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  • Forêts et Catacombes: pensées jüngeriennes...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Edson Cáceres  cueilli sur Euro-Synergies et consacré à l'oeuvre d'Ernst Jünger...

     

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    Forêts et Catacombes: pensées jüngeriennes

    « Les philosophes de l’histoire considèrent le passé comme l’antithèse et l’étape préalable à nous-mêmes, voyant en nous le produit d’une évolution. Nous, nous nous attachons à ce qui se répète, à ce qui est constant, à l’unique, comme quelque chose qui trouve en nous un écho et nous est compréhensible. » (Jacob Burckhardt)

    La littérature, en tant que science historique, présentée ainsi par Immanuel Kant dans sa Logique, exprime de façon figurée une constellation d’idées qui se convertissent en motifs suivis dans la réalité littérale : le monde des faits est insufflé par des légendes et des mythes. L’histoire occidentale est un assemblage de formes de prédication de l’épopée, dont le thème principal est la conquête du héros dans son pèlerinage initiatique vers son triomphe transformateur, une entéléchie au début et à la fin linéaires.

    Une autre manière de saisir l’histoire s’exprime dans l’ordre cosmique oriental, comme dans la religion védique, pour laquelle le temps est une répétition éternelle dont la cyclicité va d’un âge d’or à un âge de fer, en passant par des degrés de dégradation marqués comme l’argent et le bronze. Les âges ou yugas déterminent le haut et le bas, le mouvement des cieux et les tempéraments.

    Des figures précédentes de la conception du temps naît l’idée que l’histoire humaine et ses événements, structurés en plans enchevêtrés les uns sur les autres et sous d’autres, suivent un progrès circulaire bien que perçu comme rectiligne par les limites de la finitude humaine : nouveautés apparentes de la contemporanéité avec l’éternel.

    Ernst Jünger, dans le diagnostic et le pronostic qu’est son livre Le Travailleur : Domination et Figure, montre que toute conception typiquement contemporaine, c’est-à-dire éternelle, doit reposer sur une capacité métaphysique : la conception figurative du monde. Depuis l’Antiquité, on observe des groupes qui se disputent l’hégémonie de la détermination matérielle et spirituelle de l’homme, comme dans la Grèce de Thucydide avec la Ligue de Delphes et la Ligue du Péloponnèse, la Rome millénaire avec les optimates et les populares, l’Europe médiévale avec les guelfes et les gibelins, aboutissant aux traitements antithétiques du conservatisme et du libéralisme, dans leurs différentes facettes d’évolution. Le déroulement de l’hégémonie dans l’histoire suit un processus d’endosmose et d’exosmose, de mouvement ou de dissolution et de repos ou de coagulation, dont la cadence est déterminée par la vitesse du déroulement : si elle est très rapide, c’est la révolution ; si elle est moyenne, la réforme.

    Dans Le Travailleur est proposée une solution de continuité : les modalités antithétiques et dialectiques, vues historiquement, sont absorbées par un substrat métaphysique: la figure du travailleur.

    « C’est là qu’apparaît l’intervention de la véritable révolution, la Révolution de l’Être ; cette intervention affecte autant les choses les plus visibles que les plus cachées et, comparée à elle, tous les types de dialectique révolutionnaire apparaissent comme insipides. »

    Le travailleur n’est pas une catégorie de stratification sociale; son critère, plus que socio-économique, est philosophique. Depuis Georges Dumézil et sa théorie de la trifonctionnalité, on sait que l’ordre proto-indo-européen, conjonction de l’Oriental et de l’Occidental, se structure en une triade de fonctions : le souverain, le guerrier et le productif. On pourrait penser que le Travailleur obéit au schéma de la production industrielle, à travers la division du travail, mais, par l’expérience de la Grande Guerre, pour Jünger, le guerrier et le productif se conjuguent dans une libération souveraine des limites: économie et politique mises au service de la guerre; c’est le sens de la fameuse «mobilisation totale».

    Le soldat anonyme et le travailleur anonyme, forgés par le cadre industriel de la guerre, sang et acier, sont des exemples évidents du passage opéré entre les Ères: de l’Ère du tiers état à l’Ère du travailleur.

    Pour comprendre ce passage, il faut souligner qu’un tel passage s’est opéré dans la relation entre le tiers état ou la bourgeoisie et l’ordre d’antan. Clergé, noblesse et tiers état composaient la distribution sociale traditionnelle; les luttes intellectuelles et pratiques des deux premiers ordres — luttes entre pouvoir spirituel et temporel —, avec l’évolution et le renforcement croissant du dernier, ont abouti à une lutte pour le pouvoir et l’autorité fondée sur l’industrie, avec le changement subséquent des catégories de valeurs. Le salut et l’honneur ont été remplacés par l’empire du nombre, par la marchandise.

    Le Travailleur est une expression ontologique qui rompt l’ordre social bourgeois, malgré les tentatives de la bourgeoisie de l’assimiler comme classe sociale, dans un effort de survie de l’ordre qu’elle domine avec son propre système de valeurs, en unifiant les travailleurs manuels, ouvriers, industriels, c’est-à-dire par leur massification, d’inspiration socialiste. Pour Jünger, comme dans l’ordre d’antan régnait la « personnalité unique », dans la bourgeoisie règne « l’individualité », expression quantitative par agrégation d’individualités comme « masse ». Individu et masse sont deux formes qualitativement identiques, prédicats dénotant une même identité.

    La mutation opérée par la figure du Travailleur se constate non seulement dans l’humanité de la personne singulière, mais aussi sur le plan politico-juridique et artistique, autrement dit comme changement d’Ère. Pour Jünger, l’expression de puissance et de configuration par le Travailleur puise ses sources dans la sphère inconnue de la nature cosmique, dans ce qu’il appelle « l’élémentaire », dans le jeu entre le chthonien et le tellurique, et l’ouranien et le céleste.

    « Les sources de l’élémentaire sont de deux espèces. D’un côté, elles se trouvent dans le monde, qui est toujours dangereux, comme la mer, qui renferme toujours le danger même quand le vent ne souffle pas. Et d’un autre côté, elles se trouvent dans le cœur humain, toujours avide de jeux et d’aventures, de haines et d’amours, de triomphes et de chutes.

    […] Ce qui, au fond, est à l’œuvre […] c’est l’apparition d’une antithèse cosmique, qui se répète chaque fois que l’ordre du monde est brisé et qui, ici, s’exprime dans les symboles propres à une ère technique. C’est l’antithèse entre le feu solaire et le feu tellurique, qui d’un côté apparaît comme flamme spirituelle, et de l’autre comme flamme terrestre, c’est-à-dire, d’un côté lumière et de l’autre feu ; un échange d’incantations entre « les chanteurs sur la montagne des sacrifices » et les forgerons qui mettent à leur service les forces des métaux, de l’or et du fer. »

    À travers la qualité mythique, héritage interprétatif des anciens sur « le primordial », on parvient à donner sens et destin aux processus internes du monde. Antée, Prométhée et Atlas sont les puissances amorphes auxquelles s’applique, en tant que domination et figure, le Travailleur comme expression métaphysique.

    La domination n’est pas quelque chose à désirer ni un objet à conquérir ; c’est la qualité essentielle de celui qui la possède, la signification totale de la propriété. Précisément, pour Oswald Spengler, la propriété « est le lieu où s’exerce un pouvoir sans limites, un pouvoir conquis, défendu contre des pairs et maintenu victorieusement. Ce n’est pas le droit de posséder, mais de disposer souverainement ». Jünger, héritier de la conception anthropologique de Spengler, conçoit que l’être est égal à la puissance. Cependant, la volonté de puissance n’est légitime ou dotée d’autorité que lorsqu’elle s’applique à la figure du Travailleur, comme point de fuite du sens: c’est de la conception figurative du pouvoir que procède le droit.

    « C’est précisément cette légitimation qui fait qu’un être n’apparaît plus comme une puissance élémentaire, mais comme une puissance historique […]. Nous appelons “domination” une situation dans laquelle l’espace illimité du pouvoir est référé à un point depuis lequel cet espace de pouvoir apparaît comme espace du droit. »

    La domination est traitée dans sa constitution politique; la configuration, dans sa constitution artistique. Si la puissance est une grandeur pour Jünger, la configuration en est la délimitation, la signature ou l’empreinte: «l’une des caractéristiques de tout imperium, de toute domination incontestée qui s’étend jusqu’aux confins du monde connu, est la configuration unitaire de l’espace». Suivant Spengler, toute forme de technique, même le langage, doit être comprise comme une tactique vers la domination. La technicisation industrielle est l’expression tactique de l’homme moderne; l’atelier est une face de l’appropriation stéréologique du Travailleur, autant d’idées qui remplacent la décadence et la mystification de l’art, en tant qu’«activité muséale», signe d’affaiblissement vital, typiquement bourgeois.

    "Lorsque Gaïa change de peau, Antée touche à nouveau le sol face à Hercule; et de nouveaux signes émergent. La Terre revient en arrière, passe des patries au pays natal.

    Dans l’économie cosmique, il n’y a pas de pertes; il se passe seulement que certaines perspectives cessent d’être importantes. La meilleure liberté est celle dont on parle le moins. Il est probable que de grandes transformations se préparent; par exemple, la transformation de la liberté en beauté ou en spiritualisation de la Terre. Alors, la technique aussi change ou accomplit son sens".

    Avec Jacob Burckhardt et sa théorie des tempêtes ou Walter Benjamin et son ange de l’histoire, on comprend qu’un nouveau titan s’est emparé de l’histoire terrestre, Typhon comme signe du principe ravageur et de la tempête. C’est précisément de cela que Jünger nous parle dans son roman-essai Eumeswil.

    Le protagoniste, Manuel Venator, est un historien qui travaille comme membre du service nocturne d’un tyran, le Condor. La substance historique dans Eumeswil est épuisée: mythes, motifs et faits pâlissent en nuances sépia du fait de leur usure et de leur réutilisation. Les événements sont indifférents et indistincts face aux idéaux de passion et de raison. Ce qui anime le monde d’Eumeswil, c’est le soin modeste de la vie quotidienne.

    « La faute doit venir de la dilution, comme lorsqu’on utilise toujours les mêmes feuilles dans une infusion. Nous vivons d’une substance organique épuisée. Les cruautés des anciens mythes — Mycènes, Persépolis, les jeunes et vieux tyrans, les diadoques et les épigones, la chute de l’Empire romain d’Occident puis d’Orient, les princes de la Renaissance, les conquérants et même la palette exotique, du royaume du Dahomey aux Aztèques... — on dirait que les motifs se sont usés; ils ne suffisent plus ni pour des actes héroïques ni pour des atrocités, tout au plus servent-ils à de pâles résonances ».

    Malgré cela, l’idée d’ordonnancement persiste dans les communautés politiques, après la transition des États modernes à l’État mondial. L’opérativité de l’anacyclose à travers les séquences historiques, progressives dans leur développement et sophistiquées dans leur technique, aboutit dans Eumeswil à une cité-État à la grecque, capable de transformer et de transmettre les matériaux et énergies propres au XXᵉ siècle chrétien. La fauconnerie, pratique culturelle du pouvoir nobiliaire, coexiste harmonieusement avec des dispositifs d’information, comme le phonophore et le luminaire.

     

    Jünger nous enseigne que l’humeur de l’historien est mélancolique, dans la mesure où sa matière d’étude est la catacombe.

    « Rarement la douleur de l’historien a-t-elle été ressentie avec autant d’acuité. C’est la douleur de l’homme, ressentie bien avant toute connaissance, une douleur qui l’accompagne depuis qu’il a creusé les premières tombes.

    Un veilleur ouvrira-t-il un jour leurs tombes ? Le chant de la branche les réveillera-t-il de leur sommeil ? Ainsi doit-il en être, et l’un des indices en est la tristesse, le tourment de l’historien. Il est le juge des morts alors que le fracas de la trompette qui accompagnait les puissants s’est tu depuis longtemps, alors que leurs triomphes et leurs victimes, leurs hauts faits et leurs bassesses ont été oubliés. »

    C’est pour cette raison même que le service d’un tyran fournit, universalia in re, des arguments pour ce qu’un historien, universalia post rem, aborde dans ses thématiques investigatrices élégiaques. Le pouvoir, l’autorité, l’opposition, l’argent, les symboles, font partie de la complexio historique, dont l’approche se fait avec distance.

     

    Face au tyran, dans une lecture typiquement libérale, il y a un rejet dans la mesure où il restreint la possibilité des droits ; cependant, la réprobation de la tyrannie masque une aversion pour l’essence du pouvoir, incarnée dans la figure du puissant, qu’il soit tyran, dictateur ou monarque. L’anarchiste, antithèse du puissant, s’assume contradictoire au pouvoir au nom de la liberté totale.

    « L’idéalisme confus de l’anarchiste, sa bonté sans compassion ou sa compassion sans bonté, le rend utile à bien des égards [...]. Il pressent un mystère, mais ne peut aller plus loin: le pouvoir immense de l’individu. Ce pouvoir l’enivre, le consume comme la lumière consume le papillon.

    L’anarchiste dépend, en premier lieu, de sa volonté obscure et, en second, du pouvoir. Il suit le puissant comme l’ombre suit le corps. Le souverain est toujours sur ses gardes contre lui.

    L’anarchiste est l’antagoniste du monarque. Il rêve de l’anéantir. Il s’attaque à la personne, mais consolide la succession. »

    L’anarchiste se conçoit lui-même comme dominé par le souverain, d’où sa pratique de l’opposition. De l’autre côté, face au souverain conquérant et dominateur, il existe une autre figure qui conquiert et domine également: l’anarque. « Le pendant positif de l’anarchiste est l’anarque. L’anarque n’est pas l’antagoniste du monarque, mais son pôle opposé […]. Il n’est pas l’adversaire du monarque, mais son correspondant».

    La position d’anarque permet de révéler le pouvoir intrinsèque des individus, dont la connaissance permet la reconnaissance d’autres pouvoirs. Le quantum de puissance de l’anarque, avant tout, s’applique principalement à lui-même, d’où: «le monarque veut dominer beaucoup, voire tous ; l’anarque, seulement lui-même. Cela le place dans une relation objective, et aussi sceptique, au pouvoir, dont il laisse défiler les figures sans les toucher». Tout cela s’illustre en disant que l’anarchiste est subordonné au monarque et à l’anarque, et que ces deux derniers sont coordonnés entre eux.

    La maxime principale de la puissance de l’anarque est que l’homme est un être qui tue d’autres hommes. Homo occidit: «dans ses actions, le bien guide l’anarque non comme axiome au sens de Rousseau, mais comme maxime de la raison pratique [au sens de Kant]».

    Au tyran Condor s’associent deux figures typiques de l’espace du pouvoir et de l’ordre, symbolisées par le mythique-magique et la raison instrumentale: Attila, le médecin, et le Domo, bras droit et secrétaire plénipotentiaire. Ces deux personnages, pour Manuel, sont complétés par Bruno et Vigo, un philosophe et un historien. Les idées-types qui donnent un sens aux personnages se comprennent dans l’idée des forêts et des catacombes: «Vigo s’est consacré aux dieux; Bruno, aux titans; le premier, à la forêt ; le second, au monde souterrain»; «de même que Vigo veut aller au-delà de l’histoire, Bruno veut aller au-delà du savoir; l’un, au-delà de la volonté; l’autre, au-delà de la représentation».

    Précisément, si l’histoire dans Eumeswil est postchrétienne, dont la vitalité et les symboles sont épuisés par leur exploitation paroxystique, naît alors le besoin organique des fondements des choses: les fondements du pouvoir, de l’espace, des conceptions imaginaires et rationnelles, des attentes et des finalités ; une re-cosmisation, une praxis de principes, devient nécessaire. L’infra-histoire et la supra-histoire sont les sources dans lesquelles Manuel tente de trouver l’élan cosmique, de donner du sens à son ressac. Chez le médecin Attila, il y a une praxis de ce genre, une réminiscence de l’Urpflanze goethéenne, dans ses contacts avec la forêt inexplorée.

    « Mais ici flottait dans l’air une tempête prométhéenne, et on était allé bien au-delà de ce que nous avions tenté de faire, au prix d’efforts énormes, dans nos cornues. Je l’ai pressenti immédiatement, presque comme l’alchimiste qui, quand il n’espère plus la grande transmutation, voit briller dans son fourneau l’or massif. Et j’ai senti que moi aussi j’étais inclus dans la grande transmutation, dans un monde nouveau, ce qui s’est confirmé plus tard par des expériences concrètes. »

    Un des symboles caractéristiques du libéralisme et de l’histoire chrétienne moderne, antérieurs aux États belligérants et aux grands incendies selon Jünger, est la conception que l’histoire progresse et évolue. Les forêts sont la preuve que, face à l’évolution et au progrès, il s’impose la mutation; ainsi, pour Spengler,

    « L’histoire de l’Univers avance de catastrophe en catastrophe, qu’on puisse ou non les concevoir et les fonder. Nous appelons cela aujourd’hui […] mutation. C’est un changement intérieur, qui soudain s’empare de tous les exemplaires d’une espèce, sans cause, naturellement, comme tout ce qui se passe dans la réalité. C’est le rythme mystérieux du réel. »

    Pour sa part, pour le Domo, les expériences et expressions ont un sens concret et politique, circonscrit, situé en-deçà du mythique et de l’archétype. Sa pensée s’applique aux développements de la technique : « le matérialisme du Domo est de type réaliste, alors que celui de ses prédécesseurs était rationaliste. Les deux sont superficiels, voués à des usages politiques ».

    De cette façon, tant l’optimisme ontologique que son pessimisme opposé sont dépassés dans Eumeswil. L’attitude qui prévaut est celle de l’archéologue explorateur, qui encourage les autochtones à connaître une langue et une tradition qu’ils ignorent dans leurs symboles et leur vitalité, mais qu’ils portent dans leur sang à travers leurs lointains ancêtres : un espace de choses pénétré par le temps du sang.

    On voit que ce qui subsistera dans une posthistoire est un machiavélisme instrumental superficiel à côté de l’ébullition magmatique, dont les bouillonnements configurent des figures archétypales.

    Edson Cáceres (Euro-Synergies, 7 août 2026)

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  • Les derniers centurions...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous le nouveau numéro (n°31) de la Revue d'Histoire Européenne, dirigée par Laurent Berrafato. Ce bimestre le lecteur trouvera un dossier consacré aux parachutistes en Algérie, des articles variés et les rubriques régulières : actualités, interview, expositions, mémoire des lieux, portrait, histoire politique, autopsie d’une bataille,… 

    Il est possible de se procurer la revue en kiosque ou en ligne sur le site de la Librairie du collectionneur.

     

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    Au sommaire de ce numéro :

    Entretien : Chantal Delsol, la chute des empires

    Mémoire des lieux : Lisieux sur les pas de Sainte Therese

    Portrait : Maurice Grossemy, l'immortalité au service de la France

    A l'école de l'Histoire : Jules César auteur de sa propre histoire

    Géopolitique : Kaliningrad, l'exclave de tous les dangers

    Dossier : Les paras en Algérie, les derniers centurions

    Les Mérovingiens, un empire informel

    Espagne 1936, l'année de la guerre civile

    La brigade Asano : les samourais russes de l'armée japonaise

    Histoire politique : la nouvelle Droite, 60 ans de combat métapolitique

    Autopsie d'une bataille : septembre 1915, l'offensive de Champagne

    Clio sous l'œil de la caméra : les 3 mousquetaires

    L'abominable histoire de France : Sept ans de malheur.

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  • Tensions avec Israël, espoirs de la tech: les doutes de la puissance américaine...

    Le 24 février 2026, Edouard Chanot recevait, sur TV libertés, Alain de Benoist pour évoquer avec lui les États-Unis, une puissance qui doute et qui s'illusionne...

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022), Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023), Martin Buber, théoricien de la réciprocité (Via Romana, 2023), Un autre Rousseau - Lumières et contre-Lumières ( Fayard, 2025)  et, dernièrement, Souveraineté nationale et souveraineté populaire (Krisis, 2026).

     

                                               

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  • Le rêve brisé...

    Les éditions David Irving Books (ex-Focal Publications) viennent d'annoncer la parution prochaine de The sundered dream, le  troisième et dernier tome de Churchill's war, l'ouvrage monumental de David Irving consacré à Winston Churchill. Un ouvrage indispensable pour tous les passionnés du second conflit mondial qui maîtrisent la langue de Shakespeare...

    Les ouvrages de la série peuvent être commandés sur le site de l'éditeur : David Irving Books

    Historien britannique novteur, dont plusieurs ouvrages ont été traduits en français chez de grands éditeurs, David Irving est notamment l'auteur de The war path, Hitler's war et Goebbels - Mastermind of the Third Reich.

     

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    Churchill's War, Volume III: The Sundered Dream is the culmination of a biographical project that has spanned decades — David Irving's final, magisterial account of Winston Churchill's life and political career. Where Volume I covered Churchill's rise to power and the early years of the war, and Volume II traced the conflict through to its turning point, Volume III takes up the story in the final phase of the war and follows Churchill into the complex, often bitter post-war world.

    This is the book that completes the picture. And what a picture it is.

    The Scope

    The Sundered Dream covers the period that most Churchill biographies treat as an afterthought — or skip entirely. The conventional narrative ends with VE Day and a few pages of valedictory prose. Irving's account begins where others leave off, and in doing so reveals a Churchill that few readers have encountered.

    The post-war years were not kind to Churchill's dream of a lasting Anglo-American world order. The British Empire was disintegrating. The "special relationship" with Washington was fraying. The Iron Curtain was descending across Europe, vindicating Churchill's famous Fulton speech — but also exposing the limits of his influence. He had helped win the war, but the peace was being shaped by forces he could not control.

    Irving traces Churchill's return to 10 Downing Street in 1951 with the same documentary precision that distinguished the earlier volumes. The private papers, Cabinet minutes, and personal correspondence of Churchill's second premiership reveal a leader grappling with declining health, a changing world, and the dawning realisation that the victory of 1945 had not delivered the future he had fought for.

    The Research

    The documentary foundation of The Sundered Dream is formidable. Irving has drawn on sources that were closed, embargoed, or simply unknown to other biographers at the time they wrote. These include Churchill's private secretary files from the post-war years, correspondence with Eisenhower and Truman that sheds new light on the Anglo-American relationship, and personal papers from Churchill's inner circle that capture the private man behind the public monument.

    The research has been meticulous and the editing rigorous. Christina Palaia, who served as copyeditor for the volume, worked through nine batches of manuscript over many months — a painstaking process of verification, clarification, and refinement that reflects the seriousness with which Irving Books approaches the publication of a work of this importance.

    The result is a volume that meets the scholarly standard set by its predecessors while covering a period of history that is, in many ways, even more relevant to the present day than the war years themselves.

    What to Expect

    Without giving away the revelations that make this volume so compelling, here is what readers can look forward to:

    The unmaking of an empire. Churchill watched the British Empire dissolve during and after the war — a process he had spent his entire political career trying to prevent. The Sundered Dream documents this unravelling with a level of detail and emotional depth that no previous account has achieved.

    The second premiership. Churchill's return to power in 1951, aged 76, is one of the most remarkable comebacks in political history. But the private record tells a more complicated story: a Prime Minister struggling with the effects of strokes, increasingly at odds with his own Cabinet, and haunted by the fear that his legacy was slipping away.

    The Cold War from the inside. Churchill's post-war speeches — particularly the "Iron Curtain" address at Fulton, Missouri — shaped the Western response to Soviet expansionism. But Irving's documents reveal the private calculations behind the public rhetoric, including Churchill's surprisingly nuanced view of Stalin and his frustrated attempts to broker a summit that might have altered the course of the Cold War.

    The personal cost. This is, in the end, a human story. The documents reveal a man who gave everything to his country and received, in return, both adulation and abandonment. The final chapters of Churchill's political life — his reluctant resignation, his long twilight years, and the slow fading of the extraordinary mind that had shaped the century — are rendered here with a restraint and compassion that may surprise readers who expect Irving to be merely iconoclastic.

    A Note on the Series

    Churchill's War is not a conventional biography. It is a documentary reconstruction — an attempt to tell Churchill's story using the same primary-source method that Irving applied to Hitler's War. The premise is simple but radical: let the documents tell the story, and let the reader draw the conclusions.

    For readers who have followed the series from Volume I, The Sundered Dream delivers a deeply satisfying conclusion. For those coming to it fresh, it stands on its own as a major work of twentieth-century history — though we would recommend starting with Volume I: The Struggle for Power for the full experience.


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  • Les iconoclastes du vent...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des  vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré aux éoliennes...

     

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    Les iconoclastes du vent

    Ayant achevé de repasser toute la lessive rapportée de mon périple dans les Balkans, je gagnai le bar des Brisants, à la pointe de Léchiagat, dans l’espoir d’y trouver quelque délassement. La mer était presque étale. Au-delà du port du Guilvinec, l’archipel des Étocs dessinait sur l’horizon sa modeste géographie de granit, battue depuis des siècles par les vents et les marées, sans réclamer ni subvention ni planification pluriannuelle.

    Mon repos fut de courte durée. Une petite confrérie de dames d’âge mûr venait d’abandonner devant l’établissement des bicyclettes d’un jaune éclatant. Leurs cheveux, bleus pour les unes, verts pour les autres, les désignaient comme les vestales d’une religion contemporaine dont la liturgie consiste à se distinguer du commun jusque dans le choix de la teinture. Elles contemplaient les Étocs avec cette assurance particulière aux gens qui, n’ayant jamais commandé un bateau, cultivé un champ, construit un mur ni produit quoi que ce soit de leurs mains, se sentent néanmoins appelés à réorganiser l’existence matérielle de leurs contemporains.

    L’une d’elles imagina tout haut que ces îlots recevraient admirablement les nouvelles générations d’éoliennes géantes. Ses compagnes opinèrent avec enthousiasme. Elles voyaient déjà les mâts s’élever au large, le port alimenté par un vent inépuisable, les automobiles roulant toutes à l’électricité vertueuse et les centrales nucléaires enfin fermées, comme autant de temples maudits d’une civilisation coupable.

    À les entendre, des machines hautes de deux cents mètres ne défigureraient nullement le paysage. Elles l’embelliraient par la grâce de leur mission climatique. L’industrie est donc laide lorsqu’elle produit de l’acier, du ciment, des automobiles ou de l’électricité nucléaire ; elle devient poésie dès qu’elle dresse des aérogénérateurs subventionnés dans la mer.

    Un ancien patron-pêcheur, assis non loin de là, finit par intervenir. J’étais trop éloigné pour entendre le détail de l’algarade, quoique le ton dispensât de sous-titres. L’homme ne goûtait guère l’idée de voir l’entrée du port hérissée d’immenses éoliennes. Il déclara même, suprême blasphème, qu’il préférerait encore une centrale nucléaire à Plogoff plutôt que ces épouvantails industriels semés jusqu’au large du Guilvinec.

    La querelle fut vive et brève. Les dames repartirent sur leurs bicyclettes couleur de poussin, le marin quitta le bar, et les Étocs retrouvèrent leur antique indifférence aux sottises humaines.

    Je revenais des Balkans, où l’écologisme politique n’a pas encore pris la forme de cette affection bourgeoise qui, chez nous, accable les pêcheurs, les paysans, les artisans et les habitants des campagnes au nom d’une nature abstraite. Là-bas, on sait encore que l’électricité doit être produite, que l’eau doit être captée, que les forêts doivent être entretenues et que les routes ne se construisent point avec de bons sentiments. Ici, une partie des classes tertiaires s’imagine que le monde matériel fonctionne par décret, entre deux colloques sur la sobriété heureuse.

    La scène des Brisants résumait assez bien le malentendu français. Les écologistes prétendent défendre les paysages tout en acceptant de les couvrir de machines gigantesques. Ils dénoncent l’artificialisation du monde, puis transforment des côtes entières en zones industrielles. Ils veulent protéger les oiseaux, sauf lorsque ceux-ci rencontrent les pales de leurs moulins. Ils célèbrent la proximité, tout en soumettant les régions à des plans conçus dans les bureaux parisiens et bruxellois.

    L’État entend aujourd’hui relancer le nucléaire après avoir méthodiquement affaibli la filière pendant plusieurs décennies. Cette ruine ne fut pas le résultat d’une mystérieuse fatalité administrative. Les écologistes y prirent une part décisive. Minoritaires dans les urnes, ils surent monnayer leur présence dans les coalitions de gauche et obtenir, en échange de quelques circonscriptions ou de leur soutien parlementaire, l’abandon de projets, la fermeture de réacteurs, l’interruption de programmes de recherche et le dépérissement de compétences industrielles patiemment acquises.

    Superphénix, Fessenheim, l’abandon progressif de toute ambition en matière de surgénération et les hésitations imposées à la construction de nouveaux réacteurs furent autant de gages offerts à une formation politique qui n’avait jamais reçu du peuple mandat pour désarmer énergétiquement le pays. La fermeture de Fessenheim eut même cette vertu pédagogique de montrer qu’un équipement industriel parfaitement réel pouvait être sacrifié à un accord électoral parfaitement dérisoire.

    Le préjudice ne se mesure pas seulement en milliards d’euros. Une filière industrielle ne se range pas dans un tiroir pour être rouverte vingt ans plus tard. Elle repose sur des ingénieurs, des soudeurs, des chaudronniers, des bureaux d’études, des entreprises sous-traitantes et une expérience transmise de génération en génération. En affaiblissant le nucléaire, les écologistes ont rompu une chaîne technique, renchéri notre énergie, accru notre dépendance et contraint l’État à reconstruire dans l’urgence ce qu’il avait détruit par complaisance politicienne.

    La France doit désormais financer la relance de l’atome tout en développant parallèlement des milliers d’éoliennes terrestres et maritimes afin de ne point froisser les anciennes puissances de veto écologistes. Six nouveaux réacteurs représenteraient environ 80 milliards d’euros. Les aides aux énergies renouvelables atteignent déjà plusieurs milliards chaque année, tandis que le soutien public aux futurs parcs éoliens en mer se comptera en dizaines de milliards. La France, qui ne sait plus équilibrer ses comptes, entretenir ses ponts ou faire fonctionner convenablement ses hôpitaux, se paie ainsi deux politiques énergétiques à la fois.

    L’une est indispensable : la reconstruction d’une puissance nucléaire capable de garantir une électricité abondante, pilotable et décarbonée. L’autre sert surtout à acquitter la dîme idéologique due aux Verts, aux industriels de l’intermittence et aux collectivités qui ont pris goût aux rentes du vent. Le contribuable finance d’abord les moyens de produire lorsque le vent ne souffle pas, puis les machines qui ne produisent que lorsqu’il consent à souffler.

    La politique énergétique française ressemble ainsi à un équipage qui réparerait son navire tout en perçant de nouveaux trous dans la coque pour ménager ceux qui détestent la navigation.

    Ce dualisme n’est pas une doctrine. Il est un marchandage. On construit du nucléaire pour que le pays continue de fonctionner et de l’éolien pour que les écologistes continuent de se croire indispensables.

    Il importe ici de distinguer l’écologie de l’écologisme. L’écologie est d’abord une science des milieux, des équilibres et des relations entre les êtres vivants. Elle peut aussi désigner le souci légitime de préserver les sols, les eaux, les forêts, la faune, les paysages et la santé des hommes. L’écologisme est autre chose. C’est une idéologie politique qui s’est emparée de ces préoccupations pour promouvoir une vision générale de la société.

    Cette idéologie s’est développée à gauche, ou plus exactement dans les décombres du gauchisme des années 1960 et 1970. Lorsque le prolétariat occidental refusa obstinément de faire la révolution, une partie de l’extrême gauche se mit en quête de nouveaux sujets historiques. Elle trouva successivement les minorités, les immigrés, les femmes, les animaux et finalement la planète. La lutte des classes devint lutte contre le climat, contre la croissance, contre l’industrie, contre la consommation et, au bout du compte, contre l’homme lui-même, présenté comme un parasite pullulant sur une Terre innocente.

    L’écologisme politique ne se contente donc pas d’aimer les arbres. Il transporte avec lui un vieux fonds de ressentiment contre la société technique, la prospérité, la propriété, la transmission et les libertés ordinaires. Il ne veut pas seulement protéger. Il veut interdire, taxer, rationner, surveiller et rééduquer.

    Le vocabulaire change, la disposition d’esprit demeure. Hier, il fallait nationaliser les moyens de production. Aujourd’hui, il convient de réglementer les moyens d’existence. La chaudière, le véhicule, le logement, le repas, le voyage, le chauffage, la climatisation et jusqu’au nombre d’enfants deviennent des objets de délibération administrative. Le commissaire politique a troqué la casquette contre le gilet sans manches et le plan quinquennal contre le bilan carbone.

    Cette écologie par la norme frappe d’abord ceux qui ne peuvent y échapper. Le cadre supérieur parisien prend le train à grande vitesse, télétravaille dans son appartement rénové et se donne une conscience en achetant des légumes biologiques. L’aide-soignante qui habite à quarante kilomètres de son emploi doit conserver sa voiture. L’artisan possède une camionnette. Le paysan travaille avec un tracteur. Le pêcheur brûle du gazole pour gagner sa vie. C’est à eux que l’on explique qu’ils vivent au-dessus de leurs moyens écologiques.

    L’expression d’« écologie punitive » s’est imposée parce qu’elle décrit exactement l’expérience du pays réel : les coûts sont supportés par ceux qui travaillent, tandis que les vertus sont proclamées par ceux qui administrent.

    La même responsabilité apparaît dans la guerre menée contre les réserves d’eau destinées à l’agriculture. Depuis des années, les mouvements écologistes s’opposent à des retenues permettant de recueillir, pendant les saisons humides, une partie de l’eau disponible afin de la rendre accessible au cœur de l’été. Ils ont forgé pour ces ouvrages le terme menaçant de « mégabassines », comme s’il s’agissait de piscines somptuaires creusées pour l’agrément de quelques hobereaux ruraux.

    Ces réserves peuvent naturellement faire l’objet de discussions techniques. Leur implantation, leur alimentation, leurs dimensions et les règles de partage de l’eau doivent être examinées avec soin. Les ressources souterraines ne sont pas infinies et toute mauvaise installation peut aggraver un déséquilibre local. L’écologisme ne discute pourtant guère : il condamne en bloc.

    Il préfère souvent voir des cultures dépérir, des exploitations disparaître et des denrées agricoles importées de pays moins regardants plutôt que d’admettre que l’eau puisse être aménagée, stockée et répartie par l’intelligence humaine. Il exige une agriculture française sans irrigation, puis tolère que les mêmes produits arrivent d’Espagne, du Maroc ou d’Amérique du Sud, après avoir consommé ailleurs une eau dont personne ne vérifie plus les conditions d’usage.

    Là encore, la doctrine l’emporte sur le réel. Le paysan qui souhaite arroser ses récoltes devient un accapareur du bien commun. Le militant urbain qui vient détruire une canalisation ou affronter les gendarmes s’érige, lui, en gardien du vivant. Le résultat est pourtant fort simple : moins d’eau disponible en été, moins de production française, davantage d’importations et des campagnes toujours plus dépendantes de décisions prises loin d’elles.

    Le même esprit se retrouve dans l’opposition aux organismes génétiquement modifiés, à certaines infrastructures, à la climatisation, à la gestion forestière et parfois même au débroussaillement. Le réel oppose cependant aux doctrines ses réponses brutales. Une forêt qui n’est plus entretenue brûle. Une eau qui n’est pas stockée manque en été. Une population vieillissante privée de climatisation meurt pendant les canicules. Une industrie sans énergie disparaît.

    Les incendies récents ont ainsi révélé une étrange inversion. Les mêmes responsables qui avaient multiplié les obstacles à l’entretien des massifs, combattu les retenues d’eau et réduit toute catastrophe au changement climatique ont désigné leurs adversaires comme des « pyromanes ». Le feu réel devenait aussitôt une métaphore électorale. L’incendie n’était plus un sinistre à combattre par des hommes, des avions, des pistes, des citernes et une politique forestière ; il devenait une occasion de dénoncer le capitalisme, les riches, les automobilistes et la droite.

    Marine Tondelier a poussé la comédie jusqu’à réclamer une nouvelle nuit du 4 août pour abolir les « privilèges climatiques ». Aux privilèges de naissance succéderaient les jets privés, les yachts, les actions de TotalEnergies et les plateaux de télévision climatisés. La Révolution française elle-même est désormais sommée de fournir des accessoires à la communication écologiste.

    Il existe assurément des fortunes arrogantes, des entreprises habiles à contourner l’impôt et des comportements somptuaires qui prêtent le flanc à la critique. Seulement l’objectif n’est plus ici d’établir une politique fiscale précise. Il s’agit de désigner des coupables et de fabriquer une morale de guerre. Les uns brûleraient la planète ; les autres incarneraient les victimes vertueuses. Cette dramaturgie permet ensuite de justifier l’impôt climatique, l’interdiction climatique, la surveillance climatique et, pourquoi pas, la censure climatique.

    La présidente des Écologistes a d’ailleurs envisagé les moyens de fermer le réseau X. La tentation n’a rien d’accidentel. L’écologisme politique entretient depuis longtemps un rapport ombrageux à la liberté. Il supporte mal que les hommes puissent choisir des modes de vie, des opinions ou des sources d’information contraires à ses prescriptions. L’urgence planétaire dispense commodément du débat. Puisque le monde brûle, toute objection devient complicité avec l’incendiaire.

    Une autre mutation s’est produite à mesure que l’écologie politique se fondait dans les combats féministes et intersectionnels. Elle est devenue une sorte de gynocratie militante, non parce que les femmes y seraient simplement nombreuses, ce qui ne constituerait en soi ni un défaut ni même un sujet, mais parce qu’elle a adopté une lecture sexuée de la catastrophe écologique.

    L’ennemi n’est plus seulement l’industrie, la croissance ou la technique. C’est l’homme en général, et le sexe mâle en particulier.

    Dans cette mythologie, la planète serait victime d’un principe masculin associé à la conquête, à la domination, à la puissance, au risque et à la démesure. Le mâle européen, blanc de surcroît, concentrerait en lui l’hubris qui creuse les montagnes, maîtrise les fleuves, fend l’atome, construit des villes, lance des fusées et consume le monde. À cette virilité prométhéenne, l’écoféminisme oppose une féminité supposée pacifique, circulaire, frugale, maternelle et accordée aux rythmes de la Terre.

    Cette opposition doit davantage au catéchisme qu’à l’histoire. Les femmes consomment, voyagent, administrent, entreprennent et participent à la société technique autant que les hommes. Les civilisations ne furent jamais bâties par un sexe contre l’autre, mais par leur coopération, leurs rivalités et la continuité des générations. La fable demeure néanmoins politiquement utile : elle permet d’ajouter à la culpabilité écologique une culpabilité masculine, puis de présenter toute volonté de puissance, toute conquête scientifique et toute maîtrise de la nature comme les symptômes d’une pathologie virile.

    On comprend dès lors pourquoi l’écologie politique combat moins les pollutions concrètes qu’un certain type humain. Elle se défie du bâtisseur, du marin, de l’ingénieur, du paysan qui transforme son sol, de l’ouvrier qui produit, du père qui transmet et de l’explorateur qui repousse les frontières. Elle leur préfère l’homme blanc repentant, sobre, surveillé, débarrassé de son désir de conquête et prié de s’excuser de peser sur le monde. Quant aux hommes d’autres couleurs de peau, ils peuvent agir comme bon leur semble.

    L’écologisme devient ainsi anti-prométhéen jusque dans son anthropologie. Il ne reproche pas seulement à l’homme de mal employer sa puissance. Il lui reproche de vouloir être puissant. C’est en cela qu’il est profondément réactionnaire : sous les dehors de la nouveauté, il rêve d’une humanité diminuée, immobile et réconciliée avec la nature au prix de l’abandon de ses facultés créatrices.

    Les écologistes ressemblent, dans leur furie doctrinale, aux iconoclastes des anciennes querelles religieuses. Ceux-ci détruisaient les images parce qu’elles offensaient leur conception du sacré. Nos nouveaux sectaires veulent abolir les paysages hérités, les techniques qu’ils jugent impures, les habitudes populaires et les paroles dissidentes. Ils ne sont pas toujours violents par les gestes, encore que certains de leurs compagnons goûtent fort le sabotage, les occupations et les affrontements. Leur violence principale réside dans la pensée et dans les lois qu’ils rêvent de faire voter.

    Ils ne brisent pas nécessairement les statues à coups de marteau. Ils les interdisent par circulaire. Ils ne brûlent pas les livres. Ils ferment les réseaux où ces livres pourraient être défendus. Ils ne saccagent pas toujours les maisons. Ils rendent leur chauffage, leur construction ou leur transmission financièrement impossibles. Leur violence est propre, administrative, bardée de formulaires et de bonnes intentions.

    L’écologisme a ainsi conquis une influence sans rapport avec son poids électoral. Dominique Reynié a raison de distinguer l’écologie, préoccupation légitime pour le vivant, de l’écologisme, idéologie mobilisée pour conquérir le pouvoir. Cette idéologie gouverne moins par le suffrage que par l’administration, la réglementation, les agences, les normes européennes, les médias et les appareils culturels.

    Il serait pourtant faux de croire que tout souci écologique appartient à ces gens-là. Dans une autre vie, j’ai contribué au programme d’une liste régionale de centre gauche à sensibilité environnementale. J’y avais proposé la création d’un responsable régional du vivant, chargé de considérer ensemble le monde agricole, le milieu maritime et la vie sauvage. L’idée me paraissait juste. Elle me le paraît encore.

    Cette contribution est aujourd’hui introuvable. Quelque historien facétieux découvrira peut-être un jour que Balbino Katz, honni de certaines chapelles progressistes, avait jadis rédigé et fait adopter une politique publique du vivant à des écologistes modérés. L’histoire cultive ce genre de malices.

    Aimer la nature n’oblige nullement à rejoindre le parti des Verts. On peut vouloir des rivières propres, des mers poissonneuses, des campagnes cultivées, des forêts entretenues et des paysages préservés sans rêver d’une société de pénurie surveillée par des commissaires au carbone. On peut défendre les bêtes sans détester les hommes. On peut protéger une lande bretonne sans condamner l’industrie européenne. On peut refuser que les Étocs soient dominés par des machines gigantesques tout en souhaitant construire des réacteurs nucléaires.

    Guillaume Faye avait employé le mot d’« archéofuturisme » pour désigner la rencontre de l’héritage et de la puissance technique. Le terme conserve ici quelque pertinence. Il ne s’agit ni de retourner à la chandelle ni de livrer le monde aux ingénieurs sans frein. Il s’agit de mettre la technique au service de la continuité des peuples, de leurs paysages et de leur liberté.

    La nature n’est pas un musée immobile. Elle est un ordre vivant que l’homme habite, transforme et transmet. Le paysan qui taille une haie, le forestier qui coupe un arbre, le marin qui prélève du poisson, l’ingénieur qui construit un barrage ou un réacteur ne sont pas nécessairement ses ennemis. Ils peuvent en être les gardiens, précisément parce qu’ils connaissent sa force, ses saisons, ses dangers et ses limites.

    Protégeons donc la nature. Défendons nos côtes, nos eaux, nos terres et les espèces qui les peuplent. Refusons toutefois la vision luddiste, réactionnaire et anti-prométhéenne de ceux qui confondent la sauvegarde du vivant avec l’abolition de la puissance humaine.

    Le soir tombait sur les Étocs lorsque je quittai les Brisants. Aucun aérogénérateur ne découpait encore l’horizon. Les rochers demeuraient à leur place, battus par une mer qui n’avait attendu ni les écologistes ni leurs subventions pour renouveler chaque jour son énergie.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 7 août 2026)

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  • Une histoire de la STASI...

    Les éditions Perrin viennent de publier un ouvrage de Jean-Louis de Montesquiou intitulé Histoire de la Stasi - L'outil d'une dictature. Après une carrière dans la finance internationale qui lui a permis de connaître les deux Corées, Jean-Louis de Montesquiou se consacre à l’écriture. Il est notamment l'auteur d'un biographie d'Amin Dada.

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    " Cette histoire de la Stasi (1949-1990) plonge le lecteur au cœur de la machine de surveillance la plus redoutable du bloc de l'Est. L'auteur dévoile comment, pendant près de quarante ans, la police politique de la RDA a infiltré les foyers, les lieux de travail, les salles de classe et même les cercles d'amitié, jusqu'à transformer la peur en outil de gouvernement. Grâce à des archives longtemps inaccessibles, à des témoignages poignants et à une mise en récit fluide, le livre donne à comprendre de l'intérieur comment un État a pu recruter des centaines de milliers d'informateurs, manipuler des vies entières et contrôler chaque geste du quotidien. Il met en lumière les logiques psychologiques, bureaucratiques et idéologiques qui ont permis à la Stasi de devenir un modèle effrayant d'État-surveillant, avant que le système ne se fissure et s'effondre.

    À la fois enquête historique solide et récit captivant, cet ouvrage offre une plongée saisissante dans un régime où la confiance était un risque et où la surveillance façonnait les existences. Un titre essentiel pour comprendre les dérives du contrôle politique, les mécanismes de la peur et les leçons encore brûlantes laissées par la dictature est-allemande."

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