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hystérie

  • Les deux visages du somnambulisme politique français...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Vincent Coussedière, cueilli sur Causeur et consacré à Nuit Debout et aux primaires, deux symptômes de la perte de sens du réel dont souffre la politique...

    Agrégé de philosophie et élu local, Vincent Coussedière est l'auteur d'un essai intitulé Le retour du peuple - An I (Cerf, 2016).

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    Les deux visages du somnambulisme politique français

    Tout oppose, en apparence, le phénomène de Nuit debout et celui de l’inflation des candidatures à la présidentielle de 2017. D’un côté se manifeste la revendication d’une politique sans candidat ni représentant attitrés, d’une démocratie directe refusant toute délégation de pouvoir. De l’autre s’exprime l’attachement aux institutions de la Vème République, l’idée que rien ne peut se faire sans accéder à la fonction suprême de président. On se regarde d’ailleurs des deux côtés avec méfiance et hostilité, chacun pensant mieux représenter l’essence de la politique que l’autre. Les partis et les candidats n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer le caractère utopique et uniquement contestataire de Nuit debout. Les partisans de Nuit debout n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer la confiscation du pouvoir par les puissants et la trahison de leurs engagements, affichant un mépris souverain pour l’échéance présidentielle.

    Une telle interprétation a pour elle le charme rassurant de donner une certaine réalité à une opposition permettant à chaque « camp » de se persuader de sa propre consistance, opposition qui serait celle de l’éthique de la conviction et de l’éthique de la responsabilité selon Max Weber. En réalité, l’hystérie présidentielle des primaires et l’hystérie participative de Nuit debout sont un seul et même phénomène, témoignant de l’effondrement d’une offre politique, incapable de se mettre au niveau de la demande des Français. On appelle « populisme » le résultat de l’inadéquation entre cette offre et cette demande…

    Depuis quatre ans, le bavardage est incessant

    La Nuit debout de la politique a commencé depuis longtemps, et c’est pourquoi le peuple est épuisé, et se détourne de celle-ci, parfois définitivement.  L’existence des Français ne se confond pas avec celle d’Homo festivus, ni même avec celle de ses variantes : Homo mediaticus, Homo politicus, Homo intellectus, qui, restant debout toute la nuit, se couche trop souvent le jour…  Les Français ont très peu de curiosité pour ces deux visages du somnambulisme politique que sont Nuit debout et la campagne pour la présidentielle de 2017, dont ils ont d’ailleurs le sentiment qu’elle a commencé depuis fin 2012. On aurait donc tort de croire que le bavardage, les assemblées générales permanentes, la circularité des débats, sont l’apanage de Nuit debout, et apportent quoi que ce soit de nouveau à la situation que vit le pays. Il y a longtemps qu’on ne cesse de parler de ce qu’il faudrait faire pour que le pays aille mieux. Mais depuis quatre ans, ce bavardage est devenu incessant. La France est entrée en campagne permanente. Elle ne cesse de débattre sur ce qu’il faudrait faire et qu’on ne fait pas. Elle vit sa Nuit debout presque 24 heures sur 24, par l’intermédiaire de l’agora médiatique et intellectuelle. Elle semble ainsi être devenue toute entière spectatrice et commentatrice d’elle-même. L’indifférence de plus en plus profonde que le peuple français éprouve face à une parole politique devenue autoréférentielle est un symptôme de saturation.

    Les candidats sont en effet sur la ligne de départ depuis l’élection même de François Hollande, comme si celle-ci n’avait pas eu lieu. Ils poursuivent une campagne présidentielle continuelle à l’intérieur de laquelle le mandat effectif disparaît. Ils ne profitent pas de leur passage dans l’opposition pour un retrait méditatif et salvateur. Ils ne s’opposent pas véritablement. Ils commentent. Et, au même titre que les journalistes et autres médiatiques, participent au débat, puis au débat sur le débat, et ainsi de suite… Pour échapper à l’impression de vanité que pourrait produire cette parole permanente, les candidats écrivent des programmes, puis des livres sur leurs programmes, puis réalisent des entretiens sur ces programmes… On a fini par croire qu’il fallait dire avec le plus de précision possible ce qu’il faudrait faire pour que ce soit fait. D’où l’inflation programmatique de nos candidats qui n’a rien à envier à l’inflation de paroles dont s’enivre Nuit debout. D’où l’hyper-volontarisme dont chacun veut faire preuve dans une surenchère permanente : ce qu’on veut faire on le fera dans les six mois, on le fera par ordonnance, etc. On poursuit le fantasme d’une politique qui serait la transmutation la plus directe possible de la parole en acte, en transformation de la réalité, par la médiation de la toute-puissance de la loi. Les technocrates eux-mêmes s’y mettent et pondent, grâce à une prétendue démocratie participative, un hyper-programme, sous l’orientation bienveillante de Jacques Attali, lequel voit d’un regard attendri le phénomène Nuit debout. Ne vient-il pas aussi d’organiser sa propre Nuit debout techno-participative ? Et que dire de l’organisation d’une primaire citoyenne, grâce à l’inimitable Alexandre Jardin, qui rencontre un engouement tel que le serveur Internet explose sous l’abondance des contributions ?

    Le réveil sera brutal

    Nous sommes entrés dans l’ère, non plus du langage performatif, mais de la politique performative, non plus dans la croyance que dire c’est faire, mais que faire c’est dire… Et chose remarquable, le président lui-même, comme son Premier ministre, sont entrés dans cette Nuit debout permanente. Ils se comportent comme des candidats qui continuent de dire ce qu’il faudrait faire alors qu’ils sont au pouvoir ! Ce n’est pas le président normal que François Hollande incarne mais le candidat permanent, devenu tellement incertain de son pouvoir que l’exercice de sa présidence apparaît comme un contretemps entre deux candidatures. Que c’est ennuyeux, quand même, le pouvoir : il ne suffit plus de dire ce qu’il faudrait faire mais le faire effectivement… Vive la prochaine candidature permettant de faire de nouvelles promesses ! Inversement, l’ancien président et sans doute futur candidat, Nicolas Sarkozy, se comporte comme s’il était toujours président, et son statut de candidat lui semble insupportable entre deux présidences ! Il occupe sa non-présidence actuelle en revenant sur sa présidence passée pour la justifier, et préparer sa présidence à venir ; comme Hollande ne cesse d’occuper sa présidence actuelle en revenant sur sa candidature passée pour la justifier, et préparer sa candidature à venir ! L’un se comporte comme candidat quand il est président et l’autre comme président quand il est candidat…

    C’est que nos politiques, candidats précaires de l’opposition ou installés au gouvernement, comme nos intellectuels, précaires de Nuit debout ou installés à l’université, partagent une situation commune : ils sont les spectateurs d’une réalité qui leur échappe parce qu’ils ne la produisent plus et qu’ils tentent de rejoindre par une forme de volontarisme désespéré. Autour d’eux, le peuple français, seul à même de donner une âme et de soutenir par son action un projet politique, s’est dérobé. Ne reste plus qu’une poignée de « militants » devenus « supporters » dans les écuries des « présidentiables », d’étudiants devenus somnambules de la place de la République, d’individus devenus Internautes participatifs à la primaire citoyenne d’Alexandre Jardin ou au techno-programme de Jacques Attali, d’intellectuels continuant à croire que l’Idée républicaine descendra bientôt du ciel pour nous tirer du marasme avec la venue du printemps.

    Non, décidément, nous ne sommes pas près de sortir d’un somnambulisme politique qui présage de nouveaux réveils brutaux. Les Français semblent l’avoir compris, qui se couchent la nuit pour tenter de tenir debout le jour !

    Vincent Coussedière (Causeur, 27 avril 2016)

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  • L'hystérie anti-russe

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Ivan Blot, cueilli sur le site de La voix de la Russie et consacré au comportement hystérique qu'a adopté la classe dirigeante américaine à l'encontre de la Russie...

     

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    L'hystérie anti-russe

    L’hystérie est une maladie mentale. Mais au sens large, elle désigne un comportement affectif excessif et irrationnel, rationnalisé après coup, souvent avec une justification morale, et reflétant en réalité un égo boursouflé par l’orgueil. Ce comportement peut être individuel mais aussi être partagé par un groupe humain solidaire, comme un gouvernement.

    L’observation clinique du comportement américain depuis la fin de la guerre froide conduit à ce diagnostic : une partie de l’élite américaine est atteinte d’un syndrome d’hystérie anti-russe inquiétant. En effet, cette hystérie est un danger pour la paix dans le monde, et représente aussi une dérive préoccupante pour les Etats-Unis eux-mêmes qui voit leur image se dégrader dans le monde, ce qui entraine un affaiblissement objectif de leur rôle mondial. Une analyse psychologique peut éclairer le phénomène et aider à le contenir.

    Nous pouvons utiliser les analyses exceptionnelles du grand auteur russe Dostoïevski. Celui-ci, dans les « Frères Karamazov », consacre sept chapitres aux « hystéries ». Il montre que celles-ci sont fréquentes dans l’espèce humaine et se rencontrent dans tous les milieux. Il décrit l’hystérie du Père Féraponte qui donne des leçons d’ascétisme et prétend converser avec le saint Esprit. Il conclut que ce moine est méchant et orgueilleux. Il étudie ensuite l’hystérie chez le père Karamazov, méchant et cupide. Puis, l’hystérie chez des petits enfants qui se battent à coups de pierre, tous contre un seul. Puis, il étudie des cas d’hystéries amoureuses où l’orgueil joue aussi un grand rôle, et enfin, l’hystérie d’un capitaine chassé de l’armée, humilié par sa pauvreté mais homme d’honneur.

    Si l’on recherche les quatre causes de l’hystérie selon le schéma d’Aristote, on constate que l’hystérie au sens large, qui est celle étudiée par le romancier, est un trait de caractère et non une maladie, est due à un débordement d’énergie. C’est la cause matérielle de l’hystérie. Les cerveaux reptiliens et mammifères (instinctif et affectif) ne sont plus sous le contrôle du cerveau rationnel.

    L’hystérie va conduire le sujet à s’appuyer sur des prétextes moralisateurs (cause formelle d’Aristote) qui justifient son agressivité contre son entourage, typique du père Féraponte. L’hystérique ne cesse de raisonner et se prétend rationnel pour justifier sa colère. En réalité, pour Dostoïevski, l’hystérie est liée à l’orgueil (cause motrice) qui vient d’une boursouflure de l’égo dans un milieu social qui a renié Dieu (cause finale d’Aristote). Les gens qui ont un égo démesuré sont portés à l’hystérie. Dans les cas les plus graves, l’hystérie peut devenir meurtrière. Elle devient alors criminelle comme l’hystérie antijuive d’Adolf Hitler.

    Si l’on analyse les déclarations des dirigeants occidentaux, notamment américains, ou de l’OTAN, comme celles de l’ancien secrétaire général Rasmussen, on est inquiet de constater qu’il s’agit bien souvent de réactions hystériques, dès qu’on aborde le sujet de la Russie. Celle-ci serait agressive, non démocratique, sous-développée, méritant des punitions sévères. Ces accusations ne cadrent nullement avec les faits, mais satisfont les pulsions agressives et égotiques de la volonté de puissance des acteurs.

    Ceux-ci affirmeront que la Russie serait agressive parce qu’elle augmente son budget militaire : que dire des Etats-Unis qui à eux seuls, représentent 40% du total des dépenses militaires de la planète et qui possèdent des bases sur tous les continents, pour soutenir les guerres diverses qu’elles ne cessent de lancer (l’Irak et l’Afghanistan étant des modèles à cet égard car elles n’ont rien de défensif) ?

    La Russie serait non démocratique mais l’Arabie Saoudite, alliée des Etats-Unis, qui est une dictature islamiste autoritaire n’a pas droit à ce qualificatif. Par ailleurs, le fait que 80% de la population soutienne le président Poutine, régulièrement élu, ne trouble pas nos censeurs. Mais l’Arabie est considérée comme une amie, et la Russie est désignée comme ennemie. Donc l’accusation de ne pas être une démocratie n’est pas opératoire pour l’Arabie saoudite !

    On accuse aussi la Russie d’avoir annexé la Crimée. Que le peuple de Crimée ait souhaité cette annexion, que son parlement, puis le peuple consulté par référendum l’ait approuvé, ne compte pour rien. Que la France ait annexé Mayotte, référendum à l’appui, et soit condamnée par l’ONU chaque année ne compte pas. C’est encore le double standard. La France ne concurrence pas les Etats-Unis, on ne la craint pas, donc on la laisse tranquille.

    La Russie serait sous-développée : ce serait un pays archaïque, hostile aux homosexuels, traditionnaliste, qui ne sait produire que du pétrole et du gaz. La Russie serait d’ailleurs en voie de disparition démographique. Il faut donc la punir pour la contraindre à se moderniser. Peu importe que la Russie soit la seule capable de transporter des hommes dans l’espace vers la station orbitale, peu importe que sa loi contre la propagande homosexuelle n’a pour but que de protéger les mineurs, peu importe que 75% de son PIB vienne d’autres activités que l’exploitation des hydrocarbures, peu importe que la démographie russe se soit redressée depuis trois ans, les faits n’ont aucun intérêt pour l’hystérique. Il est ivre d’idéologie. Il est difficile d’échanger des arguments rationnels avec un ivrogne. C’est ce que fait pourtant avec beaucoup de patience la diplomatie russe, qui ignore les provocations et essaye de faire prévaloir une approche rationnelle et sobre de la situation internationale, que ce soit en Ukraine, en Syrie, ou ailleurs.

    L’hystérique ne cesse pourtant de raisonner : car la raison, comme dit Dostoïevski, est aussi une « crapule » : il veut dire par là qu’elle est toujours appelée à la rescousse pour défendre de mauvais instincts. Le rôle de l’idéologie raisonnante est toujours de trouver de bonnes raisons pour défendre de mauvais instincts et de mauvais affects.

    Il faut enfin punir la Russie : cela résulte d’un comportement typiquement hystérique décrit par Dostoïevski chez de nombreux personnages, le père Féraponte ou les gamins déchainés contre un des leurs. Il faut diaboliser l’adversaire (le moine Féraponte accuse les autres moines d’être entourés de petits diables). Il faut le frapper pour se venger : c’est ce qui se passe à l’école dans les cours de récréation.

    Soit ! Direz-vous. C’est un comportement infantile mais l’adulte peut y échapper. Le psychologue Dostoïevski montre, hélas, que non. L’adulte a des sentiments et des instincts qu’il a du mal à contrôler, surtout s’il n’a plus l’aide de la religion. Beaucoup de dirigeants de l’Occident moderne sont animés par la haine du christianisme, et exigent au minimum sa marginalisation. Ils croient que la « raison » seule commande aux instincts et aux sentiments bien que l’histoire tragique de l’humanité a montré souvent l’inverse.

    Comment résister à un partenaire diplomatique hystérique ? Il faut de la patience car l’hystérie consomme beaucoup d’énergie et n’est donc pas éternelle. Il faut associer la raison aux valeurs traditionnelles qui permettent de rechercher le bien commun. Il faut garder confiance (la foi est une forme sacrée de la confiance, ce n’est pas un « savoir » au sens scientifique). Il faut garder l’espérance car l’histoire montre aussi que « le pire n’est jamais sûr ». Il faut enfin avoir de la charité, surtout ne pas juger l’autre du haut d’un tribunal créé pour les besoins de la cause, donc ne pas copier le comportement arrogant de la puissance dominante. Enfin, il faut se garder du mensonge le plus possible, du style de celui du ministre américain Colin Powell expliquant que l’Irak a des armes de destruction massive et qu’une guerre préventive est nécessaire contre ce pays.

    Au fonds, sans se faire d’illusions et sans « prendre les canards sauvages pour des enfants du bon Dieu », comme disait De Gaulle, il faut s’imposer une tenue morale exemplaire conforme aux valeurs de notre vieille civilisation chrétienne humaniste. C’est exactement ce que font avec talent le président de la Russie et son ministre des affaires étrangères.

    Il faut aussi faire confiance à plus long terme dans les peuples. Aux Etats-Unis, 50% du peuple se montre aujourd’hui hostile à l’aventurisme en matière de politique extérieure. L’hystérie règne dans des milieux élitistes, ivres de puissance depuis l’effondrement de l’URSS, en proie à ce que les Grecs appelaient l’hybris (l’excès). Or l’hybris se heurte à l’ordre du monde et se retourne toujours un jour contre ceux qui en sont la proie. On peut trop boire et devenir ivre. L’ivresse ne se limite pas à l’alcoolisme. On peut être ivre d’idéologie, en général par orgueil. Mais l’histoire montre que cette ivresse se calme d’elle-même ou qu’elle est vaincue par sa propre irrationalité.

    Les hommes qui poussent l’Occident à la russophobie ne « savent pas ce qu’ils font » et jouent avec le feu des forces de la mort. De Gaulle a dit : les puissances qui misent sur la pourriture périront car leur propre pourriture se retournera contre eux. Le propos est sévère mais réaliste.

    Prenons l’hystérie pour ce qu’elle est en lui opposant le droit et la sagesse. L’histoire montre que c’est le meilleur pari. Le malheur en Occident est le déclin de la culture historique chez certains dirigeants. Celui qui ignore l’histoire répétera les fautes du passé. Ainsi, Hitler voulu copier Napoléon. En s’attaquant à la Russie, il a signé son propre arrêt de mort. L’intérêt du monde est d’accorder l’Europe et la Russie. L’Amérique a peur d’un tel accord mais il est inéluctable. La peur mène à l’hystérie. La connaissance de l’histoire conduit au retour à la sagesse ! Sophocle le tragique a écrit que l’homme apprend par la souffrance : essayons cette fois de lui donner tort !

    Ivan Blot (La voix de la Russie, 21 décembre 2014)

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  • Rideaux de fumée ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Slobodan Despot, cueilli sur son blog Despotica et consacré aux campagnes hystériques contre le tabagisme... Slobodan Despot est le directeur des éditions Xénia, qui ont, notamment, publié les derniers ouvrages d'Eric Werner.

     

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    Rideaux de fumée

    De toute ma vie, je n’ai jamais grillé une seule cigarette. Il m’est répugnant de voir ou de toucher un mégot. A ma connaissance, seul l’ayatollah Khomeiny manifestait une horreur du tabac comparable à la mienne.

    Adolescent, j’ai vu mes camarades se mettre à fumer pour la pire des raisons : le conformisme social. Le tabac n’est qu’une fumigation nauséabonde à laquelle on cède sans plaisir, pour faire comme les autres. Les mille additifs/addictifs concoctés par l’industrie se chargent ensuite de transformer les jeunes moutons en vaches à traire.

    Ceci pour attester que ce qui suit n’est pas sponsorisé par ladite industrie.

    Jusqu’à l’âge de trente ans, j’ai dû endurer la fumée sans piper mot. Cette peine est désormais remplacée par une autre : devoir supporter un conformisme contraire encore plus arrogant.

    Sachez donc, tabagistes traqués, que ma maison vous est ouverte. Personne n’y sera relégué sur le balcon. Les brassards jaunes et les crécelles pour lépreux, très peu pour moi !

    La traque à la fumée est symptôme d’une préoccupante folie. Toutes les dérives totalitaires, sans exception, partent d’un souci d’hygiène et de pureté morale, et prospèrent sur des hallucinations.

    Dans le beau film sur « Le mystère Silkwood » (1983), traitant des crimes de la mafia nucléaire, un Kurt Russell goguenard dit à Meryl Streep, dénonciatrice des empoisonneurs mais qui aligne clope sur clope : « Si tu veux éviter le cancer, arrête plutôt de fumer ». Il y a trente ans déjà, la nocivité du tabac était un lieu commun, mais qu’on traitait sur le mode nonchalant. Sa récente montée en épingle n’est pas une question de santé, mais d’idéologie.

    Tout est affaire de probabilités, ou plutôt de leur interprétation. La généralisation du tabagisme correspond aussi, en Occident, à l’explosion de l’espérance de vie moyenne : en conclura-t-on que le tabac prolonge la vie ? Par ailleurs, même une probabilité de 99,99 % ne vous garantit pas qu’une chose va arriver. Or le principe de précaution, qui transforme notre société en un hospice infantile, traite un risque comme une certitude dès le plus infime degré de probabilité. On en arrive ainsi, par un remarquable obscurcissement mental, à traiter le tabac comme du plutonium. La moindre inhalation serait potentiellement mortelle !

    Le cordon sanitaire tendu autour de ce vice bénin est lui-même un rideau de fumée. Si le tabac était du plutonium, il faudrait l’interdire. Or on en est loin. On l’utilise comme arme pour culpabiliser et conditionner la population. La focalisation sur des enjeux secondaires tels que le tabac ou le terrorisme permet de rogner les libertés sans opposition et sans risque. Pendant ce temps, la dissémination massive d’uranium appauvri, les incidences suspectes de l’électrosmog ou de certains vaccins sur le métabolisme sont totalement ignorés.

    Une consolation toutefois : nous assistons à une prolifération rapide des cancers — sans cause apparente selon les autorités. Lorsqu’ils toucheront plus de la moitié de la population, au moins saurons-nous que ce n’est pas à cause du tabac !

    Slobodan Despot ( Despotica, 22 septembre 2012)

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