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31/05/2012

Sacré art contemporain...

Les éditions Jean-Cyrille Godefroy viennent de publier Sacré art contemporain - Eveques, Inspecteurs et Commissaires, un essai d'Aude de Kerros. Sculpteur, l'auteur a déjà publié L'art caché - Les dissidents de l'art contemporain, consacré aux artistes qui rejettent l'art conceptuel officiel et subventionné, autrement appelé "art contemporain" ou AC.

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Ce livre évoque une controverse artistique et intellectuelle qui traverse notre époque sous l’angle particulier du lien qui existe entre la création, l’art et le sacré. Une crise s’est ouverte en 2011 avec les manifestations populaires contre des œuvres subventionnées de Serrano (Piss Christ) Castellucci (Sur le visage du Christ) et Garcia (Golgotha Picnic ). Fruit de la commande publique, faite désormais selon des critères conceptuels de l’Art contemporain, c’est un  art sacré d’Etat qui a pris place dans les églises. Ce phénomène massif a provoqué des transferts inédits, de légitimité, de sens et de sacré. Un véritable clergé administratif, « les inspecteurs de la création », a usé de  son prestige et de sa séduction auprès du clergé d’église, et imposé dans les sanctuaires la foi conceptuelle, son culte et son dogme fondé sur la déclaration créatrice de l’artiste.  Concevoir une œuvre d’art devient désormais un acte terroriste non sanglant visant, par le détournement des objets, situations, lieux et mots à faire exploser tout contexte et semer la confusion dans le monde immatériel de l’esprit, des idées et du sens.Cette nouvelle définition de l’art défendue et sacralisée par l’Etat est estimée être un Service Public. 

Aude de Kerros est graveur, essayiste, critique d’art, auteur de « L’Art Caché  » et de nombreux articles et analyses sur l’Art contemporain. Elle nous fait l’histoire de la captation du sacré par une administration en quête de légitimité historique et monétaire. Elle révèle la dernière métamorphose de "l'Art contemporain", AC, en une nouvelle religion aux pratiques cultuelles archaïques."

Vers la normalisation ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Dominique Jamet, cueilli sur Atlantico et consacré à la nouvelle "affaire" Zemmour, déclenchée par l'habituelle clique d'inquisiteurs médiatiques à la suite d'une chronique du journaliste sur RTL, qui visait la politique du nouveau garde des Sceaux, Christiane Taubira...

 

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Faut-il normaliser le soldat Zemmour ?

Eric Zemmour n’est pas l’heureux propriétaire d’un fauteuil de sénateur inamovible dans le meilleur des mondes médiatiques possibles. Il n’y occupe pas une position dominante, pas même une position de force. Tout au plus, depuis qu’il a été remercié par le comique involontaire Laurent Ruquier, animateur dont l’audace ne va pas jusqu’à la témérité mais dont la feinte irrévérence confine de façon troublante au conformisme le plus plat, Zemmour dispose-t-il encore d’une chronique  sur RTL. 

Cette tribune, Eric Zemmour la doit d’abord à son talent. Depuis le premier jour, il y a fait entendre une voix libre, originale, courageuse, une voix qui tranche dans le concert de bêlements moutonniers à quoi se réduit le plus souvent le débat politique, culturel et social tel que le conçoivent les grandes chaînes de radio, de télévision et autres machines à décerveler. Cette voix est donc aussi une voix isolée que l’on aurait depuis longtemps étouffée si elle n’avait suscité l’adhésion et le soutien d’un large public. Or, l’offensive de grand style qui se développe ces derniers jours contre Zemmour et qui ressemble fort à une scène de chasse aux sorcières vient nous prouver qu’aux yeux de certains ces cinq minutes de dissonance quotidienne noyées dans un océan de pensée unique sont encore de trop et constituent une insupportable provocation qu’il faut faire cesser au plus vite. Le modeste strapontin qu’occupe jusqu’aujourd’hui ce journaliste incorrect serait-il un siège éjectable ?

On n’est pas obligé -Dieu merci- d’être d’accord sur tout avec Eric Zemmour, ni en gros ni en détail. Il arrive parfois à notre confrère de céder à un esprit de système lié à une pensée structurée, cohérente qui accepte mal la contradiction. Il lui arrive aussi d’être dans l’excès où mène la générosité d’un tempérament polémique.

Pour en prendre les deux exemples récents, sur lesquels s’appuie la cabale en cours, il me semble qu’Eric Zemmour a nettement forcé le trait en accusant le nouveau ministre de la Justice, Christiane Taubira, de se soucier des victimes comme d’une guigne et de discriminer l’homme blanc au profit des délinquants venus d’ailleurs et grandis dans les cités. En revanche, on ne peut qu’applaudir des deux mains et saluer le cran de Zemmour (car il y faut du cran !) lorsqu’il dénonce les déclarations stupéfiantes qu'aurait tenu M. Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (dont l’acronyme, pure coïncidence, est également CRAN). M. Lozès, porte-parole d’un lobby qui entend dénoncer les discriminations dont sont victimes ses frères de couleur, mais qui sauf erreur est citoyen français, n’aurait pas craint de déclarer qu’Obama était "son président" ! (NDLR : Patrick Lozès dément avoir tenu de tels propos). Sur quelle autre base qu’une base ethnique, pour ne pas dire raciale ? Comme quoi on peut se proclamer et peut-être même se croire antiraciste tout en ayant une pensée, un comportement et des propos typiquement et parfaitement racistes.

Mais laissons cela. La première question, la grande question actuelle et concrète que pose la mauvaise querelle que l’on cherche à Eric Zemmour n’est pas de savoir si celui-ci est dans le vrai ou non, ni de décider quand et jusqu’à quel point il a raison, quand et jusqu’à quel point il a tort. A chacun, et le cas échéant aux tribunaux d’en juger. La question est de savoir s’il est toujours permis, en France, en 2012, d’avoir des opinions – entendez hétérodoxes – et de les exprimer. Je me suis reporté au texte qui en la matière est censé fondateur non seulement de notre République mais de notre liberté. Je me suis donc reporté à l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Il y est dit : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Or, on voit bien, et l’on sait bien que la pression qu’exercent sur notre société et notamment sur ses médias les grands lobbies politiques, confessionnels, culturels et associatifs ne tend à rien de moins qu’à contraindre les citoyens, et en premier les journalistes, à penser et à dire ce qu’il faut dire et penser, éventuellement à ne pas dire ce qu’ils pensent, à dire ce qu’ils ne pensent pas et, s’ils se montrent rétifs, à ne plus pouvoir rien dire, à défaut de ne plus rien penser.

Une fois Zemmour réduit au silence, puis, tout naturellement, dans la foulée Elisabeth Lévy, Robert Ménard et les rares trublions qui épicent encore notre potage, on retrouverait enfin le ronron rassurant qui rythme la vie des démocraties monocolores, c’est-à-dire des non-démocraties.

Lorsqu’en Tchécoslovaquie l’hiver totalitaire a succédé au printemps de Prague, lorsqu’en Pologne le général Jaruzelski décrétait l’état de siège et interdisait Solidarnosc, lorsqu’en Hongrie les chars soviétiques écrasaient la révolution et installaient le gouvernement Kadar, cela portait un nom. Certains, rêvent visiblement aujourd’hui, chez nous, dans la foulée de l’élection de François Hollande, d’une normalisation.

Dominique Jamet (Atlantico, 29 mai 2012)

30/05/2012

Skinheads ?...

Les éditions Au Diable Vauvert publient cette semaine Skinheads, un roman de John King. Figure de la littérature populiste anglaise, John King est l'auteur de Football Factory (L'Olivier, 2004), de La Meute (L'Olivier, 2000) et d'Aux couleurs de l'Angleterre (L'Olivier, 2005), une trilogie percutante consacrée au monde des supporters de football, amateurs de bière et de bagarre... Dans ce nouveau roman, il rend justice au mouvement skinhead, apparu chez les jeunes prolétaires anglais en réaction à la mode hippie qui fleurissait parmi la jeunesse estudiantine et bourgeoise, un mouvement, comme l'indique bien Jacques Lindecker dans un article de L'Alsace, porteur "des valeurs de la classe ouvrière britannique : défense de la communauté, virilité, amour de la bière, fraternité, patriotisme", et qui ne peut pas être réduit à sa minorité extrémiste et politisée.

 

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"Trois générations d'une même famille, trois hommes issus du milieu prolétaire britannique. Terry English, skinhead propriétaire d’une petite société de taxis, n’est pas sûr d’être encore vivant pour ses cinquante ans, mais garde malgré tout sa joie de vivre grâce au ska et à sa jolie assistante Angie. Il décide de s’investir corps et âme dans la réouverture de l’Union Jack Club. Nutty Ray, punk, employé par Terry, lutte pour contrôler sa haine de la société et n’a qu’un seul plaisir : passer son temps libre à provoquer les flics de Chelsea. Et enfin Lol, quinze ans, skater punk adolescent à la recherche de lui-même…

À travers ces trois personnages, John King va revenir sur l’apparition de la culture skin, une culture prolétaire qui s’enracine d’abord dans la musique, comme toujours en Angleterre, et une musique de pauvres, le reggae qui va s’épanouir dans le ska des années 70, en rupture avec l’époque, alors hippie. Mais qui s’accomplit aussi dans l’amour de la sape, de la bière, et du pays. Il rend un remarquable hommage au mouvement culturel britannique des années 1960, mouvement complexe, souvent caricaturé et finalement incompris, qui a déchaîné une peur sociale et symbolique encore plus forte que le punk, décuplée par son essence radicalement et ostensiblement prolétaire."

Contre le panurgisme galopant...

Vous pouvez visionner ci-dessous une partie de l'entretien donné par Bernard Lugan à Robert Ménard pour la revue Médias. Bernard Lugan distribue les soufflets avec son talent habituel...

Une partie de l'entretien, publié dans le numéro 32 de la revue, est disponible en ligne :

Pour le rétablissement des duels en matière de presse !

 


Bernard Lugan : Pour le rétablissement des duels... par revue-medias

29/05/2012

Les cinq guerres de Jünger...

L'excellent site de polémologie Theatrum Belli met à la disposition des internautes un court essai de l'historien Jean-Jacques Langendorf, intitulé Les cinq guerres de Jünger, consacré à l'évolution de la vision de la guerre chez l'auteur d'Orages d'acier.

Les cinq guerres de Jünger

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Mortelle cohabitation ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Frédéric Rouvillois, cueilli sur Causeur et consacré à la question de la cohabitation.Professeur de droit public à l’université Paris Descartes, Frédéric Rouvillois est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire des idées comme Histoire de la politesse (2006), Histoire du snobisme (2008),  tous deux diponibles en format de poche dans la collection Champs Flammarion, ou L’invention du progrès (CNRS éditions, 2010) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (Flammarion, 2011).

 

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Mortelle cohabitation

Le problème de la cohabitation empoisonne la vie politique française depuis qu’en 1978, le président Giscard d’Estaing déclara qu’il resterait à l’Élysée en cas de victoire de la gauche aux élections législatives, et surtout, depuis qu’en 1986, Jacques Chirac, leader de la nouvelle majorité à l’Assemblée nationale, accepta de devenir premier ministre de François Mitterrand en vue de la présidentielle de 1988, mais au risque, assumé, d’abîmer en profondeur la Ve république. Avec ses chausse-trappes, ses pièges innombrables, ses poignards dissimulés dans des bouquets, ses byzantinismes et ses non-dits, ses jeux tortueux autour de la lettre et de l’esprit de la constitution, avec le capiteux parfum d’hypocrisie qui l’accompagne toujours, on conçoit que l’homme de Jarnac, le plus florentin de nos chefs d’État, dût en raffoler. Mais on imagine à quel point la couleuvre fut dure à avaler pour un Chirac qui se donnait encore, à l’époque, pour un gaulliste pur sucre, et qui se vit obligé, à trois reprises, de sacrifier ses convictions sur l’autel de ses ambitions. Et tel est encore le sentiment que donne le plaidoyer pour la cohabitation qu’Henri Guaino a fait paraître dans Le Figaro du 24 mai.

Interrogé par un journaliste qui n’y va pas par quatre chemins en lui demandant carrément si la cohabitation n’est pas nocive, celui qui fut jadis l’homme lige de Philippe Séguin répond, un peu gêné : « C’est aux Français d’en décider ! Je n’imagine pas leur dire : « Ne votez pas pour nous, parce que la cohabitation, ce n’est pas bien.» Ce qui serait nocif, ce ne serait pas la cohabitation, poursuit Guaino, ce serait que les socialistes aient tous les pouvoirs pour appliquer leur programme. » Donc, qu’il n’y ait pas de cohabitation, laquelle, par comparaison, lui paraît bénéfique… En acceptant de se présenter aux élections, Guaino se condamnait à prendre de telles positions. Pourtant, nul doute qu’au fond de lui-même, il ait bien conscience que, dans le cadre de la Ve république, une telle cohabitation serait désastreuse à long terme, et sans grand intérêt à brève échéance.

A court terme, en effet, les bénéfices politiques d’une cohabitation seraient peu significatifs. Elle aurait évidemment l’avantage, et ce n’est pas rien, avouons-le, de permettre aux personnalités éminentes qui siégeaient dans le précédent gouvernement, les Frédéric Lefebvre, les Éric Besson, les NKM, les David Douillet, les Benoist Apparu, de retrouver les maroquins dont une décision inconsidérée des Français vient de les priver indûment; peut-être même permettrait-elle à François Fillon de retourner à Matignon, ce qui aurait au moins l’intérêt d’apaiser la guéguerre des chefs qui se profile à l’UMP. Mais sur le fond, une telle cohabitation aurait surtout pour effet de « rétablir un équilibre », comme le soulignent fréquemment les ténors de la droite modérée, c’est-à-dire, en clair, d’instituer au sommet de l’État une situation de paralysie. D’un côté, en effet, le président de la république se verrait effectivement privé de la plupart des fonctions qu’il assume en temps ordinaire, lorsqu’il dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale, et donc, d’un premier ministre et d’un gouvernement de la même couleur politique que lui. On retrouverait ainsi, pour cinq ans, la figure pathétique du roi fainéant telle que l’assuma Jacques Chirac entre 1997 et 2002. Mais en face, la droite modérée, majoritaire à l’Assemblée et en mesure d’imposer un premier ministre, se retrouverait elle aussi dans une situation inconfortable, dans la mesure où elle resterait par ailleurs minoritaire au Sénat.

Dans ces conditions, elle ne pourrait pas réviser la constitution, et, par exemple, imposer la fameuse « règle d’or » : pour cela, il lui faudrait en effet l’appui du président et de la majorité du Sénat. Elle ne pourrait plus légiférer à sa guise par voie d’ordonnances comme elle en a pris l’habitude ces dernières années, les ordonnances exigeant la signature du chef de l’État. Elle se verrait, enfin, considérablement bridée en matière de politique étrangère et européenne, laquelle, même en période de cohabitation, relève en partie du domaine réservé du président. En somme, même à ne considérer que le court terme, une cohabitation ferait entrer la France dans un état de coma politique – jusqu’à ce que le Président se décide enfin à dissoudre l’Assemblée nationale. A tout cela, de bons esprits pourront évidemment rétorquer qu’une majorité de droite à l’Assemblée aurait au moins l’intérêt d’empêcher la gauche de réaliser son programme : certes, mais vu ce qui sépare objectivement le programme de la droite modérée post-sarkozyste de celui de la social-démocratie à la Hollande, on est en droit de se demander ce que cela change.

Plus fondamentalement, alors que les avantages immédiats s’avèrent bien maigres, les inconvénients à long terme paraissent considérables – du moins, aux yeux de personnalités que l’on peut supposer attachées à l’héritage du général De Gaulle.
Au regard du principe démocratique, d’abord, il paraîtrait assez choquant que le président, que la majorité du peuple vient d’élire afin qu’il puisse agir et gouverner, se trouve aussitôt dans l’incapacité d’assurer le mandat qui lui a été confié du fait d’élections législatives dont le résultat dépend largement des modalités du découpage électoral, des déséquilibres démographiques, de questions de lieux et de personnes, bref, des innombrables considérations locales ou conjoncturelles qui président à la désignation des 577 membres de l’Assemblée. Qu’on le regrette ou non, la valeur démocratique de l’élection présidentielle est sans commune mesure avec celle des législatives : c’est pourquoi il serait en définitive attentatoire au principe démocratique que celles-ci puissent invalider celle-là.

Mais le pire est ailleurs : dans l’altération profonde de la fonction présidentielle et de la stature du chef de l’État qui résulterait inévitablement d’une cohabitation longue. C’est ce qu’ont pu constater les Français en 2002, lorsque Jacques Chirac fut réélu après cinq ans de cohabitation avec Lionel Jospin : à la place du président de plein exercice qu’ils avaient connu en 1995, ils se sont retrouvés avec un homme habitué à jouer les potiches et à inaugurer les chrysanthèmes, bref, avec un président paresseux qui laissera la bride sur le cou à Raffarin, à Villepin et à Nicolas Sarkozy. La cohabitation longue, c’est, à terme, le risque de voir renaître ce que l’on appelait dans les années 1950 « les délices et les poisons » du parlementarisme absolu et du régime des partis. C’est la possibilité de voir disparaître cette « monarchie populaire », selon le mot du général De Gaulle, qui constitue l’essence et fait tout l’intérêt de la Ve république.

Au total, plutôt qu’une cohabitation forcément désastreuse, sans doute serait-il plus raisonnable de laisser à la gauche le risque de gouverner, à la droite, la possibilité de se recomposer, et à la Ve république, une chance de survivre.

Frédéric Rouvillois (Causeur, 26 mai 2012)