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11/01/2016

Déchéance, confusion politique, clarification idéologique...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son site Huyghe.fr et consacré au débat sur la déchéance de la nationalité et à ses conséquences idéologiques... Spécialiste de la guerre de l'information, François-Bernard Huyghe est l'auteur de nombreux essais et a publié dernièrement Think tanks : Qand les idées changent vraiment le monde (Vuibert, 2013).

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Déchéance, confusion politique, clarification idéologique

L'interminable affaire de la déchéance de nationalité provoque une confusion politique qui dissimule une paradoxale clarification idéologique.

La confusion politique s'est développée à partir d'une manœuvre présidentielle, habile au départ. Pour un Hollande commémorant et incarnant à tout va, tout ce qui évoque fermeté et unité nationale est bon à prendre. Et s'il peut d'un même mouvement se présenter comme au-dessus des partis, envoyer un signal fort à l'électorat de droite dans la perspective de 2017 et susciter la confusion chez les Républicains, obligés de voter une mesure qu'ils ont réclamée, pourquoi s'en priver ? Une occasion de rassurer neuf Français sur dix ne se refuse pas.
Puis l'affaire est partie dans tous les sens dès que la gauche morale se soit opposée à la gauche pragmatique autour du syndrome de la stigmatisation (le fameux risque de faire "deux catégories de Français").
Du coup, au lieu d'un consensus pour exclure de la Nation ceux qui combattent la République les armes à la main, la classe politique se divise en :
- partisans de ne rien changer
- partisans d'une indignité qui priverait les terroristes de leurs droits civiques (au cas où l'un d'entre eux désirerait se présenter à la présidence de la République ou s'engager dans l'armée une fois purgée sa peine) mais ce qui ne permettrait pas de les expulser
- partisans d'une déchéance applicable un binationaux nés Français, dont on peut penser qu'à la sortie de prison ils seraient renvoyés dans leur autre pays. Encore faudrait-il que celui-ci n'ait pas eu la bonne idée de les déchoir de l'autre nationalité entretemps, ou qu'il ne leur réserve pas des châtiments tellement effroyables que nous serons obligés de les garder...
- partisans d'un déchéance applicable à tous les Français à titre de peine emblématique, quitte à faire des apatrides et à jouer des trous du droit international (nous n'avons pas exactement ratifié la convention de l'ONU, etc.). Là encore, l'affaire reste hypothétique et on imagine mal ce que l'on ferait d'un apatride, ex Français, ayant purgé une longue peine. Le remettre à l'UNHCR ? Mais au moins la valeur d'anathème de la mesure serait manifeste.
- partisans de toute exigence supplémentaire conditionnant l'acception du projet gouvernemental et qui donnerait un prétexte pour ne pas le voter sans perdre la face (stratégie Sarkozy si nous avons bien compris)
- partisans de n'importe quelle autre option qui permettrait de compliquer encore le pataquès qui précède.

Ce débat ne touche que la classe politique, les médias et les élites en général, le bon peuple étant, lui, partisan de la déchéance sans chichis et méprisant les états d'âme des prescripteurs d'opinion en cette affaire comme en beaucoup d'autres.

Sur le plan idéologique, en revanche, la chose se simplifie. Elle reflète deux conceptions de la Nation et de la souveraineté.
On connaît les arguments des opposants : le soutien objectif apporté aux thèses d'extrême droite et le scandale de distinguer "deux catégories de Français" (comme si la séparation entre mono et bi nationaux ne constituait pas déjà cette différence).
Le premier reproche s'est un peu usé par répétition. Mais ici Hollande commet le péché dont fut si souvent accusé son prédécesseur : libérer la parole, prononcer les mots interdits, stimuler les mauvaises peurs....
Mais c'est surtout le second reproche qui peut faire des ravages. La proposition du gouvernement viole en effet plusieurs tabous : le droit du sol présenté comme consubstantiellement républicain (ce qui historiquement douteux), le principe d'égalité poussé à l'extrême et l'obsession de ne rien faire qui soit discriminant (ici, la peur d'envoyer un "mauvais signal" à nos compatriotes musulmans).

Pour le dire autrement, il y a trois totems menacés :
- les "valeurs" dont l'évocation rituelle est sensée servir de pierre de touche (ce qu'elles font d'autant plus facilement que personne ne se prononce ouvertement contre la liberté, l'égalité ou la fraternité) ;
- le refus des appartenances héritées : tout ce qui peut faire un lien entre nationalité et transmission est réputé réactionnaire par une pensée qui ne connaît que des individualités ;
- le culte de l'Autre, qui semble réduire le malheur du monde par un facteur unique : le repli sur soi, le déni de la différence.
Tout cela se résume en une peur d'offenser (offense au droit naturel, offense passée faite à l'étranger ex colonisé, offense future infligée au citoyen "de seconde zone" binational et qui nourrirait son ressentiment). Comme si le dernier marqueur d'une gauche fantasmique était de présenter perpétuellement des excuses et de "respecter" toujours mieux les sensibilités de communautés. Ou comme si le combat pour l'égalité sociale se transformait en compétition de bienveillance. On peut penser ce que l'on veut de cette attitude - et le lecteur a compris que nous sommes plutôt d'une école pour qui la Nation accueille, protège et sanctionne, a des frontières, ennemis et des amis, etc. -, mais là n'est pas la question. Il y a quelque chose de pathétique dans la transformation d'une exigence historique de justice, sensée être de gauche, en une exhibition de supériorité morale, totalement coupée des préoccupations populaires. Et sans doute quelque chose d'inquiétant pour le fonctionnement de notre système politique.

François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 8 janvier 2017)

21/04/2014

Gauche : comment l'immigré a remplacé le prolétaire...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Robert Redeker, cueilli sur le site du Figaro et consacré à la mutation majeure de l'imaginaire de la gauche...

 

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Comment l'immigré a remplacé le prolétaire aux yeux de la gauche

Le vocabulaire de la gauche a profité des trois dernières décennies pour évincer les termes de prolétariat et de prolétaire. Exhumés des souvenirs de la Rome antique, ces mots s'étaient imposés, malgré le dégoût qu'ils suscitaient, dans la langue politique au XIXème siècle. Lamartine, pour qui prolétaire reste un terme «immonde, injurieux, païen» résista à ces dénominations. Aujourd'hui, aucun candidat représentant la gauche à une élection au suffrage universel n'oserait les prononcer. A la fin des années 90, Robert Hue, puis Marie-Georges Buffet, pourtant dirigeants du Parti communiste français, pâles porte-paroles d'un parti en déliquescence, parlaient des «gens» au lieu des «prolétaires». Que s'est-il passé pour que ces mots à haute intensité politique, qui furent un temps des maîtres mots, des mots vaisseaux amiraux de la gauche, sombrent dans la caducité?

La conscience de classe qui soudait le monde ouvrier s'est évaporée. Elle était conscience que l'avenir sommeillait en réserve dans une partie des peuples laborieux. Il existait déjà, cet avenir, il était là, tout prêt à éclore, au milieu des souffrances et des luttes. Embryon, il se développait dans le ventre du monde ouvrier, préformé, il n'avait qu'à sortir, qu'à devenir le monde. Un grand soir ou un petit matin, il naîtrait. Tel était le songe de l'espérantisme ouvrier! La conscience de classe est, par analogie avec le préformationnisme anatomique, un préformationnisme historique. Mais à la fin, l'accouchement n'est pas venu, le monde nouveau est mort dans le ventre de sa mère, la classe ouvrière, si bien qu'au XXIème prolétaire est un mot qui ne dit plus rien aux prolétaires eux-mêmes.

La première explication à cette fin du prolétariat tient dans l'épuisement de la croyance en un sens de l'histoire. Est défunte la foi selon laquelle l'histoire s'orienterait dans le temps avec une boussole, qui lui indiquerait son nord et son orient. Elle restait présente jusque dans les pires moments: les révolutions et les guerres. Les fondements philosophiques et scientifiques de la croyance au progrès sont tombés en ruine. L'évolution de l'épistémologie, de l'ethnologie des sciences humaines, et la réflexion spécifiquement philosophique elle-même, ont précipité cette décadence dont Nietzsche le premier, en médecin de la civilisation, avait proposé un pronostic lucide. La découverte de la réalité du stalinisme et l'écroulement du système du communisme historique, ont mis fin à l'opinion selon laquelle le socialisme pourrait remplacer le capitalisme en constituant un progrès par rapport à lui.

Les mots prolétaire et prolétariat en sont venus à passer de vie à trépas aussi pour une autre raison: les prolétaires - comprenons: les prolétaires autochtones, européens - n'étaient pas au rendez-vous. Dans les années 70 une formule devenue cliché méprisant s'est répandue chez les intellectuels de gauche: «le peuple manque». Il n'est jamais au rendez-vous que la théorie a fixé pour lui. En mai 68, puis dans les années 70, les prolétaires, ces ingrats, ont manqué. On - c'est-à-dire les battus de mai - a commencé dès lors à le haïr, le peuple! On a commencé dès lors à le désaimer, le prolétaire. De héros, d'idole, de substitut du Christ pour assurer le salut de l'homme dans l'histoire, il devint le Beauf, il devint Dupont-Lajoie, il devint le sujet méprisé du populisme. La formule des bourgeois apeurés par les partageux d'autrefois était reprise, implicitement, par ceux qui allaient donner naissance au nouvel antiracisme: «salauds de pauvres!» Salauds de prolétaires au gros rouge qui tache! Salauds de souchiens pue-la-sueur! Ils n'ont pas voulu de la révolution, ces Dupont-Ducon! Eh bien nous nous tournerons vers d'autres! Pourquoi ne pas le remplacer, cet ingrat prolétaire autochtone, par de nouveaux levains de l'histoire? Pourquoi pas par le travailleur immigré? Par le sans-papier? Par le jeune de banlieue? Pourquoi pas par le Rom? L'échec de mai 68 a causé la péjoration du peuple.

Ainsi, l'immigré devint le mime raté du prolétaire. Il en est perçu aussi comme la punition: la promotion de l'immigré est la punition infligée au prolétaire pour avoir manqué à son devoir historique!

Pour assurer le salut de l'humanité, il y eut, chez Saint-Simon, les savants et les industriels ; les travailleurs et les femmes, chez Auguste Comte ; les prolétaires, chez Marx ; les étudiants, chez Marcuse. Nous rencontrons dans la gauche actuelle les immigrés comme étant la nouvelle figure du groupe chargé d'opérer le basculement de l'histoire. Auprès de ce fantôme de la gauche qu'est la gauche morale et sociétale contemporaine, l'immigré, le sans-papiers, le Rom, endossent le double rôle d'ersatz et de Père Fouettard du prolétaire.

Robert Redeker (Le Figaro, 18 avril 2014)

14/03/2014

De la gauche morale au cynisme d'Etat...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Maffesoli, cueilli sur Le Figaro et consacrés aux mensonges de madame Taubira... Michel Maffesoli vient de publier avec Hélène Strohl, aux éditions du moment, un essai intitulé Les nouveaux bien-pensants.

 

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De la gauche morale au cynisme d'Etat

Force est de reconnaître que le politique n'a pas grand chose à voir avec la morale. Nombreux sont les bons esprits, je pense en particulier au sociologue Julien Freund (L'essence du politique) qui ont rappelé qu'un bonne dose de machiavélisme se trouvait, toujours, au fondement de la pensée et de l'action publiques.

Mais de là à ériger celui-ci en système, il y a un pas qu'il est fort dangereux de franchir! Et pourtant le pouvoir actuel l'a, à de multiples occasions, franchi, en érigeant quasiment en dogme, le «mentir vrai» que l'on croyait être l'apanage du poète. Les dernières palinodies d'une ministre en charge de la Justice soulignent, que la mesure est comble.

En tout cas, elles montrent que les affirmations, répétées ad nauseam, de «l'exemplarité» apparaissent comme autant de ces antiphrases, dont parle Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes, appelant le ministère de la Guerre, «Ministère de l'amour». Un tel cynisme rend évident une vérité fort simple: la gauche morale (ou prétendue telle) a fait son temps.

Cela pourrait n'être que de peu d'intérêt. Car les esprits avertis et le bon sens populaire en avaient conscience. Mais cela n'est pas sans conséquences: c'est quand il y a confusion des mots que les choses et les sentiments tendent à s'obscurcir. Les implosions du type «cause toujours, tu m'intéresses», ou les explosions: «dies irae, dies illa», et les divers «ras le bol» en sont les expressions les plus fréquentes. Les menteries de madame Taubira sont le fourier de l'abstention populaire ; qu'il faut ici comprendre en son sens large, celui du mépris vis-à-vis du pouvoir et des diverses institutions qui le représentent.

On le voit, la chose est loin d'être anodine. Mais si l'on en fait une rapide généalogie, il faut rappeler qu'un tel état de fait repose sur l'utilisation, sans vergogne, d'un état de droit. Celui d'user, sans précaution aucune, de ce que Max Weber nommait «la logique du devoir être». C'est-à-dire de penser et d'agir, d'une manière péremptoire, dogmatique, idéologique, en fonction d'une conception pré-établie de ce que doit être l'individu, la société et le monde en général. Logique qui est, en est-on suffisamment conscient? le propre du discours socialisant du XIXème siècle, et dont la gauche au pouvoir est la seule, et quelque peu désuète héritière.

D'où la rhétorique des bons sentiments, les homélies sirupeuses, dont le ministre en charge de la justice, tout comme d'ailleurs le matamore siégeant place Beauvau, ainsi que la porte-parole du gouvernement en charge du droit des femmes, se sont faits les spécialistes. Ils nous abreuvent d'injonctions et de pseudo-pensées d'édification, n'étant que les faux-nez de leurs menteries dont l'évidence, maintenant, crève les yeux.

Ce gouvernement mène ainsi de front une politique de normalisation- moralisation de certains comportements dits discriminés (les homosexuels monogames) et de stigmatisation-pénalisation d'autres comportements, tout autant discriminés d'ailleurs (les relations sexuelles tarifés). Au nom du devoir être et de la morale bien sûr.

Dès lors, les gesticulations, dérobades, vérités successives de la place Vendôme appartiennent à ce que Nietzsche nommait une «sécrétion de moraline», et font apparaître l'aspect peu ragoûtant d'un ministère dont l'essence serait d'être, justement, au-dessus de tout soupçon.

Le bon sens populaire ne supporte pas qu'on mente «comme un arracheur de dents». L'on en voit rapidement les effets. En particulier le fait, que par un processus de saturation, le moralisme au pouvoir, celui de l'exemplarité de la gauche morale s'inverse en son contraire, et soit reconnu pour ce qu'il est, un cynisme plus ou moins pataud, mais non moins aveuglant.

En effet, les dénégations successives de madame Taubira assorties d'affirmations de sa haute tenue morale, ne sont pas sans rappeler le fameux argument du chaudron dont parle Freud: «je t'ai rendu le chaudron, d'ailleurs il était troué, et surtout je ne te l'ai jamais emprunté»! On peut appliquer un tel «raisonnement» aux diverses et contradictoires péripéties de la communication ministérielle.

Ce qui est heureux, car à toute chose malheur est bon, c'est que de telles divulgations verbales incitent à la lucidité. Elles suscitent cette belle innocence de l'enfance que rappelle Andersen en son conte judicieux et décapant, «Les habits neufs de l'empereur», dans lequel, à l'opposé de l'obséquieuse et hypocrite courtisanerie des puissants, «l”enfant éternel», qui sommeille dans la sagesse populaire, rappelle à bon escient que «le Roi est nu».

Michel Maffesoli (Le Figaro, 13 mars 2014)

20/10/2013

Les snipers de la semaine... (70)

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Au sommaire cette semaine :

- sur RTL, Eric Zemmour flingue le PS et sa dérive clientéliste...

La mauvaise bouillabaisse des primaires

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- sur Atlantico, Laurent Pinsolle fait feu sur la gauche lacrymale qui pleure sur les expulsions de clandestins...

Léonarda ou la gauche qui se préoccupe plus des immigrés illégaux que des classes populaires


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Leonarda ou la gauche qui se préoccupe plus des immigrés illégaux que des classes populaires
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Leonarda ou la gauche qui se préoccupe plus des immigrés illégaux que des classes populaires
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Leonarda ou la gauche qui se préoccupe plus des immigrés illégaux que des classes populaires
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- sur France 2, Fabrice Lucchini, lui aussi, mouche la gauche morale...

« J'adorerai être de gauche »

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30/08/2012

Allez voir mes voisins !...

Nous reproduisons ci-dessous un excellent petit texte de Jean Romain, cueilli sur le site suisse Les Observateurs. C'est bien envoyé...

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Allez voir mes voisins

Allez voir mes voisins, ce sont des gens de gauche, leur importance sociale est considérable, et je les aime tant!

A deux pas de chez moi, vivent des gens formidables! Ce sont mes voisins, je les aime bien d’autant qu’on leur donnerait le Bon Dieu sans confession: ils sont toujours du côté du plus faible, défendent la veuve et l’orphelin, militent pour que l’Etat ne soit pas trop pingre avec les défavorisés, votent à gauche parce qu’ils ressentent réellement la misère du monde, pleurent beaucoup lorsqu’ils apprennent qu’une injustice a lieu dans le monde. Régulièrement, ils montent à l’assaut pour soutenir des causes difficiles et justes ; tiers-mondistes dans l’âme et dans le cœur, ils s’indignent qu’on puisse pester contre les indignés et votent en faveur de la suppression des notes à l’école parce qu’ils ont un sens aigu de l’égalité des chances.

Allez voir mes voisins! Ils sont « tolérants », « positifs », exhortent au « respect des autres », s’engagent en faveur des peuples opprimés de l’autre côté de la terre, et ne se résignent que péniblement à vivre dans une société qui a fait de la fracture sociale sa règle principale. Ils ne comprennent pas qu’on puisse interdire dans nos rues l’industrie de la mendicité parce qu’il y a tant de misère dans ce monde individualiste à l’extrême. D’ailleurs, ils se promènent en bermudas et en tongs, en signe de solidarité indéfectible avec la simplicité de vivre ; sur leur T-shirt est imprimée une feuille de cannabis ou la tête du Ché avec, au sommet du béret, une étoile décolorée par les lavages. Ils ne plaisantent pas avec la Révolution. Allez voir mes voisins, ils n’admettent plus qu’on ruse avec les valeurs humaines!

Il est aisé de les trouver, ils habitent juste là, dans la villa en face de chez moi, celle avec la piscine. Ils ont intrigué pour que leurs enfants suivent les meilleures filières et obtiennent des postes intéressants ; ils roulent dans une voiture de marque et possèdent un vélo léger à trois plateaux ; ils passent leurs vacances à la montagne ou à la mer selon la saison, ont un chien qui agite la queue quand on le regarde mais aboie lorsque vous vous approchez de la barrière. Ils protègent la planète grâce aux factures électroniques pour leur Golden Card. Allez voir mes voisins, ils gagnent bien leur vie et vous expliqueront comment faire pour soustraire au fisc une partie de leurs revenus, pour obtenir de la commune qu’elle dégage leur chemin privé, pour que les terres agricoles qui bordent leur propriété ne soient pas utilisées bruyamment. Ils organisent de petites réceptions sans chichi, savent se placer, user de la compétence des autres pour en tirer profit. Le monde est si difficile, et les pauvres tellement livrés à eux-mêmes!

Allez voir mes voisins, ce sont des gens de gauche, leur importance sociale est considérable, et je les aime tant !

Jean Romain (Les Observateurs, 28 juin 2012)

25/08/2012

La gauche à l'épreuve...

Les éditions Perrin ont récemment publié, dans leur collection de poche Tempus, La gauche à l'épreuve 1968 - 2011, un essai vigoureusement critique de Jean-Pierre Le Goff consacré à la faillite de la pensée de gauche. A lire pour comprendre l'échec annoncé de François Hollande...

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" « Ce livre traite des évolutions de la gauche française et des bouleversements sociaux et culturels qu’a connus la société depuis plus d’un quart de siècle. Il ne prétend pas à l’expertise et encore moins à l’audit, mais aborde frontalement des changements problématiques trop longtemps sous-estimés ou déniés ». Dans la première partie : « La gauche n’est plus ce qu’elle était », Jean-Pierre Le Goff passe au crible la décomposition de l’ancienne doctrine de la gauche et ses substituts. Gauchisme recomposé, référence à un mouvement social hétéroclite, néo-management, écologisme, gauche morale et dénonciatrice, modernisme culturel et branché… se sont affirmés, dans le même temps où des socialistes français tentaient d’opérer une difficile réconciliation avec le libéralisme. Trente ans après sa victoire de 1981, la gauche n’est pas parvenue à reconstruire un nouveau cadre cohérent de pensée et d’action.
Dans la seconde partie, l’auteur s’attache à montrer que cette décomposition s’inscrit dans des évolutions de la société française qui ont mis à mal les anciennes figures de l’engagement politique. De la « civilisation des loisirs » à « mai 68 », de la fin des Trente Glorieuses aux années 2000, c’est une nouvelle figure de l’individu qui a fini par s’affirmer pour qui le rejet des embrigadements passés s’est accompagné d’une morale des bons sentiments et d’un narcissisme prononcé. Les bouleversements opérés dans la famille et l’éducation alliés au chômage de masse ont produit des effets de déstructuration et de désaffiliation, entraînant un « nouveau fossé des générations », à bien des égards plus problématique que celui des années 1960. La combinaison d’une crise économique, sociale et d’un nouvel « état des moeurs » met en question « l’estime de soi » sur le plan individuel et collectif, entraînant une spirale dépressive. L’exigence d’une nouvelle reconstruction, sociale, politique et culturelle est d’autant plus présente que nous sommes arrivés à une phase d’épuisement des idéologies passées et de la révolution culturelle post-soixante-huitarde."