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  • Les derniers écrits de Brasillach...

    Les éditions Les Sept Couleurs viennent de publier sous le titre Derniers écrits les principaux textes écrits par Robert Brasillach pendant sa captivité, avant son exécution.

    Écrivain et journaliste à l'Action française et Je suis partout, Robert Brasillach, à qui l'on doit, notamment, Les sept couleurs et Comme le temps passe, mais aussi une Histoire du cinéma (avec son beau-frère Maurice Bardèche), a été une des principale victimes de l'épuration des intellectuels et est mort le 6 février 1945, dans les fossés du fort de Montrouge, sous les balles d'un peloton d'exécution.

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    Chœur parlé pour la « Journée des Absents » 

    Lettre à un soldat de la classe 60  (préface de Jacques Bardèche)

    Les Frères ennemis  (préface  de Camille Galic)

    Mémorandum  (préface  d’Éric Delcroix)

    Chénier  (postface de Cécile Dugas)

    " 8 octobre 1944. Il reste quatre mois de vie à Robert Brasillach.

    Il va les consacrer à écrire, notamment, les cinq textes ici rassemblés. Dans le Chœur parlé pour la «Journée des Absents» et Les Frères ennemis – l’un d’approche chrétienne, l’autre, inspiré par la tragédie grecque –, c’est l’écrivain passionné de théâtre qui prend la plume. Dans le premier texte, il met en scène ces prisonniers qui lui tiennent à coeur depuis quatre ans ; dans le second, il imagine l’ultime rencontre des deux adversaires fraternels de la tragédie, Etéocle et Polynice, avant leur affrontement à mort.

    Dans la Lettre à un soldat de la classe 60, c’est l’homme Brasillach qui parle, en une sorte de testament politique adressé par anticipation à son neveu, Jacques Bardèche, celui-là même qui a ici préfacé le texte. Quand il aura atteint l’âge adulte, que pensera le petit garçon alors âgé de quatre ans?

    Soucieux d’éclairer la période et de s’expliquer, il rédige le Mémorandum pour la préparation de son procès, sous forme de questions et de réponses. Comme au temps où il préparait ses examens, il joue le jeu, sans y croire, mais avec sérieux. Ce texte devrait permettre de réellement comprendre l’Histoire.

    Le dernier écrit est consacré à André Chénier, martyr de la Révolution française, son « frère au col dégrafé », jeune poète dont il juge l’œuvre avec une lucidité plutôt sévère, mais qui semble lui renvoyer comme une image de lui-même: écrivain, journaliste, idéaliste, que l’engagement politique et l’infaillible sincérité conduisent au poteau d’exécution."

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  • AfD, ou le grand retour du théâtre antifasciste !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Gauthier cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la victoire de l'AfD, le parti populiste allemand, aux élections dans le Land de Saxe-Anhalt...

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    AfD, ou le grand retour du théâtre antifasciste !

    Ce lundi 7 septembre, les démocrates ont mal à leur démocratie. Et les humanistes à leur humanité. Les grandes douleurs sont généralement muettes. Pas les leurs, depuis les 45 % emportés par l’AfD populiste, dans le land allemand de Saxe-Anhalt.

    En période de trouble politique, ne jamais oublier l’adage du cinéaste Max Pécas, sorte d’Alain Duhamel, le politologue qu’on sait, en un peu moins pointu, toutefois : « On se calme et on boit frais à Saint-Tropez ! » Ces mots immortels n’ont manifestement pas été retenus par l’ensemble d’une classe politique européenne peinant aujourd’hui à cuver sa gueule de bois. Il ne faut jamais abuser du jus de quinoa ; tous les spécialistes savent ça. Ainsi donc, le nazisme serait à nos portes, ou un bidule approchant, alors qu’on ne sait même pas encore si l’AfD aura la majorité nécessaire pour gouverner le land en question. Il est fait état des voix du BSW, formation de gauche populiste et souverainiste. Voir même celles de quelques élus chrétiens-démocrates de la CDU, pour que le compte y soit.

    Pour L’Humanité, il s’agit d’un « affreux bégaiement de l’histoire ». Libération a globalement la même une : « En Allemagne, le choc fasciste. » Tout dans la nuance. Le défunt Lionel Jospin ne disait pas autre chose en évoquant le « théâtre antifasciste ». Quant au Monde, une tribune évoque « le symptôme d’une maladie chronique de la démocratie allemande. » Le populisme relèverait donc plus d’une pathologie que d’un simple choix politique. À quand son remboursement à 100 % par la Sécu ? Voilà qui tomberait à point nommé, tant il est de notoriété publique que les caisses de cette dernière sont pleines à craquer.

    La chute des partis de gouvernement…

    Après tout, ceux qui filent la métaphore médicale n’ont pas tout à fait tort, sachant que si on leur administrait quelques calmants savamment dosés, ils ne s’en porteraient que mieux. D’où cette piqûre de rappel relative à ce qu’est l’AfD. Il s’agit d’un mouvement populiste, tel que plus haut écrit, qui doit principalement son succès à un trop plein d’immigration, tel l’accueil inconditionnel par l’ancienne chancelière Angela Merkel, en septembre 2015 de plus d’un million d’immigrés, principalement venus de Syrie. D’où ce sentiment de dépossession culturelle, éprouvé par une proportion grandissante d’Allemands, phénomène que l’on peut d’ailleurs observer partout en Europe. Sentiment d’autant plus amer que l’ancienne RDA demeure encore le parent pauvre de la réunification allemande.

    Il y a encore cette autre colère : celle consistant à ne pas se sentir entendu par les partis de gouvernement, chrétiens de la CDU et de la CSU au premier chef. Mais aussi sociaux-démocrates du SPD, sans oublier les écologistes (Grüne) et les gauchistes radicaux (Die Linke). Bref, rien que de très banal sur notre vieux continent ; les pays voisins de l’Allemagne éprouvant tous globalement semblable ressentiment vis-à-vis d’une classe politique majoritairement donnée pour incompétente et usée. Ensuite, qui sont les gens de l’AfD ? Comme toujours dans ce type de mouvement, il y a un peu de tout et beaucoup de rien.

    Une chancelière lesbienne pour l’Allemagne…

    Alice Weidel, sa présidente, présente ainsi un profil pour le moins particulier et pas tout à fait raccord avec l’idée que l’on peut se faire des sections d’assaut d’un futur IVème Reich. Lesbienne revendiquée, elle vit en couple avec une immigrée sri-lankaise de nationalité suisse. Elles se sont fait fabriquer deux enfants, grâce à deux généreux géniteurs dont on ne sait s’ils ont été ou non rétribués. Nous sommes donc loin d’un « ordre moral » revendiqué, mais plutôt d’enfants de Mai 68 qui auraient mal tourné. Quant à son co-président, l’ancien décorateur Tino Schrupalla, on dira, pour demeurer poli, qu’il a plus une tête de gondolier vénitien que d’un possible chancelier allemand. Pour ce qui est d’Ulrich Siegmund, le héros du jour en Saxe-Anhalt, il était autrefois vendeur de parfums, honorable métier soit dit en passant, et qui a mené sa campagne sur une mobylette Simson, symbole cacochyme de la défunte RDA. S’il y a nostalgie chez lui, ce serait plus celle d’Erich Honeker que d’Adolf Hitler. Mais il faut bien de tout pour faire un monde ; surtout dans celui du populisme.

    Si c’est ça, « L’homme le plus dangereux d’Allemagne », tel que titré en couverture de Der Spiegel, nos voisins d’Outre-Rhin peuvent dormir sur leurs deux oreilles. On notera d’ailleurs qu’Ulrich Siegmund s’est fait un plaisir de dédicacer à tours de bras l’hebdomadaire en question à ses fans. Et le sens de l’humour, avec ça. Paradoxalement, c’est Libération qui calme le jeu, sous la plume de Christophe Bourdoiseau, son envoyé spécial à Magdebourg, sur ses lieux du cataclysme. Interrogeant les passants, on apprend ainsi : « Dans une pizzeria de Magdebourg, deux serveurs assurent n’avoir aucune inquiétude pour leur avenir. “Vous savez, moi, je suis Italien. Alors cela ne me concerne pas. L’autre, d’origine libanaise, est tout aussi imperméable à ce choc électoral. “Ça fait vingt ans que j’habite à Magdebourg. J’ai des amis de tous les bords politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. L’important, c’est de bien se tenir et de s’intégrer”, explique-t-il. »

    À en croire La Tribune dimanche, il y aurait pourtant péril en la demeure : « Manuela, prof de mathématiques et de physique a lu attentivement le programme de l’AfD. “Enlever le drapeau arc-en-ciel et ne laisser que le drapeau allemand devant les écoles, cela peut sembler un détail, mais c’est retirer un symbole de tolérance. C’est le signe d’une fermeture d’esprit”. » On avait pourtant cru comprendre le contraire : les mœurs particulières d’Alice Weidel sont de notoriété publique et cela ne l’empêche pas d’être adulée par les militants de l’AfD. Comme s’ils étaient finalement moins en proie à la « fermeture d’esprit » que certains.

    Notons encore que, ironie de l’histoire, Fabien Roussel annonçait, le même jour, sa candidature à la prochaine élection présidentielle. À sa place, celle du premier de nos communistes, on se poserait cette question consistant à savoir pourquoi les anciens habitant de l’Allemagne de l’Est plébiscitent-ils aujourd’hui le populisme ?

    Fabien Roussel pourra toujours en discourir autour d’un barbecue, avec ses derniers militants. Au bout de quelques merguez, lui et ses amis comprendront peut-être que le peuple est plus enclin au bon sens (celui de l’AfD dont le programme n’a rien de véritablement fracassant), qu’à de fumeuses idéologies. Telles, celles développées par le PCF, à en lire L’humanité : « Notre projet doit s’articuler à notre plan climatique, aux luttes féministes et antiracistes. » Seulement voilà, poursuit ce quotidien : « Les salariés nous parlent de la dégradation de leurs conditions de vie et commencent à voter RN, alors qu’ils sont parfois métis, originaires d’Outre-mer. »

    Au moins les camarades de l’ancienne RDA ont-ils résolu cette douloureuse équation en votant pour les intérêts du peuple ; ce qui n’est finalement pas si incongru, en démocratie.

    Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 8 septembre 2026)

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  • Au-delà de la gauche et de la droite...

    Les éditions de L'Artilleur viennent de publier un essai d'Arnaud Imatz intitulé Histoire des idées politiques nationales - Au-delà de la droite et de la gauche.

    Docteur en sciences politiques, fonctionnaire international à l’O.C.D.E. puis administrateur d’entreprise, spécialiste de l'Espagne, Arnaud Imatz est déjà l'auteur de plusieurs ouvrages, dont  La Guerre d’Espagne revisitée (Economica, 1993), Par delà droite et gauche (Godefroy de Bouillon, 1996), José Antonio et la Phalange Espagnole (Godefroy de Bouillon, 2000), Droite - Gauche : pour sortir de l'équivoque (Pierre-Guillaume de Roux, 2016) et Résister au dénialisme en histoire (Perspectives libres, 2023).

     

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    " Qui aurait prophétisé, il y a moins de trente ans, la "droitisation" économique des gauches et la "gauchisation" culturelle des droites ?
    Qui aurait prédit le collapsus du "Nouvel ordre mondial" et le développement de courants transversaux de type « Gilets jaunes », rebelles et populistes ?
    Devant cette évolution rapide et inattendue, activée par la crise industrielle, les vagues migratoires et les attentats islamistes, la plupart des acteurs et observateurs politiques réagissent de façon convenue. Mais le mur se lézarde et les organisations supranationales (UE, ONU, OMS, OTAN, etc…) soutenues jusque-là par tous les partis, ne font plus beaucoup illusion.
    La division droite - gauche, présentée comme "l'horizon indépassable de la pensée démocratique", apparaît pour ce qu'elle est : une mystification antidémocratique dont l'effet est de perpétuer la rupture peuple - élite.
    Un nouveau clivage politique, désormais tangible, oppose les partisans de la Nation aux adeptes du mondialisme universaliste (défendu par exemple par la Fondation Open Society de George Soros ou les Think Tanks puissants comme le Forum de Davos).
    Cette histoire des idées et des valeurs nationales du XIXe au XXIe siècle est une introduction aux courants de pensée qui luttent contre l'homogénéisation consumériste, le multiculturalisme et la gouvernance globale au nom de la diversité culturelle, de la souveraineté populaire et du bien commun.
    Elle dévoile une histoire méconnue, caricaturée et refoulée. "

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  • Un patriote a-t-il le droit de manger un kebab ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 7 septembre 2026, dans laquelle il évoque la question difficile du patriotisme culinaire !...

     

                                               

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  • Rome : la permanence de l'Empire...

    Le nouveau numéro de la revue Conflits (n°65, septembre - octobre 2026), dirigée par Jean-Baptiste Noé, vient de sortir en kiosque. Le dossier central est consacré à la romanité...

     

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    ÉDITORIAL
    Nouveau Conflits, par Jean-Baptiste Noé

    DOSSIER — ROMANITÉ
    La marque de la géopolitique par Jean-Baptiste Noé

    « L'Italie n'est pas tout à fait un pays européen », par Lucio Caracciolo

    États-Unis. La tentation de Rome, par Alexandre Mendel

    La Russie et la troisième Rome, par Édouard Girard

    Rome au Moyen-Age, par Sylvain Gouguenheim

    Constantinople, l'autre Rome, par Olivier Kempf

    Rome dans les jeux vidéos, par Ophélie Roque

    La romanité, levier de puissance, par Guy-Alexandre Le Roux

    GÉOÉCONOMIE
    Sport mondial, par Anne de Bongain

    Turquie : industrie de l'armement, par Tancrède Josseran

    Le boom de l'Indonésie, par Gavekal

    Prisons privées, nouveau marché, par John Mackenzie

    GRANDS REPORTAGES
    Mélancolie moldave, par Jean-Baptiste Bless

    Le Liban impossible, par Tigrane Yégavian

    Le Japon se cherche, par Étienne de Gall

    Malaparte : tactique du coup d’État, par Guy-Alexandre Le Roux

    POINTS CHAUDS
    Poncifs suprêmes : Fukuyama, par Jean-Baptiste Noé

    Les attentats au véhicule piégé, par Hervé Théry et Daniel Dory

    Taïwan tente d'exister, par Jean-Marc Holz

    HISTOIRE
    Garibaldi, la force du destin, par Frédéric Le Moal

    CULTURE

    Malaparte : tactique du coup d’État, par Guy-Alexandre Le Roux

    Métro et totalitarisme, par Ophélie Roque

    FORMATION
    Bruits et signaux, par Jean-Jacques Netter

     

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  • L'occidentalisme : maladie infantile des milieux droitiers...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Benoist, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au retour de l'occidentalisme dans les milieux de droite...

     

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    Une publication sur X du compte de la Maison Blanche en 2025...

     

    Alain de Benoist : « La réapparition récente dans les milieux droitiers de cette maladie infantile qu’est l’occidentalisme me paraît consternante »

    À l’occasion de la sortie du quatrième hors-série de la revue Éléments, « États-Unis, nos meilleurs ennemis », issu de cinquante ans d’archives, Alain de Benoist revient sur la critique radicale de l’américanisme menée par la Nouvelle Droite. Entre fondements idéologiques, soft power et second mandat de Trump, il dresse un portrait sans concession de la puissance qui continue de façonner – et de menacer – l’identité européenne.

    ÉLÉMENTS. Dans ce hors-série qui couvre plus de cinquante ans d’analyses, quelle est selon vous la constante la plus marquante de la critique de l’« américanisme » par Éléments ? Qu’est-ce qui n’a presque pas changé depuis les années 1970, malgré les mutations de la puissance américaine ?

    ALAIN DE BENOIST. Il faudrait plutôt se demander pourquoi les États-Unis n’ont « presque pas changé » depuis leur fondation, il y a 250 ans ! On est en effet devant le cas, quasiment unique, d’une puissance qui depuis sa fondation n’a pratiquement cessé de se réclamer des mêmes principes (ce qui explique ses difficultés à comprendre la variété des idées et des doctrines qui caractérise la longue histoire européenne : pour les Américains, c’est trop « sophisticated », trop éloigné de la casual culture). Ces principes ne sont pas les nôtres. Ce que voulaient déjà les « Pères fondateurs » de l’Amérique, c’était rompre de façon radicale avec une Europe dont ils réprouvaient les valeurs et les mœurs. Héritiers d’une tradition puritaine et biblico-messianique, ils voulaient édifier de l’autre côté de l’océan une « cité sur la colline » (city upon a hill) qu’ils concevaient comme une nouvelle Jérusalem. Pour le pasteur puritain John Winthrop, inventeur de cette expression, l’Amérique devait à la fois se tenir à l’écart de l’Europe et constituer un modèle moral et politique appelé à servir d’exemple au « reste du monde » (rest of the world). D’où l’alternance de l’isolationnisme ou (exceptionnalisme américain) et de l’interventionnisme aux États-Unis.

         La principale constante de la critique de l’américanisme proposée par Éléments a consisté à montrer en quoi l’Europe se distingue des États-Unis (ou de l’« Occident ») et surtout en quoi les intérêts européens et les intérêts américains sont (et ne peuvent être que) divergents. Du point de vue géopolitique, les États-Unis ont succédé à l’Angleterre pour incarner la grande puissance de la Mer, l’Europe continentale correspondant au contraire à la puissance de la Terre. Au-delà des données purement géographiques, cette opposition entre la Mer et la Terre en recouvre d’autres. La Mer, qui ne connaît pas de frontières, est du côté des flux, des échanges, de la logique « maritime » du grand commerce, de l’homme désinséré de ses appartenances fixes, tandis que la Terre est du côté des frontières, des territoires, du politique, des valeurs telluriques, des modes de vie enracinés. L’Amérique, c’est le règne de la quantité et du « toujours plus » – le règne de l’avoir contre la vérité de l’être.

         Les États-Unis sont ainsi devenus le pôle central du capitalisme, du libéralisme et de l’idéologie des droits de l’homme, c’est-à-dire le moteur de la modernité. Leur universalisme leur interdit de reconnaître que le monde est un multivers, composé de cultures et des peuples qui n’ont nullement vocation à les prendre pour modèle. Pour eux, le monde n’est compréhensible qu’une fois américanisé. Cette incapacité à comprendre que le « reste du monde » ne raisonne pas forcément comme eux explique aussi leurs échecs militaires : surévaluant l’importance de la technologie, ils sont incapables, en temps de guerre, de prévoir le jour d’après (the day after), c’est-à-dire d’œuvrer à un règlement politique des causes du conflit. Ils ont une tactique (en fait un programme de frappe), mais pas de stratégie. On vient de le voir encore avec leur défaite face à l’Iran.

    ÉLÉMENTS. Comprenez-vous l’attirance, pour ne pas dire l’enthousiasme, d’une partie de la « droite » française, notamment chez les jeunes, pour l’aventure trumpiste et ses divers avatars, du techno-prométhéisme d’Elon Musk aux « lumières sombres » de Curtis Yarvin ?

    ALAIN DE BENOIST. On peut toujours « comprendre » ce que l’on réprouve, mais il est plus utile de l’expliquer. L’attirance, voire l’enthousiasme, dont vous parlez s’explique à mon avis par une sidérante montée de l’inculture qui, pour des raisons de génération (dont ils ne sont pas responsables), est un trait dominant chez la plupart de nos jeunes contemporains. Accrochés à leur iPhone, biberonnés aux réseaux sociaux, c’est-à-dire à l’addition de l’égout et de l’ego, ils sont idéologiquement dépourvus de repères, tout comme le sont de plus en plus leurs aînés. Rien ne les incite plus à se former, en particulier par la lecture d’auteurs fondamentaux. La droite a de tout temps été plus réactive que réflexive. La jeunesse est par ailleurs (et heureusement) l’âge de l’enthousiasme. Donald Trump est un personnage simple : avec lui, on n’a pas besoin de réfléchir. Elon Musk, Curtis Yarvin, Peter Thiel, les « lumières sombres », la rédemption par l’homme-machine, c’est nouveau, c’est amusant, on s’y rallie comme à une mode – qui passera. Il y a moins de dix ans, Raymond Kurzweil, l’un des gourous du « transhumanisme », annonçait la disparition de la mort pour 2029. On l’a déjà oublié. Musk, Yarvin et les autres ont un imaginaire façonné par la science-fiction et la Marvel culture. Ils rêvent de jeunesse éternelle et de colonisation des planètes. C’est idiot, mais ça fait rêver. Ils peuvent avoir à l’occasion des intuitions qui ne sont pas fausses, mais quand on va y voir de plus près, tout ce qu’ils proposent, c’est d’en finir avec la démocratie parce qu’elle repose sur la souveraineté du peuple, d’établir une nouvelle autocratie réactionnaire ressemblant à une monarchie technologique, dirigée par un roi-PDG, qui consacrerait définitivement (comme chez les libertariens) l’élimination du politique au profit de l’économie et du commerce.

         De façon plus générale, la réapparition récente dans les milieux droitiers de cette maladie infantile qu’est l’occidentalisme me paraît consternante. Péguy disait qu’il faut voir ce que l’on voit : ne pas comprendre ce qui distingue en profondeur l’Europe de l’Occident, c’est vraiment ne rien voir du tout. L’Occident est aujourd’hui une vieille baudruche dégonflée, assez sale de surcroît. Comme je l’avais prévu il y a déjà quarante ans, la montée des pays de ce qu’on appelait autrefois le « Tiers-monde » va, je l’espère, accélérer sa chute, condition nécessaire pour passer d’un Nomos de la Terre unipolaire à un ordre international fondé sur la pluralité des peuples et des cultures. Nous sommes des Européens, certainement pas des Occidentaux !

    ÉLÉMENTS. Vous écrivez que l’arrivée de Trump au pouvoir n’est pas un simple épisode, mais une « révolution ». Dans quelle mesure ce second mandat confirme-t-il, ou au contraire complexifie-t-il, la vision traditionnelle de la Nouvelle Droite sur les États-Unis comme « meilleurs ennemis » de l’Europe ?

    ALAIN DE BENOIST.  L’arrivée de Donald Trump représente un événement d’abord parce que le personnage est un caractériel de grande ampleur. Un paranoïaque égocentrique et parfois délirant. Son élection, c’est le couronnement du Père Ubu. Son seul mérite (et c’est en cela que consiste la « révolution ») est de dire tout haut, sans état d’âme, ce que ses prédécesseurs s’appliquaient à cacher : Trump ne masque pas ses ambitions impérialistes sous le discours convenu de la morale humanitaire (« freedom and democracy »), au contraire il les proclame. Et comme la politique se résume chez lui à des deals commerciaux, il se comporte comme un joueur de Monopoly : la bande de Gaza, le Groënland, le Canada, j’achète ! Certes, il a aussi pris des décisions (brutales) qu’on peut approuver, et je vois bien que certains droitiers aimeraient bien les voir mises en œuvre aussi de ce côté-ci de l’Atlantique. Le problème est que Trump exècre l’Europe et les Européens et qu’il ne manque pas une occasion de le dire, son principal argument étant que les Européens (qu’il s’agise de Macron, de Pedro Sánchez ou de Meloni) ne lui obéissent pas assez. Trump veut « rendre sa grandeur à l’Amérique », il n’a rien gagner à voir revenir la grandeur de l’Europe. C’est la raison pour laquelle, même si l’on veut faire comme lui, on devra le faire contre lui.

    ÉLÉMENTS. Le titre « nos meilleurs ennemis » évoque aussi bien l’impérialisme militaire que le soft power et l’arasement culturel. Quelle forme d’influence américaine vous paraît aujourd’hui la plus dangereuse pour l’identité européenne : l’économique, le militaire, ou la colonisation de l’imaginaire?

    ALAIN DE BENOIST. La dernière, probablement, parce que c’est celle qui nous inonde le plus tous les jours. L’influence militaire est en baisse (l’OTAN est en train de vivre ses derniers instants), l’influence économique n’est pas exclusivement américaine. Ce qui est aujourd’hui le plus frappant, c’est que Trump ne veut plus avoir d’alliés. Les Européens le découvrent avec la même consternation que les monarchies du Golfe, qui s’aperçoivent que les bases américaines qu’ils ont laissé s’installer sur leur sol les désignent comme des cibles, sans qu’ils puissent obtenir la moindre protection. Vous connaissez sans doute les mots de Henry Kissinger : « Être les ennemis de l’Amérique présente des dangers, mais être son ami est fatal ». C’est exactement ce que l’on a vu se produire, depuis le Sud-Vietnam jusqu’à l’Afghanistan. C’est ce que découvrira peut-être Israël d’ici quelques années. Pendant plus d’un demi-siècle, nous n’avons cessé de mettre en garde contre le « parapluie américain » dont les Européens espéraient, contre toute évidence, qu’il les protégerait des méchants Russes. Aujourd’hui, on constate que le parapluie était troué, et que les Américains ne prendront jamais le risque d’être vitrifiés pour nous sauver. Il reste à en assumer les conséquences.

    ÉLÉMENTS. À la lumière des archives rassemblées dans ce numéro et des bouleversements actuels, voyez-vous encore possible une relation d’alliance réelle et équilibrée entre l’Europe et les États-Unis, ou faut-il désormais penser en termes de détachement stratégique et culturel plus radical ?

    ALAIN DE BENOIST. La réponse est évidemment contenue dans la question. Toute alliance avec les États-Unis ne peut être que nuisible à l’Europe. Au regard de la situation actuelle, cette alliance est même désormais impossible, puisque le lien transatlantique a maintenant été brisé (à l’initiative de Washington). En profondeur, sur quoi pourrait-elle d’ailleurs s’appuyer ? Spéculer sur une éventuelle parenté d’origine ne conduit nulle part : voyez déjà à quel point l’histoire a fait des Allemands et des Anglo-Saxons des peuples aux mentalités opposées – cette opposition ayant été théorisée par plus d’un auteur, de Spengler et Schmitt jusqu’à Sombart –, alors qu’ils proviennent l’un et l’autre d’une même souche germanique. En plus de ses marchandises, l’Amérique nous envoie depuis des décennies la misandrie néoféministe, la théorie du genre, la Gay Pride, la cancel culture, les folies de la « déconstruction » et j’en passe. Le mieux pour elle serait de cesser de vouloir régenter le monde pour se recentrer sur ses problèmes, qui ne sont pas minces. Le mieux pour l’Europe est de se constituer en puissance autonome, creuset d’une culture et d’une civilisation qui lui soient propres. L’Europe ou le chaos.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Xavier Eman (Site de la revue Éléments, 31 août 2026)

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