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11/01/2018

Charles De Gaulle, le dernier capétien ?...

Les éditions VA press ont récemment publié un essai de Richard Alain Marsaud de Labouygue et Jean Côme Tihy intitulé Charles De Gaulle, le dernier capétien.

Richard Alain Marsaud de Labouygue est expert juridique et Jean Côme Tihy journaliste.

 

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" Pour la première fois, ce livre envisage de replacer le moment gaullien (1958-1969) dans l’histoire longue de l’héritage capétien. Il dépasse en effet une vision souvent trop courte et cloisonnée de l’histoire. Dans la pensée des auteurs, la Révolution française de 1789 n’a pas mis un terme à la monarchie française mais a tout simplement introduit une parenthèse d’instabilité politique délégitimant l’autorité et la légitimité du monarque, figure de l’Etat. A l’opposé des théories maurassiennes et républicanistes, ils démontrent les similitudes du régime capétien et de la République gaullienne, jusqu’à penser celle-ci comme la fille mort-née, mais légitime de la monarchie française ?
A l’heure où la chose publique est trop souvent dévoyée par la communication et le marketing politique, les auteurs proposent une grille de lecture inédite de notre histoire nous permettant de mieux comprendre la parenthèse gaullienne à laquelle se réfèrent nos hommes politiques, de gauche comme de droite. A lire de toute urgence... "

06/03/2017

De Gaulle : sous la statue, le volcan...

Nous reproduisons ci-dessous un texte de Yannick Jaffré, cueilli sur son blog Sévèrement français et consacré à la "pensée d'action" du général De Gaulle... Professeur agrégé de philosophie et auteur d'un essai intitulé Vladimir Bonaparte Poutine (Perspectives libres, 2014).

 

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De Gaulle : sous la statue, le volcan

De quoi De Gaulle est-il aujourd’hui le nom ? Celui d’une occultation  assourdissante. Plus on commémore le grand homme – invoqué comme un mort illustre, enfoui sous les trémolos – plus on cherche à étouffer, sans y parvenir, la clameur du Politique. Nietzsche voyait dans l’« histoire monumentale » le résultat d’une double opération : signaler dans le passé des figures exemplaires ; édifier le peuple par l’exaltation de ce panthéon national. Mais dans un pays, le nôtre, qui pratique depuis quarante ans la repentance et l’autophobie, les monuments historiques subissent de méticuleuses démolitions contrôlées. Si De Gaulle est à peu près le seul à rester debout dans la période moderne, il ne faut pas s’y tromper : on ne l’épargne jamais que pour l’embaumer. La grande ombre historique, trop proche, est aussi trop dangereuse pour l’ordre établi dès qu’on retourne le regard vers qui la projette. On éloigne donc le Général dans le passé en le plaçant aux côtés de Jeanne d’Arc, Louis XIV et Napoléon. Alors qu’il exprime plus violemment qu’eux les origines, réalités et horizons de la France contemporaine, on fait au mieux de lui une statue du Commandeur, au pire, et le plus souvent, une inoffensive autorité morale.

Quelques exemples. Prononcée pour remettre à leur place les anglo-saxons reprochant à la France sa guerre d’Algérie, la phrase de De Gaulle : «  la grande querelle sur Terre, c’est la querelle de l’Homme », deviendrait aujourd’hui le titre possible d’un débat « humaniste » entre démocrates-chrétiens et franc-maçons. De même la réconciliation franco-allemande est-elle convoquée à l’envi par la droite européiste, à telle enseigne que le chef des Français libres finirait presque par apparaître, comble de l’énormité, comme un émule de Robert Schuman. Et même quand on honore l’homme du 18 juin, c’est pour réduire son combat contre l’occupant à l’antifascisme sans fascistes des années 1980, théâtral selon Jospin lui-même. Pour preuve, on a vu Anne Hidalgo (Anne Hidalgo, quand même…) aller fleurir à Colombey la tombe d’un homme qui occupe l’exact antipode de son pauvre univers. C’est son droit, à l’incohérence. Avec elle et ses semblables,  l’époque voudrait rendre rassurant un acteur de l’histoire qui, entouré de haines, passant sous les balles, y a fait vaincre des principes terriblement clivants.

Côté gaulliste prétendu, la référence n’est pas moins usurpée. Ainsi Villepin mobilisait-il De Gaulle pour défendre en 2005 une constitution européiste dont le but était clair : enkyster plus profondément la France dans un organisme atlantiste dont le Général avait retardé l’avènement. Ainsi Fillon avance-t-il avec d’autres « gaullistes » la notion de « souveraineté partagée », contradictoire dans les termes. Ainsi encore Sarkozy avait-il placé sa campagne de 2007 sous le sceau gaullien pour faire réintégrer à la France, une fois élu, le commandement militaire de l’OTAN. Ainsi Juppé enfin, le pire d’entre eux tous, a-t-il couvert aux affaires étrangères la destruction de la Libye et, à travers elle, du nationalisme arabe soutenu par de Gaulle – se laissant au  passage imposer, comme une serpillière, Bernard-Henri Lévy pour vice-ministre. Dans ce camp-là, plus généralement, les uns et les autres se livrent à des primaires bafouant l’esprit de la Ve république qui voudrait que l’élection présidentielle, substitut laïc du sacre de Reims, célèbre la rencontre d’un homme avec le peuple français. Cette atmosphère de pseudo-gaullisme n’est somme toute percée que par une lame claire, la déclaration, j’y reviendrai, sur « la France, peuple européen, de race blanche, de culture gréco-romaine et de religion chrétienne ». Reparue dans le débat public, elle y porte de nouveau une puissante, une nécessaire charge polémique.

Paradoxe savoureux, ses ennemis historiques sont désormais les meilleurs traducteurs de De Gaulle. Pétainistes qui lui reprochent d’avoir été, lui, le sauveur de la France, héritiers de l’OAS ne supportant pas qu’il les ait compris, royalistes ne lui pardonnant pas d’avoir restauré le principe monarchique sans mutiler la France de son bonaparto-républicanisme, atlantistes stay behind qui le détestent pour avoir secoué la tutelle américaine et mené une politique socialiste française – tous ceux-là sont au fond plus fidèles au De Gaulle réel que ses embaumeurs. Parce qu’ils prétendaient détenir le monopole du nationalisme ou, selon, du « national-occidentalisme », ils conservent rageusement la mémoire du politique machiavélien qui les a terrassés par la France. Et si déformé par la haine soit le portrait qu’ils dressent de lui, du moins savent-ils combien De Gaulle a soulevé de passions et de forces contraires, les leurs et celle de l’extrême-gauche, pour bâtir son œuvre nationale. Ce n’est que la mauvaise foi qui empêche ces perdants de la grande histoire de France, résiduels, d’admettre que son corpus est aujourd’hui indispensable contre les vents dominants qui, depuis quarante ans, font sortir la France de l’histoire. En face de leur détestation d’arrière-garde, vit dans le peuple le puissant souvenir de l’époque encore récente où la nation, prospère et unitaire, grande et respectée, était conduite par un chef  de dimension mondiale.

Cette nostalgie est parfaitement légitime. C’était non seulement mieux dans les années 1960 qu’aujourd’hui, mais ce qui reste de solidité française vient pour l’essentiel de la présidence De Gaulle. La mémoire vive du temps où la France, si elle n’était plus depuis Napoléon la première, demeurait une puissance souveraine, imprévisible pour ses alliés comme pour ses ennemis, cette mémoire est grosse d’une politique. Mais la peinture du géant d’hier reculé dans l’ombre avec, obscènes, les nains Sarkozy et Hollande sautillant à ses pieds en pleine lumière, atrocement descriptive de notre état, nous condamnerait à la dépression si nous n’y trouvions, par la répulsion, un puissant ressort moral.

Car le désespoir, en tout état de cause, nous est interdit. Parce qu’il serait une honte devant tout, les causes objectives d’abandon étant, quoi qu’on prétende, plus fortes en juin 1940 qu’à l’automne 2016. Et parce que le pire, qui n’est jamais sûr, reste à venir : si nous gémissons maintenant sur les ruines françaises, que ferons-nous demain dans un pays exsangue où patrouilleraient les jeeps de Daesh ? Exemple moral contre l’esprit de renoncement, le gaullisme est aussi, surtout, une doctrine politique à deux articles : sauvegarde de l’identité et puissance par la souveraineté. Ces travaux d’Hercule sont plus que jamais à l’ordre du jour. Sous peine de mort.

Pour ressaisir cette pensée d’action, il faut dégager De Gaulle des incantations. Déboulonner la statue dans laquelle on l’enferme pour faire rejaillir, sur la terre remuée, l’athlète qui s’élance. Libérer l’énergie nucléaire que contiennent pour nous aujourd’hui ses actes majeurs. Cette tâche revient aux gaullistes « AOC ». Ni compagnons de la Libération, par génération, ni chiraquiens, par rigueur, ni sarkozystes, par décence, ils se recrutent parmi ceux, d’où qu’ils viennent, qui mesurent avec précision la magnitude gaullienne. Que ferait De Gaulle ? n’est pas la question qu’ils doivent se poser. Comment transposer le grand gisement en y triant, soustrayant et développant pour dominer le « vieil aujourd’hui »? Voilà leur affaire. Moderne et classique à la fois, la ressource gaulliste est infiniment plus opérante pour penser et agir dans notre temps que le national-libéralisme, le néotraditionisme ou l’impérialo-européisme où certains patriotes, aussi sincères qu’approximatifs, vont chercher leurs recours. Cette ressource est une tradition – au sens superbe de Gustav Mahler : « non la vénération des cendres, mais la passation du feu ».

La mesure du Titan

 Au risque de paraître abrupt, j’irai vite sur l’homme du 18 juin. Sa trajectoire est au regard historique littéralement extraordinaire. Qu’un général deux étoiles parti de presque rien devienne un acteur mondial aux côtés de Churchill, Staline et Roosevelt, le fait, selon son propre mot, « sortir de toutes les séries ».

Mais la geste héroïque fut aussi rationnelle : ayant avec quelques autres la prescience du caractère inévitablement mondial de la guerre, De Gaulle a vu sur l’instant l’armistice comme une faute absolue. Connaissant aussi bien la dimension nationale de Pétain que ses limites personnelles, il savait que cet homme-là doublerait le désastre militaire d’un effondrement moral. Que la légitimité du Maréchal soutenant une collaboration inscrite dans l’armistice, la nation en serait empoisonnée dans sa profondeur. Qu’une reddition militaire sur le territoire métropolitain, qu’un gouvernement déplacé vers l’Empire, auraient été les moyens de préserver son âme maintenant avec sa liberté demain. A l’opposé de ces idées claires et nettes, la rhétorique de la « révolution nationale » était aussi involontairement comique que scabreuse. Elle plaçait en effet sous la bannière d’un « esprit de sacrifice » surmontant « l’esprit de jouissance » de l’entre-deux guerres une politique que, par ailleurs, elle justifiait par la volonté d’« atténuer » les souffrances des Français. Pour le dire brutalement : ni deux ans et demi de (relative) villégiature en zone libre, ni la (relative) correction des militaires allemands pendant la même période, achetés à l’Allemagne nazie à un taux spoliateur, ne valaient la corruption intime du pays par la collaboration.

Alors que les Néerlandais ou les Danois ont conservé de cette période, et malgré leurs collaborateurs, le sentiment de leur dignité nationale, nous payons encore 70 ans après, et malgré nos résistants, le prix d’une collusion organisée avec l’occupant qui, Patrick Buisson le montre dans son remarquable 1940-45 années érotiques, a compromis le peuple français jusque dans sa chair. Mais grâce à De Gaulle, l’extrême droite du même Buisson n’y pouvant rien, cette histoire-là ne fut pas toute l’histoire et le pays fut relevé, autant qu’humainement possible, dans les ordres réel et symbolique. C’est toute l’actualité tragique, pas déclamatoire, du 18 juin et de la France libre : l’esprit de collaboration souffle aujourd’hui dans les élites au moins aussi fort qu’en 1940-44 tandis qu’une part importante de la classe moyenne, dont les « Charlies » sont la pointe avancée, plierait vite si le vent mauvais soufflait plus fort encore. Démarquant l’axiome de Giono pour justifier son allégeance à un Euro-Califat « démocratique » : « Je préfère être un Allemand vivant qu’un Français mort », elle glisserait alors vers cette soumission post-pétainiste que Houellebecq, la décrivant avec son ricanement glacé d’épave talentueuse, place au titre de son dernier roman d’anticipation. La geste gaullienne est à cette enseigne un soleil moral, coupant, sous lequel il n’y a rien de nouveau que des hommes lâches ou courageux.

 Mais l’héroïsme ne suffit pas. Que De Gaulle ait été assassiné ou que les Américains eussent réussi contre lui la manœuvre Giraud-AMGOT[1], et il serait resté dans l’histoire comme un chef de guerre alors qu’il fut aussi, surtout, un politique, comme un libérateur alors qu’il fut plus encore un fondateur. Alexandre le Grand, qui n’a laissé derrière lui que d’épiques ruines, possédait la celeritas : « Le geste de son bras n’est pas symbole de protection, mais invitation au départ, signal de l’aventure[2]. » Washington était un général intellectuellement frustre entouré de grands penseurs du droit et de l’État. Oscillant entre l’héritage européen et la recherche d’une voie propre à l’Amérique latine, Bolivar a laissé une inspiration plus qu’une doctrine. Michael Collins a conquis l’indépendance de l’Irlande sans avoir le temps de la bâtir et de jeter sur son sol, comme Bonaparte consul avec le Conseil d’État et le Code civil, « quelques masses de granit ». De Gaulle, lui, répond pleinement à l’avertissement de Tocqueville : « Ce n’est pas la force seule qui assoie un gouvernement nouveau ; ce sont de bonnes lois. Après le combattant, le législateur. L’un a détruit, l’autre fonde[3]. » Déployant une pensée complète de l’État, du social, de l’économie et de la géostratégie, trempée dans l’histoire de France, c’est le De Gaulle nomothète, chef du gouvernement provisoire et fondateur de la Ve république, qui fournit aux nationaux leurs plus solides appuis.

Institution de l’État, état des institutions

Commençant par le commencement, c’est-à-dire les institutions, De Gaulle refait l’État en 1944 puis, surtout, en 1958. « Franco-romain », il établit naturellement le primat de la puissance publique sur la société quand les anglo-saxons font émaner la première de la seconde ; monarcho-républicain, il assoie contre le parlementarisme la prééminence de l’exécutif sur le législatif en installant au sommet de l’État « une tête directement mandatée par l’ensemble de la nation et mise à même de vouloir, de décider et d’agir ». Il a suivi ce plan simple sans obéir entièrement au précepte de Bonaparte d’après lequel « une constitution doit être courte et obscure pour ne pas gêner l’action du gouvernement ». Courte mais claire, celle de 1958 libère l’action de l’exécutif en répartissant, avec précision, les pouvoirs autour de lui.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Notre situation est paradoxale. L’autorité de l’État n’est pas minée par un parlementarisme résurgent mais – et c’est pitié – par la pratique de l’exécutif lui-même. Alors que la constitution gaullienne faisait en principe relever du règlement tout ce qui n’était pas expressément attribué à la loi, les gouvernements inversent depuis trois décennies l’ordre du principe et de l’attribution. C’est-à-dire qu’ils confectionnent, le parlement étant leur chambre d’enregistrement, des lois pour tout et, de fait, pour n’importe quoi. Ni le voile intégral, ni le burkini, par exemple, ne devrait être prohibés par une loi mais, au principe, par un règlement administratif. L’enjeu n’est pas seulement de compétence mais d’autorité : sous le règne du « droit bavard », l’État affaiblit la sienne comme si l’esprit du parlementarisme lui était, littéralement, monté à la tête. Une telle inflation législative, décrets et règlements compris, porte avec elle plusieurs conséquences fâcheuses : complexité excessive de l’édifice légal, insécurité juridique liée à la sur-politisation des textes, contestations endémiques procédant de l’une et de l’autre, le tout épuisant les entrepreneurs, les administrations et décourageant les investisseurs étrangers.

La constitution elle-même est affectée par cette involution. De Gaulle ne voulait pas que l’État fut un théâtre d’expression pour « idéologies inconsistantes ». Or la constitution leur sert aujourd’hui de dépotoir puisqu’on y introduit des dispositions – écologistes, féministes, européistes – qui n’ont rien à y faire, souvent des lois qu’on a craint de voir censurées par le parlement. C’est ainsi qu’on a procédé pour la parité qui violait trop manifestement le droit de suffrage. Quant au droit libéral-européiste, il pénètre le socle de la république française par l’article 88-1 constitutionnalisant « la participation de la France à l’Union Européenne ». Placé sous cette hypothèque, le conseil s’épuise à défendre le texte fondamental, par le biais de la Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC), contre la concurrence que lui imposent les normes européennes. Il s’épuise pour le bien mais nuit aussi, du fait de sa composition, à l’esprit de la première des lois. Alors qu’il est désormais une sorte de cour suprême qui devrait assurer au peuple souverain que son représentant, le parlement, et son exécutant, le gouvernement, respectent sa volonté constituée, ses membres –  anciens présidents de droit, ministres, députés nommés par l’exécutif, tous liés à des lois qu’ils ont eux-mêmes rédigées – sont animés par des polarités idéologiques de court terme. Ils ne censurent pas les lois qui le mériteraient et censurent,  plus rarement, celles qui ne devraient pas l’être.

Que faire ? La VIe république imaginée par Mélenchon et Montebourg promet un retour vers le futur de la IVe. Il faut plus sérieusement refondre la Ve république « de bronze » voulue par De Gaulle. C’est-à-dire réaffirmer le droit supérieur de l’État contre un État de droit sans consistance ni autorité, en se souvenant avec Carl Schmitt que l’existence du premier conditionne celle du second, et les libertés publiques celle des droits individuels. Quelques mesures y pourvoiraient : rétablir l’État dans sa prérogative en reversant dans le règlement tout ce qui ne concerne pas la loi ;  alléger la constitution de ses alluvions récentes ; supprimer l’article 88-1, et se dispenser de la QPC en quittant l’Union ; modifier la composition du conseil constitutionnel dont les membres, à partir d’un premier collège nommé par un gouvernement national, seraient installés à vie par cooptation, selon le seul critère de la compétence publique ; rétablir en haut le septennat pour que le président cesse de disparaître comme Chirac derrière le gouvernement ou, comme Sarkozy et Hollande, de se confondre avec lui ; approfondir à la base l’empreinte référendaire de la Ve république à travers un véritable référendum d’initiative populaire inspiré de la Suisse qui permet au peuple de se saisir d’un enjeu que le législateur esquive ou, plus violemment encore, de bloquer l’adoption parlementaire d’une loi pour s’en emparer lui-même – la question du quorum pertinent demeurant à résoudre.

 Toutes ces mesures, bien sûr, resteront des vœux pieux sans une transformation gaullienne de la sociologie et même, plus profondément, de l’anthropologie des élites. L’événement, ici, fera loi. Aucun texte ne fera revenir les partis sur la désastreuse pratique des primaires sans des vagues brutales qui balayeront les médiocres, les notables, les gamelleurs. Si les institutions peuvent parfois limiter cette médiocrité, elles souffrent en retour, et plus fatalement, d’être mal habitées. C’est du fond de mœurs nationales revivifiées par les événements, c’est depuis ce que Montesquieu appelait « l’esprit général d’une nation », c’est peut-être, hélas, par la guerre, impitoyable sélectrice, que de véritables élites nationales réémergeront. Mais donc ici le politique dépend de l’histoire qui, de nature, est redoutablement imprévisible.

Bodin, Richelieu, De Gaulle : le parti des politiques

Bodin a forgé la doctrine de l’État souverain, Richelieu lui a donné sa praxis, De Gaulle son extension moderne. Avec une même philosophie reposant sur le primat du politique sur les marchands et les prêtres, de l’État sur l’économique et le religieux. Or la puissance publique est asservie à ces deux forces, auxquelles se coagulent aujourd’hui des intérêts communautaires nés de l’immigration extra-européenne de masse. – Entretenue par la trahison d’élites françaises ayant perdu tout centre de gravité historique, cette immigration morcelle le corps national. Celui-ci, qui supportait naguère l’État, au double sens du terme, en est désormais séparé par une incertitude mortelle : qui sert-il  ? Or la réalité du « multiculturolibéralisme » contredit si violemment son discours que, par un mouvement de balancier, le politique resurgit dans cette question. Et c’est par la crise identitaire, dont les attentats ne sont que la pointe sanglante, qu’il reparaît comme  insoluble dans l’économie, le juridique et le social.

C’est sur deux fronts qu’un nouveau parti des politiques, encore diffus, mène le combat, celui de l’État, celui du peuple. Il ressaisit au sein du peuple, dont l’État ne peut mépriser le sentiment que jusqu’à un certain point, un ethos civico-national. Il n’y a ici pour l’instant rien à attendre des « Charlies », qui n’éprouvent devant la violence de l’histoire qu’une peur privée. On observe en revanche dans de larges couches populaires et moyennes une lucidité nouvelle devant le choc des civilisations à domicile et, moins clairement perçue toutefois, devant une mondialisation qui déracine et appauvrit. L’expérience de la précarité et du danger rebranche les individus sur la totalité nationale, les disposant à renouer avec ce que Hegel appelait la « vie éthique ». Patriotique, ce mode d’être doit venir inquiéter, avant bientôt de l’investir, un État français qui agit contre sa propre substance populaire.

Car ce patriotisme resurgi n’atteindra sa pleine effectivité que s’il pénètre en retour, par une victoire politique que rien ne garantit, le corps de l’État. Faute de quoi il restera un réflexe de sauvegarde aussi légitime et nécessaire qu’insuffisant. Un État de nouveau national reforgerait l’esprit public contre le mondialisme et l’islamisme. Par l’école, et le chantier est immense ; par l’armée, sans militarisation « nippo-impériale », mais en replaçant l’esprit des armes au cœur de la cité. Il y a sur ce dernier point un paradoxe gaullien à surmonter dialectiquement : ayant fait rentrer l’armée dans le rang au moment de la guerre d’Algérie, De Gaulle incarnait aussi – Général, président chef des armées – le militaire dans le politique. Mais dans les deux cas, école et armée, pas d’illusions : l’assimilation des extra-européens, particulièrement musulmans, sera marginale. On aura du moins fait quelque chose si on replace les Français, par le roman national et une éthique du combat, dans l’axe de leur civilisation et le sens de sa mortalité.

Cette civilisation nationale est composite. De Gaulle en possédait la généalogie, sachant que le catholicisme, c’est la France, mais que la France, ce n’est pas seulement le catholicisme mais aussi, sans exhaustivité, l’humanisme renaissant, le cartésianisme, la république nationale. Il faut au passage lever la confusion entretenue par Patrick Buisson dans son dernier ouvrage : la défense du catholicisme passe par la France plus que l’inverse. Si les vertus théologales, l’espérance éminemment, peuvent irriguer les combats temporels, elles ne sauraient se substituer aux vertus politiques sans diminuer leur force. En termes plus brutaux, il ne suffit jamais, dans le monde temporel, d’être chrétien pour que vive la liberté chrétienne. Il faut être Grec, Romain,  Français, et parfois en armes. Que chacun s’en souvienne.

De manière plus générale, aucune civilisation n’a jamais été défendue comme un seul homme par elle-même mais par des corps particuliers, les nations, qui en sont la réalité existentielle. C’est parce que l’Europe prétend s’unifier politiquement qu’elle cède sur tout, identité, indépendance, composition démographique ; et c’est par des réactions nationales, venues de Hongrie et du Danemark que le flux migratoire par exemple, sans tarir, ne passe pas partout. La civilisation européenne ne fera jamais une politique. On se souvient de la formule de De Gaulle sur Chateaubriand, Goethe et Shakespeare qui ont servi cette civilisation en étant intensément Français, Allemand et anglais, pas en écrivant dans quelque « Volapük intégré ». C’est dans le même esprit que le nouveau parti des politiques, exclusivement consacré à la nation française, préserverait en même temps une part de la culture européenne.

Économie politique : Bismarck, De Gaulle, Poutine

Les archi-gaullistes doivent enfin affronter la nouvelle configuration du capitalisme – mondiale, prédatrice et nihiliste. On a parlé naguère à propos du dirigisme gaulliste, et de quelques autres expériences proches, de « troisième voie » entre le libéralisme et le collectivisme. Aujourd’hui que le second est mort, que l’ultra-libéralisme règne largement dans le monde, en France sous sa formule sociale-libérale, cette troisième voie est devenue la deuxième.  Les pseudo-gaullistes brandissent parfois telle formule de De Gaulle : « En économie, non plus qu’en politique ou en stratégie, il n’existe, à mon sens, de vérité absolue. Mais il y a les circonstances. » – manière pour eux de dissoudre les principes dans un pragmatisme de reniement. Si souple fut-il tactiquement, De Gaulle plaçait en réalité son économie politique sous une philosophie néo-colbertiste édifiée sur trois fondements.

Le refus d’abord que la propriété privée, qu’il ne s’agit pas d’abolir, devienne une puissance supérieure à celle de l’État – le refus, autrement dit, que Fouquet en remontre au Roi. A ceux qui ricanent à l’évocation du Plan, on peut rétorquer que le dirigisme est pratiqué aujourd’hui, mais au service exclusif des grands oligopoles mondialisés qui (faut-il l’apprendre à quiconque ?) ne comprennent que la force. Dans House of cards, série hyperbolique portée par l’excellent Kevin Spacey, celui-ci, président des États-Unis, réplique à un pétro-oligarque méprisant qui le menace de détruire des milliers d’emplois en vingt minutes : « N’oubliez pas que je suis le type avec les types avec des fusils ». Rien de fictif ici, ni d’obsolète. De Gaulle a domestiqué le grand capital dans les années 1960, Poutine dans les années 2000. Pour ceux qui croiraient devoir craindre la référence à l’heure où le taux d’imprégnation atlantiste des élites est radioactif, c’est en l’espèce Poutine qui, s’appuyant sur un constitution inspirée de la Ve république, est gaulliste. Autour d’un exécutif fort, il a constitué une korpokratura. La notion conjugue l’intégration par l’État de la puissance économique, la subordination étroite des intérêts capitalistiques aux politiques nationales et, obtenue de gré ou de force, la loyauté des grands groupes industriels et commerciaux. Cette « corpocratie d’État » intègre le grand capital en lui retirant le sentiment de son indépendance. A travers des prises de participations majoritaires et des grands consortiums publics s’affirme donc un dirigisme d’inspiration gaulliste qui porte sans doute, dans le contexte d’une mondialisation devenue folle, une formule d’avenir.

Le gaullisme veut parallèlement que l’État impose à la société, dans sa dimension économique, un principe de décence « rousseauisto-bismarckien ». Contre le mépris de classe qui animait Voltaire, Rousseau plaidait : « quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre » Un siècle plus tard, le Genevois reçoit un écho inattendu chez Bismarck : « Pourquoi l’invalide de guerre et le fonctionnaire atteint par l’âge devraient-ils avoir une retraite, et pas le soldat du travail ? Cette obligation s’imposera. L’avenir lui appartient. Il se peut que ma politique s’effondre après ma mort. Mais le socialisme d’État restera. (…) Voilà l’idée : un socialisme d’État ! La collectivité doit prendre en charge l’assistance aux plus défavorisés »[4]. Sans la contrainte publique, premier principe du gaullisme, nulle solidarité ne peut s’installer dans la durée. C’est le sens de la sécurité sociale et de la retraite par répartition qui ont entretenu jusque dans les années 1980 la common decency orwellienne, brillamment associée par Jean-Claude Michéa à la pensée socialiste française pré-marxiste. Et somme toute, le gaullisme, c’est Proudhon plus l’État.

Qu’on ne s’y trompe pas : au refus du darwinisme social s’articule enfin, troisième principe, celui de l’assistanat. Front des producteurs contre les prédateurs d’en haut, le gaullisme économique, tout entier tourné vers le travail, ne saurait dévoyer la solidarité dans une myriades d’aides qui, grevant les comptes publics, ne servent qu’à acheter une paix dite sociale (pour ne pas la nommer ethnique). Ni la sécurité sociale, ni les allocations familiales ne sont, ou ne devraient être, des revenus de substitution, mais des instrument servant une politique nationale complète – identité comprise. Or, les gouvernements sociaux-libéraux successifs refusent de toucher aux mannes qui font de la France une chance pour l’immigration, en même temps qu’ils asphyxient, aux plans fiscal et administratif, les petits entrepreneurs comme ils ne l’ont jamais été dans les années 1960. Toutefois, pour reprendre ce que De Gaulle appelait une grande « politique des revenus », il faut réinventer le gaullisme. Je suis en effet sceptique sur la participation, intuition échouée du Général. L’association capital-travail supposerait en effet une immanence des intérêts qui n’est concevable, et encore, que dans les petites unités. Plutôt que d’« assouplir » le droit du travail, il faut simplifier l’administration, relancer la croissance en retrouvant la souveraineté monétaire, défiscaliser les primes et les heures supplémentaires, imposer aux grands groupes un pourcentage de reversion à leurs salariés selon les bénéfices enregistrés – bref, œuvrer, en tous domaines, contre le social-libéralisme qui émancipe les grands intérêts en écrasant les petits.

Le monde tous azimuts

 Les forces qui veulent façonner l’opinion ont depuis vingt ans diffusé sans relâche l’idée intimidante que les mastodontes territoriaux, militaires et démographiques, écrasant les « petites » nations, seraient désormais les seuls candidats éligibles à la puissance. Or celle-ci naît toujours d’une composition de facteurs articulés entre eux par une volonté humaine qui cherche à en tirer l’optimum. C’est une conception naïve ou idéologique qui fait dépendre la puissance de forces réputées objectives, lesquelles, faute d’une volonté clairvoyante pour les agencer, se transforment bientôt en faiblesses. L’expansion territoriale romaine par exemple, d’abord source de puissance, deviendra cause de dissolution à mesure que les élites impériales perdront maîtrise et cohérence. Aujourd’hui la démographie est un facteur ambivalent, enjeu vital en Russie, sévèrement contrôlé en Chine, sous leurs paramètres respectifs. Ainsi l’équation entre puissance et volume n’est-elle pas une loi d’airain. La France, cinquième économie mondiale, siégeant au Conseil de sécurité de l’ONU, se paye à la vérité un luxe parfaitement obscène en dissertant sur son incapacité à « peser seule » et la nécessité de « l’Europe, l’Europe, l’Europe »… Appréciés du Pérou, du Liberia ou d’Indonésie, si toutefois ils y parviennent, ces raisonnements doivent paraître mensongers, décadents ou ridicules. A rebours de cette attitude, la Russie a retrouvé le chemin de la puissance en renversant les dogmes du libre-échange et de l’intégration internationale auxquels elle avait rendu, dans les années 1990, un culte à perte.

De Gaulle se faisant « une certaine idée de la France » savait bien qu’elle n’était pas une pure idée, que l’existence précède toujours l’essence, que la grandeur plonge ses racines dans la terre. Quand il faisait entendre une voix universelle, c’était donc depuis l’intérêt national français. Westphalien, réaliste, pragmatique sur la scène internationale, il projetait la France sur toutes les latitudes. De Gaulle c’était hier, et le monde a changé depuis mais, pensé dans le temps long, il ne s’est pas métamorphosé. La France y occupe toujours une place mondiale, avec les mêmes acteurs redistribués. Mais lui manque une grande politique internationale. Par défaut et par excès de pragmatisme à la fois, ses dirigeants la font participer aux croisades américaines et mènent des politiques à courtes vues vite sanctionnées par leurs conséquences – la sordide affaire libyenne conjuguant les deux tares. Ils ne veulent pas voir que la mondialisation, au lieu de les atténuer, accentue les égoïsmes nationaux, qu’il n’y a jamais de « règlement mondial des problèmes mondiaux », que l’un des mensonges de l’idéologie mondialiste, c’est de prétendre que l’avenir est aux grands ensembles régionaux. Ils ne veulent pas voir que la France, qu’elle le veuille ou non, est seule.

Bismarck refusant alors l’aventure coloniale eut cette formule : « Ma carte de l’Afrique, c’est l’Europe ». Une géostratégie gaullienne la démarquerait en l’inversant : « La carte de l’Europe, pour la France, c’est le monde ». Elle contournerait donc l’euratlantisme par un rapprochement, sans alliance intégrée, avec la Russie qui, seule parmi les BRICS, conduit face aux États-Unis une diplomatie mondiale. Elle se dégagerait simultanément de l’Otan et, coudées franches, mènerait politique multipolaire tous azimuts en s’appuyant sur son espace maritime, deuxième mondial. Elle s’appuierait enfin sur son héritage pour pratiquer un réalisme du temps long en ravivant son aura dans le monde par la culture, l’intelligence économique, ses relais francophones, son génie juridico-institutionnel, son savoir-faire militaire.

L’identité de la France

J’ai évoqué en commençant la fameuse citation gaullienne sur la France et sa diversité interne. La voici dans sa version intégrale : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

Qu’y ajouter ? Historiquement, culturellement, anthropologiquement définitif, le constat possède encore plus de force aujourd’hui, après quarante ans de mélange d’huile et de vinaigre, qu’au moment où il fut prononcé. Tout, absolument tout le valide, du quotidien au Bataclan. Seuls désormais les naïfs, les débiles ou les menteurs croient encore que la nationalité administrative, procédant du droit du sol, équivaut appartenance française. On convoque parfois pour soutenir cette nationalité contractuelle le fameux « plébiscite de chaque jour » d’Ernest Renan, en omettant de rappeler qu’il le liait à un « legs de souvenirs ». Et qu’il avait ouvert sa célèbre conférence Qu’est-ce qu’une nation ? par un péremptoire : « L’homme, messieurs, ne s’improvise pas », qui vaut aussi pour cet homme collectif qu’est un pays. Or ce sont de fait des peuples entiers qui sont entrés depuis quarante ans d’Afrique en France, bouleversant sa composition ethno-culturelle. L’immigration extra-européenne de masse n’a rien d’un phénomène naturel. Certains la font remonter aux accords d’Evian. A tort, car il ne s’agissait alors que de visas provisoires délivrés, avant retour au bled, à une immigration de travail masculine. Non, c’est le regroupement familial giscardo-chiraquien de 1976 qui a déclenché la déferlante. On sait depuis Descartes que « l’âme n’est pas dans le corps comme un pilote en son navire ». Mais s’il est déjà difficile de maîtriser les passions et les affects de sa propre chair, c’est impossible quand ce corps, par membres entiers, cesse de vous appartenir. Bref, le Général est validé !

George-Marc Benamou, une des figures les plus répugnantes du politiquement correct francophobe, a raison avec ses semblables quand il accuse, s’appuyant sur la citation ci-dessus, De Gaulle d’être raciste. Si l’on précise qu’il l’est selon les canons de l’antiracisme « années 1980 » – autrement dit, qu’il ne l’est pas. Nous nous trouvons en revanche dans la situation qu’il  voulait prévenir – en danger de mort par balkanisation, lente ou rapide. Qu’y faire ? Supprimer, définitivement et sans retour, le regroupement familial, le droit du sol, les aides parasitaires, créer autour de ces mesures un climat remigratoire, placer chacun devant une France non négociable dans ses lois et, surtout, ses mœurs. En tout état de cause, il n’y aura pas de gel communautaire sous quelque compromis du « haïr-ensemble ». La France ne dispose pas en effet de l’« insularité » ni de la religiosité patriotique américaines, ni des ressources territoriales et du logiciel impérial de la Russie. L’alternative, c’est la France unitaire ou une guerre civile extérieure. C’en est le second membre qui, à l’heure présente, paraît tenir la corde. Mais le pire, donc, n’est jamais sûr.

De Gaulle, quelle latitude ?

Où vit aujourd’hui le gaullisme « AOC » fait d’indépendance nationale, de justice sociale et d’affirmation identitaire ? Dans le peuple, il est un poumon puissant. Mais seuls, majoritaires encore, et seuls légitimes, les Français maintenus cherchent désespérément leur élite. Le gaullisme, autrement dit, doit trouver ses hommes et ses hommes conquérir le pouvoir. Ils n’y parviendront pas sans créer ou, de manière plus réaliste, sans investir un mouvement politique en état de le faire.

Qu’on décèle des éléments « gaulloïsants » chez Mélenchon, et il s’en trouve, qu’on juge vertueuse la trajectoire de Dupont-Aignan, intéressant surtout par son électorat, qu’on relève des personnalités authentiquement gaullistes chez les Républicains, comme Jacques Myard, ne change rien au fond de l’affaire. Sauf bouleversement radical du paysage politique par les secousses de l’histoire, que je redoute comme père autant que je les souhaite comme patriote, c’est aujourd’hui le Front national qui exprime par la force des choses, et comme malgré lui, les grands axes du gaullisme. S’il se mettait enfin à travailler sérieusement, il verrait que De Gaulle est à son ordre du jour – pas pour solder jusqu’à la fin des temps son passé d’extrême-droite, périmé par les tectonique des plaques, mais pour empoigner vigoureusement l’avenir. Il arrêterait alors peut-être d’opposer l’identité et la souveraineté dans un débat que ses protagonistes rendent, par limitation narcissique, totalement stérile. Et il se convaincrait que la souveraineté sans identité, portée par son aile gauche présomptueusement abstraite, est vide, tandis que l’identité sans souveraineté, imaginée par son aile droite concrètement bornée, est impuissante. Il revient à son chef d’opérer cette grande jonction –  maintenant, de toute urgence.

Si ce n’est lui, le tronçon du glaive français sera ramassé tôt ou tard, mais peut-être trop tard, par une autre escouade nationale. Quoi qu’il en sera, plût à la république, à la nation, à la France éternelle que l’héritage de De Gaulle soit continué par des hommes capables de toute la vertu politique, virile et magnanime, dont le volcan de Colombey, d’où l’on est regardé avant d’y être vu, nous donne pour demain l’exemple absolu.

Yannick Jaffré (Sévèrement français, 19 février 2017)

 

Notes :

[1] Le falot Général Giraud a été propulsé par Roosevelt à Alger en 1943 pour supplanter De Gaulle. Échec. Allied Military Government in Occupied Territory, « gouvernement militaire allié en territoire occupé » : mis en place en Italie, c’était le statut de sujet que les Américains avaient prévu pour la France. Échec.

[2] Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, op. cit., ch.2, « Le Sauveur », Seuil, 1986,  p. 75.

[3] De la démocratie en Amérique, Gallimard, 1961, « Avertissement à la douzième édition », p. 34.

[4] Jean-Paul Bled, Bismarck, Tempus, 2011,p. 248

23/11/2014

Tour d'horizon... (77)

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Au sommaire cette semaine :

- sur Realpolitik.tv, Aymeric Chauprade analyse le grand retour en force de l'Iran sur la scène proche-orientale...

Le retour de l'Iran

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- sur Philitt, Benjamin Fayet montre l'influence qu'a pu avoir la pensée géopolitique de Charles Maurras sur le fondateur de la Ve République...

Kiel et Tanger de Charles Maurras : essai géostratégique visionnaire et source intellectuelle de la Vème République

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21/11/2014

Poutine : le De Gaulle russe ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Guillaume Faye, cueilli sur son site J'ai tout compris et consacré à Vladimir Poutine...

 

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Poutine : le De Gaulle russe ?

La thèse que je soutiens  ici  est que Vladimir Poutine défend une vision gaullienne de l’Europe et du monde, ainsi que de la souveraineté de la Russie. Il se heurte logiquement à l’hégémonie de Washington et des pays anglo-saxons et, comme en son temps le Général de Gaulle, il est présenté comme un danger et un ennemi. Pourtant, c’est notre meilleur allié.

La diabolisation de Poutine

Le journaliste du Figaro Pierre Rousselet, dans un article intitulé « Le monde sans règles de Vladimir Poutine » (30/10/2014) nous explique, au terme d’une démonstration fumeuse, que Poutine « joue avec une habileté redoutable de sa capacité de nuisance dans un monde où les règles ont de moins en moins d’emprise ».  Il veut dire par là que le Kremlin viole le droit international  à la suite de la crise ukrainienne. Il se moque du monde et, peut-être sans le savoir, il utilise la méthode de la propagande stalinienne de l’inversion de la réalité. Cette méthode est celle, paradoxalement, de Washington et d’une Union européenne aux ordres.  Le monde de Poutine n’est pas ”sans règles”, au contraire, il est ”avec des règles”. Le monde sans règles est celui  de la politique étrangère US  depuis le bombardement de la Serbie par l’Otan et l’affaire du Kossovo. 

Poutine est présenté comme le ”nouveau Tsar”, c’est-à-dire un autocrate non élu, alors qu’il a été régulièrement élu à la présidence avec une majorité plus importante que ses homologues occidentaux. La gauche socialo-trotskiste avait accusé en son temps le général de Gaulle d’être un ”fasciste” – en particulier en Mai 68. La même mouvance idéologique rabâche les mêmes éructations contre Poutine. Et ceux qui diabolisent Poutine et la Russie – notamment tous les milieux atlantistes et ”démocrates” – se satisfont parfaitement de bonnes ententes et d’alliances avec  divers régimes tyranniques à travers le monde.  

La colère anti russe des Anglo-Saxons

Exclu du G8, Poutine a été très mal accueilli au sommet du G20 de Brisbane en Australie les 15 et 16 novembre. Il a interrompu son séjour avant la fin de la réunion, ce qui est parfaitement normal pour un chef d’État qui est maltraité par ses pairs. Or les médias, renversant les torts, ont expliqué que Poutine « narguait » les Occidentaux et faisait de la « provocation ». Plus incroyable, le premier ministre australien Tony Abbott (lui aussi à la botte de Washington) a reproché, à l’ouverture de la réunion, à la Russie de « vouloir restaurer la gloire perdue du tsarisme ou de l’Union soviétique ». Et alors ? Ce propos est proprement scandaleux : la Russie serait donc illégitime à vouloir redevenir une grande puissance ! Sous-entendu : seuls les USA ont vocation à être une grande puissance et la Russie doit se contenter d’être une puissance régionale soumise à la ”pax” americana. Poutine subit de la part des Anglo-Saxons la même attitude d’hostilité que le Général de Gaulle, en beaucoup plus violent du fait de la taille de la Russie.

À la réunion de Brisbane, les quatre Anglo-Saxons (le président des États-Unis, les premiers ministres de Grande-Bretagne, du Canada et d’Australie, tous trois féaux de Washington) ont vilipendé Poutine et la Russie avec brutalité, accusant le président russe de violer le droit international, de trahir sa parole et d’agresser un pays voisin. Accusations complètement contraires à la réalité. Ils l’ont menacé d’aggraver les sanctions économiques et l’isolement de la Russie s’il continuait d’aider les séparatistes de l’Ukraine orientale – alors que c’est l’armée de Kiev, encouragée, armée et conseillée par les Anglo-Saxons, qui est responsable d’agression militaire.

À côté de cela, le président français (M. Hollande) et surtout Angela Merkel ont longuement essayé à Brisbane de négocier avec M. Poutine pour calmer le jeu. Malheureusement, ni la France ni l’Allemagne, pratiquant une diplomatie molle et timorée, n’osent aller au bout de leur démarche. Elles sacrifient leurs intérêts pour complaire aux Anglo-Saxons. Répétons ici que l’affaire ukrainienne résulte d’une provocation américaine (voir autres articles de ce blog sur le sujet) et que les sanctions (illégales) contre la Russie, servilement acceptées par les Européens,  se font au bénéfice de l’Amérique et de la Chine et au détriment de l’UE.

Le plus inadmissible est l’absence de l’ONU dans la résolution de la crise ukrainienne. Comme pour le Kossovo, comme pour les guerres d’Irak, l’ONU est écartée, en violation de sa Charte et de tous les traités internationaux. L’ONU est remplacée par l’unilatéralisme américain et son impérialisme décomplexé. Le Coréen du Sud, Ban Ki-moon, le Secrétaire général, est totalement absent de la diplomatie internationale. Tout le monde sait que ce personnage falot est une créature de Washington, ainsi que l’a avoué dans ses Mémoires John Bolton, ancien ambassadeur américain à l’ONU. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a été complètement marginalisé par Washington depuis la guerre des Balkans de 1999.  (1)      

Le piège ukrainien  tendu à la Russie

L’escalade militaire qui se produit en Ukraine a pour origine l’armée ukrainienne et non pas les séparatistes prorusses de Donetsk et du Donbass. Kiev avait procédé à des tirs d’artillerie, près de Chakhtarsk, sur le site du crash du vol  MH17 de la Malaysia Airlines abattu le 17 juillet, comme pour empêcher une enquête objective sur le terrain. En 7 mois, les affrontements ont fait 4.000 morts, en majorités civils. Le protocole de Minsk, prévoyant un cessez-le-feu, signé le 5 septembre par Kiev et les séparatistes a été violé par le gouvernement ukrainien. Ce dernier  est encouragé par une diplomatie washingtonienne et européenne irresponsable. Des militaires américains sont présents en Ukraine. Ils observent, pondent de faux rapports et attisent les braises. Ils poussent l’Ukraine à une guerre contre la Russie.

On accuse actuellement la Russie de faire parvenir des chars, des armes lourdes et des combattants sans insignes aux insurgés russophones du Donbass et de Donetsk.  Vraie ou fausse, cette aide militaire me semblerait logique si j’étais à la place de Poutine : peut-on rester  insensible à  une agression contre des quasi-nationaux installés dans un pays voisin ? Plutôt que de se mettre autour d’une table de négociation pour résoudre tranquillement, dans le cadre des institutions internationales, la difficile question ukrainienne, l’Occident sous domination  américaine a choisi de créer la crise, tout en tenant un discours hypocrite pseudo-pacifiste.    

Il n’y a jamais eu d ’”annexion” de la Crimée, mais un référendum demandant le retour d’une province russe autoritairement détachée en 1954. Jamais le retour de la Crimée à la Russie n’a menacé l’ordre international. En revanche, l’invasion américaine de l’Irak a totalement déstabilisé l’ordre international et embrasé le Proche-Orient. Les donneurs de leçons de Washington sont ceux-là mêmes qui créent les désordres. À 25% par cynisme et à 75% par idéalisme naïf et stupidité.   

Concernant les sanctions de l’Union européenne contre la Russie, en fait imposées par les USA, Renaud Girard note : « la Russie en souffre indiscutablement mais les Européens aussi ! L’Union européenne a perdu toute souplesse diplomatique, comme l’a montré son incapacité à répondre aux ouvertures de Poutine exprimées lors du sommet de Milan du 16 octobre 2014 » (Le Figaro, 11/11/2014). La raison de cette rigidité diplomatique est que l’UE n’a pas de diplomatie propre, celle-ci se décidant à Washington.

La propagande US anti Poutine

L’Américaine Fiona Hill, directrice de recherches à la Brookings Institution (antenne de la CIA), spécialiste de la Russie et coauteur d’un livre sur Poutine a tenu des propos russophobes très révélateurs. En gros on accuse Poutine des maux dont est soi-même coupable. Elle explique : « Poutine a interprété toutes nos actions comme une menace, ce qui l’a poussé à mettre en place une politique offensive de défense de ses intérêts, qui consiste à pousser  toujours plus loin les limites de ce qu’il peut faire ». Cette politologue gaffeuse admet donc que la Russie est illégitime à ”défendre ses intérêts” ! Seuls les USA ont le droit de ”défendre leurs intérêts”. Pas les autres.  Et que veut-elle dire par ”toutes nos actions” ? C’est un aveu. Il s’agit de l’agitprop menée par tous les réseaux US pour déstabiliser l’Europe centrale depuis 1991.

Alors même que ce sont les USA qui recherchent une nouvelle guerre froide avec la Russie et qui essaient d’écraser dans l’œuf toute velléité d’indépendance et de puissance russe comme toute alliance euro-russe, la politologue américaine affirme que la Russie est une menace pour toute l’Europe et l’Occident. C’est ce thème romanesque qui est au centre de la propagande atlantiste actuelle. Diabolisant Poutine, elle expose : « Poutine n’est plus seulement un danger pour la souveraineté de l’Ukraine et la sécurité européenne mais un danger pour l’ordre politique européen. Très clairement, son but est de discréditer les institutions européennes et la démocratie. Il veut aussi discréditer l’Otan dont l’existence est vue comme un danger »

Elle accuse Poutine, à la tête d’un « pouvoir dangereux et corrompu » issu du KGB, de manipuler les mouvements identitaires européens, de vouloir posséder « un droit de veto dans l’espace qu’occupait l’Empire russe et l’URSS » et –suprême délire–  de « mettre le ”gun” nucléaire sur la table, sous-entendant qu’il serait prêt à utiliser une arme nucléaire tactique ». Puis elle exhorte : « si nous ne montrons pas la force du lien transatlantique, nous perdrons, car Poutine cherche la division »

Ce n’est pas ce ”lien transatlantique” qui compte pour l’Europe – il est source de soumission –, c’est le lien euro-russe. La propagande de Washington consiste à ahurir les Européens en construisant un ”danger russe” fantasmatique. Mais nous n’avons que ce que nous méritons : plutôt que d’être indépendants et forts afin de régler tranquillement avec la Russie, dans une ”Maison commune”, tous les problèmes continentaux qui peuvent se poser (comme l’Ukraine), nous avons préféré nous soumettre à Washington, ce faux protecteur, pour régler nos affaires à notre place.

Or le but –compréhensible et logique – de l’Amérique est d’être notre suzerain, notre pseudo-protecteur, pour mieux nous soumettre. Dans un prochain article qui s’intitulera La  stratégie US contre la Russie et l’Europe, j’approfondirai ce point capital. La politique extérieure américaine cherche malheureusement à créer en permanence des conflits.  Toujours sous le prétexte de la ”paix et de la démocratie”. Mais ce n’est pas l’intérêt de l’Amérique elle-même, c’est-à-dire du peuple américain.

Le poutinisme,  ou le gaullisme russe

Frédéric Pons, dans son essai consacré à Vladimir Poutine,  (Poutine,  Calmann-Lévy) montre bien que  – quelles que soient les opinions qu’on porte sur sa politique – cet homme est un vrai chef d’État, porteur d’une vision globale pour son pays et le monde et qu’il place le destin de son pays avant sa carrière personnelle. C’est un patriote, au sens étymologique, doté d’une vision et, comme De Gaulle, d’un grand pragmatisme. Il n’a rien d’un exalté ou d’un fanatique à la Robespierre, à la Lénine, à la Hitler. Il ne ressemble pas au catastrophique G.W Bush, caricature du cow-boy décervelé.  Rien à voir non plus avec les politiciens occidentaux (français en particulier) qui changent de convictions en fonction des sondages pour assurer leur carrière. Poutine, comme De Gaulle, est un homme d’État, c’est-à-dire qu’il est d’abord préoccupé par la dimension historique de sa fonction. 

La diplomatie russe de Poutine et du ministre des Affaires étrangères Lavrov ressemble étrangement à celle du Général de Gaulle sur plusieurs points : 1) multilatéralisme et  opposition à l’hégémonie américaine ; l’Amérique n’a pas vocation à être le ”gendarme du monde” car cela n’aboutit qu’à des catastrophes ; 2) recouvrement du statut de grande puissance et de la souveraineté nationale ; 3) refus de l’ingérence américaine dans les affaires du continent européen ;  4) hostilité envers l’Otan ; 5) construction d’une espace économique euro-russe ; 6) préférence du lien continental sur le lien transatlantique ; 7) ajoutons, sur le plan, intérieur : défense de l’identité ethno-culturelle et des traditions liée à la puissance et à l’innovation techno-scientifiques.

 Entre Poutine et De Gaulle, les comparaisons sont nombreuses. La doctrine exprimée par  Poutine le 24 octobre lors de sa conférence devant le Club Valdaï est la réaffirmation de principes gaulliens des rapports internationaux et de la sécurité en Europe. Il ne s’agit nullement d’un ”nationalisme russe” comme le prétend la propagande US relayée par les médias et les politiques en Europe. Poutine accuse l’Occident sous direction US de mener des actions de provocation et de déstabilisation, de l’Ukraine au Moyen-Orient, qui menacent la paix mondiale. Ce n’est pas lui qui a violé l’accord d’Helsinki de 1975 fondant la stabilité en Europe, pour la ”détente” et la fin de la guerre froide, c’est l’Occident sous direction US. Objectivement, la diplomatie russe n’a jamais cherché l’hégémonie russe mais a toujours été défensive. En revanche, la politique étrangère américaine a toujours été offensive et belliciste.  Dire cela n’est nullement être hostile au vrai peuple américain.

Conclusion : Eurorussie

Nous devons chercher, nous autres membres de l’Union européenne, notre véritable souveraineté en alliance avec la Russie. Nous devons donc aussi réfléchir aux vraies menaces. La vraie menace sur l’Europe ne vient nullement de la Russie mais d’une incursion invasive migratoire sous la bannière d’un islam de plus en plus agressif et radical ; le second problème à résoudre est notre inféodation volontaire à une Amérique qui est pourtant en situation de déclin relatif. Un énorme soleil couchant qui fascine toujours mais qui est en train de s’éteindre, doucement.   

Si la France était dirigée par un gouvernement authentiquement gaulliste, elle serait la première à vouloir régler le problème ukrainien de manière pacifique et à choisir l’alliance franco-russe, afin d’y entrainer nos partenaires européens. Sans hostilité contre les USA : qu’ils vivent leur vie. Notre seule chance, notre seule solution, c’est de réfléchir à l’hypothèse d’une alliance avec la Russie. Nous appartenons au même peuple, à la même civilisation, nous avons un destin commun.  

Guillaume Faye (J'ai tout compris, 19 novembre 2014)  

 

Note :

(1) L’ONU  n’a strictement  aucun rôle diplomatique international sérieux. La France et la Russie, pourtant membres permanents du Conseil de Sécurité ont été incapables d’avoir une influence efficace à l’ONU, organisation manipulée par les USA ; pourtant, au Conseil de Sécurité, ce sont deux membres permanents. L’ONU devrait être refondée et avoir son siège en Suisse, à Genève, pas à New-York . 

 

 

 

22/07/2014

Gauche, droite et souveraineté...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jacques Sapir, cueilli sur son blog RussEurope et consacré à la question de la souveraineté.

 

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Gauche, droite et souveraineté

La souveraineté ne se décline pas, si l’on suit Jean Bodin, en une souveraineté « de droite » ou « de gauche ». Rappelons ses formules : c’est la souveraineté de la Nation dont il s’agit. Cette Nation peut s’incarner dans un homme ou dans un groupe d’hommes ; elle peut être représentée aussi bien par un Prince que par le Peuple. On voit qu’à ce niveau de généralité, la question de séparer la souveraineté entre « droite » et « gauche » perd toute signification.

Abus de langage…

Il ne faut pas se laisser abuser par les nombreuses formules qui, chez Bodin tout comme chez Machiavel, font référence au Prince. C’est le produit du contexte dans lequel a été produit ce concept. De plus, et cela est fort souvent le cas, le Prince signifie simplement « celui qui dirige ». Il est plus facile de trouver une différence si l’on regarde les formes de sacralisation de ce Prince. Mais, il faut savoir que l’on ne parle plus de la souveraineté. D’ailleurs, Bodin est très clair sur ce point. S’il souhaite, en Catholique, que celui qui incarnera la souveraineté de la Nation le soit aussi, il n’en fait nullement une condition. Il précise ainsi que le sacre de Reims n’est pas une condition à la légitimité ni à la souveraineté. C’est en cela que se trouve l’extraordinaire modernité de l’œuvre de Bodin. Son injonction de renvoie de la religion, et des signes de toute adhésion, à la sphère privée exclusivement a bien aujourd’hui une dimension fondatrice dans la société française, comme le montre l’arrêt concernant la crèche Baby-Loup[1]. De ce point de vue, il est incontestable que l’interdiction (et en ce qui concerne le voile intégral il s’agit bien d’une interdiction) est le fondement même du vivre-ensemble.

Si l’on veut absolument introduire les notions de « droite » et « gauche » dans ce registre, c’est bien plus au niveau de la Nation que l’on peut le faire. Il y a clairement en France et ailleurs une tradition de la Nation transcendante. On connaît la formule de Charles de Gaulle parlant d’un pacte de près de deux mille ans entre la France et la liberté. La formule est certes belle, mais elle fait fi de l’histoire de la construction sociale et politique de la Nation. Reconnaître cette histoire, ce qui fut le fait des grands historiens du XIXè siècle, de Guizot à Michelet, ancre plutôt le concept de Nation à « gauche ». Ceci étant dit, il faut immédiatement reconnaître qu’un processus d’une telle durée tend à se représenter aux yeux de ses héritiers comme son résultat[2]. Comme l’a écrit d’ailleurs fort bien un grand historien que j’ai eu l’insigne honneur de côtoyer, Bernard Lepetit : “Le poids du passé devient d’autant plus extrême qu’il tire sa force de son oubli.”[3] Il prend alors la dimension d’un fait transcendant. On peut donc admettre une congruence entre la thèse d’une Nation transcendante et celle de la construction historique de la Nation, tout simplement parce que cette construction historique est une œuvre d’une telle ampleur qu’elle ne peut se représenter que sous la forme d’un résultat « mythique », exactement comme s’il était le produit d’une transcendance.

Qu’il puisse y avoir des usages que l’on considère « de droite » ou « de gauche » des concepts de souveraineté et de Nation est indubitable et indiscutable. C’est le propre de tout instrument de pouvoir être mal utilisé. Mais, cessons nous d’utiliser un couteau parce qu’il fut utilisé par certains pour commettre des crimes ? Cessons nous de prendre le train, parce que le système ferroviaire fut central dans la réalisation de certains génocides, de celui qui frappa les Arméniens en 1915 à celui qui fut commis par les Nazis contre les juifs et ceux qu’ils appelaient des « sous-hommes » ? Bref, on n’a jamais vu dans l’histoire de la pensée un instrument condamné du fait du mauvais usage qu’en firent certains. Le discours qui prétend refuser la Nation et la souveraineté du fait des mauvais usages qui ont pu être ne tient pas. C’est un discours moralisateur d’une rare bêtise qui confond les niveaux d’abstraction.

De la haine de l’Etat à la haine de la démocratie.

La souveraineté est donc un concept dont on ne peut se passer, du moins si l’on veut pouvoir penser la démocratie. L’idée qu’il puisse y avoir une démocratie qui ne soit pas souveraine est une profonde absurdité. Et c’est peut-être là le cœur du débat. En fait, tant à droite qu’à gauche, il y a pour le moins une gêne quand ce n’est pas un déni, voir une haine, pour la démocratie.

À gauche, on peut retracer cela au biais à la fois libertaire au sens strict du terme et libéral que l’on trouve chez Marx. Marx ne récuse pas la lutte politique pour la démocratie, qui pourtant ne vise que les formes institutionnelles, la “communauté illusoire” pour reprendre ses propres termes. Mais, il soumet cette lutte à l’émancipation générale des travailleurs, qui seule est supposée capable de lui donner sens et à laquelle elle doit donc être entièrement subordonnée. Ceci permet de comprendre pourquoi la démocratie apparaît bien souvent comme un élément secondaire, on dirait aujourd’hui par défaut, des raisonnements qui se réclament de Marx. Dans une société sans classes, les acteurs ayant un accès direct, non médiatisé, avec la réalité, le besoin en organisations séparées de la société disparaît. On connaît la formule: dès lors, l’État dépérit. Dès lors, un des rares auteurs marxistes à s’être spécialisé sur le droit, Pachukanis, pouvait affirmer que, sous le communisme, il n’y aurait plus de réglementations légales mais uniquement des réglementations techniques[4].

Henri Maler, dans un ouvrage qui n’a pas reçu l’accueil qu’il aurait dû, montre qu’il y a chez Marx en réalité une multiplicité de modèles du dépérissement de l’État. Au fur et à mesure de l’approfondissement de son analyse; ces modèles sont constamment rectifiés, amendés et modifiés, sans qu’il soit néanmoins possible de les débarrasser de toutes leurs ambiguïtés[5]. Très concrètement, d’ailleurs, quand des marxistes, ou des courants inspirés par certaines lectures du marxisme, sont arrivés au pouvoir, ils n’ont pas su penser la construction et la modernisation de l’État, et il n’ont pas su, ou pu, penser l’architecture qui va de la souveraineté à la légitimité. Lénine lui-même, à la veille de prendre le pouvoir, croyait qu’il était possible de passer du gouvernement des hommes à l’administration des choses. L’utopisme de Marx est ici aggravé par le scientisme d’Engels, qui conduit à penser le passage de la nécessité à la liberté comme simple application de lois de la société qui pourraient être consciemment mises en oeuvre[6]. Aussi, le problème central du soviétisme n’était pas un étatisme exacerbé comme on le croit souvent, mais au contraire un sous-développement de l’État dont la construction s’est faite en réalité de manière incohérente, non maîtrisée et souvent par le biais de réemplois de méthodes archaïques[7]. La question fondamentale que pose la démarche de Marx n’est pas la critique des illusions de la neutralité de l’État, ou du caractère illusoire de la représentation d’une communauté nationale qui serait dépourvue de conflits, visions qui sont celles des courants démocratiques de la première moitié du XIXè siècle contre lesquels il propose sa théorie du communisme[8]. Cette critique est juste, et reste opératoire. Ce qui pose problème est d’une part qu’elle ne puisse penser la communauté nationale comme un ensemble stabilisé de conflits et qu’elle nous propose aussi une critique de l’État à partir d’une utopie, celle de la société sans classe, transparente au yeux de ses propres acteurs car dénuée de fétichisme. Cette utopie est par ailleurs parfaitement congruente avec l’utopie libérale issue de la tradition néoclassique[9]. Ceci peut alors conduire, si on n’y prend garde, à une naturalisation de fait de l’économie et de la société. En fait, la lecture d’un conflit réel à l’aune d’une hypothétique société sans conflits ne fait que répéter le refus de l’hétérogénéité, en en repoussant certes les effets les plus pervers dans le temps, mais sans les effacer. Il est frappant que Marx soit obligé d’invoquer une société homogène future pour analyser la société existante. Cette méthode mine profondément sur un point important, la question de la démocratie dans les sociétés hétérogènes, le raisonnement marxien. Et c’est bien ce qui explique la virulence de certaines personnes qui se disent « de gauche » dès que l’on aborde les questions de la Souveraineté et de la Nation[10]. Ce que révèle un tel texte est que des militants que l’on considère de gauche, voire d’extrême-gauche, sont incapables de penser les prérequis de la démocratie.

À droite, on trouve aussi, et c’est même plus étonnant, cette répulsion envers la souveraineté. Elle est le fait de courants libéraux, prisonnier de l’individualisme méthodologie et de l’atomisme de leurs conceptions. Elle vient d’une méfiance instinctive envers le pouvoir des « multitudes », qui conduit à des positions qui sont profondément antidémocratiques. Cette méfiance se retrouve dans l’héritage théorique laissé par F.A. Hayek et rejoint un des fondements du libéralisme politique, de Benjamin Constant à nos jours. Cette méfiance se concrétise aujourd’hui, dans le domaine économique, par une tendance à établir l’indépendance des agences gouvernementales vis-à-vis des institutions politiques. Le cas des Banques Centrales est ici l’exemple contemporain le plus évident; il est loin cependant d’être le seul. Aujourd’hui, ces positions prennent la forme des Constitution économique, ou du gouvernement par des règles techniques (et par ceux qui les ont conçues) et non par la politique. Ceci est aujourd’hui l’archétype des institutions internationales de régulation que l’on cherche à construire, en particulier au sein de l’Union européenne. L’espace de la discussion publique ne peut plus, dès lors que s’organiser autour de deux pôles. Le premier est technique, dévolu aux experts; c’est celui de l’interprétation des arrêts rendus par le marché, c’est celui de l’exégèse des lois naturelles de l’économie. Le deuxième est moral; c’est celui de la compassion que l’on éprouve face aux conséquences de ces lois. Cette compassion devient d’autant plus forte, d’autant plus impérative, que nous intériorisons l’idée qu’il serait aussi vain qu’absurde de s’opposer à de telles lois. C’est ce pôle vers lequel convergent les politiques, ne pouvant revêtir la figure de l’expertise, et les professionnels médiatiques de la posture moralisatrice. On est bien proche de Hayek, et de sa volonté de “détrôner le politique”[11]. Ceci explique sans doute pourquoi nombre de penseurs nourris du marxisme très particulier qui circulait en URSS et dans les pays du bloc soviétique, ont pu se rallier aussi facilement aux thèses ultra-libérales de Hayek. De même, on peut comprendre comment certains anciens marxistes, et en particuliers ceux qui ont entretenu avec la pensée de Marx les rapports les plus dogmatiques, et ils sont légions en France, se sont si aisément convertis aux idées libérales.

Jacques Sapir (RussEurope, 4 juillet 2014)

 

Notes :

[2] Lepetit B., “Histoire des pratiques, pratique de l’histoire” in B. Lepetit (sous la direction de) Les formes de l’expérience, Albin Michel, Paris, 1995, pp. 9-22

[3] Lepetit B., “Le présent de l’histoire”, in B. Lepetit, (sous la direction de), Les formes de l’expérience, op.cit., pp. 273-298, p. 282.

[4] E.B. Pashukanis, Law and Marxism, a General Theory, Ink Links, Londres, 1978.

[5] H. Maler, Convoiter l’Impossible, Albin Michel, Paris, 1995.

[6] H. Maler, Convoiter l’Impossible , op.cit..

[7] M. Lewin, La Grande Mutation Soviétique, La Découverte, Paris, 1989. T. McDaniel, Autocracy, Modernization and Revolution in Russia and Iran, Princeton University Press, Princeton, NJ., 1991. J. Sapir, “Penser l’expérience soviétique”, in J. Sapir, (ed), Retour sur l’URSS – Économie, société, histoire , L’Harmattan, Paris, 1997, pp. 9-44; Idem, Le Chaos Russe , La Découverte, Paris, 1996.

[8] Voir J. Torrance, Karl Marx’s Theory of Ideas , Cambridge University Press et Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Cambridge-Paris, 1995.

[9] Voir Sapir, J. Les trous noirs de la science économique – Essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent, Albin Michel, Paris, 2000.

[10] Azam G. et alii « La démondialisation, un concept simpliste et dangereux », sur Médiapart, 6 juin 2011, URL : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapar... . Ce texte est une réponse aux idées avancées dans un de mes ouvrages, Sapir J. La Démondialisation, Le Seuil, Paris, 2011.

[11] Bellamy R., “Dethroning Politics: Liberalism, Constitutionalism and Democracy in the Thought of F.A. Hayek”, in British Journal of Political science, vol. 24, part. 4, Octobre 1994, pp. 419-441

12/12/2012

La France en guerre ?...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien de Renaud Camus avec La voix de la Russie, publié cet été et consacré à la question de l'immigration et de ses conséquences...

Renaud Camus est l'auteur, notamment, de plusieurs essais importants comme Le grand remplacement (David Reinharc, 2011), Décivilisation (Fayard, 2011) ou Le communisme du XXIème siècle (Xenia, 2007).

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La France est en guerre et personne ne veut le dire

Où voyez-vous des actes de guerre en France qui rappellent le début de la guerre d'Algérie ?

Ce qui rappelle le début de la guerre d’Algérie c'est l’extrême euphémisation du discours imposé par le complexe médiatico-politique. On disait « les évènements », on dit « les affrontements ». Le caractère de conflit territorial est totalement nié.

Pourquoi êtes-vous en colère contre les médias?

Parce qu’ils imposent (presque) unanimement un système de lecture du monde qui est une formidable machine à ne pas voir, à ne pas dire, à ne pas comprendre. L’antiracisme, car c’est de lui qu’il s'agit, depuis qu’il a cessé d’être une morale pour se transformer en idéologie, en endoctrinement, en instrument de pouvoir et de répression, est devenu ce que j’ai appelé, empruntant l’expression à Alain Finkielkraut, Le Communisme du XXIe siècle (éditions Xénia). Il sert, menaces à l’appui, à dissimuler ce qui survient : à savoir le changement de peuple, le Grand Remplacement, la contre-colonisation.

Pourquoi avoir fondé un parti politique ?

Parce qu’il n’en existait aucun qui répondît à l’urgence de la situation et nommât ce qui arrive, la conquête du territoire. Il y avait bien le Front national, qui au moins paraissait conscient de la réalité des choses, mais la présence à sa tête de Jean-Marie Le Pen, à l’époque, empêchait de s'en rapprocher, a fortiori d’y adhérer.

Pourquoi vos maisons d'édition ont arrêté votre contrat?

Ça, c’est plutôt à elles qu’il faut le demander…

Est-ce que la France est une terre d'immigration depuis des siècles?

Absolument pas. C’est l'une des plus cyniques inventions de l’historiographie collaborationniste, au service du parti dévot. Entre le VIe et le XXe siècle, la France a eu une population aux composantes stables. Une première vague d'immigration se manifeste à partir de la fin du XIXe siècle, mais c’est encore une immigration d'individus, et facilement assimilables en une ou deux générations parce que de même civilisation, chrétienne et européenne : Belges, Italiens, Polonais. L’immigration de masse ne commence qu’avec le dernier tiers du XXe siècle et très vite il n’est plus question d’intégration car si la France a toujours su et pu intégrer des individus, elle ne peut pas intégrer des peuples, surtout s’ils appartiennent à des civilisations totalement étrangères à la nôtre et souvent hostiles.

Faut-il créer comme sous le modèle de De Gaulle un gouvernement des Forces françaises libres?

Nous n’en sommes pas là. De vastes parties du territoire sont encore sous le contrôle du gouvernement national. Le problème est qu’il est lui-même largement entre les mains d'inconscients ou de cyniques, qui s’accommodent très bien de la colonisation en cours ou qui la favorisent.

Assistons-nous à la réécriture de l'Histoire de France ?

Ah ça, totalement. Elle est grandement favorisée par la Grande Déculturation, l’effondrement du système d'éducation, l’enseignement de l’oubli, l’industrie de l’hébétude.

Pourquoi les populations maghrébines veulent à tout prix venir en France alors qu'elles ont chassé la France de leurs pays ?

Quand les Russes ont chassé les Français de Russie, en 1812, ils les ont poursuivis jusqu’à Paris. Mais ils ne sont restés que deux ou trois ans. Et ils n’étaient qu’une armée, pas un peuple.

Est-ce que la France est comme le Kosovo avec des zones musulmanes, africaines et chrétiennes ?

La France moderne s’ingénie à devenir ce que la France classique s’est évertuée des siècles durant à ne pas être, une ex-Yougoslavie, des Balkans, un autre Liban, un panier de crabes.

Puisque nous parlons de populations différentes. Parlez-nous du traitement des statistiques sur la démographie!

Statistiques et sociologie sont au parti dévot ce que la biologie de Lyssenko était au stalinisme.

Avez-vous lu  « Les Yeux grands fermés » de Michèle Tribalat? Votre avis ?

Une des rares voix clamant dans le désert, comme celle de Richard Millet en littérature.

Les immigrés disent être plus français que les Français et nomment les Français «souchiens ou sous-chiens». Cela vous choque?

C’est peut-être vrai de quelques milliers d’entre eux, qui aiment plus la France que ne l’aiment ses indigènes déculturés. De la part des autres, ce n'est qu'une revendication territoriale — cela ne fait que me confirmer dans ce que je pense : qu'une conquête est en cours, par colonisation de peuplement.

Que pensez-vous du rôle des organisations humanitaires qui comme le Mrap interdisent de parler des faits?

Qu’elles sont les auxiliaires intéressées du Grand Remplacement.

Le fait que Poutine interdise de telles organisations en Russie est donc une bonne idée ?

Il n’est pas nécessaire de les interdire. Il suffit de ne pas les subventionner.

Renaud Camus, propos recueillis par Olivier Renault (La voix de la Russie, 20 août 2012)