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12/09/2018

Délivrez-nous du bien !...

Les éditions de l'Observatoire viennent de publier un essai signé par Natacha Polony et Jean-Michel Quatrepoint, et intitulé Délivrez-nous du bien ! - Halte aux nouveaux inquisiteurs. Journaliste, responsable du Comité Orwell, et, depuis peu, directrice de la rédaction du magazine Marianne, Natacha Polony est l'auteur de nombreux essais, dont Le pire est de plus en plus sûr (Mille et une nuits, 2011). Journaliste économique, Jean-Michel Quatrepoint est l'auteur de plusieurs essais comme Mourir pour le Yuan (François Bourin, 2011) ou Le choc des empires (Gallimard, 2014).

 

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" L'atmosphère est lourde. Les phrases, les situations qui semblaient autrefois anodines deviennent des crimes. Nous sommes tous coupables, et les inquisiteurs nous guettent. Coupables d'avoir bu un verre, d'avoir blagué sur les femmes, de manger de la viande, d'avoir offensé une minorité quelconque. Coupables d'avoir été du côté des « dominants ». Chaque jour, un citoyen qui se croyait, non pas un héros, mais un type à peu près bien, se retrouve cloué au pilori, sommé d'expier ses crimes et de faire repentance. Derrière cette traque aux dérapages et ces entreprises de rééducation, un mécanisme : la tyrannie de minorités qui instrumentalisent des combats essentiels, pour les transformer en croisade contre une supposée majorité, contre les « dominants ». Au nom du Bien, on modifie le vocabulaire, on nie le plaisir, on criminalise le désir, on réécrit l'histoire. Ces nouveaux bigots, qui détestent l'Homme tel qu'il est et le rêvent selon leurs diktats, sont les idiots utiles d'un néolibéralisme qui atomise les sociétés et fragilise les structures traditionnelles pour mieux imposer sa vision manichéenne du monde. "

28/05/2017

Tour d'horizon... (129)

 

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Au sommaire cette semaine :

- un point sur les nouvelles découvertes en paléoanthropologie qui viennent, peut-être, remettre en cause la théorie sur les origines africaines de l'espèce humaine...

Out of Europe ? L'homme serait originaire d'Europe et non d'Afrique

Des origines européennes pour notre ancêtre commun avec les singes ? ...

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- dans la Lettre de Comes Communication, Gérard Chaliand dissèque pour Bruno Racouchot les liens qui unissent violence, puissance et influence dans les luttes asymétriques...

Conflits, guérillas et insurrections... violence, puissance et influence

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- sur Le Monde diplomatique, Jean-Michel Quatrepoint évoque la stratégie d'influence des Etats-Unis en direction des élites européennes...

Des missionnaires aux mercenaires

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27/03/2017

La revue de presse d'un esprit libre... (26)

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La revue de presse de Pierre Bérard

Au sommaire :

DÉBAT ENTRE LES CINQ PRINCIPAUX CANDIDATS À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

Bilan du débat entre les cinq principaux candidats. Machine à lancer des promesse mirobolantes et coûteuse pour Hamon (demain on rase gratis) largement distancé de  ce point de vue par Mélenchon qui se révèle, sans surprise, le meilleur tribun. Macron incarne excellemment le zeitgeist post-politique de l’époque; seigneur de l’empire du vide,  le néant en marche n’a pas crevé l’écran où il apparaissait pour la première fois en débat. Alors qu’il était le plus attendu des candidats, il n’est pas parvenu à dégager une  « vision » d’avenir de sa possible présidence. Provoquant l’éclat de rire de Marine Le Pen, Il n’a pas hésité à répéter le « fake new » selon lequel le nombre d’immigrés n’avait  pas augmenté depuis les années trente, la même ritournelle que les médias nous servent avec leur psittacisme habituel. Il a également assuré sans pouffer de rire qu’il savait ce qu’était les fins de mois difficiles. Macron, pauvre comme Crésus, les neuf millions de démunis apprécieront… L’état de grâce qu’il connaissait jusqu’alors risque d’en pâtir.  Les autres étaient dans leur registre habituel. À ce propos le check up de Laurent Cantamessi.
 
 
 
L’un des meilleurs debriefing du débat du 19 mars, on le trouve sur TV-Libertés. Bref et précis. Il en ressort que Macron, pour autant qu’on puisse en cerner les idées, correspond à la parfaite définition du ludion selon le dictionnaire, un objet creux rempli d’air soumis par des pressions successives à un incessant mouvement d’aller et retour. Ondoyant, fluctuant et sans doute versatile, il se dérobe sans cesse sans qu’on puisse l’attraper, comme un savon précipité au fond de la baignoire. Mais le bébé cadum du paysage audiovisuel français continuera d’être, n’en doutons pas, le chouchou de la médiasphère.
 
 
 
Pour Raoul Fougax qui signe sur Metamag son bilan du débat, ce fut d’abord un round d’observation qui a permis à chacun de marquer son territoire sans mordre la poussière. 
Selon lui Mélenchon fut sans conteste le meilleur, ce qui constitue pour Hamon, le terne apparatchik, une mauvaise nouvelle. Macron possède un art consommé de ne rien dire en parlant beaucoup. Il demeure « le joker mondialiste et médiatique choisi contre Marine le Pen… qui, elle, n’est pas parvenue à élargir son électorat ».
 

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ZOOM SUR LE CANDIDAT MACRON
 
Répondant à quelques questions de Breizh info, Alain de Benoist déclare que « Macron représente le regroupement des élites dirigeantes acquises à la mondialisation, qui ont compris qu’il leur fallait s’unir pour faire faire face au populisme du peuple ».
 
 
 
Tous les médias nous cachent délibérément les turpitudes du candidat Macron. TV Libertés, la chaîne TV dissidente, nous réinforme. Émission présentée par Élise Blaise.
 
 
 
Quand la folie Macron s’empare du « cercle de la raison ». Vincent Trémolet de Villers s’étonne, dans une décoiffante tribune du Figaro, que ceux qui ne juraient jadis que pour la litanie des chiffres, les experts et leur courbe, les techniciens et leur calcul, les spécialistes et leur démonstration puissent s’abandonner aux délires irrationnels du freluquet d’En marche. Faire « marcher » dans la langue vernaculaire se dit aussi de ceux que l’on veut berner…
 
 
 
Tribune de Paul-François Paoli dans Le Figaro. L’auteur de « Quand la gauche agonise » (Éditions du Rocher, 2016) souligne la contradiction d’un homme qui se dit admirateur de l’historien républicain Ernest Lavisse qui défendait tout à la fois le roman national, dont il fut « l’instituteur », et la mission civilisatrice de la France des droits de l’homme dans ses colonies et qui déclare à Alger tel un Janus contemporain que la colonisation fut un crime contre l’humanité. Le sophiste Macron, symptôme de la névrose de l’universalisme française ?
 
 
 
Complicité entre « Young Leader ». Emmanuel Macron est-il le candidat de l’atlantisme pur sucre ? Réponse sur le site des Identitaires, Novopress.
 
 
 
Richard Millet sur son site écrabouille le candidat Emmanuel Macron dont il blâme la servilité idéologique à la repentance, particulièrement éclatante dans ses deux récentes prises de position sur l’absence de culture française et sur le colonialisme assimilé en bloc à un crime contre l’humanité. Position qui lui a valu un satisfecit d’Al-Quaïda dans la péninsule arabique.
 
 
 
Selon Jean-Paul Brighelli le programme scolaire de Macron est fait pour les gobe-mouches.  
 
 
 
D’après Alain de Benoist, « l’élection présidentielle marque un véritable tournant historique, car elle va de pair avec une totale restructuration du paysage politique, du fait de l’effondrement programmé des deux grands partis de gouvernement qui ont eu le monopole de l’alternance en France depuis plus de quarante ans, mais qui se trouvent maintenant l’un et l’autre menacés de ne pas passer le cap du premier tour ». Résultat : les libéraux du PS et les centristes de l’UDI et des LR « partent par pleines charrettes rejoindre la start-up de l’ectoplasme macronien ». Si bien que la nouvelle polarisation n’oppose plus, selon un axe horizontal, la droite à la gauche, mais suivant un axe vertical « ceux d’en bas à ceux d’en haut, le peuple contre les oligarques ». La nouvelle configuration du monde politique dresse dès lors les « populistes » contre Macron qui ne serait qu’un hollande-bis totalement libéré de Solferino.
 
 
 
L’avocat Régis de Castelnau fait feu contre Macron en relevant les très nombreuses irrégularités qui environnent sa campagne, la propagande éhontée à laquelle se livrent les médias subventionnés, les diverses interventions de l’État et le caractère plus que trouble de son financement. Sa conclusion est limpide : « Emmanuel Macron est donc la solution pour cette partie du Capital, celui de l’oligarchie néolibérale mondialisée qui a fait sécession et qui emmène avec elle celles des couches moyennes qui en profitent… La mondialisation néolibérale est incompatible avec la démocratie. Les gens qui la conduisent le savent bien qui rêvent de démocratie sans démos. Macron est leur agent ». 
 
 
 
Parus sur le blog de Jean-Paul Brighelli les échanges qu’il a eu avec Malika Sorel-Sutter font le point sur les récentes déclarations du candidat Macron et décèle chez ce présidentiable la parfaite copie conforme du libéral-libertaire, un produit de synthèse entre « Terra Nova » et « L’Institut Montaigne ».
 
 
 
La caricature d’Emmanuel Macron diffusée sur le compte Twitter des Républicains le vendredi 10 mars a suscité une effervescence démesurée sur les réseaux sociaux et  dans les médias. Tous s'enflamment et accusent le visuel de faire référence aux pires clichés antisémites des nauséeuses années trente. Si il y a motif à être surpris par cette histoire rocambolesque et l’hystérie qu’elle soulève ce n’est pas par le croquis d’une banalité extrême. On pourrait en effet s’étonner que Les Républicains qui ne passent pas pour des ennemis acharnés de la ploutocratie financière aient pu figurer l’ex-banquier Macron selon les stéréotypes classiques du possédant affameur du peuple avec son haut-de-forme, son costume élégant (offert par Bourgi ?) et tranchant avec une faucille maculée de sang un imposant cigare. Comme le remarque Emmanuel Debono dans Le Monde cette imagerie est internationale et dénuée de connotation judéophobe. Elle fut surtout utilisée, et abondamment, par la gauche et les communistes dans leur propagande contre « le grand capital ». La reprise de ce lieu commun par Les Républicains n’avait donc rien à voir avec les arrière-pensées antisémites que certains se plaisaient à y voir, et le visage figuré de Macron ne ressemblait d’aucune façon à l’iconographie en vogue dans les milieux anti-juifs des années trente. Mais puisque on est sensés revivre dans l’atmosphère méphitique de ces années là il fallait bien que la caricature y soit rapportée contre toute évidence. La disposition des médaillons représentant les différents ralliés au fringuant hologramme de Hollande dans laquelle certains ont voulu percevoir une réminiscence de la fameuse toile d’araignée d’un complot enserrant le monde n’avait pour but que de figurer l’éclectisme des has-been rejoignant le panache du candidat (d'Alain Madelin l’ancien Occidental, à Robert Hue fossoyeur du Parti communiste français, et aux dernières nouvelles, jusqu’au crétin des Pyrénées, le traîne-misère Douste-Blazy, c’est dire l’escroquerie !). 
Difficile donc de faire passer ce croquis badin comme relevant des codes de l'obsession antisémite. Pourtant rien n’y a fait : après que le dessin ait été prestement évacué à la première alerte, le courageux Fillon demandait des sanctions contre son auteur.
 
 
Et
 
 

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DIVERS
 
L’économiste-philosophe Frédéric Lordon invité de France culture le vendredi 24 mars parle de la souveraineté qui pour lui « s’assimile en totalité au concept de démocratie ». Héros de Nuits debout, il poursuit une réflexion intéressante sur la sortie de l’UE par le bord « droit » (Brexit, Marine le Pen) ou le bord « gauche » qu’il approuve mais dont il éprouve beaucoup de mal à donner un exemple concret.
 
 
 
Pour Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique et membre du Comité Orwell le cycle néolibéral commencé le 15 août 1971 avec la fin du système de Bretton Woods touche à sa fin. Brexit et Trump sont les prodromes de ce changement de cap qui nous introduit dans une phase de démondialisation, de retérittorialisation et de réhabilitation des frontières. Sa conclusion géopolitique est édifiante : « Soit l’Allemagne joue le jeu de l’Europe européenne, pour reprendre une expression gaullienne, et normalise à cette fin sa relation avec Moscou. Soit elle demeure atlantiste et refuse d’envisager la dimension stratégique de son rapport au monde. Elle restera alors un pays exclusivement mercantiliste… Mais il n’est pas certain que le construction européenne puisse survivre longtemps à la seconde option ».
 
 
L’Observatoire des Journalistes et de l’Information Médiatique (OJIM) poursuit son indispensable travail de critique des médias de grand chemin. Cette fois il traite  de la mainmise des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) les quatre multinationales américaines, sur notre vie quotidienne. En contrôlant l’information numérique elles contrôlent de fait le formatage des citoyens. 
 
 
 
Face aux déclarations contradictoires de Donald Trump concernant l’OTAN et la Russie, Jean-Paul Basquiast propose de remplacer l’alliance atlantique par un nouvel organisme de sécurité collective s’étendant de Vancouver à Vladivostok.
 
 
 
Dans un récent numéro de Marianne, Jean-François Kahn moque la russophobie rabique des médias du « système » qui ont trouvé l’ouvre-boîte universel pour expliquer leurs nombreuses déconvenues face au monde tel qu’il va : « c’est la faute à Poutine ». Tout cela n’est pas sans évoquer la célèbre phrase de Guy Debord extraite de ses commentaires sur la société du spectacle : « cette démocratie si parfaite qu’elle veut en effet être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats ». 
 
 
 
Le numéro 165 d’Éléments est sorti avec son excellent éditorial sur l’Europe désarmée tel un canard sans tête face à un monde qui se repolitise. Le sommaire, consacré à la chute de l’empire des médias (subventionnés) et, plus surprenant, un Christophe Guilluy, géographe iconoclaste, qui n’hésite pas à trouver un asile libertaire dans la revue et à mettre les pieds dans le plat de la tambouille politiquement correcte.
 
 
Excellente analyse de l’ouvrage de François Bousquet « La droite buissonnière » (Éditions du Rocher, 2017) par Nicolas Faure sur le site de la Fondation Polémia.
 
 
 
Rendre le pouvoir au peuple suivant le voeu du fondateur de la cinquième République, tel est l'objectif de Jean-Yves Le Gallou selon lequel ce pouvoir est accaparé par des juges dépourvus de légitimité démocratique. Il faudrait en revenir à une stricte séparation des pouvoirs, condition sine qua non d’un bon équilibre suivant Montesquieu. Ce qui bien entendu n’est plus de règle aujourd’hui, puisque les juges interprètent les lois qui nous gouvernent selon des principes tellement généraux qu’ils peuvent donner cours aux gloses les plus contradictoires. Bonne intervention sur le zoom de TV-libertés assortie d’une déambulation instructive dans le Paris des véritables centres de décision : le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, le Tribunal administratif, la Cour de cassation, le Tribunal de Paris où siège la XVII chambre liberticide et pour finir la Cour européenne des droits de l’homme qui siège à Strasbourg.
 
 
Pour Michel Maffesoli l’écologie reste dans la droite ligne du productivisme, c’est pourquoi il propose de lui substituer ce qu’il appelle l’écosophie, néologisme par lequel il entend non plus un traitement de notre rapport à la nature mais une discipline considérant que l’espèce humaine fait partie de la nature, n’en est séparée d’aucune façon. 
Il y a une « nature des choses » et la prétention de la changer n’a conduit qu’à la dévastation du monde naturel et social. Reprenant la distinction faite par la philosophie allemande entre la culture c’est à dire l’instituant et la civilisation, c’est à dire l’institué, sa démarche s’inscrit dans une perspective résolument « révolutionnaire conservatrice ».
 
 
 
Ingrid Riocreux affichant en épigraphe de son blog « Décryptons les décrypteurs ! » démonte le reportage de C8 sur le Front National niçois en en dévoilant les trucages et les combines. À dire vrai le procédé de l’infiltration qui caractérise ce type de « révélation » qui ne révèle rien et qui n'est employé qu'à l’encontre de ceux que les médias aiment tant haïr nous en apprend beaucoup plus sur les procédés d’une presse subventionnée que sur les cibles qu’elle vise avec une constance et une obstination jamais démentie et dont chacun a pu mesurer depuis des dizaines d’années la remarquable efficacité.
On lira, pour parfaire cet article, le remarquable entretien de décodage des médias qu’elle livre dans la dernière livraison d’Éléments.                  . 
 
 
 
La dernière édition d’I-Média présentée par Jean-Yves Le Gallou et Hervé Grandchamp étudie le festival de novlangue fait de litotes utiles pour euphémiser le terrorisme islamique. Elle rappelle opportunément le discours prophétique d’Enoch Powell qui vit sa carrière brisée car il appelait les britanniques au sursaut face à l’immigration. Le Zapping nous signale que le présentateur du journal de TF1 se fait taper sur les doigts par le CSA pour avoir proféré une vérité dérangeante et nous montre un Pascal Bruckner soucieux avant tout de faire battre Marine Le Pen… Une séquence sur les diverses performances des débatteurs lors de l’émission opposant les cinq principaux candidats aux présidentielles publiées dans la presse qui sacre « une large victoire de Macron » confirme ce que nous savions : les médias de l’oligarchie votent et poussent à voter pour le godelureau. Enfin l’émission se termine avec un gros plan sur « La semaine de la presse à l’école » sensée forger l’esprit critique des élèves mais qui se révèle une véritable séance d’endoctrinement, assimilant la critique des médias au « complotisme »…
 
 
La coalition anti État Islamique se devait d’épargner autant que faire ce peut les civils dans son siège de Mossoul, à la grande différence des « barbares russes et pro-assad »qui à Alep n’avaient pas hésité à recourir à des moyens de terreur face à des populations désarmés. On voit par cet article du Monde qu’il n’en est rien. Les guerres ne sont jamais propres, et qui plus est les guerres modernes. Cette information que Le Monde traite avec une pudeur de vierge, ne serait-ce que par le titre de l’article qui parle « d’effondrement » au lieu de rapporter la vérité crue qui est celle d’un « bombardement » en dit long sur l’alignement des médias sur le suzerain américain. Qu’aurait-on lu si il s’était agi d’une action russe au Proche-Orient ?
 
 
 
Michel Onfray prend position pour un régionalisme anti-jacobin inspiré des Girondins et de Proudhon, seule façon selon lui de renouer avec un idéal communautaire. Son livre « Décoloniser les provinces. Contribution aux présidentielles » Éditions de L’Observatoire, vient de paraitre.
 
 

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25/11/2016

Bienvenue dans le pire des mondes...

Les éditions Plon viennent de publier un ouvrage collectif du Comité Orwell, intitulé Bienvenue dans le pire des mondes. On y trouve des textes de Natacha Polony, Alexandre Devecchio, Jean-Michel Quatrepoint, Emmanuel Levy, Franck Dedieu, Gérald Andrieu, Eric Delbecque, Benjamin Masse-Stramberger et Guillaume Bigot. Le Comité Orwell se donne comme ambition de faire entendre une voix différente dans un paysage médiatique trop uniforme...

 

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" A Pékin, Moscou, Ankara ou Ryad, des oligarchies confisquent le pouvoir au nom du parti communiste, de la Sainte Russie, d'Allah. Cela, c'est l'image que la très grande majorité des médias occidentaux diffuse pour éviter de devoir balayer devant leurs portes. Car le même phénomène est à l'œuvre en Occident, dans ce que l'on appelle encore les démocraties occidentales.
George Orwell, imprégné des horreurs du nazisme et des dérives du communisme, avait dépeint, dans 1984, ce que pouvait devenir notre quotidien dans un monde régi par un totalitarisme absolu. A contrario, le seul rempart contre de telles dérives reposait sur l'idéal démocratique et ses quelques libertés fondamentales.
Or, insensiblement, nos sociétés que l'on croyait démocratiques le sont de moins en moins. Nous basculons dans un totalitarisme mou.
Quel est ce système ? C'est celui où, grâce à la technologie et au contrôle des flux financiers et commerciaux, quelques dizaines de multinationales, la plupart américaines, entendent organiser, orienter, régenter notre vie quotidienne. Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur ? C'est effectivement ce que nous ont apporté ces nouvelles technologies : smartphone, Internet, nano technologies, progrès de la médecine... Le pire ? C'est le nivellement par le bas, la société du tweet, la surveillance, la captation de notre argent, la normalisation de nos goûts, l'uniformisation de nos besoins. Le pire, c'est aussi que cette dérive se fait souvent avec le consentement de ceux qui en sont victimes... sans s'en rendre compte.
Le champ de nos libertés individuelles se rétrécit sérieusement et un jour, peut-être pas si lointain, nos fiches détaillées nourries des milliers de données récupérées par les multinationales, seront mises au service d'un système totalitaire de moins en moins soft. "

27/09/2016

Traités de libre-échange : bienvenue dans le monde d'Orwell...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Michel Quatrepoint, cueilli sur Figaro Vox et consacré à ce que recouvre la négociation, toujours en cours, du Traité transatlantique entre l'Union européenne et les Etats-Unis...

 

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Traités de libre-échange : bienvenue dans le monde d'Orwell

Nous sommes en guerre! On pense, bien sûr, à Daech et au terrorisme islamiste. Mais il y a aussi une autre guerre, plus sournoise, plus vicieuse, puisqu'elle nous oppose à des amis, des alliés. Je veux parler de la guerre avec les États-Unis, de la guerre entre l'Europe et les États-Unis, de la guerre aussi entre le modèle culturel anglo-saxon, un modèle communautarisme, et notre modèle républicain, laïc. Cette guerre a un champ de bataille: le marché, l'économie. Avec un objectif pour les États-Unis, ou plutôt pour les multinationales, en très grande majorité anglo-saxonnes: assurer un nouvel ordre mondial, où le rôle des États est réduit à la portion congrue, où les citoyens sont cantonnés à un rôle de consommateurs, où la politique s'efface devant les impératifs du marché et d'un libre-échange total, absolu.

Cette bataille, elle se joue aussi sur les traités commerciaux, à travers le TAFTA, le TPP pour le Pacifique, le TISA pour les données. Sans oublier le traité entre l'Europe et le Canada qui a servi en quelque sorte de matrice aux négociations transatlantiques sur le TAFTA. Cette offensive américaine se déroule comme à la parade. Dans un premier temps, les autorités judiciaires d'outre-Atlantique ont mis en place un arsenal juridique pour imposer peu à peu l'extraterritorialité du droit américain. C'est ainsi qu'on a vu se multiplier, depuis des années, les amendes colossales contre les groupes européens. Amendes pour avoir obtenu des contrats dans divers pays du Tiers Monde avec des commissions. On pense, bien sûr à Alstom. Amendes pour avoir financé des opérations commerciales avec des pays frappés d'embargo par les États-Unis. On pense, bien sûr, à BNP Paribas. Amendes pour avoir bidouillé, comme Volkswagen, les moteurs Diesel vendus sur le marché américain, etc. À chaque fois ce sont des montants considérables. Des milliards, voire des dizaines de milliards de dollars.

Pis, ces menaces pèsent sur le système bancaire européen qui n'ose plus financer les investissements des entreprises, françaises et autres, dans des pays sensibles. Ainsi, les banques françaises sont très frileuses sur l'Iran, sur la Russie. Nos entreprises ratent des contrats. Pour le plus grand profit… des Américains. Bref, tout se passe comme si cette menace subliminale que fait peser la justice américaine et Washington sur les banques et entreprises européennes était destinée à les paralyser, à les tétaniser. Parallèlement, le capitalisme américain a déployé sur une très grande échelle une forme moderne de corruption: l'influence, le trafic d'influence. Plus besoin de verser des bakchichs, il suffit d'offrir aux dirigeants politiques, aux élites européennes de belles et rémunératrices fins de carrière, ou de faciliter l'accès de leurs progénitures aux cercles restreints du pouvoir des multinationales.

Aujourd'hui, les masques tombent. C'est un ancien président de la Commission européenne dont on savait qu'il était très proche des Américains qui pantoufle chez Goldmann Sachs. On découvre qu'une ancienne commissaire à la concurrence avait pris systématiquement des décisions nuisibles aux intérêts industriels européens tout en étant administrateur d'un fonds off shore aux Bahamas. Cerise sur le gâteau: elle a intégré Bank of America et, au printemps dernier, le groupe américain… Uber. Un autre commissaire, négociateur et thuriféraire de l'accord TAFTA, a, lui, rejoint les conseils d'administration de CVC Partners, un fonds américain et Merit Capital. Bref, les Américains savent remercier ceux qui ont œuvré pour eux. Mais ceux qui rechignent à intégrer ce nouvel ordre mondial sont frappés. Volkswagen, mais aussi Deutsche Bank et maintenant Airbus que l'on menace de dizaines de milliards d'amende, parce que le groupe aurait bénéficié de subventions européennes. Mais comment Boeing s'est-il développé sinon avec l'argent du département de la Défense? Comment la Silicon Valley est-elle devenue ce qu'elle est sinon avec les subsides sous diverses formes de l'État américain? Comment les GAFAM et autres NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) prospèrent-ils sinon en optimisant fiscalement aux États-Unis (les multinationales américaines ont exporté plus de 2 000 milliards de dollars dans les paradis fiscaux) et en ne payant pratiquement pas d'impôt en Europe? Et lorsque une commissaire européenne ose s'élever contre les avantages exorbitants accordés par l'Irlande à Apple, c'est le président Obama et 250 patrons américains qui volent au secours de la firme et somment l'Europe d'abandonner ses poursuites.

Trop, c'est trop! Ou les Européens se couchent et nous allons collectivement basculer dans un monde où quelques monopoles régneront sur notre vie de tous les jours, géreront nos données… un monde digne de Big Brother. Ou l'Europe se réveille, refuse ces diktats, renvoie les accords TAFTA aux calendes grecques. On ne négocie pas dans une position de vassal. Voilà pourquoi la bataille du TAFTA est symbolique. Voilà pourquoi si nous voulons défendre nos valeurs, une certaine idée de la géopolitique, il faut dire non au TAFTA, relancer l'idée de la préférence communautaire, défendre nos banques et nos grandes entreprises. À condition, bien sûr, qu'elles veuillent être défendues et qu'elles n'aient pas déjà pactisé avec l'Oncle Sam… pour un plat de lentilles.

Jean-Michel Quatrepoint (Figaro Vox, 23 septembre 2016)

23/07/2016

Pour une Europe indépendante...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Jean-Michel Quatrepoint au Figaro Vox et consacré à la nécessaire réorientation du projet européen  à la suite du Brexit.

Journaliste, Jean-Michel Quatrepoint a notamment publié Mourir pour le yuan (François Bourin, 2011), Le choc des empires (Gallimard, 2014) ou Alstom, scandale d'Etat (Fayard, 2015).

 

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Jean-Michel Quatrepoint : « Organisons un mouvement pour l'indépendance de l'Europe ! »

FIGAROVOX. - Les électeurs du Royaume-Uni ont choisi jeudi 23 juin que leur pays sorte de l'Union européenne. Cette interruption délibérée du processus de «construction européenne» par le peuple britannique est-elle un événement historique?

Jean-Michel QUATREPOINT. - Le Brexit marque la fin d'un cycle commencé il y a quarante ans, avec l'école de Chicago, et qui fut incarné par les figures de Margaret Thatcher et Ronald Reagan. La victoire idéologique de cette doctrine se traduisait par l'application de la pensée de Milton Friedman, stipulant l'efficience absolue des marchés, un libéralisme total et toujours moins d'Etat. Mais on observe que l'histoire avance à grands coups de balancier: le néo-libéralisme se voulait la fin de l'Histoire en s'appuyant sur le libre-échange absolu, la globalisation - à ne pas confondre avec la mondialisation - et l'uniformisation du monde sous la bannière anglo-saxonne. Mais ce modèle a subi plusieurs coups d'arrêt. Le premier fut les attentats du 11 septembre 2001 dans les tours jumelles: ils ont été la démonstration des faiblesses d'un monde globalisé et financiarisé, par rapport à des actions terroristes. Le deuxième, ce fut la crise des subprimes en 2008. Le système avait assimilé les attentats du 11 septembre, il n'a toujours pas digéré la crise des subprimes. C'est bel et bien le modèle économique lui-même qui est désormais en bout de course. Les populations se sont aperçu que, contrairement à ce qu'on leur avait affirmé, ce modèle n'était pas - en tout cas n'était plus - gagnant-gagnant: il y avait des gagnants et des perdants.

Londres et le reste de l'Angleterre sont d'excellents symboles de cette réalité. Les gagnants de la globalisation sont à Londres, ce sont les financiers mais aussi différentes catégories de migrants - parce qu'ils occupent un certain nombre d'emplois en acceptant des salaires plus bas et un faible système de protection sociale. Les perdants ce sont les autres, ceux qui vivent en périphérie, à la campagne, et qui ne voient pas le bien-fondé de cette globalisation ni les progrès que leur apporterait l'UE.

La globalisation se traduit par une course au moins-disant social et fiscal, voire environnemental. En Europe, la politique d'austérité imposée par une Allemagne qui reste arc-boutée sur un modèle ancien a entraîné une récession. La Grèce est exsangue. Les pays européens ont un fort taux de chômage et un faible taux de croissance. L'Europe n'a pas retrouvé les niveaux de PIB de 2007.

Ce modèle néo-libéral était sans doute nécessaire il y a quarante ans pour mettre fin aux dérives du keynesianisme. Aujourd'hui, il a trouvé ses limites. Il engendre une grande stagnation qui empêche la croissance. La Chine a ses problèmes, comme les pays émergents. La chute des prix du pétrole a été en partie bénéfique aux Américains et aux Européens, mais a lourdement touché les pays producteurs. Le remède, la seule réponse à cette stagnation généralisée aura été le quantitative easing. Les banques centrales font tourner la planche à billets et ajoutent de la dette à la dette. Mais cet argent ne s'investit pas dans l'économie réelle. Il alimente les marchés financiers, les produits dérivés (600 trillions de dollars), le shadow banking, et la pratique des taux négatifs, une aberration en système capitaliste, qui ne profite qu'à un système financier par ailleurs malade.

En un mot, le Brexit est la manifestation politique et idéologique de la fin de l'ère reagano-thatchérienne. Et le moindre des paradoxes n'est pas que cette manifestation ait eu lieu au Royaume-Uni.

Certains commentateurs pointaient l'absence de culture et l'âge avancé des pro-Brexit, en comparaison de l'éducation et de la jeunesse des partisans du maintien dans l'UE. Ce clivage est-il pertinent?

Il est toujours réducteur de faire du manichéisme sur ce type de sujets. On a observé un déferlement de haine de la part de quelques penseurs notamment en France, à l'encontre du peuple britannique qui a voté pour le Brexit. Kenneth Rogoff, économiste américain (qui fut économiste en chef du FMI entre 2001 et 2003) a même été jusqu'à expliquer qu'une majorité de 52% n'était pas suffisante pour décider un matin de tout plaquer. Ce professeur d'économie et de science politique devrait pourtant se rappeler qu'au lendemain de Maastricht, ceux qui avaient milité pour le non se sont inclinés face au verdict des urnes. On voit donc bien que cette crise du modèle économique se double d'une crise du modèle politique.

Comment expliquer la manière très hostile dont ont été traités les vainqueurs du référendum?

Nous sommes passés à un autre stade, celui de la post-démocratie, celui du gouvernement des «sachant» par rapport à une plèbe inculte. C'est cela que disent les Minc et autres BHL. Il y a d'un côté ceux qui savent, et de l'autre les ignorants. Il faudrait donc laisser gouverner «ceux qui savent». C'est une approche que l'on pourrait qualifier de totalitaire. Ou, pour le moins, de non démocratique.

On sent qu'il existe un clivage, de plus en plus irréconciliable, entre des gens qui voudraient aller plus loin dans l'application d'un modèle qui ne marche plus et d'autres qui s'opposent à ce modèle… mais qui n'ont aucune envie d'assumer la responsabilité du pouvoir. Je pense évidemment à Boris Johnson, mais il n'est pas le seul. Il adopte aujourd'hui le même comportement qu'un Jean-Marie Le Pen hier, qui menaçait le «système» sans vouloir accepter d'endosser des responsabilités. Toute la difficulté aujourd'hui, c'est qu'il faut que les gens de bonne volonté, qu'ils soient européistes ou eurosceptiques, réfléchissent au modèle d'après. Celui-ci ne sera ni keynésien, ni néo-libéral à la Friedman. Ces deux systèmes économiques ont fait leur temps. Il est temps de réinventer un modèle qui soit propre au génie européen. Un modèle qui tienne compte des impératifs écologiques, énergétiques et de la révolution numérique. Un modèle que l'on ne nous impose pas.

Justement, existe-t-il un «génie européen» qui soit traductible en politique?

Il n'y aura pas d'Europe fédérale. On le sait depuis des années mais certains font semblant d'y croire encore. Le 30 juin 2009, la cour constitutionnelle de Karlsruhe avait rendu un arrêté stipulant que seuls les États nation étaient dépositaires de la légitimité démocratique. Si l'on croit encore à la démocratie, il faut donc réfléchir à une confédération d'États nations, une communauté disposant de nouvelles structures adaptées.

Les commissaires n'ont plus leur place, en vertu de quoi il faudra supprimer la Commission européenne. Le nombre de fonctionnaires européens, 36 000, peut être réduit. Ces derniers seront au service du conseil des chefs d'État et des ministres des 27 États membres. C'est là que devront se prendre les décisions puisque ce sont ces représentants des États nations qui sont légitimes. En parallèle, il faut revoir la composition du Parlement européen et revenir à un régime mixte: une partie des députés élus selon l'actuel mode des élections européennes et une autre partie désignée par les parlements nationaux. Ainsi il y aurait un meilleur ancrage des décisions prises au Parlement européen.

Personne n'est obligé de rester dans l'UE. Mais il faut proposer une Europe à la carte. Certains États pourraient décider des coopérations plus approfondies s'ils le souhaitent, sur de multiples sujets, notamment l'industrie. Airbus est au départ une coopération limitée à quatre États. Un projet industriel sur le traitement des données, le Big data, et une coopération renforcée sur l'énergie pourraient être menés à bien.

N'oublions pas que les Britanniques pourront aussi participer ponctuellement à des coopérations, notamment dans le domaine de la défense. Quid d'une politique de sécurité et de défense commune? Cela implique une prise de conscience des rapports de force dans le XXIe siècle, qui marque l'avènement d'un nouveau monde multipolaire et multiculturel. Il faut que l'Europe arrête de s'en remettre aux États-Unis pour sa défense.

Vous évoquez la possibilité d'une Europe de la Défense. Pourtant, dans l'état actuel des choses, l'article 42 du Traité de l'Union européenne subordonne la Politique européenne de sécurité et de défense à l'OTAN. Une politique de défense européenne indépendante est-elle envisageable et crédible?

La France a commis l'erreur de revenir dans le commandement intégré de l'OTAN et il est impératif de repenser les rapports de notre pays avec cette organisation militaire. Cela passera par l'augmentation des budgets de la défense - ce que demandent d'ailleurs les Etats-Unis, car cela les arrange de payer moins tant que ces États sont dans l'OTAN. Il faut instaurer une préférence communautaire pour les achats de matériels militaires, et ne plus systématiquement acheter américain. Je trouve à cet égard intéréssante , la proposition de Thierry Breton de créer un fonds d'investissement pour la Défense au sein de la zone euro. Il serait. alimenté par des emprunts de très longue durée et servirait à financer une part des systémes de défense communautarisés ( gardes-frontières, lutte contre le terrorisme etc.. ) et l'acquisition de matériels européens. Chaque Etat gardant bien sur la souveraineté sur la majeure partie de son budget de défense. Et pour la France bien sur la souveraineté sur sa force de frappe. La France doit en tout cas montrer l'exemple et augmenter régulièrement son budget de la Défense, en passant d'un peu plus de 1,5 % à 2,5% du PIB. Des coopérations renforcées par zones sont à organiser. Tous les États de l'UE n'ont pas les mêmes intérêts. Par exemple, les intérêts de la France se situent d'abord dans le bassin méditerranéen, au niveau de l'Italie, de la péninsule ibérique et de la Grèce, et de l'Afrique du Nord. Les priorités géostratégiques des pays baltes et de la Pologne se trouvent au niveau de la frontière russe. Or, notre intérêt n'est pas de se laisser entraîner dans une guerre froide, voire chaude, contre la Russie qui, fait partie de l'Europe.

Quel impact aura le Brexit sur les négociations autour du traité transatlantique?

Pour les Américains, le Brexit est une mauvaise affaire. Les Anglais étaient des partenaires de poids pour le traité de libre-échange transatlantique. Ils perdent un allié dans ces négociations. Aux États-Unis, Donald Trump militait contre ces accords, et Hillary Clinton, après les avoir préparés du temps où elle était secrétaire d'État de Barack Obama, y est à présent défavorable. En réalité, ces accords font le jeu des multinationales, essentiellement américaines, à ne pas confondre avec le peuple américain. Comment réguler les multinationales, voilà l'enjeu actuel. Je vois avec plaisir que la classe politique française a enfin pris conscience qu'en l'état actuel des négociations et des rapports de force, cet accord serait un marché de dupes pour les Européens et encore plus pour les Français.

Plusieurs candidats à la primaire de la droite (Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire) ont formulé des propositions de référendum sur un nouveau traité européen. Un référendum dont la question porterait sur l'appartenance de la France à l'UE permettrait-il de clarifier le rapport que les Français entretiennent à une construction européenne qui semble en panne depuis le non massif au référendum de 2005?

La France, contrairement au Royaume-Uni, est un pilier de l'UE. L'idée européenne est au départ américaine. Jean Monnet, l'un des pères fondateurs de la construction européenne, était un banquier davantage américain que français. La construction d'une Europe unifiée a été pensée dans le but de faire un marché unifié qui pèse face à l'URSS. Après la chute de l'Union soviétique, on a assisté à une montée en puissance du modèle néo-libéral, le marché s'est ouvert à tous les vents et l'UE est devenue une filiale des Etats-Unis. Si vous faites un référendum aujourd'hui, dans la plupart des pays, le non ou plutôt la sortie, aurait de grandes chances de l'emporter. Or, les peuples européens, et certainement les Français, ne sont pas contre le principe d'une Union. Ils sont contre la manière dont on a bâti cette union depuis un quart de siècle. Ce qui n'est pas la même chose. Ils ne sont pas contre la libre circulation des marchandises et même des personnes. Mais ils ne veulent pas une course au moins-disant fiscal et social. Ils veulent à la fois plus de liberté et ne plus être soumis à des bureaucraties tatillonnes et incompréhensibles et en même temps ils souhaitent être protégés. Contre les aléas de la vie, et c'est la responsabilité des systèmes de protection sociale, et contre les agressions d'où qu'elles viennent. C'est parce qu'elles ne répondaient pas à cette double exigence que l'UE et les institutions européennes ont failli et que les peuples, à commencer par les Britanniques, votent contre elles.

Quels sont les écueils qui menacent l'UE?

Le danger serait que nous basculions dans ce modèle californien que l'on voit poindre, ce capitalisme numérique, prolongement en quelque sorte de ce capitalisme financier qui a fait les dégâts que l'on connaît. Un modèle où l'hyper-individualisme est la règle. Où les États démocratiques laissent peu à peu le pouvoir à de nouvelles institutions, comme les multinationales, les innombrables organisations (FMI, banques centrales, comité de Bâle, banques centrales), les fondations des milliardaires, les ONG qui n'ont ni légitimité démocratique, ni comptes à rendre. Ce bouleversement technologique sans régulation, risque de nous conduire à une ubérisation du monde. Dans ce type de révolution technologique se mêlent le pire et le meilleur. À nous d'éviter que le pire ne prenne le dessus.

Cette révolution numérique, ce basculement dans l'iconomie, nous ne devons pas la subir, sinon nous verrons une montée encore plus grande des inégalités. Au risque de déboucher sur un monde où il y aura, d'un côté les hyper productifs et les sachant, et de l'autre une masse - qui ne sera même plus concurrencée par les migrants, mais par les robots. Une masse à qui on allouera une sorte de revenu minimum. De quoi survivre et consommer… un peu. Voilà le risque. Voilà pourquoi il faut absolument réinventer un modèle de croissance. Comment? En commençant par établir avec ces nouveaux pouvoirs, qui tendent à la monopolisation, de nouveaux rapports de force, de nouvelles relations, afin d'éviter que ne se généralise le dumping fiscal, social, environnemental. C'est là où l'Europe retrouve tout son sens. Encore faut-il que les représentants des peuples européens aient une claire vision des enjeux et soient relativement insensibles au lobbying de ces nouvelles puissances. La France ne peut pas négocier toute seule avec Google ou sur des thématiques comme l'évasion fiscale.

Est-il possible de réformer l'UE de l'intérieur?

Nous devons avoir une vision claire de ce qu'on veut pour l'Europe. Organisons un mouvement pour l'indépendance de l'Europe, selon nos valeurs, nos intérêts communs, stratégiques et commerciaux, sans s'aligner systématiquement sur les États-Unis. Ou plutôt sur les intérêts du big business. Je constate qu'aux États-Unis, la révolte des classes moyennes s'est concrétisée aux primaires par les votes pour Bernie Sanders et surtout Donald Trump. Là aussi, le message est clair: les classes moyennes veulent reprendre en mains leur destin. Elles ne sont pas contre l'économie de marché, bien au contraire, mais elles veulent à la fois des règles du jeu non faussées, une concurrence loyale et plus de protection.

Jean-Michel Quatrepoint, propos recueillis par Eléonore de Vulpillières (Figaro Vox, 8 juillet 2016)