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06/12/2018

Les Gilets jaunes, plus redoutables que le Tea Party ?...

Vous pouvez découvrir ci-dessous une chronique d'Edouard Chanot sur Sputnik, datée du 3 décembre 2018, dans laquelle il compare le mouvement des Gilets Jaunes avec le Tea party américain des années Obama. Un propos clair et intelligent, comme toujours avec ce journaliste...

 

                               

17/12/2013

Amérique année zéro...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Philippe Immarigeon sur la dette américaine, publié dans le numéro de décembre 2013 de la revue Défense nationale et cueilli sur son blog American parano.

 

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Amérique année zéro

Certes le débat sur la dette qui va de nouveau secouer les Etats-Unis dans les prochains mois semble n’être que l’onde de choc d’une crise financière de 2008 qui n’a jamais été résolue, la poussière ayant été mise sous le tapis. Certes tous les pays industrialisés connaissent ce débat. Mais une évidence a surgi, qu’il est inconséquent d’ignorer : les Etats-Unis vont faire défaut à leur dette mais surtout à leur rôle de locomotive, et la seule question est désormais de savoir quand.

 

Depuis que la Chambre des Représentants à majorité républicaine a rejeté, à l’automne 2008, la première mouture du Plan Paulson de sauvetage du système financier, vote inspiré par la colère de ce qu’on pourrait appeler l’Amérique profonde, on sait qu’un jour où l’autre, avec ou sans ce Tea Party né quelques semaines après ce vote mais engendré par lui, les Etats-Unis vont faire banqueroute. Rien de nouveau en soi, nombre d’historiens rappellent depuis plusieurs mois les précédents de Philippe le Bel avec les Templiers, de François II avec les banquiers transalpins ou de Sully.

 

Il est vrai que, en cette fin d’année 2013, le Trésor américain est autorisé à emprunter jusqu’au 7 février prochain, et l’Etat fédéral est financé jusqu’au 15 janvier. Mais après ? Le déficit public sera encore de 800 milliards en 2014 et au mieux de 600 milliards en 2018, et encore si la croissance atteint 4% par an. La balance des paiements enregistre un déficit de l’ordre de 500 milliards par an depuis plus de dix ans. Le plafond autorisé de la dette va donc être franchi quelque soient les relèvements votés. La crise peut recommencer dès le début de l’année prochaine, et plus sûrement le 1er octobre prochain, premier jour de la nouvelle année fiscale, en pleine campagne électorale, moment où les élus comptent leurs troupes.

 

Mais laissons ce débat finalement secondaire. Si les Américains vont faire défaut, c’est qu’à l’occasion du dernier rebondissement du feuilleton de la dette, celle-ci a fait irruption dans leur imaginaire collectif comme le symbole de cette intrusion de l’étranger qu’ils refusent depuis la Farewell Address de George Washington, et même depuis cette Tea Party de Boston de 1773 qui sert de raison sociale aux trublions du Congrès et qui fut déjà une prophylaxie. Ce jour-là, de surprise stratégique il n’y aura guère, d’autant que, depuis la débâcle irakienne, les Américains se replient dans leur île-continent.

 

Certes ils font preuve d’un activisme certain en Amérique latine, au Moyen Orient ou en Asie. Mais à y regarder de près, cette agitation s’apparente à un vaste repli stratégique laissant derrière lui des marches ou ces gisements de matières premières indispensables à une société gaspilleuse. Plus que jamais, les Etats-Unis ne se sentent tenus à aucun engagement vis-à-vis du Reste du monde qui n’est pour eux, comme je l’écrivais dès 2006, que le Rien du monde. Tocqueville l’avait déjà compris : ils n’ont aucune vraie politique extérieure parce qu’ils n’ont aucun intérêt autre que ce qui leur permet de survivre.

 

Et ils sont entrés dans un processus de survie. Car s’ils vont faire défaut c’est aussi et surtout parce qu’ils savent mieux que quiconque que leur sous-productivité ne leur permettra jamais de rembourser la dette abyssale qu’ils ont accumulée depuis le milieu des années 70, lorsqu’ils ne firent pas les mêmes efforts de productivité que le reste des pays industrialisés. Ils font semblant de faire de la croissance dans une économie subventionnée à tous les étages : c’est un Plan Marshall à l’envers. Cette croissance n’est tirée que par la production de dollars, ce qui permet de gaspiller davantage de richesses qu’il ne s’en crée.

 

C’est ce que dénonce Charles de Gaulle dès février 1965 : « Le fait que de nombreux Etats acceptent des dollars pour compenser les déficits que présente à leur profit la balance américaine des paiements, amène les Etats-Unis à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger, avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre, et alors que le dollar est un moyen de crédit approprié à un Etat ». Et tout le monde triche, parce que personne ne peut envisager que la locomotive du monde n’en soit pas une. C’est comme au Monopoly, les après-midis pluvieux de vacances bretonnes : il arrive un moment où la petite sœur n’a plus de quoi acheter l’hôtel de l’avenue Mozart, alors on lui fait une avance pour que le jeu continue, qu’il fait trop froid pour aller se baigner et qu’on est déjà allé à la crêperie hier.

 

« Amérique, devenue cette faible main de pierre séparée d’une statue », écrivit Supervielle. Que vaut aujourd’hui ce dollar-assignat ? Lorsque Richard Nixon, en avril 1973, décide de le découpler de l’or, une once s’achète 35 dollars : quarante ans plus tard, il faut en débourser 1.200. Or les Etats-Unis refusent obstinément d’aborder la question monétaire, on le voit à chaque G-20, et ils vont encore s’y refuser lors des négociations du Grand Marché Transatlantique.

 

D’où vient alors que ceux qui passent la Grèce en coupe réglée au nom du respect des critères de Maastricht, supplient dans le même temps les Etats-Unis de laisser filer leur déficit et de relever le plafond de leur endettement ? « Un Schpountz n’est pas un idiot, il raisonne parfaitement sur toute chose, il a même du bon sens, sauf en ce qui concerne l’Amérique », fait dire Marcel Pagnol, au début du film, à un de ses personnages… à un mot près, bien sûr. Il y a dans nos élites une véritable addiction à l’Amérique, on ne sait plus faire sans elle, et on ne lui connaît pas de méthadone de substitution.

 

Mais un jour tout va s’arrêter. « Tout se rue sur l’empire, écrivait Giraudoux, de la chenille à l’ennemi héréditaire et aux hypothèques de Dieu. » Et cette fois-ci ce sont les Américains eux-mêmes qui vont dire : ça suffit !

Jean-Philippe Immarigeon (American parano, 12 décembre 2013)

26/02/2012

Pour en finir avec la Françamérique !...

Les éditions Ellipses viennent de publier un court essai de Jean-Philippe Immarigeon, intitulé Pour en finir avec la Françamérique !. Avocat, bon connaisseur des Etats-Unis, Jean-Philippe Immarigeon est l'auteur de plusieurs essais d'une grande lucidité comme American parano (Bourin, 2006), Sarko l'Américain, (Bourin, 2007) ou L'imposture américaine (Bourin, 2009).

 

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"Coincés entre le mythe d’une civilisation commune et un modèle de puissance idéalisé, les Français s’accrochent au rêve utopique d’une Amérique en charge des affaires du monde. Mais pourquoi maintenir à tout prix un lien essentiellement affectif et ne pas envisager à notre tour notre indépendance, à l’heure où les États-Unis ne sont plus capables de tenir leur rang ?"

Au sommaire :

Préface

1. Du rêve et des rêveurs

Y’a bon, l’Amérique !

Du rêve atlantique au virus atlantiste

2. Bécassine à New York

BHL et les Indiens

La nation infalsifiable

3. Deux siècles et demi de mésalliance

L’ennemi français dans la construction de l’identité américaine

Le malentendu Tocqueville

4. Au pays des grands cowboys dépressifs

Déprime et dystopie

De la Tea Party au Tea Party

5. Désinventer l’Amérique

Prétendre éclairer le monde à la chandelle

Unfriends .