir n’est jamais écrit, qu’il y a toujours une alternative, et que « la seule voie possible » est la négation même de la politique ? Qui, dans les partis dits « de gouvernement », se sent plus lié au peuple français qu’aux contrats et aux directives ?

    Le fantôme de l’autonomie prend en otage le débat présidentiel, comme tous les débats à venir. Pour mesurer le délabrement de la classe politique et des partis dits de gouvernement, de l’UMP au Parti socialiste, il suffit de mesurer la médiocrité des réponses à une crise dont chacun sait bien qu’elle n’est économique qu’en surface, et que derrière l’euro, c’est l’Europe qui est en jeu, dans son identité, dans sa frontière, et dans sa liberté. Il suffit aussi d’observer comment les accusations faciles contre les banquiers, les assureurs, les financiers, sont portées par ceux-là même qui se vantaient d’une croissance financée à crédit, et d’un confort social payé par la dette, c’est-à-dire par la dépendance. Et il suffit de voir. que le combat pour la souveraineté et la liberté des Français du général de Gaulle, celui de l’appel du 18 juin, celui aussi du choix de l’indépendance algérienne « pour que Colombey les Deux Eglises ne devienne pas Colombey les Deux Mosquées », n’est plus représenté par personne au sein des deux partis qui prétendent monopoliser la légitimité du pouvoir et de la représentation nationale, alors qu’il est le combat de la France, d’abord, et de la France dans et pour l’Europe ensuite – parce que si l’Europe n’est pas le moyen de l’autonomie des peuples européens dans un monde en voie de chaos, il faut la défaire. Depuis l’abandon par les socialistes de la volonté de faire société, au prix du ralliement à un internationalisme du consommateur qui fait si bien les affaires des multinationales, depuis que les socialistes ont choisi  le luxe de la bien pensance contre la réalité du combat social, depuis que la droite de la complicité avec les Etats-Unis et ses alliés liquide ce qui restait de l’exigence et de la dignité gaullistes – l’affaire libyenne, iranienne demain, ruinant l’autorité morale que le refus français de s’associer à l’agression américaine contre l’Irak lui avait valu – la quête de l’autonomie, contre l’anomie collective et l’amnésie historique, contre l’uniformisation marchande et le sans frontièrisme des trusts, ne se retrouve que dans ce qui se nomme, faute de mieux, les extrêmes, qui veut s’appeler droite populaire, qui aurait pu s’appeler gaullisme, et qui continue de vouloir, envers et contre tout, la liberté et la démocratie. Il faut mesurer la situation, pour ce qu’elle a d’exceptionnel et d’interpellant ; il est grave que seuls les extrêmes parlent du peuple, parlent de la France aux Français, et disent que rien n’est perdu tant que la bataille n’est pas livrée. Au moment où le mot de « résistance » s’entend de nouveau dans une opinion atterrée de la complicité avec la colonisation qui s’affiche au parti socialiste et chez les prétendus « Verts », au moment où les Français s’interrogent sur la soumission de leurs élus à des intérêts qui ne sont pas ceux de la France, il est bon de s’en souvenir ; celles ou ceux qui incarneront, aujourd’hui et demain, l’autonomie des Français et des Européens, seuls ont des chances, dans six mois, dans cinq ou dans dix ans, d’entrer dans l’histoire, et de gouverner la France. Et ceux-là seuls peuvent prétendre incarner l’Etat, qui n’est rien s’il n’est le moyen de l’autonomie des Français, de leur projet et de leur destin communs.

    Hervé Juvin (Regards sur le renversement du monde, 21 novembre 2012)

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  • Le retour de l'impôt ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Hervé Juvin, cueilli sur son blog Regard sur le renversement du monde et consacré à l'impôt et à la nécessaire équité fiscale.

      

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    Le retour de l'impôt ?

    Légitimer l’impôt, redécouvrir l’impôt, demander plus à l’impôt…

    En ces temps de campagne électorale, une étonnante découverte paraît réunir des candidats que par ailleurs à peu près tout oppose : la découverte de l’impôt ! Quelle soit énoncée sous sa forme élégante – supprimer les niches fiscales – ou plus brutale – faire payer les riches – l’idée est la même : augmenter l’impôt permettrait de résoudre le problème de la dette publique, de financer la protection sociale, d’assurer la solidarité entre les Français, d’investir dans la croissance de demain. Que n’y a-t-on pensé plus tôt !

    Etonnante découverte en effet, qui confirme l’état d’inconscience avancée de l’opinion, des media qui la font, et des élus qui les nourrissent. Etonnante à plus d’un titre, et d’abord pour cette ignorance manifeste ; avec plus d’un euro sur deux produit par les Français voué à la dépense publique socialisée, avec des dépenses publiques et des prélèvements qui placent la France en tête de presque tous les pays de l’OCDE, la France ne souffre pas d’un manque d’impôt, mais d’un trop plein de dépenses publiques. C’est l’évidence ; la nier sert seulement à masquer les décisions nécessaires et les arbitrages vitaux. Et d’ailleurs, le niveau atteint par l’impôt en France, le plus élevé de toute l’Union européenne, ne sera pas pour rien dans la possible dégradation de la note « triple A » des emprunts publics français. Etonnante ensuite par l’écart entre les fins énoncées et le moyen choisi. La preuve a été faite à maintes reprises, le seul moyen de résoudre un problème structurel de déficit budgétaire est de diminuer la dépense publique, pas d’augmenter l’impôt. Qu’il soit utile de distinguer entre les dépenses d’investissements et les dépenses courantes, qu’une réduction aveugle et générale de la dépense publique puisse poser des problèmes est évident. Mais que l’impôt soit la réponse à tout, et d’abord à l’impuissance de l’Etat face à des fonctionnaires bénéficiant d’inégalités éclatantes, par exemple dans le domaine de leurs retraites ( 32 % de la dépense pour 12 % d’ayant-droit !), revient à faire payer à ceux qui paient l’impôt, et à eux seuls, la lâcheté politique et le clientélisme des partis – l’Etat est impuissant devant ses fonctionnaires. Etonnante aussi parce que les fruits amers d’une solidarité qu’on n’ose plus dire nationale, puisqu’elle n’est plus réservée aux Français, agacent les dents des cotisants, et de ceux qui ont le sentiment de payer pour tout et pour tous. La manne de l’argent public, quand elle tombe de la politique de la Ville, des prises en charge aveugles de dépenses de santé à des non-ayant droits, quand elle finance sans compter des associations lucratives sans but sous couvert d’acheter la paix sociale,  quand elle fabrique par millions des abonnés à l’assistance, et s’interdit d’invalider le million de fausses cartes Vitale en circulation, ne finance pas la solidarité, elle finance l’isolement individuel, elle finance la spoliation des Français par leurs envahisseurs, elle finance la dégradation morale des abonnés aux guichets publics et pour finir, elle finance la désocialisation d’une France que les siens ne reconnaissent plus. L’argent public peut être un agent de la désocialisation et de la rupture de tous liens entre ceux qu’il dispense de se rendre utiles, de travailler, ou de se soucier ; et les facilités de l’assistance par l’argent public depuis longtemps contribuent à la dégradation de l’espace public national. Le socialisme de l’assistance et des droits inconditionnels devrait s’en souvenir, avant de devenir un peu plus le parti de la dissolution de la société.

    Qu’il s’agisse de demander plus à la CSG ou à la TVA, qu’il s’agisse de revoir certains avantages accordés sans intérêt collectif manifeste et durable, les Français l’intègrent déjà : l’été 2012 sera un été fiscalement chaud, et la rentrée riche de surprises. Mais le préalable à l’effort national est connu – un plan de maîtrise des dépenses publiques, la réduction de l’assistance inconditionnelle, le contrôle rigoureux des droits à prestations, limitées dans le temps et non cumulables, la confrontation de chacune et de chacun à ses responsabilités et à ses choix de vie. Et enfin, et surtout, l’équité de mesures fiscales stables dans le temps, aux effets prévisibles et anticipés, donc gérables. Sinon, l’impôt se nomme spoliation, et la démocratie n’oblige personne à payer un impôt manifestement injuste ou confiscatoire. Qui se souvient que maintes révolutions démocratiques, de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis, ont commencé par la perception d’impôts ou de taxes vécus par les redevables comme illégitimes ? Un pouvoir se joue aussi sur la légitimité de l’impôt qu’il perçoit. Et l’assiette comme les niveaux atteints par l’impôt en France sont tout prêt de le rendre illégitime. Ceux qui aspirent au pouvoir doivent s’en souvenir.

    Hervé Juvin (Regards sur le renversement du monde, 14 novembre 2011)

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  • Les raisons de la dette...

    Dans cette chronique, mise en ligne sur Realpolitik.tv,  Hervé Juvin revient ici sur les raisons de la dette et montre que nous sommes en train de sortir du cadre de l’économie néo-libérale telle qu'il s'était mis en place depuis 30 ans.


    Hervé Juvin : les raisons de la dette par realpolitiktv

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  • Retour à l'âge de pierre...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Hervé Juvin, cueilli sur son site Regards sur le renversement du monde...

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    Retour à l'âge de pierre

    L’Irak ? Un pays laïque, proclamant des valeurs socialistes, assurant d’une main de fer une coexistence pacifique entre communautés ayant renoncé à toute prétention au pouvoir. Et une dictature.

    La Syrie ? Un pays laïque, sans trace de Charia dans sa loi, proclamant des valeurs socialistes, assurant une relative égalité entre hommes et femmes,  et garantissant d’une main de fer la coexistence de religions, de tribus et de clans opposés. Et une dictature.

    La Yougoslavie ? Un pays fait de l’association plus ou moins consentie entre les pièces d’un puzzle qui jadis participait à l’Empire austro-hongrois, un pays laïque et socialiste où la paix civile était maintenue au prix d’une main de fer.

    Faudra-t-il dire bientôt la Tunisie ? Rongé par l’affairisme et la corruption, sans doute, un pays où l’égalité des droits des femmes et des hommes était une réalité, un pays dont la charia ne réglait pas les mœurs, un pays dont la dernière campagne électorale a vu des femmes « en cheveux » voter, et même figurer sur des affiches – est-ce la dernière fois ?

    Rien de commun avec le Malawi sans doute. Le Malawi, pays laïque, d’inspiration socialiste, a travaillé à acquérir son autonomie alimentaire et à organiser son agriculture pour récuser toute dépendance à l’égard du colonisateur britannique. En rupture avec les préceptes de la Banque mondiale, des institutions internationales, du consensus de Washington, en refusant la culture d’OGM et l’ouverture aux multinationales de l’exploitation de la terre – à fins d’exportation, bien sûr.

    Rien de commun ? Rien, sinon que plane sur chacun de ces pays, et sur combien d’autres, l’ordre du colonel américain de Apocalypse now voyant ses hélicoptères sérieusement accrochés par les résistants vietnamiens : « Ramenez moi ça à l’âge de pierre ! ». Arrivent les bombardiers bourrés de bombes au napalm, qui effectivement ramènent le village et les collines alentour à l’âge de pierre. Nul ne sait ce que sera la situation des pays cités, et de quelques autres, dans une génération. Mais à court terme, le bilan est autre que celui qui est annoncé ; des puissances, des Nations, ont été brisées, et ramenée au sous-développement. L’Irak, comme le Liban, sort d’une occupation étrangère dégradé, appauvri, fractionné en communautés irréconciliables, mobilisé sur des conflits internes et des partitions internes qui l’éliminent en tant que puissance autonome, et ce pays laïque est retombé dans un obscurantisme religieux qui se traduit par le départ des derniers Chrétiens de Bagdad ; qui est sûr que les Chrétiens coptes, demain, pourront survivre dans une Egypte dont le printemps salué pourrait bien précéder un hiver précoce ? Chacun voit bien quelles puissances, et quel nouvel ordre mondial, souhaitent que bien vite la Syrie et l’Iran, avant le Pakistan et la Chine, suivent la voie de l’Irak et d’un Afghanistan détruits ; il ne faut aucun obstacle à la domination de ceux qui se veulent seuls maîtres du monde. Ils sont moins nombreux à se souvenir des crimes commis par l’Otan contre la Serbie, des bombardements à l’uranium enrichi perpétrés contre un peuple européen en Europe, par ceux il est vrai qui ont perpétré contre Dresde l’un des actes terroristes les plus remarquables de l’histoire ( Dresde n’étant ni un pôle industriel, ni un centre de l’armée allemande, ni une cible militaire, mais le centre de regroupement des familles fuyant l’avance soviétique ), moins nombreux encore à en tirer les conséquences. Car le sous-développement est tout le contraire d’une fatalité, il faut y voir une stratégie décidée, raisonnée et en œuvre de destruction des puissances émergentes, des pôles de résistance à l’Empire, ou simplement d’ouverture de marchés fermés, ou de bases géographiques utiles. L’ex-Yougoslavie durablement réduite à l’anarchie et les haines ou les rivalités ethniques, religieuses et nationales habilement ravivées, les Etats-Unis ont tranquillement pu établir l’une de leurs plus importantes bases militaires et sécuriser – ou contrôler – une zone stratégique pour l’approvisionnement en pétrole de l’Europe et la surveillance de l’est de la Méditerranée. A la faveur d’une décision judiciaire contestable, suscitant la mise en question du respect des Droits de l’homme, et à partir de la mise en cause des subventions publiques à l’agriculture ( qui a compté les subventions aux agriculteurs américains ? ),  la suspension de toute aide internationale au Malawi, ajoutée à la hausse des prix des matières premières, place de nouveau ce pays indépendant sous le contrôle de ses anciens colonisateurs, qui sauront faire fructifier ses terres, mais à leur profit, et depuis la City – comment peut-on vivre au Malawi ?

    La question intéressante porte sur l’Union européenne. Ce n’est pas par hasard si fleurissent ici et là des analyses qui dénoncent un prétendu «  IVème Reich » en cours de constitution. Ce n’est pas par hasard si la très réelle crise des déficits publics européens passe pour une condamnation sans appel de la spécificité européenne, des systèmes sociaux et plus encore, de l’ambition européenne. La quête d’une autonomie stratégique européenne, engagée avec panache lors de l’agression américaine contre l’Irak, n’a pas eu de suite, elle parait aujourd’hui enterrée. Quel homme d’Etat européen s’est levé pour dénoncer la manipulation des « armes de destruction massive » que ne détenait pas Saddam Hussein, engager la quête et l’élimination au moins politique de ses auteurs ? Le processus continu qui faisait de l’euro la seconde monnaie de réserve mondiale, en passe de faire concurrence au dollar, est lui aussi interrompu ; le privilège de faire payer ses dettes par les autres ne doit pas être contesté ! Et d’ailleurs, quelques-uns des pays qui refusaient d’utiliser le dollar sont la cible désignée des prétendues « révolutions démocratiques » en cours ; c’en est fait, et pour longtemps, du projet de place régionale de la finance islamique. Qu’en sera-t-il du projet de place asiatique ?

    L’anesthésie stratégique dans laquelle sont plongés les Européens depuis un demi-siècle les empêche sans doute encore de reconnaître leurs vrais ennemis, et de compter leurs forces. La confusion du monde, qui n’oppose plus des Nations les uns aux autres, mais des systèmes de pouvoir, des réseaux ou des mafias, aux peuples en quête de leur autonomie, aux Nations en recherche de leur souveraineté, participe de cette apesanteur stratégique étendue. Sans doute pas par hasard. Et comment ne pas entendre la disparition du mot qui résume tout ce qui s’est appelé ici et pour nous liberté, souveraineté, capacité à choisir son destin, et à se donner ses lois, et qui se dit République ?

    Hervé Juvin (Regards sur le renversement du monde, 27 octobre 2011)

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  • Mettre au pas les marchés financiers !...

    Dans cette chronique, mise en ligne sur Realpolitik.tv,  Hervé Juvin revient sur la crise qui secoue les marchés financiers et souligne la necessité urgente de leur redonner une place subordonnée à l'économie réelle...

     


    L'organisation des marchés au service de la... par realpolitiktv

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  • Retrouver l'autonomie politique de la France !

    Nous reproduisons ci-dessous une tribune libre d'Hervé Juvin, l'auteur du remarquable essai intitulé Le renversement du monde (Seuil, 2010), publiée dans le quotidien Le Monde le 29 septembre 2011, dans laquelle il propose quelques pistes pour redonner à la France et à l'Europe une autonomie politique...

     

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    Retrouver l'autonomie politique de la France

    Le débat "protectionnisme vs libre-échangisme" est largement un faux débat. Il prétend enfermer le choix politique dans une alternative, ce qui est faux et dangereux. Il désigne deux perversions égales, la fermeture stérilisante, l'ouverture débilitante. La vérité est qu'il y a une infinie de variété de nuances entre l'ouverture totale, qui signifie qu'il n'y a plus d'entité politique, et la fermeture totale, qui signifie l'asphyxie. Il en est dans ce domaine de l'ouverture aux mouvements de capitaux comme de l'ouverture aux mouvements de biens et de service, et de l'ouverture aux migrations des hommes.

    Un peuple qui ne sait tenir sa frontière, géographique ou virtuelle, n'est plus digne de l'histoire. La vérité est aussi qu'il est des temps pour ouvrir, pour attirer, pour accroître la diversité interne, et des temps pour choisir, pour distinguer, et pour affirmer l'unité interne. J'ai peu de doute à ce sujet ; le temps de la France, de l'Europe, est revenu de travailler à leur unité interne, d'affirmer leur singularité, et elles le feront d'abord en se séparant de tout ce qui n'est pas elles, ensuite en se protégeant de tout ce qui menace leur projet et cette identité qui doit permettre à tous ceux qui s'y reconnaissent de faire société, ensemble, et pour un avenir commun.

    Dans le domaine économique et commercial, il s'agit d'abord de ne pas être les idiots de la classe de la mondialisation, ensuite de prendre conscience et de défendre nos intérêts propres, ceux des Français, ceux des Européens, dans un monde qui ne fait et ne fera pas de cadeaux. Personne ne juge mauvais que les Chinois aient une préférence pour les intérêts de la Chine. Personne ne doute que les Américains poursuivent avec constance l'intérêt américain. Pourquoi est-ce que seuls les Français ne pourraient pas poursuivre les intérêts de la France, et les Européens manifester leur préférence européenne ?

    Si l'objet est d'en finir avec une dépendance à l'égard des marchés financiers qui tourne à l'esclavage, si l'objet est de retrouver une autonomie politique, qui est l'autre nom de la liberté de nos peuples à choisir leur destin, il ne s'agit pas seulement de tarifs douaniers, de contrôles aux frontières et de réciprocité négociée. Des dispositions techniques et juridiques précises dans le domaine du placement de la dette, des privatisations, des opérations de marché, de la réglementation bancaire, peuvent engager des évolutions à terme considérables, et nécessaires.

    La renationalisation de la détention de la dette. Elle s'applique aux OAT ; elle s'appliquerait tout autant et sinon plus, aux euroobligations. Pour gagner quelques points de rendement, le Trésor français, après et comme d'autres, a consenti un abandon majeur de souveraineté ; une dette publique détenue par les nationaux s'apparente à l'impôt, l'inflation peut la réduire ; une dette détenue majoritairement à l'extérieur est une dette, et le défaut est le seul moyen de l'alléger vraiment. Les résidents détiennent moins de 35 % de la dette publique de leur pays ; il leur est impossible d'acheter en direct des titres de la dette nationale ; et certains besoins d'investissement ne peuvent être satisfaits que par des titres émis ailleurs. Il est urgent de renationaliser la détention de la dette publique, non dans un but de fermeture, mais d'autonomie politique. Dans ce but, les Français doivent pouvoir acheter des titres de dette publique au guichet de leur banque, ou par Internet, et les Européens doivent pouvoir souscrire des euro-obligations comme ils le veulent. Dans ce but aussi, et face à l'ampleur de la question du vieillissement, l'émission d'obligations du Trésor indexées sur l'inflation et d'une durée de 40 ans est la solution manifeste aux besoins d'investissement des fonds de retraite (PERCO, PERP, Assurance-vie, fonds Madelin, etc.) dont la principale préoccupation pour les décennies à venir est la protection contre l'inflation. Le choix des gérants et leur préférence pour la France et l'Europe fera le reste.

    L'émission de parts d'associés. La privatisation des grandes sociétés de service collectif a permis la constitution de rentes indues et fait perdre à la collectivité nationale et européenne un contrôle sur des actifs essentiels, et stratégiques. Les ravages de la propriété d'Etat et du contrôle public sont connus, les ravages de la privatisation se découvrent. L'application du modèle actionnarial, de la course à la création de valeur et de la concurrence à ces sociétés dites naguères "gestionnaire de monopoles naturels" est un échec. C'est vrai pour l'énergie, c'est vrai pour les réseaux ferrés, c'est vrai pour la poste, c'est vrai pour la banque de détail. Il faut en tirer les conséquences, et d'abord sur l'inadéquation du modèle de propriété actionnarial. Pour les futures opérations d'ouverture de capital de sociétés publiques ou de monopoles naturels, il est urgent d'inventer un titre d'associé aux droits et aux rémunérations proches de ceux des sociétaires des coopératives, des parts dont l'achat et la vente sont soumis à l'agrément de l'entreprise, et dont les droits de vote sont effectifs sur le mode "un homme, une voix". L'offre de vente de ces parts d'associés à des personnes physiques et morales, ferait des Français les propriétaires associés des grandes entreprises de service commun. L'expérience des réseaux mutualistes prouve la facilité à lever des capitaux, la facilité aussi à organiser le lien avec les marchés de capitaux, donc la respiration du capital.

    La création d'un marché boursier centralisé. La directive européenne dite "MIF" a détruit trois siècles d'expérience et de progrès européen dans le domaine du lien entre modèle de marché, activité boursière, société et intérêt collectif. La directive a organisé l'éclatement de la liquidité, fait perdre l'unicité du prix et fourni aux intermédiaires les plus puissants ou les plus retors toutes les occasions de jouer contre les intermédiaires plus petits, les investisseurs de long terme et les épargnants. L'aveuglement européen a fait des marchés boursiers un mauvais lieu, qui va tuer l'actionnariat populaire et qui commence à provoquer des retraits de la cote, depuis que le marché sert à tout sauf à financer les entreprises. Dans le domaine des marchés d'actions comme dans celui des marchés d'options et de dérivés, comme dans celui des matières premières, la centralisation des ordres sur un système d'ordre public est le préalable à toute moralisation de la finance. Des chefs d'entreprise s'émeuvent désormais ouvertement de l'absence de tout lien entre leur activité, leur performance, leurs résultats, et les mouvements de leur titre en Bourse ; ils sont choqués de voir leur titre négocié à des prix différents au même moment, des mouvements importants de leur capital se dérouler ans des "trous noirs" sans transparence et sans équité. Sur les marchés des actions, des obligations, comme sur ceux des matières premières, l'obligation d'une centralisation des ordres, d'une unicité des prix, et d'une transparence sur les conditions, est un objectif stratégique de retour au lien indissociable qui unit les épargnants, les associés, et les sociétés cotées.

    La séparation des métiers bancaires. Il y aurait les bonnes banques et les méchants Hedge Funds. C'est ignorer le fait que les hedge funds ne travaillent qu'à partir du crédit que leur fournissent les banques, et qui fait jouer l'effet de levier dévastateur. Quelle est la responsabilité d'UBS dans le levier qu'ont fait jouer tel ou tel hedge fund dans les années 2000 ? La séparation entre dépôts, crédit et opérations de marché est fondatrice de la confiance, de la sécurité et de la morale. Elle doit permettre d'éliminer les acteurs non conformes, et de restaurer la notion de criminalité financière, certains comportements et certaines opérations suggérant moins des dérives professionnelles qu'une qualification d'entreprise frauduleuse, voire criminelle, permettant le retrait de la licence d'opérer sur le territoire européen, la mise sous contrôle des opérations, voire la saisie des actifs détenus. Ni protectionnisme, ni libre échangisme, cette perversion d'une technique économique, le libre échange, devenue idéologie ; la maîtrise retrouvée des activités financières, des organisations de marché et des activités de crédit et d'investissement désigne le véritable sujet. Car la désignation d'ennemis lointains, la Chine étant la cible désignée, est une diversion habile qui n'égarent que ceux qui ignorent que la majorité des déficits a lieu entre pays développés, et que l'origine des déficits abyssaux qui volent notre avenir est à rechercher dans les dérives de la finance de marché et dans la privatisation des Etats par les banques, bien plus que dans la mondialisation ou la concurrence déloyale des pays à bas revenus. Ne pas se tromper d'ennemi et de cible ; ceux qui vont se battre pour redonner à la France et à l'Europe leur autonomie de choix et de destin devront d'abord acquérir une rare et dangereuse lucidité à cet égard.

    Le retour à la mention d'origine des produits. C'est la dignité et le respect du consommateur qui peut choisir et arbitrer en fonction d'information dont le prix n'est qu'une composante, et qui peut attribuer une valeur aux choses différentes de leur prix. Le stupide "made on earth by humans" est la fin du politique et la dissolution de toute société organisée dans l'isolement généralisé. Il y a un prix à payer contre l'isolement, contre la dissociété, et contre la décivilisation qui nous gagne.

    Ni protectionnisme ni libre-échangisme, le vrai débat politique et le vrai clivage opposent ceux qui se battent pour l'autonomie des peuples, peuple français, peuple européen, et ceux qui travaillent à leur asservissement aux intérêts privés, dans le cadre du droit et du marché. Au nom d'un internationalisme mal compris, au nom d'un attachement aux droits qui détruit le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, une partie des socialistes se fait complice des forces du capital sans frontières, sans identité et sans liens. Récemment disparu, Paul Yonnet a été l'un des premiers à avoir percé à jour la contre-manœuvre socialiste – contre-manœuvre, parce qu'elle produit l'inverse des buts qu'elle affiche. Derrière l'éloge de la mobilité il faut entendre l'esclavage, derrière le sans-frontièrisme, il faut entendre apologie des invasions et des colonisations, derrière les Droits universels il faut entendre l'extinction des peuples libres de se donner leur loi, de se compter et de se nommer. Et derrière la liberté du marché, il faut voir les faux-monnayeurs, les charlatans et les usuriers qui reviennent.

    Hervé Juvin (Le Monde, 29 septembre 2011)

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