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daoud boughezala

  • Iran : ni chah ni statu quo...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Daoud Boughezala cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au soulèvement populaire en Iran et à ses suites potentielles.

     

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    Iran : ni chah ni statu quo

    C’est la dernière série à la mode. Du sang, des larmes et un prince en exil prêt à se battre jusqu’au dernier manifestant tué. À longueur de plateaux télévisés, Les experts Téhéran déroule un scénario des plus simplistes : une population opprimée se soulève contre les mollahs pour conquérir la démocratie et la laïcité aux dépens du grand méchant Guide Khamenei. À droite notamment, beaucoup réécrivent l’histoire de manière manichéenne et manipulent les fantasmes au gré de leur agenda politique (au choix : rétablir la monarchie, voir chuter un régime islamiste, fustiger La France insoumise, etc.). Faute de sources fiables, il est pourtant difficile de mesurer la réelle popularité du fils du chah Reza Pahlavi – dont le nom apparaît au cours de nombreuses manifestations. Sujet scabreux s’il en est, on évalue tout aussi malaisément le nombre de victimes de la répression étatique. Certaines sources parlent aujourd’hui de douze mille morts tant les morgues débordent de cadavres…

    La République islamique dos au mur

    Parti du bazar de Téhéran, le mouvement de contestation se voulait d’abord économique : 50% des Iraniens vivent au-dessous du seuil de pauvreté et doivent se démener pour survivre. La population a en effet perdu la moitié de son pouvoir d’achat en un an. Les sanctions internationales et l’incurie du pouvoir ont eu raison de la classe moyenne locale, l’une des plus éduquées du Moyen-Orient. Certains comparent la crise iranienne aux dernières années de l’URSS, géopolitiquement affaiblie par le retrait d’Afghanistan et économiquement exsangue. Le parallèle paraît d’autant plus pertinent que la République islamique s’est enlisée dans la guerre de Syrie sans parvenir à sauver Bachar Al-Assad, a vu ses alliés du Hamas et du Hezbollah réduits à la portion congrue. Le gouvernement maintient à bout de bras une économie soviétisée. 60 % à 70 % du marché intérieur serait aux mains des Gardiens de la révolution, qui détiennent une part croissante du pouvoir dans ce régime clérico-militaire. Pour autant, l’histoire ne repasse jamais les plats – aucun Gorbatchev iranien n’a jusqu’ici émergé ; quid d’un futur Eltsine ?

    Gare à ne pas abuser des amalgames. L’expression régime des mollahs ne rend d’ailleurs pas justice à la complexité de l’appareil politique iranien. Avant même l’instauration de la République islamique, les Gardiens de la révolution (pasdarans) sont nés dans la clandestinité et se préparent à y retourner. Du temps de la guerre contre l’Irak (1980-1988), Khomeini pensait le régime exposé au risque de coups d’État et comptait sur cette garde prétorienne  pour mener une éventuelle guérilla.  

    « Arrogants » contre « déshérités »

    Bien que le sujet soit tabou, il serait naïf d’ignorer l’implantation locale du Mossad, qu’Israël reconnaît sans difficulté. Sans ramener la vague d’opposition à une révolte pilotée de l’extérieur, cet aveu rappelle à quel point le pays est vulnérable aux ingérences extérieures. Dans leur propagande, les caciques de la République islamique reprennent la distinction entre monde de l’arrogance (éstékbar) et déshérités (mostazafin) que l’ayatollah Khomeini avait empruntée au penseur Ali Shariati. Comme de juste, après une apparence de dialogue, les manifestants ont été assimilés à des émeutiers puis à des terroristes à la solde de l’ennemi sioniste. Singulièrement puissante dans des petites villes de province, l’actuelle vague de manifestations n’est pas inédite dans son ampleur. En 2009, le trucage du second tour de l’élection présidentielle en faveur du président sortant Mahmoud Ahmadinejad avait mis dans la rue des millions d’Iraniens. Las, le « mouvement vert » avait plié face à la répression, son champion Mir Hossein Moussavi étant encore aujourd’hui assigné à résidence. Bis repetita en 2019 puis 2022, autour de revendications plus sociétales. Les cortèges scandant le slogan « Femme, vie, liberté » après l’assassinat de la « mal-voilée » Mahsa Amini n’ont pas trouvé de débouché politique. Mais les dirigeants ont dû lâcher du lest en allégeant l’oppression des femmes, de moins en moins voilées dans l’espace public.

    Quelle issue ?

    Au vu du contexte international, l’imprévisibilité de Donald Trump rend tout pronostic hasardeux. Bombardera, bombardera pas ? Depuis la capture de Nicolas Maduro à Caracas, Téhéran a compris le message : la relative mesure des frappes américaines de juin dernier sur les sites nucléaires est potentiellement révolue. Mais quid de l’après ? Trump aspire-t-il à renverser Khamenei, primus inter pares de la République islamique, ou le régime tout entier ? Le précédent vénézuélien semble plaider pour la première option mais, comme le répètent les chaînes d’information, toutes les options seraient sur la table du Bureau ovale, peut-être même la négociation. Aux yeux de Trump, la frappe militaire précède souvent le dialogue, conformément à sa vision transactionnelle de la diplomatie. Pour y voir plus clair, le  Quincy Institute for Responsible Statecraft a réuni hier des universitaires irano-américains lors d’un webinaire. Les débats roulaient autour de trois axes : les revendications du peuple iranien, la stratégie américaine et les possibles évolutions du régime.

    De l’avis général, la colère ne s’éteindra pas. Mené par la classe moyenne paupérisée, le mouvement d’opposition n’entend pas nécessairement déboulonner le régime. Vali Nasr, professeur à la Johns Hopkins, imagine une possible intervention des forces militaro-politiques iraniennes : « Les Gardiens de la révolution ne forment pas un bloc monolithique. Ils sont loyaux à l’Iran – et non pas à Khamenei. Si une opportunité se présente, un ancien général comme Ghalibaf (Ndlr : président du Parlement) pourrait prendre une décision pragmatique. Il existe un État profond iranien, avec ses bureaucrates et ses technocrates, qui pourrait gouverner après l’éviction de Khamenei. Un putsch n’est pas exclu ». Lundi, tout le ban et l’arrière-ban de la République islamique s’est mobilisé pour marcher contre la violence et les destructions causées par l’insurrection. L’ayatollah Hassan Khomeini, critique discret du régime et petit-fils de son fondateur, y a même été aperçu.

    Conspué, le pouvoir iranien ne plie pas l’échine. Le directeur du site Amwaj.media Mohammad Ali Shabani souligne par ailleurs l’esprit de responsabilité qui anime la majorité des Iraniens : en juin dernier, les bombardements israéliens auraient tué un millier de membres des forces de sécurité, sans parler des physiciens nucléaires assassinés. Le souvenir de la « guerre des douze jours » inquiète donc une grande partie du peuple soucieux de l’instabilité qui résulterait de l’effondrement du système. Dans ce pays-empire fragmenté en une infinité de peuples (Kurdes, Azéris, Baloutches, Arabes, Talech…), un chaos généralisé ne ravirait personne.Ellie Geranmayeh, membre de l’European Council on Foreign Relations, imagine qu’en cas de bombardement américain, Benyamin Netanyahou pourrait surenchérir. Or,alors que l’administration Trump voudrait un Iran fort connecté au Moyen-Orient et aux intérêts américains, le gouvernement israélien n’aspire qu’à démanteler l’Etat et la puissance qu’est l’Iran. Tel un prédateur acculé dans sa grotte, l’appareil iranien entre dans la zone de tous les dangers.

    Daoud Boughezala (Site de la revue Éléments, 13 janvier 2026)

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  • Baby-crash : enquête sur une France sans enfants...

    Pour cette nouvelle édition de "Cette année-là",  sur TV Libertés, Olivier François, avec Xavier Eman, rédacteur en chef d’Éléments, Daoud Boughezala, Rodolphe Cart et Anthony Marinierremonte à 2020, l’année Covid et au numéro alors déjà consacré à la question démographique auquel fait écho la dernière livraison du magazine des idées à l’endroit.

    Qu’est-ce qui explique la chute de la natalité française ? Les politiques étatiques natalistes sont-elles efficaces ? Face à la dénatalité, doit-on choisir entre immigration ou déclin économique ? Autant de questions abordées dans cette nouvelle émission.

                           

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  • Itinéraire avec Jean-Gilles Malliarakis...

    En hommage à Jean-Gilles Malliarakis, grande figure du nationalisme révolutionnaire des années 70-80, orateur flamboyant et grand défenseur de l'idée de "troisième voie", nous vous proposons de découvrir cet entretien réalisé pour TV Libertés voilà trois ans par Olivier François et Daoud Boughezala.

    Europe, Jeunesse, Révolution !

     

                                                 

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  • Europe : la guerre civile qui monte...

    Dans cette émission du Plus d’Éléments, diffusée par TV Libertés, l'équipe du magazine s’empare du dernier numéro d’Éléments qui interroge l’avenir des Européens – démographique autant que civilisationnel – face au péril migratoire et à la menace de guerre civile qui gagne l’Ouest du continent, du Royaume-Uni à la France. Une perspective sombre, nourrie d’un faisceau d’indices chaque jour plus inquiétants. 

    On trouvera sur le plateau, autour d'Olivier François, Xavier Eman, rédacteur en chef, Daoud Boughezala, Rodolphe Cart et Anthony Marinier...

     

                                              

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  • Le grand réveil des peuples...

    Pour cette nouvelle édition de "Cette année-là",  sur TV Libertés, Patrick Lusinchi, avec François Bousquet, directeur de la rédaction d'Éléments, Daoud Boughezala et Christophe A. Maximeremonte à 1981 : une date charnière, non seulement celle de l’élection de Mitterrand, mais aussi celle d’un grand colloque de la Nouvelle Droite, tenu le 17 mai. À l’ordre du jour : la cause des peuples. Plus de quarante ans plus tard, ce thème est plus que jamais d’actualité.

    De l’insurrection des drapeaux aux soulèvements populistes, c’est bien le retour des peuples qui marque notre époque. Pourquoi cette colère ? D’où vient-elle ? Jusqu’où ira-t-elle ?.

     

                                                 

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  • Villepin, l’autre candidat de la « nouvelle France » ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Daoud Boughezala cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à Dominique de Villepin, faux gaulliste mais vrai opportuniste et tenant, comme Mélenchon, d'une France "créolisée"...

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    Villepin, l’autre candidat de la « nouvelle France » ?

    « Qui dit humanité veut tromper », écrivait Carl Schmitt dans La notion de politique. Sans doute avait-il pressenti que Dominique de Villepin désignerait un jour humanité comme son mot préféré de la langue française. L’ex-Premier ministre (2005-2007) n’est plus à une sortie démagogique près. Quoique légitime, sa dénonciation des crimes que commet Israël à Gaza cache un vide idéologique abyssal. Pour s’en convaincre, il suffit de visionner in extenso son grand entretien d’1h45 avec Guillaume Pley. Il en ressort une flopée d’images d’Epinal digne de miss Vosges : le « vivre-ensemble » a fait la France, Chirac aimait les gens et la charcutaille, mieux vaut rassembler que diviser, etc.

    14 février 2003 : son quart d’heure warholien

    Et dire que l’ex-diplomate est censé élever le niveau de la politique française. Signe qu’elle est tombée bien bas. Par sa stature, Villepin incarne le visage aristocratique et international de la France de Jacques Chirac. Celle des terroirs et des comices agricoles, de ces élus radsocs à la Queuille qui tapotent le cul des vaches, promettent un bon plassou aux croquantes et aux croquants, exaltent la Corrèze mais importent le Zambèze. 

    Les partis politiques que Villepin a successivement fondés, République solidaire puis La France humaniste, rivalisent de mots creux et d’espoirs déçus. Jadis libéral pratiquant, DDV a privatisé les autoroutes pour une bouchée de pain, a tenté d’assouplir le marché du travail avec les éphémères CNE et CPE, mis la jeunesse de France dans la rue et a vainement tenté de barrer la route à Nicolas Sarkozy en 2007. Malgré ce bilan famélique, il se fait applaudir à la Fête de l’Huma et compte même des soutiens chez Mediapart. Dominique de Villepin reste l’homme du grand discours de « la vieille Europe » contre la guerre en Irak prononcé à la tribune des Nations-Unies le 14 février 2003, d’après un canevas signé Bruno Le Maire (décidément meilleur en lettres qu’en chiffres…). Si ce quart d’heure warholien lui colle aux semelles, Villepin a remis un peu de dorure à son blason en s’affichant comme l’unique critique d’Israël à droite. Il faut dire que notre époque ennemie de la nuance nous contraint à choisir entre l’occidentalisme borné et un tiers-mondisme mal digéré.

    Importer la doctrine Terra Nova à droite

    Cette première tendance, devenue hégémonique à droite, rappelle régulièrement les liens présumés de l’avocat d’affaires Villepin avec le Qatar – émirat richissime qui arrose bon nombre d’élus français et caresse nos banlieues dans le sens de la barbe. Pour entretenir les meilleures relations du monde avec Doha et le PSG, Sarkozy échappe pourtant à ce traitement. C’est que le discours démago de Villepin agace. Ne nous y trompons pas ; rien n’est gratuit. Ses appels du pied répétés aux « quartiers populaires », ses réquisitoires contre la « dérive identitaire de LR » répondent à une stratégie bien huilée. Villepin voudrait ainsi rapatrier à droite la fameuse doctrine Terra Nova : s’attirer les suffrages de l’électorat de banlieues qui, adjoint aux bobos des centres-villes, ferait basculer la majorité dans les urnes.

    Il y a quelques années, un spécialiste français du salafisme m’avait glissé en sourdine : « Si la droite française renonçait à critiquer l’islam, elle aurait un boulevard chez les musulmans de France qui adhèrent très majoritairement au libéralisme… » Villepin a peut-être intériorisé ce calcul électoral. Jusqu’ici, il camoufle son passif chiraquien derrière de grands gestes creux pour se ménager une popularité à gauche. Par les temps qui courent, le dirigeant d’un cabinet de conseil préférant payer trois mille euros d’amende annuelle plutôt que de déclarer publiquement l’origine de ses revenus a peu de chances de se présenter au suffrage universel. À l’heure de la transparence absolue sous la surveillance du Parquet national financier, une telle opacité ferait désordre. Alors, que vise-t-il ? Incarner le flanc droit d’une gauche LFI en mal de crédibilité internationale ? Le sait-il lui-même ? En réclamant la nomination d’un Premier ministre du Nouveau Front populaire au lendemain des dernières législatives, Villepin s’est racheté une virginité à gauche.

    Napoléon à vide

    En filigrane, Dominique de Villepin entérine le Grand remplacement tout en le niant. À l’instar de ses nouveaux amis mélenchonistes, il mise sur l’émergence d’un « nouveau peuple » incarnant la France créolisée qu’il observe de ses lambris parisiens. Une martingale promise à un grand avenir. Au moins les tenants d’une république sans frontières ouverte aux quatre vents de l’immigration, peuvent se targuer d’une certaine cohérence. De sa passion pour Napoléon, qu’il partage avec Louis Sarkozy (!), Villepin a essentiellement retenu l’opportunisme. On connaît la tirade de l’Empereur adressée à Roederer : « Ma politique est de gouverner les hommes comme le plus grand nombre veut l’être. C’est là, je crois, la manière de reconnaître la souveraineté du peuple. C’est en me faisant catholique que j’ai fini la guerre de Vendée, en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j’ai gagné les esprits en Italie. Si je gouvernais un peuple de Juifs, je rétablirais le temple de Salomon. » Du vide dans un bas de soie.

    Daoud Boughezala (Site de la revue Éléments, 9 octobre 2025)

     

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