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Science - Page 4

  • Poussins kantiens et bonobos aristotéliciens...

    Les éditions Odile Jacob viennent de publier L'animal est-il un philosophe ?, un essai d'Yves Christen.  Biologiste, chercheur dans le domaine de l'immunologie, Yves Christen, déjà auteur de plusieurs ouvrages sur les animaux, dont Le peuple léopard (Michalon, 2000) et L'animal est-il une personne ? (Flammarion, 2009), qui a eu un fort retentissement.

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    « Déconstruire l’idée que l’animal serait sans intelligence, sans conscience, sans langage, etc., n’est qu’une étape vers une entreprise plus essentielle : la reconnaissance de la richesse des mondes animaux, dans leur diversité, sans céder à la tentation de les hiérarchiser. Tel est l’esprit qui m’anime dans cet ouvrage.

    Parce que les animaux, humains ou non humains, ne sont pas les jouets passifs du monde qui les entoure et qu’ils en sont au contraire les créateurs actifs, parce qu’ils sont porteurs d’une vision du monde, je les considère comme des philosophes. Ils ne se contentent pas de percevoir passivement leur environnement, ils l’élaborent, ils l’anticipent. Ils donnent du sens aux choses. »

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  • Ressuciter l'auroch ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un article intéressant d'Etienne Dubuis paru dans Le Monde et Le Temps et consacré à un nouveau projet de recréation de l'espèce disparue des aurochs en vue de sa réimplatation dans des espaces naturels européens...

     

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    Ils veulent ressuciter l'auroch

    Ressusciter une espèce disparue... et pas des moindres : l'auroch, à la corpulence si forte et aux cornes si redoutables qu'il a fasciné l'homme durant des millénaires avant de disparaître dans la première moitié du XVIIe siècle. Tel est le projet d'une poignée d'écologistes néerlandais regroupés dans la Fondation TaurOs. Lancé il y a quatre ans, soutenu depuis par des universités et des organisations environnementales, ce projet peut s'enorgueillir désormais de premiers résultats.

    Ancêtre des bovins domestiques, l'auroch a longtemps peuplé une immense aire géographique allant de la Chine à l'Europe, en passant par l'Inde et l'Afrique du Nord. Haut de près de deux mètres, lourd d'environ une tonne, doté de cornes en forme de lyre et de longues jambes fines, il impressionnait déjà les hommes préhistoriques - il est représenté notamment à Lascaux. L'espèce, victime d'une chasse excessive, s'est raréfiée jusqu'à disparaître avec la mort de son dernier représentant dans la forêt de Jaktorow, en Pologne, en 1627.

    L'auroch, pourtant, a continué à hanter les mémoires. Deux directeurs de zoo allemands, les frères Heck, ont tenté de le ressusciter dans les années 1920 et 1930, en croisant des races de bovidés espagnoles et françaises. Sans résultat probant. La tentative de la Fondation TaurOs apparaît très différente, dans ses buts comme dans ses moyens. Il n'est plus question pour elle de créer une "survache", comme a pu en rêver le régime nazi, mais d'enrichir la biodiversité et de mieux utiliser les derniers grands espaces sauvages d'Europe. Surtout, de nouveaux instruments promettent de gros gains d'efficacité.

     

    La méthode de base reste classique. Elle consiste à amasser le maximum d'informations sur l'auroch, puis à rassembler les races bovines qui s'en rapprochent le plus, afin de les croiser et de sélectionner les veaux les plus ressemblants. La principale nouveauté est l'usage de la génétique, qui permet de prendre non seulement en compte l'aspect et le comportement des animaux concernés, mais aussi leurs caractéristiques les plus profondes. "Nous ne parviendrons jamais à obtenir exactement la bête d'origine, reconnaît l'initiateur du projet, Henri Kerkdijk. Mais nous espérons créer un nouvel animal, le tauros, qui en sera très proche à tous égards, et se révélera, comme lui, capable de vivre à l'état sauvage."

    Une cinquantaine d'hybrides

    Des premiers croisements ont eu lieu - tantôt naturellement, tantôt par insémination artificielle - entre des races primitives d'Espagne, d'Italie et d'Ecosse notamment. Ils ont produit un troupeau d'une cinquantaine d'hybrides qui pâturent dans la région de Keent, aux Pays-Bas. Quelques-uns de ces animaux possèdent déjà une certaine ressemblance avec l'auroch. Tel un mâle de deux ans et demi, fils d'un taureau de race pajuna et d'une vache de race maremmana. Une bête baptisée Manolo Uno, confie Ronald Goderie, directeur de la fondation, "en l'honneur du dernier cow-boy espagnol vivant".

    L'aventure ne fait que commencer, cependant. "Nous comptons arriver près du but après quatre générations", estime Henri Kerkdijk. Soit autour de 2025. Parallèlement, la fondation s'efforcera d'habituer ces animaux à une vie toujours plus libre dans des espaces toujours plus vastes. Son espoir est que, d'ici une quinzaine d'années, les tauros formeront des troupeaux dans au moins cinq zones protégées du continent. En d'autres mots, qu'ils auront trouvé leur place au sein de la faune sauvage européenne.

    "Cela peut marcher", assure Alexandre Reymond, professeur associé au Centre intégratif de génomique de l'université de Lausanne. "Il est tout à fait envisageable de créer de cette façon un bovidé de type nouveau, assez rustique pour s'adapter à la vie sauvage." Et la consanguinité ? "Le risque existe, répond le scientifique. Mais il n'est pas sûr qu'il se concrétisera. Les souris qui ont peuplé l'Australie, il y a quatre millions d'années, descendaient d'un nombre infime de femelles. Et pourtant, elles se sont multipliées sans peine et ont même divergé en plusieurs espèces. Tout dépend du bagage génétique, délétère ou non, des premiers de lignée."

    Etienne Dubuis (Le Monde, 2 novembre 2012)

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  • Une humanité éclatée ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un article de Laurent Alexandre, publié dans le quotidien Le Monde et consacré aux fissures que font apparaître la paléontologie et la génétique dans le dogme rassurant de l'unité de l'espèce humaine...

     

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    La paléogénétique révèle une humanité éclatée

    Le séquençage de l'ADN ne concerne pas que les êtres vivants. Il est désormais possible de séquencer l'intégralité des chromosomes d'individus morts depuis bien longtemps et donc des espèces disparues. L'ADN se conserve près de cent mille ans à condition que l'environnement ne soit pas trop chaud et humide. A partir des quantités infimes d'ADN résiduel dans les squelettes, les généticiens peuvent reconstituer la totalité du génome grâce à la technique d'amplification qui permet de multiplier un grand nombre de fois les séquences. La paléogénétique, cette nouvelle science qui aurait semblé utopiste il y a seulement dix ans, clarifie à grande vitesse l'histoire de l'humanité. 

    Depuis cent mille ans, plusieurs espèces d'hommes ont disparu - Neandertal il y a moins de trente mille ans, Denisovan en Sibérie, l'homme de Flores en Indonésie . Le séquençage de Flores (Homo floresiensis) - homme de faible corpulence possédant un crâne (et donc un cerveau) très petit, vivant en Indonésie - a échoué à deux reprises tant l'ADN a été abîmé par le climat tropical de la zone de sépulture. Mais Neandertal et Denisovan ont été séquencés avec succès alors même que cette dernière espèce nous est connue uniquement par un fragment de phalange et deux molaires !

    La comparaison des génomes de Neandertal, de Denisovan et de l'homme moderne éclaire d'un jour nouveau notre histoire. On sait aujourd'hui que certains humains (notamment les Mélanésiens modernes) ont hérité d'environ 6 % d'ADN de Denisovan lors du passage de leurs ancêtres en Asie. Ce mélange génétique ne se retrouve pas chez les Européens ou les Africains. On sait aussi qu'il y a eu un métissage des Eurasiens avec Neandertal, qui se serait produit lors de la sortie d'Homo sapiens d'Afrique , il y a environ soixante-quinze mille ans. Son ampleur reste à préciser parce que le premier séquençage réalisé n'est pas assez précis : la technique utilisée en 2010 est moins performante que celle mise au point en 2012 pour séquencer Denisovan. 

    Autrement dit, certains groupes d'hommes vivant aujourd'hui sur Terre sont issus du métissage, il y a quelques dizaines de milliers d'années, après leur sortie d'Afrique, d'hommes modernes et d'hommes archaïques. Grâce au séquençage des ossements présents dans les armoires des paléoanthropologues, il est probable que nous découvrirons de nombreux autres métissages, peut-être même avec des hommes encore plus archaïques - par exemple des Homo erectus. Le séquençage des restes humains génère déjà des conflits politiques. Celui d'un Aborigène australien, par exemple, a été réalisé sans l'accord des représentants de ce peuple ; il a révélé que les Aborigènes constituaient un rameau particulier de l'espèce humaine. La conception - politiquement essentielle - d'une humanité unique est en train de voler en éclats. Plus préoccupant, certaines des séquences génétiques héritées du métissage avec des hommes archaïques concernent des gènes gouvernant l'organisation cérébrale et impliqués dans le fonctionnement des synapses neuronales. Le débat sur la notion de race, sur l'égalité entre elles, que l'on espérait à jamais enterré, pourrait resurgir . Les humanistes devront être vigilants et veiller à ce que ces troublantes découvertes paléogénétiques ne deviennent pas des arguments aux mains des idéologues racistes.

    Laurent Alexandre (Le Monde, 13 septembre 2012)

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  • Sciences : la boîte de Pandore ?...

    Le nouveau numéro de la revue Rébellion (n°47) comporte un dossier consacré aux sciences et aux techniques et, notamment, aux nanotechnologies. On y trouvera aussi un entretien avec Alain de benoist sur la question animale et la place de l'homme dans la nature.

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    Au sommaire :

    Editorial

    Le crépuscule de l’Odyssée


    Sciences et capitalisme

    >La science en péril

    >La question de la science

    >Courte réflexion sur la science et le cas du « nanomonde »

     

    >Les Nanotechnologies : Aux frontières du réel ?

     

    Entretien

    Des animaux et des hommes, entretien avec Alain de Benoist

     

    Chronique des livres

    Des animaux et des hommes. La place de l’homme dans la nature d’Alain de Benoist

    Clelia ou le pouvoir des prêtres, de Giuseppe Garibaldi

     

     

    Disponible contre 4 euros à l'adresse :

     

    Rébellion C/O RSE

     

    BP 62124 - 31020 TOULOUSE Cedex 02 FRANCE

     

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  • Êtes-vous juif ?...

    Cette surprenante question vous est posée si vous allez visiter le site de l'iGENEA, filliale européenne, basée en Suisse, de Family Tree DNA, entreprise américaine spécialisée dans l'analyse génétique appliquée à la généalogie.

    La première référence fournie par le moteur de recherches concernant l'iGNEA vous interpelle donc ainsi :

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    Etes-vous juif?

    Avez-vous des racines juives? Etes-vous un Ashkénaze?
    Etes-vous un Levi ou un Cohen?


    Il y a certaines caractéristiques génétiques qui réfèrent à une origine juive. Avec un test ADN d’iGENEA on peut chercher le profil de votre ADN sur la base de ces caractéristiques.

    Les porteurs de ces caractéristiques ou de caractéristiques semblables sont rassemblés en haplogroupe. L’appartenance à certains haplogroupes peut indiquer une origine juive. En outre, un certain profil ADN est appelé " Haplotype Cohen Modal”, car on le retrouve plus souvent dans le sous-groupe juif des Cohanim. Ce haplotype réfère clairement à une origine juive.

    Même si vous n’appartenez pas à un haplogroupe juif typique, vous pouvez avoir quand même des racines juives. Par la comparaison du profil ADN avec tous les autres profils dans notre base de données ( plus de 240.000), vous trouverez des personnes qui vous correspondent génétiquement ( « cousins génétiques »). Si beaucoup de vos cousins génétiques sont juifs, la probabilité que vous ayez des racines juives est très élevée.

    La judaïcité est-elle plus qu’une religion? Y-a-t- il un gène juif"?

    Selon le droit Halacha, est juif quiconque est né d’une mère juive ou qui s’est converti au judaïsme. Le lien serré entre culture, tradition, religion et appartenance à un peuple caractérise particulièrement la judaïcité. Au cours des siècles s’est développée une certaine homogénéité génétique qui est visible par un test ADN.

     

    En poursuivant votre visite du site de l'iGENEA, vous découvrirez qu'on vous propose aussi de découvrir vos éventuelles origines celtes, germaniques ou vikings.

    Le site américain de Family Tree DNA vous invite également à savoir si vous êtes un "guerrier", porteur d'un gène spécifique sur le chromosome X !

    Les deux sites renvoient à de nombreuses études de génétique des populations, en anglais, dont la lecture des résumés ne manque pas d'intérêt. 

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  • L'invasion des nanotechnologies...

    Un texte d'Anne-Corinne Zimmer, diffusé par le site grenoblois Pièces et Main d'Oeuvre et consacré aux nanotechnologies.

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    L'invasion des nanotechnologies

    Avec ses airs de science-fiction, la recherche sur les technologies de l'infiniment petit est pourtant une réalité d'autant plus inquiétante qu'elle est méconnue.

    Années 2000, dans les pays industrialisés : des investissements financiers sans précédent se font en faveur de la recherche et du développement des nanotechnologies. L'initiative française "Nano Innov", mise en place en 2008 sous les auspices du Commissariat a l'énergie atomique (CEA), prévoit le développement de trois "pôles d'excellence " 1 : à la clé, 1,15 milliard d'euros d'investissements publics sur cinq ans ou le financement de la recherche (publique) est entièrement subordonnée au partenariat public-privé et au développement d'applications commercialisables, brevetables, et donc, rentables.

    Le marché des nanotechnologies, estimé en 2010 à plus de 150 milliards de dollars devrait atteindre, en 2014, plus de 2 600 milliards, soit 15% de la production manufacturière mondiale (estimation Lux Research). La nanotechnologie travaille sur les dimensions de la matière inférieures à 100 nanomètres (1 nm=10-9 m, un milliardième de mètre). À cette échelle, on entre dans la physique quantique. Les matériaux et les éléments (graphite, argent, or, silice) acquièrent des propriétés nouvelles et radicalement différentes : ce qui était rouge devient vert, un métal devient translucide, un matériau non conducteur laisse passer l'électricité... Deux méthodes sont employées pour obtenir les nanomatériaux. La technique descendante : par procédés mécaniques, en réduisant la matière poudre à l'état nanoparticulaire par broyage à haute énergie. Ou la "technique ascendante" : les atomes sont assemblés, sous contrôle informatique, à l'image de briques, conférant formes et tailles souhaitées (tubes, fullerène 2...), afin d'obtenir la configuration recherchée. Ces remaniements au niveau atomique et moléculaire ouvrent aussi la voie à des assemblages hybrides, entre matière inerte et vivante. La conception de nouveaux matériaux multiplie l'éventail des matériaux, des applications et des profits.

     

    Dangers inconnus

    Depuis plus de 15 ans, les nanomatériaux sont massivement présents et s'imposent aux consommateurs sans qu'ils en soient informés car aucun étiquetage ni aucune réglementation n'encadre cette invasion : des articles de sports plus légers aux peintures et métaux de surface autonettoyants sous la seule action de la pluie, en passant par les diodes électroluminescentes pour écrans, les téléphones cellulaires ou les pneus longue durée ! L'alimentation n'y échappe pas. Les additifs alimentaires comme le nanosilice sont employés depuis les années 1990 comme anti-agglomérant. Les barres Mars sont enveloppées dans du papier contenant du nano dioxyde de titane de 1 à 5 nm. Autorisé dans sa forme non nano pour l'alimentaire (pour blanchir le glaçage des pâtisseries), son emploi est ici différent : transparent, il sert à empêcher l'oxygène de gagner l'aliment. La liste des nanoproduits est inconnue et impossible à établir, en l'absence d'obligation pour les producteurs, industriels ou revendeurs d'en déclarer la présence.

    Alors que le développement des nanos est soutenu massivement par les deniers publics, à peine 0,5 % de ces fonds sont consacrés à l'évaluation des risques sanitaires et environnementaux. Cette carence d'évaluation et d'information est fondamentale pour comprendre ce qui se joue avec les nanotechnologies : tout se passe comme si aucun enseignement n'avait été tiré des désastres provoqués par de nombreuses substances chimiques disséminées au cours du siècle précédent. Tandis que le règlement Reach oblige enfin les producteurs à une évaluation des substances chimiques produites à plus de 10 tonnes par an, la règle appelée "No data, no market" 3 semble ne pas concerner les nanosubstances aux propriétés radicalement nouvelles. Autorités gouvernementales et agences sanitaires et de régulations en appellent à la nécessité d'évaluation et de réglementation depuis dix ans, tandis que le corpus des études scientifiques pointant la toxicité des nanoparticules ne cesse de s'allonger.

     

    Propriétés inédites

    Elles présentent en effet des caractéristiques inédites : une puissante réactivité chimique et une pénétration exceptionnelle, leur taille leur autorisant le franchissement de toutes les “barrières". Les études mettent en évidence les dommages sur l'ADN causés par les nanoparticules, un stress oxydatif (mort des cellules) et des effets inflammatoires. Une génotoxicité indirecte, atteignant l'ADN à travers des barrières intactes, à été mise en évidence. De façon générale, les nanoparticules se caractérisent par leur extrême mobilité dans l'environnement et dans les organismes. Quelle que soit la voie d'exposition (inhalation, ingestion, cutané), « elles peuvent être internalisées par les cellules, migrer vers le cytoplasme et le noyau et passer les barrières que l'on croyait les plus étanches du corps humain. Y compris la barrière placentaire », expliquait Patrick Brochard, toxicologue au Laboratoire santé-travail-environnement de Bordeaux II, devant l'Office parlementaires des choix scientifiques et technologiques (OPCST)4. « Les nanoparticules très fines et très allongées sous forme de fibres (comme les nanotubes de carbone) ne sont pas gérées par les cellules, et malgré tous les mécanismes de défense de l'organisme, la particule va persister, intacte, dans les tissus, à l'endroit où elle s'est déposée, ou bien elle va migrer... Cet ensemble d'effets peut entraîner des réactions sur des modèles in vitro : perte de fonction, hyperactivité cellulaire. Au-delà, une réaction inflammatoire au niveau des tissus est susceptible de déboucher sur des pathologies non spécifiques comme fibrose et le cancer », conclut le toxicologue.

     

    Une persistance indéfinissable

    De plus, aucune analyse du cycle de vie de ces nanomatériaux n'a été réalisée. Leur devenir dans l'environnement pose déjà question. Le nano-argent, abondamment utilisé comme antibactérien, risque, une fois libéré dans l'environnement, de rompre l'équilibre écologique en anéantissant les bactéries. Des nanopréparations de pesticides sont déjà sur le marché (BASF Syngenta, Bayer), avec l'avantage de mieux se dissoudre dans l'eau et d'être efficaces plus longtemps avec un dosage réduit. La plupart des nanoparticules sont déjà reconnues comme persistantes, toxiques, bioaccumulables, et capables de se mouvoir sans fin... Elles rempliraient ipso facto les critères pour entrer sur la liste de la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants. Pire, leur haute réactivité chimique leur permet de se lier aux polluants déjà en circulation (PCB, PFOS), leur conférant potentiellement une durée de vie encore plus longue. En dépit de cela, rien ne semble en mesure d'entraver leur développement. D'ailleurs, une partie non négligeable des financements publics alloués au plan Nano Innov est attribuée à « l'acceptabilité sociale ». Ce qui signifie présenter au public une myriade d'applications tenues pour réalisables et ne parler que des "bénéfices" : médicaux, environnementaux et, bien sûr, économiques.

     

    Vers un contrôle total ?

    Les nanotechnologies forment une révolution d'ensemble dont nanomatériaux et nanoparticules ne sont que les instruments. In fine, il s'agit de l'élaboration d'un véritable système, défini sous le terme de convergence et appelé "NBIC" : Nano, Bio, Info, Cogno 5. Soit la convergence de plusieurs technologies, biologie, sciences cognitives (neurosciences), informatique, robotique dont la nanotechnologie est l'élément habilitant. La biologie synthétique crée de nouveau systèmes vivants (autoréplicants) programmés pour exécuter des tâches précises : bactérie E. Coli surpuissante pour la dépollution, polymères nanobiologiques intégrant des protéines permettant aux objets de se reconstituer...

    Au-delà de l'alliance de la biologie, du vivant et de la nanotechnologie, se profilent les risques d'une humanité et d'une société entièrement sous contrôle, jusque dans ses comportements. Devant l`OPCST, François Berger, membre du réseau européen de nanobiotechnologie, Nano2life et chef de l'équipe de "Nanoneurosciences fondamentales et appliquées" au sein du pôle Minatec, donne un exemple des applications en cours avec un enthousiasme qui a de quoi inquiéter: « On peut manipuler le comportement alimentaire d'un singe en stimulant son hypothalamus (...). Il y a un réel danger dans les domaines de l'obésité ou de l'anorexie. Avouons que des outils implantés qui traiteront la maladie avant qu'elle n'apparaisse peuvent aussi être un avantage, même si cela a un côté impressionnant. (...) La valeur ajoutée des nanotechnologies transférées dans le domaine médical est indiscutable au niveau scientifique et industriel ».

    Le ministère de la Recherche n'a pu que confirmer l'existence de « technologies permettant de modifier le comportement humain », parmi lesquelles « l'inhalation de nanoparticules psychotropes». Bien sûr, la majeure partie des financements publics est allouée aux recherches pour la Défense et l'armement et la "sécurisation de la société", via les nouveaux instruments de contrôle (identification, RFID, puçages, traçabilité) permis par cette convergence. Les risques d'une espèce humaine sous contrôle (dont les outils sont aux mains d'une poignée de multinationales) sont trop importants pour ne pas questionner les fins poursuivies au moyen de la nanoscience.

     

    Anne-Corinne Zimmer, journaliste

     

     

    1. Ces pôles se situent à Grenoble (Minatec), Paris (Saclay) et Toulouse. L'ensemble des champs de la nanoscience est couvert et rassemble sur ces sites la recherche fondamentale et le développement industriel via les partenariats public-privé.

    2. Un fullerène est une molécule composée de carbone pouvant prendre une forme géométrique rappelant celle d'une sphère, d'un ellipsoïde, d'un tube (appelé nanotube) ou d'un anneau.

    3. "Pas de données, pas de marché" est la règle voulue par Reach.

    4. OPECST, Auditions publiques sur les nanotechnologies : risques potentiels, enjeux éthiques. Rapport n°3658 Assemblée nationale et n°208 Sénat (2007)

    5. Le projet américain NBIC porté depuis 2001 par la National Science Foundation a été exposé dans le rapport de W. Bainbridge et Roco « Converging technologies for improving human performances ». L'ETC Group a choisi de parler de BANG pour Bit (information) Atome, Nano, Gêne.

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