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  • Rome : la permanence de l'Empire...

    Le nouveau numéro de la revue Conflits (n°65, septembre - octobre 2026), dirigée par Jean-Baptiste Noé, vient de sortir en kiosque. Le dossier central est consacré à la romanité...

     

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    ÉDITORIAL
    Nouveau Conflits, par Jean-Baptiste Noé

    DOSSIER — ROMANITÉ
    La marque de la géopolitique par Jean-Baptiste Noé

    « L'Italie n'est pas tout à fait un pays européen », par Lucio Caracciolo

    États-Unis. La tentation de Rome, par Alexandre Mendel

    La Russie et la troisième Rome, par Édouard Girard

    Rome au Moyen-Age, par Sylvain Gouguenheim

    Constantinople, l'autre Rome, par Olivier Kempf

    Rome dans les jeux vidéos, par Ophélie Roque

    La romanité, levier de puissance, par Guy-Alexandre Le Roux

    GÉOÉCONOMIE
    Sport mondial, par Anne de Bongain

    Turquie : industrie de l'armement, par Tancrède Josseran

    Le boom de l'Indonésie, par Gavekal

    Prisons privées, nouveau marché, par John Mackenzie

    GRANDS REPORTAGES
    Mélancolie moldave, par Jean-Baptiste Bless

    Le Liban impossible, par Tigrane Yégavian

    Le Japon se cherche, par Étienne de Gall

    Malaparte : tactique du coup d’État, par Guy-Alexandre Le Roux

    POINTS CHAUDS
    Poncifs suprêmes : Fukuyama, par Jean-Baptiste Noé

    Les attentats au véhicule piégé, par Hervé Théry et Daniel Dory

    Taïwan tente d'exister, par Jean-Marc Holz

    HISTOIRE
    Garibaldi, la force du destin, par Frédéric Le Moal

    CULTURE

    Malaparte : tactique du coup d’État, par Guy-Alexandre Le Roux

    Métro et totalitarisme, par Ophélie Roque

    FORMATION
    Bruits et signaux, par Jean-Jacques Netter

     

    Lien permanent Catégories : Géopolitique, Revues et journaux 0 commentaire Pin it!
  • L'occidentalisme : maladie infantile des milieux droitiers...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Benoist, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au retour de l'occidentalisme dans les milieux de droite...

     

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    Une publication sur X du compte de la Maison Blanche en 2025...

     

    Alain de Benoist : « La réapparition récente dans les milieux droitiers de cette maladie infantile qu’est l’occidentalisme me paraît consternante »

    À l’occasion de la sortie du quatrième hors-série de la revue Éléments, « États-Unis, nos meilleurs ennemis », issu de cinquante ans d’archives, Alain de Benoist revient sur la critique radicale de l’américanisme menée par la Nouvelle Droite. Entre fondements idéologiques, soft power et second mandat de Trump, il dresse un portrait sans concession de la puissance qui continue de façonner – et de menacer – l’identité européenne.

    ÉLÉMENTS. Dans ce hors-série qui couvre plus de cinquante ans d’analyses, quelle est selon vous la constante la plus marquante de la critique de l’« américanisme » par Éléments ? Qu’est-ce qui n’a presque pas changé depuis les années 1970, malgré les mutations de la puissance américaine ?

    ALAIN DE BENOIST. Il faudrait plutôt se demander pourquoi les États-Unis n’ont « presque pas changé » depuis leur fondation, il y a 250 ans ! On est en effet devant le cas, quasiment unique, d’une puissance qui depuis sa fondation n’a pratiquement cessé de se réclamer des mêmes principes (ce qui explique ses difficultés à comprendre la variété des idées et des doctrines qui caractérise la longue histoire européenne : pour les Américains, c’est trop « sophisticated », trop éloigné de la casual culture). Ces principes ne sont pas les nôtres. Ce que voulaient déjà les « Pères fondateurs » de l’Amérique, c’était rompre de façon radicale avec une Europe dont ils réprouvaient les valeurs et les mœurs. Héritiers d’une tradition puritaine et biblico-messianique, ils voulaient édifier de l’autre côté de l’océan une « cité sur la colline » (city upon a hill) qu’ils concevaient comme une nouvelle Jérusalem. Pour le pasteur puritain John Winthrop, inventeur de cette expression, l’Amérique devait à la fois se tenir à l’écart de l’Europe et constituer un modèle moral et politique appelé à servir d’exemple au « reste du monde » (rest of the world). D’où l’alternance de l’isolationnisme ou (exceptionnalisme américain) et de l’interventionnisme aux États-Unis.

         La principale constante de la critique de l’américanisme proposée par Éléments a consisté à montrer en quoi l’Europe se distingue des États-Unis (ou de l’« Occident ») et surtout en quoi les intérêts européens et les intérêts américains sont (et ne peuvent être que) divergents. Du point de vue géopolitique, les États-Unis ont succédé à l’Angleterre pour incarner la grande puissance de la Mer, l’Europe continentale correspondant au contraire à la puissance de la Terre. Au-delà des données purement géographiques, cette opposition entre la Mer et la Terre en recouvre d’autres. La Mer, qui ne connaît pas de frontières, est du côté des flux, des échanges, de la logique « maritime » du grand commerce, de l’homme désinséré de ses appartenances fixes, tandis que la Terre est du côté des frontières, des territoires, du politique, des valeurs telluriques, des modes de vie enracinés. L’Amérique, c’est le règne de la quantité et du « toujours plus » – le règne de l’avoir contre la vérité de l’être.

         Les États-Unis sont ainsi devenus le pôle central du capitalisme, du libéralisme et de l’idéologie des droits de l’homme, c’est-à-dire le moteur de la modernité. Leur universalisme leur interdit de reconnaître que le monde est un multivers, composé de cultures et des peuples qui n’ont nullement vocation à les prendre pour modèle. Pour eux, le monde n’est compréhensible qu’une fois américanisé. Cette incapacité à comprendre que le « reste du monde » ne raisonne pas forcément comme eux explique aussi leurs échecs militaires : surévaluant l’importance de la technologie, ils sont incapables, en temps de guerre, de prévoir le jour d’après (the day after), c’est-à-dire d’œuvrer à un règlement politique des causes du conflit. Ils ont une tactique (en fait un programme de frappe), mais pas de stratégie. On vient de le voir encore avec leur défaite face à l’Iran.

    ÉLÉMENTS. Comprenez-vous l’attirance, pour ne pas dire l’enthousiasme, d’une partie de la « droite » française, notamment chez les jeunes, pour l’aventure trumpiste et ses divers avatars, du techno-prométhéisme d’Elon Musk aux « lumières sombres » de Curtis Yarvin ?

    ALAIN DE BENOIST. On peut toujours « comprendre » ce que l’on réprouve, mais il est plus utile de l’expliquer. L’attirance, voire l’enthousiasme, dont vous parlez s’explique à mon avis par une sidérante montée de l’inculture qui, pour des raisons de génération (dont ils ne sont pas responsables), est un trait dominant chez la plupart de nos jeunes contemporains. Accrochés à leur iPhone, biberonnés aux réseaux sociaux, c’est-à-dire à l’addition de l’égout et de l’ego, ils sont idéologiquement dépourvus de repères, tout comme le sont de plus en plus leurs aînés. Rien ne les incite plus à se former, en particulier par la lecture d’auteurs fondamentaux. La droite a de tout temps été plus réactive que réflexive. La jeunesse est par ailleurs (et heureusement) l’âge de l’enthousiasme. Donald Trump est un personnage simple : avec lui, on n’a pas besoin de réfléchir. Elon Musk, Curtis Yarvin, Peter Thiel, les « lumières sombres », la rédemption par l’homme-machine, c’est nouveau, c’est amusant, on s’y rallie comme à une mode – qui passera. Il y a moins de dix ans, Raymond Kurzweil, l’un des gourous du « transhumanisme », annonçait la disparition de la mort pour 2029. On l’a déjà oublié. Musk, Yarvin et les autres ont un imaginaire façonné par la science-fiction et la Marvel culture. Ils rêvent de jeunesse éternelle et de colonisation des planètes. C’est idiot, mais ça fait rêver. Ils peuvent avoir à l’occasion des intuitions qui ne sont pas fausses, mais quand on va y voir de plus près, tout ce qu’ils proposent, c’est d’en finir avec la démocratie parce qu’elle repose sur la souveraineté du peuple, d’établir une nouvelle autocratie réactionnaire ressemblant à une monarchie technologique, dirigée par un roi-PDG, qui consacrerait définitivement (comme chez les libertariens) l’élimination du politique au profit de l’économie et du commerce.

         De façon plus générale, la réapparition récente dans les milieux droitiers de cette maladie infantile qu’est l’occidentalisme me paraît consternante. Péguy disait qu’il faut voir ce que l’on voit : ne pas comprendre ce qui distingue en profondeur l’Europe de l’Occident, c’est vraiment ne rien voir du tout. L’Occident est aujourd’hui une vieille baudruche dégonflée, assez sale de surcroît. Comme je l’avais prévu il y a déjà quarante ans, la montée des pays de ce qu’on appelait autrefois le « Tiers-monde » va, je l’espère, accélérer sa chute, condition nécessaire pour passer d’un Nomos de la Terre unipolaire à un ordre international fondé sur la pluralité des peuples et des cultures. Nous sommes des Européens, certainement pas des Occidentaux !

    ÉLÉMENTS. Vous écrivez que l’arrivée de Trump au pouvoir n’est pas un simple épisode, mais une « révolution ». Dans quelle mesure ce second mandat confirme-t-il, ou au contraire complexifie-t-il, la vision traditionnelle de la Nouvelle Droite sur les États-Unis comme « meilleurs ennemis » de l’Europe ?

    ALAIN DE BENOIST.  L’arrivée de Donald Trump représente un événement d’abord parce que le personnage est un caractériel de grande ampleur. Un paranoïaque égocentrique et parfois délirant. Son élection, c’est le couronnement du Père Ubu. Son seul mérite (et c’est en cela que consiste la « révolution ») est de dire tout haut, sans état d’âme, ce que ses prédécesseurs s’appliquaient à cacher : Trump ne masque pas ses ambitions impérialistes sous le discours convenu de la morale humanitaire (« freedom and democracy »), au contraire il les proclame. Et comme la politique se résume chez lui à des deals commerciaux, il se comporte comme un joueur de Monopoly : la bande de Gaza, le Groënland, le Canada, j’achète ! Certes, il a aussi pris des décisions (brutales) qu’on peut approuver, et je vois bien que certains droitiers aimeraient bien les voir mises en œuvre aussi de ce côté-ci de l’Atlantique. Le problème est que Trump exècre l’Europe et les Européens et qu’il ne manque pas une occasion de le dire, son principal argument étant que les Européens (qu’il s’agise de Macron, de Pedro Sánchez ou de Meloni) ne lui obéissent pas assez. Trump veut « rendre sa grandeur à l’Amérique », il n’a rien gagner à voir revenir la grandeur de l’Europe. C’est la raison pour laquelle, même si l’on veut faire comme lui, on devra le faire contre lui.

    ÉLÉMENTS. Le titre « nos meilleurs ennemis » évoque aussi bien l’impérialisme militaire que le soft power et l’arasement culturel. Quelle forme d’influence américaine vous paraît aujourd’hui la plus dangereuse pour l’identité européenne : l’économique, le militaire, ou la colonisation de l’imaginaire?

    ALAIN DE BENOIST. La dernière, probablement, parce que c’est celle qui nous inonde le plus tous les jours. L’influence militaire est en baisse (l’OTAN est en train de vivre ses derniers instants), l’influence économique n’est pas exclusivement américaine. Ce qui est aujourd’hui le plus frappant, c’est que Trump ne veut plus avoir d’alliés. Les Européens le découvrent avec la même consternation que les monarchies du Golfe, qui s’aperçoivent que les bases américaines qu’ils ont laissé s’installer sur leur sol les désignent comme des cibles, sans qu’ils puissent obtenir la moindre protection. Vous connaissez sans doute les mots de Henry Kissinger : « Être les ennemis de l’Amérique présente des dangers, mais être son ami est fatal ». C’est exactement ce que l’on a vu se produire, depuis le Sud-Vietnam jusqu’à l’Afghanistan. C’est ce que découvrira peut-être Israël d’ici quelques années. Pendant plus d’un demi-siècle, nous n’avons cessé de mettre en garde contre le « parapluie américain » dont les Européens espéraient, contre toute évidence, qu’il les protégerait des méchants Russes. Aujourd’hui, on constate que le parapluie était troué, et que les Américains ne prendront jamais le risque d’être vitrifiés pour nous sauver. Il reste à en assumer les conséquences.

    ÉLÉMENTS. À la lumière des archives rassemblées dans ce numéro et des bouleversements actuels, voyez-vous encore possible une relation d’alliance réelle et équilibrée entre l’Europe et les États-Unis, ou faut-il désormais penser en termes de détachement stratégique et culturel plus radical ?

    ALAIN DE BENOIST. La réponse est évidemment contenue dans la question. Toute alliance avec les États-Unis ne peut être que nuisible à l’Europe. Au regard de la situation actuelle, cette alliance est même désormais impossible, puisque le lien transatlantique a maintenant été brisé (à l’initiative de Washington). En profondeur, sur quoi pourrait-elle d’ailleurs s’appuyer ? Spéculer sur une éventuelle parenté d’origine ne conduit nulle part : voyez déjà à quel point l’histoire a fait des Allemands et des Anglo-Saxons des peuples aux mentalités opposées – cette opposition ayant été théorisée par plus d’un auteur, de Spengler et Schmitt jusqu’à Sombart –, alors qu’ils proviennent l’un et l’autre d’une même souche germanique. En plus de ses marchandises, l’Amérique nous envoie depuis des décennies la misandrie néoféministe, la théorie du genre, la Gay Pride, la cancel culture, les folies de la « déconstruction » et j’en passe. Le mieux pour elle serait de cesser de vouloir régenter le monde pour se recentrer sur ses problèmes, qui ne sont pas minces. Le mieux pour l’Europe est de se constituer en puissance autonome, creuset d’une culture et d’une civilisation qui lui soient propres. L’Europe ou le chaos.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Xavier Eman (Site de la revue Éléments, 31 août 2026)

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  • Tour d'horizon... (309)

    otto strasser, patrick moreau, hitler, robert boyer

     

    Au sommaire cette semaine :

    - sur Le Grand Continent, un entretien sur l'Europe, avec un des pionniers de la théorie de la régulation, l'économiste Robert Boyer...

    L’Union peut-elle devenir une puissance sans capitalisme européen ? 

    otto strasser, patrick moreau, hitler

    - sur Persée, un article de Patrick Moreau sur Otto Strasser, dissident du national-socialisme, hostile à Hitler, tiré de la Revue d'Allemagne et des pays de langue allemande (1984)...

    “Socialisme” national contre hitlérisme : le cas Otto Strasser

    otto strasser, patrick moreau, hitler

     

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  • Feu sur la désinformation... (567) : les bidonnages de la fête de l'Humanité...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous le premier numéro de Derrière le décor sur TV Libertés, qui remplace I-Média. Chaque semaine, Floriane Jeannin et Martial Bild décryptent les dossiers explosifs où se croisent médias, show-business, argent et pouvoir.

     

                                               

     

    " Qui est vraiment Guillaume Pley ? Comment LEGEND est-elle devenue l’une des plus puissantes chaînes YouTube de France, avec 3,7 millions d’abonnés ? Et pourquoi son fondateur fait-il aujourd’hui l’objet d’une offensive médiatique en règle ?

    Celui qui se faisait appeler « Mandarine » sur NRJ se retrouve au cœur d’accusations et d’une polémique retentissante. Révélations fondées, règlements de comptes ou scandale monté de toutes pièces ? Réponse dans ce premier numéro de « Derrière le décor ».

    Au sommaire également : le fil de l’actualité avec les infos de la semaine et le décryptage de la Fête de l’Humanité. Ses organisateurs annoncent 610 000 participants sur un site ne pouvant accueillir que 80000 personnes !!!!!"

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  • Indo-Européens : à la recherche du foyer d'origine...

    Les éditions de la Nouvelle Librairie en coopération avec les éditions Krisis viennent de publier un essai d'Alain de Benoist intitulé Indo-Européens - A la recherche du foyer d'origine, avec une introduction d'Henri Levavasseur et une annexe sur la paléogénétique de Gabriel Piniés.

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022), Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023), Martin Buber, théoricien de la réciprocité (Via Romana, 2023), Un autre Rousseau - Lumières et contre-Lumières ( Fayard, 2025)  et, dernièrement, Souveraineté nationale et souveraineté populaire (Krisis, 2026).

    Docteur en histoire et germaniste, Henri Levavasseur a notamment collaboré à La Nouvelle Revue d’Histoire, ainsi qu’à deux ouvrages édités par l’Institut Iliade : Ce que nous sommes - Aux sources de l’identité européenne et Nature, excellence, beauté - Pour un réveil européen. Il a également contribué à La Bibliothèque du jeune Européen (Rocher, 2020) recueil dirigé par Alain de Benoist et Guillaume Travers. Il a publié L’identité, socle de la cité (La Nouvelle Librairie, 2022) et Les Indo-Européens - Aux sources de la longue mémoire de nos peuples (La Nouvelle Librairie, 2024) dans la collection Cartouches de l’Institut Iliade.

    Collaborateur de la revue Éléments, Gabriel Piniés est également l'auteur d'une contribution sur la question du foyer d'origine des Indo-Européens dans le Cahier d’études pour une pensée européenne n°2 (Institut Iliade, 2025).

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    " Les Indo-Européens, ancêtres communs des langues indo-européennes et des peuples européens d’aujourd’hui, sont apparus sur notre continent il y a plusieurs millénaires, mais ne nous ont laissé aucun témoignage écrit. Pourtant, les progrès conjoints de la reconstruction linguistique, de la mythologie comparée, de l’archéologie et à présent de la paléogénétique nous permettent de retracer l’histoire de leur expansion, qui a donné naissance notamment aux populations latines et helléniques, celtiques et germaniques, baltes et slaves.

    Alain de Benoist raconte dans ce livre l’histoire foisonnante de la recherche pour déterminer leur foyer d’origine. Il présente les différentes thèses en présence et dresse un état des lieux, enrichi de mises à jour tenant compte des découvertes les plus récentes de la génétique, pour mieux cerner ce peuple dont la culture, la langue et la vision du monde constituent les fondements de notre civilisation."

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  • 1936 : qui a vraiment tué Federico García Lorca ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un article d'Arnaud Imatz cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la mort du poète Federico García Lorca au début de la guerre d'Espagne.

    Fonctionnaire international à l’O.C.D.E. puis administrateur d’entreprise, spécialiste de l'Espagne, Arnaud Imatz vient de publier Histoire des idées politiques nationales - Au-delà de la droite et de la gauche (L'Artilleur, 2026). Il a précédemment publié  La Guerre d’Espagne revisitée (Economica, 1993), Par delà droite et gauche (Godefroy de Bouillon, 1996), José Antonio et la Phalange Espagnole (Godefroy de Bouillon, 2000), Droite - Gauche : pour sortir de l'équivoque (Pierre-Guillaume de Roux, 2016) et Résister au dénialisme en histoire (Perspectives libres, 2023).

    Pour en savoir plus sur la vie et l’œuvre de Federico García Lorca, on pourra utilement consulter le Lorca de Annick Le Scoëzec Masson publié en 2019 aux éditions Pardès dans l'excellente collection « Qui suis-je ? ».

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    1936 : qui a vraiment tué Federico García Lorca ?

    Federico García Lorca est sans nul doute le poète et le dramaturge le plus connu de la littérature espagnole du XXe siècle. Il est, pendant la Guerre d’Espagne, avec le dramaturge Pedro Muñoz Seca, qui lui est mis à mort par des miliciens de gauche, l’une des plus célèbres victimes du fanatisme de miliciens de droite. Arrêté illégalement, le 16 août 1936, en pleine guerre civile, il est assassiné à l’âge de 38 ans sur la route qui mène de Viznar à Alfarez, près de Grenade. Le 16 octobre 2008, la décision du juge madrilène, Baltasar Garzón, de procéder à l’ouverture de dix-neuf fosses, dont celle où, selon divers témoignages, se trouvaient les restes du poète, n’avait pas manqué de raviver les débats et les polémiques sur les troublantes circonstances de sa mort. D’autant plus, que cette décision controversée s’est accompagnée de continuelles pressions destinées à faire fléchir la volonté expresse de la famille García Lorca, qui manifestait clairement son refus d’exhumer les restes du poète et son désir de respecter le repos éternel des morts. Refusant d’accéder à la requête des héritiers, le juge de l’Audience nationale, Baltasar Garzón (radié de la magistrature pour corruption en 2012) avait imposé de procéder d’urgence à l’exhumation, mais dans « l’intimité », et en autorisant la présence de la famille. Depuis, les tentatives d’exhumation du corps du poète, effectuées sur la base des différents témoignages recueillis depuis 1955, se sont toutes avérées infructueuses.

    Qui sont les vrais responsables de l’assassinat de Federico García Lorca ? Grâce aux travaux d’une pléiade de journalistes et d’historiens, parmi lesquels Marcelle Auclair, Ricardo de la Cierva, Ian Gibson, José Luis Vila San Juan, Luis Hernández del Pozo, Eduardo Molina Fajardo, Manuel Titos Martínez, Manuel Ayllon, Miguel Caballero et Pilar Gongora, pour ne citer qu’eux, la réponse est aujourd’hui bien connue. Quels sont donc les faits bien établis sur le crime de Viznar ? Comment sont-ils interprétés ? Federico García Lorca est-il mort en raison de ses sympathies pour le Front populaire et de son combat contre le « fascisme » ? Est-il le symbole ou la victime la plus célèbre de l’intransigeance de l’Espagne traditionnelle, de « l’implacable mécanisme d’extermination mis en place par l’Espagne franquiste » ? A-t-il été plutôt le jouet d’une rivalité séculaire entre deux familles aisées d’Andalousie ? A-t-il été, au contraire, un malheureux bouc émissaire désigné en raison de son homosexualité déclarée ?

    Selon le mythe le plus répandu, popularisé à l’envi par le cinéma, la presse, la télévision et la radio, Federico García Lorca est « un intellectuel du Front populaire assassiné par la Phalange ». Une légende qui n’a pourtant que de lointains rapports avec la réalité. Le neveu du poète, secrétaire de la Fondation qui porte son nom, Manuel Fernández-Montesinos García-Lorca, a protesté, énergiquement, « contre ceux qui cherchent à minimiser la valeur littéraire de Federico […] contre l’acharnement politique à vouloir ouvrir la fosse où repose son corps […] contre l’utilisation de sa tombe à des fins de propagande ».

    Le refus de l’embrigadement

    La vérité historique dément bien sûr les interprétations partisanes. Non seulement les phalangistes ne sont pas les auteurs du crime, mais paradoxalement, dans le camp national, ils sont les seuls à avoir fait tout leur possible pour que le poète recouvre sa liberté. Ce crime barbare est en réalité le résultat d’une manœuvre machiavélique orchestrée par des membres de la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA), principal parti libéral-conservateur de la IIe République espagnole, qui cherchaient à s’attirer la sympathie des militaires et à discréditer la Phalange josé-antonienne en démontrant que certains de ses chefs protégeaient et cachaient des « rouges » dans leurs propres foyers.

    García Lorca peut-il pour autant être considéré comme un militant de gauche ? Rien n’est moins sûr. Tous ceux qui l’ont vraiment connu en ont témoigné : la politique n’était pas sa préoccupation première. Lorca était avant tout un écrivain à la fois élitiste, précieux, baroque, avant-gardiste et populaire. En lui convergeaient la tradition et la modernité, la culture libérale sécularisée et la religiosité traditionnelle, le particularisme et l’universalisme. Né dans une famille aisée, sa sensibilité le portait à défendre les plus pauvres, les paysans et les gitans, au nom de la justice sociale, mais il n’avait rien d’un révolutionnaire. Il avait coutume de dire : « J’ai plus de peine pour un homme qui veut accéder au savoir et qui n’en a pas la possibilité que pour n’importe quel affamé. »

    Lorca refusait, par principe, de participer à un acte politique, quand bien même celui-ci avait une connotation culturelle. À plusieurs reprises, il manifesta de l’irritation lorsque son nom fut utilisé à des fins politiques. Interrogé sur ses préférences politiques, il répondit un jour qu’il se sentait « catholique, communiste, anarchiste, traditionaliste et monarchiste ». Son détachement envers la politique lui permettait de conserver des relations amicales avec des écrivains aux convictions fort différentes : communistes comme Rafael Alberti, socialistes comme Fernándo de los Rios ou phalangistes comme Agustin de Foxá, Edgar Neville ou Felipe Ximenez de Sandoval.

    Gabriel Celaya, poète basque et militant communiste, en a témoigné. Il a même raconté l’anecdote (contestée) suivante : fin février 1935, García Lorca et Celaya se donnèrent rendez-vous au cabaret de Madrid Casablanca. Dès son arrivée, Celaya eut la surprise de voir Federico en compagnie de José Antonio Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange. « Hé ! Viens ici ! s’écria Federico. Je vais te présenter José Antonio. Tu verras, c’est un type très sympa. » Les trois hommes passèrent la soirée ensemble autour d’une bonne bouteille de whisky (voir Gabriel Celaya, « Un recuerdo de Federico García Lorca », Realidad : revista de cultura y política, Rome, 9, avril 1968). Gabriel Celaya rapporte une seconde anecdote tout aussi surprenante. L’année suivante, le 8 mars 1936, il retrouva Federico García Lorca à l’hôtel Biarritz de Saint-Sébastien. Quelle ne fut pas sa surprise de retrouver Lorca cette fois en compagnie de l’architecte José Maria Aizpurua, fondateur de la Phalange de la province basque de Guipúzcoa. Cette rencontre intervint au lendemain des élections de février qui avaient porté le Front populaire au pouvoir et les esprits étaient particulièrement échauffés. Celaya refusa de serrer la main d’Aizpurua. Mais une fois que le phalangiste eut quitté la salle, García Lorca lui reprocha vertement d’avoir refroidi l’ambiance. Espiègle, il lui confia d’un air badin : « Aizpurua est un bon type, qui admire mes poèmes. D’ailleurs, c’est comme José Antonio. Voilà un autre bon type. Sais-tu que tous les vendredis nous dînons ensemble ? »

    Le principal contact de Lorca avec le mouvement phalangiste était Luis Rosales, un jeune poète de Grenade, étudiant en philosophie et en droit, collaborateur de la revue madrilène El Gallo. Rosales devait jouer un rôle clef dans les derniers jours de Lorca.

    La traque

    Le 12 juillet 1936, au cours d’un dîner chez le poète chilien, Pablo Neruda, Federico García Lorca manifesta son intention de quitter Madrid pour « se mettre à l’abri de la foudre ». Le lendemain, il confiait à un autre de ses amis phalangistes, Edgar Neville : « Je m’en vais parce qu’ici, on veut m’impliquer dans la politique, alors que je n’y entends rien et que je ne veux rien savoir. Je suis l’ami de tous et je souhaite seulement que tout le monde puisse travailler et manger. »

    Le 15 juillet, il parvient sans encombre à Grenade, où il vit désormais tranquille dans la ferme familiale, la Huerta de San Vicente, en compagnie de ses parents, de sa sœur Concha, de ses deux neveux et de la nurse Angelina. Mais les affres de la guerre civile vont vite le rattraper. Le 18 juillet 1936, alors que les premières informations sur le soulèvement militaire lui parviennent, à Madrid, l’extrême gauche publie dans la presse une cruelle caricature. On voit Federico vêtu en premier communiant et la légende douteuse qui figure sous le dessin est sans ambiguïté : « García Lorca : enfant mignon, fierté de sa maman. » Plus grave, le poète communiste Rafael Alberti récite à la radio des vers injurieux contre les militaires soulevés qu’il attribue indûment à Lorca. Le prestigieux écrivain libéral, Ramón Pérez de Ayala, accusera plus tard Alberti d’avoir cherché sciemment à provoquer la mort de son ami. Pour sa part, la sœur du poète téléphonera à Alberti pour le supplier de ne plus mettre en danger la vie de son frère.

    Le soulèvement éclate à Grenade le 20 juillet. Les militaires insurgés, commandés par de jeunes officiers et appuyés par plusieurs groupes de civils, militants des partis de droite et de la Phalange, s’imposent en trois jours. Dans la ville, isolée et encerclée par les forces du Front populaire, la tension est extrême. Les informations qui parviennent sur les massacres perpétrés par les miliciens de gauche à Malaga ont tôt fait de déclencher une terrible répression. Dans toute la Péninsule, les massacres répondent aux massacres, la répression à la répression.

    À Grenade, le commandant José Valdés Guzmán assume le pouvoir de Gouverneur civil. Il nomme ses hommes aux postes clefs et constitue une section chargée de la répression. Valdés est un militaire qui se prétend phalangiste, mais qui provient en fait de la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA), un parti libéral-conservateur. À la veille des élections de février 1936, il était l’un des responsables de la formation des candidats de ce parti, bête noire de la Phalange. Autour de lui, se retrouvent le chef de la Police, Julio Romero Funes, l’ancien député de la CEDA, Ramón Ruiz Alonso, un groupe hétérogène de militants de droite et enfin un autre groupe nourri de néo-phalangistes ou chemises neuves (par opposition aux militants josé-antoniens d’avant le déclenchement de la guerre civile, qualifiés de vieilles chemises).

    Dans toute l’Espagne, la Phalange – dont plus de 60 % des leaders ont été assassinés ou sont détenus – est littéralement submergée par les nouvelles recrues. Le mouvement phalangiste de José Antonio ne comptait pas plus de 30 à 40 000 adhérents à la veille du conflit. Il voit ses effectifs monter subitement à 200, puis à 500 000 affiliés. Ces chemises neuves, commandées par des cadres improvisés, nommés en l’absence de toute direction, ne savent rien du national-syndicalisme et, provenant des partis de droite, sont généralement dépourvues de toute préoccupation sociale.

    Dans la seule ville de Grenade, les quelques dizaines de vieilles chemises ou de phalangistes josé-antoniens sont débordés par plus de mille chemises neuves issues des partis de droite. À leur tête, le commandant Valdés impose le capitaine de la Garde d’assaut (sorte de Garde républicaine), Manuel Rojas Feijespan. Très tôt, le commandant Valdés entre en conflit avec le leader des vieilles chemises, qui avait été nommé directement par José Antonio Patricio González de Canales, une sorte de saint laïc. Celui-ci refuse obstinément que ses hommes participent aux détentions et exécutions sommaires. Soucieux de s’en débarrasser au plus vite, en accord avec le général Queipo de Llanos, Valdés requiert un avion, qui, après avoir volé de Séville à Grenade, emporte de force le responsable phalangiste récalcitrant.

    Dès le 20 juillet, Federico García Lorca apprend la nouvelle de l’arrestation de son beau-frère, Manuel Fernández Montesinos, maire socialiste de Grenade. À la Huerta de San Vicente, l’atmosphère est lourde et tendue. Les vieilles querelles ou relations conflictuelles, qui divisent pour des raisons économiques trois riches familles de propriétaires terriens de la région (qui ont fait fortune dans le négoce de la betterave sucrière), d’une part, la famille du père de Federico, Federico García Rodriguez, un libéral républicain et, d’autre part, les familles Roldán et Alba, l’une proche de la CEDA (Confédération des droites autonomes) et l’autre monarchiste libérale (alphonsine), vont confluer et entraîner la mort du poète. À cela s’ajoute le fait que les Alba vouent une haine particulièrement farouche à Federico depuis qu’ils ont eu vent de son œuvre La Casa de Bernarda Alba, critiquant sévèrement leur famille.

    Le 5 août, sur dénonciation du clan des Roldán, le capitaine Rojas, à la tête d’un groupe de néo-phalangistes, perquisitionne la maison de famille des Lorca. Rojas prétend ne rechercher que le frère de l’intendant de la ferme. Les coups et les insultes pleuvent. Federico est battu, traité de « pédé », jeté dans l’escalier. Lassés, les miliciens quittent enfin les lieux.

    Le soir, inquiet pour sa vie, Federico García Lorca appelle au téléphone son ami Luis Rosales et lui demande de le protéger. Professeur de littérature à l’Université, Luis Rosales s’apprête à rejoindre le front comme volontaire phalangiste. Il accourt immédiatement à la ferme de San Vicente. Après un rapide conciliabule, il décide de loger Lorca chez lui, au centre de la ville, à trois cents mètres du siège du gouverneur civil où réside le commandant Valdés. Dès son arrivée dans la demeure des Rosales, les frères aînés de Luis, Miguel et Pepe – deux phalangistes de la première heure – et leurs parents accueillent le poète à bras ouverts.

    Soutien phalangiste

    Valdés et Ruíz Alonso vont mettre onze jours pour découvrir la cachette. Le 16 août, la sœur de Federico, Concha, dont le mari a été arrêté le 20 juillet, parle, apeurée sous la menace de voir son père emmené en otage. Pour Valdés et Ruiz Alonso, l’aubaine est trop belle. Ils vont enfin pouvoir se débarrasser des Rosales et du groupe des vieilles chemises qui leur sont ouvertement hostiles.

    Le jour même, Ruiz Alonso, muni d’un mandat d’arrêt et accompagné de deux sections de miliciens de la CEDA, se présente au domicile des Rosales. En l’absence des trois frères et de leur père, il est reçu par Madame Rosales. Ruiz Alonso se veut rassurant. Son attitude est tellement mielleuse que le malheureux Lorca se convainc qu’il ne lui arrivera rien. Prudente, Madame Rosales retient Ruiz Alonso pendant qu’elle fait chercher son fils d’urgence au siège de la Phalange. Miguel accourt en hâte et s’interpose, mais en vain. Emmené de force, Federico García Lorca est fouillé et emprisonné.

    Dès le soir, Luis et Pepe, de retour du front, décident d’agir avec l’appui d’une demi-douzaine de phalangistes. Indignés, tous se rendent au siège du gouverneur civil dans l’intention de libérer leur ami. À l’entrée, Pepe bouscule les gardes qui barrent le passage ; il surgit dans le bureau du gouverneur civil et récrimine durement Ruiz Alonso et le Commandant Valdés. L’altercation est d’une extrême violence. Pepe sort son revolver, mais à un contre cinq, la détermination du petit groupe de phalangistes ne suffit pas. Finalement, Pepe Rosales obtient l’autorisation de voir le prisonnier.

    Le 17, Pepe se présente à nouveau devant Valdés. Il est cette fois en possession d’un ordre de libérer García Lorca, qui a été signé par le gouverneur militaire, le colonel Antonio Gómez Espinosa. Mais rien n’y fait. Valdés ne se démonte pas et répond qu’il regrette, mais que le prisonnier n’est plus là. Un mensonge gobé par Pepe Rosales qui ignore que Lorca est encore là pour quelques heures.

    Le 18 août au matin, Federico García Lorca est transféré en secret à l’ancienne résidence pour enfants de la Colonia, qui a été convertie depuis peu en lieu de détention. Conduit sur la route d’Alfaraz, il est sommairement exécuté avec deux compagnons d’infortune, le maître d’école, Dióscoro Galindo et le banderillero Francisco Galadi, à 4 heures 45 du matin, au pied des oliviers du ravin de Viznar.

    Des années durant, le principal responsable de sa mort, le Commandant Valdés, niera toute implication dans l’affaire. Mais depuis 1983, grâce aux recherches du journaliste de Grenade, Eduardo Molina Fajardo, la déclaration originelle des frères Rosales a été retrouvée et la responsabilité directe du Commandant Valdés établie.

    L’exécution de Federico García Lorca fut bel et bien ordonnée par le Commandant Valdés avec l’aval du général Queipo de Llano. Au lendemain de ce crime barbare, Luis Rosales sera emprisonné à son tour et évitera d’être passé par les armes grâce à l’amende substantielle que versera sa famille et, plus encore, grâce à l’arrivée inespérée, à Grenade, de l’un des plus prestigieux chefs phalangistes de la première heure, le médecin Narciso Perales.

    Fidèle parmi les fidèles de José Antonio, lui-même théoricien du national-syndicalisme, Perales se heurte dès son arrivée au Commandant Valdés. Il témoignera plus tard qu’au cours de leur dispute, Valdés lui avait déclaré cyniquement : « Écoutez, pour moi, dans toute cette histoire de national-syndicalisme, ce qui est national me semble bien, mais ce qui est syndicalisme me donne des maux d’estomac. » Curieusement, le commandant Valdés, toujours affublé de la chemise bleue phalangiste dans les films et les séries télévisées, ne la porte jamais sur les photos de l’époque, comme celles publiées dans le journal Ideal entre juillet 1936 et juillet 1937.

    Après la création de la nouvelle Phalange traditionaliste de Franco (FET), en avril 1937, mouvement né de la fusion imposée de la Phalange originelle et des divers partis de droite et la condamnation à mort consécutive du second chef national de la Phalange, Manuel Hedilla, parce qu’il refuse ce « décret d’unification » (rejet qui vaut au phalangiste Pedro Durruti, frère du leader anarchiste, Buenaventura Durruti d’être fusillé), le docteur Narciso Perales entre dans la dissidence et la clandestinité. Quant à Luis Rosales après avoir collaboré à de nombreuses revues littéraires phalangistes, pendant les années 1940 et 1950, il prend également ses distances avec le régime.

    En mars 1937, peu de temps avant la disparition de la Phalange de José Antonio, deux revues phalangistes ont expressément condamné l’assassinat de Lorca par la voix du phalangiste Francisco de Villena de Saragosse. En hommage à Lorca, une belle élégie a été publiée par lui dans le quotidien Amanecer, puis dans l’hebdomadaire Antorcha. À nouveau, le 11 mars 1937, Luis Hurtado Álvarez a publié un article dans le journal phalangiste de Saint-Sébastien, Unidad, dont les premiers mots étaient sans équivoque : « On a assassiné le meilleur poète de l’Espagne impériale. » Toujours en 1937, le poète sévillan, Joaquín Romero Murube, proche lui aussi des milieux phalangistes, a dédié à Lorca son recueil de poèmes Siete romances. Plus tard, en 1939, pour ne citer qu’un seul exemple de plus, le poète phalangiste, José María Castroviejo, a dédié lui aussi un poème à Federico García Lorca, repris dans son recueil Altura.

    La vérité prend l’escalier

    Après la guerre civile, alors que dans l’Espagne franquiste, personne n’ose plus évoquer officiellement les véritables circonstances de l’assassinat du poète, des phalangistes amis de José Antonio ne se privent pas d’affirmer publiquement que « Lorca était le poète préféré de José Antonio. » Dans les années 1940, 1950 et 1960, les revues des jeunes du Front de la Jeunesse et de la Section féminine, dirigée par Pilar Primo de Rivera, publient régulièrement les poèmes de Lorca. En 1952, les théâtres ambulants de la Section féminine représentent la Zapatera prodigiosa.

    Bien des années plus tard, en 2012, bien après le retour de la démocratie, Juan Ramirez de Lucas, collectionneur et critique d’art connu, rompra enfin un long silence en évoquant sa relation homosexuelle avec Federico. C’était en 1936, il était alors âgé de 19 ans et il reçut vraisemblablement la dernière lettre écrite par le poète andalou, datée du 18 juillet 1936. Depuis cette révélation, l’énigmatique inspirateur des célèbres Sonetos de amor oscuro est enfin connu. Auteur de plusieurs livres, défenseur du Valle de los Caidos, œuvre de l’architecte Diego Mendez, Juan Ramirez de Lucas, a été le grand amour de Federico. À vingt-cinq ans, il s’est engagé dans la 3e batterie du Régiment d’artillerie de la Division Azul pour lutter contre le communisme sur le Front de l’Est. Par la suite, de retour en Espagne, il est entré à la rédaction du journal ABC, sur la recommandation de Luis Rosales, avant de devenir un spécialiste de l’art populaire et un expert de la critique d’architecture.

    L’histoire, on le sait, est toujours plus subtile et plus complexe que ne le laissent accroire les idéologues. Grâce aux efforts de quelques historiens sérieux, la fausse rengaine d’un Federico García Lorca, « intellectuel de gauche assassiné par la Phalange », si appréciée des propagandistes du Komintern, alors qu’en réalité il fut victime de la droite libérale-conservatrice, n’est désormais plus acceptée comme vraie et sûre.

    Arnaud Imatz (Site de la revue Éléments, 2 septembre 2026)

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