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12/09/2018

Délivrez-nous du bien !...

Les éditions de l'Observatoire viennent de publier un essai signé par Natacha Polony et Jean-Michel Quatrepoint, et intitulé Délivrez-nous du bien ! - Halte aux nouveaux inquisiteurs. Journaliste, responsable du Comité Orwell, et, depuis peu, directrice de la rédaction du magazine Marianne, Natacha Polony est l'auteur de nombreux essais, dont Le pire est de plus en plus sûr (Mille et une nuits, 2011). Journaliste économique, Jean-Michel Quatrepoint est l'auteur de plusieurs essais comme Mourir pour le Yuan (François Bourin, 2011) ou Le choc des empires (Gallimard, 2014).

 

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" L'atmosphère est lourde. Les phrases, les situations qui semblaient autrefois anodines deviennent des crimes. Nous sommes tous coupables, et les inquisiteurs nous guettent. Coupables d'avoir bu un verre, d'avoir blagué sur les femmes, de manger de la viande, d'avoir offensé une minorité quelconque. Coupables d'avoir été du côté des « dominants ». Chaque jour, un citoyen qui se croyait, non pas un héros, mais un type à peu près bien, se retrouve cloué au pilori, sommé d'expier ses crimes et de faire repentance. Derrière cette traque aux dérapages et ces entreprises de rééducation, un mécanisme : la tyrannie de minorités qui instrumentalisent des combats essentiels, pour les transformer en croisade contre une supposée majorité, contre les « dominants ». Au nom du Bien, on modifie le vocabulaire, on nie le plaisir, on criminalise le désir, on réécrit l'histoire. Ces nouveaux bigots, qui détestent l'Homme tel qu'il est et le rêvent selon leurs diktats, sont les idiots utiles d'un néolibéralisme qui atomise les sociétés et fragilise les structures traditionnelles pour mieux imposer sa vision manichéenne du monde. "

07/11/2015

Ultima necat... (2)

Les éditions Les Belles Lettres viennent de publier le deuxième tome du journal intime de Philippe Muray, Ultima necat, qui recouvre les années 1986 à 1988. Essayiste et romancier, Philippe Muray s'est fait connaître par ses analyses mordantes de la comédie contemporaine. Il est notamment l'auteur d'Après l'Histoire (Les Belles Lettres, 1999 et 2000), d'Exorcismes spirituels (Les Belles Lettres, 1997,1998, 2002 et 2005) ou de Festivus festivus (Fayard, 2005), essais dans lesquels il décrit l'homo festivus, successeur de l'homo sapiens et habitant de l'Empire du Bien...

 

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" Nécessité de tenir mon Journal : dire le plus crûment possible tout ce que je pense être vrai et qui ne peut en aucune façon être avoué publiquement. Il y a des choses dont l'aveu vous condamne à jamais. Ça s'est passé à toutes les époques, mais plus encore dans notre société cordicole d’aujourd’hui. Donc, Journal. Cette activité « archaïque » justifiée par ce qu’il y a de plus moderne ou post-moderne dans l’ambiance de maintenant : l’impératif de Vertu totale dont les médias surveillent quotidiennement l’application. " Philippe Muray, 30 octobre 1988

16/01/2015

Ultima necat...

Les éditions Les Belles Lettres viennent de publier le premier tome du Journal de Philippe Muray, intitulé Ultima necat. Essayiste et romancier, Philippe Muray, dont l’œuvre a été popularisée par Fabrice Lucchini, est notamment l'auteur d'Après l'Histoire (Les Belles Lettres, 1999 et 2000), d'Exorcismes spirituels (Les Belles Lettres, 1997,1998, 2002 et 2005) ou de Festivus festivus (Fayard, 2005), essais dans lesquels il se livre notamment à l'observation de l'homo festivus, successeur de l'homo sapiens et fondateur de l'Empire du Bien...

 

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« 14 janvier 1983. Californie. Ils s'emmerdent tellement qu'ils vont dans les shopping centers voir des têtes de gens. Luther sous les palmiers. Christian Scientists ... Ils ont fait des compartiments fumeurs dans les restaurants ... Misère de l'homme sans Faute ... Luther en pyjama joggant sous les palmiers. Avec ça, le côté vieux de tout, pas moderne du tout. Étonnement. Faux vieux. Rustique. J'attendais l'électronique, je trouve du Henri II. »

« 5 novembre 1984. À quoi peut bien servir un Journal, celui-ci particulièrement ? À témoigner, mieux que les ordonnancements et les compositions des livres eux-mêmes (reposant sur un tri a priori) du tohu-bohu, du mélange, du perpétuel bordel dans une tête, de la superposition constante de préoccupations d'ordres multiples et différents. Ce témoignage peut-il intéresser qui que ce soit ? Encore faut-il que celui qui l'élabore ait réussi à se rendre intéressant… Qu’on ait envie de connaître sa vie, les mélanges amers de sa vie. Toute l’échelle des souffrances… »

14/05/2014

Postérité...

Les éditions Les Belles Lettres rééditent Postérité, un roman de Philippe Muray, qui avait été publié initialement chez Grasset en 1988.

Critique impitoyable de la société et contempteur de l'Homo festivus, armé d'une plume acérée et d'un  humour féroce, Philippe Muray, mort en 2006,  s'est fait connaître en particulier par ses chroniques et ses textes ravageurs rassemblés dans les quatre volumes de ses Exorcismes spirituels et les deux volumes d'Après l'histoire, qui ont été rassemblés sous le titre Essais par les Belles Lettres en 2010.

 

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" Que veulent les personnages de ce roman, à travers les passions qui les agitent ? Que cherchent Selma, Mimsy, Naïma ou Camille, ainsi que leurs compagnons ou amants ? Le plaisir, comme leurs aventures érotiques en témoignent. Le bonheur aussi, et l'amour. Mais, par-dessus tout, s'ils montent tant d'intrigues, c'est qu'ils subissent dans leur chair et leur âme les conséquences de la grande révolution scientifique d'aujourd'hui, qui rend désormais l'acte sexuel et la procréation parfaitement indépendants l'un de l'autre.
Postérité, c'est d'abord cela : l'histoire détaillée des rapports orageux d'un certain nombre d'hommes et de femmes autour de la question de la prolongation de l'espèce. Rapports d'autant plus explosifs qu'eux et elles ont à présent le choix. Leur liberté toute neuve provoque des drames inédits, qui finissent par s'organiser dans l'esprit de Jean-Sébastien, le narrateur, en une étourdissante « comédie de mœurs » contemporaine. Mais ce roman, c'est aussi l'évocation d'une étrange maison d'édition, le BEST, où évoluent la plupart des héros, techniciens discrets du succès, qui constituent une société souterraine puissante et invisible. Cette entreprise est une usine de fabrication de livres en tous genres ; sujets programmés à l’avance, vedettes venant demander d’être écrites par une équipe de nègres spécialisés. Les livres se succèdent à une cadence infernale, il faut couvrir tous les thèmes, dossiers confidentiels, astrologie, spiritisme, pornographie, espionnage, biographies, magie, alchimie, histoire enchantée, romans supra-commerciaux. Tous ces mots à consommer et qui ne sont pas faits pour durer, tous ces « succès du mois » sont avalés et traités par la machine dont la description ouvre le livre : « La vérité, c’est la machine. Et la machine se fout éperdument des longs placards imprimés qu’elle fait gicler sur ses tapis roulants, à travers ses pinces, ses rouages, ses broches, ses trépidations de pilon... » Le dévoilement des coulisses plus ou moins burlesques de l'édition moderne est donc un autre des ressorts de cette histoire.
Peu à peu, sous les yeux du narrateur, ce BEST, où il occupe lui-même une place modeste mais centrale, prend les dimensions d'un microcosme fascinant, où viennent se rassembler toutes les tendances d'une société qui, dans la plupart des domaines, voit triompher la contrefaçon et l'artifice. De cet univers bouleversé, il entreprend alors la description dans un récit ironique, mais aussi très réaliste, où passe, comme un défilé de carnaval, tout le fracas de notre fin de siècle. "

25/01/2014

Notre vie privée appartient désormais à l'empire du Bien...

Vous pouvez découvrir ci-dessous une chronique incisive d'Éric Zemmour sur RTL, datée du 21 janvier 2014 et consacrée au projet de loi sur la parité homme - femme et à ses dispositions consacrées à la lutte contre les "stéréotypes sexuels" ...

 


Notre vie privée appartient désormais à l... par rtl-fr

17/01/2014

Logique hygiéniste et État maternel...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans lequel il évoque l'empire du Bien et son idéologie...

 

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Gare à la logique hygiéniste imposée par l’État maternel thérapeutique !

Vous venez de publier aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux « Les démons du bien » , essai dont la première partie se veut une critique radicale de la tyrannie des bons sentiments. A quoi attribuez-vous l’émergence de ce néo-cléricalisme ?

À l’esprit du temps. Mais l’esprit du temps n’est jamais que la résultante d’une tendance de fond. À partir du XVIIIe siècle, la montée sociale de la classe bourgeoise a simultanément marginalisé les valeurs aristocratiques et les valeurs populaires, en les remplaçant par ce que Tocqueville appelait les passions « débilitantes » : utilitarisme, narcissisme et triomphe de l’esprit de calcul. La vogue de l’idéologie des droits de l’homme a, de son côté, permis à l’égoïsme de se draper dans un discours « humanitaire » dont la niaiserie est le trait dominant. L’accélération sociale et la montée de l’insignifiance ont fait le reste.

L’un des traits caractéristiques de « l’empire du bien » est cet envahissement du champ politique par le lacrymal et le compassionnel qui fait qu’à la moindre catastrophe ayant une portée médiatique, les ministres se précipitent désormais pour exprimer leur « émotion ». C’est également révélateur de la submersion de la sphère publique par le privé. La vie politique bascule du côté d’une « société civile » appelée à participer à la « gouvernance » par des « demandes citoyennes » qui n’ont plus le moindre rapport avec l’exercice politique de la citoyenneté. Il est désormais beaucoup mieux vu (et aussi plus rentable) d’être une victime qu’un héros.

Parallèlement, la marchandisation de la santé va de pair avec la médicalisation de l’existence, c’est-à-dire avec un hygiénisme dogmatique qui se traduit par une surveillance toujours plus grande des modes de vie. Elle prescrit socialement des conduites normalisées, cherchant ainsi à domestiquer toutes les façons d’être qui se dérobent aux impératifs de surveillance, de transparence et de rationalité. On assiste à l’instrumentalisation de la vie humaine au travers d’une logique hygiéniste imposée par l’État maternel thérapeutique.

L’évolution du langage est également significative. On préfère parler désormais de « fractures sociales » – aussi accidentelles en somme que les fractures du tibia – que de véritables conflits sociaux. Il n’y a plus d’exploités, dont l’aliénation renvoie directement au système capitaliste, mais des « déshérités », des « exclus », des « défavorisés », des « plus démunis », tous également victimes de « handicaps » ou de « discriminations ». La notion de « lutte contre-toutes-les-discriminations » a d’ailleurs elle-même remplacé celle de « lutte contre les inégalités », qui évoquait encore la lutte des classes. Dans 1984, George Orwell expliquait très bien que le but de la « novlangue » est « de restreindre les limites de la pensée » : « À la fin, nous rendrons impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. » Le politiquement correct fonctionne comme la « novlangue » orwellienne. L’usage de mots détournés de leur sens, de termes dévoyés, de néologismes biaisés ressortit de la plus classique des techniques d’ahurissement. Pour désarmer la pensée critique, il faut sidérer les consciences et ahurir les esprits.

Les médias ne cessent de dénoncer la menace de l’« ordre moral », tout en nous faisant en permanence la morale. Paradoxe ?

C’est tout simplement qu’une morale en a remplacé une autre. L’ancienne morale prescrivait des règles individuelles de comportement : la société était censée se porter mieux si les individus qui la composaient agissaient bien. La nouvelle morale veut moraliser la société elle-même. L’ancienne morale disait aux gens ce qu’ils devaient faire, la nouvelle morale décrit ce que la société doit devenir. Ce ne sont plus les individus qui doivent se conduire de façon droite, mais la société qui doit être rendue plus « juste ». L’ancienne morale était ordonnée au bien, tandis que la nouvelle est ordonnée au juste. Alors même qu’elles prétendent rester « neutres » quant au choix des valeurs, c’est à cette nouvelle morale, fondée sur le devoir-être (le monde doit devenir autre chose que ce qu’il a été jusqu’ici), qu’adhèrent les sociétés modernes. Nietzsche aurait parlé de « moraline ».

L’essentiel de votre livre porte sur la théorie du genre, dont tout le monde parle en ce moment. Vous avez été l’un des premiers intellectuels à en faire une critique argumentée. Une fois de plus, à quoi attribuer ce phénomène venu des USA ? Et d’abord, de quoi s’agit-il exactement ?

La théorie du genre est une théorie qui prétend déconnecter radicalement l’identité sexuelle du sexe biologique. Le sexe, remplacé par le « genre » (gender), serait une pure construction sociale. Cette théorie repose sur un postulat de « neutralité » de l’appartenance sexuelle à la naissance : il suffirait d’élever un garçon comme une fille pour en faire une femme, ou d’élever une fille comme un garçon pour en faire un homme. Ceux qui sont d’un avis différent sont accusés de propager des « stéréotypes » (on oublie qu’un stéréotype n’est jamais qu’une vérité empirique abusivement généralisée). Cette théorie a pour effet de confondre les deux sexes et de rendre plus difficile à chacun d’eux d’assumer son identité.

La théorie du genre est en fait insoutenable. Non seulement son postulat d’une « neutralité sexuelle » originelle ne correspond pas à la réalité, mais on constate que l’appartenance sexuée favorise dès la plus petite enfance, avant tout conditionnement, des comportements spécifiques à chaque sexe. Cela ne signifie pas que les constructions sociales ne jouent aucun rôle dans la définition de l’identité sexuelle, mais que ces constructions sociales se développent toujours à partir d’une base anatomique et physiologique. La théorie du genre confond par ailleurs le sexe biologique, le genre (masculin ou féminin), l’orientation sexuelle et ce qu’on pourrait appeler le sexe psychologique (le fait qu’un certain nombre de femmes ont des traits de caractère masculins, et un certain nombre d’hommes des traits de caractère féminins). Reposant sur l’idée qu’on peut se créer soi-même à partir de rien, elle relève en fin de compte d’un simple fantasme d’auto-engendrement. Il faut pourtant la prendre très au sérieux. Dans les années qui viennent, c’est en référence à elle que l’on va voir se multiplier à l’infini les accusations de « sexisme ».

Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 13 janvier 2014)