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michel houellebecq - Page 2

  • La chute de l'empire médiatique...

    Le nouveau numéro de la revue Eléments (n°165, mars - avril 2017) est disponible en kiosque ce jour.

    A côté d'un entretien décapant avec Christophe Guilluy et du dossier consacré à la crise des médias,  on trouvera les rubriques «Cartouches», «Le combat des idées» et «Panorama» et, comme toujours, une superbe iconographie.

    Bonne lecture !

    Vous pouvez commander ce numéro ou vous abonner sur le site de la revue : http://www.revue-elements.com.

     

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    Au sommaire de ce numéro :

     

    L'éditorial d'Alain de Benoist : Trois tigres et un canard sans tête

    Forum          

    L’entretien

    Christophe Guilluy dit tout

    Cartouches

    Le regard d’Olivier François : Le parlement du peuple

    Une fin du monde sans importance de Xavier Eman

    Cinéma : Borowczyk, l'outrage aux bonnes moeurs

    Champs de bataille : Montségur par la face Est

    Musique : Des voix corses pour toutes les victimes de la Grande Guerre

    Duellistes : David L'Epée versus Alexandre Devecchio

    Archaion : Éloge du polythéisme

    Sciences

    Le combat des idées

    Les catholiques combien de divisions

    La tentation populiste

    Antigone, la tragédie des tragédies

    David Bowie, le caméléon de la pop

    Houellebecq, le Père Ubu à l'hypermarché

    Présence de Dominique de Roux

    Les souvenirs de Jacqueline de Roux

    Michel Marmin sur grand écran

    Les confidences de Michel Marmin

    Du côté des romans romands

    Walter Benjamin, révolutionnaire conservateur

     

    Dossier

    La chute de l'empire médiatique

    Entretien avec Ingrid Riocreux

    Toute la vérité sur la « post-vérité »

    Le nouvel Index : du Decodex à Desintox

    Travail, famille, paillettes

    Rencontre avec Robert Ménard

    Entretien avec Claude Chollet

    Nos chers, très chers médias

     

    Panorama

    L’œil de Slobodan Despot

    Série télé : Silicon Valley

    Philosophie : Présent et passé ?

    L’esprit des lieux : Reykjavik

    C’était dans Éléments : Les dieux maudits

    Éphémérides

     

     

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  • La France a froid !...

    Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque le climat mortifère qui règne en France ...

    Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

     

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    La France a froid !

    « La France a froid », grelotte la domesticité journalistique, et avec elle des millions de brebis urbaines qui semblent découvrir qu’en hiver il fait froid et que ce froid peut être glacial, ainsi qu’en Estonie ou en Bouriatie. Ainsi dépêche-t-on en province des « envoyés spéciaux » pour parler du « front du froid » comme s’il s’agissait de conflits locaux récurrents qui ont lieu entre le Haut-Karabagh et l’Azerbaïdjan. Ces « reporters » s’adressent aux Français sous trois flocons de neige, tandis qu’on redessine, quasi militaire, la carte de France en des couleurs vertes, jaunes, oranges, rouges, pour l’opération baptisée par la météorologie d’État « vigilance » ― vocable qu’on croyait réservé aux dévots de la pureté gauchiste, qui ont fini par s’asseoir et font maintenant l’histoire de leur printanière station debout : quand on est définitivement sorti de l’Histoire et qu’on œuvre pour la falsification générale, le plus petit pet estudiantin, le moindre rot bourdieusio-foucaldien devient une épopée pour campagnols, et il faut donc « écrire » Nuit debout – à quoi s’attachent sociologues et romanciers post-littéraires, las d’écrire sur Détroit, Che Guevara ou leur bi-sexualité.

    La France a froid de la même façon qu’elle avait eu peur, il y a quarante ans, comme l’avait déclaré un domestique télévisuel à propos du meurtre d’un enfant par un psychopathe qui avait échappé à la guillotine, à une époque où ce châtiment métaphysique existait encore. Parole restée célèbre, et qui fait songer que la France n’a pas cessé d’avoir peur, à commencer d’elle-même : d’être elle-même, veux dire, et aussi de son ombre, c’est-à-dire de son héritage millénaire. Qu’elle ait froid ou qu’elle souffre de la canicule, elle ne cesse de se lamenter sur son sort, lequel est pourtant assez confortable, puisqu’elle meurt, doucement, déprimée, indifférente, négligente, étranglée d’idéologie, de droits et d’«avantages sociaux », et consentant, en fin de compte, à sa propre disparition. Une étude récente ne montre-t-elle d’ailleurs pas que la fécondité des Françaises (pour peu qu’on n’y compte que les Françaises de souche) n’est plus que de 1,91 enfant par femme ― 1 enfant 91 étant un humanoïde bien singulier, peut-être un prototype trans-humaniste, un avorton qui a trop lu Le Clézio, ou encore un produit de la PMA pour tous ; en tout cas un enfant pas tout à fait achevé, et voué à souffrir de ce froid contre lequel beaucoup s’insurgent, et pour lequel ils en veulent à la Nature de ses rigueurs hivernales, sans considérer qu’il y a une autre glaciation en cours : celle de la langue française, le pédagogisme socialiste, qui avait un peu reculé sur la « simplification » de l’orthographe, ayant trouvé le moyen d’ajouter à la suppression du latin et du grec celle du complément d’objet, jugeant peu intelligents les petits Français, naguère « chères têtes blondes », et rebaptisés (métissage post-colonial oblige) 1,95,  ou 2,01 et bientôt 1,91…

    Le même froid touche la France littéraire : Leïla Slimani, dont la syntaxe est plus poudreuse que le sable du Sahara, pose en couverture du magazine para-pornographique Elle, tandis que Houellebecq était, à l’occasion du numéro des Cahiers de L’Herne qui lui est consacré, l’invité du journal télévisé de France 2, dont le présentateur, plus conciliant encore que ses confères de Télé Pyong Yang, faisait mine d’accueillir un « provocateur », mot destiné à contourner celui de « rebelle » ― qui eût révélé le pot-aux-roses, même aux imbéciles qui le regardaient la « télé » entre la poire et le fromage. Houellebecq n’a rien dit ; il s’est contenté d’être là ― ne rien dire étant suffisant pour le Spectacle devenu tout entier pornographique, tels l’hiver, la presse officielle, Thomas Pesquet dans l’espace, les adieux d’Obama, ce Hollande américain…

    La Nature, elle, si souvent violentée par l’homme, qui croit l’avoir maîtrisée comme il le fait des ventres et des esprits, fait payer de plus en plus cher le Spectacle, et se rappelle à nous par des accès de fureur dignes d’être châtiés par la Cour européenne des droits de l’homme ou le Tribunal international de La Haye : ainsi une avalanche a-t-elle emporté, non pas quelque crétin qui s’est cru trop rebelle en faisant du ski hors-piste, mais tout un hôtel, en Italie, causant une trentaine de morts. Il ne se trouve parmi eux, me signale un ami italien, nul signataire de la liste Otto-Ernaux.

    Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 21 janvier 2017)

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  • Massacre à Boboland...

    Les éditions Les Liens qui Libèrent ont publié en octobre dernier un aimable brûlot signé par Aude Lancelin et intitulé Le monde libre. Ancienne journaliste au Nouvel Observateur et à Marianne, puis directrice adjointe de l'Obs, dont elle a été brutalement licenciée, l'auteur règle quelques comptes et se livre, notamment, à un dézingage en règle des principales figures du milieu intello-médiatique parisien : Jean Daniel ("Le Narcisse de Blida"), Bernard-Henri Lévy ("ce philosophe Potemkine", "le sentencieux maître à penser", "le parrain de Saint-Germain"), Alain Minc ("barde de la globalisation enchantée et oracle de toutes sortes d'autres prévisions démenties"), Bernard Kouchner ("donneur de leçons invétéré de la gauche des «droits de l'homme»), Laurent Joffrin ("il ne renonçait jamais à dire tout le bien qu'il pensait de ses patrons").

    Au-delà de ce réjouissant jeu de massacre, l'auteur démonte également avec brio le système de soumission mis en place par les grands capitalistes qui ont pris le contrôle de la presse française.

    Si, comme le rappelle le portrait que l'OJIM a brossé d'elle, Aude Lancelin s'est parfois laissée aller dans certains articles à servir d'auxiliaire à la police de la pensée, il faut lui reconnaître d'avoir eu, avec ce livre, le courage de brûler ses vaisseaux... Et puis, quelqu'un qui apprécie Nietzsche, Philippe Muray et Michel Houellebecq, lit Michéa, Carl Schmitt et Joseph de Maistre et possède une belle plume, ne peut pas être vraiment antipathique !...

     

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    " Un an avant une élection présidentielle, la « numéro deux » du plus célèbre hebdomadaire de la gauche française est brutalement licenciée. Rapidement, des causes politiques à cette éviction seront évoquées par les médias. Le parti au pouvoir, traître à toutes ses promesses, se verra ainsi soupçonné d’avoir voulu remettre au pas « sa » presse, tandis que les actionnaires du « Monde libre », auquel appartient le journal, seront interpellés au sujet de leur rôle dans l’affaire. 

    Partant de ces événements, la journaliste Aude Lancelin livre ici le récit de ses quinze années passées au cœur des médias français, entre décadence d’un métier, opérations de police intellectuelle, et socialisme d’appareil à l’agonie. Une plongée sans précédent dans le « quatrième pouvoir », par quelqu’un qui l’a connu de l’intérieur. Un appel aussi à la résurrection d’une vraie gauche, et à la libération des journalistes. "

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  • Schopenhauer, l'arracheur d'illusions...

    Les hors-séries du Point viennent de publier dans la collection Les maîtres penseurs, un numéro spécial consacré à Arthur Schopenhauer. Parmi les nombreux articles, on pourra lire des entretiens avec, notamment, Michel Houellebecq et Clément Rosset...

     

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    " Il dérange, parce qu’il dit la vérité « cash », assure Michel Houellebecq, dans ce nouvel hors-série du Point-Le Maîtres Penseurs. Il est rejeté par l’université, parce qu’il écrit « clair », comme un moraliste français, explique Clément Rosset. Nous ajouterons : il était odieux, égoïste, machiste, insultant… mais incontournable. Schopenhauer, une énigme ?

    Pourquoi lire Schopenhauer aujourd’hui ? Pour sa lucidité, même si elle l’a fait accuser de pessimisme. Pour sa prescience, qui lui a fait comprendre avant tout le monde (dont Freud) la force des pulsions et l’existence de l’inconscient, l’illusion du réel et ses conséquences. Pour sa puissance.

     Schopenhauer, l’atrabilaire au style étincelant, le héros des écrivains, a analysé le monde au laser, refusant les faux-semblants et les illusions. Mais il nous a aussi donné les moyens de nous extraire de la noirceur. Une leçon de vie à l’heure d’Internet et du terrorisme. "

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  • Une fin du monde sans importance...

    Les éditions Krisis viennent de publier Une fin du monde sans importance, un recueil des chroniques de Xavier Eman. Outre les textes que les lecteurs d'Eléments ont déjà pu savourer, on peut y trouver une sélection de billets tout aussi mordants publiés sur A moy que chault !, le blog de l'auteur. A lire d'urgence !

    Xavier Eman dédicacera son ouvrage le samedi 15 octobre de 14h30 à 18h à la librairie Facta (4, rue de Clichy Paris IXe).

     

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    " Pas de doute : le monde moderne est absurde, maussade, désenchantée. Il ressemble à un chapitre de Michel Houellebecq réécrit par Philippe Muray. Tellement las et désenchanté que même sa progressive disparition ne suscite aucune réaction. Lente euthanasie volontaire pour une humanité fatiguée. C’est cette apocalypse désespérément molle qu’aborde Xavier Eman dans les chroniques, à la fois drôles et grinçantes, réunies ici. Le ton est corrosif, le tableau réaliste, l’humour irrésistible.

    Mais, malgré tout, François, l’anti héros récurrent des textes rassemblés dans ce volume, résiste. À sa façon. Malgré lui, parfois. Malgré les éléments contraires. Malgré le cynisme et les déconvenues. Malgré la dérision.

    Des couloirs du métro aux terrasses des cafés en passant par l’intimité des alcôves et des lambris des appartement parisiens, décrire le monde tel qu’il ne va pas, non pas pour s’en repaître, mais pour le secouer et déchirer le voile des faux semblants qui en obture le sens et les issues. Et laisser filtrer un filer de lumière, promesse d’un idéal de vie bonne. "

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  • Houellebecq, le grand désanchanteur...

    Le Figaro vient de publier, sous la direction de Michel De Jaeghere, un numéro hors-série consacré à Michel Houellebecq et à son œuvre... 

     

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    Houellebecq, le grand désanchanteur

    On pourrait se contenter de voir en lui un provocateur et un pornographe. Ce serait si reposant, si simple. Considérer que le burlesque même des situations qu'il met en scène, l'accumulation poussée jusqu'à l'absurde de détails pratiques, consignés avec une méticulosité maniaque, le prosaïsme étriqué des motivations de ses personnages, la répétition mécanique de scènes de sexe que l'on croirait directement tirées d'un script de film dénoncent le caractère de farce de son œuvre, de ses fictions. Ce qu'il y a de tragique, avec Michel Houellebecq, c'est qu'à l'image des vidéos que tourne l'un de ses personnages avec des caméras fixées dans la forêt, le long des chemins creux, pour mesurer jour après jour la prolifération des espèces végétales et le passage du temps, ses romans nous présentent le monde dans lequel nous vivons comme dans un miroir. Il n'est pas beau à voir. L'égoïsme le plus monstrueux y est payé par l'amertume et par la solitude, la misère sexuelle côtoie la recherche effrénée de la satisfaction des sens dans un consumérisme mesquin, l'instabilité du désir débouche sur le grand délaissement de l'âme, l'attente d'une mort sans espérance.

    On a pu faire avec raison le procès du nombrilisme des romanciers contemporains. Dénoncer l'égotisme qui avait rivé leur regard sur les plus minuscules de leurs états d'âme de bourgeois bohèmes hantés par l'introspection méthodique de leur néant. Les avait cantonnés à des riens ; détournés d'offrir à leurs lecteurs une vision du monde, un tableau de leur temps analogue à ceux qu'avaient brossés les maîtres des siècles précédents: Balzac, Flaubert, Zola, Proust ou Céline. Michel Houellebecq aura réconcilié l'autofiction avec l'art de la fresque, quelque délavées que soient les couleurs de ses compositions.

    Depuis la publication d'Extension du domaine de la lutte, en 1994, ses personnages n'ont cessé de nous apparaître comme autant de dédoublements de lui-même. Dans l'affichage de leur exténuation, la cruauté de l'exercice d'autodérision auquel il a paru tenter de faire correspondre, parfois, la dégradation volontaire de ses propres traits, de son visage, se lit le même projet de se faire le chroniqueur de la condition humaine jusqu'à son stade ultime: la disparition progressive des joies de l'existence, la déchéance et la mort.

    Il n'en aura pas moins rempli dans le même temps le programme qu'il affecte au peintre autour duquel s'ordonne l'intrigue de La Carte et le Territoire: produire une œuvre dont le propos serait de donner une description méthodique d'un monde en décomposition. Chercher avec Lovecraft la poésie dans la peinture minutieuse du réel, tout en affrontant comme Balzac les grandes révolutions de l'époque - la libération des mœurs, l'émergence de l'individualisme de masse, le transhumanisme, la montée en puissance de l'islam -, pour en donner à voir dans toute leur crudité les développements. Ses Particules élémentaires sont à Mai 68 ce que Les Déracinés avaient été à la naissance de la France républicaine. Plateforme se veut L'Éducation sentimentale de notre temps.

    La fadeur de ses personnages, la transparence de sa phrase (telle est sans doute l'origine de son aversion pour Léon Bloy: ce procureur qui prend la pose, ce professionnel de l'indignation qui force inutilement la voix) n'ont pas d'autre raison d'être que de donner à ses observations la froide autorité d'un constat, d'en rendre l'objectivité incontestable.

    Le génie de Houellebecq est d'avoir pris appui sur cette affectation de neutralité pour instruire, contre le monde moderne, le procès le plus accablant. Qu'il s'agisse des impostures de l'art contemporain ou des ravages de la psychanalyse, de l'impasse du matérialisme libertaire ou des illusions de la révolution sexuelle, de la mondialisation ouverte à «l'homme du supermarché» par l'ère de la communication, le tourisme de masse et la circulation des biens, de la spiritualité New Age ou de l'épanouissement promis par la «culture de l'entreprise» aux cadres du tertiaire, des faux-semblants de la démocratie représentative ou de la lâcheté des élites devant la montée de l'islam, il aura renversé les idoles et percé les baudruches de l'époque avec une cruauté jubilatoire, un humour d'autant plus ravageur qu'il s'enveloppait dans une impassibilité de clown blanc, une impavidité digne de Buster Keaton.

    Les clones de La Possibilité d'une île, comme ceux de l'épilogue des Particules élémentaires, dont ce roman étrange est en quelque sorte le prolongement, n'appartiennent que par de trompeuses apparences à la science-fiction. Ils ne sont ni plus ni moins pour lui que la figure de l'homme moderne poussée jusque dans ses ultimes retranchements: des êtres qui ne sont plus rattachés au réel que par des connexions virtuelles, des monades affranchies de tout passé, tout héritage, tout avenir, tout contact physique, tout lien ; ignorants ce que c'est que le rire, l'amour, la souffrance, le bonheur ou la compassion.

    «Les joies de l'être humain nous restent inconnaissables, ses malheurs à l'inverse ne peuvent nous découdre, confesse l'un d'entre eux dans une mélopée d'hexamètres baudelairiens. Nos nuits ne vibrent plus de terreur ni d'extase ; nous vivons cependant, nous traversons la vie, sans joie et sans mystère, le temps nous paraît bref.»

    Conspué par les bien-pensants, mais reconnu, quand même, par la société du spectacle, couronné par le Goncourt et célébré aujourd'hui par l'exposition de ses photos au Palais de Tokyo, Michel Houellebecq aura multiplié les masques - comme autant de pieds de nez à ceux qui proclament leur admiration envers une œuvre dont ils ne semblent pas comprendre toujours toute la signification - pour échapper à la lapidation qu'aurait dû lui valoir la férocité du portrait qu'il faisait d'une époque qui se rengorge de sa curiosité universelle, mais n'aime, en définitive, qu'elle-même: il aura campé au cœur du cloaque dont il détaillait les puanteurs avec un art inégalable de brouiller les pistes, de mener avec les idées à la mode un double jeu permanent.

    Dans une vision toute pascalienne de la misère d'un monde privé de la Grâce, le deuil d'une chrétienté à ses yeux à jamais défunte, il semble nous dire que la partie est jouée et qu'elle est perdue sans retour. Son plus grand mérite tient à ce qu'il n'aura jamais cessé de faire affleurer, pourtant, lointaines, inaccessibles, les valeurs éternelles auxquelles tendait son moi profond.

    Le «royaume perdu» d'une enfance que n'aurait pas saccagée l'égoïsme féroce de ceux qui lui ont tenu lieu de parents ; la figure volatile et tendre d'une femme rendue à sa vocation de mère, de jeune fille, d'épouse, d'amante ; la nostalgie d'une société fondée sur la confiance, le lien féodal d'homme à homme ; la beauté de l'accomplissement par le don ; le désir d'un Dieu transcendant qui viendrait ordonner le chaos, donner aux plus tristes de nos vies un sens.

    Et la figure de l'amour vrai, inconditionnel, émergeant, çà et là, comme une fleur d'eau flottant, miraculeuse, à la surface boueuse d'un étang. C'est parfois un alexandrin dissimulé dans sa prose. Ailleurs une caresse, un regard, une main tendue qui démentent, au détour d'un chapitre, l'étalage de cynisme et d'indécence dont il fait profession. Plus explicites encore, quelques quatrains, où la certitude de n'être lu, compris, que par le petit nombre l'autorise soudain à cette confidence:

    «Nous voulons retourner dans l'ancienne demeure / Où nos pères ont vécu sous l'aile d'un archange, / Nous voulons retrouver cette morale étrange / Qui sanctifiait la vie jusqu'à la dernière heure. / Nous voulons quelque chose comme une fidélité, / Comme un enlacement de douces dépendances, / Quelque chose qui dépasse et contienne l'existence ; / Nous ne pouvons plus vivre loin de l'éternité.»

    Prophète désenchanté des lendemains glaçants, Michel Houellebecq est, parfois, accusé d'être réactionnaire. Il est, définitivement, beaucoup mieux que cela: antimoderne.

    Michel de Jaeghere

     

     

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