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fascisme

  • Pourquoi tout est désormais fasciste...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Natasha Burge, auteur et publiciste américaine, cueilli sur Euro-Synergies et consacré à la fascisation de toute critique de la "société ouverte"...

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    Pourquoi tout est désormais fasciste

    La tyrannie de l’ouverture

    Certains de mes anciens amis publiaient des messages à mon sujet en ligne, déplorant ce triste constat: «Natasha a complètement déraillé et est devenue fasciste».

    Lesquelles de mes opinions politiques ont conduit ces anciens amis à me qualifier de fasciste? Des choses comme: une politique d’immigration raisonnable est une bonne chose. Les transitions de genre chez les enfants sont une mauvaise chose. Le deuxième amendement est une bonne chose. La famille nucléaire est une bonne chose. La délocalisation des emplois est une mauvaise chose. L’ordre public est une bonne chose.

    Je connais réellement la définition du fascisme, et je sais donc que mes convictions politiques en sont très éloignées. Mais je sais aussi que je ne suis pas la seule à qui cela est arrivé.

    Pourquoi est-il donc devenu courant de qualifier machinalement de fasciste quiconque s’écarte du dogme libéral ?

    L’ouverture ou Auschwitz

    Pour répondre à cette question, nous devons comprendre à quel point la Seconde Guerre mondiale a traumatisé le monde occidental. Des millions de personnes ont été tuées et des millions d’autres ont dû affronter les conséquences du conflit. Une grande partie de l’Europe était littéralement en ruines — villes rasées, économies dévastées, légitimité politique épuisée — et devait être reconstruite.

    Les planificateurs gouvernementaux, les économistes et les intellectuels furent contraints de se demander, en termes concrets, comment reconstruire les nations de manière à empêcher une nouvelle descente dans le totalitarisme. «Plus jamais ça» devint leur principe directeur — mais il leur fallait d’abord comprendre pourquoi tant de personnes avaient succombé au fascisme. Après tout, celui-ci n’avait pas surgi de nulle part, avec ses bottes militaires et ses rassemblements: où avait-il véritablement commencé?

    Ces experts en vinrent à penser que les racines du fascisme résidaient dans des habitudes mentales acquises dès les premières années de la vie. Même des traits normaux, que nous considérerions autrement comme ordinaires, furent désormais perçus comme susceptibles de préparer les individus à accepter le totalitarisme.

    Il s’agissait notamment de traits tels que l’obéissance aux figures d’autorité, le malaise face à la différence et la tendance à accepter la tradition. Même une ferme conviction quant à ce qui est bien ou mal était jugée dangereuse, parce qu’elle apprenait aux gens à voir le monde en termes absolus. Les structures familiales traditionnelles — les parents et les enfants — étaient désormais considérées comme des lieux de formation à une hiérarchie dangereuse, apprenant aux enfants l’obéissance aveugle et la soumission à l’autorité. L’attachement d’une communauté à son histoire était devenu périlleux, car il rendait les gens réceptifs à une pensée fondée sur l’exclusion.

    Des objections furent formulées.

    Certains firent remarquer que les caractéristiques sociales désormais considérées comme de possibles vecteurs du fascisme avaient longtemps fait partie de la vie occidentale sans déboucher sur l’autoritarisme. D’autres soutinrent que le fascisme pouvait être considéré, de manière plus pertinente, comme le résultat de l’effondrement de la tradition. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne avait été dévastée par le chaos social et économique, laissant sa population vulnérable à un mouvement politique qui promettait une autorité résolue et des certitudes morales.

    Mais les experts qui façonnaient les institutions de l’après-guerre avaient vécu la guerre totale, le génocide et le quasi-effondrement de l’Europe; ils étaient traumatisés, et les personnes traumatisées identifient souvent mal les causes et s’accrochent à des solutions totalisantes.

    Les traditions occidentales, l’héritage culturel et la structure familiale en vinrent donc à être considérés comme des terreaux du proto-fascisme. La réponse à la question «Comment empêcher que cela ne se reproduise jamais?» paraissait dès lors évidente: affaiblir tout ce qui était susceptible de produire une pensée fasciste.

    Dans son livre The Return of the Strong Gods, R. R. Reno retrace l’élaboration de cet effort d’après-guerre en examinant la pensée des figures influentes dont les travaux l’ont orienté, notamment Karl Popper, Friedrich Hayek et Theodor Adorno. Par l’intermédiaire de livres, d’essais, de colloques universitaires, de conseils en matière de politiques publiques et du façonnement des institutions culturelles, ces idées furent reprises par la classe dirigeante afin de créer l’impératif directeur du monde occidental: "l’ouverture ou Auschwitz".

    Cette refonte ne fut pas menée de manière secrète ou conspiratrice; au contraire, elle fut largement débattue, puis généralement accueillie avec soulagement et célébrée: les experts avaient trouvé comment réformer la société afin que nous puissions vivre dans la prospérité et la paix! Ces idées furent donc diffusées dans les livres, les écoles, les universités et les institutions internationales, puis adoptées par le public comme une sorte de vaccin moral destiné à empêcher une nouvelle et dangereuse flambée de guerre.

    Cette «ouverture» devait rééquilibrer les normes du monde occidental, en renforçant sainement les tendances libérales qui existaient déjà depuis longtemps, afin d’atténuer les pulsions autoritaires. Les gens pouvaient encore aimer leur pays — mais pas trop fortement. Ils devaient se montrer sceptiques à l’égard de l’autorité. Ils devaient être ouverts aux autres cultures et ne jamais considérer la leur comme supérieure. Quelles que soient leurs croyances religieuses, celles-ci devaient demeurer privées et ne pas être imposées aux autres. Les Occidentaux devaient être ouverts d’esprit et non idéologiques.

    Mais après une guerre qui avait semblé annoncer la fin du monde, l’éthique de l’ouverture s’accompagnait, de manière compréhensible, d’un sentiment de supériorité morale. Et ce sentiment de supériorité acquit progressivement une force de persuasion toujours plus grande.

    Comme l’écrit N. S. Lyons: «Si l’on suppose que les seules options sont “la société ouverte ou Auschwitz”, alors maintenir une tolérance zéro à l’égard des valeurs supposées de la société fermée devient, dans les faits, un commandement moral. S’opposer à quelque aspect que ce soit de l’ouverture de la société et de la libération individuelle — de la sécularisation à la révolution sexuelle et aux droits des personnes LGBTQ, en passant par la libre circulation des migrants — revenait à faire le travail de Hitler et à risquer de favoriser le retour du fascisme, aussi éloigné du fascisme réel que puisse être le sujet concerné».

    L’impératif d’ouverture devint ainsi toujours plus dogmatique.

    Les médias célébraient la transgression des normes tout en présentant la famille, la religion et le patriotisme comme pittoresques, mais archaïques. Dans l’enseignement, la transmission de la sagesse céda la place à l’encouragement du scepticisme. L’identité nationale fut diluée dans des valeurs abstraites sans rapport avec l’héritage historique. L’immigration augmenta régulièrement, tandis que l’idéal d’assimilation était remplacé par le multiculturalisme.

    En politique, l’ouverture s’exprimait par la gouvernance supranationale et des garde-fous bureaucratiques. Dans l’économie, les marchés libres et le commerce mondialisé devaient affaiblir le nationalisme. En psychologie, les convictions fermes étaient perçues comme les signes d’une rigidité pathologique; être mentalement sain signifiait être ouvert d’esprit. Dans l’art, la subversion provocatrice remplaça la beauté et le sens. Dans la vie familiale, la famille nucléaire fut redéfinie comme oppressive. Quant aux rôles de genre, les distinctions fixes étaient désormais considérées comme des entraves arbitraires qu’il fallait renverser.

    Ces idées se propagèrent comme les idées se propagent habituellement : par le prestige, les incitations et l’imitation. Rares étaient ceux qui concevaient cette poussée vers l’ouverture comme la promotion d’une idéologie particulière, tant la société était saturée par le message ambiant selon lequel l’ouverture était bonne et la fermeture mauvaise. La plupart des gens l’acceptaient comme une évidence: ce n’est pas faire de la politique, c’est simplement être quelqu’un de bien!

    Pour progresser dans l’administration, le monde universitaire, les médias et les entreprises, il fallait évoluer parmi des personnes formées à la même vision du monde. Ainsi, sans qu’aucune cabale occulte soit nécessaire, un ensemble commun d’idées en vint à dominer une grande partie du monde occidental, simplement parce que leur adoption constituait le prix à payer pour accéder au statut, à l’influence et à la légitimité.

    La guerre froide donna aux États-Unis une menace existentielle autour de laquelle se rassembler, ce qui nécessitait d’attiser le patriotisme et de mobiliser l’effort national, retardant ainsi l’anéantissement complet des normes. Mais les années 1950, souvent dénoncées comme conformistes, ne l’étaient pas davantage que n’importe quelle autre décennie. Elles furent néanmoins l’époque où les «experts» devinrent obsédés par la conformité, qu’ils considéraient comme annonciatrice du fascisme. La révolution culturelle des années 1960 ne devrait donc pas être perçue comme un soulèvement spontané, mais comme le moment où la volonté, imposée d’en haut, de dissoudre les normes sociales produisit pleinement ses effets.

    Lorsque l’URSS s’effondra, il ne restait presque plus rien pour empêcher la dissolution totale. On pouvait ergoter sur la vitesse précise à laquelle le progrès devait avancer, mais tel était le mandat directeur dans l’ensemble du spectre politique. Aux États-Unis, les démocrates privilégiaient l’ouverture culturelle, cherchant, au nom de la tolérance, à dissoudre les normes sociales relatives à la famille, à la culture, au genre et à la religion. Les républicains privilégiaient l’ouverture économique par l’intermédiaire des marchés libres et de la mondialisation, tout en tentant de préserver les normes sociales. Mais dès les années 1990, les démocrates avaient accepté la mondialisation, tandis que les républicains reprenaient le discours sur la diversité avec autant d’insistance que n’importe qui d’autre.

    Au tournant du millénaire, la «société ouverte» avait triomphé. Comme l’écrit Lyons: «Depuis maintenant huit décennies, les anciennes élites, de gauche comme de droite, sont unies par la priorité commune qu’elles accordent à la société ouverte et à ses valeurs».

    Ainsi, toute limite doit aujourd’hui être éliminée. L’ouverture des frontières est une nécessité morale. Le sexe biologique est une construction sociale qu’il faut dépasser. Le mariage peut être redéfini à l’infini. Les nations sont des abstractions dépourvues de toute prétention morale. L’histoire est une chose dont il faut s’excuser. La religion est une excentricité privée. La mondialisation est inévitable. La seule cause autour de laquelle il reste permis de se rassembler, le seul trait distinctif que l’Occident est autorisé à revendiquer, est la célébration du principe selon lequel «la diversité est notre force» — car la diversité est, bien entendu, le symbole ultime de l’absence de toute identité commune.

    Le danger de la dissidence

    Il s’avère que vouloir dissoudre toutes les normes communes et tous les liens hérités afin de transformer le monde en un centre commercial mondialisé, où les individus ne sont unis que par leur désir d’acheter la prochaine nouveauté, présente quelques inconvénients.

    La société ouverte a profité à une minorité tout en nuisant à la majorité.

    L’ouverture économique a vidé les industries de leur substance et privé des régions entières d’emplois stables, aggravant les inégalités de revenus. Les pressions sociales et la dégradation de la qualité de vie ont conduit de nombreuses personnes à retarder la fondation d’une famille ou à y renoncer.

    L’immigration de masse a rapidement modifié la démographie, transformant les habitants en étrangers dans leur propre ville, tout en comprimant les salaires et en surchargeant les services sociaux. Les institutions civiques et les Églises se sont affaiblies, laissant aux individus moins d’endroits où éprouver un sentiment d’appartenance. Les institutions d’élite ont enseigné que l’héritage américain était honteux, plongeant les gens dans une relation conflictuelle avec le passé qui leur avait autrefois donné une identité.

    De multiples façons, grandes et petites, l’impératif d’ouverture a privé la vie des gens de sens, de prospérité et de sentiment d’appartenance.

    Mais toute opposition est jugée dangereuse. Faire remarquer que cet impératif a causé des dommages réels revient à trahir le consensus occidental. Manifester de l’affection pour les normes héritées revient à se révéler fasciste. Et dès lors qu’une personne est considérée comme fasciste, il n’est plus nécessaire d’examiner ses arguments: ils peuvent être écartés d’emblée comme dangereux.

    Les personnes les plus durement touchées appartiennent à la classe ouvrière. Mais comme le consensus de l’après-guerre a défait la solidarité nationale, les élites américaines se soucient peu de cette classe. En réalité, elles la méprisent souvent et ne font aucun effort pour le dissimuler. Après tout, les Américains de la classe ouvrière sont considérés comme plus patriotes, plus religieux et plus conservateurs que les classes supérieures. Et puisque nous savons désormais que toutes ces caractéristiques sont crypto-fascistes, nous devons les regarder de haut afin de montrer clairement que nous sommes du côté des gentils.

    Tout responsable politique perçu comme une menace pour l’ordre établi provoque également l’union de celui-ci dans un torrent de condamnations. L’apparition de telles figures politiques perturbatrices ne renverse pas véritablement une vision du monde implantée depuis des générations dans l’enseignement, la bureaucratie, les médias et même la vie des entreprises. Quels que soient les chocs électoraux, la logique qui a érigé l’ouverture en impératif moral par défaut demeure intacte et continue à se reproduire.

    Il s’agit d’ailleurs d’une stratégie de domination efficace: l’ordre établi pousse constamment vers une ouverture maximale afin d’empêcher le prétendu retour du fascisme. Toute critique est interprétée comme la preuve que le fascisme subsiste, ce qui donne à l’ordre établi le mandat d’ignorer toutes les protestations et de poursuivre son programme — tout en se présentant comme héroïque.

    Et le travail de première ligne de l’ordre établi est accompli par des personnes telles que mes anciens amis, qui constituent son appareil de censure décentralisé. Comme l’écrit Auron MacIntyre (photo) dans son livre Total State: How Liberal Democracies Become Tyrannies: «Le citoyen moderne vit dans un panoptique composé de collègues, de membres de sa famille, d’amis et de supérieurs. Chacun cherche constamment à s’assurer non seulement qu’aucune pensée incorrecte ne soit jamais exprimée publiquement, mais aussi qu’un flux suffisant de pensées correctes soit consciencieusement publié».

    L’impératif d’ouverture est devenu une forme de signalement propre aux élites, une manière de montrer que l’on est supérieur aux ploucs assez vulgaires pour y trouver à redire. Ironiquement, cette «ouverture» est encore présentée comme subversive, alors même qu’elle bénéficie de l’approbation — et des encouragements explicites — de l’ordre établi. En réalité, elle ne bouleverse rien et ne subvertit personne; elle ne fait que renforcer docilement les normes de la classe dirigeante.

    Une logique dévorante

    Il y a quelques années, je discutais avec un ami, un Américain d’âge mûr, instruit et ayant beaucoup voyagé. Nous avons commencé à parler de politique, et j’ai dit quelque chose comme: «L’Amérique a, comme tous les pays, des choses condamnables dans son passé, mais il y en a aussi beaucoup dont nous devrions être fiers. Nous avons accompli de bonnes choses pour le monde».

    Mon ami eut un mouvement de recul. Il se pencha physiquement en arrière et porta une main à sa poitrine.

    Puis, d’une voix choquée, il déclara: «Natasha, tu parles comme… une nationaliste».

    Le dernier mot dégoulinait d’effroi.

    Voilà où nous en sommes aujourd’hui, parce que le raisonnement de «l’ouverture ou Auschwitz» est totalisant. Dès lors que l’on pose comme prémisse que la seule manière d’empêcher le fascisme consiste à abolir toute limite, toute frontière, toute tradition et toute norme commune, on crée une logique dévorante qui doit tout détruire. Elle se déplace toujours plus vers la gauche et ne peut jamais s’arrêter. Elle ne peut jamais déclarer que l’on en a assez fait, car cela reviendrait à reconnaître que l’on peut aller trop loin, qu’il y a peut-être trop de progrès et que certaines choses devraient éventuellement être préservées.

    Et cela, bien entendu, serait fasciste.

    Nous vivons donc désormais dans un monde où tout est fasciste, notamment la forme physique, la consommation de lait, l’art classique, la mode, la littérature fantasy et les écrits consacrés à la nature.

    Ce qui avait commencé comme un effort bien intentionné de l’après-guerre finit par acquérir une vie propre. L’ouverture devint un acide répandu dans la société, dissolvant toute source commune de sens. En dépouillant les gens de ce qui leur avait été transmis — la famille, la foi, la culture et la confiance morale —, elle les a laissés isolés et, paradoxalement, plus vulnérables aux mouvements moraux coercitifs.

    Aujourd’hui, beaucoup s’accrochent à cette idéologie rigide, qui voit partout le spectre du fascisme et divise dogmatiquement le monde entre les purs et les damnés. Elle exige des catégories morales absolues tout en niant l’existence de tout fondement moral stable. Elle a donc construit un monde dans lequel tout constitue une menace, où le désaccord représente une faute morale et où chacun, tôt ou tard, est qualifié de fasciste.

    Natasha Burge (Euro-Synergies, 15 septembre 2026)

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  • Le Diable rit avec nous...

    Les éditions Récamier viennent de publier un roman de Xavier-Marie Bonnot intitulé Le diable rit avec nous. Réalisateur de documentaires, Xavier-Marie Bonnot est déjà l'auteur de plusieurs romans historiques.

     

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    " SS, nous rentrerons en France
      Chantant le chant du Diable.
      Avec nous hurle Satan
      Et nous en rions volontiers.
     
    (Chant de la division SS-Charlemagne)

    Tout commence par une photographie oubliée. Et par une rencontre. Celle d'un vieil homme, Charles Morin. Ancien de la Waffen-SS, passé par la Légion des volontaires français contre le bolchevisme. Il accepte de parler et de dire, sans détour ni repentir, ce qu'il a été. Face à lui, un narrateur hanté par son histoire familiale, par les silences et les zones grises d'un siècle ravagé.
    Des tranchées de la Grande Guerre à la fièvre de l'Indochine, des illusions politiques aux idéologies qui ont façonné l'Europe, se dessine le destin d'un homme – et à travers lui, la lente fabrique d'un fasciste.
    Comment naît l'adhésion à l'inhumain ? Comment devient-on celui qu'on aurait dû combattre ? Et que reste-t-il, aujourd'hui, de ces ténèbres que l'on croyait disparues ?

    Dans une langue tendue et habitée, Xavier-Marie Bonnot met au jour les héritages d'un siècle de violences et la persistance d'idées que l'on voudrait révolues. Il ne cherche pas à absoudre, mais à comprendre – au plus près."

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  • La gauche et le peuple : chronique d’un divorce...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des  vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré au violent divorce entre la gauche et le peuple...

     

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    La gauche et le peuple : chronique d’un divorce que les deux dames de Libération n’ont pas vu venir

    Au bar des Brisants, ces jours-ci, la chaleur avait quelque chose d’incongru, presque d’offensant. Une canicule inhabituelle pesait sur Lechiagat, sans ce souffle de mer qui d’ordinaire remet un peu d’ordre dans les corps et dans les pensées. La Bretagne elle-même semblait surprise d’être ainsi livrée à une fournaise de sous-préfecture méridionale. J’étais assis près de la vitre, un café noir devant moi, et je voyais, au dehors, la vedette des sauveteurs en mer immobile dans la lumière blanche, comme si même les hommes du secours attendaient que l’air redevînt respirable.

    Cette torpeur fut rompue par deux dames d’un âge respectable, cheveux courts tirant vers le bleu, lunettes rondes, allure de militantes revenues de toutes les causes sauf de leurs illusions, qui tenaient Libération comme on tient encore un bréviaire quand on n’a plus la foi, mais que demeure le rite. Elles commentaient une tribune de Michèle Riot-Sarcey, historienne, publiée sous un titre d’époque : « Face à l’extrême droite, sortir de la sidération et de la fatalité ». Le ton était grave, presque liturgique. Il fallait réveiller la démocratie, mobiliser les consciences, faire appel au peuple, convoquer les associations, reprendre la rue, ouvrir des assemblées, tenir des débats contradictoires, conjurer le fascisme.

    Je les écoutais d’abord par politesse de comptoir, puis avec cette attention oblique que donnent les cafés de bord de mer, lorsque l’on regarde au loin en feignant de ne pas entendre ce qui se dit à deux tables de soi. Le vocabulaire m’était familier. Il avait le parfum jauni des tracts ronéotés, des réunions interminables, des comités d’action, de ces soirs où l’on croyait encore que le monde attendait la gauche comme on attend une délivrance. Les deux dames parlaient du peuple avec une tendresse abstraite, un peu comme on parle d’un enfant disparu dont on refuse de reconnaître qu’il est devenu un adulte hostile.

    De retour à la maison, sur mon ordinateur, avec en tête ces deux têtes bleues penchées sur leur journal, je me suis plongé à mon tour dans la tribune. Elle est intéressante, non parce qu’elle nous apprend quelque chose de neuf, mais précisément parce qu’elle ne nous apprend rien. Elle a cette vertu documentaire des textes qui résument une époque finissante : tout y est. La peur du fascisme, l’appel au sursaut démocratique, l’accusation du capitalisme prédateur, la dénonciation de la droite propriétaire, patriote et familiale, la nostalgie d’une mobilisation populaire, la confession partielle des crimes ou compromissions de la gauche, et, au bout du compte, l’incapacité à comprendre que le peuple invoqué n’est plus là.

    L’historienne commence par rappeler que l’histoire ne se répète jamais, mais que nous ne sommes pas à l’abri d’un retour de formes autoritaires évoquant le fascisme européen. La prudence de la formule mérite d’être notée. Elle évite l’assimilation pure et simple, puis revient aussitôt, par le détour de la ressemblance, à l’équivalence morale. C’est une vieille figure rhétorique. On déclare ne pas confondre, pour pouvoir suggérer plus fortement encore. L’adversaire n’est pas seulement un adversaire. Il est le prélude possible d’une catastrophe dont chacun connaît les images scolaires : chemises, bottes, défilés, camps, ruines fumantes.

    Historiquement, le procédé n’est pas innocent. Depuis quarante ans, la gauche européenne a remplacé l’espérance sociale par la gestion mémorielle de la peur. Ayant perdu l’avenir, elle administre le passé. Elle ne promet plus guère le monde nouveau, elle menace du monde ancien. Le fascisme, qui fut un phénomène précis, daté, enraciné dans la guerre totale, la brutalisation des sociétés, la crise des empires, la peur du bolchevisme, la misère de l’après 1918 et le discrédit du parlementarisme libéral, devient une catégorie flottante. Elle sert à désigner toute réaction populaire échappant à l’encadrement moral de la gauche.

    Le plus frappant, dans cette tribune, n’est pourtant pas ce qu’elle dit. C’est ce qu’elle ne dit jamais. À aucun moment l’historienne ne nomme vraiment ce qui préoccupe les Français, comme d’ailleurs beaucoup d’Européens : l’insécurité quotidienne, la dépossession culturelle, l’immigration de masse, l’effondrement scolaire, la pression fiscale, la dégradation des services publics, la concurrence sociale, la difficulté de se loger, la solitude des campagnes, l’abandon des villes moyennes, la disparition des anciennes sociabilités populaires, la crainte de voir ses enfants vivre dans un pays devenu méconnaissable. Tout cela est absent, ou plutôt tout cela n’apparaît que sous forme pathologique, comme si ces inquiétudes ne pouvaient être que des symptômes de peur, d’ignorance ou de ressentiment.

    C’est là que l’affaire se gâte. À force d’étendre le mot fascisme à tout ce qui contrarie son monde, la gauche l’a vidé de sa substance historique. Elle voit du fascisme dans la demande d’ordre, dans l’attachement national, dans la défense des frontières, dans l’inquiétude démographique, dans l’hostilité à l’immigration de masse, dans le refus de la dépossession culturelle. Or l’historien sérieux devrait précisément distinguer. Il devrait séparer la pathologie totalitaire de la simple volonté d’un peuple de demeurer lui-même. Confondre l’une avec l’autre, c’est substituer la police du vocabulaire à l’analyse du réel.

    Cette cécité éclate jusque dans les petites querelles de mœurs publiques. La même gauche qui trouve toujours de bonnes raisons pour empêcher des banquets populaires, surveiller des fêtes enracinées, soupçonner une tablée de village, une réunion associative ou un repas champêtre dès lors qu’ils sentent trop le pays réel, se découvre soudain libertaire lorsqu’il s’agit de défendre les raves illégales. Là où des familles, des paysans, des jeunes gens du cru ou des militants identitaires veulent dresser des tables, elle aperçoit l’ombre de la peste brune. Là où des foules anonymes s’installent sans autorisation, occupent des terrains, épuisent les forces de l’ordre, laissent derrière elles déchets, nuisances et parfois drames humains, elle parle volontiers de liberté festive, de culture alternative, de jeunesse incomprise. La fête enracinée lui paraît suspecte. La transgression sans mémoire lui semble poétique.

    Michèle Riot-Sarcey écrit ensuite que le capitalisme montre son vrai visage en faisant triompher « ses prédateurs les plus avides », tandis que la barbarie deviendrait le signe des temps avec l’arrivée en masse des pouvoirs d’extrême droite. Ici encore, le vieux mécanisme marxisant réapparaît sous ses habits fatigués. Les puissants, les prédateurs, les dominants, les possédants. Le lexique a connu toutes les assemblées générales, toutes les facultés de lettres, tous les amphithéâtres chauffés par l’argent public. Il suppose que la droite populaire serait la pointe avancée du capitalisme, quand le capitalisme contemporain est, pour l’essentiel, mondialiste, déraciné, technocratique, managérial, publicitaire et hostile aux vieilles formes d’appartenance.

    Il y a même là une contradiction presque comique. La gauche dénonce les puissances d’argent, puis elle s’étonne que les peuples se retournent contre les partis qui ont accompagné, justifié ou béni la mondialisation culturelle et migratoire. Elle voit partout l’emprise du capital, sauf dans les grandes métropoles progressistes, les plateformes numériques, les fondations philanthropiques, les institutions supranationales, les médias de prestige, les industries culturelles et les universités qui répètent exactement son catéchisme. Ce capital-là, parce qu’il parle diversité, inclusion et climat, lui paraît moins suspect que le petit propriétaire provincial, le père de famille inquiet, l’artisan ruiné ou l’électeur périurbain qui demande seulement à ne pas devenir étranger chez lui.

    L’historienne reconnaît pourtant un point essentiel : la gauche n’attire plus la confiance. Elle évoque son passé d’illusions et de mensonges, les gouvernements totalitaires du XXe siècle, l’URSS, la Chine, le Cambodge, puis les pratiques des socialistes européens dans les années 1950 et 1960, impliqués dans la répression de mouvements de libération en Afrique et en Asie. L’aveu est considérable. Il devrait ouvrir une enquête impitoyable sur la tradition politique qui, au nom de l’émancipation, a justifié la servitude, les camps, la police idéologique, le mensonge d’État, puis, plus tard, la trahison sociale par conversion au marché mondial.

    Il n’en est rien. Le texte avoue, puis passe. La confession sert de purification rapide. Un peu de cendre sur le front, et l’on peut recommencer à prêcher. Rien n’est plus caractéristique de la gauche contemporaine que cette capacité à reconnaître ses crimes historiques sans jamais en tirer les conséquences anthropologiques. Elle admet les erreurs du communisme, les mensonges du socialisme, les compromissions coloniales, les abandons du monde ouvrier, puis conclut que la solution reste plus de gauche, plus de démocratie, plus de mobilisation, plus de parole collective, plus de citoyens réunis en assemblées.

    C’est le fameux mot attribué à Talleyrand au sujet des Bourbons : ils n’ont rien appris ni rien oublié. La gauche, elle, a beaucoup oublié et peu appris. Elle a oublié que le peuple n’est pas une matière disponible. Elle a oublié que la démocratie ne consiste pas à faire voter les hommes jusqu’à ce qu’ils votent bien. Elle a oublié que le peuple réel a une mémoire, des humeurs, des rancunes, des intérêts, des fidélités, des morts, des frontières intérieures. Elle a oublié qu’on ne peut pas pendant cinquante ans traiter les siens de racistes, de beaufs, de réactionnaires, de populistes, de complotistes, puis les convoquer soudain pour défendre la démocratie contre leurs propres suffrages.

    Le cœur du texte est là. Michèle Riot-Sarcey appelle la gauche à faire appel aux populations, par des assemblées locales, des meetings nationaux et internationaux, des rassemblements de collectifs associatifs, des débats contradictoires et critiques. L’intention se veut généreuse. Elle est surtout révélatrice d’un décalage historique. Car le peuple a déjà parlé. Il parle à chaque scrutin, dans les communes périphériques, les bourgs déclassés, les anciennes régions ouvrières, les territoires abandonnés par l’industrie, les campagnes vieillies, les villes moyennes cernées par les zones commerciales et les quartiers de relégation. Seulement, ce peuple ne dit pas ce que la gauche voudrait entendre.

    Dès lors, il cesse d’être le peuple. Il devient opinion électrisée, masse inquiète, foule trompée, électorat fascisé, proie des influenceurs, victime du ressentiment. C’est un prodige : le peuple est souverain quand il confirme le progressisme, malade quand il le contredit. La démocratie devient alors non le gouvernement du peuple, mais la procédure par laquelle une minorité instruite espère ramener le peuple à la raison. Carl Schmitt avait vu, à sa manière brutale, que la politique commence avec la désignation de l’ennemi. La gauche contemporaine a désigné le sien : non plus seulement l’extrême droite, mais le peuple qui vote pour elle.

    La tribune dénonce encore le « repli sous la protection d’un leader », annonciateur de servitude volontaire. Il y a là une référence transparente à La Boétie, devenue poncif universitaire. L’idée n’est pas fausse en soi. Les peuples fatigués cherchent parfois un maître. Les démocraties molles produisent des hommes forts comme les marais produisent des fièvres. Cependant, l’analyse demeure incomplète. Le besoin d’autorité ne naît pas toujours d’une pulsion servile. Il naît souvent d’un désordre subi, d’une insécurité tangible, d’un sentiment d’abandon, d’une perte de contrôle politique. Lorsque les institutions ne protègent plus, l’appel à l’autorité revient comme une marée.

    L’historienne y voit surtout la peur de l’autre, dont l’étranger réel ou supposé serait la cible. Voilà encore une formule usée jusqu’à la corde. Elle réduit à une passion basse ce qui est souvent une expérience concrète. Les Français, les Bretons, les Européens ne vivent pas dans des abstractions. Ils habitent des rues, des écoles, des gares, des immeubles, des villages, des quartiers. Ils voient ce qui change. Ils savent ce qu’ils peuvent dire et ce qu’ils doivent taire. Ils savent que certains lieux ne leur appartiennent plus. On peut discuter leurs conclusions, non leur interdire de nommer leur expérience.

    C’est ici que l’histoire devrait revenir, non comme épouvantail, mais comme discipline de la continuité. Les peuples européens n’ont pas seulement produit des droits de l’homme, des syndicats et des avant-gardes artistiques. Ils ont produit des langues, des paysages, des coutumes, des manières d’être, des cimetières, des fêtes, des fidélités anciennes, des lenteurs précieuses. La gauche, depuis qu’elle a troqué le prolétaire pour le migrant, l’ouvrier pour le minoritaire, la classe pour l’identité importée, ne sait plus parler à cette épaisseur-là. Elle ne voit dans la permanence qu’une oppression. Elle ne voit dans l’héritage qu’un privilège. Elle ne voit dans la patrie qu’une antichambre de Vichy.

    Or Vichy, précisément, est convoqué. Selon la tribune, les slogans de Vichy reprendraient vie en France. La propriété, la patrie, la famille formeraient le triptyque éternel de la droite, soucieuse de favoriser sa caste. On retrouve ici la paresse des grandes assimilations. Qu’une famille veuille transmettre, qu’un peuple veuille durer, qu’un pays veuille protéger ses frontières, et voici que l’ombre de 1940 se remet à marcher. C’est faire bon marché de l’histoire française, de ses droites multiples, de ses traditions populaires, paysannes, gaulliennes, sociales, catholiques, républicaines, monarchiques, bonapartistes, régionalistes même. La France n’a jamais tenu dans le mauvais théâtre où la gauche enferme ses adversaires.

    Cette incapacité à penser la droite autrement que comme une survivance honteuse est l’une des causes de la déroute intellectuelle progressiste. La gauche croit affronter des fantômes. Elle ne voit pas qu’elle affronte un monde nouveau, né de ses propres démissions. Elle a chanté l’ouverture, et l’ouverture a désarmé les ouvriers. Elle a célébré la mobilité, et la mobilité a brisé les enracinements. Elle a béni l’individu autonome, et l’individu autonome s’est retrouvé seul, précaire, interchangeable. Elle a déconstruit la famille, la nation, l’école, l’autorité, puis elle s’étonne que les hommes cherchent quelque part un abri.

    La formule la plus révélatrice de la tribune est peut-être celle de la « démocratie réelle ». On la croirait sortie d’une cave chauffée de 1972, entre deux affiches sérigraphiées et une bouteille de mauvais rouge. Démocratie réelle contre démocratie formelle, peuple vivant contre institutions mortes, assemblées contre représentation, communalisme contre conquête des appareils. Le rêve est ancien. Il traverse le socialisme utopique, les communes insurrectionnelles, les soviets avant leur capture, les conseils ouvriers, Mai 68, les ZAD, les assemblées de place. Toujours la même promesse : rendre la parole au peuple. Toujours la même fin : quelques minorités organisées parlent au nom de tous.

    C’est pourquoi l’appel final à Shelley, « vous êtes nombreux, ils sont peu », sonne étrangement. Qui sont les nombreux ? Qui sont les peu ? La gauche continue de croire qu’elle parle au nom du grand nombre contre une oligarchie. Dans la réalité française contemporaine, elle parle souvent au nom de minorités diplômées, urbaines, salariées de l’État culturel ou social, encadrées par le langage moral des métropoles, contre une majorité périphérique qu’elle ne comprend plus. Les nombreux ne se reconnaissent plus en elle. Les peu sont parfois ceux qui occupent les plateaux, les rédactions, les universités, les tribunaux symboliques, les directions d’associations, les commissions, les observatoires, les lieux où l’on décrète le bien.

    Il ne s’agit pas de nier que la droite ait ses illusions, ses paresses, ses clientèles, ses mauvais bergers, ses imposteurs et ses hâbleurs. Il ne s’agit pas davantage de transformer tout vote populaire en oracle. Le peuple peut se tromper, comme les élites, et parfois plus cruellement. La question n’est pas là. La question est de savoir pourquoi une tradition politique qui prétendait défendre les humbles se trouve désormais obligée d’expliquer que les humbles votent mal, pensent mal, s’informent mal, ressentent mal, se souviennent mal, et doivent être rééduqués par des rencontres citoyennes.

    La réponse tient en une phrase, rude, mais juste : la gauche a cessé d’aimer le peuple au moment où le peuple a cessé de lui obéir. Elle aimait en lui une fonction historique, non une chair. Elle aimait le prolétaire quand il annonçait le socialisme. Elle aime le migrant quand il annonce la société postnationale. Elle aime les minorités quand elles annoncent la dissolution du vieux pays. Elle n’aime pas le peuple lorsqu’il s’attache à son clocher, à son pavillon, à ses morts, à ses habitudes, à sa sécurité, à ses frontières, à ses enfants. Elle ne l’aime plus quand il veut persévérer dans son être.

    C’est peut-être cela que les deux dames du bar des Brisants ne pouvaient pas entendre, penchées sur leur Libérationcomme sur un oracle familier. Elles parlaient de démocratie nécessaire, de mobilisation, de réveil collectif. Elles ne voyaient pas que le réveil avait déjà eu lieu, mais dans l’autre camp. Elles attendaient le peuple au meeting. Il était dans l’isoloir. Elles l’imaginaient disponible pour défendre leurs causes. Il votait pour sortir de leur monde.

    Je regardais la mer, le soir, après avoir refermé l’ordinateur. Au large, les bateaux rentraient avec cette lenteur grave des choses qui savent où elles vont. La gauche française, elle, continue de chercher le peuple comme on cherche un navire disparu sur une vieille carte. Elle l’appelle. Elle lui fait signe. Elle lui promet la démocratie réelle. Seulement le peuple a changé de rive. Il ne répond plus. Ou plutôt, il répond, avec obstination, scrutin après scrutin, que voter pour cette gauche, c’est souvent voter contre soi-même, contre sa continuité, contre sa maison, contre ses enfants encore à naître.

    Aujourd’hui, le peuple hait la gauche avec la rancune froide des amours trahies. La gauche hait le peuple avec la mélancolie furieuse des prêtres dont les fidèles ont déserté l’église. De cette haine croisée naît notre époque. Elle est moins fasciste que post-progressiste. Elle n’annonce peut-être pas le retour des années trente, mais la fin d’une imposture longue : celle d’une gauche persuadée de posséder le peuple, alors qu’elle n’en gardait que le portrait jauni.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 29 mai 2026)

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  • La vraie nature du fascisme italien...

    Les éditions Tallandier viennent de publier un essai de Lucien Jaume intitulé La vraie nature du fascisme italien.

    Philosophe et historien, Lucien Jaume travaille depuis longtemps sur l’histoire des idées politiques depuis la Révolution. Il a notamment publié une biographie de Tocqueville.

    Jaume_La vraie nature du fascisme italien.jpg

    " Depuis plus d’un siècle, le mot fascisme est employé pour fustiger tout régime autoritaire ou dictatorial, alors qu’il ne s’applique en fait qu’à un pays et à une époque particuliers. Même les historiens les plus chevronnés font pour la plupart l’impasse sur la fabrique intellectuelle, par Mussolini en personne, d’une vision de l’homme et de la société dont on ne trouve l’équivalent nulle part dans l’Europe de l’entre-deux-guerres.

    Militant d’extrême gauche et adepte du syndicalisme révolutionnaire avant la Première Guerre mondiale, cet autodidacte s’est projeté dans un nationalisme et un bellicisme forcenés durant le conflit.

    Farouchement hostile au libéralisme politique et économique, il prône une révolution par le haut, c’est-à-dire par l’État devenu tout-puissant et les institutions afin d’établir un ordre « totalitaire ». L’encadrement rigoureux de toute la population, de la naissance jusqu’à la mort, et la répression des oppositions sont au fondement d’une révolution culturelle dont même Mao Zedong n’a jamais rêvé. On idolâtre la guerre pour elle-même, on exalte le « futurisme » pour mieux rompre avec le monde d’avant car le fascisme se veut un modernisme.

    Lucien Jaume, en s’appuyant sur les textes et les discours du régime, parvient à pénétrer dans les arcanes d’une pensée complexe mais cohérente. En contrepoint des études purement historiques, il apporte une contribution nouvelle à la compréhension du fascisme mussolinien. C’est un véritable événement."

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  • Le fascisme vu de droite...

    Les éditions Lif viennent de rééditer un essai de Julius Evola intitulé Le fascisme vu de droite. A la suite de celui-ci, on trouve un long texte du même auteur intitulé Notes sur le Troisième Reich.

    Penseur essentiel du traditionalisme révolutionnaire, écrivain au style clair et puissant, Julius Evola est notamment l'auteur de Révolte contre le monde moderne (1934), Les Hommes au milieu des ruines (1953) et Chevaucher le tigre (1961).

    Evola_Le fascisme vu de droite.jpg

    " Dans cet essai — dont l’édition originale italienne remonte à l’année 1964 —, le contenu doctrinal du fascisme italien est étudié du point de vue d’une Droite authentique, traditionaliste et contre- révolutionnaire, loin des idéalisations et de la « mythologisation » propres aux nostalgiques, mais sans aucune concession au dénigrement systématique du conformisme antifasciste.
    L’auteur juge le fascisme italien à la lumière des principes de la « grande tradition politique européenne », telle qu’elle exista avant la Révolution française et l’apparition des idéologies. En cela, Le Fascisme vu de droite est un cas unique et original au sein de l’historiographie contemporaine.
    Les Notes sur le Troisième Reich, qui forment la deuxième partie de l’ouvrage, appliquent la même grille de lecture au national-socialisme. Sur des points comme les institutions nazies, la politique du régime hitlérien à l’égard de la paysannerie, l’antichristianisme des nationaux-socialistes et leur «révolution culturelle », Julius Evola, qui fut le témoin privilégié de certaines initiatives du Troisième Reich, apporte une information de première main."

     

     

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  • Brasillach et sa lettre à un soldat de la classe 60...

    Les éditions Lif viennent de rééditer Lettre à un soldat de la classe 60 de Robert Brasillach, avec une préface de Peter Tame.

    Écrivain et journaliste à l'Action française et Je suis partout, Robert Brasillach, à qui l'on doit, notamment, Les sept couleurs et Comme le temps passe, mais aussi une Histoire du cinéma (avec son beau-frère Maurice Bardèche) ou un Corneille, a été une des principale victimes de l'épuration des intellectuels et est mort le 6 février 1945, dans les fossés du fort de Montrouge, sous les balles d'un peloton d'exécution.

    Brasillach_Lettre à un soldat de la classe 60.jpg

    " Robert Brasillach aimait les enfants. Ils sont présents dans tous ses romans. Par ailleurs, toute sa vie, il a montré un sens très fort de la famille. Ses rapports avec son neveu, Jacques Bardèche, né en 1940, et sa nièce, Françoise, née en 1942, furent brefs mais chaleureux.
    Dans cette Lettre à un soldat de la classe 60, écrite en novembre 1944 à la prison de Fresnes, il lègue son idéal fasciste à son neveu.
    Cette Lettre constitue son testament politique. Incarcéré et inculpé pour «intelligence avec l’ennemi» (c’est-à-dire avec les Allemands, qui avaient occupé la France depuis 1940), il leur rend pourtant hommage. Le ton de la lettre est à la réconciliation des Français entre eux ainsi qu’à celle de la France et de l’Allemagne. Dynamiques et ambitieux, les Allemands paraissent encore à Brasillach très courageux en ce qu’ils continuent à tenir tête au monde entier. Pour lui, ce sont même des victimes plutôt que des ennemis dans la Deuxième Guerre mondiale.
    Il prévoit que, dans l’avenir, il faudrait que la France se réconcilie avec l’Allemagne afin que les deux nations puissent accomplir de grandes choses ensemble. Il cite une phrase d’un article polémique, phrase qui lui sera abondamment reprochée lors de son procès : «[...] les plus lucides d’entre nous ont tous plus ou
    moins couché avec l’Allemagne, et [...] le souvenir leur en restera doux.»
    Pourtant, sa pensée politique s’est légèrement modifiée : il prône encore son idéal fasciste, mais il y ajoute, paradoxalement, un certain libéralisme associé à l’anarchisme de sa jeunesse. Le texte montre un certain nombre de contradictions dans la pensée politique de Brasillach, qui les assume toutes.
    En janvier 1945, il sera condamné à mort par un tribunal de la Libération et fusillé le 6 février 1945."

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