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michel geoffroy - Page 29

  • Le libéralisme mondialiste : un antihumanisme radical...

    Nous reproduisons ci-dessous un article de Michel Geoffroy, publié sur le site de Polémia et consacré à l'idéologie libérale mondialiste.

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    Libéralisme mondialiste : un antihumanisme radical

    La Secte a porté différents noms dans l’histoire. Les traditionalistes l’appelaient « modernité », les socialistes et les marxistes « bourgeoisie » ou « capitalisme ». Aujourd’hui les membres de la Secte se nomment « libéraux ». Leurs ennemis les désignent comme « mondialistes ». Mais peu importent les dénominations. Il serait oiseux, en effet, de vouloir établir des différences entre ces divers concepts car tout est lié de nos jours : le libéralisme s’est incarné dans le capitalisme, qui a rendu possible la mise en œuvre de ses principes ; le capitalisme est mondialiste ; et tous constituent aujourd’hui le visage de la modernité occidentale.

    La Secte

    La Secte a pris sa forme actuelle en Europe au sortir des guerres de religion. Elle s’est renforcée au XIXe siècle, après les guerres révolutionnaires et napoléoniennes.

    Elle repose sur une croyance, de laquelle tout découle. A savoir, comme l’écrit D. Hume, que « Tout homme doit être supposé une canaille ». L’homme serait non seulement incapable de Bien, incapable de vivre sans nuire à ses semblables, mais tous les malheurs du monde viendraient justement de sa prétention à vouloir détenir la vérité sur le Bien.

    De ce postulat anthropologique, qui rejoint certaines des croyances des anciens Cathares pour qui le monde était le royaume du Mal, la Secte en déduit que le seul moyen d’éviter le retour de ces malheurs consisterait à passer du gouvernement des hommes à celui des choses ; à mettre en place une machinerie sociale qui éliminerait justement toute référence transcendante au Bien et qui fonctionnerait de la façon la plus axiologiquement neutre possible, par un système de poids et de contrepoids automatiques. Cette machinerie aurait pour ressorts les mécanismes de l’économie de marché et du droit procédural.

    Si l’on peut toujours chercher à peser, voire à opposer, les différentes façons d’être « libéral », toutes se réfèrent à cette croyance commune car elle est essentielle à ce système de pensée.

    Le renversement des valeurs européennes

    Jusqu’à la constitution de la Secte, on croyait en Europe qu’une société devait reposer sur la vertu des citoyens et l’obéissance aux lois morales. On tenait l’égoïsme et l’indifférence à l’égard d’autrui comme autant de péchés ou de crimes. On pensait avec les Grecs que l’homme était un « animal politique » et qu’il ne pouvait se concevoir hors d’une Cité, hors de la communauté de ses semblables. On jugeait par référence à ce qui était Bien ou Mal pour la communauté, la tradition ou la religion. On pensait que, si l’homme était faillible, il était aussi capable d’amour et capable de faire le Bien. On admirait et respectait aussi l’œuvre des saints, des philosophes, des héros, des grands hommes, des grands capitaines, des explorateurs, des lettrés ou des savants qui nous avaient précédés et qui avaient forgé le monde, souvent en se sacrifiant eux-mêmes. Une large partie de la population autochtone en Occident croit encore à tout cela, au grand dam de la Secte, d’ailleurs.

    Mais pour les libéraux, nos pères étaient dans l’erreur. Le passé n’est que ténèbres.

    Ils affirment, en effet, qu’il faudrait fonder la société non plus sur les vertus mais sur les vices humains ; que seul l’intérêt individuel – c'est-à-dire l’égoïsme – permettrait de prendre les meilleures décisions possibles pour l’ensemble de la société, dès lors qu’il s’exprime au sein d’un marché libre de toute contrainte et de toutes préférences collectives.

    Le marchand et l’argent étaient jusqu’alors tenus en suspicion, mais les libéraux en font leur idéal humain. Ils affirment que c’est du commerce et non de l’Eglise, de la Loi ou de l’Etat que viendra la paix entre les hommes. Les nouveaux héros seraient désormais les marchands et les plaideurs.

    Les membres de la Secte déclarent croire que le moins mauvais ordre social naîtra non de la promotion de l’entente et de la solidarité entre les hommes, mais du choc permanent des instincts et des intérêts, libérés de toute retenue collective. C’est le miracle permanent de la « main invisible » du marché qui réaliserait cette performance jamais vue jusqu’alors.

    La Secte affirme enfin que le droit n’aurait pas à dire où est le Beau, le Bien et oùle Mal : ces distinctions ne seraient qu’une affaire purement privée. Le droit se résumerait à une procédure techniquement neutre qui doit seulement servir à éclairer les choix individuels, en se bornant, en outre, à ne fixer que ce qui est interdit.

    Un antihumanisme radical

    Même si ses membres se présentent aujourd’hui sous la forme de politiciens médiatiques, de puissants grands patrons, d’économistes distingués et de professeurs de faculté renommées, la Secte n’en professe pas moins un antihumanisme radical.

    Elle fournit une justification commode à l’expression des plus bas instincts et à la régression de l’homme. Car pour la Secte un égoïste n’est pas un vicieux : c’est, au contraire, quelqu’un qui prend de bonnes décisions qui bénéficieront finalement à tous, grâce à la magie du marché et du « doux commerce ». De même, un homme politique vertueux serait celui qui laisserait l’économie fonctionner toute seule et non pas celui qui chercherait à la maîtriser.

    La Secte affirme que tous les choix individuels seraient licites finalement – elle dit dans son langage que tous les hommes « naissent libres » – dès lors qu’ils ne nuisent pas à la liberté d’autrui, c'est-à-dire aux choix des autres. Pour ces croyants le Bien n’est donc plus la mesure de la liberté humaine. La liberté ne trouverait sa limite qu’en elle-même. Il fallait y penser et c’est surtout très pratique !

    La révolte contre les hommes

    Ces croyances bizarres seraient restées une curiosité intellectuelle, une hérésie parmi d’autres, si la Secte n’était parvenue à cumuler les pouvoirs politique, culturel et économique en Occident à la fin du XXe siècle et à s’incarner dans ce que l’on désigne aujourd’hui sous le vocable de « superclasse mondiale » ; et si elle n’avait accédé ainsi aux moyens de mettre en œuvre, en vraie grandeur et si possible à l’échelle de toute la planète, ses solutions miraculeuses.

    Car les « libéraux », hélas, ne se bornent pas à prôner gentiment un « laisser faire, laisser passer » et à faire que chacun puisse vaquer tranquillement à ses affaires. Depuis qu’ils sont au pouvoir, ils ne sont plus du tout « tolérants » ni « permissifs ». Car, comme ils veulent notre bien, ils n’ont de cesse de nous imposer leurs choix. Ce faisant, ils se comportent de la même façon que ceux dont ils prétendaient écarter les méfaits. Mais cela ne semble pas les troubler outre mesure.

    La déconstruction permanente de tout ordre social

    Les difficultés naissent, en effet, de ce que le libéralisme conséquent suppose la déconstruction permanente de tout ordre social, c’est-à-dire l’organisation d’une communauté humaine par rapport à des fins, des raisons et des normes hiérarchisées qui dépassent le seul intérêt immédiat de ceux qui la composent ici et maintenant. Car les bons apôtres libéraux nous expliquent que la « main invisible » n’est malheureusement censée fonctionner à son optimum que si la société est atomisée en individus. Mais, nous disent-ils, ce n’est pas grave puisque de ce chaos naîtra le moins mauvais des mondes possibles. C’est dans cette attente messianique que vit la Secte mais elle a hâte, hélas, d’annoncer la bonne nouvelle au reste du monde.

    En Novlangue la dérégulation

    Les « libéraux » se sont donc acharnés, avec la fureur des iconoclastes, à détruire tout ce qui fondait jusqu’alors l’ordre politique et l’état social de l’homme : l’Etat, la souveraineté politique, la suprématie des lois sur les traités internationaux, la souveraineté monétaire, les frontières économiques puis les frontières tout court, la citoyenneté (les étrangers ont les mêmes « droits » que nous, n’est-ce pas ?). On appelle cela en novlangue la dérégulation.

    Ils se sont aussi attaqués aux traditions qui rythmaient la vie sociale et donnaient un sens au vivre ensemble. La volonté de nous faire travailler le dimanche ne date pas de J. Attali, en effet : Marx la relevait déjà au XIXesiècle !

    La Secte s’est, bien sûr, efforcée aussi de délégitimer et de déconstruire toutes les protections sociales collectives, censées empêcher les individus de bien choisir sur le marché où serait leur véritable intérêt ; et aussi de s’adapter, vite, aux exigences de ce même marché. C’est ce qu’a toujours fait la Secte : qu’on se souvienne de la loi Le Chapelier portant dissolution des corporations sous la Révolution. La corporation – c'est-à-dire le regroupement des hommes en corps organique, conscient de son identité – voilà bien l’ennemi permanent de la Secte ! Car elle ne rêve que d’une société d’individus, d’un monde à la Robinson Crusoé.

    Il y a dans cette fureur iconoclaste une sorte de révolte symbolique contre le père, que certains ont déjà relevée : contre les dieux, contre l’Etat, contre l’autorité, contre la politique, contre la société des hommes justement. Ce n’est évidemment pas un hasard si la Secte n’a eu de cesse de délégitimer les valeurs viriles sur lesquelles était construit l’ancien monde et d’encourager le féminisme.

    Le dogme de la libération

    On a donc longtemps été trompés par le spectacle de l’extrême gauche pourfendant le capitalisme ou défendantla cause des « travailleurs » devant les caméras. Comme sur ce qui séparerait le libéralisme politique et social, d’une part, et le libéralisme économique, d’autre part.

    Ces oppositions sont factices car tous agissent dans le même sens pour la bonne raison qu’ils puisent aux mêmes racines idéologiques : à l’esprit des Lumières, c'est-à-dire à la prétention à reconstruire une société selon la seule raison, la leur.

    La révolution des mœurs introduite dans les années 1960 en Occident a servi, non pas à nous éviter le capitalisme, mais au contraire à accélérer la destruction de l’ordre social et la mise en place de la société des individus que réclamaient les libéraux. Le marché s’est très bien et très vite accommodé de ces révoltés qui portaient des « blue jeans », écoutaient de la musique pop et préconisaient de « jouir sans contraintes ». L’expression novlangue « libération des mœurs » ne vise qu’à essayer de positiver cette vaste opération de déconstruction.

    La Secte aime bien, en effet, nous dire à tout instant qu’elle nous « libère » et qu’elle nous apporte la « démocratie » ; que chaque avancée dans son sens serait une nouvelle « libération » et la disparition d’un affreux « tabou ». Elle aime d’ailleurs tellement les peuples qu’elle veut les « libérer », même quand ils ne demandent rien. Et s’ils ne se décident pas assez vite, elle ne répugne pas à employer la force des armes. Comme au bon vieux temps des guerres de religion.

    Mauvaise nouvelle : le Messie tarde à venir

    On n’insistera pas sur le fait que les résultats mondiaux ne sont cependant guère à la hauteur des promesses de la Secte des libéraux. Le Messie « abondance paisible » se fait curieusement attendre, du moins du plus grand nombre.

    La Secte prétendait posséder la recette certaine de la paix universelle. Mais en déconstruisant l’ordre social elle a surtout réussi à créer la guerre de tous contre tous. La fameuse société des individus est un oxymore, comme la « société ouverte ». Car l’homme « libéré » est un être qui devrait justement abandonner tout ce qui fait son humanité : son identité, sa culture, ses préférences (il ne faut pas « discriminer », n’est-ce pas ?), ses attachements (à son métier, à sa terre, à ses croyances) et ses solidarités ; bref, tout ce qui l’empêche d’être « performant ». Et il n’y a pas de démocratie sans peuple constitué.

    Les sociétés ainsi « libérées » sont curieusement devenues violentes, inquiètes et dépressives, des sociétés où la démographie et le travail déclinent mais où les interdits, les prohibitions, les proscriptions prolifèrent.

    Que dire aussi du remarquable succès obtenu par la suppression de frontières et l’encouragement « libéral » au développement des migrations de population (ne faut-il pas la liberté de circulation et d’installation pour tous ? N’est-ce pas un « droit de l’homme » ?) !

    Les diaboliques

    A l’égard de ceux qui sont de plus en plus nombreux à s’inquiéter des conséquences économiques, sociales et humaines de ses curieuses théories, la Secte répond, d’une façon péremptoire, que tout autre système serait bien pire encore.

    Hors le libéralisme, point de salut ! Sinon le totalitarisme, qui nous livrerait à la « bête immonde » qui sommeillerait toujours au fond de nous. On nous explique ainsi, sur l’air des lampions, que ce qui nous menacerait le plus aujourd’hui ce ne serait pas le chaos humain dans lequel on nous a précipités avec la destruction programmée des frontières et des Etats : non ce serait le terrible… protectionnisme.

    Ce qu’il y a d’ennuyeux, en outre, c’est que tout ce que nous voyons sous nos yeux a déjà été décrit et analysé dans le détail, notamment par les socialistes et les marxistes il y a bientôt 200 ans.

    Rappelons par exemple ce que K. Marx écrivait en 1848 : « La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner les instruments de production et donc les rapports de production, c'est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux (…). Tous les rapports sociaux stables et figés, avec leur cortège de conceptions et d’idées traditionnelles et vénérables, se dissolvent ; les rapports nouvellement établis vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout élément de hiérarchie sociale et de stabilité d’une caste s’en va en fumée, tout ce qui est sacré est profané ».

    Ces lignes restent d’actualité pour la simple raison qu’elles décrivent le même processus, à la différence toutefois qu’il est désormais mondial et non plus seulement anglais ou allemand.

    Moralité : si vous critiquez la Secte, bon sang mais c’est bien sûr, c’est que vous êtes un affreux communiste, un socialiste débile ou pire encore.

    Car la Secte aime bien invoquer le Diable, à l’encontre de ceux, de plus en plus nombreux, qui doutent et qui murmurent.

    Mais quand on voit le monde dans lequel elle nous contraint de vivre, on finit par regretter, par aimer et par désirer ce qu’elle diabolise.

    Michel Geoffroy (Polémia, 29 mai 2011)

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  • Le néolibéralisme face au mur des réalités...

    Nous reproduisons ci-dessous un article de Michel Geoffroy publié par Polémia et consacré à l'impasse du néolibéralisme en Europe.

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    Le néolibéralisme face au mur des réalités

     

    Le XXe siècle a été marqué par la victoire intellectuelle et politique de la gauche, mais aussi par la chute du communisme en Europe. Le XXIe siècle a commencé par la prise du pouvoir par la super-classe mondiale en Occident, sous domination anglo-saxonne, au nom de la révolution néolibérale.

    Mais au train où va le monde le XXIe siècle risque d’être marqué également par la fin de l'idéologie libérale en Occident. Car comme le marxisme, le libéralisme se heurte à son tour au mur des réalités.

    Dans l'histoire européenne, le libéralisme a d'abord rimé avec la démocratie. Les libéraux s'opposaient aux traditionalistes et prônaient la libération du commerce et de l'industrie comme moyen de réaliser le bonheur sur terre, voire de conduire les Etats vers la paix par le « doux commerce ». Mais ils prônaient aussi la liberté du commerce des idées et la liberté politique.

    Libéralisme et démocratie : la fin d’une convergence

    Il y avait donc convergence entre la théorie économique (l'intelligence du marché et de l'échange libres : plus ils sont libres et transparents, plus ils prennent de bonnes décisions car les acteurs économiques sont mieux informés) et la théorie politique (la loi de la majorité débouche sur de meilleures décisions que tout autre régime politique).

    A l'origine, le libéralisme n'est pas une idéologie d'importation et il y a une école libérale française ancienne qui tire son origine de la Fronde et de la lutte contre l'absolutisme. Mais le spectacle des débordements de la Révolution de 1789 va ancrer chez certains le principe de la supériorité absolue du modèle politique et économique anglais et bientôt américain (voir notamment à ce sujet le livre Les révolutions de France et d'Amérique, de Georges Gusdorf) sur celui de l'Europe continentale. A fortiori face aux effets désastreux de la mise en œuvre du communisme et de la social-démocratie dans la seconde moitié du XXe siècle, le libéralisme incarnait encore la défense de la propriété privée et la libération de toutes les contraintes étatiques.

    Le messianisme anglo-saxon a fait perdre la raison au libéralisme

    Le problème majeur tient justement au fait que le libéralisme a perdu la raison quand il a rencontré le messianisme anglo-saxon au XXe siècle et qu'il a hérité de sa prétention ridicule à incarner le bien absolu dans tous les domaines, quand le communisme s'est effondré. C'est alors « la fin de l'histoire » diagnostiquée un peu vite par Francis Fukuyama.

    Le libéralisme est alors devenu le discours des maîtres : il est passé du stade de la théorie – économique voire sociale – à celui de l'idéologie, c'est-à-dire un discours qui sert des fins politiques. C'est pourquoi aujourd'hui l'idéologie libérale s'est mise au service de l'oligarchie, de la super-classe mondiale, et se détache de plus en plus de la démocratie. Les néolibéraux considèrent les peuples comme des obstacles sur la route du gouvernement mondial, c'est-à-dire du leur, bien sûr. Tocqueville doit se retourner dans sa tombe…

    C'est justement cela qui est en passe d'être soumis au jugement de l'histoire.

    Comme le communisme a tenté de monopoliser à son profit la question sociale qui émergeait au XIXe siècle, l'idéologie libérale instrumente des principes de bonne économie, mais au service d'un projet politique de pure domination.

    Oui, il vaut mieux des prix libres que des prix administrés. Oui, la concurrence doit être recherchée de préférence aux monopoles. Oui, les déficits publics doivent être combattus. Oui, l'intervention publique dans l'économie peut déboucher sur des effets pervers. Oui, la bureaucratie est étouffante. Mais ce qui est en cause ce ne sont pas ces principes – dont beaucoup renvoient à la sagesse des nations – mais le fait que l'idéologie libérale soit frappée d'hybris et de cécité.

    Or les idéologues libéraux n'acceptent aucune contradiction, car leur libéralisme est désormais un système intellectuel fermé sur lui-même.

    L’idéologie libérale : un raisonnement de défense circulaire à l’image de celui du communisme

    L'idéologie libérale reste très prolixe, en effet, lorsqu'il s'agit de critiquer l'économie dirigée sous toutes ses formes. Parce qu'elle est un discours très efficace pour mettre en accusation les institutions ou les politiques, quelles qu'elles soient, en particulier les politiques redistributives. Elle est au sens propre une idéologie révolutionnaire, que les socialistes saluaient d'ailleurs en leur temps comme préparant la route à la révolution communiste. Il suffit de relire le Manifeste du parti communiste !

    Les intellectuels libéraux sont aussi très forts pour expliquer le passé : ils trouvent toujours des racines étatiques aux crises du marché ! On l'a vu lors de la dernière crise financière : c'était la faute aux subprimes, donc aux politiques publiques conduites en faveur de l'accès préférentiel des « minorités » au crédit. Pas au marché qui a pourtant donné massivement la préférence aux actifs toxiques.

    En bons idéologues, les intellectuels libéraux retombent toujours sur leurs pieds, comme les chats. Si ça marche, c'est grâce à la libération du marché. Si ça ne marche pas, c'est parce que le fonctionnement du marché a été perturbé par l'intervention publique. A ce jeu intellectuel, la réalité se trouve vite écartée.

    Il faut dire que, comme dans les pays occidentaux l'Etat – même aux Etats Unis – intervient toujours plus ou moins dans l'économie et le social, il n'est pas difficile de trouver des arguments en faveur de la thèse.

    Si les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances ce n'est pas que les principes soient mauvais, c'est, au contraire, qu'on ne les a pas assez mis en œuvre : le genre de raisonnement circulaire – propre à tous les doctrinaires – de ceux qui expliquent que l'URSS ne représentait pas le vrai communisme…

    Les effets du libre-échange : chômage, désindustrialisation, immigration

    L'idéologie libérale reste aveugle au réel d'aujourd'hui. Nous sommes assurés avec elle de mourir en bonne santé économique et morale… 

    Comment ne pas s'interroger, en effet, devant les effets du libre-échange adopté par l'Union européenne : chômage, désindustrialisation, immigration ? Qui peut sérieusement prétendre que cette ouverture, mise en application concrète de l'idéologie du libre-échange, produit les effets bénéfiques escomptés par la théorie des avantages économiques comparatifs ? L'économiste Maurice Allais a pourtant clairement établi la connexion entre le chômage en Europe et ce choix du libre-échange mondial – sous l'influence anglo-saxonne d'ailleurs. Mais c'est vrai qu'on l'a réduit au silence à partir de ce moment là. « Maurice Allais : la mort d’un dissident »


    L’Asie et les Etats-Unis, eux, se protègent

    Comme il est curieux que les pays qu'on nous présente comme des parangons de la révolution libérale, soient en réalité ceux qui se protègent le plus – par des dispositifs les plus variés ou tout simplement par la distance culturelle – de la concurrence mondiale et notamment européenne : Etats-Unis, Asie. Est-ce à dire que la concurrence ne produirait pas toujours les effets bénéfiques escomptés quand les termes de l'échange sont par trop inégaux ? Ou que le protectionnisme pourrait produire des effets positifs ?

    Il est quand même remarquable qu'aucun pays ne mette vraiment en œuvre de politique économique reposant totalement sur le principe « laisser faire, laisser passer ». Et pour cause : tout ordre politique suppose de réaliser le contraire de ce fameux principe : il suppose notamment des frontières et d'édicter des droits et des obligations spécifiques en faveur de certaines catégories de personnes, autant d'obstacles à la transparence ou à la non-discrimination.

    La « société ouverte » n’existe nulle part

    Le débat réel ne porte donc que sur le degré de libération de l'économie que l'on préconise. Il faut alors se rendre à l'évidence : la « société ouverte » défendue par les théoriciens libéraux, paradigme qu'ils opposent toujours à l'enfer de la société fermée, n'existe nulle part. Ce qui devrait quand même conduire à nous interroger. Si on ne la rencontre pas, ne serait-ce pas parce que ce modèle est justement inhumain ?

    Que dire des effets réels des mesures de déréglementation et de réduction des charges pesant sur les entreprises initiées à partir des années 1990, quand le chômage de masse a commencé de progresser en Europe ? Ces mesures, inspirées du mot d'ordre libéral « Trop d'impôt tue l'impôt », étaient censées « libérer l'énergie des créateurs de richesses » – car l'idéologie libérale a aussi sa langue de bois ! – et permettre à nos entreprises de mieux affronter la concurrence mondiale et de sauver l'emploi.

    L’idéologie libérale trouve ses plus chauds partisans au sein de la super-classe mondiale

    Mais quel est le résultat réel de ces politiques ? L’augmentation de la profitabilité des entreprises et, en même temps, des déficits publics. Car les entreprises se sont restructurées, elles ont réduit leurs effectifs et délocalisé leur production mais l'Etat doit payer les plans sociaux. Comme il doit assumer les coûts de l'immigration qui a servi à limiter les coûts salariaux de ces mêmes entreprises. Pendant ce temps l'écart des salaires, lui, a explosé partout en Occident.

    Il faut en vérité une certaine dose d'optimisme – un optimisme déjà raillé par Voltaire dans son Zadig, d'ailleurs – pour qualifier « d'échange moral » un système économique où les profits sont privatisés et les pertes systématiquement transférées aux Etats !

    Mais on comprend que l'idéologie libérale trouve de chauds partisans parmi les dirigeants des entreprises transnationales, membres actifs de la super-classe mondiale, toujours prompts à fustiger le conservatisme des Etats et, bien sûr, des autochtones bornés et pas assez mobiles !

    Les désastres du « paradis » britannique

    Que dire des paradis anglo-saxons toujours vantés par les idéologues libéraux ? La Grande-Bretagne, quel paradis en effet ! : Ce pays n'a plus d'industrie et est devenu une économie de services, financiers principalement ; il n'a plus d'armée, et son modèle social implose sous les coups du communautarisme et de l'islamisme, fruit du dogme de l'ouverture des frontières. Après la révolution thatchérienne, les services publics anglais sont devenus un sujet d'hilarité à l'étranger. Que sont devenus les « miracles » irlandais ou espagnol qu'on nous vantait au début du siècle ? Qui nous parle de la progression de la pauvreté aux Etats-Unis, dont l'affaire des subprimes ne constitue que la face émergée ?

    Que dire des effets de la « destruction créatrice » tant vantée par Schumpeter comme ressort de la supériorité du capitalisme ? Les Européens voient bien les destructions mais ne voient pas les créations, si ce n'est la mise en place d'une vague économie de services, dont les emplois sont d'ailleurs de plus en plus occupés par les immigrés de première ou seconde génération.

    Le rouleau compresseur de l’esprit mercantile

    Que dire d'une société dont les valeurs sont passées au rouleau compresseur de l'esprit mercantile et dont toutes les structures, toutes les traditions ont été « dérégulées » pour les soumettre au modèle états-unien : la fin de l'histoire assurément, mais en poussant son caddy comme dans le terrible roman de fiction de Cormack Mac Carthy, La Route.

    Les libéraux expliquaient toujours que les erreurs publiques sont plus graves que les erreurs privées. Mais à l'heure des entreprises transnationales, qui ont des surfaces financières supérieures à certains Etats – sans parler de leur pouvoir d'influence politique – qui peut encore sérieusement soutenir cela ? Qui n'a vu les multinationales menacer les Irlandais de représailles si d'aventure ils maintenaient leur vote négatif lors du second référendum sur l'Europe ? Si le marché est toujours plus intelligent que les Etats, comment se fait-il que les Etats – c'est-à-dire les contribuables – soient appelés au secours des banques à chaque crise financière ?

    Une idéologie qui date du XVIIIe siècle

    A vrai dire le roi est nu : l'idéologie libérale – conçue pour l'essentiel au XVIIIe siècle – a beaucoup de mal à concevoir le monde du XXIe siècle, qui est devenu un monde de masses, d'oligopoles et de mise en concurrence non des simples acteurs économiques, mais des civilisations elles-mêmes.

    Le libéralisme – conçu à une époque où l'Europe était dominante, rurale, où le summum du transport était la marine à voile et où la monnaie était convertible en or ou en argent – a du mal à s'appliquer à un monde globalisé qui fonctionne avec Internet à la vitesse de la lumière et où les « traders » vendent de l'immatériel avant de l'avoir payé. A l'évidence nous ne sommes plus au temps d'Adam Smith.

    Déjà du temps de Marx on pouvait nourrir des doutes sérieux quant à la liberté réelle du travailleur « échangeant » sa force de travail contre un salaire. Que dirait-il aujourd’hui, alors que les médias – possédés par les puissances d'argent, c'est-à-dire les banques et les entreprises transnationales – façonnent par la publicité l'esprit public et sont dotés de pouvoirs de sidération sans précédent dans l'histoire : qui peut croire vraiment que le consommateur est libre de ses choix, que l'échange est équitable et que le commerce est « doux » ?

    Une théorie et une praxis adaptées à la situation de l’Europe restent à inventer

    Comment sérieusement croire que l'Europe va pouvoir « s'adapter », pour faire face à la concurrence des pays émergents qui pratiquent sur une grande échelle à la fois le dumping social et l'espionnage économique, en appliquant les potions libérales ? Pays émergents qui ne se bornent pas, au surplus, à fabriquer des T-shirts mais qui fabriquent aussi des ordinateurs et des fusées et qui regroupent la majorité de la population mondiale et qui constituent à eux seuls des marchés. En faisant en sorte que les Européens acceptent des salaires indiens ou des conditions de travail chinoises ? Qui peut sérieusement se réjouir d'une telle perspective ? Qui peut s'étonner que ce discours ait du mal à passer auprès des autochtones ?

    Nous sommes en réalité, nous autres Européens, déjà sortis du circuit économique tel qu'il était conçu par les libéraux. Nous sommes en train de découvrir que la « main invisible » nous pousse sans ménagements excessifs vers la sortie de l'histoire.
    Une théorie et une praxis – comme diraient les marxistes – adaptées à notre situation économique réelle restent à inventer !

    Michel Geoffroy (Polémia, 27 janvier 2011) 

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  • Les snipers de la semaine (8)

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    Au sommaire cette semaine :

    - sur Valeurs actuelles, Jean-Paul Brighelli rafale les "chantres du laxisme";

    Les casseurs de thermomètres

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    - sur Polémia, Michel Geoffroy liquide la génération 68.

    La génération de l'échec

     

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  • Une seule solution : la réinformation !

    La Fondation Polémia organise, pour la troisième fois, sa journée annuelle de la réinformation. Celle-ci se déroulera à Paris, le samedi 16 octobre 2010, sur le thème "L'avenir de la dissidence" !

    Nous vous rappelons que, les jours ouvrables, vous pouvez écouter un bulletin de réinformation sur Radio Courtoisie. Les cinq derniers bulletin son disponible à l'écoute sur le blog dédié à cette radio.

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    L’avenir de la dissidence

    Les mondes politiques et médiatiques sont placés sous le contrôle du politiquement correct.

    Face au libre-échangisme mondialiste, à « l’antiracisme », à la rupture de la tradition, à la vision mercurienne du monde, c’est dans la dissidence que se dessinent les chemins de l’avenir. Et c’est sur les forums, les blogs, les réseaux sociaux que s’épanouit la dissidence. Tel sera le thème de la troisième journée de réinformation de Polémia, samedi 16 octobre 2010 à Paris.

    Avec au programme : « Internet, la censure impossible », « Qu’est ce qu’une information ? », « Les failles du système : les repérer, les analyser, les exploiter », « Forums, blogs, réseaux sociaux : l’avenir de la dissidence ». Interventions de Jean-Yves Le Gallou, Michel Geoffroy, Grégoire Gambier, Philippe Daubire, Philippe Christele.

    Et des ateliers pratiques : sur le repérage et le décryptage de l’information, l’écriture d’une dépêche indépendante ou la réalisation d’une vidéo réinformatrice. Ateliers animés par Claude Lenormand, René Schleiter, Henri Dubost, Xavier Éman, Pierre Premier.

    Samedi 16 octobre 2010, salle Dosnes-Thiers, 27 Place Saint Georges, 750009-Paris (métro Saint-Georges)

    Inscription obligatoire pour les ateliers (places limitées) sur polemia1@gmail.com

    Programme complet de la journée : cliquer ici

    Polémia
    26/09/2010

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