Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

communication - Page 2

  • Le royaume des imposteurs...

    Nous reproduisons ci-dessous une tribune libre de Natacha Polony, cueillie sur le site du Figaro et consacré à l'imposture dans le monde politique français... Journaliste et agrégée de lettres, Natacha Polony est l'auteur de  Nos enfants gâchés. Petit traité sur la fracture générationnelle (Lattès, 2005), L’Homme est l’avenir de la femme (Lattès, 2008) et de Le pire est de plus en plus sûr (Mille et une nuits, 2011).

     

    Imposture.jpg

    France, royaume des imposteurs

    Cela commence par un président qui se fait élire sur la promesse d'imposer les plus riches à 75%. Disposition retoquée par le Conseil constitutionnel. Le même se fait écraser aux municipales et promet des baisses de charges salariales. À nouveau retoqué. Ce président prend aussi des airs compassés pour aligner trois mots effarants de banalité sur «le droit à la sécurité d'Israël» avant de se reprendre, quelques jours plus tard, et d'évoquer les morts palestiniens parce qu'un communicant l'a alerté sur l'effet désastreux de son assourdissant silence. Triste figure de composition qui est la même qu'à peu près tous les politiques, de droite comme de gauche, quand ils veulent montrer au citoyen français qu'ils sont impliqués, conscients, déterminés.

    C'est cet air d'un ancien président interrogé par deux journalistes et qui évoque ce «sens du devoir» qui seul pourrait lui donner l'envie de mettre fin au feuilleton savamment orchestré de son retour pour annoncer qu'il répond à l'appel du peuple. C'est celui d'un ministre des affaires étrangères au visage de circonstance, voulant faire croire que la France a une quelconque position diplomatique qui serait autre que l'alignement pur et simple sur les volontés américaines.

    C'est celui de ces chefs de la droite, grands ou petits, qui proclament à chaque élection leur «conviction européenne» depuis que Jacques Chirac, en 1992, a décrété qu'on ne pouvait avoir de destin présidentiel si l'on avait osé critiquer cette Europe.

    C'est enfin celui de tous ces responsables qui parlent la main sur le cœur du déclassement des classes moyennes inférieures parce qu'ils ont - enfin - compris que leur abandon total les précipitait dans les bras du Front national.

    Quel rapport entre ces personnages disparates? Cette petite gêne que l'on ressent devant ce qui ressemble fort à une simple posture. Le soupçon qu'il n'y a là aucune conviction, pas l'ombre d'une vision, mais un discours calculé suivant les impératifs supposés de la popularité ou de la réussite. La posture, c'est cette façon de ne se positionner que selon les critères du moment et ce que l'on suppose être l'attente de son public.

    C'est ce dommage collatéral généralisé du règne de la communication. Car le phénomène ne frappe pas seulement les politiques. Dans chaque domaine de l'activité humaine, on peut relever ces exemples, non pas d'hypocrisie - ce serait encore un hommage du vice à la vertu - mais de composition d'un argumentaire ponctuel hors sol. Et cela nous raconte un peu de notre monde moderne.

    La communication dont on nous rebat les oreilles comme d'un principe d'efficacité a changé de nature sous l'effet d'une extension de la logique marchande. Elle n'a plus rien à voir avec la vieille réclame qui se contentait de vanter les qualités d'un produit, de «faire savoir». Il s'agit désormais de concevoir le produit en fonction de ce qui va séduire. La communication modifie l'essence même des choses.

    Dans le domaine des idées? Plus un discours qui ne vante l'action merveilleuse des femmes, tellement «indispensables». Posture. Et que dire de ces proclamations sur la tolérance dont le but est moins de changer les choses que de montrer à ses pairs que l'on se situe du bon côté? Posture. Dans le domaine de l'art? Il y a longtemps que nous sommes habitués à ce discours verbeux qui accompagne des œuvres sans âme pour les positionner sur l'échelle de la «rébellion». Posture encore. Dans le domaine du vin? Il n'y a plus de choix qu'entre des vins passés dix-huit mois en barrique neuve, parce que certains œnologues à la mode n'aiment que le goût du chêne, ou les vins oxydés de ceux qui ont fait du vin «bio» une idéologie.

    Le dénominateur commun? Le lecteur, l'électeur ou le buveur sont devenus des clients, plus des citoyens auxquels on s'adresse, des gens à qui l'on offre une émotion ou une vision en partage. Ils sont des parts de marché potentielles. En politique, le tournant date du début des années 1980, quand des publicitaires ont pris en main les campagnes électorales. Un petit village de France sur une affiche et ce slogan: «La force tranquille». Première forfaiture politique. Car malgré l'espoir sincère que soulevait dans une partie du peuple l'arrivée de cette gauche au pouvoir, on entrait dans l'ère du mensonge. Sous prétexte d'aider les politiques à formuler leurs idées et d'offrir un écho à leurs actes, les marketeurs ont peu à peu modifié le discours politique lui-même pour le faire coller aux codes.

    Comme dans le vin, c'est maquillage au bois neuf du techno pinard ou vinaigre imposé par les «purs» autoproclamés. C'est un gaullisme de circonstance par des héritiers perchés sur la croix de Lorraine pour mieux s'asseoir sur les engagements et les choix de l'homme du 18 Juin. C'est une invocation ad nauseam des mânes de Jaurès par ceux-là mêmes qui ont désindustrialisé le pays et abandonné la classe ouvrière pour convenir aux sirènes de la mondialisation.

    Une société de posture ne peut rien produire de durable, rien qui dépasse le simple cadre de notre existence immédiate, puisqu'elle ne cultive que le court terme et la rentabilité. Quitte, pour cela, à tromper un peu le client. Ainsi de la posture sommes-nous passés à l'imposture.

    Natacha Polony (Figarovox, 11 août 2014)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Une cérémonie cannibale ?...

    Un des premiers en France à avoir disséqué la technique du « storytelling » dans la communication politique dans Storytelling - La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, 2007), Christian Salmon revient avec un nouvel essai publié aux éditions Fayard, La cérémonie cannibale - De la performance politique, pour jeter un regard cru sur la scène politique.

     

    Cérémonie cannibale.jpg

    " Le storytelling des hommes politiques et son décryptage compulsif par les médias sont devenus en quelques années les deux mamelles d’une démocratie envoûtée, qui a substitué le récit à l’action, la distraction à la délibération, le stage craft (l’art de la mise en scène) au state craft (l’art de gouverner). La politique est passée de l’âge de la joute à celui de l’interactif. Du storytelling à la performance narrative, de la diversion à la dévoration des attentions. 
    L’homme d’État apparaît de moins en moins comme une figure d’autorité, une instance productrice de normes et de plus en plus comme quelque chose à consommer, un artefact de la sous-culture de masse.
    C’est là le résultat d’une certaine impuissance à exercer le pouvoir, sous l’effet conjugué du néolibéralisme et des nouvelles technologies. Désacralisé, profané par les médias, ridiculisé par les marchés, soumis à la tutelle des institutions internationales et des agences de notation, l’État est désormais ce trou noir qui aspire ce qu’il reste du rayonnement du politique. L’homo politicus y apparaît non plus comme le porteur du changement annoncé, mais comme un spectre éclairé par les flammes de sa propre dévoration. 
    La com’ politique ne vise plus seulement à formater le langage, mais à capter et à plonger les esprits dans cet univers spectral dont les hommes politiques sont à la fois les performers et les victimes… "

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!
  • Communication de guerre sur le Mali...

    Nous reproduisons ci-dessous une excellente analyse de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son site Huyghe.fr et consacré à la communication du chef de l'état et du gouvernement français à propos de la guerre au Mali...

     

    Hollande Guerre Mali.jpg

     

    Communication de guerre sur le Mali

    Dans toute communication de guerre, les constantes tiennent à la nature même d'un conflit où il faut parler de l'ennemi et de la mort.
    De l'ennemi parce que les idées d'État et de souveraineté présupposent la distinction entre l'ennemi contre lequel il faut mobiliser la violence suprême et le rival contre qui on ne recourt pas aux armes ou  le criminel (acteur "privé" soumis à une répression légitime et limitée par la loi interne).
    De la mort, parce que, même si certains ont développé des fantasmes sur des guerres "zéro mort", une guerre qui ne se traduirait pas par des pertes de vies humaines, resterait une manœuvre militaire, une gesticulation ou une menace.

    Il faut donc dire qui l'on affronte, au nom de quoi, quelles sont les pertes et pour quel résultat. Ne serait-ce que pour faire comprendre à sa population les raisons qu'ont ses soldats de tuer ou de mourir en son nom.
    De ce point de vue, la guerre du Mali a encouragé un discours dont les mâles accents font contraste avec la communication antérieure du gouvernement Ayrault (mais beaucoup moins avec les discours tenus par des gouvernements socialistes au moment du conflit du Kosovo ou de l'intervention française en Afghanistan, pour ceux qui ont un peu de mémoire).

    D'abord qui combattons nous ? D'un ministre à l'autre, les "éléments de langage" ont peu varié.
    Pour Jean-Yves Le Drian "Il faut éradiquer le terrorisme où qu'il se trouve" et c'est "contre le terrorisme" que la France est en guerre. Des mauvais esprit ont fait remarquer que cette formule de "guerre au terrorisme" était celle que l'on avait reprochée à G.W. Bush (qui pensait aussi qu'il fallait l'éradiquer partout dans le monde et qu'en le faisant les États-Unis poursuivaient un but universel et non des intérêts particuliers). Depuis, le vocabulaire a un peu évolué. Il n'est plus question que de combattre des "terroristes", des groupes terroristes", des "éléments terroristes" (F. Hollande), des "criminels et terroristes" (L. Fabius). Donc des gens caractérisés par une idéologie et des objectifs politiques et non une méthode de lutte (selon une phrase célèbre : on fait pas plus la guerre au terrorisme qu'on ne la faisait à la BlitzKrieg au début de la seconde guerre mondiale).

    L'emploi du mot "terroristes" a deux avantages :

    - Il désigne des adversaires par la nature odieuse et criminelle de leur activité (ennemis du genre humain), plutôt que par leur stratégie politique (cela souléverait quelques questions délicates comme leurs liens avec des indépendantistes touaregs ou la nature légale et démocratiques des autorités de Bamalo). Qui ne serait d'accord pour combattre des terroristes L'argument qu'il pourraient créer un État terroriste et déstabiliser le monde entier s'ils s'emparaient de tout le pays a été évoqué en des termes rappelant la justification de l'intervention contre l'Afghanistan en octobre 2001. De fait, personne n'a envie de voir des coupeurs de mains s'installer à Bamako, mais à partir du moment où vous descendez conquérir un pays avec des colonnes lourdement armées, où vous entrez dans des villes pour y imposer votre loi et votre autorité, etc, vous vous conduisez comme une rébellion, une armée de guerre civile ou de guérilla, et plus comme des terroristes qui lancent des bombes et es communiqués avant de se cacher.

    - Le mot terroriste évite d'employer "islamiste" et de prêter le flanc à l'accusation d'islamophobie, ou d'amalgame entre l'islam et ceux qui tuent en son nom. Les rares occurrences des expressions "groupes islamistes et criminels" ou "jihadistes" ont fait place dans le discours officiel au mantra : nous repoussons le péril terroriste.

    - Cela va de pair avec la volonté ostensible de rappeler que nous ne sommes pas seuls, que nous sommes tout au plus l'avant-garde ou les plus réactifs d'un mouvement international. On redit que l'on verra de plus en plus intervenir l'armée malienne (que nous ne faisons que seconder), des troupes africaines de la Misma et si possible d'autres nations tout aussi soucieuses que nous de l'application de la résolution de l'Onu. Elles ne vont pas manquer de nous aider, même si elles n'envoient pas forcément de troupes combattantes. Ce discours à la fois modeste et légaliste transparaît dans le moindre communiqué de l'état-major qui ne cesse de reprendre ces éléments (nous agissons en appui, en coopération, dans le cadre..). Surtout, la communication est très largement remontée au ministère et à l'Élysée - l'état-major étant préposé au factuel minimal - et les politiques répètent sans se lasser ces éléments propres à renforcer l'unanimité des partis et à repousser le moindre soupçon de retour à la FranceAfrique honnie. Au risque que cette communication minimale sur les engagements ouvre le champ à d'autres sources d'information et à des légendes comme celle de nos troupes "combattant au corps à corps" les terribles terroristes (pourquoi pas les chargeant à la baïonnette ?).

    Autre élément de la communication officielle : le ton ferme voire martial interdit de faire l'impasse sur les pertes de cette guerre. Des gens vont mourir, on assume. Contrairement à la stratégie de relative discrétion sur nos soldats tombés en Afghanistan, l'enterrement du lieutenant Damien Boiteux, notre premier mort au Mali tombé le 11 janvier, a donné lieu à une importante cérémonie. C'est très heureux pour le proches du lieutenant, qui est effectivement mort pour son pays et mérite énormément de respect, mais c'est aussi un signal politique. Au moment où François Hollande tente de faire passer une image de décision et d'autorité, il n'est plus question que le président normal devenu chef de guerre refuse d'assumer la dimension tragique du rôle. Plus questions d'euphémismes et de délicatesses, plus de mines pincées. Ce changement de tonalité (F. Hollande parlant de "détruire les terroristes" lors de sa visite aux Émirats Unis) appelle des termes que l'on croyait plus réservés à G.W. Bush ou à Poutine qu'à des socialistes. Cet effet de contraste ou de contradiction est un prix modeste à payer si l'affaire ne dure pas trop longtemps et si elle confirme l'idée de cette mue présidentielle. Ce sont deux points que nous pourrons bientôt vérifier.

     En attendant, cette rhétorique martiale contraste avec une certaine modestie dans la façon officielle  de parler des événements de Somalie ou d'Algérie
     Entre une opération militaire qui a échoué et une prise d'otages qui a tout pour inquiéter l'opinion, il y a moins matière pour une mise en majesté du chef de l'État ou pour l'autosatisfaction. L'Etat algérien a choisi la démonstration de force sans phrases, afin de décourager ceux qui auraient le moindre espoir de le faire céder, et sans souci des réactions des capitales étrangères. Du coup Paris, tenu pour quantité négligeable n'ose pas protester aussi fermement que le Japon quelques semaines après le voyage du chef de l'État sur place, sensé avoir réconciliés les eux rivés de la Méditerranée.
    Le discours du chef de guerre est un exercice difficile dont on mesurera le vrai résultat dans quelques semaines.

    François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 19 janvier 2013)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 1 commentaire Pin it!
  • La com' au pouvoir...

    A l'heure où la parole des hommes politiques se limite à des "petites phrases" et à des "éléments de langage" répétés au mot près, les éditions FYP font oeuvre utile en publiant le petit essai de Guy Achard, La com' au pouvoir, justement destiné à nous aider à décrypter le langage de la classe politico-médiatique.

     

    Com' au pouvoir.gif

    "L’exercice du pouvoir est aussi devenu un exercice de communication. Le langage sert souvent d’outil de mise en scène ou de travestissement de la réalité.

    Les mots des gouvernants et des médias nous influencent considérablement et orientent nos choix de société. Au croisement des sciences politiques et des sciences du langage, cet ouvrage décrypte toutes les manipulations qui permettent de séduire habilement l’opinion. L’auteur révèle et explique toutes les figures de style, les faux-semblants, le double langage, toute cette nouvelle rhétorique des gouvernants ou des médias.

    Chaque cas est illustré par des exemples réels de la manière dont elle est utilisée. Avec rigueur et parfois espièglerie, l’auteur brocarde et décode les « petites phrases » des politiques, les discours et les arguments des gouvernants français ou internationaux, ainsi que les commentaires des journalistes et éditorialistes. Il s’agit là d’une grille d’analyse qui jette les bases d’une nouvelle rhétorique, fournit des clés de compréhension essentielles et propose une méthode simple pour exercer notre esprit critique et faire ainsi mieux vivre notre démocratie."

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!