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11/03/2018

La revue de presse d'un esprit libre... (41)

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La revue de presse de Pierre Bérard

Au sommaire :

Entretien d’Alain de Benoist avec Nicolas Gauthier (Bvd Voltaire) sur les psychotropes. Montrant que la loi française actuelle sur les stupéfiants est inapplicable il revient sur sa transformation prévue par le gouvernement qui entend faire évoluer la répression de l’usage du cannabis qui sera à l’avenir justiciable d’une simple amende :

 
Alain de Benoist ruine en quelques phrases le dogme qui voudrait que l’avortement soit la cause essentielle de la baisse de la natalité en Europe : 
 
 
Alain de Benoist : « Je suis pour l’autonomie de la Corse, pas pour son indépendance ! » Courte réflexion sur la France jacobine et ses régions :
 
 
L’Institut Iliade en plus de son colloque annuel (le prochain se déroule à Paris le 7 avril) se consacre essentiellement à la formation de jeunes esprits. Il s’agit de faire émerger une nouvelle génération d’acteurs susceptibles d’épauler le réveil des peuples européens actuellement en dormition, afin de combattre le risque de « grand effacement » de notre civilisation commune et de renouer avec le fil d’Ariane de notre identité collective. Ci-jointe la vidéo (première référence) présentant les stages de formation qu'elle organise et qui visent à doter ses stagiaires d’une conscience bien affutée tant sur le plan intellectuel, qu’éthique et esthétique. La deuxième référence explicite les propos de la vidéo sur la manière dont l’Iliade conçoit la « tenue »  :
 
 
 
Lors de sa dernière émission Hebdo Politique Elise Blaise recevait Paul-François Paoli sur Tv-Libertés. L’auteur de l’excellent livre L’imposture du vivre-ensemble de A à Z paru chez L’Artilleur y devise avec justesse de l’affaire de la future Jeanne d’Arc qui pose la question des relations entre le particulier et l’universel, hors du rabâchage idéologique coutumier. Est abordée ensuite la question Mennel Ibtissem, la chanteuse enturbannée de The Voice. Pour Paoli,  afin qu’il y ait un vivre-ensemble encore faut-il qu’il y ait un monde commun, d’où la question : que partageons-nous avec Ibtissem ? Sont évoqués par la suite les sujets brûlant du sentiment de culpabilité éprouvé en Europe occidentale et de la lâcheté insigne des élites qui se coulent trop aisément dans un tel masochisme, la nécessité d'un récit national à condition qu’il ne soit pas figé, la perspective d’un affrontement avec ceux qui se refuseront à toute refondation identitaire de notre être ensemble, la détresse d’un État victime de la religion humanitaire et victimaire qui ne veut pas faire respecter ses propres lois et bat en retraite quand se présente l’éventualité d’une quelconque violence, si bien que l'on peut se demander à bon droit quelle est désormais sa légitimité ? Tout cela est, selon Paoli,
symptomatique d’un déclin anthropologique du monde occidental. Voici un écrivain sans langue de bois et nullement inhibé  :
 
 
Françoise Bonardel, professeur de philosophie émérite à la Sorbonne recommande vivement la lecture de L’imposture du vivre-ensemble de A à Z de Paul-François Paoli. Dans sa critique, parue sur Le Figaro Vox elle fait chorus avec les thèses du livre. Qu’on en juge par cet extrait : « Qu’on les nomme poncifs, stéréotypes ou clichés, les nouveaux lieux communs relatifs au « vivre ensemble » relèvent bien de l’imposture en ce qu’ils tentent de faire passer une fiction pour la réalité qu’ils contribuent à dissimuler. Que des formes de coexistence pacifique et d’entente cordiale soient bel et bien possibles entre les membres des différentes communautés installées sur la territoire français, ne règle pas davantage le problème de fond lié à l’immigration de masse que de penser que les relations d’amitié entre certaines familles juives et arabe-musulmanes vont mettre fin au conflit israélo-palestinien. Quand des migrants s’entre-tuent à Calais ou ailleurs, que des communautés ne cachent plus leur hostilité réciproque et règlent leurs comptes selon leurs coutumes ancestrales, que devient la « vivre-ensemble » angélique présenté comme un modèle d’intégration républicaine auquel devraient surtout se plier les autochtones ». Le peuple français toujours mis au banc des accusés, pourra-t-il longtemps supporter pareille situation ? :
 
 
 
Le 3 mars Alain Finkielkraut présentait un numéro de Répliques consacré à la France d’hier. Il avait comme invité Jean-Pierre Le Goff. Dans La France d’hier. Récits d’un monde adolescent des années 1950 à Mai 68 (éditions Stock) ce sociologue éminent s’attache à donner un sens aux fragments de ses souvenirs et, parfois, de ses nostalgies. Un changement radical s’est produit entre ce passé récent (les années 50 et 60), dur mais profondément humain et l’époque contemporaine. C’est ce basculement dont l’adolescence fut alors l’épicentre qui s’est cristallisé en mai 68. Le Goff essaye d’en débrouiller avec lucidité la signification en évitant toute lecture rétrospective ou par trop angélique. Il reproche à la droite contemporaine sa lecture simpliste et revancharde des événements et au gauchisme culturel d’en avoir altéré le sens. Remarquable émission :
 
 
Antonio Gramsci est à la mode à « droite », d’Alain de Benoist qui a repris sa théorie de l’hégémonie culturelle dès les années 70, à Marion Maréchal-Le Pen aujourd’hui. En réalité Gramsci devrait être lu par tous ceux qui considèrent que la bataille politique ne se réduit pas à des compétitions électorales et qu’elle met en scène prioritairement des représentations, des symboles et des affects. L’hégémonie étant actuellement détenue par le camp libéral, c’est contre lui qu’il convient d’argumenter comme le rappelle Matthieu Bock-Côté :
 
 
« La presse est la première ennemie de la liberté d’expression ». Non, ce n’est pas sur un site de la réinfosphère que l’on peut lire pareille déclaration fracassante mais sur le blog de Jean-Luc Mélenchon. Il y prenait la défense de Laurent Wauquiez à la suite des  propos « controversés » de ce dernier ( les propos sont réputés « controversés » par les médias quand il s’agit d’astreindre l’émetteur à plus de conformité au politiquement correct). Un article du Monde (première référence) indique que Jean-Luc Mélenchon n’a pas soutenu Wauquiez par hasard. Le prophète de l’insoumission fait authentiquement de la politique et il est un des seuls sur cette ligne. Il sait qu’il lui faut abattre le parti des médias et son unanimisme s’il veut réussir son entreprise. Ayant choisi et désigné l’ennemi qu’il appelle « la caste » dont la presse serait l’ultime rempart, il la combat frontalement et pour cela il lui faut décrédibiliser le rempart d’experts, de fake news et de fariboles, derrière lesquels elle s’abrite quitte à faire des dommages collatéraux dans ses propres rangs. Ainsi le départ d’Aude Rossigneux puis de Noël Mamère et de toute une flopée de révolutionnaires du dimanche qui soutenaient le pure playeur insoumis : Le Média. « Nous n’avons pas d’autre adversaire concret que le parti médiatique; lui seul mène la bataille sur le terrain, en inoculant chaque jour la drogue dans les cerveaux » ajoute-t-il, montrant par là qu’il a parfaitement compris comment fonctionnait notre société. En revanche il n’est pas sûr que Mélenchon soit suivi par l’équipe de bras cassés qui l’entoure. Ce sont des gens classiquement de « gauche », trop bien intégrés au « système », qui ont des appuis dans les médias et ne voudront pas rompre avec eux. Des rebelles de confort qui ne peuvent suivre le leader maximo sur de nombreux points de sa politique étrangère. Aude Rossigneux est un premier exemple de ce trouble. N’a-t-elle pas été virée car elle sympathisait avec les « rebelles » syriens ? Pour s’être enchainée en quelques sortes à la stratégie de la CIA et de l’État israélien, conformément aux canons de l’Église socialiste depuis l’antique SFIO. On fait mieux comme modèle d’insoumission radicale. La même information traitée par l’OJIM (deuxième référence), puis enfin la chronique, très honnête, diffusée sur Le Média et qui a fait fuir les amis de l’Amérique impériale maquillés en dissidents de choc (troisième référence)   :

 

http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/03/05/melenc...

 
 
 
Bon numéro d’I-média, l’émission de critique du parti médiatique présentée par Jean-Yves Le Gallou et Hervé Grandchamp, plus pertinents que jamais. Elle traite cette fois ci de Bernard de la Villardière, journaliste indépendant en proie à la meute aboyeuse des redresseurs de tort pour ses propos qualifiés d’ « islamophobes »; du jugement de Mélenchon sur les médias et de la guerre de la Ghouta telle qu’elle a été envisagée par Le Média relevant la pratique de la censure (les images qu’on ne montre pas) et de la propagande (les images qu’il faut absolument montrer). L’arsenal sémantique utilisé par Le Monde est à cet égard révélateur. Quand Le Monde traite des bombardements sur la Ghouta il n’est question que de « massacre » de « catastrophe humanitaire » de « guerre d’extermination » sans oublier les objurgations de « la communauté internationale » qui en novlangue ne désigne que les seuls pays vassaux de l'Otan :
 
 
Jean-Paul Brighelli, toujours en verve, remet à sa place Jean-Luc Mélenchon qui galèje, selon lui, à propos des réformes entreprises par Blanquer dans l’éducation nationale. Exercice d’humour vache mais cependant pétri de réalisme républicain old school :
 
 
Dans une autre chronique Jean-Paul Brighelli, Cassandre qui hurle talentueusement dans le désert, s’en prend aux « pédagogues » qui ont dévasté l’école et contraint au déracinement deux générations de jeunes français. 
Citant Barbara Lefebvre qui vient de faire paraitre un livre intitulé Génération « j’ai le droit ». La faillite de notre éducation, il écrit : « Le français et sa littérature d’une part, l’histoire, d’autre part, sont les mamelles de l’identité nationale. C’est pourquoi déraciner l’enseignement de ces deux disciplines était primordial pour les guérilleros du multiculturalisme postmoderne, du libéralisme mondialisé, de l’individu atomisé ». S’ensuit une véritable avalanche de crimepensée orwellien qui voit les jocrisses passer les uns après les autres au peloton d’exécution et confère à sa lecture une jubilation sans pareille:
 
 
Résumé du livre de Heinrich Meier La leçon de Carl Schmitt  paru sous le titre « L’oeuvre de Carl Schmitt, une théologie politique ». Étude sur le transfert opéré par les juristes des concepts théologiques, comme celui de la toute puissance de Dieu, sur le souverain temporel dans le monde moderne. Selon Schmitt, après la sécularisation c’est à la politique de remplir la mission jadis dévolue à l’Église. De là résulte que le critère du politique qui est la distinction entre l’ami et l’ennemi renvoie, en dernière analyse, à l’opposition entre Dieu et Satan. « On ne peut comprendre la genèse des concepts schmittiens et leur portée véritable qu’en ayant à l’esprit (la foi catholique qui anime l’auteur) ». cette foi explique que sa pensée est moins une philosophie politique - si la philosophie doit être pensée comme indépendante de la foi en la révélation- qu’une théologie politique, pour ainsi dire totale en ce qu’elle informe tous les aspects de l’existence, conclue Heinrich Meier : 
 
 
Propos toniques de François Bousquet, rédacteur en chef d’Éléments, sur le « psychodrame » (Raymond Aron) de mai 68, lors d’une conférence tenue à Bordeaux le 10 février dernier. Une rupture générationnelle qui outrepasse largement les quelques journées emblématiques de la « commune étudiante ». Bousquet se lance dans une diatribe qui ne manque pas de souffle contre l’esprit 68. Comme le souligne l’orateur c’est une attaque en règle et à charge contre l’esprit de mai qui a débouché sur le règne contemporain du libéralisme libertaire unissant les deux versants de la double pensée, comme dirait Jean-Claude Michéa  :
 
 
Dans un entretien avec Édouard Chanot sur la chaine Sputnik, le sociologue québécois Jérôme Blanchet-Gravel réfute l’argument selon lequel le multiculturalisme, véritable totem contemporain, équivaudrait à un progrès. Y voyant, comme de nombreux communautariens d’Amérique du Nord, un retour à la tradition, au religieux et à un véritable réenchantement du monde dans une perspective anti-libérale. Certes le multiculturalisme avance ses pions en s’appuyant sur la structure juridique libérale, mais il abrite idéologiquement une pensée profondément illibérale réprouvant l’individualisme issu des Lumières ( voir à cet égard le numéro 16 de juin 1994 de Krisis qui comporte un article prémonitoire d’Alain de Benoist sur les communautariens américains et des extraits des écrits d’Alasdaire MacIntyre et de Michael J. Sandel). Selon Jérôme Blanchet-Gravel (La face cachée du multiculturalisme, éditions du Cerf) le multiculturalisme comme représentation relève d’un esprit baudelairien amateur de paradis artificiel qui fait appel à l’orientalisme (fascination de l’Orient) en vogue dans le romantisme du XIX éme siècle, mettant ainsi en doute l’imaginaire actuel qui représente le monde occidental comme essentiellement xénophobe alors qu’il est au contraire profondément xénophile. En ce sens, nous dit-il, le muticulturalisme n’est pas à confondre avec le mondialisme qui tend à uniformiser les cultures au besoin par un métissage universel, alors que l’idéologie « multi-culti » tend à préserver des cultures différenciées :
 
 
Le clergé médiatique est hémiplégique. Il relaie sans recul et sans l’ombre d’un doute le seul discours des associations immigrationnistes ainsi que le montre éloquemment l’OJIM à propos des discussions récentes sur la loi asile-immigration. Une loi qui prévoit d’étendre le regroupement familial auprès des réfugiés mineurs et donc crédibilise les projet des familles qui envoient leur grand garçon en éclaireur essayer de trouver un avenir meilleur en Europe. Et tout cela au bénéfice des courants libéraux libertaires qui s’arrogent le monopole de la vertu (première référence). La prise en charge des migrants mineurs clandestins au titre de l’Aide Sociale à l’Enfance qui échoit pour l’essentiel aux départements pèse de plus en plus lourdement sur des finances déjà rabotées par l’État. Par exemple pour la Seine et Marne l’enveloppe budgétaire dédiée est passée de 11,5 millions en 2015 à 30 millions en 2017. L’asphyxie financière à laquelle conduit cette évolution est d’autant plus rageante que le président du Conseil Général déclarait en novembre dernier que « plus de 75% des personnes se présentant comme mineurs s’avéraient être majeures » (deuxième référence) :
 
 
 
Eric Zemmour sur la fin annoncée du pédagogisme. Les initiatives de Jean-Michel Blanquer entameraient selon le journaliste le travail de sape des naufrageurs de l’école. « Un jour, égrène-il,c’est la méthode syllabique, le bon vieux B.A BA qui revient en majesté, un jour c’est la dictée, et maintenant les quatre opérations, même la division dès le cours préparatoire, demain peut-être, la fin du bac dans une pochette surprise et pourquoi pas la sélection a l’université… » (première référence). Pas du tout clame Claude Meunier-Berthelot. Elle prend le contre-pied de Zemmour et déclare que les effets d’annonce du ministre ne sont guère suivies d’effets. Tout juste suscitent-ils les cris d’orfraie de la gauche syndicale enseignante. Se retranchant derrière la réalité, elle affirme que tous ces dispositifs salutaires ne s’appliquent uniquement que dans les Réseaux d’Éducation Prioritaires, autrement dit pour les élèves issus de l’immigration (deuxième référence) : 
 
 
 
Michel Drac était reçu récemment par TV Libertés pour présenter son livre de prospective sur le quinquennat d'Emmanuel Macron Voir Macron (éditions Le Retour aux Sources). Son diagnostic est tout entier déterminé par la question suivante : comment ce président qui dit incarner la vertu et la raison pourrait-il se comporter en cas de crise majeure ou en cas d’exception. Il imagine huit scénarios, bien sûr hypothétiques, mais néanmoins conformes aux grandes tendances évoquées par certains analystes de l’évolution de notre monde. Sont ainsi passés en revue les accidents majeurs qui pourraient survenir dans les domaines techno-économiques, géopolitiques, démographiques, politiques, culturels et écologique et comment Macron y ferait face ou serait emporté par la tourmente. Brillant exercice de décodage :
 
 
Les analyses mensuelles de Michel Drac. Pour le mois de janvier sont retenues successivement les attaques contre la personnalité de Trump (et non sur la politiques effectivement menée), les affaires européennes et  enfin la Turquie et les conséquences de son offensives sur les populations kurdes du canton d’Afrine en Syrie :
 
La lecture du livre de Michael Wolff, Fire and Fury, inside the Trump White House inspire à Michel Drac le bilan suivant : il s’agit bien entendu d’une enquête à charge qui comporte néanmoins de nombreux aspects intéressants concernant la fureur anti-Trump des médias et leur volonté de saboter sa présidence, des aperçus sur sa campagne, le fonctionnement plutôt erratique du président et celui plus sage de son administration. Comme toujours c’est clair et lucide :
 
 
C’est probablement la fin pour la zone rebelle de la Ghouta orientale, région située à l’est de Damas où les groupes djihadistes sont encerclés par les forces syriennes demeurées loyales au gouvernement légal de Bachar el Assad. Les bombardements effectués par les aviations syriennes et russes y tueraient des centaines de civils, comme dans toutes les guerres. Le traitement médiatique occidental de cette reconquête, déjà vécue pour Alep-Est, est caractérisé par une hystérie manichéenne qui revient à ne reconnaitre au « boucher » Assad aucun droit d'y rétablir la souveraineté bafouée de l’État syrien. La dissymétrie observable avec le traitement de la  « libération de Mossoul » par la Coalition des puissances occidentales et des troupes irakiennes qui a causé au bas mot la mort d’environ 10 000 civils est flagrante. Pourquoi ce double standard ? C’est que tout simplement les médiatiques avaient négligé d’y convoquer photographes ou cinéastes susceptibles d’en ramener des images sanglantes de massacres propres à émouvoir la sensibilité du téléspectateur occidental. Ainsi les « dommages collatéraux » pouvaient-ils passer à l’as. Le Monde qui ne manque pas de fustiger Damas, coupable aux yeux du quotidien de vouloir mettre à genoux ses adversaires d’Al-Qaïda donne le ton à l’ensemble d'une presse unanime. Une pareille duplicité est franchement stupéfiante et n’honore pas les médias « libres » du monde occidental. Régis le Sommier, grand reporter à Paris Match, dénonçait sur France 24 le 27 février cette indignation sélective en déclarant : « Il se passe quasiment la même chose au Yémen qu’à la Ghouta, mais  évidemment on n’en parle jamais car ce sont nos alliés Saoudiens qui sont à la manoeuvre ! ». Les médias du « monde libre » sont effectivement au service de la stratégies du chaos qui est celle de l’Occident. Ci joint le décryptage d’Ingrid Riocreux sur les stratagèmes en cours  :
 
 
Alors que l’État syrien a repris le contrôle de plus de 35% de l’enclave rebelle de la Ghouta orientale Le Figaro présente une courte notice sur les différents groupes djihadistes présents dans la zone et leurs sponsors respectifs. Les renseignements proviennent du géopolitologue Frédéric Pichon, gage de probité de l'information :
 
 
Singulier paradoxe des autorités françaises qui, à l’unisson d'autres gouvernements européens, reprochent aux polonais d’imposer une histoire officielle alors que les « lois mémorielles » (loi Gayssot, loi Taubira concernant le seul esclavage pratiqué par les Occidentaux etc) continuent ici même d’imposer une lecture pour le moins orientée et passablement corsetée de notre passé. Éric Zemmour n’est pas dupe de ces manoeuvres et conclut que la remontrance faite à la Pologne vient du fait qu’elle n’a pas l’intention de se repentir à tous bouts de champs pour des crimes qu’elle n’a pas commis comme l’usage s’en est imposé ici même :
 
 
Dans un article paru sur le site de Polémia, l’énarque Michel Geoffroy fustige la propension de l’industrie hollywoodienne toute entière aux mains de personnes « perçues comme blanches » à attribuer les rôles « perçus comme positifs et valorisant » à des acteurs « perçus comme afro-américains » et inversement à doter les acteurs « perçus comme blancs » de rôle négatifs. Il s’en inquiète, surtout quand des personnages historiques de l’épopée européenne sont endossés par des comédiens de couleur. Cette mode qui tend à s’étendre en Europe au fur et à mesure de notre américanisation est un exemple supplémentaire de l’ethno-masochisme qui s’implante dans la psyché occidentale. S’emparer des esprits est une opération de guerre cognitive et le mieux serait de refuser de regarder ces films ou de ne plus visionner ces feuilletons à la télévision qui ne brillent pas par leur intelligence, mais ce pari risque fort de se voir démenti  (première référence). Dans même ordre d’idées l’OJIM aborde avec ironie ces héros hors-sol qui illustrent bien ce que Renaud Camus a dénommé le « remplacisme global » (deuxième référence). Nous apprenons dans le même temps que lors des fêtes Johanniques de 2018, celle qui portera l’armure et l’épée de Jeanne d’Arc se nomme Mathilde Edey Gamassou, une jeune métisse polono-béninoise. Quelles que soient les justifications des organisateurs le symbole est parlant, jusqu’à la parodie. La révision et l’altération de l’histoire par des charlatans qui ont pignon sur rue avance à pas de géants. De quoi perdre ses repères, mais c’est sans doute le but recherché. Ceci étant dit, est-ce une raison pour légitimer le déchainement de haine raciale dont la jouvencelle a été la victime sur Twitter, le bistrot high-tech de notre époque ? Sûrement pas. Tous ceux qui ont désigné de leur vindicte la Pucelle de folklore se sont, comme souvent, trompé de cible. Ce sont ceux qui ont voulu l’instrumentaliser qu’il fallait viser. Le piège tendu, aussi subliminal soit-il, a très bien fonctionné opposant les mauvais partisans de la haine raciale aux bons soldats de l’invasion migratoire. Avec de tels adversaires l’ingénierie sociale diversitaire a de beaux jours devant elle. Et Rokhaya Diallo peut triompher, elle qui déclarait récemment : « à présent nous devons déconstruire systématiquement les représentations du passé ». Au fait, les critères d’admission au concours johannique d’Orléans fixés depuis 1855 stipulent que la candidate doit être obligatoirement catholique. N’est-ce pas là un grave motif d’exclusion pour nos compatriotes musulmans, protestants, juifs et autres ? Ci-joint le point de vue de Julien Langella, vice-président d’Academia Christiana, qui réplique rudement aux propos de Louis Aliot (troisième référence) et la chronique très catholique de Charlotte d’Ornellas (quatrième référence). Celui qui ne mord pas aux différents  hochets qu’on lui tend est Renaud Camus qui s’en explique dans son journal. Il ne faut pas compter sur lui pour obéir au discours performateur des partisans de la diversité qui remettent la « race » en honneur et entendent bizarrement métamorphoser l’humanité en parc humain brésilianisé (cinquième référence) Comme l’écrivait Nietzsche, nous sommes d’un temps dont la civilisation est en danger de périr par les moyens de la civilisation :
 
 
 
 
 
 
En Afrique du Sud le vice-président Cyril Ramaphosa a évincé le président Jacob Zuma. Cette révolution de palais permettra-t-elle de corriger la profonde corruption qui règne dans la démocratie arc-en-ciel ? L’africaniste Bernard Lugan en doute tant l’incurie de l’appareil tentaculaire de l’ANC, le parti au pouvoir, est colossale. Le « gangstérisme d’État » comme il l’explique a conduit, depuis 1994, ce pays prospère à la ruine. Depuis les fanatiques de l’ANC ont annoncé leur intention d’exproprier les fermiers blancs de leur terre sans indemnité (le secteur agricole est un des seuls à tenir debout); cela laisse augurer une Afrique du Sud dépendante bientôt de l’aide alimentaire internationale, comme au Zimbabwe où la même expérience s’est révélée catastrophique pour tous  : 
 
 
Article de Fernand Le Pic provenant d’Antipresse, l’excellente lettre dominicale de contre information dirigée par Slobodan Despot. Le Pic y explique qui sont les promoteurs de la lutte contre les fake news, quels sont leurs buts et comment ces objectifs se sont soudainement imposés dans l’agenda des États européens :
Pour Jérôme Besnard, conseiller national des Républicains, la solution au problème corse n’est pas girondine mais fédéraliste, une solution conforme au principe de subsidiarité. Plutôt que d’invoquer des principes républicains à la définition floue (voir de Frédéric Rouvillois Être - ou ne pas être - républicains ) le président de la République, lors de son discours de Bastia, aurait pu s’inspirer des succès électoraux indéniables de Gilles Simeoni et de ses amis afin de conserver l’ile dans le giron français tout en respectant sa culture, son peuple et sa mémoire. Malheureusement l’article de Besnard se termine par une péroraison qui mêle sans rime ni raison  les goumiers marocains et le mariage de Romain Gary et de Jean Seberg. On perçoit mal ce que ce fouillis totalement hors-sujet peut apporter aux affirmation positives de cette tribune :
 
 
Laurent Ozon livre sur la Corse et sa volonté majoritaire d’autonomie un point de vue intéressant quoique son affirmation d’une population insulaire de souche non hybridée depuis 30 000 ans laisse songeur dans la mesure où sa véracité forcerait à conclure, par exemple, que les vagues d’expansion indo-européenne n’y auraient tenu aucune part. On se demande par ailleurs ce que l’amateur de complots en tout genre Pierre Hillard peut apporter à cette réflexion si ce n’est son indécrottable jacobinisme : 
 
 
Se réclamant comme Jean-Yves Le Gallou de la préférence de civilisation Javier Portella illustre celle-ci avec le conflit qui oppose une moitié du peuple catalan contre une autre moitié soutenu par l’ensemble des Espagnols. Il plaide pour une Europe confédérale (ou impériale) réalisant l’emboîtement des trois réalités que sont la région, la nation et le continent dans une claire conscience de ce que sont les dangers communs qui nous menacent ;
 
 
Philitt, site de réflexion littéraire et philosophique se demande, à la suite de la une particulièrement racoleuse de Libération, qualifié de « résistant » pour l’occasion, ce qu’il faut penser de la réédition en chaîne des écrivains de la collaboration traitée d’infâme par le quotidien. « L’infâme, selon Libération, c’est un quatuor de salauds spécialement exhumés pour l’occasion : Maurras, Céline, Brasillach et Rebatet. Notre époque n’en finit plus de juger les salauds et elle ne se satisfait pas de faire comparaitre ses contemporains au tribunal de la pensée, au jugement  de l’Histoire (la bonne, celle qui progresse en avant vers le Progrès à rebours des rétrogrades qui progressent en arrière), il lui faut encore épurer le passé, qui a le tort de n’être pas le présent tourné vers le futur ». Cette envie de pénal (Muray) qui taraude une époque revancharde qui ne sait plus inventer et réchauffe sans cesse les « heures les plus sombres » au risque du péché contre l’esprit que serait la disparition de pans entiers de notre histoire et de notre culture. L’arrogance censureuse du présent comme la phobie d'un passé honni a quelque chose d’intolérable. 
 
Jean-Claude Michéa a servi de guide intellectuel à toute un génération déçue ou désappointée par les incohérences et les fausses promesses de l’alternance unique. Eugénie Bastié rend compte du travail intéressant de deux philosophes, Emmanuel et Mathias Roux, qui viennent de publier Michéa l’inactuel, une critique de la civilisation libérale, éditions le bord de l’eau.                       
 
 
Cinéphilie. Olivier François de la rédaction d’Éléments s’entretient avec Roland Jaccard. Essayiste et romancier, auteur d’une œuvre prolifique il est aussi éditeur et journaliste et à ce titre a tenu longtemps la rubrique psychanalyse du Monde. Il est par ailleurs l’un des membres fondateurs du mensuel Causeur. Conversation à bâtons rompus captivante et très libre. Alfred Eibel et Jacqueline de Roux assistent à l’entretien.
Il y a dans l’imaginaire européen traditionnel une place réservée à la forêt et à tout le trésor légendaire qu’elle fait prévaloir. Ces mythes ont nourri une conception du monde qu’explore avec perspicacité Gustin Sintaud au fil de quatre articles parus sur le site de Métamag :
 
Magnifiées par le poète Homère dans l’Odyssée (fin du VIII éme siècle avant notre ère) les aventures légendaires d’Ulysse constituent l’une des premières épopées européennes. Liées à la colonisation grecque, les pérégrinations du héros aux mille ruses pour aussi imaginaires qu’elles soient se déroulent-elles dans un univers géographique réel ou purement fictif ? Autant de question parmi d’autres auquel ce documentaire d’Arte s’efforce de répondre à l’aide de reconstitutions, de documents cartographiques et d’analyses savantes. Très intéressante mise en scène de la légende. Suivent les aventures de Beowulf et celles de Perceval  :

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27/06/2017

La France vassale...

Nous vous signalons la publication du vingtième numéro de la revue Perspectives libres consacré à la vassalisation de la France.

La revue Perspectives libres, dirigée par Pierre-Yves Rougeyron, est publiée sous couvert du Cercle Aristote et est disponible sur le site de la revue ainsi qu'à la librairie Facta.

 

Perspectives libres 20.jpg

Au sommaire de ce numéro :

Dossier : la France vassale

Relever la tête – Pierre-Yves ROUGEYRON

Une France triangulée sur le plan des idées en politique étrangère – Clément NGUYEN

L’Etat ? du Droit ! – Lucas LEROUX

La France contre le Management – Baptiste RAPPIN

La nation qui rasait les murs – De la vassalisation et de l’auto-vassalisation de l’Espagne – Nicolas KLEIN

Quelle géographie pour la France ? – Julien FUNNARO

Libres pensées

Au cœur du délire paranoïde, une analyse psychiatrique d’une fiction littéraire. Maurice G. Dantec, Les Racines du Mal – Léo GONNET

Entretien avec le Dr Jack Rasmus sur son ouvrage « Systemic Fragility in the Global Economy » – Entretien réalisé par Julien FUNNARO

Libres propos

Harry Potter face aux électeurs – Françoise BONARDEL

Quand les écrits de Ricardo et de Mill étayent ou réfutent les plaidoyers des économistes officiels en faveur de la mondialisation – Paul A. SAMUELSON

Vers la fin du régime de protection exorbitant des investisseurs étrangers ? – Franck DUHAUTOY

Mauricio Macri et la nouvelle position de l’Argentine sur les routes de la drogue – Matias MAGNASCO

05/01/2016

La crise de l'identité culturelle européenne...

Vous pouvez découvrir ci-dessous un texte de Françoise Bonardel, cueilli sur le site du Front de la contre-subversion et consacré à l'identité culturelle européenne. Ce texte est une version raccourcie de l'article publié par cet auteur dans la revue Krisis (n°41, septembre 2015). Élève de Gilbert Durand, agrégée et docteur d'Etat, Françoise Bonardel est professeur de philosophie des religions à la Sorbonne. Rédactrice en chef de la revue Connaissance des religions (2002-2006), elle a publié Antonin Artaud ou la fidélité à l'infini (Pierre-Guillaume de Roux, 2014)

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La crise de l'identité culturelle européenne

Déjà en soi difficile à définir, l'identité culturelle propre à l'Europe est aujourd'hui battue en brèche par un multiculturalisme de confection récente dont la richesse supposée, issue de sa seule diversité, masque tant bien que mal la déculturation massive imposée par l'existence désormais planétaire d'un courant unique et dominant (mainstream), fabriqué pour être influent mais sans plus aucun rapport avec la formation de l'être humain (Bildung) nommée en Europe « culture » ─ et sans davantage de rapport, il faut préciser, avec l'héritage que les cultures non européennes demeurées « traditionnelles » entendent elles aussi préserver. Aussi nombres des questions relative à cette identité problématique risquent-elles de rester pour l'heure sans réponses claires et précises, rassurantes au regard de l'inquiétude légitime que peut susciter l'état actuel de l'Europe, durablement marquée par les deux guerres mondiales dont elle a été l'épicentre, et depuis lors minée par une défiance envers soi-même allant parfois jusqu'au reniement. On a le sentiment qu'à force de s'entendre dire qu'elle est « vieille », l'Europe a fini par y croire et par se comporter comme telle : « C'est une absence de sol abyssale [...] qui a pris possession des Européens, une absence qui s'exprime dans l'obsession de faire bonne figure en chute libre et de maintenir, avant une fin que l'on ressent comme imminente, l'apparence de la belle vie », constate Peter Sloterdijk. Devrait-on dès lors considérer qu'un film aussi dérangeant que celui de Lars von Trier, Europa (1991), est révélateur du profond malaise né dans l'immédiat après-guerre, et qu'éprouveraient plus que jamais les Européens sans être pour autant capables d'en cerner les contours et d'en identifier clairement les causes ?

Au vu des nombreux films, émissions et débats consacrés à ces deux guerres, on est en effet en droit de se demander si le « devoir de mémoire » ─ en soi respectable, il va sans dire ─ ne contribue pas paradoxalement à entretenir une plaie plus profonde, et donc plus difficilement guérissable : l'Europe se remettra-t-elle jamais de ces deux cataclysmes, et surtout de l'effondrement des valeurs qui les ont rendus possibles ? S'il y a là tous les ingrédients d'une tragédie moderne, le ressort n'en serait plus l’innocence coupable, comme chez les Grecs, mais le fait que la parole soit devenue « plus effectivement meurtrissante que brutalement meurtrière », tant il est vrai que certaines des causes majeures de cette corrosion insidieuse des esprits et des cœurs ne furent jamais que l'envers, la face sombre et inavouée de l'idéologie du progrès dont l'Europe s'enorgueillissait, comme le rappela dès 1936 Thomas Mann dans son Avertissement à l'Europe : « Ce n'est pas la guerre qui a commencé de déchaîner cette vague immense de barbarie et de brutalité qui submerge actuellement le monde. Elle a seulement précipité cet élan. L'homme moderne a été façonné par des impressions violentes qui le troublaient et l'enivraient tout ensemble, et il est la victime de leurs assauts sans cesse renouvelés. L'évolution vertigineuse de la technique, ses triomphes et ses échecs, le sport, les records sensationnels et bruyants, l'importance excessive accordée aux vedettes qui fascinent les foules, les champions de boxe couverts d'or que vient applaudir une assistance innombrable ─ tels sont les traits les plus saillants de notre temps ».

Comment ne pas reconnaître dans cette accélération et cette excitation la marque de fabrique d'une modernité conquérante venue essentiellement d'Europe, encensée par elle et exportée un peu partout dans le monde ? Tant qu'aux « traits » énumérés par Thomas Mann, comment ne pas voir que, loin de s'être atténués ou harmonisés, ils se sont depuis lors amplifiés au point de couvrir de leurs voix discordantes le souci de culture qui fut durant des siècles la préoccupation majeure et le bien le plus précieux des Européens.


Du bon usage des crises

Mais peut-on véritablement parler de « culture européenne » comme si cela allait de soi, alors qu’indépendamment du multiculturalisme ─ avatar du mainstream qui n'ose dire son nom ─ l'Europe est de fait composée d'une mosaïque de cultures en qui s'expriment l'histoire, la sensibilité et la créativité propres à chacun des pays européens ? Quelles sont par ailleurs aujourd'hui les limites ─ géographiques, politiques, culturelles ─ d'une Europe dont la physionomie semble à la fois de plus en plus rigide, si l'on se réfère aux diktats de Bruxelles, et de plus en plus floue, indécise, incertaine dès qu'on tente de saisir quelle « identité » est encore ou sera dans le futur la sienne face aux autres continents et puissances ? C'est donc en deçà de ces différences qu'il faut tenter de restituer à l'Europe ce qu'elle possède en fait déjà, mais dont elle semble avoir perdu la mémoire : une unité fondée, non pas sur des intérêts économiques communs ou des peurs partagées, mais sur une certaine idée de la culture et des comportements qu'elle implique dans l'espace public et privée ; espaces qui, pour être distincts, n'en étaient pas moins jusqu'à ces derniers temps reliés par une exigence de cohérence et de continuité propre à l'homme cultivé. Or, un des traits de la crise actuelle est justement de brouiller les limites entre ces deux sphères, et de faire de la « culture » un bien de consommation à part entière, délesté de toute référence identitaire.

De plus, toute réflexion sur l'identité est aujourd'hui suspectée, non seulement de figer une réalité éminemment malléable, et donc évolutive, mais plus encore de favoriser le rejet de l'Autre, devenu une sorte de surmoi rappelant en permanence à l'homme européen ses devoirs en matière d'altérité, au cas où il serait tenté de les oublier. Telle est en effet devenue, depuis la fin de la dernière guerre et la liquidation des possessions coloniales, la hantise des Européens traumatisés par l'impuissance de leur culture, parmi les plus évoluée du monde, à repousser la barbarie nazie. Un raisonnement simpliste voudrait alors qu'en débarrassent la culture européenne de toute référence identitaire et de toute attache ressemblant de près ou de loin à un enracinement ; en la simplifiant à l'extrême et en la rendant consommable par n'importe quel être humain, on se prémunit contre une possible rechute de la civilisation dans l'inhumain ─ personne ne sachant pour autant comment ce double déficit, en matière d'identité et de culture, pourrait se transformer en garde-fou. Je rejoins donc sur ce point Jean-François Mattéi, dont je salue la lucidité en même temps que la mémoire : « Il faut bien qu'il y ait dans la vie des cultures comme dans la vie des homme, sauf à se perdre dans une totale confusion, des identités vécues qui prennent conscience de ce qu'elles sont et par rapport auxquelles des altérités se définissent [...] On aura beau exalter l'Altérité aux dépens de l'Identité, on ne réussira qu'à renforcer, en inversant les rôles, l'identité de la première au détriment de l'altérité de la seconde ».

On ne se prive pas, par contre, d'attirer l'attention des peuples européens sur leur identité économique de consommateurs, ou sur leur identité d'écocitoyens appelés, pour un oui ou pour un non, à prendre conscience de leurs responsabilités à l'égard de la planète à l'heure même où ce sont des pays entiers qui la mettent impunément en danger. Et que dire des revendications identitaires en matière de sexualité ! Certaines seraient-elles donc plus respectables que d'autres ? Parler d'identité culturelle ne serait-il qu'un dangereux archaïsme, ou l'expression d'une incurable nostalgie risquant à tout moment de réveiller le spectre du nationalisme ? Je n'en crois rien, évidemment, sauf si l'on dévalue la culture au point de n'y voir qu'une forme de conditionnement servile, mais je constate qu'il y a bel et bien là un blocage et un clivage des esprits, entretenus par les médias et face auxquels nombre d'intellectuels se montrent finalement très consensuels. A qui fera-t-on pourtant croire quand perdant son identité culturelle, l'Europe ne perdra pas aussi son immunité et ses réflexes de survie face aux formes nouvelles de barbarie qui pourraient se manifester sur son sol, et qui remettraient radicalement en cause l'idée qu'elle s'était jusqu'alors faite de l'homme et des rapports humains ? Non pas que cette idée soit nécessairement meilleure que toutes les autres, mais au nom du droit imprescriptible reconnu à toute communauté humaine de décider, au regard de son histoire et de la vision qu'elle se fait de son futur, du « cours » des valeurs donnant sens à son destin.

Qu'est-ce d'ailleurs qu'une crise ? Une situation critique, à n'en pas douter, comme on le dit couramment de l'état d'un malade entre la vie et la mort. Mais si la crise où nous sommes englués paraît si difficile à juguler, c'est qu'elle présente un double visage, particulièrement déroutant pour les Européens qui y sont confrontés : une lente érosion, un épuisement sans réel espoir de guérison ─ une décadence, en somme ─, et dans le même temps la menace d'un effondrement subit, dramatique mais conjoncturel, comparable au fameux krach boursier de 1929, qui hante d'ailleurs les esprits. Aussi les Européens se sentent-ils tiraillés entre un sentiment d'usure et de fatalité lié à leur longue histoire, et un constat d'impuissance face à une catastrophe annoncée qui n'atteindra certes pas qu'eux, mais conforte d'ores et déjà leur résignation : si la crise est mondiale, comment une culture aussi fatiguée que la nôtre n'en ressortirait-elle pas encore plus amoindrie, encore plus ébranlée dans ses fondements déjà bien vacillants ?

Les Européens que nous sommes tendent donc à oublier qu'une crise ─ du verbe grec krino, signifiant « juger », « comparer », « choisir » ─ est une suspension temporaire d'activité permettant un discernement plus aiguisé, plus avisé. Aussi ne peut-on dissocier krisis et skepsis (examen, observation) sans courir le risque de voir cette suspension du jugement favoriser le scepticisme ; non pas en tant que rétention salutaire d'une opinion insuffisamment éclairée, mais sous forme de soumission désenchantée aux faits au nom d'un réalisme avoisinant le fatalisme, car étrangement déconnecté de la réalité. Tandis qu'une crise, vécue comme telle, permet un contact plus direct avec le réel, celle où prédomine l'indécision sceptique engendre une servilité aux faits, allégés du poids de la réalité et donc de cette gravité face à laquelle l'homme cultivé, par l'étude autant que par l'expérience, gagne lui-même en densité : « L'avoir vu de la skepsis est ce vidi (j'ai vu et vois maintenant) qui a en vue la réalité du réel », rappelle Martin Heidegger. Une situation de crise réunit donc en principe les conditions favorables à l'exercice d'une pensée authentiquement critique, et non vainement polémique. Or, il semble bien qu'il n'en soit rien en ce qui concerne la question de l'identité d'une part, et celle d'une Europe « culturelle » de l'autre, et c'est parce que les Européens manquent aujourd'hui cruellement de discernement quant à l'horizon culturel qui pourrait leur être commun que l'idée même d'Europe est en crise ; une crise du jugement, de la faculté de juger, pour parler comme Kant. Il n'en est pour preuve que la surenchère médiatique associant désormais communément jugement et discrimination, au sens le plus injurieux du terme ; et glissant ensuite directement de la discrimination à la « stigmatisation » : un terme si fort, si chargé de réminiscences religieuses aussi, qu'il bloque immédiatement toute tentative pour tenter de juger, aussi sainement que possible il s'entend, certaines attitudes individuelles ou situations collectives auxquelles personne ne trouve au demeurant de solution.

Que cette crise du jugement concerne en tout premier lieu l'identité semble logique dans la mesure où la référence identitaire est partie intrinsèque de la faculté de juger, qui ne saurait s'exercer sans une référence, fût-elle minimale, au fameux « principe d'identité » formulé par Aristote et sous-tendant depuis depuis toute la logique et la métaphysique occidentales. En accord plus ou moins étroit avec ce principe, on peut dire que l'identité induit d'abord un rapport de soi à soi permettant de répondre, même de manière approximative, à la question « Qui suis-je ? », et donc d'assumer ses actes. De ce fait, l'identité est aussi un signe de reconnaissance offert au monde extérieur permettant aux êtres humains de se situer les uns par rapport aux autres, et donc aussi de s'évaluer mutuellement. Le fait d'offrir une image de soi à peu près identifiable répond ainsi à des exigences sociales très pragmatiques tout en fondant les relations entre individus sur une civilité élémentaire, même si les relations humaines sont toujours infiniment plus complexes que cela. Enfin, l'existence d'une identité relativement stable et reconnaissable suppose qu'elle va pour l'essentiel perdurer dans le temps et fonde donc la possibilité de la transmission, autant dire la survie même de la culture tant du point de vue collectif (modes de vie, croyances) qu'en tant que processus de « formation » individuelle. N'en déplaise à ses détracteurs, l'identité ainsi comprise est partie prenante de tout processus de culture, auquel revient en bloquent le processus de culture, auquel revient en retour le devoir de déverrouiller les crispations identitaires s'il advient qu'elles bloquent le processus d'identification réfléchie, constitutif de l'humanisation. Ce que résume à mon sens la belle formule de Pindare : « Deviens qui tu es » (Pythiques, II) reprise par Goethe, puis par Nietzsche.

On se doit donc de récuser la logique simpliste, inspirée par l'idéologie mondialiste, selon laquelle le noyau identitaire d'une personne ou d'un peuple forgé par sa propre histoire, serait un obstacle à son dialogue avec autrui. Raisonner ainsi revient à méconnaître le fait qu'aucune identité n'a pu survivre sans devoir composer, s'adapter, tout en cherchant à préserver ce qui la différencie et fait qu'elle n'est pas absorbée par plus puissant qu'elle. C'est aussi pourquoi tout être enfermé dans une identité supposée immuable se révèle tout aussi vulnérable, par excès de protectionnisme cette fois-ci. Assumée dans sa plasticité et sa complexité par contre, l'identité est justement ce qui permet d'être suffisamment sûr de soi pour s'aventurer vers ce qui n'est pas soi, sans esprit de soumission ni de conquête ; ce qui autorise à trouver sa voie entre les extrêmes et permet de se construire soi-même sur un pied d'égalité avec les autres et pas forcément contre eux, ni dans un rapport de dépendance aveugle à ces grands Autres que sont l'État, la Société, et maintenant l'Humanité qui tend à s'y substituer. Une première difficulté réside certes dans le fait d'appliquer à une culture des critères définis en fonction de l'individu, cet indivisible à l'aune duquel l'identité devient pour la première fois perceptible. L'histoire nous a également appris qu'une identité collective fonctionnant comme celle d'une individu entraîne immanquablement une perte du discernement personnel et favorise les comportements grégaires. Tel fut justement en Europe le rôle dissuasif de la culture, négociant au plus juste ce passage toujours risqué entre le dehors et le dedans, le propre et l'étranger.

Ce qui ne laisse d'être surprenant, et constitue la seconde difficulté, est que les raisons pour lesquelles on pense aujourd'hui devoir procéder à une déconstruction de l'identité culturelle européenne ─ ou en dénoncer les prétentions à s'imposer comme telle ─ n'ont pas grand-chose à voir avec celles énoncées depuis plus d'un siècle par les philosophes, préoccupés par une redéfinition du « sujet » dans son rapport au monde ; cette tâche ardue supposant certes qu'on en finisse avec les prétentions d'un sujet abusivement autocentré, mais afin de découvrir une posture nouvelle ─ celle du philosophe-artiste chez Nietzsche, ou du Dasein chez Heidegger par exemple ─ susceptible de répondre adéquatement à la crise d'identité sans précédent qui secoue l'Occident. Autant dire que ce travail authentiquement critique effectué par la philosophie passe le plus souvent à la trappe ou est dénaturé en sous-produits libertaires aisément négociables, comme si le fait d'en finir avec toutes les formes de « centrisme » (logocentrisme, ethnocentrisme, phallocentrisme) allait à soi seul promouvoir le seul idéal humain désormais respectable. Ainsi fait-on le jeu du nihilisme, dont le travail de sape ne peut dès lors même plus être formulé en termes de crise puisque les faits confirment chaque jour davantage la prophétie de Nietzsche : voir l'Europe glorifier l'auto-torture qui est en train de la détruire.



La juste mesure européenne

Ces questions préliminaires une fois posées, encore faut-il tenter de leur découvrir un premier dénominateur commun qui nous serve de repère comme le ferait une balise de détresse en pleine mer. Quand nous parlons de l'Europe et quand nous évoquons les dangers qui la menacent, de l'intérieur comme de l'extérieur, à quoi refusons-nous implicitement de renoncer ? Qu'est-ce qui, dans la vision que nous nous faisons de l'Europe, est pour nous de l'ordre de l'irrenonçable ? J'emprunte ce mot peu usité à la philosophe Maria Zambrano, auteur d'un bel essai intitulé L'agonie de l'Europe, écrit en 1945 lors de son exil à La Havane où elle trouva refuge après avoir fui la dictature franquiste. Il est d'ailleurs probable que toute situation d'exil, surtout si elle est déterminée par le refus de l'intolérable, offre l'occasion de mieux percevoir cet « irrenonçable », et de circonscrire par là même le noyau identitaire auquel on s'est identifié de manière consciente ou inconsciente, et qui finit par devenir un point aveugle lorsqu'on vit au quotidien dans sa proximité.

Ainsi est-ce en regagnant l'Europe après son exil américain que le héros d'Europa de Lars von Trier l'ampleur de la confusion qui s'est emparée des esprits durant la période nazie, et qui s'est perpétuée depuis lors indépendamment du rejet du nazisme en tant qu'idéologie. C'est également  lors de son exil en Suisse, où il a trouvé refuge après avoir été déchu de la nationalité allemande, que Thomas Mann affirma son refus de voir l'Europe s'identifier au projet nazi : « La crise qui menace de nous faire retourner à la barbarie a ses racines dans la générosité aveugle de ce siècle », écrit-il en parlant du XIXe siècle. Prononcé par un ardent défenseur de la culture, et de l'humanité partout où elle est menacée, ce constat vaut d'être médité. C'est à Londres enfin, où elle a rejoint la France Libre, que la philosophe Simone Weil écrit en 1943, peu avant sa mort, ce livre inclassable qu'est L'enracinement, sous-titré « Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain », dont Albert Camus dira : « Il me paraît impossible en tout cas d'imaginer pour l'Europe une renaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone Weil a définies dans L'enracinement ».

Osons donc nous poser la question : où en sommes-nous aujourd'hui quant au droit imprescriptible des Européens à s'enraciner dans autre chose qu'un idéal consumériste désormais mondialisé, ou qu'un humanitarisme de bon ton mais déconnecté de la réalité ? Si tout penseur digne de ce nom doit être prêt à endurer l'expatriation, comme le montrent les exemples précités, cet exil semble en train de devenir intérieur pour nombre d'Européens en pertes de repères, vacillant entre une « identité nationale » devenue obsolète ou frappée de suspicion, et une identité supranationale qui n'est pour l'heure qu'un cache-misère abstrait, puisque c'est sous la bannière de la société marchande que s'étend à l'échelle planétaire un déracinement humain généralisé, abusivement nommé « cosmopolitisme » au regard de ce que ce terme signifiait pour les Grecs : être le citoyen d'un monde qui soit à la fois un cosmos et une polis ! Jamais autant qu'aujourd'hui ne s'est donc imposée la nécessité de dépasser, par la culture justement, l'alternative stérile entre cosmopolitisme et enracinement, dont les peuples sentent d'ailleurs d'instinct qu'en la leur imposant sur de telles bases, on leur ment.

A quoi donc ne serions-nous pas prêts à renoncer qui nous paraisse typiquement européen ? Et quand je dis « européen », je ne pense pas à la simple extension du sentiment d'appartenance à un pays avec ce que cela peut comporter d'irrationalité affective et de chauvinisme. Je pense à une spécificité plus large, qui nous semble alors si précieuse que nous ne pouvons envisager d'y renoncer sans avoir le sentiment d'un appauvrissement insupportable, non seulement pour nous-mêmes, mais indirectement pour tout le genre humain : ce qui s'est épanoui là ne se trouve pas ailleurs et nous définit en propre, même si nous sommes prêts à le partager avec quiconque en apprécie également la qualité. Car avant d'être l'entité géographique, politique et économique qui a tant de mal à se construire aujourd'hui, l'Europe est devenue, grâce à la culture qu'elle nous a transmise justement, une catégorie de notre sensibilité ; autant dire qu'elle induit, par son existence dans nos esprits, un type de rapport à l'espace et au temps dont nous n'avons plus conscience, sauf en nous exilant, mais qui structure implicitement notre vision du monde, oriente nos activités et nous donne, ou du moins nous donnait jusqu'alors, un horizon commun : une manière particulière de percevoir la relation du proche et du lointain, de l'intimité et de l'étrangeté, de l'intelligence et de la sensibilité. Et si nous savons bien que cette manière est elle-même très diversifiées selon les contrées pouvant toutes se dire « européennes », nous en connaissons les modulations principales et sommes capables de les décliner comme autant de tonalités restituant toutes leurs nuances à l'âme et à l'esprit européens. C'est d'ailleurs ainsi que les visiteurs étrangers perçoivent spontanément l'Europe, que ses proportions géographiques leur permettent d'entrevoir comme un tout magnifiquement proportionné, équilibré jusque dans ses contrastes les plus marqués.

Ce regard porté sur l'Europe ne pourrait être aussi englobant s'il ne renvoyait à la source d'où il tire son unité, en dépit des diversités mentionnées. Aussi pourrait-on tenter d'appliquer à l'Europe ce que Oswald Spengler disait du « symbole primaire » par quoi chaque culture éveille l'homme à lui-même à travers la conscience de son environnement spatial : « La première intuition de la profondeur est un acte de naissance psychique à côté de la naissance corporelle », affirmait-il en effet, qualifiant l'homme européen de « faustien » en raison de sa tension d'esprit « vers le lointain, vers l'au-delà, vers l'avenir », autant dire vers l'infini. L'invention de la perspective géométrique aurait-elle revêtu en Europe une telle importance si l'esprit européen ne s'était reconnu, à partir du XVIe siècle tout au moins, dans cette reconfiguration du proche et du lointain ? Cela dit, il faut aussi rappeler qu'une partie non moins importante des Européens cultivés a refusé de s'identifier à ce regard « faustien », aujourd'hui assumé par une hypermodernité devenue cosmopolite, mais en décalage de plus en plus flagrant avec les préoccupations « de terrain » qui sont celles de la plupart des Européens. Comment construire l'Europe, ou au moins ne pas la détruire, sans devoir changer de regard sur cette tension interne à l'européanité qu'on nous présente depuis au moins deux siècles comme une opposition frontale entre deux visions incompatibles, alors qu'il faudrait apprendre à y reconnaître le moteur même, ou en tout cas la dynamique possible du génie créateur européen de demain ?

Encore faut-il accepter l'idée qu'il n'y a pas d'homme-en-soi, hormis dans le cerveau surmené des idéologues, mais un façonnage culturel de l'humain ; et j'ai montré dans Des héritiers sans passé combien le génie européen semble avoir justement trouvé là une mesure à nulle autre pareille entre formation de la personnalité individuelle et ouverture à l'universel. Quiconque a voyagé dans des contrées surdimensionnées où l'espace et le temps n'ont ni la même qualité ni la même valeur sait, pour en avoir éprouvé le manque, qu'un tel sens de la mesure n'aurait probablement pu exister sous d'autres cieux, d'autres lumières, d'autres espaces que ceux du « petit cap du continent asiatique » (Valéry) nommé Europe. Cet équilibre souverain, l'Europe l'a aussi recherché dans la tension régnant depuis deux millénaires entre mesure grecque et démesure chrétienne s'il est vrai, comme le pensait Rudolf Kassner, que « la conversion est l'unique mesure, l'unique loi, l'unique grandeur de l'homme démesuré, du chrétien ». D'où la question : l'Europe est-elle en train de perdre la « mesure » qui lui était propre, et avec elle l'équilibre que nous enviaient jusqu'alors les habitants des autres continents ? La perdre du fait du nivellement culturel imposé par la mondialisation d'une part, et de la saturation de ses capacités d'adaptation, d'assimilation, d'intégration, d'autre part. C'est donc bien le rapport du Même et de l'Autre qui est en train de se jouer en Europe, mais qu'adviendra-t-il de l'altérité si elle ne trouve plus aucun pôle de référence à peu près stable par rapport à quoi se situer ?

Personne d'un tant soit peu cultivé ne songerait cependant à contester que l'Europe, telle que nous la connaissons aujourd'hui, s'est pour une part façonnée à partir d'éléments étrangers qu'elle a su assimiler, transformer, incorporer à une réalité culturelle nouvelle en constante évolution. Paul Valéry en dénombrait trois principaux ─ grec, romain et chrétien ─ et voyait en eux les repères permettant de distinguer ce qui est européen et ce qui ne l'est pas : « Toute race et toute terre qui a été successivement romanisée, christianisée et soumise, quant à l'esprit, à la discipline des Grecs, est absolument européenne », disait-il. Partageons-nous encore une telle certitude, par ailleurs fondée sur la souveraineté reconnue à l'esprit humain ? Une souveraineté faite d'indépendance, d'insoumission, mais aussi d'inquiétude ; d'une insatisfaction permanente et d'une volonté de puissance pouvant aller jusqu'à la violence : un « idéalisme héroïque », disait Maria Zambrano. quoi qu'il en soit les critères selon lesquels définir l'esprit en ce qu'il a d'européen paraissaient relativement précis à Paul Valéry et à nombre de ses contemporains, car indéniables historiquement et culturellement parlant. C'est aussi pourquoi son analyse de la « crise de l'esprit » pouvait s'adosser à ces certitudes, et nous paraît rétrospectivement d'une lumineuse clarté au regard des verdicts hasardeux et souvent résignés qu'on nous impose aujourd'hui quant au destin européen : l'Europe aurait fait son temps, et serait de surcroît responsable de son propre déclin.

Rupture ou continuité ?

A supposer que nous surmontions tous ces blocages, et parvenions à mettre en évidence l'existence d'une sorte d'invariant culturel plus ou moins commun à la plupart des pays européens - une attitude commune face à la « formation » de l'homme nommée culture, dirais-je plutôt -, en quoi la crise affectant depuis quelques décennies l'identité culturelle de l'Europe diffère-t-elle de celles d'hier ou d'avant-hier ? Car enfin, Nietzsche parlait déjà de crise dans le dernier quart du XIXe siècle, puis d'autres illustres penseurs après lui : Paul Valéry, Thomas Mann, José Ortega y Gasset, Julien Benda, Georges Bernanos... Y a-t-il ou non continuité entre la crise d'hier, telle qu'elle a été décrite avec une belle unanimité par la plupart des grands penseurs européens dans l'entre-deux-guerres, et celle d'aujourd'hui dont on nous dit qu'elle pourrait confirmer le déclin inéluctable de l'Europe ? La continuité est frappante dès qu'on s'intéresse de plus près à certaines des manifestations de la « crise de l'esprit » si remarquablement décrite par Valéry, qui tend d'ailleurs à y voir l'expression même de la modernité : « L'homme moderne s'enivre de dissipation », écrivait-il en 1932, rendant d'ores et déjà perceptible ce qui saute aujourd'hui aux yeux : que l'homme moderne voue en effet un culte idolâtre à l'« énergie », quitte à en être intoxiqué et à bientôt ressentir la très paradoxale « monotonie de la nouveauté ». Entrons plus avant dans les détails, et la continuité devient encore plus parlante : déteriorisation du rapport au langage, dispersion, désordre mental, futilité des préoccupations... Quand Jan Huizinga forge dans les années 1930, pour décrire cette situation nouvelle, le terme de « puérilisme », on croit déjà entendre Philippe Muray décrivant Festivus festivus au cours de ses entretiens avec Élisabeth Lévy. Lorsque Maria Zambrano constate l'émergence d'une nouvelle attitude de l'Européen et parle à ce propos de « servilité devant les faits, les faits atomisés », l'écho est immédiat dans la rengaine fataliste actuelle : Que faire ? On n'y peut rien... et d'ailleurs il en a toujours été ainsi, etc.

Quand Valéry déplore que l'école soit concurrencée par trop de sources de savoir pour conserver son autorité, c'est la situation catastrophique des établissements scolaires français qui nous semble décrite et c'est, plus largement, la débâcle culturelle actuelle qui déjà se profile dans certaines de ses prémisses, telles que les a énoncés Thomas Mann : « Les jeunes ignorent la culture dans son sens le plus élevé, le plus profond. Ils ignorent ce qu'est travailler à soi-même. Ils ne savent plus rien de la responsabilité individuelle, et trouvent toutes leurs commodités dans la vie collective. La vie collective, comparée à la vie individuelle, est la sphère de la facilité. Facilité qui va jusqu'au pire abondons. Cette génération ne désire que prendre congé à jamais de son propre moi. Ce qu'elle veut, ce qu'elle aime, c'est l'ivresse ». Tout semble donc prêt, dès les années 1930, pour accueillir les « réseaux sociaux » dans les mailles desquels des millions de gens, restés plus ou moins adolescents, dilapident aujourd'hui leur temps, leur concentration d'esprit, leur santé et leur réputation parfois. Mais qu'à cela ne tienne : on nous annonce que des systèmes encore plus performants seront bientôt sur le marché, qui aggraveront encore cette dispersion, rendront peut-être irréversible ce gâchis des intelligences les plus vulnérables à ces nouvelles formes de conditionnement par le « social », devenu si omniprésent qu'on peut difficilement ne pas y déceler une nouvelle forme de totalitarisme.

Que de différences pourtant sous d'indéniables continuités entre hier et aujourd'hui ! On pensait en effet dans l'entre-deux-guerres pouvoir imputer la crise de la conscience et de la culture européennes à la montée en puissance des masses, animés par une aspiration légitime à la culture ne pouvant que fragiliser l'image élitiste qu'on s'en était jusqu'alors faite. On aimerait donc savoir si l'inquiétude des grands penseurs européens face à ce phénomène n'était qu'un préjugé de classe, fort heureusement surmonté par la démocratisation de la culture ─ le terme de « masse », ne faisant alors qu'exprimer un désarroi des élites face à cette onde de choc que fut la « révolte des masses » (Ortega y Gasset), bientôt suivie par ce mouvement correcteur qu'aurait été la « culture de masse ». En bref, s'agit-il là d'une défaite définitive de la culture dont les aspirations les plus ahutes, devenues inaccessibles au plus grand nombre, auraient en retour entraîné la démission des clercs, ou tout au contraire d'une élévation si incontestable du niveau général des esprits que la référence aux masses deviendrait quasiment injurieuse ? Faute de s'être au moins posé ces questions, on est conduit à constater que la manifestation grandissante des esprits va aujourd'hui de pair avec une disparition des masses miraculeusement reconverties en public, en auditoire, à la rigueur en foules les jours de grande affluence dans ces deux hauts lieux, ces lieux saints de la culture que sont devenus à égalité les stades et les musées.

Mais il y a plus grave, plus décisif aussi quant à une éventuelle sortie de crise. Il y a la confiance que l'on mettait encore, au début du XXe siècle, dans les ressources inépuisables de l'esprit alors même qu'on le savait en crise, en Europe tout au moins. Ce qui est manifeste dans les proclamations de Valéry est tout aussi présent, ou au moins sous-jacent, chez les penseurs qui lui sont contemporains : l'esprit ne saurait vraiment décliner, et encore moins mourir. Les convulsions qui sont présentement les siennes attestent d'une vie qui lui est propre et qui inclut cette lutte intestine, ces contradictions intimes, cette mésentente de soi à soi dont le Journal de Gide est l'éclatant témoignage, parmi d'autres documents d'époque. Ni le « désordre de notre époque mentale » sur quoi insista tant Valéry, ni la confusion et la démoralisation qui s'ensuivent ne pouvait à l'époque entamer la certitude que l'esprit régénère et finalement guérit ce qu'il a détruit, comme l'affirmait déjà Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit et dans ses cours sur la philosophie de la religion où l'esprit, porteur de cette sorte de péché originel qu'est la volonté de connaître à tout prix, se révèle capable d'auto-guérison et de rédemption. C'est donc l'époque tout entière qui, dira plus tard Thomas Mann, se trouve « prise dans les douleurs de la transition ». Une époque en train d'accoucher du futur, en somme, mais d'un futur qui, étant radicalement nouveau suppose-t-on, aggrave les douleurs ordinaires de l'enfantement.

D'où le recours à des métaphores à première vue surprenantes, et qu'on croyait d'un autre âge : celle du phénix renaissant de ses cendres par exemple, par quoi Husserl clôt sa méditation sur « La crise des sciences européennes et la philosophie » (1936) ; ou celle, plus parlante encore, utilisée par Valéry à propos des pouvoirs quasi miraculeux de l'esprit : « Il est une véritable pierre philosophale, un agent de transmutation de toutes choses matérielles et spirituelles ». Qui oserait encore parler ainsi ? On mesure alors tout ce qui sépare de l'Europe actuelle de cette vision à la fois très lucide et très créatrice de la vie de l'esprit, sous-tendant toutes les autres opérations par quoi se régénère au jour le jour une culture : le travail, les liens sociaux, l'idée qu'une collectivité se fait de son passé comme de son avenir. Pour avoir été le « continent-mère de la modernité », comme dit Sloterdijk, et pour avoir été le laboratoire où la vie de l'esprit a connu ses tourments les plus sombres, l'Europe ne pourrait-elle se montrer capable de vivre son apparent déclin comme le signe avant-coureur d'une nouvelle métamorphose ? En quoi cette vérité d'hier se pourrait-elle être celle de demain, si tant est que les Européens retrouvent confiance en leur destin commun ?

Toute situation de crise a, il est vrai, ceci de dangereux, surtout si elle s'éternise, qu'elle anesthésie, émousse jour après jour le désir d'en sortir. Si la crise actuelle est aussi grave, non seulement d'un point de vue économique mais quant à la passivité désenchantée qu'elle suscite dans les esprits, c'est qu'elle ne peut être perçue comme une difficile mais prometteuse transition, puisque personne n'est capable d'indiquer vers quoi pourrait avoir lieu ce transit. En bref, quand c'est l'idéologie moderniste du progrès qui fait faillite, à qui fera-t-on croire qu'on ne s'achemine pas, de crise en crise, vers une inéluctable régression ? Qui parmi les Européens serait prêt à admettre que la modernité, qui s'était donnée pour projet l'horizon infini de la découverte et de la conquête, est désormais contrainte de revoir à la baisse ses ambitions ? La plus grosse difficulté est pourtant là : dans la capacité des Européens à reconvertir cette relative faillite en transition, non pas vers le même projet, retrouvant comme par miracle un second souffle, mais vers une réappropriation de ce qui, dans l'héritage culturel européen, permettrait la métamorphose envisagée par Nietzsche : « L'Europe est une malade qui doit une suprême reconnaissance à son incurabilité et à l'éternelle métamorphose de sa souffrance : ces situations, ces dangers, ces douleurs et ces expédients par leur renouvellement incessant ont fini par provoquer cette irascibilité intellectuelle qui est presque autant que du génie, et en tout cas la mère de tout génie. ».

Il ne s'agirait plus en tout cas pour l'Europe d'être à tout prix « moderne », puisque d'autres pays ont pris le relais et vivent à leur tour cette crise d'adolescence de l'esprit, de plus en plus risquée d'ailleurs, puisqu'on sait moins que jamais jusqu'où l'appétit de nouveauté propre aux temps modernes va conduire l'humanité enrôlée sous sa bannière. S'agit-il même encore, pour l'Europe actuelle, d'exporter l'universel ? Des instances internationales sont désormais là pour cela, du moins en principe, qui auront tôt ou tard à s'interroger sur la meilleure manière de gérer, à l'échelle planétaire, la remontée des particularismes culturels et le refus, clairement affiché par certains peuples, de vivre sous la loi d'une universalité qui ferait implicitement d'eux des « Européens ». Ce n'est pas non plus d'être anti-moderne à tout prix qu'il s'agit, au risque d'aggraver encore la faille entre les esprits. Mieux vaudrait tenter d'être autrement moderne en renonçant à vénérer les causes d'un échec devenu manifeste ; en apprenant à le devenir de manière moins fanatique et donc à la fois plus inactuelle et plus intempestive, comme le préconisait Nietzsche. Peut-être le temps est-il venu pour l'Europe de prendre au mot ou au moins à demi-mot ceux qui la disent « vieille », et d'assumer la vertu de pondération, de sobriété reconnue par la vox populi à la vieillesse.

Disant cela, je ne pense pas seulement au rôle d'arbitre, de conseillère avisée qu'on pourrait être tenté de lui faire jouer sur la scène mondiale, tant en raison de sa vieillesse présumée que du sens de la mesure caractérisant les périodes les plus florissantes de sa culture. Je pense à une attitude plus exemplaire encore qui concerne son rapport au passé et à ce patrimoine d'une exceptionnelle diversité, et qualité, que tout être humain sur cette terre aurait désormais le droit de s'approprier sauf les Européens eux-mêmes, tout juste promus au rang de gardiens de musée, voire de guides touristiques pour clients étrangers fortunés. Car en « muséifiant » de manière très professionnelle le patrimoine, rendu ainsi accessible à tout un chacun sous une forme scientifique et donc soi-disant neutre, on s'emploie consciemment ou non à en relativiser à tout prix la portée affective, culturelle et plus encore spirituelle susceptible de toucher un public plus spécifiquement européen. Si ce phénomène est  perceptible dans la plupart des grands musées du monde gagnés par la volonté d'être  résolument modernes, il devient en Europe le signe de la distance séparant désormais les Européens de leur propre culture.

Cherchant à définir l'esprit européen, Paul Claudel disait qu'il se caractérise par un « état général d'alerte et de mobilisation des cœurs et des esprits ». Une telle mobilisation a longtemps répondu à l'appel de la surenchère progressive ─ toujours au-delà, encore davantage ─ exaltant cette vertu moderne par excellence qu'est, selon Hans Blumenberg, la curiosité d'esprit. Il est donc grand temps que les Européens réapprennent, sans forfanterie ni mauvaise conscience, à se réapproprier avec une non moins grande curiosité leur culture, et à redécouvrir qu'elle n'inclut pas seulement les œuvres de grande valeur conservées dans les musées d'Europe, mais un savoir-faire et un savoir-être au quotidien dont la perte ferait de nous à la fois des sauvages et des barbares, pour reprendre une distinction de Schiller dont les Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme (1785) mériteraient à cet égard de devenir le bréviaire de l'Européen cultivé de demain.

Françoise Bonardel (Krisis n°41, septembre 2015)

 

02/07/2014

La crise des représentations...

Nous vous signalons la publication du onzième numéro de la revue Perspectives libres consacré à la crise des représentations. La revue Perspectives libres, dirigée par Pierre-Yves Rougeyron, est publiée sous couvert du Cercle Aristote et est disponible sur le site de la revue ou auprès de l'Association des amis de la revue Perspectives libre (11 rue de Javel, 75015 Paris) contre un chèque de 14 euros.

 

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Au sommaire :

Pierre-Yves ROUGEYRON : « Raconter et mourir »

Dossier : La crise des représentations

Françoise BONARDEL : « La grande braderie »

Dominique Jacques ROTH : « Crise de la représentation »

Véronique HERVOUËT : « De la croyance dans les sciences à la crise des représentations »

Jean-François GAUTIER : « Le chaos de l’uniformité »

Libres pensées

Erik S. REINERT et Rainer KATTEL : « L’élargissement à l’Est, une tentative de suicide européenne ? »

Libres propos

Norman PALMA : « Le Pape Alexandre VI Borgia et l’Histoire universelle »

Julien FUNNARO : « L’art à l’époque du néo-libéralisme »

Diego FUSARO : « En mémoire de Costanzo Preve »

Philippe ARONDEL : « Europe : les chrétiens au pied du mur »

Xavier DUPRET : « L’inévitable sortie unilatérale de la zone euro. La piste bancaire »

Alberto BUELA : « Le retour arétéique »

Ekaterina NAROTCHNITSKAYA : « Le multiculturalisme en tant que conception de philosophie politique »

Norman PALMA : « Karl Polanyi et l’utopie libérale »

Claude BOURRINET : « Une école identitaire peut-elle exister ? »

Documents

Document 1
Minutes des réunions du Secrétaire d’Etat Kissinger, 25 avril, 1974

Document 2
Memorandum pour le président, 3 juin, 1975, de Arthur Burns

 

Norman PALMA : « L’or et le système monétaire international »

24/04/2014

Quelle Europe ?...

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Le rêve européen s’est transformé en cauchemar. L’Union européenne traverse une crise de légitimité sans précédent. Et le spectacle qu’elle offre n’a rien pour enthousiasmer. Le sentiment le plus répandu est que l’Europe se construit désormais contre les Européens. Un sondage Ipsos a révélé que 70 % des Français souhaitent « limiter les pouvoirs de l’Europe ». Comment en est-on arrivé là ?

À l’occasion de la parution du numéro spécial «Europe» de la revue Eléments n°151, la rédaction a le plaisir de vous inviter à participer au colloque «Europe-marché ou Europe-puissance ?», le samedi 26 avril prochain, qui aura lieu de 15 à 19 heures à Paris, à l'ASIEM (6 rue Albert de Lapparent 7e arrondissement).

Invités du colloque

• Eric Maulin, professeur à l’université de Strasbourg et vice-président du Forum Carolus,

• Gérard Dussouy, professeur de géopolitique à l'université de Bordeaux,

• Magali Pernin, spécialiste en droit public, animatrice du site contrelacour.fr,

• Françoise Bonardel, philosophe, professeur à l'université de Paris Panthéon-Sorbonne,

• Paul-Marie Coûteaux, essayiste,

• Pierre Le Vigan, écrivain et journaliste d’Éléments,

• Alain de Benoist, essayiste et directeur de Krisis et Nouvelle Ecole.

24/03/2014

Europe-marché ou Europe-puissance ?...

Colloque éléments europe.jpg

À l’occasion de la parution d'un numéro spécial «Europe», la revue Eléments a le plaisir de vous inviter à participer au colloque «Europe-marché ou Europe-puissance ?», le samedi 26 avril prochain, qui aura lieu de 15 à 19 heures à Paris, à l'ASIEM.

Le rêve européen s’est transformé en cauchemar. L’Union européenne traverse une crise de légitimité sans précédent. Et le spectacle qu’elle offre n’a rien pour enthousiasmer. Le sentiment le plus répandu est que l’Europe se construit désormais contre les Européens. Un sondage Ipsos a révélé que 70 % des Français souhaitent « limiter les pouvoirs de l’Europe ». Comment en est-on arrivé là ?

Invités du colloque

Eric Maulin, professeur à l’université de Strasbourg et vice-président du Forum Carolus,

Gérard Dussouy, professeur de géopolitique à l'université de Bordeaux,

Magali Pernin, spécialiste en droit public, animatrice du site contrelacour.fr,

Françoise Bonardel, philosophe, professeur à l'université de Paris Panthéon-Sorbonne,

Paul-Marie Coûteaux, essayiste,

Pierre Le Vigan, écrivain et journaliste d’Éléments,

• Alain de Benoist, essayiste et directeur de Krisis et Nouvelle Ecole.